La suite de l'expédition en terres inconnues (pour Noctis) de nos deux princes !

« La chaleur et la guerre l'attirent... Les tigres, les panthères... Il est en safari ! Voici sa jungle. » (Cf. Youtube, Nexus VI, Safari, et oui, je trouve que Predator et Ravus vont bien ensemble ^^...)

Tout effet d'écho un peu chelou avec Wanderlust est purement 'fortuit' :D

Et toute référence plus ou moins subtile à un certain show télévisé est purement intentionnelle ;)

J'espère que cette fic vous rend heureux-ses, parce que moi, oui :)

Enjoy !


CHAPITRE TROIS : It's Raining Men*

*Ma version : celle de Martha Wash avec RuPaul, qui est absoluuuutely formidable ;)

I

Aussitôt arrivé, Ravus commença à déambuler dans les allées en piochant des vêtements aussi vite que s'il relevait des pièges posés la veille dans la brousse.

Noctis se contenta de le suivre en essayant de se concentrer sur les modèles proposés. Ce n'était pas la première fois qu'il devait acheter des fringues, même si la dernière occasion devait remonter à deux ans auparavant. Il faisait toujours tout ce qui était en son pouvoir pour éviter de se fourrer dans cette situation. Et voilà que ça arrivait ici, à Tenebrae, avec Ravus. Encore une preuve, s'il en fallait d'autre, qu'il avait été maudit par les dieux.

Avec le temps passé, il n'était même plus sûr de sa taille. Il ignorait ce qui lui allait. Et puis de toute façon, il détestait les vêtements guindés.

Alors qu'il errait à la suite du prince de Tenebrae, ses pensées dérivant de plus en plus loin de l'objectif de leur passage dans cette boutique, il se heurta au torse de Ravus qu'il n'avait même pas vu se retourner et s'arrêter en plein milieu de l'allée.

« Essaie ça », dit Ravus en plaquant sur sa poitrine une série de cintres pleins de vêtements. Notant probablement son regard perplexe, il continua : « Ça va, c'est pas sorcier de deviner ta taille. Ça devrait t'aller. Pourvu que tu te tiennes droit. T'as toujours tendance à te pencher vers l'arrière. C'est très bizarre, d'ailleurs. D'autant que Prompto fait pareil. Tu ne devrais pas prendre tes habitudes sur un roturier. »

Hein ? Maintenant, c'est ma posture et mes amis qu'il critique ?!

Mais, comme depuis les dernières vingt-quatre heures, tout ce qui sortit de sa bouche fut un remerciement confus tandis qu'il prenait les cintres et se dirigeait au radar vers les cabines d'essayage. Tout ce qu'il espérait à ce stade, c'était que Ravus soit trop concentré sur sa propre séance shopping pour lui prêter davantage d'attention.

Il vérifia au moins trois fois que le rideau était bien tiré, puis entreprit de se désaper sous la lumière impitoyable du néon de la cabine d'essayage. C'était à croire que les magasins tentaient délibérément de repousser les clients en leur renvoyant un reflet illuminé de telle façon que n'importe qui serait passé pour un zombie au visage criblé de points noirs et de poils mal rasés.

Il passa le premier costume, et ses entrailles se nouèrent.

Je ressemble à rien. Il va pas tarder à débarquer flamboyant et j'aurai juste l'air d'un con.

Le rideau fut brutalement tiré.

« Hmm, pas mal, commenta Ravus, adoucissant un peu ses craintes. Essaie le noir, je pense qu'il est plus ajusté. »

Il le fixait à travers le miroir, et apparemment, ne comptait pas s'en aller.

« Euh... Tu me laisses un peu d'intimité ?

— Non. Tu es trop lent. Moi non plus, le shopping n'est pas mon activité préférée. Alors j'aimerais autant que tu te dépêches.

— Je peux pas me déshabiller devant toi. Je suis pudique.

— Ok, fit Ravus, surprenamment conciliant. Mais je reste juste derrière. J'ai déjà ce qu'il me faut. »

Noctis lui adressa un regard noir et referma le rideau.

Le deuxième costume lui allait effectivement un peu mieux.

Ravus revint enquêter avant qu'il ne lui en donne l'autorisation, et claqua la langue d'un air satisfait, juste avant de froncer légèrement les sourcils. Il s'approcha dangeureusement dans son dos. Ses bras l'entourèrent... Noctis se figea, se demandant ce qui allait lui arriver maintenant. Ravus tira sur les pans de la chemise, lissa sa veste, puis ses mains remontèrent jusqu'à sa cravate. Il la dénoua et la refit d'un geste expert. Il recula pour admirer le résultat.

