CHAPITRE RÉÉCRIT
Ou plutôt devais-je dire... Lemon réécrit ?
Leur corps-à-corps manquait cruellement de réalisme et Sanji était pas assez récalcitrant... Donc là, j'ai fait en sorte qu'il y ait vraiment une lutte pour le "contrôle". A vous de juger. Personnellement, je suis soulagée que ce chapitre soit enfin plus proche de ce que je voulais après lecture des commentaires (notamment Eclipse, Aya si je me souviens bien) qui me soulignaient très justement les manques de ce chapitre.
Rappel du rating oblige :ce chapitre contient un lemon, moment d'intimité entre deux hommes. Vocabulaire assez cru et imagé, je préfère vous prévenir.
Sur ce, bonne lecture (ou re) !
* Pincée de sel *
.
Abandon
.
« Ça veut dire oui ? »
Ça ne voulait pas dire non en tout cas, et sans attendre de réponse intelligible, Zoro se réattaqua aux boutons de chemise que ses mains avaient délaissés.
Une fois le vêtement ouvert, il titilla le téton du maître coq entre ses doigts, observant avec attention les expressions faciales que la caresse provoquait ; Sanji avait détourné la tête vers la droite, gêné par le joug de son regard brûlant. Il aurait voulu qu'il cesse de le dévisager avec insistance – comment pouvait-il le fixer si intensément alors qu'il… venait de prendre son mamelon entre ses lèvres pour le mordiller…
Délaissant son petit jeu, le bretteur descendit le long du buste du blond, déposant çà et là des baisers sur son abdomen, lentement. Il buta un peu sur la ceinture du pantalon de Sanji, triturant l'ardillon avec difficulté, mais bientôt celui-ci cessa de lui faire résistance et un bruit de braguette qu'on ouvre parvint jusqu'aux oreilles de son partenaire.
Tendu par le désir, la tête renversée en arrière, le cuisinier essayait de contrôler sa respiration. Il n'était pas du tout un expert dans le domaine, encore moins avec un homme, mais Zoro s'y prenait pour l'instant suffisamment bien à son goût, même s'il était un peu empressé et gauche dans ses mouvements.
Le bretteur baissa lentement le pantalon jusqu'aux chevilles du blond, qui finit par s'en débarrasser lui-même après avoir joué des pieds pour enlever ses chaussures. Puis un instant s'écoula, durant lequel ils ne purent qu'observer la bosse sans équivoque du caleçon de Sanji. Lorsque le sabreur s'en saisit à travers le tissu du vêtement et commença à masser son érection, le cuisinier sentit monter une gêne intense mêlée à une excitation vertigineuse à la pensée que Zoro Roronoa le masturbait. Il plaqua une main sur sa bouche, s'en mordit inconsciemment les doigts pour étouffer son cri de plaisir.
Mince, on en est déjà là, pensa-t-il avec un soupçon d'anxiété, sachant que cinq minutes plus tôt, ils discutaient encore placidement.
L'escrimeur tira doucement le caleçon vers le bas pour libérer son entrejambe. Sanji eut un accroc dans sa respiration, et referma les yeux quand il sentit son membre dressé vers le ciel, pénétrer dans la bouche de l'épéiste. La sensation de ses lèvres glissant sur sa verge lui donna tellement le tournis qu'il faillit glisser.
« Comment c'est ? s'enquit Zoro avec une légère curiosité dans la voix, relâchant un instant son sexe.
— Ha… C'est… chaud… et… Aaah… hu… humide…
— Ne retiens pas tes cris, ordonna-t-il, avant d'ajouter à contrecœur, ça m'excite. »
Sanji se raidit : la voix du bretteur s'était faite beaucoup plus dominatrice. Et ça aurait dû l'agacer. Mais la pression sur son membre l'enjoignait férocement à ne pas se rebeller… Sinon à profiter, simplement profiter. Puis il ne fut plus en mesure de réfléchir, car Zoro avait attrapé ses fesses pour fluidifier son mouvement de succion, malaxant les globes de chair au passage.
Grisé, le cuisinier se cambra instinctivement, ses coudes prenant appui sur le plan de travail dans son dos. Il se cramponnait presque pour maintenir la station debout. De plus, à chaque fois qu'il essayait de récapituler ce qui était en train de se passer, l'écran de ses pensées se brouillait et il abandonnait la partie. Les mains possessives du bretteur sur son postérieur et sa bouche englobant tout son sexe n'étaient pas favorables à une réflexion poussée.
