Auteur : Ariani Lee

Série : Kyou Kara Maoh

Pairing : Yuuram (mon premier !)

Rating : T (une fic sage 8D)

Note: Je publie en avance le chapitre de dimanche parce que je traverse une période difficile et je compte sur vos reviews pour me remonter un peu le moral (je suis sérieuse). Ce chapitre est plus long que les précédents (ceux-ci étant les plus courts de toute l'histoire) et il s'y passe pas mal de choses. J'ai aimé l'écrire et j'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture.


Sept Jours Pour Une Eternité

Le Troisième Jour


Morgif lui battait la hanche en poussant des soupirs exaspérés.

- Je sais, mais c'est pas de ma faute ! Dit Yuuri. T'es une épée toi, tu sais pas ce que c'est, les histoires de cœur ! J'ai le droit de ne pas être de super bonne humeur.

L'épée émit un râle intéressé, et Yuuri secoua la tête.

- J'te dirai rien. C'est pas parce que tu cours après les jolies filles comme un gros désespéré que tu y connais quoi que ce soit !

Morgif protesta de quelques raclements vexés.

- Non, c'est non ! J'en suis pas encore au point de demander son avis à un bout de métal !

Morgif poussa un soupir à fendre l'âme, puis se figea en une moue triste et se tut.

Yuuri entra sur le terrain d'entraînement. Il le traversa dans les nuages de poussières que soulevaient les hommes qui s'exerçaient, et repéra enfin Conrad, à côté de la lice de tir à l'arc. Il contourna prudemment la zone – pas envie de prendre une flèche dans le genou en passant – et rejoignit l'officier qui observait l'entraînement des novices.

- Yuuri, dit-il en le voyant. Il baissa les yeux et remarqua Morgif pendue à sa ceinture. Tu viens t'entraîner un peu ?

Le jeune roi hocha la tête. En fait, c'était plus un prétexte qu'autre chose, il voulait surtout parler avec lui de l' « affaire » dont il avait, tout de même, été le déclencheur.

Ils s'éloignèrent un peu. Conrad envoya un écuyer chercher l'équipement du Maoh et Yuuri se mit à faire des échauffements. Gisella le tuerait si elle le voyait faire des passes d'armes sans s'être échauffé avant. Un Maoh avec un tendon distendu ou un claquage du genou, ça ne servait à rien.

Il se laissa harnacher dans une cuirasse et enfila les gants qu'on lui tendait. Conrad prit une position défensive, le laissant venir. Bon…

Yuuri mit l'épée au clair, puis, laissant la pointe racler le sol, il porta à son adversaire un coup ascendant. Conrad para l'attaque sans difficulté puis, pivotant, tenta de porter un coup à l'épaule du Maoh.

Yuuri n'était pas un épéiste-né, mais il connaissait bien le style de Conrad et sa façon de se battre – la force de l'habitude. Il vit venir le coup et se pencha vivement vers l'avant, surprenant son partenaire. Il voulut profiter de l'effet de surprise pour porter une nouvelle attaque, mais Conrad se ressaisit à toute vitesse et recula brutalement. Yuuri tenta de pousser une botte technique, mais ses gestes manquaient d'assurance, et Conrad profita de cette hésitation pour le désarmer. Morgif tomba sur le sol poussiéreux avec un grognement de protestation. Yuuri la ramassa sans cérémonie et la remit au fourreau avant de se tourner vers Conrad.

- J'ai pris des dispositions, dit-il.

Le brun eut un doux sourire et remit sa lame au fourreau.

- Merci, dit-il simplement.

- J'ai réalisé à quel point tu avais raison. Je m'en veux, je me suis comporté comme…

Il s'arrêta et le sourire de Conrad s'élargit.

- Un boulet ? Proposa-t-il.

Yuuri acquiesça.

- Oui, vraiment. Et… j'ai peur de ne pas saisir toute l'ampleur de mes bêtises. Je crois que je ne vois que la partie émergée de l'iceberg, si tu vois ce que je veux dire.

- Oui, je vois.

Yuuri se mit à se débattre avec sa cuirasse.

- Tu veux bien me donner un coup de main pour ça ? Je n'y arriverai jamais seul, il me faudrait deux paires de bras en plus, au moins !

Conrad aida l'adolescent à se défaire de son équipement, puis ils s'en allèrent vers les baraquements pour l'y ranger.

- Je crois que la chose la plus difficile pour Wolfram… C'est que tu n'as pas confiance en lui.

