Chapitre 2 : Les battements du cœur blessé
Nouvelle-Orléans – 5 septembre
Katherine, toujours attachée à cette satanée chaise qu'elle ne quittait depuis qu'elle était devenue la poche de sang de Klaus, gardait la tête sur le côté pour pouvoir vomir dans la bassine mise à sa disposition. C'est alors qu'elle vit une foule de vampires arriver. Avec Marcel à leur tête.
Klaus ne tarda pas à apparaître.
– C'est une réunion de militants anti-sorcières ? railla-t-il, l'air furieux.
– Nous sommes venus reprendre Katherine. Tu lui as extorqué assez de sang pour tes hybrides.
– Je vais tous vous tuer un par un.
– C'est ce que tu crois.
Katherine vit un combat sans merci commencer sous ses yeux ébahis. Klaus était largement plus puissant que les autres vampires, mais ceux-ci avaient un large avantage du nombre, aussi pendant que l'originel massacrait quelques vampires, d'autres eurent l'occasion de la libérer et de s'enfuir avec elle.
Rompue aux intrigues amoureuses, elle prit bien sûr le soin d'avoir l'air inquiet :
– Et… Marcel ? Il va…
Elle une quinte de toux.
– Bien ?
– Oui, confirma une vampire, une fois qu'ils furent dehors. Tu dois boire ça.
Elle la fit boire l'antidote. Katherine sentit immédiatement un bien-être tiède se répandre dans son corps.
Mystic Falls – 5 septembre
Caroline menait une de ses énièmes expéditions punitives lorsqu'elle tomba nez à nez avec Elena. Déjà ennuyée à l'idée du sermon que cette sainte-nitouche lui pondrait, elle tenta de s'esquiver discrètement ce fut bien entendu vain.
– Caroline ! J'ai quelque chose à te dire !
– Rien à foutre !
– Je suis déjà passée par là, dit Elena. Je t'assure que tu n'as pas envie de rester dans cet état.
– Que sais-tu de mes envies, exactement ? ricana Caroline, ponctuant son argument d'un bon coup de genou dans le menton de sa meilleure amie.
Elena émit un gémissement douloureux.
– Evidemment, reprit Caroline, toi, mademoiselle la sainte, l'ange pur, tu n'as que des leçons à donner ! Tu m'étonnes, ta pourriture de petit frère est revenu d'entre les morts, alors pourquoi tu continuerais de pleurer comme une conne ?
– Bonnie est morte ! Voilà pourquoi je continuerais de pleurer !
Caroline se figea : elle souffrait à nouveau. Ses jambes la lâchèrent, elle s'effondra au sol. Elle avait mal.
Les sanglots secouèrent sa poitrine, qui avait déjà été bien éprouvée, dernièrement. Elena la serra contre elle Caroline se laissa faire comme une poupée de chiffons. C'était comme si Elena n'était pas là.
Rebekah avait pris sa décision. Avant cela, elle avait quand même décidé de retarder l'échéance pour prendre un bain outrageusement luxueux, parfumé et mousseux. Son plaisir le plus doux, dans cette cruelle existence. A Klaus, elle ne fit aucun adieu. Elle se contenta d'envoyer un message à Elijah.
« Je t'aime, mon frère ».
Ce fut tout.
Puis, elle prit le petit pieu, très joli, du reste. Elle mourrait belle, dans une belle salle de bain, avec un pieu magnifiquement taillé. Si elle n'avait jamais pu combler le creux affectif qui avait ruiné sa vie, elle avait au moins réussi à être belle, réussite vaine, mais elle mourrait belle.
Elle caressa le petit objet de chêne blanc, tentant de faire taire les voix factices qui ne cessaient de la hanter.
– Adieu, monde cruel, dit-elle, levant son verre de vin de luxe à l'inanité de sa vie dans un geste de dérision.
Après avoir tout bu, elle dirigea le pieu vers sa poitrine, fermant les yeux.
Elle attendit avec appréhension que le pieu lui transperçât le cœur, mais rien ne vint.
– Tu es complètement demeurée ou quoi ?
Alexander.
Elle rouvrit les yeux et vit qu'il tenait le pieu par l'autre bout.
– Qu'est-ce que tu fais là ? s'indigna-t-elle.
