Chapitre 3 _ "La nuit, toute chose prend sa forme et son vrai aspect. De même qu'on ne distingue que la nuit les étoiles du ciel, on aperçoit alors sur la terre bien des choses qu'on ne voit pas le jour."

Lorsqu'il arriva dans le couloir, il se dirigea vers la chambre de la jeune fille, de peur qu'elle soit en danger. Rin ouvrit la porte à la volée, pour découvrir qu'elle n'était plus présente. Les lumières étaient éteintes, et la fenêtre au dessus du bureau était ouverte, les rideaux volant au rythme du vent.

« _ Yukio ! Ramène-toi ! Vite ! »

Il n'eut pas besoin de le rappeler une seconde fois car son frère cadet était déjà derrière lui, constatant par lui-même le résultat. Il remonta ses lunettes, et d'une voix claire, il ordonna :

« _Reste ici, je pars à sa recherche.

_ Je viens avec toi !

_Non, certainement pas !

_ Oh, allez Yukio ! Après ce qu'on a vécu tu vas pas me faire le coup là ! Râla le démon.

_ Tu restes là, un point c'est tout. »

Rin souffla et regarda son frère descendre les marches pour aller s'armer et se préparer à sortir. Il était hors de question qu'il reste là à attendre bien sagement que le temps passe. Le démon avait déjà un plan. Il passa à l'étage d'en dessous à son tour, et retourna à table avec son familier, Kuro. Il resta un moment assis, le chat le regardant d'un drôle d'air, puis lorsqu'il estima que son frère devait être assez loin dans la ville, il couru chercher son manteau d'hiver et sorti, son komaken sur le dos. A moins que Mariko aie une clef magique de Mephisto qui donnait accès à tout endroit possible, elle ne devait pas être bien loin. Il se mit donc à sa recherche, prenant bien soin de ne pas éviter les ruelles étranges ou des démons pouvaient très bien se cacher. Et si elle avait été enlevée ? Et pourquoi la kidnapper ? Il était vrai que tout ceci était étrange. La dernière fois que le directeur avait fait rentrer quelqu'un sous dérogation exceptionnelle, c'était lui, et c'était parce qu'il était le fils de Satan. De plus, l'accoutrement de Mariko donnait à penser qu'elle n'est pas tout à fait inconnu à tout cela... Rin secoua la tête tout en courant dans les rues illuminées. Ce n'était pas le moment de réfléchir, mais plutôt d'agir ! Il ne savait rien sur elle, rien du tout d'ailleurs, tout ce qu'il pouvait deviner, était que la situation n'était pas normale et qu'il n'hésiterait pas à la questionner, et questionner aussi Mephisto lorsqu'il le verrait.

Quelques rues plus loin seulement, Mara se tenait prête, observant la ville, perchée sur un toit, à l'abri des regards. Son manteau vert foncé virevoltait, le vent froid passant à l'intérieur de ses habits fins. Sa respiration formait de petits volutes de fumée, et elle ne sentait plus le bout de ses doigts mais à vrai dire, elle n'y prêtait pas réellement attention. Accroupie, elle essayait de détecter n'importe quoi qui pourrait paraître étrange. Son instinct de démone à l'affût, la chasse avait commencée. Après tout, c' était la raison de sa venue dans ce monde ! Scrutant la ville, elle aperçu de loin le dénommé Yukio accompagné de son propre père sirotant un thé dans un maid café. Elle en rigola doucement, les traits du jeune exorciste assez fermés sous la gêne de l'endroit en lui-même et des maids leurs proposant des gâteaux et purikura de toutes sortes.

C'est dans ce bar que le jeune cadet avait dût se rendre en appelant discrètement Mephisto sur son portable pour lui expliquer la fuite de sa fille dès le premier soir. Celui-ci lui avait alors donné une adresse à laquelle le rejoindre et avait raccroché en ricanant. Le jeune brun avait comprit pourquoi en arrivant devant l'établissement. Ordre du supérieur oblige, il était rentré à l'intérieur, et accueillit par une maid plus que jolie et par son « chef » qui lui faisait de grand signe au bout du café, près d'une vitrine. Mort de honte, il s'était assit et avait expliqué la situation à l'excentrique en face de lui. Le problème de Kuro, et la curiosité de Rin.

« _Voyons, détends-toi mon cher Okumura, cela n'est rien de grave ! Dans un chuchotement la main placé près de l'oreille du jeune professeur, il ajouta, Ça rajoute du piment !

_ Mais si Rin le découvre je...