Une convulsion le fit trembler lorsque, au bout de quelques minutes, il sentit qu'il arrivait au point de non-retour…
« Oi, Zoro, je vais… Recule… »
Et alors qu'il sentait sa délivrance proche, l'épéiste prit sa demande au pied de la lettre et le lâcha trop tôt. Beaucoup trop tôt. Le contact de ses paumes et de sa langue se volatilisèrent si brusquement que Sanji en demeura coi, les yeux écarquillés, le souffle saccadé. Et la tension dans son bas-ventre, toujours si forte, si insupportable… Pourquoi ?
« Mais pas tout d'suite, abruti ! vociféra-t-il. F-Finis ce que tu as commencé !
— Non.
— QUE… COMMENT ÇA NON ? TU ME SUCES ET TU-TU-TU–
— Crie pas si fort, tu vas rameuter les autres !
— TU… Tss ! Raclure, je te le ferai payer au centuple, c'que tu viens de faire ! C'est juste… contre-nature !... »
N'ayant guère le choix, sifflant de rage, Sanji s'empara de son érection avec sa main droite. Mais une main à la peau mate s'abattit sur son poignet, l'en éloignant aussitôt.
« Qu'est-ce que tu fais ?! protesta le blond.
— Bordel, tiens-toi tranquille une minute ! J'en ai pas encore fini avec toi !
— Hein ?
— Laisse-moi juste le temps de me désaper, ok !? »
En effet, le bretteur était en train de passer son t-shirt et son haramaki par-dessus sa tête, dévoilant son torse glabre, strié d'une longue cicatrice en diagonale, et à la musculature fine. Le cuisinier, frustré qu'il était, n'y avait même pas prêté attention. Dans un moment d'absence, il le dévora du regard, puis s'empressa de détourner les yeux, le feu aux joues.
« Oi, je t'autorise à me regarder.
— CRÉTIN ! J'étais pas en train de…
— Ça n'm'a jamais dérangé », poursuivit l'épéiste.
Il fit la moue, penaud.
« Que tu me regardes en croyant que je n'le sentais pas… Ça n'm'a jamais dérangé. »
S'il n'avait pas été à poil devant lui, échauffé et impatient, Sanji aurait probablement savouré cet aveu dans le silence, reconnaissant au bretteur de s'ouvrir un peu… Au lieu de ça, le coq grimaça dans sa main.
« Rends pas les choses plus embarrassantes qu'elles ne le sont déjà », suggéra-t-il, mal à l'aise avec cette soudaine complicité.
Néanmoins, lorsqu'il redressa la tête, son accalmie intérieure fut instantanément troublée par la vision du sabreur complètement nu devant lui. Il n'avait jamais remarqué à quel point il avait pris du muscle depuis leur rencontre. Lentement, il prit une décision et fit un pas vers lui, son regard céruléen ancré dans le sien émeraude. Maintenant qu'il n'avait plus besoin de les fuir, ses yeux ne semblaient plus mentir sur leur couleur.
« Ça devrait être interdit, marmonna-t-il.
— Quoi donc ?
— D'être aussi beau. »
Zoro le fixa avec intensité, et enlaça son corps fin aux muscles fermes, plus anguleux que le sien, sans être efféminé. Le menton du blond vint se caler sur son épaule, et un lourd soupir parvint à ses oreilles : leurs virilités tendues étaient parfaitement au contact.
Sans hésitation, le bretteur saisit le jeune coq sous les cuisses et le souleva pour l'asseoir sur la table de la cuisine. Sanji, qui avait crocheté sa nuque dans le mouvement, enserra un peu plus le corps irradiant de chaleur. L'odeur que l'épiderme de Zoro dégageait l'étourdissait, un mélange de fer, de sueur et de sel marin.
« T'es plutôt bandant, toi aussi, susurra le bretteur en lui mordillant le lobe, avant d'ajouter, pour un blondinet…
— C'est pas exactement… la même chose… Tête d'algue, réussit à articuler le cuisinier en lui décochant un mince sourire.
— T'as besoin qu'on te malmène, cuistot de pacotille…
— Essaye donc… », souffla ce dernier, agrippant des mèches vertes entre ses doigts avec juste assez de force pour lui arracher une petite grimace (ça, c'était pour le « cuistot de pacotille » !).
Puis Sanji réalisa que ces deux petits mots pouvaient tout à fait être interprétés comme une invitation sans ambiguïté – à mille lieues de la stratégie de domination qu'il avait initialement prévue d'appliquer. Ce n'était pas comme ça qu'il allait avoir le dessus dans cette… lutte corporelle. Mince. Flûte. Zut. Ça lui avait échappé.