- Mais je lui fais confiance ! Protesta Yuuri.

Conrad secoua la tête.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Tu ne comptes pas sur lui. Tu t'appuies toujours sur moi, et c'est un rôle que je suis honoré et fier de jouer, mais… Wolfram donnerait sa vie pour toi, il est prêt à tout pour te protéger, il te suivrait au bout du monde. Il t'est entièrement dévoué, et le fait que ce soit toujours vers moi que tu te tournes alors que tout ce qu'il souhaite c'est se montrer digne de toi, de ta confiance, ça doit lui donner l'impression que tu… n'en as rien à faire. Comme si ça n'avait pas la plus petite importance à tes yeux. Il doit se sentir inutile.

Yuuri baissa le regard sur ses chaussures tandis qu'ils marchaient. Même si c'est ce que vous voulez, ce n'est jamais agréable d'être forcé à regarder les choses en face. Conrad avait raison, chacun de ses mots touchait juste.

- Il s'entraîne plusieurs fois par semaine, tu sais ?

- Je ne l'ai jamais vu à l'entraînement, avoua Yuuri d'une voix piteuse.

- Il entraîne ses hommes, comme moi les miens. Et il s'exerce avec un maître d'armes.

- Un maître d'armes ? Répéta Yuuri, surpris.

En matière de duel, il lui semblait que Wolfram n'avait de leçons à recevoir de personne.

- Oui. En bonne partie pour lui apprendre à maîtriser cette tête brûlée qu'il est. Techniquement, il est très habile, mais il devrait apprendre à garder son sang-froid. Et bien sûr, il s'entraîne avec Messire Rhius, pour s'exercer.

- Et avec toi ?

Conrad secoua la tête avec un sourire triste. Ils étaient arrivés aux baraquements, et ils rendirent l'équipement aux soldats. Conrad s'assit sur les marches de bois, et Yuuri s'installa à côté de lui.

- Il y a des années que Wolfram ne croise plus le fer avec moi. La dernière fois remonte à si longtemps que j'ai du mal à m'en souvenir. On s'entraînait beaucoup ensemble quand il était plus jeune. Je lui avais appris quelques trucs. L'élève a dépassé le maître depuis.

Le Maoh se tourna vers lui, le regard étonné.

- Tu es sérieux ?

- S'il était plus discipliné et moins fonceur, il pourrait me battre, je crois. Il est plus rapide que moi.

Le cœur de Yuuri se serra quand il décela la pointe de fierté dans la voix de Conrad. Il aimait tellement son frère que voir celui-ci lui tourner le dos comme il le faisait était vraiment déplorable.

Tout comme lui-même était lamentable de laisser Wolfram se noyer dans l'amour qu'il lui portait sans n'eût-été que SONGER à lui tendre la main.

- Dis, Conrad…

- Oui ?

- Où est-ce qu'il s'entraîne, Wolfram ? Il ne vient jamais sur ce terrain, si ?

- Non. Lui et ses hommes sont assignés à la salle d'armes de l'aile ouest, et c'est aussi là qu'il prend ses leçons avec Messire Rhius.

Il y eut un instant de silence, puis Conrad proposa :

- Tu veux aller voir ?

- Je ne sais pas, répondit Yuuri en se grattant la nuque. J'aimerais beaucoup mais… Wolfram est furieux contre moi. Pour l'instant, moins il me voit mieux ça vaut. Il a de quoi, note…

- A cette heure-ci la place devrait être vide, tu sais. Viens, je vais te montrer.

Ils se levèrent et le roi suivit son guide à travers les jardins et le château.

- Qu'est-ce que tu as pris exactement, comme dispositions ?

- J'ai demandé à Wolfram de ne plus dormir dans ma chambre.

Le Maoh fixa son regard sur ses pieds pour éviter celui de Conrad.

- C'est ce qu'on appelle prendre le taureau par le cornes. Il doit être en pétard, effectivement.

Doux euphémisme, pensa Yuuri. Ce matin, de nouveau, Wolfram ne lui avait pas fait la grâce d'un regard ni d'une parole.

- Il m'ignore complètement. Mais je fais pas ça pour lui faire du mal. Je voudrais avoir une autre solution, mais je voulais vraiment savoir…

- Je comprends.

- C'est dur.

- Vraiment ?

- Vraiment.

