Bonjour ou Bonsoir !
La suite, et oui, je vous habitue à des post rapprochés et réguliers, c'est pas bon du tout ça…
Enfin bon, voilà le chapitre 3, avec ses défauts je suppose, et je compte sur vous pour me les communiquer, quels qu'ils soient. Sans m'immoler non plus par pitié, j'espère juste m'améliorer.
Try Again est plus difficile à écrire que Game Over. Dans Game Over, j'ai mis un niveau de pression soutenu, un rythme rapide, avec peu de moments de répits et de douceur. Et je m'y suis plu pour être tout à fait honnête. L'urgence des scènes m'obligeaient à offrir une sorte de suspens tout à fait grisant, sauf que là… L'histoire est plus longue, plus étirée, les chapitres sont plus courts, de quelques pages à peine mais quand même. Ce n'est que le début, donc pour le moment c'est normal, mais il se passe peu de choses de dingues par chapitre. Dans Game Over, chaque chapitre avait pour but de rajouter de la pression, de casser encore plus la baraque. Là, j'ai le temps, l'écriture est plus lente parce que je dois rendre compte du temps qui passe et on en vient à une grande difficulté littéraire que j'ai beaucoup de mal à décrire : La lenteur. Comment rendre compte de la langueur, du tempo lent d'un moment ? C'est affreusement difficile de décrire une sorte d'ennui, de temps qui passe… J'ai écrit pas mal d'histoires « calmes », pour être même très honnête, j'écris très très peu d'histoires aussi mouvementées que Game Over. Il y a de l'action bien sûr, mais pas tout le temps.
Là, je dois conjuguer lenteur et action, vie normale donc forcément moins palpitante avec l'empressement, je suis obligée de changer continuellement de rythme. C'est comme passer d'un tempo binaire à un ternaire entre deux couplets. C'est possible, mais il faut que ce soit vraiment fluide pour ne pas voir une coupure. Et que ce soit surtout agréable.
Je suis vraiment contente de ne pas vous avoir perdu en route et que vous continuez à avoir la curiosité de me lire. Merci pour celles qui laissent des commentaires, ils m'encouragent énormément. (et même si je ne vous cite pas, je sais que vous vous reconnaîtrez mesdemoiselles).
Maintenant, je vous laisse retrouver notre cher Sergent pour la suite de ses mésaventures, bonne lecture et à très bientôt mesdemoiselles.
Disclaimer : Les personnages sont la propriété de Square Enix, mon seul crime est d'en avoir fait une part de mon écriture.
Swynn.
Chapitre 3 : Vers le Toit du Monde
Le vol en provenance de Tokyo vient d'atterrir. Les passagers sont attendus sur le tapis C pour récupérer leurs bagages…
Elle marchait à travers la foule, se faufilant entre les familles et les vieux touristes présents sur son chemin. Ses bottes tapaient sur le marbre de l'aéroport, elle regardait autour d'elle, fixant cette agitation caractéristique des grands lieux de passages humains. Des enfants braillaient dans les oreilles de parents défaits, fatigués, tendus par le stress du départ ou de l'arrivée. Il y avait des valises au milieu, des gens qui se plantaient devant elle malgré ses pas sûrs. Elle manqua de bousculer un touriste chinois qui prenait en photo quelque chose et traça sa route jusqu'à la sortie.
- Attends, qu'est-ce que ça veut dire Claire ?
- S'il-te-plaît Serah.
- Tu crois aussi qu'elle n'est pas morte ?
- Il faut que j'y aille, pour donner des réponses à sa famille.
- Tu pourrais laisser les autorités s'en charger…
- Elles ne leur font pas confiance.
- Mais…
- Fais juste ce que je t'ai demandé Serah, s'il-te-plait.
Cette conversation avait duré près d'une demi-heure, essayer de lutter contre les arguments sensés de Serah n'était pas une mince affaire. Mais la recrue avait senti que sa jeune sœur n'y mettait pas une grande ferveur. Elle s'inquiétait pour elle, c'était certain, toutefois elle était perplexe vis-à-vis de cette histoire. Claire s'était montrée dure avec elle, en principe elle n'haussait jamais le ton lorsqu'elle parlait à sa sœur, mais la fatigue et cette foutue nuit interminable avaient eu raison d'une partie de son self control.
Elle n'avait pas dormi, retournant à peine dans son dortoir pour préparer son sac. Ils sortaient de la caserne au matin, pour un programme d'entraînement dans la forêt. Elle s'assit sur sa couchette, regardant la plaque militaire dans sa main un long moment. Et puis elle quitta le dortoir.
