Merci à tous pour vos reviews du chapitre précédent ! Je suis ravie de voir que cette histoire vous plaît !

RàR aux anonymes !

Une Inconnue : Le chapitre 1 était plus ou moins une introduction, l'histoire commence ensuite ! J'espère que la suite te plaira !

En avant pour le chapitre 3 :D

ET ENCORE BANANIF FLO'W !


.oOo.

Encouragé par les paroles de Bilbo, Thorin se mit à chercher un nouveau but à sa vie. Ses deux seules obsessions étaient d'ouvrir la porte de la cabine de pilotage et de remettre en fonctionnement son caisson de cryogénisation. Le temps avait prouvé que la première option était exclue ; la deuxième nécessitait des connaissances que Thorin ne possédait pas.

Mais maintenant, il n'était plus seul.

– Bilbo, lança-t-il un soir, après avoir passé toute la journée à examiner le caisson. Est-ce que tu t'y connais en ingénierie et en médecine ?

Bilbo haussa les sourcils. Thorin savait qu'il ne ressentait pas vraiment de surprise, mais qu'il était programmé pour faire semblant. C'était vraiment un androïde de haut niveau – chaque jour, Thorin s'émerveillait devant la subtilité de ses réponses (pour un programme informatique), l'incroyable fourchette de réactions qu'il possédait, et son programme d'apprentissage intégré qui lui permettait de ne jamais refaire une deuxième fois la même erreur (un jour, il avait demandé si Thorin avait de la famille en dehors de son père. Thorin avait brisé son verre à force de le serrer trop fort. Bilbo avait compris que c'était un sujet sensible et n'avait plus jamais posé la question).

– J'ai des connaissances médicales basiques. J'ai été conçu, au départ, pour une commercialisation sur le marché, comme mes semblables. Dans mon cas, je fais partie des androïdes sélectionnés pour travailler à bord de Shadowfax, mais les autres Hobbits ont été créés en vue d'un achat par un particulier. Principalement, comme nous en avons déjà parlé, en tant qu'aide en cuisine. Beaucoup de gens n'aiment pas cuisiner, ajouta-t-il avec un sourire impeccablement bien imité.

– Quel rapport avec la médecine ? demande Thorin, qui ne perdait pas de vue ses idées.

Bilbo haussa les épaules. Thorin ne put s'empêcher d'admirer la fluidité du geste.

– Beaucoup de gens se blessent en faisant la cuisine. J'ai des connaissances médicales basiques qui me permettent de garder un individu en vie avant l'arrivée des secours.

– Rien de plus ?

– Tout dépend. À quelle fin ? demanda Bilbo.

– Est-ce que tu peux venir avec moi ? Je voudrais te montrer.

Bilbo jeta un regard à son bar, et Thorin eut un sourire.

– Tu n'auras pas de client, je suis le seul à être réveillé.

– Je suppose, dit Bilbo, son processeur vif admettant la logique de la situation (ce qui était plus que ce que Thorin pouvait en dire des autres robots et ordinateurs du vaisseau). Je te suis.

Lorsque Bilbo le rejoignit, Thorin réalisa que c'était la première fois qu'il le voyait sans que la moitié inférieure de son corps soit cachée derrière le bar. Il portait une chemise blanche et un tablier noir, ce qui était logique pour un barman, mais son pantalon était marron à carreaux et il était pieds nus.

– Mes pieds t'étonnent, nota Bilbo.

– Tu n'as pas de chaussures. Pourquoi ?

– Mon travail était de rester derrière le bar. Personne n'aurait remarqué mes chaussures, si tu n'avais pas été là, sourit-il.

– J'ai du mal à croire qu'une compagnie de luxe telle que Greyhame Travel puisse permettre à un de ses employés de se balader sans chaussures.

– Oh, elles m'ont été fournies avec le costume, dit Bilbo. Mais les lacets se défaisaient sans cesse et je trébuchais dessus. C'était très incommode, alors je les ai enlevées.

Thorin ne put s'empêcher de le regarder avec admiration.

– Tu te rebelles déjà contre ta programmation… Qu'est-ce que ce serait si tu avais une PPP.

– Ce n'est pas de la rébellion. C'est du sens pratique.

– Cause toujours.

En dehors de ça, c'était la première fois que Thorin avait l'occasion de l'observer de si près, et il ne put résister à la tentation de se pencher vers Bilbo, curieux. Celui-ci se prêta à l'opération avec complaisance.

