Voici enfin le troisième et dernier chapitre de cette petite fic d'exploration des personnages et de leurs interactions...
J'ai échoué à poster ce chapitre avant d'aller voir les Derniers Jedi... Mais j'ai été très contente de constater qu'il était très globalement canon-compliant... Et sur le petit détail franchement contredit je préfère ma version qui a plus de sens vu la chronologie ! :D
Bonne lecture... Et bon film ! ;)
Sur Jakku l'espérance de vie d'un humain est généralement d'une quarantaine d'années à tout casser : le soleil ride les visages prématurément, le sable érode vivants comme épaves de la même manière. Quand elle regardait la vieille Rekta aux doigts noueux, Rey ne voyait que son propre future, la même répétition jour après jour afin de grapiller assez de rations pour survivre, le spectre de l'absence d'espoir. Ce serait elle dans quelques années, si les siens ne revenaient pas pour elle. (Mais ils viendraient, ils devaient revenir…)
Sa famille n'est pas venue, mais Finn oui, pour la chercher sur Starkiller. Et son horizon qui n'allait pas plus loin que les montagnes poussiéreuses de Jakku s'est élargi jusqu'à embrasser le ciel.
Rey a vaguement conscience que la Générale Organa est bien plus âgée que Retka, même si ses traits ne le trahissent pas. Et quand elle la regarde elle ressent un étrange mélange de compassion et de détermination, de tristesse écrasante, mais aussi un respect instinctif et complet qu'elle comprend à peine, qui s'est installé à la seconde où Rey a descendu la rampe d'accès du Faucon et croisé le regard brouillé de larmes de la femme qui attendait sur le tarmac. Rey a su qui elle était avant même qu'elle ne se présente, avant même de connaître son rang exact au sein de la Résistance ou d'être influencé par la dévotion évidente que lui vouent le commandant Dameron -Poe- et les autres combattants.
Elle n'a revu Leia Organa que brièvement depuis son débrief des événements de Starkiller, auquel la Générale a assisté sans dire un mot, silencieuse et indifférente à l'embarras manifeste de l'officier chargé de poser les questions, qui ne cessait de lui glisser des regards en coin… A la fin elle a posé une main sur l'épaule de Rey et l'a remercié de tout ce qu'elle avait fait en la regardant droit dans les yeux, lui a dit qu'elle avait été courageuse, que la Résistance avait une dette envers elle, qu'elle était la bienvenue avec eux aussi longtemps qu'elle le souhaiterait. Incapable d'exprimer un quart de ce qu'elle ressentait, Rey s'est contenté d'acquiescer muettement, avant de rejoindre Finn à l'infirmerie...
Mais lorsque la Générale lui fait signe après la révélation de la carte menant à Luke Skywalker, Rey n'hésite pas : elle la suit dans une petite salle de réunion en retrait du centre de commande, baignée de la même lumière bleue que le reste ; ferme la porte derrière elle.
Le seul mobilier est une table de bois qui encombre l'espace déjà exiguë et sur le rebord de laquelle la vieille femme vient s'appuyer face à elle. (Du bois, pour une table ! Rey a beau savoir que ce qui est d'une rareté luxueuse sur une planète est abondance à peine digne de mention sur une autre, elle ne peut se retenir de l'estimer du premier coup d'oeil, cent rations au moins, avant de se rappeler que le mess de la base contient plus de plats qu'elle n'en a jamais goûtés, auxquels elle a accès sans rien devoir en retour... )
Rey a beau la dépasser d'une demi-tête, la Général exerce un effet d'attraction sans commune mesure avec sa taille, comme une étoile condensé qui altère la gravité de la pièce par sa seule présence… Leia la fixe en silence un instant, mais ce n'est pas un silence pesant, ou anxiogène. La tristesse toujours présente est accompagnée une chaleur que Rey peut sentir de manière presque physique dans le creux de son estomac, malgré la fraîcheur humide de la base. Peut-être que c'est ça, la Force…
" Tu sais ce que je vais te demander, dit-elle finalement. Prends le temps d'y réfléchir, c'est un lourd fardeau, et une voie de laquelle il te sera difficile de te détourner une fois que tu t'y seras engagée.
- Je vais le faire, répond Rey, vous n'avez pas besoin de me le demander. Luke Skywalker… Votre frère. J'irai le chercher, avant que le Premier Ordre ne le trouve, et je le ramènerai.