« C'est mieux comme ça », constata-t-il.

Noctis approuva vaguement, incapable de se sortir une pensée troublante de la tête : d'une manière ou d'une autre, depuis qu'il était arrivé, Ravus n'arrêtait pas de le toucher. C'était à se demander si ce n'était pas une façon très tordue de tenter de le séduire.

C'est marrant comme tu arrives à transformer un comportement au mieux déplacé, au pire infect, en tentative de séduction. Faut arrêter de rêver, Noct.

« Prends celui-ci, ordonna Ravus, le rappelant au moment présent. Je passe en caisse. Je t'attends dans la bagnole. »

Ravus tourna les talons et Noctis poussa un gros soupir de soulagement. La séance shopping avait été beaucoup plus courte qu'escompté, et Ravus ne s'était même pas montré trop méchant. Il décida de considérer ça comme une victoire.

Quand il rejoignit son chaperon du jour, celui-ci était en train d'écrire un truc sur son portable, les sourcils froncés. Noctis marqua un temps d'arrêt, à nouveau désespérément sous le charme. Il en avait assez de toute cette comédie. Il voulait tout lui dire. Maintenant.

Évidemment, il ne le fit pas. Il déposa ses achats sur la banquette arrière et se réinstalla sur le siège passager.

« On va boire un café ? » demanda Ravus sans lever les yeux de son portable.

Le cœur de Noctis bondit. Un café ? Ravus l'invitait à boire un café ? Genre, tous les deux ?

Devant son silence, Ravus lui jeta un coup d'œil.

« Alors ?! fit-il, légèrement exaspéré.

— Euh... Ouais... D'accord. »

Ravus rangea son portable et démarra la voiture.

« Alors c'est parti. »


Quelques minutes plus tard, ils étaient assis en terrasse sur une esplanade qui dominait les quartiers inférieurs de la ville, offrant un panorama époustouflant sur la capitale. Ravus avait chaussé des lunettes de soleil et ça énervait Noctis, qui n'arrivait pas à voir où il regardait. Le prince semblait un brin distrait, mais fit un effort surprenant pour entretenir la conversation, et c'était tant mieux : depuis le début de la journée, Noctis se trouvait dans un état frôlant la panique, ce qui rendait difficiles les petites choses de la vie quotidienne, même aussi simples qu'une conversation superficielle.

Après environ un quart d'heure, le portable de Ravus vibra. Le prince souleva ses lunettes de soleil sur son front pour mieux lire l'écran, puis releva la tête et regarda autour de lui comme s'il cherchait quelque chose. Il repéra quelqu'un de l'autre côté de la rue et lui fit signe. Noctis vit alors s'approcher un jeune blond beaucoup trop beau, avec le genre de chevelure qu'on ne voit que dans les pubs pour le shampoing. Instinctivement, Noctis tendit la main vers sa propre chevelure, qu'il savait pourtant intraitable, quel que soit le shampoing. Le type arriva et fit une chose qui brisa le cœur de Noctis en mille morceaux tout en, paradoxalement, lui instillant une terrifiante quantité d'espoir : il embrassa Ravus sur les lèvres. Ravus aimait les hommes. Et Ravus était casé. Heureusement pour Noctis, qui ne savait plus où se mettre, le blond lui prêta à peine attention.

« Tu viens ce soir ? » demanda-t-il.

Ravus jeta un bref coup d'œil à Noctis.

« Je ne sais pas encore, répondit-il évasivement.

— On t'a pas beaucoup vu ces derniers temps.

— Et alors ? » fit Ravus, un brin agressif, ce qui rassura un peu Noctis : au moins, il était comme ça avec tout le monde, même avec son mec.

« Mais rien, t'emballe pas, tempéra le blond, blasé. Bref. Tu m'appelles ?

— Je t'appelle, confirma Ravus. À plus tard, Loqi. »

Le blond se fendit d'un sourire ravageur et s'éloigna du pas vif de celui qui sait qu'il a le monde à ses pieds. Ravus se retourna dans ce qui sembla à Noctis l'intention évidente de reluquer le fessier séduisant du dénommé Loqi, puis remit ses lunettes. Après quoi, il s'alluma une cigarette et sirota sereinement son café, alors que Noctis restait bloqué, victime de tout un tas d'émotions contradictoires.