Ils marchèrent en silence. Oui, c'était dur. Mais il n'était que normal que cela le soit. Yuuri ne s'estimait pas en position de se plaindre. Cette séparation, dont il avait pris l'initiative, lui faisait bien plus de mal qu'il ne l'aurait cru.

- C'est ici, annonça Conrad.

Ils se trouvaient dans une partie du château que le Maoh ne connaissait guère, devant une pièce dans laquelle il n'avait jamais mis les pieds.

- Tu veux que je te laisse seul ? Proposa l'officier avec tact.

Yuuri acquiesça en silence. Conrad posa une main sur son épaule qu'il serra doucement.

- N'oublie pas, lui dit-il doucement. L'important, c'est que tu prennes la meilleure décision pour vous deux, pas que pour Wolfram. Et sur le plus long terme. Même si, en fin de compte, elle ne s'avère pas être celle que tu aimerais lui donner, ta réponse devra être honnête.

Yuuri hocha la tête.

- Il me reste encore cinq jours, dit-il d'une voix qu'il voulait assurée, puis il entra dans la salle et referma la porte derrière lui.

C'était une vaste salle, dont l'espace central était largement dégagé. Seuls les murs étaient meublés de râteliers chargés d'armes et d'équipements, tout le reste n'était que sol de pierre nue. Il n'y avait qu'une table avec une chaise dans un coin, et rien dessus, hormis un encrier et quelques feuilles blanches. Cela devait servir de « bureau » à Wolfram, à l'occasion. Rien de bien passionnant, au demeurant, mais être dans cette pièce donnait l'impression à Yuuri de se rapprocher de son fiancé. Avant ce jour, il ne s'était jamais intéressé à ce qui le concernait, à ce qu'il aimait ou non, sa vie en général… Il n'était jamais trop tard pour bien faire, alors il entreprit de contourner la salle, en prenant son temps pour tout observer à son aise.

Le dernier râtelier qu'il examina supportait des pièces d'équipement de belle facture, meilleures que les autres. Yuuri tendit une main hésitante vers une cotte de mailles rutilante…

Et la porte s'ouvrit. Le Maoh sursauta et se cacha derrière le râtelier à la vitesse de l'éclair. Il ne put que se féliciter de son réflexe : Wolfram entrait dans la pièce, suivit d'un homme entre deux âges qui devait être messire Rhius. Tétanisé, il vit son fiancé marcher droit sur lui et décrocher des objets du râtelier. Yuuri s'aperçut qu'il ne portait pas son uniforme bleu, mais des vêtements plus simples et certainement plus confortables, en toile.

A travers le râtelier et l'équipement qui y était accroché, Yuuri regarda Wolfram prendre des protections en cuir souple pour ses poignets, ses genoux, son buste et des gants, puis se détourner pour les enfiler. Il poussa un soupir de soulagement en le regardant s'éloigner. Ça risquait de mal se finir s'il le trouvait là, alors profitant de ce qu'il discutait avec le maître d'armes, il se faufila derrière les rangements encombrés jusqu'à celui qui était le plus chargé, parce que celui de Wolfram l'était si peu que c'était un vrai miracle qu'il ne l'ait pas vu.

Il s'arrêta derrière un quasi-mur de boucliers et chercha un interstice pour pouvoir regarder la salle.

C'était l'occasion, au fond. D'essayer de connaître son fiancé sous un autre jour, peut-être de découvrir une facette de sa personnalité qu'il ne lui avait jamais montrée…

Risquant un regard, il vit que les deux soldats se tenaient face à face en silence, épée au fourreau et immobiles, comme s'ils attendaient tous les deux quelque chose. De là où il était, Yuuri voyait un muscle se contracter nerveusement dans la mâchoire de Wolf, un de ces tics d'agacement qu'il avait. Il se rappela de ce que Conrad lui avait dit, à propos de son frère et de sa tendance à se précipiter et à réfléchir ensuite. Ça devait être un exercice, dans le but de mettre son sang-froid à l'épreuve, et de voir comment il se battait une fois à bout de patience.

C'était curieux de le voir vêtu d'autre chose que son uniforme ou de sa chemise de nuit alors qu'ils étaient au château. Mais cette tenue plus simple lui allait bien. En fait, la seule chose qui ne lui allait pas, de l'avis du Maoh, était cette chemise de nuit. Ça, Yuuri ne s'y ferait jamais. Il eut la brève vision de Conrad et de Gwendal attifés de la sorte et sourit.