– C'est fou comme tu ressembles à un humain, marmonna Thorin, fasciné.

Les cheveux de Bilbo, d'une jolie couleur miel, tombaient en boucles autour de son visage. Sa peau était d'une texture absolument similaire à celle de Thorin (avec moins de poils sur les bras, mais plus sur ses pieds nus), et ses lèvres étaient très convaincantes, elles aussi ; mais le plus impressionnant, c'était ses yeux. Déjà, la fabrication était impeccable, ce qui faisait qu'on avait l'impression de regarder des yeux humains ; mais nombre d'androïdes bénéficiaient du même matériel sans que ça fasse le même effet.

Les yeux de Bilbo avaient l'air vivants.

Thorin, spécialisé en robots, savait à quoi c'était dû : là où un androïde lambda tournerait son regard comme une caméra (car c'était ce dont il s'agissait, après tout), suivant une trajectoire droite d'un point A à un point B, les yeux de Bilbo papillonnaient d'un endroit à un autre comme ceux de n'importe quel humain. Ses sourcils avaient également une mobilité extraordinaire, qui contribuait à rajouter de l'authenticité à ses expressions.

– Je crois que tu es le plus bel androïde que j'ai jamais vu, dit Thorin, vraiment impressionné.

– Je suis très honoré, Thorin, sourit Bilbo.

Incapable de réfréner sa curiosité, Thorin observa l'intérieur de sa bouche : des dents, bien sûr, pour une question de mimétisme humain ; et derrière, là où il s'attendait à trouver des circuits électroniques, comme chez n'importe quel androïde, il y avait une langue, un palais, une luette. Thorin écarquilla les yeux.

– Tu as une langue ? Pourquoi ?

– Je suis un robot cuisinier, rappela Bilbo. Tous les cuisiniers doivent goûter à ce qu'ils préparent, non ? Qu'est-ce que je ferais si j'avais mis une pincée de sel en trop sans m'en rendre compte ?

– Judicieuse remarque. Alors, tu peux avaler des aliments ?

– Oui. Il y a des papilles gustatives sur ma langue qui me permettent de détecter le goût et la substance de ce que je mets dans ma bouche.

– Et comment tu évacues tout ça ? demanda Thorin, toujours intéressé par le côté pratique des choses.

– Je possède également un système de déglutition. Tout ce que j'avale termine dans une poche à l'intérieur de mon corps. Lorsque c'est nécessaire, j'ouvre ma cavité ventrale, je sors la poche, je la remplace par une neuve. Simple comme bonjour.

Les sourcils de Thorin atteignaient presque la naissance de ses cheveux.

– Le vieux Greyhame est un taré, mais il est incontestablement génial, marmonna-t-il.

– Et peut-être un peu pervers, ajouta Bilbo.

– Pervers ?

– Nous sommes des robots. Au service de notre propriétaire. Capables d'avaler n'importe quelle substance.

Lorsque Thorin comprit ce qu'il voulait dire, il manqua de s'étouffer.

– Quelle utilisation dégradante…

– C'est humain, dit Bilbo en haussant les épaules. Les gens aiment avoir un robot multitâche. Pas toi ?

– Le sexe ne m'intéresse pas, répondit Thorin en haussant les épaules.

Ça avait toujours été comme ça, et il avait fallu longtemps avant qu'il réalise que ça ne voulait pas dire que quelque chose n'allait pas chez lui. Depuis, il avait appris à s'en ficher.

Bilbo ne le jugea pas, même si Thorin savait que son "bon sens" l'en aurait rendu capable. À la place, il lui adressa un sourire.

– Qu'est-ce que tu veux me montrer ?

Comme toujours, la salle des caissons était terriblement lugubre. Tous ces corps endormis, cette viande froide qui attendait, ces identités que tout le monde avait provisoirement oubliées… Bilbo observait le tout avec attention.

– Ce sont les passagers ?

– Oui, répondit Thorin. Ils seront réveillés quatre mois avant l'arrivée.

Ils arrivèrent devant le caisson de Thorin, le seul à être toujours ouvert. Thorin leva un regard implorant vers Bilbo.

– En continuant mes recherches, je pourrais peut-être trouver une façon de remettre en marche le caisson, mais je ne connais pas les procédures médicales à suivre. Peut-être que tu pourrais m'aider ?

Sans répondre, Bilbo s'avança vers le caisson, qu'il observa sous toutes les coutures, puis il tapota sur l'écran de contrôle.