_ Et bien il faudra simplement lui expliquer la situation, et lui dire de garder le silence. Après tout, il est familier à ce genre de situation, il a vécu la même chose pour lui-même... sourit diaboliquement Mephisto. »

Yukio n'eut d'autres choix que d'acquiescer. Mais il ne le sentait pas. Vraiment pas. N'osant pas poser plus de questions à son supérieur, il prit un petit gâteau qu'il lui tendait, et le mangea en silence, réfléchissant à toute vitesse à une solution tandis que Sir Pheles, se délectait de la situation ( et des pâtisseries).

Un cri parvint aux oreilles fines de Mara, un cri que son familier Jack avait également entendu. Son acuité de démon lui permettait d'entendre des sons que les simples humains ne pouvait percevoir. Cela ressemblait plus à un cri étranglé qu'un de ceux qui perce la nuit. Elle se concentra, tendant l'oreille au moindre bruit pour le localiser, puis aperçu une lueur, un peu plus au Nord de la ville. Une lueur orange, rougeâtre, comme un feu. Jack fit un tour sur lui même d'excitation et Mara sourit. C'était peut-être une piste. Sautant de toits en toits, elle ne quittait pas la lumière des yeux. Plus elle s'approchait, plus elle distinguait des sons, et en particulier des aboiements qu' elle connaissait par coeur. Tout cela l'attira dans une impasse un peu reculée des échoppes, sous un pont. Elle descendit de son perchoir, et tomba nez à nez avec des chiens grognant, tenu par une femme magnifique. Dans un coin, un corps d'homme gisait à moitié assis, tremblant de tout son être, les yeux cachés derrières ses mains. Mara passa sa langue sur ses lèvres et sourit.

« _ Alors Hecate, ca faisait un bail ! Tu sais tes fautes, tu sais ton crime, pourquoi avoir allumé un feu ? Tu en as marre de la vie ? Tu savais bien que je te trouverai encore plus rapidement. Railla la démone

_ Qu'est-ce-que tu crois ? Que je vais me laisser faire ? Effectivement, je le savais. Et je préfère t'affronter maintenant plutôt que tu me surprennes et que je ne puisse être préparée à cela. Je connais tes pouvoirs, et ta force.

_Bien...Très bien.. Où sont les autres ? Menaca la lycéenne

Silence et sourire amusé d'Hecate.

_Bien évidemment, tu ne me le dira pas... Ce n'est pas grave, je suis chasseuse, c'est mon boulot de retrouver ceux qui enfreignent les lois dictées par Satan, et tu sais bien que, je ne suis pas très altruiste. Qu'attends-tu pour lâcher tes chiens ? Je ne te ferais pas de cadeaux, et ça, tu le sais aussi, satirisa Mara avec un sourire tout à fait perverti.

_Je n'ai pas peur de toi, je t'ai vu grandir dans La Géhenne. Répondit la femme qui commençait à douter, retenant toujours ses chiens à la peau putride.

_ Justement, tu sais bien de quoi je suis capable non ? Ou as-tu encore l'image de moi, étant enfant ?

_ Peu importe, tu ne me toucheras pas ! Je... Je connais ta famille ! Se rassura-t-elle

_Justement... ironisa Mara, Je te donne trois secondes pour t'enfuir. 1...

_Tu...Tu ne peux pas...

Hécate prenait peur. Elle savait la force de cette famille, et elle savait qu'elle n'avait aucune chance. Elle était moins forte que les deux autres avec qui elle avait passé le portail, et elle avait espéré pouvoir amadouer la jeune Mara. Mais elle s'était vite aperçue de par son regard qu'elle s'était trompée. Pour elle, la fuite n'était pas une option, elle allait se battre, et donner tout ce qu'elle a.

_2...

_ Morts, morts, la vengeance est là, elle vous tend les bras. Moi, Hecate, Princesse propagatrice de terreurs, je vous conjure de m'obéir, maintenant !

Cinq corps atroces, pourris et translucides sortis du sol se tournèrent vers Hécate, qui pointa son doigt sur Mara.

_TUEZ-LA !

Les esprits fondirent sur la jeune aux cheveux violets avec une violence insoupçonnée mais Jack, le renard à 4 queues, poussa un cri strident et se plaça devant sa maîtresse, prêt à en découdre. L'adolescente sourit et le caressa sur la tête avant de l'attraper et d'éviter les fantômes à la trajectoire bien trop évidente pour elle. C'était des défunts glacés, morts noyés ou morts de froid ? S'ils arrivaient à la toucher, ses organes gèleraient de l'intérieur jusqu'à toucher son cœur. Il n'y avait qu'un seul moyen de vaincre ses formes translucides, s'attaquer à celui ou celle qui les avait invoqués. Et pour Mara, rien de plus simple, surtout qu'elle arrivait à son décompte.