Messire Rhius tira l'épée et Wolfram l'imita, piaffant visiblement d'impatience. Il attendait peut-être une occasion de se défouler, aussi… Yuuri se sentit un peu désolé pour le maître d'armes, ce n'était pas à lui de servir d'exutoire à la mauvaise humeur de Wolfram.

Le chevalier porta un coup à Wolfram, un peu comme au ralenti, et Wolfram répliqua de la même façon. Yuuri réalisait sans problème qu'ils se battaient avec des gestes volontairement lents, parce qu'il voyait lui-même comment répliquer. Les gestes de Wolfram et de son « professeur » étaient prévisibles même pour lui.

Regardant le visage de son fiancé, Yuuri y décela une expression qu'il connaissait bien mais qu'il ne gardait en général pas si longtemps : il luttait pour ne pas perdre son calme. C'est bon pour ce qu'il a, pensa Yuuri avec un amusement léger. Wolfram et ses colères volcaniques proverbiales et irraisonnées… Mais cela faisait partie des choses qui le rendaient attachant, se dit le Maoh.

Une idée s'imposa brusquement à son esprit, à propos de ce que Conrad lui avait dit quant au sentiment d'inutilité que devait éprouver Wolfram. C'était vrai qu'il se tournait toujours vers Conrad, qu'il s'appuyait souvent sur Gwendal, mais Conrad y était aussi pour quelque chose. Chaque fois qu'il lui arrivait une tuile – et c'était souvent – Conrad était quasiment toujours le premier arrivé. Il pensait par exemple à la fois où Adalbert l'avait jeté du haut d'une falaise et où il était tombé dans un bois. Il avait réellement cru sa dernière heure arrivée cette fois-là, mais Conrad l'avait rattrapé. Comment avait-il fait pour savoir, alors qu'il était bien trop tétanisé que pour hurler sa terreur, c'était un mystère, mais toujours était-il qu'il s'était retrouvé là, et ils avaient roulé sur des mètres, collés l'un contre l'autre, les bras de Conrad serrés autour de lui, pour finir par s'arrêter dans une position plutôt gênante. Bien sûr, il n'avait aucune arrière-pensée, et il se doutait que Conrad non plus. Il le considérait comme son parrain, ni plus ni moins. Il était toujours là le premier. Est-ce qu'il ne pouvait pas, une fois de temps à autres, attendre trois secondes pour que ce soit Wolfram qui réagisse et qu'il puisse accomplir son devoir ? Yuuri savait très bien que c'était totalement irrationnel comme façon de réfléchir, mais il ne pouvait pas s'en empêcher.

Cela faisait des années, depuis bien avant son arrivée à Shinmakoku, que les relations entre les deux frères n'étaient pas au beau fixe, mais il se demandait s'il n'y avait pas une part de jalousie dans l'animosité que Wolfram manifestait à son aîné. Alors que Yuuri savait très bien qu'il aimait son grand-frère. Ses réactions quand il l'avait cru mort, quand il était « passé à l'ennemi » avaient été criantes de douleur. Pour Wolfram, Conrad était un héros. Yuuri pensa qu'au fond, il rêvait de lui ressembler un jour.

Il aurait aimé ne pas être un obstacle de plus entre deux frères qui, au fond, s'aimaient énormément.

Wolfram commençait à s'échauffer. Il frappait plus vite, faisait des gestes vifs, mais le Maoh avait déjà été impressionné par le temps qu'il avait tenu. Ça devait être super agaçant d'agir au ralenti comme ça, il essaya d'imaginer un match de base-ball dans ces conditions et un seul mot lui vint à l'esprit en regardant son fiancé oublier complètement la règle et commencer à se battre sérieusement : « Respect ».

Le maître d'armes opposait une résistance qui reposait sur une défense apparemment impénétrable, et Yuuri sut que Wolfram faisait une erreur, qu'il tombait dans un de ces travers qu'il était manifestement supposé apprendre à éviter. Il s'épuisait contre le mur que dressait son adversaire contre lui.

- Gardez-votre calme, Excellence, dit paisiblement messire Rhius, l'air imperturbable.

Wolfram serra les mâchoires, l'air contrarié, mais il continua à s'échiner en vain, jusqu'à ce que le maître d'armes se décide à répliquer.

Il se mit à reculer pas à pas, forçant Wolfram à le suivre, ce qui porta l'exaspération du blond à son comble. Il s'essoufflait, et commit plusieurs erreurs que même le Maoh remarqua. Le maître d'armes en laissa passer quelques unes avant d'exploiter une faille dans la défense de son adversaire et d'en profiter pour lui abattre le plat de sa lame à l'arrière de la nuque.