Le sabreur ne se le fit pourtant pas dire deux fois. Encouragé par la note lascive dans la voix du coq, il se mit à jouer des hanches contre les siennes, frottant leurs érections avec de plus en plus de vigueur. Des gémissements de volupté s'échappaient de leurs bouches, soupirs qu'ils aspiraient parfois en mordant dans la chair de l'autre, ou en scellant leurs lèvres brièvement, avant de réitérer la friction, encore et encore.
Tandis que leur déhanchement se calquait sur le rythme d'un métronome, Sanji n'en revenait pas. Est-ce que Zoro avait eu tant envie de lui, pour qu'il l'enserre si étroitement ? Pour que des balbutiements débordent ainsi de sa bouche et finissent sur la sienne ? Pour qu'il embrasse chaque parcelle de sa peau, sans jamais freiner la cadence de leur corps-à-corps ?
Le cuisinier n'avait pas les éléments de réponses, pas même la plus petite piste, mais pour l'heure, il s'en moquait éperdument. Il savait juste que voir l'homme aux cheveux verts dans cet état, l'excitait furieusement.
« Oi, Sanji… Hah…
— Nghh… », fut la seule réponse de l'intéressé à sa question inexistante.
Si le spadassin avait eu une question en tête, en tout cas, il venait de l'oublier. Sanji avait simplement conscience que tout ce qui n'était pas charnel – les mots, les questions, les regards – perdaient graduellement en cohérence et en importance. Il vibrait de sa peau moite glissant contre celle de l'épéiste, de leurs sexes gonflés, dressés contre leur ventre, de leur souffle rauque, de toutes ces sensations inédites et incroyables, mais par-dessus tout, il essayait de mémoriser la sonorité de la voix de Zoro qui se pâmait autant que lui sous ces caresses. Zoro qui jusque-là, ne lui était apparu que comme un rustre, le faisait gémir et bander comme il n'était pas permis, dévoilant une sensualité qui le rendait méconnaissable.
Le bretteur ralentit ses mouvements et lui intima :
« Mets-toi sur le ventre. »
Bizarrement, ces mots-là résonnèrent avec un peu trop de cohérence aux oreilles de Sanji.
« Je vois pas pourquoi ce serait à moi de me mettre sur le ventre, objecta-t-il après avoir repris son souffle.
— Sur le dos, si tu préfères.
— La finalité est la même ! Fais pas comme si c'était décidé d'avance !
— Mais c'était décidé d'avance », rétorqua le sabreur avec un sourire un peu vicieux aux lèvres.
Le coq sentit courir sur son échine un frisson qui, pour une fois, ne devait rien au plaisir. Pour un peu, il irait s'imaginer que Zoro avait calculé son coup du début à la fin. Mais, prémédités ou non, ce n'était pas comme si le blond allait se plier docilement à ses plans.
Cependant, l'épéiste fut le plus rapide : profitant de leur position actuelle, il poussa son amant dos contre la table, se positionnant au-dessus de lui avec une lueur prédatrice brillant dans les yeux. Surpris mais pas décomposé pour autant, Sanji plaqua une main sur le visage de Zoro pour le forcer à se redresser, puis ramena son genou vers lui pour écraser son pied sur la poitrine hâlée.
« Je viens d'te dire de pas décider tout seul, ducon ! gronda-t-il.
— Alors défends-toi », proposa son assaillant en se dégageant de la paume qui l'empêchait de respirer.
Si le spadassin voulait du répondant, il allait en avoir. Le cuisinier prit appui sur ses coudes, joignit les pieds et les projeta en avant, sur le torse de son partenaire. Celui-ci encaissa le choc dans un « urgh » étranglé, le dos voûté, mais il eut le temps de voir venir le deuxième coup fusant comme une flèche, et de se déporter sur la droite pour l'esquiver. Sanji s'était remis debout, le toisant avec une assurance très différente de l'homme qui gémissait dans ses bras quelques instants plus tôt.
« Faudrait voir à pas me sous-estimer, marimo. »
Le rictus de l'épéiste s'élargit, et il chargea le cuisinier qui prit une position défensive, prêt à l'envoyer dans le décor (en dépit de toute précaution concernant leurs compagnons endormis). Une part de lui était un peu curieuse de voir comment Zoro comptait le faire plier sans ses fines lames, bien qu'il ait déjà vu l'escrimeur très à l'aise au corps-à-corps aussi – c'était davantage la spécialité de Sanji. Ce dernier esquissa un sourire confiant et attendit la dernière seconde pour lever un genou qui viendrait frapper latéralement le flanc de son adversaire… Mais celui-ci para solidement le coup avec son avant-bras, le visage soudain renfrogné à quelques centimètres du sien.