« Vous... vous êtes ensemble depuis longtemps ? » osa-t-il finalement demander.

Ravus tapota sa cigarette sur le cendrier et Noctis maudit encore ces foutues lunettes de soleil qui l'empêchaient de voir ses yeux.

« Quelques mois », répondit-il avec une agaçante neutralité.

Le cœur de Noctis se crispa douloureusement. Puis, Ravus ajouta :

« Mais ce n'est rien d'important. On couche ensemble, c'est tout. »

Noctis ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis s'aperçut qu'il n'avait absolument rien à répondre à ça, et un vague « oh » embarrassé surgit avant qu'il n'ait eu le temps de refermer la bouche. Ravus pencha la tête et le regarda par-dessus ses lunettes.

« Eh bien quoi ? voulut-il savoir.

— Je... euh... Non... Rien... C'est... c'est très bien.

— Qu'est-ce qui est très bien ? Que je m'envoie en l'air ? »

Noctis se raidit. Il jeta un coup d'œil à la rambarde à quelques mètres de là. Il était presque sûr que la hauteur suffirait pour mettre un terme à sa pitoyable existence s'il se jetait par-dessus bord.

« Tu as raison, c'est très bien, s'amusa Ravus en remontant ses lunettes sur son nez. Mais j'imagine que tu ne sais pas vraiment de quoi je parle. »

Noctis piqua un fard monumental, et Ravus le laissa cruellement mijoter dans son embarras. De nouveau, son portable vibra, et Noctis pria pour qu'il ne s'agisse pas encore d'un beau blond. Ravus décrocha et son expression se détendit subtilement. En fait de beau blond, c'était une belle blonde au bout du fil.

« ...Non, on a fini. On boit un verre. ...Non, pas de soucis. ...Encore ?! Luna... Je sais que tu me caches quelque chose. Et je n'aime pas beaucoup ça. ...Ça change rien, que t'aies plus quinze ans. ...Bon sang, Luna ! »

La conversation se poursuivit brièvement sur ce ton, puis Ravus raccrocha en soupirant. Il retira ses lunettes et se massa les paupières.

« Tu sais quoi, Noctis, je crois que Luna te trompe. »

Noctis en resta con. Il n'y comprenait plus rien. Est-ce que Luna était dans le même état d'esprit que lui, et avait accepté les fiançailles pour de mauvaises raisons ? Et puis... il remarqua à quel point le verbe « tromper » lui semblait inapproprié.

« On... on sort pas ensemble », murmura-t-il.

Ravus le fixa, authentiquement surpris.

« Est-ce qu'il faut que je te rappelle que vous êtes fiancés ?! »

De nouveau, Noctis considéra rêveusement la rambarde et le vide libérateur qu'elle masquait. Fallait-il être con pour sortir des trucs pareils ! Il allait mettre Ravus en colère, et il n'avait vraiment, vraiment pas envie de ça.

« C'était... pas notre idée... expliqua-t-il nerveusement. Je sais pas pourquoi elle a accepté, mais je crois pas que ce soit parce qu'elle est folle de moi. »

À cela, Ravus eut un petit rire désagréable.

« J'espère bien. Je pensais simplement... qu'elle t'aimait bien.

— On est amis. »

Ravus considéra la question.

« Elle est pas assez bien pour toi, ma sœur ? fit-il d'un ton menaçant.

— Mais si ! Enfin... Je veux dire... »

Noctis aurait dû être soulagé : une partie de la vérité avait été révélée. Et pourtant, il avait l'impression de s'être fourré dans une situation encore plus délicate. Le malaise grimpa en lui à vitesse grand V, surtout quand Ravus se renfonça tout au fond de son siège, tira une bouffée sur sa cigarette, et sourit de façon assez inquiétante.

« Je le savais... déclara-t-il, apparemment très satisfait.

— Tu... savais... quoi ? » articula Noctis, au bord de la crise cardiaque.

Ravus se contenta de sourire en silence, et comme il avait remis ses lunettes, Noctis était incapable de déchiffrer son expression, et ne put que contempler son propre reflet perdu sur les verres teintés. Le rêve de la rambarde se fit de plus en plus pressant. Finalement, Ravus reprit son portable et composa un message.

« Je dis à Loqi que j'y serai, annonça-t-il. Et tu viens avec moi.

— Où ça ?!