Les portes coulissantes s'ouvrirent et elle aperçut immédiatement la silhouette inratable du grand blond qui l'attendait, les bras croisés, les yeux suivant les différents groupes émergeant de l'aéroport. Lorsqu'il aperçut l'éclat de ces cheveux inimitables, il se fendit d'un sourire maladroit et essaya de paraître le plus détendu possible :
- Bonjour belle-sœur !
- Arrête de m'appeler comme ça si tu tiens à tes genoux.
Il eut un rire nerveux avant de regarder derrière elle, cherchant d'autres bagages. Elle ne portait que son sac militaire, et visiblement, il était quasiment vide.
- Serah est à l'appartement, elle avait une séance de rééducation ce matin. J'ai préféré la laisser là-bas pour qu'elle se repose un peu.
Il y avait une chose que Claire ne pouvait pas reprocher à Snow, c'était son implication auprès de sa sœur. Il était auprès d'elle au maximum, s'en occupait comme la prunelle de ses yeux. Serah parlait de lui comme d'un ange. Bien évidemment le Sergent n'aimait pas beaucoup entendre ça, mais les deux jeunes mariés s'entendaient à merveille, l'un supportant l'autre et inversement.
- Il valait mieux oui. Reconnut-elle, suivant le blond qui la guida jusqu'au parking.
Ils prirent la voiture, Claire refusant de regarder la route pour ne pas s'énerver contre la lenteur du trafic. Snow mit la radio, en fond sonore, toujours inconfortable devant le silence de cette femme. Elle arrivait à le mettre mal à l'aise avec un regard, lui donnant envie de s'enfoncer dans son siège.
- Je suis passée au magasin, j'ai trouvé tout ce que tu as listé à Serah.
La jeune femme tourna les yeux vers le blond, hochant légèrement la tête. Il prit ça pour un « merci ».
- Je dois reconnaître que je n'étais pas vraiment surprit en fait. Dit-il au bout d'un moment, prenant à droite au carrefour.
- De quoi tu parles ?
- Que tu prennes la décision de partir la chercher.
Elle eut un étrange regard, comme si elle n'était pas sûre d'elle, mais il chassa cette idée.
- Il faut bien que quelqu'un s'occupe d'elle vu qu'elle n'est pas capable de le faire toute seule. Lança le sergent avec un soupir las.
- C'est vrai que Fang est du genre à prendre des risques ! N'empêche… tu le sens toi aussi hein ?
Leurs regards se croisèrent durant une seconde. Snow s'arrêta à un feu rouge, un bras négligemment appuyé sur la portière. Claire fixa le sac sur ses genoux, se perdant dans les motifs camouflages qui recouvraient le tissu. Elle se demandait pourquoi elle l'avait pris au fond. Il n'y avait rien là-dedans, à part son passeport et son portefeuille.
- Je sens qu'elle n'est pas morte… souffla le jeune homme.
- On n'en sait rien Snow.
- Pourtant tu es là. Ça prouve que tu penses comme moi non ?
- Je n'en sais rien.
Il appuya sur l'accélérateur, entra dans un lotissement et se gara dans l'allée, juste devant un petit immeuble. Claire se glissa hors de la voiture et suivit le grand blond jusqu'à chez lui. Elle était venue quelque fois ici, et il fallait reconnaître que c'était agréable, il n'y avait pas trop de bruits et on n'entendait pas les voisins. C'était assez rare de trouver un endroit pareil dans une grande ville. Les couloirs sentaient les produits d'entretiens. Elle attendit que la porte de l'appartement s'ouvre et Snow se décala poliment pour la laisser entrer. Il régnait ici une sorte de quiétude familière. C'était un mélange de souvenirs lointains, de cuisine et surtout de Serah. Quand la recrue entra dans le salon, elle aperçue enfin sa sœur. Dans ce satané fauteuil.
Elle s'apprêtait à la rejoindre quand une grande main se posa sur son épaule. Elle jeta un regard noir au jeune homme qui la retira aussitôt avant de dire :
- Regarde bien.
La blonde posa de nouveau les yeux sur sa jeune sœur qui lui accorda un sourire lumineux, puis elle porta les deux mains à ses accoudoirs et se redressa à la force des bras. Claire eu envie de franchir les quelques mètres qui les séparaient mais elle demeurait clouée sur place, sous le choc. La jambe gauche de Serah avança de quelques victorieux centimètres, laborieusement suivit par l'autre, et elle détacha ses mains crispées des accoudoirs. Elle ne se tenait pas droite, elle tremblait, son front était couvert de transpiration… pourtant elle marchait péniblement sur un minuscule mètre, jusqu'à ce qu'elle ne tienne plus et tombe dans les bras ouverts de Snow.