- Tu sais qu'il ne s'agit pas que de cela, Rey.
La jeune femme ferme les poings contre le tissu de sa nouvelle tunique, se force à les relâcher, à regarder dans les yeux.
- Je veux apprendre la Force. Je dois apprendre la Force, si je veux pouvoir vaincre Kylo Ren.
Il y a de la douleur, mais aussi l'éclat du permacier dans le regard que lui rend la Générale.
- Je suis probablement censé te dire que désirer vaincre n'est pas une bonne raison pour vouloir maîtriser la Force… Mais ce serait sans doute hypocrite de ma part : je n'ai jamais pris le temps d'apprendre tout ce que j'aurais pu, et j'ai passé de nombreuses années de ma vie à vouloir vaincre des forces qui méritaient de l'être. Mais je peux te dire que c'est un lourd fardeau et il n'est à toi que si tu acceptes de le porter.
- J'ai entendu les histoires sur Ren, qu'il a tué tous les nouveaux jedis...Et je ne connais pas votre frère… Mais tout le monde est tellement excité à l'idée qu'il revienne… comme s'il était perdu… Alors que ce n'est pas le cas, n'est-ce pas ? Il n'est pas perdu, il est parti de son plein gré, et s'il avait pu arrêter Kylo Ren, il l'aurait fait avant, n'est-ce pas ? Il ne se serait pas caché.
La Générale se détourne et s'assoit, fait signe à Rey de faire de même, à demi tournée pour lui faire face.
Elle porte à la hanche un étui auquel Rey n'avait pas prêté attention mais à présent elle l'ouvre, en sort un cylindre de métal froid : le sabre laser que Rey a trouvé chez Maz Tanaka sur Takodana, celui qu'elle a utilisé contre Kylo Ren.
- Sais-tu ce que c'est ?
Elle amorce un geste et Rey tend sa main en réponse comme pour recevoir l'arme, presque instinctivement. Mais Leia pose le sabre dans sa paume tendue sans pour autant le lâcher, l'enclos entre leur deux mains jointes.
- Le Capitaine Solo m'a dit que c'était le sabre de Luke Skywalker… Je l'ai senti, il… il m'appelait, je crois…
- Il est plus que cela. C'est le tout premier sabre de Luke, oui, mais avant cela il appartenait à notre père, quand ce dernier était encore Anakin Skywalker, un jedi. Avant qu'il ne sombre dans le côté obscur et ne devienne Dark Vador. Luke l'a perdu le jour où il a affronté Vador pour la première fois, où il a appris la vérité… Je l'ignorais aussi alors, que c'était notre père, que Luke et moi étions jumeaux.
Rey hoche la tête. L'actualité galactique ne parvenait pas toujours de manière très fiable sur Jakku, mais tout le monde connait la légende de la chute de l'Empire, la rédemption du terrible Seigneur des Siths et les figures si fascinantes des jumeaux Skywalker et Organa au destin quasi légendaire. Bien sûr, jusque-là c'était immatériel pour elle, des histoires aussi lointaines que celles sur l'Ancienne République, ou les récits des anciens sur la période où Jakku avait encore des oasis…
Sa peau la piquotte là où repose le sabre, est chaude à l'endroit du contact de ses doigts avec ceux de la Générale, un peu comme cette sensation à la fois inconfortable et si profondément satisfaisante de sa main enfoncée dans le sable brûlant du désert, la chaleur qui irradie, provoque des frissons et remonte le long de la colonne vertébrale.
- Ce jour là notre père lui a tranché la main, continue la Générale, et le sabre a été perdu pour un temps, il ne nous est revenu qu'après la fin de la guerre. Luke s'était construit un nouveau sabre, mais il a continué à utiliser celui là de temps en temps, parce que c'était un lien avec notre père, un rappel qu'il a su se débarrasser de l'emprise que l'Empereur et le côté obscur avaient sur lui, mais également qu'il a un jour succombé à la colère, à la haine et à la certitude que ses choix étaient les meilleurs, que toute violence infligée par lui ou sous ses ordres était acceptable et justifié parce qu'il détenait le pouvoir...