- Vous êtes mort, Excellence, dit-il sobrement.

- Je sais ! Répliqua vivement Wolfram.

Il rengaina son épée, l'air excédé.

- C'était nettement moins bien que d'habitude, assena le maître d'armes et Yuuri se mordit la lèvre. Apparemment, messire Rhius ne craignait pas les foudres du jeune prince.

Wolfram n'éclata pas. Il se contenta de faire sa mine vexée, le nez en l'air et de sortir de la salle vivement. A l'expression du maître d'armes, Yuuri devina qu'il avait écourté la séance. Messire Rhius sortit, mais le Maoh resta caché derrière son râtelier. Wolf ne s'était pas changé, il allait donc probablement revenir et il ne tenait pas particulièrement à le croiser sur le pas de la porte.

Il avait eu raison. Deux minutes après le départ du maître d'armes, la porte s'ouvrait sur le blond, qui la referma derrière lui. A clé.

Intrigué, le Maoh regarda son fiancé se débarrasser de ses protections et les remettre en place sur leur râtelier, et s'étonna de ne pas le voir ressortir. Il alla s'assoir sur la chaise, s'accouda et ne bougea plus.

Yuuri l'observa, longuement, curieux, finit par remarquer que ses épaules étaient parcourues de frissons, et en tendant l'oreille, il parvint à percevoir des petits bruits contenus, et saccadés. Le Maoh sentit son estomac chavirer.

Il pleurait.

Voilà pourquoi il avait verrouillé la porte. Yuuri pensa qu'il n'y avait que Wolfram pour le faire sentir aussi mal. Il était nul de se planquer là et de l'espionner, nul parce que c'était de sa faute, nul parce qu'il était trop lâche pour oser sortir de sa cachette et aller le consoler.

C'est moment que choisit Morgif pour lui rappeler sa présence, d'un raclement intempestif. Yuuri sursauta et serra la main sur la garde bruyante. Wolfram se redressa brusquement.

S'il me trouve à cause de toi, je t'envoie à la forge pour te faire fermer définitivement ta grande gueule, pensa le Maoh en foudroyant son épée du regard. Il regarda anxieusement son fiancé se lever et s'ébrouer avant de passer le revers de son bras sur son visage. Il lui tournait toujours le dos, et Yuuri n'était pas sûr d'avoir envie de voir son visage plein de larmes. C'était profondément troublant pour lui d'imaginer l'indémontable Wolfram pleurant.

Heureusement, son fiancé n'avait pas l'air décidé à chercher l'origine du bruit. Il sortit lentement de la salle d'armes et referma la porte derrière lui. Yuuri se laissa aller contre le mur avec un soupir de soulagement, alors que Morgif se mettait à jubiler à grand renforts de bruits résonnants. Le Maoh lui lança un regard noir.

- Tu pourrais avoir l'air moins content de toi ? Demanda-t-il, exaspéré.

Non, vraiment, il aurait préféré une épée sacrée… et muette.

oOoOo

Yuuri referma la porte de sa chambre et s'y adossa.

Un souper de plus durant lequel son fiancé l'avait superbement ignoré. Il n'avait pas pu s'empêcher de lui jeter des regards discrets, pour déceler sur son visage des traces de l'épisode de l'après-midi, mais il était fidèle à lui-même, le regard clair, la peau nette et pâle. Non, vraiment, il ne se trahissait en rien. Et sa façade d'indifférence était blessante pour le Maoh, qui éprouva plusieurs pincements au cœur en le voyant discuter avec Dame Céli, Greta ou Gwendal comme si tout était normal.

Être ignoré, ça faisait mal.

Le jeune roi se débarrassa de son veston et resta en bras de chemise. Il était fatigué, mais pas pressé d'aller se coucher. Il se dirigea plutôt vers son bureau, et reprit la liste qu'il avait commencée la veille. Une plume à la main, il se gratta un peu l'arrière de la nuque avant d'écrire :

6 : Je ne compte pas sur lui et ne lui manifeste jamais ma confiance. Je m'appuie sur ses frères, le frustrant dans ses rôles de fiancé et de soldat.

7 : Je ne me soucie pas de ses sentiments, de sa jalousie, de sa frustration ou encore de l'impression qu'il doit avoir d'être totalement inutile.

8 : Je suis lâche.


Voilà. Maintenant, c'est à vous...