_3. Douleur. Chuchota la jeune

Hecate tomba soudainement à genoux, hurlant de tout son être, se tenant le ventre. Les ombres irréelles revenaient à la charge, les mains tendues vers une âme à prendre. Mais leur allure ralentissait, déjà, la princesse recherchée n'avait plus énormément de force. La souffrance se lisait sur son visage, ses traits se déformaient sous le mal-être. La fille de Mephisto s'avanca d'un pas triomphant, s'accroupit devant elle et lui caressa la tête.

_Et bien ? C'est déjà fini ? Bon on va jouer à un jeu, tu enlèves tes fantômes qui servent à rien, et en contrepartie j'arrête toute souffrance.

Les revenants se dématérialisèrent dans une fumée bleuâtre et Mara leva le sort de vocaliste tout en se redressant. La femme démone tremblait un peu, cherchant de la force pour se relever et faire face. Ses chiens qui se décomposaient grognaient toujours tandis que Jack les regardait d'un mauvais œil, feulant par moment, ses poils se dressant.

_Reste par terre, sous-espèce. Dit la chasseuse d'un air plein de cruauté.

Elle lui asséna un coup de pied qui la fit retomber en arrière, près de l'homme tout tremblant. Dans un dernier espoir, la fugitive lâcha ses chiens féroces, prêts à dévorer quiconque se trouvait sur leur route. Les babines retroussées, les canines bien apparentes, les chiens sautèrent sur Jack qui n'avait pas réagit assez rapidement. Les canidés pestilentiels n'eurent le temps de retomber sur leur proie car une lueur bleue vint s'interposer juste à temps, leur ôtant la vie d'un coup de lame, juste avant que le renard ne devienne prisonnier des crocs menaçants des familiers démons. Les yeux de Mara s'écarquillèrent, et elle recula d'un pas. Profitant de cette occasion, Hecate plongea ses longs ongles pointus dans la chair de l'homme torturé et récita un formule avec une vitesse folle. Ses yeux devinrent blanc et l'on vit ses veines se gonfler sous sa peau. En un instant, elle avait prit toute la vitalité de l'humain qui s'écroulait au sol, complètement mort. La princesse démoniaque hurla et prit la fuite après avoir dévisagé la personne qui avait tué ses bébés.

_C'est quoi ce Bordel ?!

_ Est-ce-que tu es réellement stupide ou tu t'es surpassé là ? Elle s'est enfuie ! Espèce de crétin fini !

_Qu...QUOI?! Je t'ai sauvé la vie là ! Tu as été attaqué !

_ C'est ça... Va essayer d'attraper ta queue pour voir, fils de Satan.

Rin cligna des yeux, complètement stupéfait par ces propos. Ses flammes s'estompèrent pour ensuite s'éteindre lorsqu'il rengaina son sabre. Il avait encore agit sans réfléchir et avait dévoilé sa forme démoniaque à quelqu'un. Néanmoins, la réaction de Mariko l'énerva de plus belle. Il s'avança vers elle et l'attrapa par le col de sa chemise.

_ C'EST QUOI TON PROBLEME ? T EN A MARRE DE LA VIE ?!

_ Lâche-moi.

_ C'était dangereux, tu aurais pu mourir, pourquoi tu n'as pas fui ?! Est-ce que tu vas bien ?

_ Tout de suite.

Elle attrapa ses mains et les lui fit enlever de son col d'un geste brusque. Elle le regarda, d'un œil noir et d'un air hautain, lui dit :

_Je n'ai besoin de personne, et encore moins de toi. Vient, Jack.»

Elle partit, sa silhouette s'effaçant dans la nuit noir. Rin resta un moment sur place, déconcerté et décida de rentrer. Il essayait de comprendre. Pourquoi cette attitude ? Pourquoi as-t-elle un familier ? Pourquoi n'était-elle pas surprise qu'il soit le fils de Satan lorsqu'elle aperçu les flammes bleues qui avait tant terrifié Assiah ? Tout cela trottait dans sa tête, et de nature curieux, il ne la laisserai pas s'en tirer comme ça... Il y avait quelque chose là dessous, et on ne voulait pas l'en informer. Peu importe, il le trouverait par lui-même. Il était tout de même fier d'avoir sauvé une personne de plus, juste à temps avant que ces chiens fondent sur eux. Du courage, il en avait à revendre...