"La Force est puissante dans l'absolu… mais elle est aussi très puissante dans notre famille, dans notre lignée. Luke et moi avons toujours été conscients du risque que représentait cet abus de pouvoir, de son danger si on le mettait au service de valeurs destructrices... Mais Ben, ou Kylo, comme il se fait appeler… Elle secoue la tête, hausse les épaules, un geste infiniment las. Je ne peux pas lui donner d'excuses, et elles ne t'interesseraient pas je pense. Et je peux essayer de le deviner, en avoir une idée, mais la vérité c'est que je ne sais pas pourquoi mon fils est passé du côté obscur, comment il a pu un jour décider de faire ce qu'il a fait. Tout ce que je sais c'est qu'il m'est- nous est perdu à jamais. Et je ne sais pas non plus pourquoi Luke est parti, ou ce qui sera nécessaire de le convaincre de revenir…
- Ni ce qu'il faudra pour qu'il accepte de m'enseigner ?
La Générale sourit légèrement.
- Ni cela… mais sur ce point je te fait confiance pour trouver une solution, tu as déjà prouvé ta détermination…
C'est beaucoup, trop peut-être : trop d'informations, trop de passif dans les drames et les tragédies de cette famille qui a modelé le destin de la galaxie, alors qu'elle-même n'est personne, juste une pilleuse d'épave abandonnée des siens, qui a trouvé un droïde dans le désert… Trop de responsabilités…
Quelque chose dans son expression doit trahir son trouble soudain, car la Générale lui presse doucement ses mains entre les siennes.
- Je ne suis jamais devenue une Jedi, mais cela ne veut pas dire que je suis aveugle à la Force. Ta présence est comme une source au milieu du désert, Rey, tu as la puissance nécessaire, je peux la sentir, comme un lac souterrain, une réserve immense qui ne demande qu'à jaillir… Mais la puissance en elle-même n'est rien sans le coeur et l'esprit pour la gouverner, et cela tu les as aussi, je le sais...
Rey ferme les yeux, agrippe les mains de la vieille femme, laisse leurs fronts se toucher.
- Je suis désolé, murmure-t-elle finalement.
- C'est moi qui le suis, que ce soit nécessaire… C'est une lutte ingrate, mais la Résistance a épuisé ses ressources. Nous manquons d'armes, d'hommes, de vaisseaux... Nous avons besoin d'espoir, désespérément."
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Beep est comme un enfant humain auquel on aurait annoncé un voyage au parc d'attraction : il roule fébrilement de C-3PO à Poe avec des trilles aïgus, rappelant à qui veut bien l'entendre que c'est lui qui a réveillé D2-R2 et posant un tas de questions auxquelles Poe n'a pas de réponse. Entre les flots de binaire des deux astromecs et les exclamations excitées du droïde de protocole doré, le niveau sonore atteint rapidement des proportions assez inaudibles, mais Poe peut comprendre leur excitation, et n'a pas vraiment le coeur à les faire taire. C'est la seule bonne nouvelle, qui contrecarre le flux lugubre de l'évacuation qui a désormais commencé. Il devrait être en train de préparer ce qui reste des escadrons au départ, et il faut qu'il contacte l'intendance pour obtenir l'ordre exact des chargements, mais il s'accorde quelques minutes de répis.
La porte s'ouvre enfin et Poe se redresse précipitament tandis que la Générale quitte la pièce avec un signe de tête en sa direction, ordonne la préparation du Faucon pour un départ le plus tôt possible.
Rey la suit avec un peu de décalage, l'air pensive.
"Hey, tu vas y aller alors ?
La jeune femme sursaute
- Y aller ?
- Chercher Maître Skywalker.
- Comment… Le regard qu'il lui adresse est éloquent, et elle hausse les épaules. Oui, nous partons dès que le Faucon sera affrété. Il faut juste… Il faut juste que je dise au revoir à Finn.
- Si tu veux enregistrer un message pour lui, je peux m'assurer qu'il le reçoive si tu veux.
Le visage de Rey s'éclaire un instant, puis elle hésite.
- Je ne sais pas si... Dis-lui juste que je reviendrai. Je reviendrai pour lui, comme il est venu pour moi.
- C'est promis, et Beep l'a enregistré aussi (BB-8 pépie une confirmation et vient heurter les jambes de Rey d'un geste amical). Je suis désolé, ajoute Poe, je dois filer maintenant, le devoir m'appelle. Ce fut plaisir de te rencontrer Rey.
Il tend la main et elle la saisit après une hésitation presque imperceptible.
- Que la Force soit avec toi Rey, et à bientôt.
Les mots sont encore nouveaux pour elle, mais ils roulent sur sa langue avec plus de sincérité que jamais.
- Que la Force soit avec toi."