– Tu es une imbécile, c'est ça ? Tu sais que ce pieu te tuera ?
– Je le sais mieux que quiconque et d'abord, ce n'est pas ce que tu voulais ?
– Depuis quand tu te soucies de ce que je veux ?
– Mais de quoi je me mêle ?! s'indigna Rebekah.
– Ta vie m'appartient. J'en ai payé le prix par cette malédiction qui fit de moi un chasseur, alors c'est moi qui décide de ta mort et je n'en ai pas décidé. C'est moi qui te tuerai, Rebekah. Moi, et moi seul.
– Tu as perdu la tête ! hurla Rebekah en lui arrachant le pieu.
Vif comme l'éclair, et les yeux brûlant d'une colère que l'originelle ne s'expliquait pas, Alexander la plaqua contre le mur de marbre de la salle de bain. Elle sentit le froid du carrelage contre sa poitrine.
– Ne t'avise plus jamais de tenter de te suicider, murmura-t-il contre son oreille.
– Ne me donne pas d'ordres, répliqua-t-elle, le gratifiant d'un coup de coude dans les côtes.
Il se plia, peinant à respirer, tandis qu'elle se ruait sur une serviette de bain pour retrouver un semblant de dignité en y enroulant son corps encore mousseux.
– Inutile de cacher ce que j'ai déjà vu, et déjà touché.
– Porc.
– Tu ne tenais pas ce discours lorsque tu me chevauchais…
Un coup de pied d'une violence inouïe vint heurter le visage d'Alexander. Après avoir essuyé une douleur intense, le chasseur attrapa le pied de l'originelle. Elle s'était attendue à une revanche, mais il ne fit que le maintenir sur son épaule. Il l'observa un long moment, le sang coulant abondamment sur son visage. Rebekah était dans une position tout ce qu'il y a de plus inconfortable, mais était trop interloquée pour songer à en changer. Elle le fixait, intriguée.
Puis, il essuya de son autre main le sang sur sa joue, et lâcha le pied de l'originelle. De son index ensanglanté, il caressa ses lèvres. Rebekah sentit le goût métallique du liquide pourpre, mais s'écarta rapidement : qui savait ce que peut contenir le sang d'un chasseur ?
Puis, il avait disparu.
Rebekah réprima la colère qui menaçait de la noyer : pourquoi était-elle dans cette situation ? Elle décida que l'heure n'était plus aux larmes, mais à la prise en main. Il était temps de se ressaisir. Elle était millénaire, oui ou non ?
Fermement décidée à dire merde aux soucis, elle s'habilla, puis elle s'aperçut que les illusions qui la hantaient avaient disparu. Elle sut alors exactement ce qu'elle avait à faire.
Katherine soufflait comme un bœuf après avoir couru. Elle eut presque envie d'en pleurer : cela faisait plusieurs siècles qu'elle ne s'était pas sentie si faible.
– Ça va, mon cœur ?
Katherine eut envie d'enfoncer un pieu dans le cœur de ce crétin, mais y renonça : d'une part, elle ne faisait pas le poids, et d'autre part, Marcel était encore utile.
– Ça va aller ? demanda-t-elle. Tu n'as pas été mordu par Klaus, j'espère ?
– Non, j'y ai échappé de justesse. Nous l'avons battu comme plâtre. Il est plus fort, mais à plus de cent, nous avons eu le dessus. Il ne peut pas mourir, mais il peut endurer les coups.
– Bien fait, se réjouit Katherine, sincère pour la première fois.
Marcel rit.
– Qu'allez-vous faire de lui ?
– Déjà, le mettre en sûreté, là où il ne pourra pas nuire.
– C'est-à-dire.
Marcel haussa un sourcil méfiant.
– Tu t'intéresses beaucoup à ce sujet, je trouve.
Katherine prit l'air effrayé tout à fait crédible que Klaus lui inspirait.
– Bien sûr que je m'y intéresse, cet homme m'a tout pris dans ma vie. Et il peut encore me nuire tant qu'il est en vie.
Sentant son désarroi, Marcel la prit contre lui.
– Ne t'inquiète pas, je veillerai à ta sécurité.
Katherine en doutait fort : Klaus perdait bien une bataille à l'occasion, mais la guerre était toujours sienne.
– Où allons-nous ?
