Chapitre 3

- "La douche n'est pas libre. , dis-je d'une voix froide en tentant de la contourner."

- "Ah. Oui. C'est bien, c'est bien. C'est bien ?", en m'empêchant de passer.

Je détestais ne pas pouvoir faire ce que je voulais, et là, en l'occurence, je voulais passer et surtout éviter une conversation.

- "Je ne sais pas, tu te pousses ?"

- "Non. Et qu'est-ce qui s'est passé ?"

Eberluée. Oui, c'est le mot qui convenait, pour ne pas dire choquée. J'étais totalement, complètement, entièrement, absolument éberluée. Mais quel culot !

- "Ecoute Quinnie, on est pas amies, ok ? Ce qui s'est passé l'autre jour, t'oublies. Maintenant, je veux passer, alors dégage. Je ne le répèterai pas, c'est clair ?"

Elle se décala sur le côté et je passa sans lui adresser un coup d'oeil, l'ignorant superbement. Je me dirigea vers le casier où reposaient mes affaires.

- "Santana, je voulais te parler de mon... ascension."

- "Ca tombe mal, pas moi.", d'un ton sec.

Je me sécha et remis mon uniforme. Brittany quitta la cabine et fit de même. Quinn déjà prête, tandis que les autres semblaient avoir déserté, nous observait. Je ne voulais pas sortir et laisser Britt seule avec elle, mais je ne voulais pas me retrouver non plus en tête à tête avec mon amie. Ce que je voulais, c'était faire le point sur la situation, éclaircir les choses, mes idées.

- "Santana, cette place de capitaine compte pour moi. Je dois redevenir qui j'étais, mais je ne pensais pas que Sue le déciderait de cette façon."

- "Tu étais quelqu'un d'autre, avant ?"

Je ne pris même pas la peine de répondre à Brittany, les nombreuses, trop nombreuses, interventions de Quinn me prennaient vraiment la tête, et j'avais pas besoin de ça.

- "Mais qu'est-ce que tu attends de cette discussion ? Ma bénédiction ? Voilà, tu l'as, maintenant fiche-moi la paix !"

- "Je n'ai pas besoin de ta bénédiction ! Je suis capitaine parce que je le mérite, c'est tout ! J'ai travaillé dur pour arriver là où j'en suis, ça ne s'est pas fait tout seul."

- "Ah, tu veux parler de Lucy Caboosey ?", d'une voix moqueuse.

- "Oui, entre autre.", impassible.

Je fus déconcertée par son ton neutre, sans rien en laisser paraître. Après un rapide coup d'oeil, j'appris que Britt, désormais habillée, était assise sur l'un des bancs et nous observait en silence, comme si un film passionnant se déroulait sous ses yeux. Levant les miens au ciel, je reporta mon attention sur Quinn qui attendait une réaction de ma part.

- "D'accord. Et bien félicitations, tu as réussi. Tu es le sommet du mont McKinley. On t'applaudit tous."

Joignant le geste à la parole, je tapa doucement dans mes mains, sans la quitter des yeux, la défiant du regard. Je passa près d'elle, prête à partir, sachant pertinemment que Brittany me suivrait. Celle-ci, en effet, se levait au moment où Quinn m'intercepta par le bras et dit avec un regard et une voix appuyés :

- "Tu peux y aller, Brittany. Dis à monsieur Schuester que j'arrive."

Elle m'interrogea du regard puis sortit après m'avoir vue hocher la tête. Profitant de son absence, je me libéra de toutes les réserves dont j'avais fait preuve dans ce début de dialogue.

- "Ca commmence à devenir insupportable, là ! Si tu attends que je te lèche les pieds et susurrant ton nouveau statut, le plus simple serait que tu me laisses partir maintenant. Parce qu'on risque de crever ici, Fabray."

- "Ca n'a rien à voir avec ça, putain !"

J'ouvris de grands yeux étonnés, incapable de contrôler ma réaction de surprise. Quinn Fabray venait de jurer. Je la fixais, stupéfaite. Elle s'insurgeait complètement :

- "Tu as besoin d'aide, M*rde ! Sans toi, je ne serai pas là, heureuse ! Parce que, oui je suis heureuse ! Alors je vais t'aider que tu le veuilles ou non, Santana. Parce que nous sommes amies. Tu as besoin d'une amie."

- "Wowowo ! Non mais ça va pas ? Je n'ai jamais eu besoin de personne, je ne vois pas pourquoi ça commencerait aujourd'hui."

- "Parce que tu as toujours eu trop d'orgueil pour te l'avouer.", d'une voix calme.

