Et voilà le chapitre 2 ! J'espère qu'il vous plaira, il commence à y avoir un peu d'action. Enfin, un peu. Et tout dépend du sens du mot action.
Merci pour les reviews ! Je les lis toujours et sachez qu'elles me font plaisir et qu'elles me donnent envie de progresser.
Sur ce je vous souhaite une bonne lecture.
South Park ne m'appartient pas.
Influence
II
L'amour naît avec des paillettes
(Lundi 10 décembre 11h20)
Craig regarde sa montre. Déjà 11h20 ? Quand il y pense, depuis qu'il a quitté le lycée, il n'a fait que trainer dans les rues. Le temps passe vite parfois. Il se rappelle alors que Ruby termine les cours du matin à 11h30 et que vu l'heure il pourrait aller la chercher pour manger en ville ou chez eux, histoire de lui éviter un repas de plus dans l'effroyable cantine du collège. En y repensant, Craig a un frisson dans le dos, il ne voudrait savoir pour rien au monde ce qu'il y avait réellement dans ces boulettes de viande.
Il prend la route vers le collège et arrive quelques minutes avant la sonnerie. Il envoie un texto à sa sœur et se poste devant la grille de l'entrée. Ruby arrive quelques minutes plus tard.
« Eh bien, que me vaut un tel honneur ? » Malgré sa surprise, Ruby suit tout de même son frère qui a commencé à marcher après avoir entendu sa première phrase. Au fond, il aurait bien aimé un Merci ou même un Salut.
« Maison ou kebab ? » Ruby soupire en souriant.
« Question stupide. » Craig hausse les épaules. C'est un peu comme s'il rendait son sourire à sa petite sœur. Ils marchent ensemble jusqu'au kebab et s'installe à une table après avoir reçu leur commande.
« Bon Craig, t'as un truc à me demander ou à m'avouer ? Parce qu'en principe tu viens pas me chercher. » Craig termine de mâcher en se demandant comment une fille de quatorze ans est capable d'être aussi chiante après que son frère l'ait invité à manger dans un kebab.
« En principe j'ai cours. » Ruby roule ses yeux. Elle sait très bien que Craig sèche énormément et que s'il le voulait, il pourrait sécher tous ses cours de 11 à 12 pour emmener sa sœur manger ailleurs qu'à la cafétéria du collège.
« Mais ouais c'est ça. » Craig a compris ce que sa sœur voulait dire et décide de la corriger.
« Je sèche pas quand personne n'est avec moi pour le faire, à moins d'avoir une bonne raison. Et j'vais pas demander à mes potes de venir manger avec toi les jours où on sèche de 11 à 12. » Ruby fronce les sourcils. Pour se justifier, Craig fait parfois de longues phrases. C'est rare, mais ça l'énerve. Surtout quand il a raison.
« Alors pourquoi tu viens pas me chercher tous les jours où t'as une bonne raison ? » Craig hausse les épaules.
« En principe si j'ai une raison valable c'est que je suis pas d'humeur à voir quelqu'un. Et j'peux pas sécher tous les cours pour un oui pour un non. » Ruby reprend une bouchée de son kebab tout en fixant son frère. Elle reste persuadée qu'il a quelque chose derrière la tête.
« Laisse que t'as un truc à me dire, non ? » Craig soupire.
« Ouais mais j'aurais très bien pu te le demander ce soir. J'y pensais même plus d'ailleurs. » Ruby n'y croit pas une seconde. Néanmoins, elle décide de ne pas enfoncer le clou.
« Je t'écoute. » Craig n'avait pas prévu de la questionner maintenant et n'a rien en tête. Il ne sait pas par où commencer, il ne sait pas vraiment ce qu'il doit demander non plus.
« T'as un copain en ce moment ? » Ruby vire au rouge dans la seconde. De colère, de gêne, peu importe. Elle avale brusquement la nourriture qu'elle avait dans sa bouche et se prépare à affronter son frère.
« E-En quoi ça te regarde !? » Craig savait que ça commencerait mal. Il est même persuadé que ça va finir mal.
« J'suis ton frère. Réponds juste à ma question. » Ruby fronce les sourcils et se replace sur sa chaise.
« Non, si tu veux savoir. » Depuis qu'elle est petite, elle déteste parler de sa vie sentimentale avec son frère. Quand ils avaient respectivement 10 et 13 ans, il n'arrêtait pas de lui répéter que les garçons n'aimaient pas les rousses et qu'elle finirait vieille fille. Heureusement, maintenant, il n'est pas près d'avoir le même discours puisqu'il sait qu'il ne faisait ça que pour embêter sa sœur. Il ne l'a jamais pensé une seconde, mais avant de basculer du côté obscur, il taquinait toujours sa sœur.