– On ne quitte pas la Nouvelle-Orléans.
Katherine sourit intérieurement : alors son atout, qui le rendait si mystérieusement puissant contre les sorcières, se trouvait donc ici. Sans quoi, il se serait enfui sur mars : quand on avait un compte à régler avec Klaus, on s'enfuyait loin.
Nouvelle-Orléans, 6 septembre
Rebekah vit Elijah de loin, et lui fit un signe de la main.
– Bonjour, Bekah.
– Bonjour, Elijah.
Elijah fronça les sourcils.
– Tu n'as pas l'air en forme.
– J'ai eu quelques petits problèmes. Tu vas bien ?
– Plutôt. J'ai été surpris par ton message.
– Comme je t'ai dit, j'ai une très mauvaise nouvelle.
– Je suppose que cela fera donc deux.
Rebekah eut l'air intrigué.
– Pardon ?
– Niklaus est introuvable. J'étais censé le voir, et il n'a pas montré le bout de son nez.
– Nik qui ne tient pas une de ses promesses ? Comme c'est surprenant… grinça Rebekah.
– Rebekah, je pense que c'est plus grave. Je m'apprêtais à me rendre chez lui. Il a beaucoup d'ennemis, ici.
– Qui ?
– Marcel et toute sa horde de vampires.
– Ils étaient amis, aux dernières nouvelles.
– Les amis sont comme les girouettes, ils vont dans le sens du vent.
– Elijah, ma mauvaise nouvelle rend la tienne plus inquiétante encore : il y a des pieux de chêne blanc en circulation.
– Comment ?
– J'ignore d'où ils viennent et qui les possède j'en ai simplement reçu un par courrier.
– Par courrier…
– Nous discuterons plus tard, allons chez Niklaus.
Ils s'y rendirent et constatèrent l'étendue des dégâts : une cinquantaine de vampires gisaient, morts, le cœur ou la tête arrachée.
– Merde alors, commenta Rebekah. C'est Stefan le boucher, mais Nik est pire.
– Ils ont dû le capturer.
– Je vais les éviscérer un par un, dit furieusement Rebekah.
Elijah retint un sourire : malgré elle, sa sœur restait loyale. Pour toujours et à jamais.
– Ne te méprends pas, Elijah, cingla Rebekah, ayant deviné sa pensée. Ce n'est pas pour le défendre, c'est…
– Je n'ai rien dit, coupa Elijah, amusé.
Le repaire de Marcel ne fut pas difficile à trouver : le vampire n'avait pas eu assez de temps pour en changer. Ils se hâtèrent donc d'y entrer. Alors qu'Elijah se tenait droit et digne, avec une classe inégalable, comme à son habitude, prêt à dégainer une palette de répliques acerbes et ironiques avant de se battre, Rebekah n'eut pas cette patience. Elle n'estima même pas utile de parler : à peine entrée, elle se jeta sur le vampire et le plus proche et lui arracha le cœur sans plus de cérémonie.
– Et d'un ! dit-elle. A qui le tour ?
La tribu de vampires, déjà bien entamée par Niklaus, n'avait plus très fière allure. Mais ils se battirent vaillamment, bien que vainement. Rebekah était survoltée, et portait encore en elle la fureur de ces deux mois passés sans sommeil et sans répit.
Les vampires qui restaient furent massacrés par les deux originels, mis à part Marcel. Rebekah le saisit par le cou et l'éleva au-dessus d'elle comme une bouteille prête à être bue.
– Où est mon frère ?
Elijah observait la scène, partagé entre l'amusement et l'horreur : il était taché de sang jusqu'au caleçon.
– Tu crois que je vais te le dire ? dit Marcel.
– Oui, répondit simplement Rebekah, l'air nonchalant.
– J'ai de la Veine de Vénus dans le sang.
– Super, et qui t'a parlé d'hypnose ? ricana la blonde.
Elle planta ses ongles dans le cou du vampire puis le jeta par terre.
– Me tuer te causera de graves problèmes.
– Ahem, très intéressant.
Elle planta son talon dans le torse de Marcel, qui hurla de douleur, alors que le métal de la chaussure Dior de Rebekah effleurait son cœur. La douleur était d'autant plus vive que Rebekah avait marché sur de la Veine de Vénus.