Au bout d'un moment de réflexion, pendant lequel Thorin attendit anxieusement, Bilbo se retourna vers lui – son expression désolée avait l'air tellement sincère – et dit :

– Je suis désolé, Thorin. Je n'ai aucune idée de comment ça fonctionne. Ce n'est pas compris dans les capacités de mon programme.

Thorin baissa les épaules, dépité – il ne s'était pas rendu compte à quel point il entretenait l'espoir que Bilbo arrive à le sortir de sa galère.

– Oh, marmonna-t-il. Très bien.

Ce qui ne voulait pas dire qu'il arrêterait d'essayer, de toute façon ; il n'avait rien d'autre à faire.

Ça voulait juste que même en essayant, il n'arriverait probablement à rien.

.oOo.

Deux ans après son réveil, Thorin n'était pas plus proche d'avoir trouvé une solution à son problème de caisson cryogénique, pas plus qu'à celui de la porte de la cabine de pilotage.

Mais ça n'avait aucune importance, parce qu'il s'était trouvé un but dans la vie.

Tout avait commencé trois mois après avoir rencontré Bilbo, à savoir un an et sept mois après son réveil. Un matin (ou un soir, le concept était flou, puisqu'il faisait toujours nuit), en faisant son footing (un autre but à moyen terme qu'il s'était trouvé pour ne pas devenir fou), il avait découvert un panneau coulissant qu'il n'avait jusque là jamais remarqué ; derrière, une porte qui ne demandait qu'à être ouverte. À l'aide de ses outils, Thorin n'y avait passé qu'une heure. C'était comme ça qu'il était arrivé dans les quartiers réservés à l'équipage, avec les arrière-cuisines, les garde-mangers, les services de table, les placards de draps propres, les machines à laver (Thorin, depuis son réveil, se servait dans les fringues neuves des boutiques), le stockage des lourds bagages des passagers, et surtout, le coin robotique et ingénierie, où Thorin trouva de nouveaux outils, des placards entiers de pièces de rechanges pour robots, une station de réparation toute équipée ; concrètement, il y avait de quoi s'amuser.

Thorin construisit son premier robot en trois jours. Il s'appelait Dwalin, du nom de son meilleur ami sur Erebor, et il ne faisait pas grand-chose : constitué de plusieurs pièces métalliques fixées les unes avec les autres, il se contentait de déambuler dans la pièce sur ses roues et de frapper les murs avec son "bras". La différence avec Bilbo était criante, mais Thorin faisait ce qu'il pouvait avec les moyens du bord.

Au fil des semaines, ses robots se firent plus évolués : après Dwalin, il y eut Glóin, qui lui apportait les pièces dont il avait besoin, puis Óin, qui lui tendait sa serviette lorsqu'il sortait de la douche, puis Bombur, qui le réveillait le matin et lui rappelait à quelles heures il devait prendre son repas, puis Bofur, qui était assez agile pour aller courir avec lui à travers les couloirs du vaisseau (quoique bien plus lentement que Thorin).

Lorsqu'il eut toute une compagnie de robots nains à sa disposition, la vie sembla légèrement moins triste ; mais ils n'étaient que des robots basiques, même pas humanoïdes, et ils ne savaient ni réfléchir, ni parler, ce qui expliquait qu'après chaque journée de travail, Thorin se retrouvait à Bag End, où Bilbo lui servait un verre, et ils discutaient ensemble pendant des heures.

Bilbo, pour un robot, était loin d'avoir une conversation limitée. À vrai dire, plus Thorin passait du temps avec ses Nains, comme ils les appelait, plus il était émerveillé par les capacités de Bilbo. Ses opinions était programmées, il le savait, mais c'était de la programmation de génie. Qu'est-ce que ça donnerait s'il avait une Puce de Pensée Personnelle, songea Thorin.

(Il y songeait assez souvent.)

– Bilbo, demanda-t-il un soir, est-ce que tu aimerais avoir une PPP ?

– Tu m'as déjà posé cette question, fit remarquer Bilbo en souriant.

Il essuyait des verres. Il était toujours en train d'essuyer des verres, même alors qu'il n'y avait pas de clients ; comme il l'avait expliqué à Thorin quand celui-ci lui avait fait la remarque, un barman immobile rendait les gens nerveux.

Il n'y avait pas de gens, mais Bilbo essuyait toujours ses verres.

– Excuse-moi d'avoir une mémoire défaillante, contrairement à toi, grogna Thorin. Qu'est-ce que tu avais répondu ?

– Que je ne savais pas, dit Bilbo. Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ?