« Et t'as quelqu'un en vue ? » Ruby fronce encore plus les sourcils et regarde Craig d'un air de défi. Elle n'arrive pas à croire qu'après toutes ses années à ne lui avoir rien demandé il se met subitement à la questionner sur sa vie amoureuse.
« M-Mais j't'ai… J't'ai rien demandé ! Laisse-moi manger tranquille ! » Craig décide alors d'y aller franco. Parce qu'à ce train-là il n'est pas près de savoir ce qu'il veut savoir.
« C'est un de mes potes c'est ça ? » Ruby le regarde droit dans les yeux et rougit encore plus. Bingo, se dit Craig. Fait chier, se dit-il au même moment. Il aurait préféré avoir tort.
« Q-Q-Q-Que q-quoi ? M-Mais pourquoi t-tu… » Ruby s'arrête de parler quand elle se rend compte qu'elle ne fait qu'aggraver son cas. Son frère a découvert son plus grand secret et maintenant, il sait qu'elle est piégée jusqu'au cou, dans une sacrée merde.
« C'est lequel ? » Ruby détourne le regard de celui de son frère. Il ne sait pas duquel des trois il s'agit, c'est déjà ça.
« Ta gueule. » Elle termine rapidement son kebab et retourne au collège toute seule. Craig sait que ça ne sert à rien de lui en demander plus. Heureusement pour lui, il a une autre idée.
Ruby passe la grille et se dirige dans la cour. Il est un peu plus de midi et tout le monde mange. Même les surveillants et les profs. D'ailleurs, elle n'est même pas censée trainer dans la cour à cette heure-ci, mais ce n'est pas la première fois qu'elle fait quelque chose qu'elle n'est pas censée faire au collège et elle n'en a rien à faire. Surtout dans de telles conditions.
Elle donne un puissant coup de pied dans un mur en grognant quelque chose, puis recommence encore cinq ou six fois jusqu'à se sentir assez calmée pour aller s'assoir. Elle est en colère, terriblement en colère. Elle sait que si un adulte vient la chercher pour l'emmener vers la cantine avec tous les élèves elle sera bonne pour la colle ou le renvoie, tout dépend de sa réaction, si elle arrive à se contrôler ou non.
Elle voulait que ça reste secret, et maintenant son frère a découvert Dieu-sait-comment qu'elle aimait un de ses trois amis. Elle a envie de tuer la première personne qui passe devant elle, elle a envie de courir contre un mur sans s'arrêter et s'écraser. Elle sait qu'elle a un problème de colère, mais elle s'en fiche. Elle se demande juste pourquoi elle est revenue au collège. Ses amies ne sortiront pas de la cantine avant un moment et il n'y a absolument rien à faire à part risquer de se faire attraper par un prof. Elle tape une nouvelle fois dans le mur puis se rassoit. Elle ne sait pas du tout où elle pourrait aller. Elle se contente alors de rester là, à réfléchir à comment elle va pouvoir s'en sortir.
De manière à ce que son frère ne découvre pas lequel de ses amis elle aime et de manière à ce qu'il ne l'empêche pas de le voir. Il en est capable et c'est certainement ce qu'il a prévu de faire. Et elle ne peut le trouver que cruel.
« Ruby ? » Cette dernière bondit de son siège, prête à mettre K.O. la personne derrière elle. Au moment où elle remarque que c'est Karen, elle essaie de se calmer, et pourtant elle parait tout sauf calme.
« Ah, salut Karen. » Celle aux cheveux châtains hausse un sourcil puis s'assied sur le banc en ne quittant pas des yeux son amie. Ruby fait de même.
« Qu'est-ce que tu fais là ? » Ce serait plutôt à Karen de demander ça. Mais elle se contente de répondre.
« J'te cherchais ! Tu nous as pas dit que tu ne mangeais pas avec nous ! » Ruby hausse les épaules.
« J'vous ai pas vues. J'suis allée manger avec mon frère en ville. » Karen hoche la tête.
« Oh… » Commence-t-elle. « Vous vous êtes disputés ? » La rouquine soupire et croise les bras. Elle ne répond pas et Karen en conclut qu'elle a vu juste.
« Mais pourquoi ? » Ruby se tourne vers elle puis se remet à fixer le vide.
« Il sait que je kiffe son pote. » Karen se mord la lèvre. Elle savait que ce serait dur pour Ruby d'obtenir ce qu'elle voulait avec un garçon de trois ans son ainé, elle sait aussi que le fait que son frère soit au courant ne va pas arranger les choses.