– Tu as vraiment la poisse, tu sais ? Si le hasard voulut que tu tombes sur Elijah, tu serais mort rapidement et proprement. Mais moi, je suis comme le reste des Mikaelson : j'en fous partout.
Elle appuya légèrement sur son cœur, puis tournoya le pied.
– Oh, ça fait mal ? demanda-t-elle avec un sourire angélique. J'ai la vive impression que tu as envie d'être achevé.
– Je préfère mourir que t'avouer où est Klaus…
– Oh, mais n'aie crainte, mon cher ami. Tu vas mourir. Reste à savoir quand.
Entre-temps, Elijah avait retrouvé Klaus et appela Rebekah depuis la cave. L'originelle écrasa le cœur de Marcel, qui fut réduit en bouillie. Elle laissa le cadavre et rejoignit son frère.
Klaus était suspendu au plafond par un crochet de boucher qui lui transperçait la poitrine et semblait… furieux. Au lieu de faire de la peine, comme n'importe qui à sa place, il inspirait la peur. Rebekah soupira.
– Vous allez me regarder comme ça toute la nuit ou vous allez me libérer ?!
Rebekah flanqua un coup de pied dans les jambes de son frère aîné.
– Je vais te tuer, Bekah !
– Même pas fichu d'être une victime décente.
– Ne marche pas sur le sol qui m'entoure, tu te retrouvais bloquée, avertit Klaus. Tu vois la ligne en poudre blanche ? N'entre pas dans ce cercle.
Rebekah hocha la tête.
– Alors on fait comment ?
Elijah fouilla dans sa poche à la recherche de pièces de monnaie, puis il en tira trois vers la chaîne qui tenait Klaus au crochet. Celle-ci se brisa, et Klaus tomba, non sans un grognement mécontent.
– C'est une sorcière de bas étage qui a fait ce sort, dit Elijah. C'est évident lorsqu'on constate qu'elle a eu besoin de poudre. Ce qui signifie, poursuivit-il en tirant le corps de son frère, que la barrière est faible et que si Klaus ne peut pas la traverser lui-même, je peux la lui faire passer.
– Quelle culture parallèle impressionnante, dit Rebekah.
Une fois Klaus sorti de la barrière, il arracha lui-même le crochet de boucher, voyant son sang répandu partout, à même le sol.
– Il faut brûler cette maison, je refuse que mon sang soit accessible à tout le monde.
– Après ça, il faudra que je vous parle de quelque chose d'important.
Mystic Falls, 6 septembre
Caroline se tenait face à une check-list fraîchement établie par ses soins. Elle était maniaque des listes : ça aidait à avoir une vision globale des choses.
La liste occurrente s'appelait « Comment ma vie est devenue merdique et comment j'ai empiré les choses en étant stupide ».
1) Ma mère est morte
2) J'ai tué plusieurs vampires innocents qui ne m'ont rien fait
3) J'ai couché avec Klaus
4) Ma mère est morte
5) J'ai couché avec Klaus
6) Je n'ai personne sur qui me venger
7) Tyler me hait
8) Le 7) m'indiffère presque, tant mon cœur saigne. C'est même futile. Après tout, nous sommes-nous vraiment aimés ? Cela a été si court avant que sa cavale folle commence.
Caroline se laissa aller contre le lit, rêvassant tristement. Elle pensa à son enfance, au jour où son père lui avait appris à faire du vélo. « Reste droite et ne regarde pas en bas. Je te montre une fois, et ensuite tu te débrouilleras, je sais que tu y arriveras ».
Elle y était arrivée. Et puis…
– Caroline, tu m'entends ?!
Caroline sortit de sa torpeur et cessa de fixer sans la voir sa fichue liste.
– Excuse-moi, j'étais concentrée…
Tyler savait très bien sur quoi elle était concentrée.
– « Le 7) m'indiffère presque, tant mon cœur saigne. C'est même futile. Après tout, nous sommes-nous vraiment aimés ? Cela a été si court avant que sa cavale folle commence. », lut Tyler d'une voix enragée. Futile ?! Je suis quoi, moi ? Une serpillère ? Tu couches avec Klaus et tu trouves que ce que je ressens est futile ?! Je te rappelle que tu viens de t'envoyer en l'air avec le mec qui a tué ma mère et la tante d'Elena.