– Parce que j'aimerais voir si je serais capable d'en créer une. Si c'était le cas, est-ce que tu voudrais l'essayer ?

Bilbo haussa les épaules.

– Je suis programmé pour avoir envie d'apprendre. J'aurais donc tendance à répondre oui.

Thorin eut un sourire.

– On va voir ce que ça va donner, alors.

Et c'était ainsi que Thorin s'était lancé dans la création d'une Puce de Pensée Personnelle.

Rendons à Durin ce qui était à Durin : le nom de Gandalf Greyhame était connu sur tout Middle-Universe, que ce soit pour ses prouesses technologiques (dont Bilbo faisait partie) ou pour ses nombreuses entreprises, dont Greyhame Travel n'était que le sommet de l'iceberg.

Mais Thorin Oakenshield était lui aussi un ingénieur remarquablement doué, en dépit de ses deux échecs sur la porte de la cabine de pilotage et le caisson de cryo-sommeil. Si Gandalf avait réussi à créer une PPP, il ne voyait pas pourquoi il n'y arriverait pas. Il avait lui-même l'habitude de créer des puces pour ses propres robots, là-bas sur Erebor.

La PPP devint rapidement une obsession chez Thorin ; c'était à prévoir, lorsqu'il y avait si peu autour de lui à quoi se raccrocher. Il y travailla jour et nuit, à tel point que Bilbo lui-même vint le retrouver dans l'atelier parce qu'il se demandait pourquoi Thorin ne venait plus lui rendre visite à Bag End.

Plusieurs mois s'écoulèrent selon le même schéma (cinq, selon le robot nain Ori, qui était chargé de calculer le temps qui passait et consigner les remarques de Thorin dans sa carte mémoire), jusqu'à ce que Thorin termine finalement la puce.

Bilbo n'était pas venu le voir, ce jour-là. Thorin traversa tout le vaisseau en courant pour le rejoindre à Bag End.

– Bilbo ! s'exclama-t-il en entrant dans le bar, à peine essoufflé, mais terriblement excité. J'ai la puce. Tu veux toujours essayer ?

Lorsque Bilbo lui certifia qu'il était toujours d'accord, Thorin l'emmena dans son atelier, et le fit asseoir sur une chaise.

– Penche la tête, ordonna-t-il.

Bilbo obéit, et Thorin releva les cheveux qui tombaient sur sa nuque pour dévisser la plaque qui protégeait son panneau de contrôle (celle-là même qui l'avait poussé à réaliser qu'il était en train de discuter avec un robot, le premier jour). Il commençait à devenir expert, car ce n'était pas la première fois qu'il examinait l'intérieur de la nuque de Bilbo ; mais c'était la première fois qu'il allait toucher à la programmation de l'androïde, et si l'idée l'excitait, elle lui faisait assez peur en même temps.

– Il faut que je t'éteigne le temps d'insérer la puce, dit Thorin. Mais avant, je vais te connecter à un support externe, et je voudrais que tu fasses une sauvegarde de toutes tes données et que tu crées un point de restauration système.

Bilbo hocha la tête. Malgré la taille conséquente de ses données, son processeur était tellement rapide que le transfert ne prit pas plus de trois minutes.

– Tu es prêt ? demanda Thorin en regardant Bilbo dans les yeux.

Bien entendu, il n'y avait aucune appréhension dans le regard de l'androïde. Bilbo hocha simplement la tête.

– Code administration JB32557, Hobbit OS Shire, Bilbo Baggins, numéro de série 2890-3A, arrêt des fonctions, ordonna Thorin (c'était Bilbo qui lui avait donné toutes les informations nécessaires pour accéder à sa programmation).

– Arrêt des fonctions, confirmé, répéta Bilbo d'une voix figée beaucoup moins naturelle que sa voix habituelle.

L'instant d'après, il fermait les yeux, et dans le panneau de contrôle à l'intérieur de son cou, la petite lumière verte qui témoignait de sa mise en fonction s'éteignit.

Thorin se tourna vers la puce. Elle était toute minuscule, à peine la taille de l'ongle de son petit doigt ; il espérait de tout son cœur que même si elle ne fonctionnait pas, elle ne créerait pas de dommages irréparables sur la programmation de la personnalité de Bilbo. Nerveusement, il l'inséra dans le slot réservé à cet effet.

Après un instant d'hésitation, il appuya sur le bouton de mise en marche.

.oOo.


Et voilà pour aujourd'hui mes agneaux !

A la prochaine ?