La militaire n'avait même pas eu le temps de réagir pour rattraper sa jeune sœur. Elle demeurait bouche-bée, en proie à une vague d'émotions intenses qui déferlaient en elle. Ce fut la voix de Serah qui la ramena dans le monde réel :
- Tu as vu grande sœur ? J'ai bien travaillé pendant ton absence !
Il n'en fallut pas plus pour que l'aînée brûle la distance entre elles et prennent sa cadette dans ses bras, fière de voir les progrès incroyables qu'elle avait réussi à faire. Elle sentait l'amande, comme elle. Ça lui rappelait tant de beaux souvenirs, lorsqu'elles sortaient la nuit sans demander la permission pour aller dormir à la belle étoile, l'une contre l'autre, sachant pertinemment qu'elles se feraient taper sur les doigts au lever du jour.
- Je suis contente de te voir. Chuchota Serah, se blottissant dans l'étreinte de sa sœur.
- Moi aussi.
Snow se recula un peu, allant dans la cuisine pour leur servir à boire, toujours aussi ému face à l'affection qui existait entre elles. Claire était une personne étonnement douce sous son air martial. Dès qu'elle était en présence de son épouse, il se rendait compte à quel point elles s'aimaient l'une l'autre, et même si la cadette parlait beaucoup plus que l'aînée, il savait que c'était un moyen de partager quelque chose, de rattraper les heures où elles n'avaient pas pu se voir ces dernières années. L'armée était devenue une vocation pour le Sergent, mais c'était un obstacle dans sa relation avec Serah. Elle continuait à payer pour ses traitements, ses séances de rééducations, ses médecins, et il savait que sa femme avait beaucoup de mal à ne pas s'en vouloir. Elle pensait que c'était de sa faute si sa sœur était loin d'elle, il avait du mal à lui faire comprendre que si Claire avait pris cette décision, ce n'était pas pour qu'elle se sente coupable.
Bien sûr c'était difficile de penser autrement. Claire se recula un peu, contemplant le visage de Serah avec un sourire :
- C'est incroyable que tu puisses te tenir debout, et même marcher un peu… dit-elle, prenant les mains frêles dans les siennes.
- C'est difficile de rester comme ça longtemps, mais je persévère. Snow est là pour m'aider…
Ce dernier posa les verres sur la table basse, les invitant gentiment à prendre place alors qu'il s'occupait du repas. Il était content de voir son épouse de bonne humeur. Les derniers jours avaient pesé sur son organisme, elle faisait beaucoup d'efforts pour montrer ses progrès à son aînée. Elle était très fatiguée et il faisait tout pour la ménager, lui donner de l'appétit ou lui apporter de quoi s'occuper.
Dans le salon, Claire demeurait à côté de sa sœur, s'étant assise sur le canapé pour être à la même hauteur qu'elle. Elles se parlaient tout bas, comme d'habitude, usant cela comme un lien intarissable, unique et enfantin.
- Les médecins en disent quoi de ça ?
- Aux vues de la rééducation, ils pensent que je pourrais peut-être marcher un jour.
- Complètement ?
- Oui, enfin, ils disent que je devrais toujours me déplacer avec des béquilles, ou des atèles, mais ils sont confiants.
- Tu m'avais dit que tu allais à la piscine maintenant, comment ça se passe ?
- Les séances m'obligeaient à y aller, j'avais envie de continuer, et puis Snow adore nager.
Un petit sourire étira les lèvres de la recrue. Elle caressa les mains fines, regardant cette peau pâle tellement semblable à la sienne.
- Claire…
Elle releva la tête, happant un regard inquiet qui lui serra l'estomac. Elle savait ce qui allait venir maintenant :
- Tu crois que c'est une bonne idée ?
Snow chantait dans la cuisine, Claire leva les yeux au ciel avant de se reconcentrer sur la jeune femme devant elle :
- Honnêtement, je ne crois pas. Mais qu'est-ce qu'on peut faire d'autre ?
- C'est à cause de ce que Jaw t'a dit ?
- Non. Elle n'a fait que mettre le doigt sur ce que je pensais déjà.
- C'est dangereux là-bas Claire…
- Je sais Serah, enfin je suis passée par bien pire.
- Tu n'étais pas seule, ils étaient avec toi, et tu sais très bien que malgré toutes tes capacités aussi incroyables soient-elles, tu n'aurais pas survécu en solitaire.