Caroline explosa :
– Ma mère aussi est morte ! Et à quel moment tu t'en es soucié, dis-moi ?! Je te signale que quand j'ai couché avec Klaus, j'étais en mode vampire !
– Et alors ? Elena ne s'est pas transformée en marie-couche-toi-là, quand elle l'était !
Caroline gifla à toute volée Tyler.
– Je suis désolé, je ne voulais pas…
– Toi, tu m'as bien mordue, tout ça plaire à ce fichu Klaus !
– J'étais inféodé !
– Et moi je n'étais pas moi-même ! Alors quoi, tu es excusé et moi non ?
– Eteindre son humanité n'est pas renoncer à ses désirs, c'est juste déterrer les plus profonds ! Alors, regarde-moi dans les yeux que tu n'éprouves pour lui que du mépris ?
Caroline le foudroya du regard.
– Pourquoi tu ramènes toujours tout à lui ? Ferais-tu un complexe d'infériorité par rapport au fait qu'il t'ait chassé ? Tu crois que je vais adhérer à votre concours de celui qui fait pipi le plus loin ? Tu me prends pour une femelle qui cherche le mâle alpha ?!
– Tu as quand même couché avec lui… Depuis quand éteindre son humanité fait naître le désir ? Ça désinhibe, c'est tout. Alors il faut bien qu'au fond tu aies éprouvé quelque chose pour lui...
Cette fois, Caroline explosa pour de bon.
– ET MERDE ALORS ! OUI, KLAUS ME FAIT VIBRER, C'EST ÇA QUE TU VOULAIS ENTENDRE ?! PARCE QUE LUI, AU MOINS, IL NE M'A PAS ABANDONNEE ! IL ETAIT LA, LUI !
La seconde d'après cette bienfaisante colère, Caroline regretta ses mots.
– Tyler, je ne voulais pas…
Il était déjà parti. C'était fini. Bêtement. Et le pire, c'est qu'elle n'avait plus la force de s'en soucier.
Nouvelle Orléans 6 septembre
Depuis sa cachette, Katherine observait attentivement la scène qui se déroulait sous ses yeux. Il y avait trois femmes, dont une recouverte d'une cape noire qui lui cachait le visage presqu'entièrement. Katherine ne distinguait que sa bouche plutôt épaisse, et la peau caramel de son menton. Les trois femmes venaient d'entrer, et l'ancienne vampire s'était empressée de se cacher dans un placard en attendant qu'elles sortissent, pour pouvoir s'échapper à nouveau.
- Imbécile de Marcel, dit alors la femme en cape noire, méprisante à souhait. Heureusement, il a fait exactement ce qu'il fallait. L'avantage des idiots rebelles, c'est qu'on peut leur faire croire qu'ils désobéissent quand ils sont tout juste dans le sentier qu'on leur avait tracé.
Les deux autres femmes s'esclaffèrent.
- Il s'attendait à quoi, en alliant défier un Originel ? Et qui plus est, le plus terrible de tous ? L'hybride…
Le dernier mot avait été prononcé avec un indicible dégoût.
- Bien entendu, dit la femme en cape. Tout s'est déroulé exactement comme prévu. Les deux lieux étaient parfaits. Le sacrifice a été des plus sanglants, et nous a apporté un pouvoir largement suffisant pour l'instant.
Katherine tressaillit : des sorcières. Toute humaine qu'elle était devenue, elle avait encore ses réflexes de vampire, et les vampires ne prenaient jamais la présence de sorcières comme une bonne nouvelle. En son for intérieur, elle était tout de même ravie de la suite des événements : Marcel était mort, et Klaus ne l'avait plus dans le collimateur, vu qu'il avait apparemment d'autres choses à régler, avec ces sorcières.
- Ilyana, dit la femme à la cape, apporte-moi une bougie.
Katherine sentit son cœur manquer un battement lorsqu'elle entendit le mot « bougie ». Elle était justement dans un placard plein de bougies ! Elle espéra seulement que ladite Ilyana irait chercher ailleurs : les sorcières avaient toujours des tonnes de bougies, alors un placard ne suffisait probablement pas. Mais Ilyana se dirigea exactement vers Katherine et la découvrit en ouvrant le placard.