— Tu verras bien. À mon avis, tu vas apprécier. »

II

Le Sashay Away était un l'un des bars les plus branchés de la capitale. Et visiblement, Ravus y avait ses habitudes. Il y entra comme un terrain conquis avec un « Salut ! » cavalier adressé au videur, qui se contenta d'un hochement de tête, et Noctis le suivit dans une foule bigarrée majoritairement composée d'hommes, avec quelques femmes et quelques personnes dont le sexe était plutôt difficile à déterminer. Ravus alla droit au bar, fit signe au serveur, qui leur servit deux shots de vodka sans même avoir besoin qu'on le lui demande. Ravus en mit un dans la main de Noctis, et avala le sien d'une traite avant d'en commander un autre, plus une bière.

Évidemment, toi t'es super grand et t'as l'habitude de sortir, mais moi, je vais pas pouvoir suivre ton rythme.

Et pourtant, il y avait déjà un nouveau shot devant lui. Il le considéra un moment, puis décida qu'il en avait sacrément besoin, et avala les deux cul sec.

Il avait passé un après-midi de merde, à appréhender pendant des heures la sortie de ce soir. Bien entendu, les copains n'avaient été d'aucun secours en apprenant que Ravus avait prévu de l'emmener il ne savait où en ville. Noctis commençait à se demander s'ils ne complotaient pas avec Luna pour servir quelque noir dessein. À propos de Luna, d'ailleurs, il aurait vraiment aimé pouvoir lui parler. Elle aussi était de sortie ce soir. Il avait juste réussi à la croiser alors qu'elle s'apprêtait à partir, vêtue d'une robe bleu nuit en satin qui lui allait à ravir, ses longs cheveux blonds sertis de petits fils d'argent décorés de perles nacrées, et chaussée d'escarpins à paillettes. Elle aurait fait chavirer le cœur de quiconque ne souffrirait pas d'obsession pour Ravus. Noctis lui avait dit qu'il fallait qu'ils discutent. Sérieusement. Elle s'était contentée de sourire.

« Il n'y a rien qui presse, Noctis. Et ne t'inquiète pas. Tout ira bien. »

Sur ces paroles un brin mystérieuses, elle lui avait fait un clin d'œil et s'était envolée. Il se dit que Ravus avait vu juste : elle avait quelqu'un, c'était sûr. Mais alors... Pourquoi ne lui avoir rien dit ? Luna n'était pas du genre à mentir pour se couvrir. Et pourtant, définitivement, elle lui cachait quelque chose.

Il fut distrait de ses sombres ruminations par une vision encore plus déplaisante : le blond de tout à l'heure venait de débarquer, vêtu d'un jean taille basse qui avantageait ses fesses ravissantes, d'un t-shirt sans manches terriblement moulant, et chaussé de Rangers qui accentuaient sa façon conquérante de marcher. Aux yeux de Noctis, il n'y avait qu'un minuscule point positif à son sujet : il était jeune, très jeune. Ce qui signifiait que Ravus pouvait au moins théoriquement s'intéresser à quelqu'un comme lui, qui avait dix ans de moins que lui.

« Alors, Ravus, on pervertit encore la jeunesse ? demanda Loqi avec un sourire amusé en découvrant la présence de Noctis près du prince de Tenebrae.

— J'aide juste un peu la nature, répondit Ravus avant de plonger le nez dans sa pinte.

— Oh, tu veux dire que c'est sa première fois ?

— Ça se voit, non ?

— Un peu, que ça se voit... »

Noctis aurait voulu protester, se révolter contre cette façon très peu aimable de parler de lui en sa présence, mais... Il venait de prendre pleinement conscience qu'il se trouvait dans un bar gay. Ravus avait tout compris... Enfin non, pas tout compris. Seulement la moitié de la vérité. La mauvaise moitié, si on lui demandait, même s'il était incapable d'appréhender ce qui se passerait et ce qu'il éprouverait si Ravus découvrait l'autre partie de cette vérité. Cependant, la situation, découvrit-il, pouvait encore dégénérer. Ravus prit sa main dans la sienne et déposa une capote au creux de sa paume.

« Pas de conneries, Noctis. Utilise ça. Bonne chance. »

Et sur ce, il l'abandonna pour aller danser avec Loqi.