Snow profita de ce moment pour revenir de la cuisine et de remplir les assiettes à table, les invitant à le rejoindre. Elles s'installèrent, en silence, jusqu'à ce que le jeune homme prenne la main de son épouse et se tourne vers la soldate à sa droite :
- Quand est-ce qu'on part alors ? demanda-t-il, coupant la jeune femme dans sa contemplation impressionnée du plat sous ses yeux.
- Comment ça « on » ?
- Tu ne crois quand même pas que je vais te laisser partir seule !
Les yeux bleus de Claire se firent plus froids soudainement, et il se ramassa sur sa chaise.
- Tu oses émettre l'hypothèse de laisser ma sœur seule ici Snow ?
Il déglutit. Il n'aimait pas du tout ce regard meurtrier. Elle avait été bien clair avec lui avant le mariage, si il délaissait sa sœur, se comportait comme un idiot (plus que d'ordinaire) ou la faisait souffrir, il connaitrait pire que l'enfer. Cependant, il murmura, caressant la petite main de Serah dans la sienne :
- Tu comptes vraiment partir seule ?
- Je ne peux pas emmener quelqu'un dans cette galère Snow.
- Et Sazh ? Il pourrait te suivre, tu le sais.
- Sazh a un fils qui a besoin de son père, pas d'un aventurier alpiniste. Il a manqué de mourir sur cette île, il est hors de question que je l'éloigne consciemment de sa raison de vivre.
- Alors quoi ? questionna aussitôt Serah, de plus en plus inquiète.
- Alors je pars. Seule.
- C'est du suicide !
- Tu pourrais demander un soutien, au moins des gens pour t'…
Et puis Serah comprit. L'acier de son collier autour du cou brillait à la lumière douce du salon. Au bout, elle savait qu'il y avait ses plaques militaires, frappées de son nom de code lorsqu'elle faisait des interventions. « Lightning ». Elle se rendit soudain compte de ce qu'elle n'avait pas saisit lors de cette discussion houleuse au téléphone, ce qu'elle n'avait pas vu quand elle était entrée dans l'appartement.
- Tu n'es pas en permission. Dit-elle, les yeux voilés par la stupeur.
Claire resta silencieuse, fixant le vin dans son verre.
- Tu as déserté ? s'étonna Snow, tout aussi sous le choc que son épouse.
- Et quel choix j'avais selon vous ? Attendre des mois avant qu'on m'accorde une permission d'à peine une semaine ? L'armée n'est pas un moulin dont on obtient le droit de sortie comme ça, juste en étant gentil avec le Colonel.
- Mais la désertion, c'est interdit non ?
- Bravo Snow, je me demandais quand est-ce que tu percuterais.
- C'est grave Claire, tu sais ce que ça veut dire.
- Oui, je le sais.
- Quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ? s'exclama le blond, se tournant vers l'une ou l'autre pour comprendre la gravité de la situation.
Elles se fixèrent, pendant plusieurs secondes, l'une inquiète, l'autre profondément désolée. Elle résista contre l'envie de triturer ses plaques militaires, préférant reposer sa fourchette contre l'assiette qu'elle n'avait même pas touché. Doucement elle s'appuya contre le dossier de sa chaise, prenant une inspiration avant de dire, de la voix la plus détachée qu'elle puisse avoir :
- Ça veut dire que je vais perdre mes galons et je risque cinq à dix ans d'emprisonnement si dans six jours je ne suis pas rentrée à la base avec un motif d'absence convaincant.
X
- Tu n'as jamais songé à quitter l'armée ? lui demanda Sazh, lui tendant son café à emporter.
- Et pour faire quoi ? Je n'ai pas l'argent pour continuer des études et je dois m'occuper de Serah. Répondit-elle en s'asseyant sur la corniche.
Ils étaient au bord de la mer, l'homme l'avait invité à faire un footing et maintenant ils faisaient une pause, savourant un café côte à côte, observant le remoud tranquille des vagues sous leurs pieds. Sazh profitait des beaux jours de l'automne pour se reprendre en mains, il avait laissé son fils avec une nounou pour quelques jours, en profitant pour chercher du travail comme vigile dans des grandes boites. Avec son expérience, il était certain de trouver quelque chose qui pourrait concilier sa vie de père et son besoin d'argent. La jeune femme près de lui reprenait du service, les médecins avaient donné leur aval pour qu'elle continue sa carrière militaire. Elle profitait des derniers jours de répit avant de décoller pour Tokyo.
- Mais si tu devais choisir de faire autre chose, ce serait quoi ?
Elle but une gorgée de son café, fixant la mer. Elle avait l'air ailleurs parfois, ses yeux bleus se voilaient comme se remémorant de sombres choses. Pourtant elle n'en parlait pas, restant le plus discrète possible sur ses pensées. Avec le temps, ils avaient finis par se comprendre l'un et l'autre, il la considérait comme cette fille qu'il n'avait jamais eue, cette femme forte et pourtant subtilement fragile.