La femme en cape sourit.
- Tu pensais vraiment que je ne sentirais pas ta présence, humaine ? dit-elle.
- Disons que je n'y avais pas réfléchi : tout ce qui m'intéressait, c'était de ne pas vous aider bêtement à le faire, répondit Katherine en sortant de l'armoire.
- Je vais te tuer, tu le sais ? Tu en sais trop.
- Non attendez ! J'en sais effectivement beaucoup, trop. Mais je sais aussi des choses que vous ignorez. Notamment sur Klaus Mikaelson.
- Qu'est-ce qui te fait croire que je m'intéresse à Klaus ?
- Toutes les sorcières veulent la peau de Klaus. C'est dans leur nature.
Cette fois, la sorcière à la cape rit franchement.
- A vrai dire, ce que je veux dépasse largement la seule existence de Niklaus Mikaelson.
- Quoi que vous vouliez, je suis sûre, infiniment sûre que mes désirs n'entrent pas en contradiction avec les vôtres, voire qu'ils sont les mêmes.
- Et alors ?
- Je peux vous aider. Lisez dans mes pensées, vous verrez.
La sorcière hocha la tête ; l'amusement courbait ses lèvres d'une jolie manière. Elle pénétra l'esprit de Katherine et y lut tout ce qu'elle voulut savoir.
- Tu es un être abominable, conclut-elle. L'égoïsme est ta seule loi.
- Vous allez me tuer ?
- Non, je vais t'engager. Tu hais les vampires, et moi je veux les exterminer.
Katherine sourit de toutes ses dents.
- Mais je te préviens : je n'ai aucune confiance en toi, ni en ta parole – si tant est que tu en aies une ; j'ai vu dans ta mémoire un nombre incalculable de trahisons . Aussi vais-je te donner une chance, une seule et unique chance ; si tu me déçois, tu mourras à l'instant même où tu l'auras fait. Crois-moi, j'ai le pouvoir de connaître la moindre de tes pensées.
Katherine hocha la tête.
- Dernière chose : Elijah Mikaelson ne doit pas être un obstacle à la mission que je vais te confier. Les sentiments que tu as pu avoir pour lui m'importent pas. Il mourra comme les autres.
- Entendu. Je peux le faire de ma main, si vous le désirez.
La langue de la sorcière claqua, désapprobatrice.
– Pas de zèle, je te prie.
– Je peux au moins savoir qui vous êtes ?
– Tu peux m'appeler Suud. Maintenant, trêve de bavardage. Il faut que je fasse de toi une arme de destruction massive de vampires.
Mystic Falls – 10 septembre
– Tu as mauvaise mine, Love.
Caroline se redressa subitement, entendant cette voix. Elle se retourna promptement et gifla Klaus.
– Espèce de porc !
Klaus porta la main à sa joue, les yeux tempétueux.
– Personne ne m'a jamais giflé. Du moins, personne d'encore vivant.
– Ah oui, maintenant, tu nous joues le vampire menaçant !
– Je vois que tu as retrouvé ton humanité.
– Tu étais venu voir si tu pouvais pas encore me baiser ?
– Pas d'insolence ! dit sèchement l'originel.
– Sinon quoi ? Tu vas me mordre ?
– Caroline, ne me provoque pas…
– Je suis fatiguée, Mikaelson. Si fatiguée…
Elle se laissa aller contre le mur blanc cassé du couloir.
– Caroline, dit-il en lui caressant la joue de son seul index. Tendre Caroline…
Trop lasse pour résister, elle se laissa faire sans bouger.
– Ta vie de vampire ne fait que commencer, tu vas devoir affronter des peines comme celles-ci toute ton existence durant.
– C'est trop dur… Comment tu as fait ?
Il rit doucement.
– Je crains de n'être pas le meilleur exemple.
– Apprends-moi, Klaus.
– T'apprendre quoi, Love ?
– Apprends-moi à être dure comme toi. Apprends-moi à faire taire les battements de mon cœur blessé quand il crie trop fort.
Il sourit tristement.
– Crois-tu que j'aie su faire les hurlements du mien ?
– Alors comment as-tu survécu à mille ans comme ça ?
– J'ai survécu en devenant sourd.
Il l'embrassa sur le front et disparut dans la nuit.