« J'ai réfléchi, dit soudain Zoro. Je n'ai pas envie de jouer. Je n'ai aucune patience.
— Qu'est-ce que tu veux que ça me f… Eh ? »
Le bretteur venait littéralement de lui sauter à la gorge, mais pas pour le mordre : il avait plongé son nez dans son cou et en embrassait amoureusement la chair laiteuse. Sanji fut pris d'une envie de rire : d'une part, parce qu'il était très chatouilleux de ce côté-là, d'autre part, parce qu'il ne s'était pas attendu à un tel comportement de la part du spadassin. Ils n'allaient pas se battre, à l'instant ?
De nouveau fesses contre le rebord de la table, le cuisinier sentit le piège se refermer sur lui quand l'escrimeur posa un bras de chaque côté, faisant avorter tous ses espoirs de fuite latérale. D'autant plus que son amant n'interrompait pas son petit jeu, baisant, mordillant, léchant tout ce que sa bouche rencontrait, des épaules à l'aine, de l'intérieur de son poignet au cartilage de son oreille, ses mains redoublant d'agilité pour enlacer son torse ou pétrir ses fesses. Et ça rendait Sanji dingue. Si bien qu'il ne put que soupirer contre les lèvres de Zoro lorsque celui-ci le coucha sur le dos tout en exerçant une caresse bien ferme sur le membre du blond.
Dans un sursaut de lucidité, ce dernier essaya de se dégager une ultime fois, agrippant les bras de son partenaire pour empêcher ce dernier de l'étourdir comme il le faisait sans répit. L'épéiste ne sembla même pas y prêter attention et continua de suçoter la peau là où il le pouvait, comme pour aspirer l'énergie du coq. Sanji se tortilla dans tous les sens et se contorsionna tant et si bien qu'il se retrouva sur le ventre, en nage, rouge, le torse épousant le bois de la table qui craquait faiblement sous ses efforts.
Zoro emprisonna aussitôt ses poignets dans son dos, s'assurant que son partenaire ne pourrait plus se rebiffer, et colla ses cuisses aux siennes de manière à ce qu'il ne puisse pas ruer. Le cuisinier ne se souvenait pas, dans sa vie, avoir connu défaite plus cuisante et plus humiliante.
« Il fallait le dire tout de suite, si tu voulais que ce soit sur le ventre, lui fit remarquer l'escrimeur narquois.
— Saloperie, siffla Sanji entre ses dents serrées, tordant le cou vers son geôlier.
— Allez, arrête de remuer et laisse-moi faire. Je m'en voudrais d'abîmer ta belle gueule. »
De toute façon, remuer, il n'en avait plus les moyens : Zoro entravait tous ses mouvements. Le sabreur reluqua un court moment ses hanches, particulièrement tentatrices dans cette position, avant de s'amuser à en suivre la ligne avec sa bouche, repoussant du nez la chemise ouverte vers la nuque pour embrasser les omoplates puis il laissa une traînée de salive sur sa peau en léchant délicatement son dos. Enfin, son bassin vint heurter le postérieur du cuisinier, et ce dernier sentit l'érection frotter le sillon entre ses fesses. Il commençait à être un peu angoissé à l'idée de ce qui allait suivre.
Le blond se tendit soudain, étouffant un cri de protestation. L'épéiste venait d'enfoncer deux doigts lubrifiés de salive en lui.
Cette intrusion le gêna d'abord, en plus de la douleur qu'elle lui causait ; mais celle-ci s'atténua progressivement quand son amant commença à les faire aller et venir. Au bout de quelques secondes, la douleur n'était plus qu'un mauvais souvenir, muée en plaisir mêlé de gêne.
« Ça va ?
— Hung… Oui…
— Tu aimes ça, je me trompe ? Je peux sentir ton cul se contracter autour de mes doigts…
— Oh… Oh merde… »
Sanji se cogna violemment le front contre la table, les yeux plissés. Il avait failli jouir à l'écoute de ces paroles bien trop érotiques pour le laisser indifférent. De telles obscénités dans la bouche de Zoro, prononcées avec cette voix chaude et sensuelle, même ses fantasmes n'avaient pas réussi à les lui faire entendre.
Il faillit répéter la collision frontale quand Zoro relâcha enfin ses poignets, pour mieux se pencher et embrasser ses bourses, sans cesser d'agacer l'entrée de son intimité. Il inséra ensuite un troisième doigt dans son orifice ; le cuisinier se mordit la lèvre, et oublia la gêne causée l'instant d'après, le bretteur ayant repris son sexe entre ses doigts habiles. La présence des appendices en lui, jointe à la caresse sur son érection, lui faisaient tourner la tête.