- Je crois que j'ai toujours eu envie de voyager en fait, de voir du pays.
- Faire un tour du monde ?
- Quelque chose comme ça. Quand on était petites, Serah et moi on avait listé toutes les villes et les endroits que l'on aimerait visiter un jour. Ce sont des choses qui restent je suppose.
Elle capta le sourire de l'homme et leva un sourcil, l'incitant à dire le fond de sa pensée :
- Je songeais à mes aspirations d'adolescents. Je voulais être aventurier, archéologue, à visiter des tombeaux perdus au fin fond de l'Amazonie.
- Si on s'écoutait, on serait des personnes très différentes.
- Les choses qui doivent arriver le feront toujours Claire, quoiqu'il en coûte.
- Qu'est-ce que c'est sensé vouloir dire ?
- Peut-être que tu le feras un jour ton tour du monde, et pas seule, je te le souhaite.
Un petit rire surprit l'homme, s'amusant de contempler sa compagne. Elle remua sur la corniche, étirant ses jambes nues sous elle.
- Je doute qu'il y ait quelqu'un d'assez fou dans ce monde pour me supporter plus de trois jours.
- Fang y arrive.
Un regard polaire lui répondit :
- Peut-être, mais c'est moi qui ne la supporte pas.
Sazh éclata de rire. La relation de Claire et Fang était un mystère pour lui. Il ne savait pas ce qu'il se passait réellement entre elles, il avait juste saisit ces regards, ces petits contacts à peine visibles. Quand il se trouvait avec les deux jeunes femmes, il sentait qu'il se tramait quelque chose, qu'elles communiquaient d'une façon totalement incompréhensible pour le reste du monde. Il l'avait vu sur l'île, cet instinct de protection allant parfois jusqu'à une attitude suicidaire. L'homme se souvint de sa dispute avec la blonde pour la convaincre de ne pas aller chercher la mécanicienne alors que celle-ci s'était faite attraper par son géniteur. Au final, elle avait tracé sa route sans plus réfléchir, l'air furieux et meurtrier, jusqu'à la ramener sur son dos sous une chaleur abominable.
Maintenant, dans leur vie de tous les jours, il ignorait comment elles se comportaient vraiment, il avait juste le sentiment que certains sourires n'étaient pas innocents.
- Comment va-t-elle d'ailleurs ? Je n'ai pas de nouvelles d'elle depuis quelques temps. S'étonna-t-il, faisant tournoyer son café dans sa tasse cartonnée.
Un coup d'œil bleu et blasé lui répondit.
- Pourquoi est-ce que tout le monde a l'air de croire que je suis sensée tout savoir sur Fang ?
- C'était juste une question soldat.
- Qu'on m'a posé une trentaine de fois.
- Vous avez juste l'air… proches ?
Elle poussa un soupir las, reporta son attention sur la mer, sur cette délicate rengaine qu'elle chantait. Sa main toucha son épaule, frôla les lignes d'une cicatrice.
- On n'est pas proches. On a juste survécu sur une île de dégénérés, forcément ça fait des points communs.
- Tu n'es pourtant pas très proche de Snow non ?
- Si tu me parles de Snow c'est que tu dois t'être cogné la tête, ou alors c'est le soleil. Je pencherais pour une insolation.
- Tu finiras par l'apprécier.
- Oh, comme je finirais par supporter Fang ?
L'homme eut un rire amusé, coulant un regard compatissant pour son amie. Elle leva les yeux au ciel, l'air bougon. Elle avait mauvais caractère, c'était indéniable. Mais il l'appréciait, pour son esprit hors du commun, pour tout ce qu'ils avaient vécu en si peu de temps. Après tout, Claire avait raison. Survivre ensembles sur une île de dégénérés créait forcément des liens. Quels qu'ils soient.
X
- Je persiste à dire que tu devrais me laisser t'accompagner.
La jeune femme poussa un énième soupir, vérifiant l'ensemble des affaires étalées sur le lit. Il y avait de quoi s'en sortir en haute montagne, Snow avait pris le meilleur matériel, les meilleures marques, les meilleures matières… Serah disait qu'il avait passé près de deux heures dans le magasin, à voir avec les vendeurs ce qui serait le mieux. Claire avait légèrement sourit en sachant ça, sans évidemment le montrer au grand blond qui la regardait d'un œil inquiet. Tout comme sa sœur.