Noctis resta planté près du bar, à contempler la capote dans sa main comme s'il s'agissait d'un artéfact maléfique, avant de réaliser qu'il envoyait un très mauvais signal à la gent masculine prolifique dans les parages, et se dépêcha de fourrer l'objet du délit dans sa poche. Il se mit alors en devoir de résoudre deux problèmes conjointement : tenter de passer inaperçu, tout en se plaçant de sorte à pouvoir surveiller – admirer – Ravus sur la piste de danse. Il réussit assez bien pour s'occuper de cette dernière difficulté, mais s'aperçut que ce n'étais pas nécessairement une bonne chose : la vue de Ravus embrassant langoureusement Loqi tout en ondulant des hanches jusqu'à lui effleurer le bassin, la sueur moirant sa peau pâle et collant ses cheveux sur la ligne à la fois grâcieuse et puissante de nuque, lui fit mal au cœur tout en provoquant un fâcheux début d'érection.

Quant à passer inaperçu... Une belle femme noire perchée sur des talons interminables complétant des jambes tout aussi interminables, avec une coiffure volumineuse rouge vif très élaborée et un maquillage plus qu'appuyé, posa la main sur son épaule et lui adressa un sourire éclatant. Noctis ne put s'empêcher de sursauter en l'entendant parler.

« T'as l'air perdu, choupinet. »

Et merde ! C'était un mec, aucun doute là-dessus ! Tu parles d'un endroit traître... Comment on faisait si on pouvait plus reconnaître les mecs des nanas, hein ?!

« Euh... Non, non, ça va... dit-il vaguement en détournant les yeux.

— Allez viens, je te paie un verre.

— C'est pas la peine, vraiment... »

Noctis n'avait jamais été très doué pour dire non, et ne le fut pas davantage cette fois-ci quand la drag queen insista. Et tandis qu'il se laissait entraîner en direction du bar, il capta le regard amusé de Ravus, qui lui adressa un message muet. S'il avait bien lu sur ses lèvres, il avait dit : « Méfie-toi de celui-là ». Très encourageant...

À peine assis au bar, Noctis se retrouva encadré entre deux drag queens, la deuxième étant apparemment une amie de la première. Il essaya de ne pas trop les dévisager, ni de trop s'attarder sur les détails de leur anatomie : c'était dingue, ces jambes si lisses ! Et cette façon si naturelle de porter des talons ! Et ce maquillage sophistiqué, ça devait prendre des heures ! En dehors de leur physique pour le moins étonnant, leur attitude à la fois chaleureuse, suggestive et gentiment sarcastique le séduisit en quelques minutes de conversation. Les deux queens surent étonnamment bien et vite le mettre à l'aise, lui qui était pourtant d'ordinaire si timide et réservé. Évidemment, le vodka aidait aussi. Et au bout d'une demi heure, l'humour caustique des deux amies lui fit enchaîner les fous rires. Mis en confiance, sans donner de noms, il raconta ses déboires sentimentaux, s'attirant des regards compatissants et entendus.