« Zoro… »
Était-ce bien lui qui venait de gémir son nom ainsi ? Après quelques mouvements supplémentaires, pendant lesquels le blond tentait de contenir ses effusions, en vain, la pression des doigts disparut brusquement, le laissant pantelant. Il sentit le corps de son amant recouvrir le sien, mêlant leur sueur, et tourna la tête vers lui : l'escrimeur se penchait pour coller brièvement ses lèvres aux siennes, dans un baiser suave empli de complicité.
Était-ce toujours l'orgueilleux bretteur du Chapeau de paille, cet homme qui lui prodiguait tant d'attention et s'appliquait à lui donner du plaisir ? Certainement, pensa le cuisinier. Mais peut-être avait-il laissé de côté son passé avec lui, fait de disputes incessantes, de provocations verbales, de défis, de mésentente quasi-totale ; peut-être avait-il choisi de faire abstraction de leurs différends quotidiens et profiter de la brèche dans son cœur pour repartir de zéro ? Ou bien n'avait-il rien prévu de tout ça, et avait-il décidé de réfléchir à l'après quand les circonstances l'y forceront ? Comment ce qu'ils étaient en train de faire affecteraient leurs rapports, dès lors qu'ils auraient fini ?
Plus tard la réflexion, pensa Sanji en rendant le baiser avec ferveur.
L'épéiste se détacha des lèvres gonflées, la respiration altérée par la longueur de la caresse buccale, et revint se positionner derrière le coq. L'espace d'un instant, celui-ci vit dans son champ de vision le sexe dur, érigé vers le ciel.
« J'y vais », dit l'escrimeur dans un souffle.
Et sans plus attendre, il le pénétra.
Le blond s'en mordit la lèvre jusqu'au sang. L'impact du membre s'immisçant lentement en lui, lui donnait la sensation d'être fendu de l'intérieur. Ses ongles s'enfoncèrent dans le bois de la table dont l'arête lui meurtrissait l'abdomen. Zoro plaqua ses lèvres sur son omoplate dans une tentative de distraction de la douleur qu'il savait probablement être en train de vriller son partenaire. Puis il recula, et poussa à nouveau, plus prudemment.
Après avoir enchaîné plusieurs fois ce va-et-vient avec des efforts pour être plus doux, Sanji se détendit un peu. Progressivement, le mal-être se dissipa et de profonds gémissements lui échappèrent. L'intrusion que le bretteur renouvela en lui, lui envoya une décharge de plaisir directement dans son entrejambe. Celui-ci dut s'en apercevoir, car ses coups de reins se firent plus rapides et plus souples. Le blond entendait sa respiration rauque et haletante accompagner son déhanché… À moins que ce ne soit la sienne.
« Rah… Sanji, c'est serré… », articula-t-il, éperdu.
Le rythme s'accéléra encore. Le cuisinier se sentait balloter au gré des déhanchements de son amant, mais ça n'était plus désagréable. Le support inconfortable sur lequel il s'appuyait lui semblait désormais très loin, tant son esprit était concentré sur la sensation de ce membre gonflé profanant son intimité avec tant d'ardeur. Brusquement, Zoro cogna contre sa prostate ; Sanji creusa le dos sous l'impact et la vague de plaisir que ce contact avait déclenchée.
« Zoro… Recommence… Juste là… Oh ! »
Il ne sut si son partenaire comprit sa demande, mais ce point magique en lui fut de nouveau martelé avec habileté. Le blond enfouit la tête dans son bras, conscient qu'il ne maîtrisait plus ses expressions faciales. Les contours de sa vue commençaient à devenir sérieusement flous.
Sans crier gare, l'épéiste se retira, l'empoigna fermement et le plaqua sur le dos. Sanji se laissa faire, un peu déconcerté, totalement désorienté par la brève absence de contact de sa peau contre l'épiderme hâlé. La mèche qui couvrait son œil gauche était toujours en place, mais Zoro se tenait suffisamment près pour se vanter d'avoir une jolie vue sur le corps du blond, entièrement à sa merci. Il se délecta de la façon dont son abdomen se contracta quand il entra de nouveau en lui, les mains posées derrière ses cuisses.