« Le seul bon côté, c'est qu'il ne sait pas lequel. Pfff, comme quoi il reste con à moitié. » Karen ne sait pas quoi répondre, elle se sent trop désolée pour son amie. Mais quelque chose lui traverse l'esprit.
« Et tu ne crois pas qu'il va tout faire pour trouver lequel c'est ? » Le visage de Ruby se crispe un peu plus. Elle hoche vivement la tête.
« Et où est ce qu'il est ? »
« Je sais pas, pas au lycée, en tout cas. » Karen se lève brusquement.
« A-Alors tu peux être sûre qu'il est chez vous en train de chercher une preuve ou quelque chose de ce genre ! » Ruby panique d'un seul coup. Son journal intime, il est bien caché, mais son frère est capable d'y passer tout l'après-midi et de le trouver.
« Merde ! » Elle saute du banc et se met à courir vers la sortie. Karen hésite tout d'abord à la suivre, mais finalement se dit que dans trois quart d'heure elle pourra être revenue pour le cours d'anglais. Elle la suit donc jusque chez les Tucker.
Une fois devant chez elle, Ruby tourne la poignée avant de remarquer que la porte est fermée. Elle l'ouvre avec ses clefs et fonce à l'étage sans attendre Karen.
« Craig tu vas voir ! » Elle ouvre alors brusquement la porte de sa chambre prête à détruire son frère dans la seconde, à lui faire bouffer son putain de bonnet. A faire en sorte qu'il regrette à jamais de s'être mêlée de la vie privée de sa sœur, et surement d'avoir songé une seconde à lui pourrir la vie avec ses principes de grand-frère à la con.
Personne.
Sa chambre est vide, rien n'a bougé, c'est le même désordre qu'elle a quitté en allant au collège, et ce serait très étonnant que son frère ait pris la peine de mémoriser la place de chaque objet pour ensuite tout bien remettre à sa place, et ce en l'espace d'une demi-heure. Sachant qu'il faut aussi le trouver, le journal.
« Bah mince. Tant mieux en même temps. » Elle sort de sa chambre et croise Karen.
« Il est pas là ? » Ruby secoue la tête. Elle a envie de passer sa colère sur sa meilleure amie pour l'avoir mise sur une fausse piste. Mais elle sait très bien que Karen avait au moins neuf chances sur dix d'avoir raison.
« C'est bizarre. En principe il aurait dû le chercher. » Ruby s'appuie contre le mur du couloir et prend un air songeur.
« C'est sa mission de grand-frère de merde. Ça m'étonnerait pas qu'il débarque maintenant. » Elle soupire et retourne sur ses pas.
« Peut-être qu'il ne l'a pas cherché ! » Ruby se retourne et fixe son amie bizarrement.
« Bien joué Einstein ! » Karen secoue rapidement la tête.
« J'veux dire, peut-être qu'il savait où il était ? » La rouquine fronce les sourcils. Comment son frère aurait pu savoir une telle chose ? Il est arrivé qu'il la voit écrire, mais elle fait toujours attention au moment de le sortir ou de le ranger.
« Ou est-ce que tu le ranges ? » Ruby rebrousse chemin et croise Karen pour retourner dans sa chambre.
« Sous mon matelas… » Lui dit-elle en passant. Elle arrive devant son lit et soulève la literie jusqu'à voir les lattes en bois du lit, ainsi que son journal. Il est bien sur la troisième latte, mais n'importe qui aurait pu le remettre à sa place. Elle l'ouvre et feuillette le petit livre pratiquement plein.
« Rien à signaler ? » Ruby ne dit rien, elle continue jusqu'à l'une des pages qui auraient pu intéresser son grand frère, celle où elle raconte le jour où elle est tombée amoureuse, le 20 avril de la même année. Il y a presque huit mois. La page est recouverte de paillettes et de cœurs dessinée au surligneur rose. Ça lui fait bizarre de revoir cette page, ça lui rappelle à quel point elle était pleine d'espoir à cette époque, à quelle point elle était heureuse d'être tombée amoureuse. Quand elle repense à ça, elle se dit que c'était juste parce qu'elle avait 13 ans. Elle ne se rend pas compte que c'était il y a seulement quelque mois et que si elle était tombée amoureuse aujourd'hui elle aurait eu exactement la même réaction.
On grandit avec l'expérience, pas avec l'âge, lui disait Craig quand il avait 15 ans et encore quelques neurones utilisables.