Elle fourra les quelques vêtements de rechanges qu'elle avait ramené de la caserne dans le grand sac de randonnée, remplit la gourde et rangea ses papiers d'identités dans une poche accessible. Elle ne pensait pas, elle agissait. Ça lui avait toujours réussi. Si maintenant elle commençait à s'asseoir pour se poser mille et une questions, ça tournerait mal. De toutes manières, sa cadette s'en chargeait pour elle :
- Tu ne peux pas y aller seule Claire ! Sois raisonnable !
La soldate cessa son manège pour faire face à sa sœur, l'air dur et agacé.
- Il n'y a personne qui peut m'accompagner, ça fait vingt fois que je le dis. Toi –elle pointa Snow du doigt et il se raidit automatiquement-, tu ne quittes pas ma sœur, surtout pas pour aller vadrouiller dans la neige. Si j'apprends que tu as eu l'audace ou la bêtise de me courir après, je te jure sur ce que j'ai de plus cher que je te tuerais de mes mains, tu as compris ou je te le dessine ?
Le jeune homme blêmit, reculant légèrement derrière son épouse qui n'arrivait plus à faire entendre raison à la militaire. Ils avaient beau exposé une quantité alarmante d'arguments en sa défaveur, elle remplissait son sac, enfilait la nouvelle veste de montagne bleue marine, empaquetait des provisions pour plusieurs jours et rangeait de l'argent dans son pantalon.
- C'est complètement insensé… Tu es la première à le savoir Claire… tenta une énième fois Serah.
- Je n'ai jamais dit que ça ne l'était pas. Juste… je dois y aller.
Elle boucla les dernières sangles et jeta un dernier regard alentour pour vérifier qu'elle n'avait rien oublié. Et puis elle sortit de la chambre, vite suivit par les deux jeunes mariés. Snow lui barra la route, recevant un coup d'œil glacial en retour :
- Bouges de mon chemin Snow.
- Non.
- Claire, il faut que tu réfléchisses, qu'on ait un autre plan moins idiot que celui-là.
- Et quoi ? On va faire quoi d'après toi ? Appeler la police ? Les services de secours ? Tu penses que je ne l'ai pas déjà fait ? Tu penses vraiment que la famille de Fang n'a pas déjà tout tenté ? Si on en est là aujourd'hui, c'est parce qu'on n'a pas d'autres choix. Alors dégages de mon chemin, et tout de suite !
Son ton s'était fait plus assassin sur la dernière phrase, et le blond eut un mal fou à ne pas partir en courant. Il jeta un regard désespéré vers son épouse, dans son fauteuil, qui secouait la tête, vaincue. Il fallait savoir une chose sur Claire Farron. C'est qu'une fois en marche, rien ne pouvait l'arrêter, elle traçait sa route et quiconque se trouvait sur son chemin en pâtissait. C'était ce qui était en train de se passer, et devant son impuissance, la plus jeune des Farron soupira. La militaire se tourna vers elle, mettant un genou à terre et la fixa, avec ce regard doux et tendre qu'elle ne posait sur personne d'autre. Comme toujours, ses mains enveloppèrent celles de sa sœur :
- J'ai survécu sur cette île, et quoiqu'il m'en coûte je reviendrais, d'accord ? dit-elle doucement, une étincelle de détermination dans ses yeux bleus.
Serah soupira de nouveau, et se jeta à son cou, la serrant fort dans ses bras, tentant de la retenir encore quelques malheureuses secondes. C'était sa grande sœur, avec qui elle avait passé des années difficiles, mais elle avait toujours été là, à ses côtés. Depuis la venue de Snow dans leurs vies, elle avait pris subtilement de la distance, acceptant peu à peu son rôle et celui du jeune homme. Même si elle n'avait jamais avoué son affection pour lui, elle le respectait parce que c'était pour Serah, parce qu'elle était heureuse comme ça, et c'était tout ce qui comptait pour Claire.
Alors la seule chose qu'elle pouvait encore faire, puisque sa sœur bornée était une force que rien ne stopperait… tout ce qu'elle pouvait faire c'était accepter ses propres choix comme elle l'avait fait pour elle.
- Reviens en un seul morceau… bredouilla-t-elle dans le creux de son cou. Et si tu vois Fang, bottes-lui les fesses pour nous tous… Pour lui apprendre à ne plus nous inquiéter autant…
Elle sentit Claire sourire et l'entendit murmurer :
- Comptes sur moi, je m'en ferais un sacré plaisir.
Et puis elle se redressa. Pas de « au revoir », pas de regards en arrière. Ça portait malheur selon elle. Mais ça n'empêcha pas Serah et Snow de la regarder prendre la direction de la gare, son sac sur le dos, marchant résolument jusqu'à disparaître au coin de la rue.