Sanji se sentait trop exposé dans cette position, et voir Zoro s'agiter si près au-dessus de lui était une énorme source de gêne… et d'excitation, il devait l'admettre. Son corps tout entier le reconnaissait, du moins. Ses lèvres s'arrondirent dans un cri muet lorsque le bretteur frappa plus fort en lui, le faisant se cambrer. Son érection était de plus en plus douloureuse.
Quand le cuisinier bredouilla qu'il fallait qu'il le caresse – tentant d'éradiquer toute nuance de supplication dans sa voix –, l'homme aux cheveux verts s'exécuta : sans ralentir le rythme de ses coups de reins, sa main s'enroula autour du sexe érigé du blond et entreprit de le masser avec vigueur, majorant son orgasme. Le coq lâcha un lourd soupir, comblé. Zoro se pencha vers lui pour étreindre ses lèvres un court instant.
Tout n'était plus que vibrations, frictions et sensualité exacerbée entre eux.
« Hah… Je vais jouir, Sanji… »
Ses mouvements devinrent plus saccadés, encouragés par les jambes du coq qui s'étaient convulsivement refermées dans son dos en sueur. Zoro s'arc-bouta un peu plus sur son amant tandis qu'enfin il se déversait en lui dans un râle, les yeux plissés dans la jouissance. Le coq put capturer cette image imprenable avant de se tendre une ultime fois, alors qu'un flash blanc tombait comme un voile devant sa vue et que sa propre semence se répandait sur son ventre.
L'écho de leurs respirations erratiques remplissait la pièce qui leur semblait surchauffée. Vide d'énergie, le bretteur se retira tandis que le cuisinier laissait retomber ses jambes, et agrippait le rebord de la table pour calmer son rythme cardiaque. Le blond écoutait attentivement les pulsations de son propre cœur dans ses tempes, sa poitrine se soulevant sur son tempo.
Il l'avait fait. Avec Zoro. Et il avait aimé ça.
Sa main vint essuyer la sueur sous son menton. Il avait éperdument aimé, et il ne savait si la réaction la plus saine qu'il pouvait avoir à présent était d'avoir envie de remettre ça ou bien d'estimer que c'était un énorme problème.
Il sentit que son corps s'engourdissait, exigeant un sommeil réparateur.
« … T'endors pas ici, murmura Zoro d'une voix rauque, comme s'il avait lu dans ses pensées. Imagine la tête des autres s'ils te découvraient comme ça demain… »
Sanji rit nerveusement, supposant que, effectivement, ce serait contrariant, et se remit péniblement sur pieds. Les muscles de son dos protestèrent, malmenés par la dureté de la table et le frottement du bois. Dans la pénombre, l'épéiste s'était déjà rhabillé.
« On ferait mieux d'aller se coucher », reprit-il sagement.
Le coq acquiesça. Après avoir effacé toute trace de leur acte, il remit ses vêtements avec l'impression de se mouvoir au ralenti. La fatigue lui tombait dessus comme une masse. En considération des efforts physiques fournis par Zoro quelques instants auparavant et compte tenu de ses accès de narcolepsie, ça tenait sans doute du miracle que son partenaire ne se soit pas effondré d'un coup d'un seul après leur acte. Quelque part, il lui en était reconnaissant, n'étant pas sûr qu'il eût apprécié un Zoro baveux, collant et ronflant sur son torse à son réveil.
Une fois prêt, Sanji rejoignit le bretteur qui l'attendait sur le pas de la porte, le lorgnant ouvertement malgré ses paupières lourdes. S'en apercevant juste avant que son regard ne se détourne, le cuisinier feignit de ne pas s'en être rendu compte. Sans doute devait-il faire une croix sur sa pudeur désormais…
Il passa devant l'épéiste, direction le hamac le plus proche.
« Eh, attends, le héla Zoro.
— Quoi ?
— Ben…
— … ?
— Tu… Enfin, est-ce que j'ai été… nul ? »
Sanji se mordit brièvement la lèvre inférieure, avant de se souvenir que celle-ci était déjà cruellement entamée. Merde, ça y est, l'épéiste recommençait à être craquant sans en avoir aucune conscience. Il était bien sûr très tentant d'éclater de rire face à cette moue digne de celles dont Luffy faisait la collection. Ce que le blond fit, naturellement.
« C'est ça, rigole ! 'foiré…
— Ha, ha ha, désolé, s'excusa Sanji sans parvenir à retrouver son sérieux, c'est juste que… C'est trop mignon, HA HA HA !
— Berk, me qualifie pas avec ce terme, grogna l'escrimeur avec un frisson de dégoût. Et arrête de rire, imbécile ! »
Il le gratifia d'un bon coup de poing dans l'épaule pour riposter contre son hilarité. Le cuisinier broncha à peine mais reprit son souffle, heureux d'avoir eu une occasion de se dilater la rate après toutes les fois où le bretteur avait abusé de ses faiblesses, plus tôt dans la nuit. Il méritait au moins ça, non ?