J'avais l'impression de rêver. Je ne comprenais pas ce qu'il se passait. Je n'avais jamais vu Quinn perdre à ce point le contrôle. Bien sûr, on n'a jamais vraiment toujours été tendres l'une envers l'autre, mais là, ça dépassait tout. Mais ce qui me sidérait le plus, c'était la raison de cette énième dispute. On s'engueulait parce qu'elle voulait m'aider et s'accrocher désespérement à mes basques ! Non mais... Ses propos laissaient entendre qu'elle serait mon amie avec ou sans mon accord. Complètement délirant. Je n'en revenais pas. C'était surréaliste. Et franchement con.

- "Ce sera tout, Princesse ?"

Et sans lui laisser le temps de répondre, je sortis. Qu'elle y aille à cette foutue chorale ! Si ça l'aidait, tant mieux. Moi, mais journée était finie, je n'avais plus à rester après les cours pour assister à des répétitions futiles où on écoutait tous sagement assis le nain chanter. Bien sûr, je me souvenais de mon passage dans " Don't stop believin' " et de la fierté que j'avais alors éprouvée, de mon premier solo avec "Valerie" et du plaisir que j'avais pris, de mon coeur qui battait à cent à l'heure. Et je ne l'avouerai jamais à personne, même si on me trempait dans l'acide ou qu'on m'obligeait à porter les immondes fringues de Berry, mais j'aimais mes duos avec Mercedes. Malgré tout, je me souvenais plus particulièrement de l'émotion qui m'avait submergée lorsque j'avais interprété "Landslide" devant les autres. Et Berry qui n'avait rien compris, qui avait tout gâché... Chanter me libérait, me plaisait. Je m'étais sentie tellement bien lorsque j'avais chanté "Songbird" pour Brittany. Cette chanson était tellement parfaite. Nous n'étions plus que toutes les deux. J'avais besoin de chanter, mais pas de cette fausse famille qui allait avec. Et Quinn faisait finalement partie de cette famille. Et Britt aussi. Mais le problème sera réglé, le Glee Club sera exterminé et il n'empoisonnera plus personne. Tout le monde pourra revivre librement. Mes pensées dérivèrent subitement. J'avais autre chose à faire que de penser à ces crétins. Je devais rentrer chez moi pour préparer ma soirée avec Britt. Mais avant, j'avais quelque chose à faire.

Il était 20h, et Brittany n'était toujours pas arrivée. Je me décid ais à l'appeler, certaine qu'elle m'avait oubliée. Certaine et triste, déçue. Elle décrocha immédiatement ce qui ne fit qu'accroître ma déception malgré les frissons qui parcouraient mon corps lorsque sa voix me répondit.

- "San ?"

- "Brittany, tu es où ? Je t'attends moi !"

- "Mais il n'est que cinq heures..."

- "Non, Britt, il est huit heures et je t'attends.."

- "Pourtant, je te jure, il est cinq heures !"

- "Brittany...", la suppliais-je.

- "Euh... D'accord, j'arrive. Je vais prévenir Lord Tubbington."

Elle raccrocha et je me consola en me disant qu'au moins, elle ne m'avait pas oubliée.. Je jeta mon portable sur mon lit défait et le suivit dans sa course. Une fois confortablement installée, je laissais mes pensées vagabonder, et elles s'arrêtèrent tout naturellement sur l'épisode des douches. Et si elle voulait en parler ? Qu'est-ce que je pourrai dire moi ? Je t'aime, vivons cachées ? Non, bien sûr que non. Je devais faire comme si de rien n'était, comme si rien ne s'était passé, considérer ce doux moment comme une petite periode de relâchement ? Oublier... Oui, je n'en parlerai pas, je ne lui sauterai pas dessus, je peux me retenir après tout ! Oui, oui je peux... Mais elle avait des sentiments pour moi, ça ne peut pas en être autrement ! C'est bien elle qui est venue à moi, cette fois ! J'improviserai, je la laisse guider, et ensuite, on jouera selon mes règles. Oui, c'est bien ça. Sauf que ce n'est pas un jeu.

Et Quinn... Elle ne me lâchera pas, sous son apparence fragile, c'est une des personnes les plus têtues que je connaisse. Je ne devais pas la sous-estimer. Une ennemie redoutable. Et une amie fantastique, moui. Mais elle était dans le camp adverse et elle cherchait à m'y entraîner. A moins que... Il suffirait qu'elle ouvre les yeux, qu'elle se rende compte à quel point le Glee Club est néfaste ! Et ce sont eux qui auront deux ennemies redoutables. Et moi, j'aurai tout...