Elle feuillette les pages suivantes, encore couvertes de paillettes en essayant de ne pas en mettre partout sur la moquette. Heureusement qu'elle n'en a plus, des paillettes, sinon son journal serait transformé en une espèce d'arc-en-ciel compressée entre une couverture et une quatrième de couverture.
« Je ne vois pas ce que je pourrais trouver comme preuve là-dedans. A moins qu'il ait arraché une page. » Elle referme son journal et le replace sous son matelas. Après avoir remise sa couverture en place, elle fixe le sol. Karen remarque le regard de son amie et commence à se demander ce qu'elle a.
« Ruby ? » Celle-ci fronce les sourcils et tâte la moquette.
« Putain, ces paillettes viennent de mon journal, c'est sûr et certain. »
« Tu es sûre que tu ne les as pas faites tomber ? » Ruby secoue la tête.
« Je sais qu'il y en a, alors j'ai fait attention. Craig par contre n'avait pas l'air de le savoir. Ces paillettes, c'est la preuve. » Karen reste bouche bée, depuis leur arrivée chez les Tucker, elle ne pensait pas qu'il y aurait ce retournement de situation, et qu'elle aurait, finalement, raison.
Et maintenant, sans l'ombre d'un doute, Ruby peut affirmer que son idiot de frère sait qu'elle craque pour le blond de sa bande, prénommé Tweek.
« Il va tout faire pour m'empêcher de le voir ! » Elle se laisse tomber sur les genoux et ne peut pas retenir ses larmes. Karen commence à paniquer mais s'installe à côté d'elle pour la rassurer.
« Mais… Mais t'en fais pas ! Je demanderai à mon frère de l'en empêcher… Même si je ne sais pas comment il pourrait s'y prendre, mais ça va s'arranger t'en fais pas ! » Ruby éclate en sanglot de plus belle. Tout le monde pourra témoigner, elle en fait toujours trop, que ce soit lorsqu'elle est en colère, triste, ou heureuse.
« Mais ils se détestent ! Craig l'enverra promener. Et puis, de toute façon ça n'aurait jamais marché ! I-Il se s'est jamais intéressé à moi ! Et pourtant il est venu des milliers de fois ici et quand il me voit, il me dit salut comme il le dirait à n'importe qui recommence à discuter avec Craig ! »
« R-Ruby… Calme-toi s'il te plaît… Y en a d'autres des garçons. » Suite à cette phrase Ruby se fait alors encore plus bruyante.
« M-Mais non ! J'pourrai jamais aimer quelqu'un d'autre ! » Karen soupire silencieusement, Ruby est têtue, surtout que c'est son premier amour. Elle a toute la vie devant elle pour tomber amoureuse, et ce des dizaines de fois.
Karen avance un peu vers elle, se met sur ses genoux et essaie de la prendre dans ses bras, sans vraiment savoir comment faire, la consolation n'étant pas son fort.
Il faut bien sécher une première fois dans sa vie. Et pour Karen, ce sera le cours d'anglais de cet après-midi.
Et pendant ce temps-là, Craig est en route vers le lycée.
Il marche rapidement, les mains dans les poches, l'air contrarié. Très contrarié.
Tweek ? Sérieusement ? C'est une blague ? Sa sœur a un journal leurre où elle n'écrit que des conneries ? Mais bien sûr, c'est cool d'espérer.
Et maintenant Craig est sous le choc, inquiet, en colère. Trop d'émotions, beaucoup trop. Son cerveau n'est pas habitué à tant d'humanité. Il se sent mal, terriblement mal, il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il aurait préféré lire dans ce journal le nom de Token, ou même de Clyde ! Même avec cet abruti il aurait été moins inquiet ! Il donne toute sa force pour shooter dans une pomme de pin. S'il n'y avait pas de passants, il l'aurait surement ramassée pour pouvoir la déchiqueter et jeter les morceaux sur son chemin, ou même pour essayer de l'exploser contre le sol, cette putain de pomme de pin, qui pour lui, sur le moment, ne mériterait que ça.
En continuant sa route il ne peut s'empêcher de se demander pourquoi il le prend aussi mal.
Oui évidemment, il y a le fait que sa sœur aime un mec de 17 ans qui est en plus l'un de ses potes, mais ça, c'est encore gérable, puisqu'il suffit de dire stop, tu ne viens plus chez moi pendant X mois.