Toujours très amusé, il vint se planter devant l'épéiste à la fierté quelque peu froissée, les bras croisés sur son torse.
« Tu veux vraiment le savoir ? demanda-t-il.
— C'est bon, fais de l'air, cuistot de merde.
— Mais c'est qu'il est susceptible en plus d'être stupide, se moqua encore ce dernier en levant les yeux au ciel.
— La ferme, marmiton, tacla Zoro. J'ai rien dit de stupide.
— Bien sûr que si. Ta question était idiote. T'as de la merde dans les yeux ou quoi ?
— …
— …Fait chier. En fait, c'était – ne m'oblige pas à le répéter, je ne le dirai qu'une fois – vraiment très… intense.
— …Intense ?... Et alors, c'est bien ou c'est mal, ça ? grommela Zoro, complètement perdu.
— J'ai pris un terme volontairement flou, pas envie que tu fanfaronnes trop…
— AUPRÈS DE QUI EST-CE QUE TU VEUX QUE JE FANFARONNE ?
— J'EN SAIS RIEN, MOI ! TES FUTURES CONQUÊTES, PEUT-ÊTRE !
— …
— …
— …Bof…, fit le bretteur, peu convaincu. On n'change pas une équipe qui gagne. »
Il n'avait pas besoin d'expliciter le sous-entendu ; la bouche de Sanji vint s'entrechoquer contre celle de Zoro, qui se retrouva projeté contre la porte de la cuisine. Une fois sa surprise estompée, il l'étreignit aussitôt, répondant avec envie au baiser. Quand ils se détachèrent, l'escrimeur colla son front contre le sien, ses mains refermées dans le tissu de la chemise froissée. Pour la première fois, le blond put voir les pommettes empourprées du bretteur, que les rayons phosphorescents de la lune ne suffisaient pas à pâlir.
« J'ai vraiment très envie de remettre ça un soir, Ero Cook. Ou deux. Ou p't'être trois.
— Ou peut-être quatre, suggéra Sanji, sentant le fard monter à son visage.
— Ouais. Je te promets que ce sera moins intense qu'avant.
— Abruti, c'était un compliment.
— Oh. Merci alors. Ça sera encore plus intense dans ce cas. »
De toute évidence, la fatigue le submergeait. Et le blond ne pouvait pas le lui reprocher ; lui-même commençait à encaisser le contrecoup de toutes ces nuits trop agitées de réflexions, pour être d'aplomb au réveil.
« Tu saignes, se rendit enfin compte le bretteur, attrapant son menton pour effleurer sa lèvre du pouce.
— Ça fait plus mal que c'que je croyais, répondit le coq en haussant les sourcils. Mais faut dire que t'y es allé comme un bourrin.
— Ça fait mal ? demanda Zoro, franchement étonné.
— Tu plaisantes, là ? Évidemment que ça fait mal ! s'écria le blond avant de nuancer, au début, en tout cas.
— Ah bon… Je pensais que c'était juste très désagréable. Pas douloureux. »
Autant d'ignorance laissa Sanji sans voix, atterré. Dans une certaine mesure, il avait eu de la chance que son amant n'y soit pas allé encore plus fort, s'il pensait que ce n'était que de l'extase du début à la fin…
« Bah, ça n'fera plus mal avec l'entraînement, supposa Zoro, toujours optimiste.
— Dans tes rêves ! La prochaine fois, c'est ton tour, et je serai sans pitié, l'avertit le blond.
— Si tu gagnes, seulement si tu gagnes, rappela le bretteur avec un sourire suffisant. Mais c'est pas demain la veille, vu la riposte…
— Moi, en tout cas, je n'aurai pas besoin d'aller jusqu'à te lécher partout pour arriver à mes fins, rétorqua sèchement Sanji.
— En attendant, que je te lèche partout, ça n'a pas eu l'air de te dépl–
— ÇA SUFFIT ! aboya le coq, les joues cramoisies, en bâillonnant Zoro à deux mains. Arrête de renchérir ! »
L'escrimeur n'ajouta plus rien, mais une étincelle de raillerie insolente continuait de danser dans son regard. Bien qu'irrité par son effronterie, Sanji finit par le relâcher, et sortit une cigarette de sa poche pour la coincer entre ses lèvres.
« Au fait, reprit l'épéiste d'un air sombre. On va avoir un gros problème.