La musique " Me against the music " retentit, m'arrachant de mes pensées. Je me mis activement à la recherche de mon téléphone enfouit quelque part sous les couvertures. Si Brittany me rappelait, c'est qu'il y avait un problème. Je me passais déjà la conversation dans la tête, m'imaginant les répliques à sortir si elle appelait pour me prévenir d'un quelconque empêchement. J'attendais cette soirée depuis des semaines, de retrouver ma meilleure amie, de n'être à nouveau que toutes les deux. Je mis enfin la main sur mon portable mais la sonnerie avait cessé de se faire entendre. Un appel manqué de Quinn. Déçue, mais surtout soulagée, je déposa l'appareil sur la table de nuit, décidant d'ignorer cet appel inutile. Je savais qu'elle n'était pas du genre à abandonner. Même son gosse elle avait décidé de le récupérer. Mon téléphone sonna de nouveau, plus brièvement. Un message. Puis deux. Je le pris à nouveau et vis qu'il s'agissait encore de Quinn. Le premier m'informait que ce correspondant avant tenté de me joindre. Oui, merci. Supprimé. Le second était plus... interessant :

" Rappelle-toi de Lean on me. Souviens-toi de comment on était. Tu as chanté avec un sourire sincère que je pouvais compter sur toi, et j'ai pu. Ensuite, tu m'as prise dans tes bras, toi, Santana."

Je fixais le message sachant parfaitement où elle voulait en venir. Il fallait que je me rapproche de Quinn, il fallait que je l'attire vers moi. Je devais devenir son aimant, et la démagnétiser des autres. L'ennui c'est que je n'avais aucune envie d'être comme ces chieuses larmoyantes qui racontent leur vie. Je n'avais pas besoin de me confier, pas besoin d'aide. Je n'avais aucun problème, pas plus que n'importe qui. Si tout le monde devait s'occuper de la peine de tout le monde, on s'en sortirait pas. La douleur est le propre de la vie ; et si on veut vivre, on accueille la douleur. Seule Britt pouvait me réconforter quand ça ne va pas, et la présence de Quinn à mes côtés ne changera rien à cela. Néanmoins, j'étais consciente que je devais me forcer et rentrer dans son jeu. C'est donc en pianotant sur les touches que je mis fin à mes hésitations et répondis tout simplement :

"Je me souviens..."

La réponse ne se fit pas attendre, comme si elle avait patiemment attendu à côté de son propre portable, espérant recevoir un message qui, en temps normal, ne serait jamais arrivé.

(Quinn) "Alors ? Ecoute, on se connait depuis longtemps. J'ai changé, tu as changé. Nos anciens différends n'ont plus aucune raison d'être. J'ai besoin d'une amie, et tu as besoin d'un soutien."

"On est une équipe après tout... On peut toujours essayer."

(Quinn) "C'est vrai ? C'est génial ! Tu fais quoi ce soir ? "

"Brittany vient à la maison. Elle ne devrait plus tarder."

(Quinn) "Oh, c'est bien. Je vais vous laisser alors. Passez une bonne soirée ! On se voit demain ? Tu me raconteras tout. "

"Oui, si tu veux."

(Quinn) "Très bien alors. Bisou."

Je ne répondis pas. Ce n'était plus la peine. Et puis je commençais à m'inquiéter, Brittany aurait déjà dû être là. On ne peut pas dire qu'on habitait très loin l'une de l'autre, en plus. Je me décida à quitter le confort de mes oreillers et me leva, puis sortis de ma chambre. Je dévalais les escaliers dans le but de chercher quelque chose à grignoter quand mon coeur s'affola, que les poils de mes avants-bras se dressèrent et qu'un long frisson parcourut ma colonne vertebrale. Je me stoppa net. Elle était là. Je poursuivis doucement la descente des marches et ouvris la porte du salon une fois arrivée à sa hauteur. La pièce devint silencieuse, et toutes les têtes se tournèrent vers l'intruse qui avait osé les déranger. Je plongeais mes yeux étonnés dans ceux de Brittany, laissant de côté mes parents qui n'étaient pas censés se trouver là. Ma mère s'avança vers moi, tout sourire :

- "Ma chérie ! Excuse-nous, on allait t'appeler. Mais ça faisait si longtemps qu'on avait pas vu Brittany, et on a commencé à discuter... Enfin bref, tu sais ce que c'est !"

J'émis un grognement qui devait vaguement ressembler à un "oui".

Mon père s'en mêla, ce qui eu pour effet de ne m'agacer que davantage.

- "C'est vrai ça ! On avait peur que vous soyiez fâchées."

- "Oui, ça aurait été dommage.", répondis-je en serrant les dents.

Je n'avais aucune envie d'aborder ce sujet. Brittany sembla sentir mon malaise puisqu'elle ajouta très vite :

- "Tes parents m'ont dit qu'ils sortaient ce soir. J'allais justement leur annoncer qu'ils étaient en retard."

Mes parents, dans un même mouvement, regardèrent leur montre puis soufflèrent avant de sortir du salon. Un spectacle qui, si j'avais été de meilleure humeur, m'aurait certainement amusée. Après nous avoir souhaité une bonne soirée, enfilé manteaux et chaussures, ils s'en allèrent. Ni Britt ni moi n'avions bougé. On se fixait mutuellement, dans un parfait silence dès que la porte eût claqué. Je l'avais enfin pour moi toute seule.