Mais voilà, c'est Tweek, celui qui boit une tasse de café quand il a soif même sous 40°C (quoique, puisqu'il vit à South Park, il n'y a pas de preuve à cela). C'est le blond de la bande, celui avec qui Craig ne s'embrouille presque jamais, celui qu'il invite parfois de sa propre initiative chez lui pour se faire aider en sciences ou tout simplement parce qu'il sait que les parents de Tweek ne sont pas là le soir et que leur fils est terrorisé lorsqu'il est seul. Tweek, c'est celui qui ne ferait pas mal à une mouche, qui imagine toujours le pire, qui réagit toujours excessivement.
Celui qui arrive parfois à faire rire Craig. Mais rarement. A peu près deux fois par an.
Mais c'est le seul.
Et avec ça, Craig juge que d'un côté, Tweek est un peu à lui.
Il sait que ça s'appelle se montrer possessif, surtout qu'il ne trouve aucune raison à cela, mais il ne sait pas s'il pourra dire à Tweek : stop, tu ne viens plus chez moi pendant X mois.
Et ce tout simplement parce qu'il n'en a pas envie. Bien qu'il ne comprenne absolument pas pourquoi. Et ça lui donne juste envie de trouver une autre pomme de pin pour la piétiner et l'entendre craquer sous son pied.
Craig tire sa chaise violemment et s'assied sans un mot. Enfin, sauf si un coup de poing sur la table équivaut à un mot. Les regards se tournent vers lui. Il lève la tête et fixe les élèves un par un avec les yeux pleins de colère. Aucun d'entre eux n'ose le regarder un peu plus.
La prof de maths entre et pose ses cours sur son bureau en disant bonjour aux élèves. Craig se contente de fixer son poing encore posé sur sa table. Il ne sait pas pourquoi il est venu en cours, pour une fois qu'il peut se trouver une excuse pour sécher. Aucun de ses amis ne partage ce cours avec lui, mais c'est le cadet de ses soucis. De toute façon il n'est pas d'humeur à les faire chier, il a juste besoin de se libérer, et le cours d'algèbre n'est surement pas la meilleure manière d'y arriver. Sauf qu'il était trop occupé à réfléchir à son problème numéro un pour pouvoir se concentrer sur sa route et il est juste retourné au lycée, et à la sonnerie il a juste eu un mauvais réflexe : monter les escaliers et aller en cours.
Son problème numéro un. Il n'a qu'à se focaliser là-dessus pendant les quarante-cinq prochaines minutes. Au moins, cette heure ne sera pas gâchée par des probabilités ou autres trucs qui ne lui serviront plus jamais.
Et ce problème, ce n'est pas le fait que sa sœur aime Tweek. Non. C'est le fait que ça le touche à ce point, le problème. Sa sœur aurait pu aimer n'importe qui d'autre, il lui aurait suffi de mettre des barrières le temps que la situation se calme du côté de sa sœur (qui l'aurait surement haït), et ensuite tout se serait arrangé, sa sœur se serait trouvé un copain de son âge (le plus tard possible, évidemment) et Craig aurait pu retrouver son train-train quotidien.
Mais c'est Tweek, et même si Craig sait qu'il sera toujours possible d'empêcher sa sœur de se trouver à proximité de lui sans pour autant arrêter de le voir, en allant chez lui par exemple, il continue de se demander pourquoi c'est si important pour lui de continuer de voir Tweek autant. Il ne comprend pas pourquoi se serrait si dur de se passer de lui, sachant qu'il n'a pas besoin de Tweek en lui-même. C'est plutôt Tweek qui a besoin de lui, en fin de compte.
Il est légèrement conscient du fait qu'il est capable d'avoir des sentiments et qu'il tient à ses amis. Mais si un jour on lui disait que Clyde ou Token devait partir dans un autre Etat, aucun d'entre eux ne lui manquerait tant que ça. Et là, il se rend compte que si c'était Tweek ce serait complètement différent, il s'en rongerait les ongles, peut-être même qu'il ferait tout pour le voir. En bref, il le prendrait extrêmement mal. Et il ne comprend pas qu'on puisse faire du favoritisme en amitié. Comment peut-il apprécier Tweek plus que Clyde et Token ? C'est insensé, surtout que Tweek est surement le plus bizarre ! Il a beau retourner ses idées dans sa tête pendant toute l'heure de maths, l'évidence ne lui vient pas une seconde à l'esprit. Et tant mieux, parce que ça ne ferait que l'énerver encore plus et il a tout sauf besoin de se retrouver collé après les cours.
Bravo si vous saviez que Tweek était celui que Ruby aimait. Je dois avouer que pour une fic Creek, c'était évident, et c'est bien sûr sur cela que va se baser le scénario. Hahaha.
Je manque surement d'originalité.