— ?
— Robin, répondit-il à sa question muette.
— ?
— Attends, t'es sérieux ? Tu l'as pas remarquée ?
— Non. Explique.
— Et c'est moi qui ai de la merde dans les yeux, ben tiens, pesta Roronoa. Robin ne nous lâche pas du regard.
— Comment ça, nous ?
— Nous, toi et moi, qui d'autre ! Elle nous regarde comme si on était un petit couple.
— N'importe quoi. C'est moi qu'elle regarde.
— Redescends sur terre, Love Cook. Je te dis qu'elle nous observe à longueur de journée. À mon avis, elle a dû piger quelque chose. »
Sanji considéra la situation. En ce qui le concernait, il n'avait absolument aucun soupçon sur la jeune femme, dont la beauté et l'intelligence l'avaient toujours subjugué. Soupçonner quoi, d'ailleurs ? Ça lui en coûtait presque de se poser la question, mais est-ce que l'épéiste ne surestimait pas les capacités de discernement de l'archéologue ?
Cependant, si Zoro, qui avait retrouvé un petit mégot au pied d'une cabine… Zoro, qui avait senti les regards que le maître coq lui jetait… (Mais depuis quand diable était-il devenu si observateur ?) Si Zoro, donc, disait que Robin les regardait d'une manière suspecte, il n'y avait que deux conclusions à tirer : soit il était devenu complètement parano, et dans le cas présent, c'était une bonne nouvelle ; soit ses craintes étaient fondées, et les choses se pimenteraient. Ou pas, pensa le blond avec désinvolture. En quoi une si charmante créature pouvait-elle leur causer du tort ?
Le cuisinier réprima un soupir. Maintenant que le problème avait été soulevé, il allait quand même y penser, malgré son optimisme. L'enjeu était trop grand pour se permettre de condamner leur secret à cause d'une négligence, que ce soit une marque d'intérêt anormale ou un regard de trop. Un secret…
Sanji n'avait pas besoin de vérifier l'opinion de Zoro sur le sujet : ce qui s'était produit dans la cuisine… restait dans la cuisine. Simple question de fierté masculine et d'auto-préservation. Et puis, le coq espérait bien que la nuit (ou ce qu'il en restait) serait enfin assez clémente pour le laisser réfléchir à la tournure que venait de prendre leur relation. Car il allait y avoir un après, ou plutôt un encore, c'était certain maintenant. S'ils l'avaient voulu, les deux pirates auraient pu classer tacitement cet épisode dans un rayon de leur mémoire étiqueté « anecdotique » voire « ne s'est jamais passé », mais ils avaient antérieurement exprimé le désir de recommencer, et ça… Ce n'était pas compatible avec une amnésie sélective.
« À tous les coups, elle va mettre son grain de sel tôt ou tard, grimaça l'escrimeur.
— …Je vois, finit par acquiescer le blond à contrecœur. 'Suffira de faire comme d'habitude, c'est tout.
— Plus ou moins, tempéra le sabreur. T'as intérêt à redevenir le cuistot pervers qu'on connaît.
— Ça va, j'ai pigé, maronna le coq.
— Bien. Alors mollo sur les Regards, si tu vois ce que je veux dire.
— Hep ! »
Un rictus aux lèvres, le bretteur esquiva le pied qui avait manqué de le défigurer sur cette dernière remarque finaude. Sanji ronchonna encore un peu pour la forme, et dès qu'il emboîta le pas à Zoro, un sourire discret vint ourler ses lèvres.
Enfin, ils regagnèrent leurs hamacs respectifs, veillant à ne pas réveiller les autres. Bientôt, le ronflement caractéristique de Roronoa s'éleva dans l'air nocturne, et le cuisinier le rejoignit dans les limbes d'un sommeil profond.
Voilà. Mon premier lemon écrit et réécrit, c'est fait.
Et non 'y a toujours pas de lubrifiant (autre que la salive). Je soutiens que ce truc ne devait pas exister à l'ère des pirates, et s'il existait quand même, ça m'étonnerait que Sanji en cache fortuitement dans le tiroir de la cuisine. Pas grave, ça donne un petit côté grraouu à leur corps-à-corps (mais dans la vraie vie, gay ou pas gay, pensez au lubrifiant ET au préservatif).
C'était toujours aussi "pas dans la dentelle" ? C'était sexy ? C'était trop soft ? XD Dites-moi tout ! Soyez pas timides !
Et à l'on ne sait quand pour la MàJ du dernier volet : Rébellion ! (Ou l'entrée en scène de la diabolique Nico Robin)