X
Le murmure du train la plongeait dans un état second. Ses paupières lui paraissaient si lourdes, elle avait beau lutter contre le sommeil, il vint l'envelopper tendrement et elle sombra.
Il y avait ce son, comme un raclement régulier, elle leva la main mais quelque chose l'empêcha d'aller plus loin. Elle recommença, et encore sa main s'arrêta contre une paroi. Recourbant son index, elle frappa doucement, écoutant ce bruit sourd. Celui du bois. Ses paupières clignèrent plusieurs fois, elle ne sentait plus ses jambes, tout était si sombre. Elle voyait à peine ses ongles. Encore elle toqua, et puis elle entendit une voix, qui semblait venir de partout et de nulle part à la fois.
« Claire. » disait-elle. « Claire. »
Elle essaya de tendre le cou pour tenter de voir quelque chose, et elle s'aperçut que son corps était ferré comme dans une boite. Comme dans un cercueil. Elle tenta de repousser la paroi en face d'elle. Ce couvercle. Ses gestes se firent plus pressés, plus maladroits, elle paniquait, l'air lui manquait. Elle suffoquait. Il fallait qu'elle sorte de là.
Et cette voix qui continuait, doucement :
« Claire. Claire… »
Elle voulait se boucher les oreilles, pour ne plus rien entendre, pour que ça cesse, mais ses mains ne voulaient plus lui obéir. Elle avait mal aux phalanges à force de frapper le couvercle. Un râle de douleur sortit de sa bouche quand quelque chose craqua. Encore un coup. Nouveau craquement. Elle poussa un cri. Le bois s'ouvrit sur une avalanche de cendre. Elle sentit ce goût âcre sur sa langue et agrippa les deux bords de l'ouverture, tirant de part et d'autre de toutes ses forces, jusqu'à nager dans cet océan noir et poussiéreux, jusqu'à sentir enfin le poids de ses jambes et remonter à la surface. La voix était si pressante, comme suppliante, implorante. Elle ne la reconnaissait pas, pourtant elle était convaincue qu'il fallait qu'elle en trouve la source. L'air emplit ses poumons à l'instant où elle jaillit, le ciel était si sombre, si menaçant… Et la mer autour d'elle si tranquille. Elle se tourna, essayant de ne pas couler malgré l'intense fatigue qui venait juste de l'emplir. Elle aperçut un bateau, flottant paisiblement, elle allait se diriger vers lui quand il explosa. Le ciel devint rouge, elle vit des morceaux de tôles voler en tous sens. Dans ce torrent de flammes et de bruits, ses yeux captèrent la faiblesse d'un corps qui chutait en arrière, disparaissait sous l'eau noire.
Elle plongea. La brune flottait, des filaments rouges s'écoulaient de son crâne, elle semblait dormir, les bras écartés, posés au milieu de l'eau salée. Claire la trouva paisible. Et ses mains luttèrent contre l'océan de cendres, cherchant à l'atteindre. Mais elle était trop loin, les courants l'entrainaient en arrière. Elle voulut crier, faire quelque chose. Ses doigts se refermèrent sur le néant.
« Claire. Claire… »
Ses yeux s'ouvrirent brusquement, elle se redressa d'un coup de son siège, se retenant aux accoudoirs dans le processus. Une famille de chinois la fixait bizarrement, échangeant des coups d'œil apeurés dans sa direction. La jeune femme reprit son souffle quelques secondes interminables avant de se rassoir plus confortablement dans son siège. Elle coula un regard anxieux à sa montre pour voir que le sommeil l'avait engloutit seulement une vingtaine de minutes. Elle était bien loin de sa destination. L'après-midi déclinait derrière la vitre. Son souffle peinait à redevenir normal.
Dormir était un vrai calvaire depuis deux ans. Rien que fermer les yeux quelques minutes pour trouver le repos revenait à se laisser happer par tout ce qu'elle refoulait à merveille le jour. Il y avait toujours un prix à payer à l'oubli. Elle soupira, tournant son attention sur le paysage qui défilait dehors.
Les rails filaient à travers la Chine, sans aucun changement. Les passagers parlaient à voix basse, on était au beau milieu de l'après-midi, elle arriverait au Tibet dans plusieurs heures, et ses pensées filèrent bientôt vers des sphères lointaines. Les plaines s'étendaient à perte de vue. Elle se demanda l'espace d'une seconde si Fang s'était elle aussi assise dans ce train en se rendant près du Toit du Monde. Qu'est-ce qu'elle avait pensé en voyant ces paysages derrière la vitre ? Claire appuya sa tempe contre le verre, sentant le froid apaiser la migraine insoutenable l'étouffant depuis son voyage en avion. Elle entendait le nom des gares qu'une voix monotone prononçait dans les haut-parleurs.