Puis, les choses commencèrent à devenir de plus en plus floues. Il avait la tête qui tournait quand il alla danser avec « Red », comme s'était nommée la queen aux cheveux rouges (« C'ta couleur préférée ? » avait demandé Noctis. « Celle de la passion, baby ! » « Ah ouais... J'aime bien la passion... ») Il avait perdu Ravus de vue, mais pour l'instant il s'en fichait. (« C'décidé ! J'l'oublie ! » « C'est ce qu'ils disent tous, choupinet ! » « Nan ! Chuis sûr ! ») Quelqu'un lui prêtait attention, faisait preuve de gentillesse à son égard, et ça lui réchauffait le cœur. Alors, grâce à la vodka et à la chaleur humaine, il oublia peu à peu ses complexes et laissa son corps s'exprimer. Il sentait la musique dans ses tripes, et pas seulement la pulsation des basses, mais aussi comme si ses nerfs étaient entrés en résonance avec ses harmonies, comme si ses muscles la comprenaient d'instinct. (« T'es sacrément canon quand tu danses. » « Canon, moi ? Quesse tu racontes... ») Ses jambes figuraient en bonne place dans la liste des parties de son corps qui le mettaient le plus mal à l'aise, et pourtant, il avait l'impression de s'être réconciliées avec elles. Au lieu de simplement le porter, elles bougeaient pour suivre le rythme, et ses pieds martelaient le dance floor comme si c'était aussi naturel que de marcher ou de courir. (« J'me suis pas senti aussi bien d'puis au moins t'te ma vie. » « Ravie de l'entendre. T'as ça dans le sang » « À mon avis, j'ai plutôt d'sang dans l'vodka, Rrrred... ») Ses bras, dont il ne savait jamais quoi faire, ne lui apparaissaient plus comme des extensions encombrantes, mais comme ses bras à lui, parfaitement fonctionnels et même capables de grâce, accompagnant et soulignant ses mouvements. (« Tu sais quoi, je pense que tu ferais une super drag queen. » « C'est qu'tu vas m'faire rougir, Rrrred... Mais bon... C'ta couleur préférée ! ») Son bassin, toujours trop raide, ondulait de lui-même, sa colonne vertébrale, toujours trop courbée, portait son poids et ondoyait sans effort. Même sa poitrine lui semblait s'élargir, devenir plus puissante, plus ouverte, libérant sa respiration – et son rire. (« Rrrred, avoue, t'as envie de m'embrasser, hein ! » « Ça se peut bien, choupinet. » « 'Rr'ête de m'app'ler comme ça ! Chuis PAS choupinet » « C'est ça, continue à te raconter ça. ») Son cœur s'accéléra quand Red posa les mains sur ses hanches, mais au lieu de fondre d'embarras comme il l'aurait fait d'habitude, il accentua la sensualité de ses mouvements. Et il avait beau avoir le tournis et les pieds en feu, il était porté par une énergie encore inconnue, bienfaisante, rayonnante, terriblement libératrice. La musique, la présence à la fois bienveillante et intéressée de Red, la foule sans jugement et sans regards appuyés autour de lui, le rythme obsédant battant dans ses veines, dans sa tête, dans ses tripes, tout concourait à lui faire éprouver un sentiment aussi troublant que nouveau : il ne se détestait plus, il ne se méprisait plus. Il s'aimait bien quand il était comme ça. La joie qu'il ressentait se comparait assez mal avec celles qu'il avait déjà éprouvées : cette joie-là était plus complète, plus lumineuse, plus profonde. Elle dénotait l'harmonie, le désir, la certitude d'être au bon endroit, d'être la bonne personne. Et par-dessus tout, elle traduisait un magnifique sentiment de liberté. La piste lui appartenait. C'était comme trouver enfin sa place dans ce monde, comme, au bout d'un voyage éreintant, devenir enfin qui il était vraiment.

Il ne voulait plus jamais s'arrêter de danser.


De l'autre côté du bar...

« Ohé, Ravus, tu rêvasses ?

— Hm ?

— Tu rêvasses ?

— Gladio avait raison...

— Hein ? C'est qui, Gladio ? »

Ravus capta enfin qui lui parlait et jeta un coup d'œil contrarié à Loqi.

« Je rentre, annonça-t-il en se levant.

— Déjà ?! »

Le prince de Tenebrae ne daigna même pas lui répondre. Il traversa le dance floor et attrapa Noctis par le bras, mais s'adressa à la queen qui dansait avec lui :

« Red, lâche-le, on rentre. »

Red le dévisagea, un peu surprise. Et fit tout de suite le lien avec les confidences de Noctis. Ses yeux s'illuminèrent.

« T'énerve pas, chéri, je te le rends. »

Mais avant ça, la queen se pencha à l'oreille de Noctis et lui murmura quelque chose que le jeune homme approuva en pouffant.

Il est complètement bourré, Luna va m'en vouloir, pensa Ravus.

Il tira sur le bras de Noctis, qui n'avait pas l'air de vouloir s'en aller :

« Quesse-tu fais, chuis bien là, moi.

— Ça, j'ai vu. Un peu trop bien, même. Discute pas, Noctis.

— P'quoi tu m'donnes t'jrs des ordres, hein, d'abord ? »

Ravus ne put s'empêcher de sourire.

« Parce que t'es un petit con. »

Noctis sembla réfléchir à la question, les yeux mal focalisés. Puis, il explosa de rire.

« Pas faux... » Il réfléchit encore quelques secondes, et ajouta : « Mais j'veux t'jrs par rentrer.

— Noctis, c'est moi qui ai la bagnole. Tu veux que je te laisse là ?

— Ouais ! »

Ravus leva les yeux au ciel.

« Je t'avais bien dit que ça te plairait... » marmonna-t-il.

Puis, il entraîna dans son sillage un Noctis réticent dont le répertoire d'insultes s'élargit à mesure qu'ils approchaient de la sortie. À l'écouter, une nouvelle fois, Ravus sourit. Et se félicita que Noctis, qui se trouvait derrière lui, ne puisse pas le remarquer.