Elle percevait les questions arriver dans son crâne, sa raison n'avait pas pris des vacances très longtemps. Elle se rendait dans un trou perdu, au fond de la Chine, dans une zone à risque, non-seulement pour les dangers forcément présents en hautes montagnes, mais aussi pour l'état de crise entre le Tibet souhaitant son indépendance, et l'état chinois, très attaché à cette région reculée.
Elle avait complètement perdu la tête. C'était de la folie furieuse, qu'est-ce qu'il fichait là ? Il fallait qu'elle descende de ce train, qu'elle retourne à la base… Ah oui. Désertion. Emprisonnement. Dégradée. Pas de retour possible. La jeune femme aurait presque voulu se frapper le crâne contre la vitre. Elle savait tout ça bien avant d'avoir pris son billet d'avion, alors pourquoi son esprit avait envi de la torturer maintenant ? Il n'y avait pas de retour en arrière, la machine était en marche.
Une sonnerie retentit dans son sac et elle fouilla une poche pour dénicher son portable. Les passagers lui jetèrent des regards réprobateurs mais elle les ignora en décrochant :
- Sergent Farron j'écoute. Dit-elle par automatisme.
- Eh bien soldat, je crois que tu as oublié de dire au revoir à un vieil ami.
Son visage se fendit d'un sourire à l'entente de cette voix. Evidemment, elle avait complètement omit de contacter Sazh, sachant que l'homme foncerait dans les ennuis avec elle. Snow avait déjà été un problème à gérer, pas besoin d'un deuxième.
- Bonjour Sazh.
- Tu croyais vraiment que je n'allais pas le savoir jeune femme ? Tu me prends pour un poussin sortit de l'œuf ?
- Je ne voulais pas te mettre dans une situation où tu aurais dû choisir entre me suivre et rester auprès de ton fils.
- Claire, pour l'amour du ciel, partir seule est la pire idée que tu ais eu, sans vouloir t'offenser.
- Non Sazh, la pire idée que j'ai eu c'est de rencontrer cette fille.
- Ce que tu ne ferais pas par amour hein ?
Elle fronça les sourcils.
- Arrêtes avec ça, ça n'a rien à voir avec ça !
- Oui, et tu courre à travers la Chine pour sauver quelqu'un que tu n'aimes pas ?
- Il faut bien que quelqu'un s'y colle enfin !
- Tu ne me feras pas croire ça Sergent.
La militaire se passa une main sur le visage, dans un geste habituel pour ne pas craquer. L'heure tournait, elle savait qu'elle arriverait au Tibet avant la nuit, elle n'avait vraiment pas envie de commencer une dispute avec qui que ce soit.
- Enfin, ce sont tes affaires après tout, ça te concerne.
- Merci bien.
- N'empêche que tu aurais dû me le dire, j'aurais pu peut-être t'aider.
- Je sais Sazh, je n'ai aucun doute là-dessus. Il n'y avait cependant pas une multitude de solutions.
- Tu sais par où commencer ?
- Je pensais aller fouiller au village, là où je m'arrête, histoire de voir s'ils ne sauraient rien.
- J'ai mieux que ça. Je t'envoie mon contact là-bas, il a trouvé un guide de montagne pour Fang, il arrivera sûrement à te retrouver cet homme.
Claire eut un petit sourire, sentant la tension chez son correspondant. Elle connaissait le sentiment qui l'habitait : l'impuissance. Il voulait venir, l'aider sur le terrain, lui porter secours, simplement se rendre utile, mais elle avait fait un choix difficile à sa place. Il ne pouvait pas lui en vouloir, c'était une décision compliquée qu'il aurait eu un mal fou à prendre.
- Merci Sazh. Dit-elle, regrettant que l'ex garde du corps ne soit pas là.
- Appelles-moi à tout moment jeune femme, je décrocherais toujours et je ferais tout pour t'aider, d'accord ?
- Je ne l'oublierais pas. Merci encore.
- Et retrouves cette irresponsable, qu'on lui fasse passer l'envie de l'aventure.
- Serah m'a déjà commandé quelques coups de pieds bien placés, je te donnerais le plaisir de lui en asséner quelques-uns.
- Ce serait un honneur. Fais attention à toi Claire.
- Je ferais de mon mieux. A bientôt Sazh.
- Il y a intérêt. A bientôt Sergent.
Elle eut envie de lui dire que son grade était un peu compromis, mais elle préféra se taire, raccrochant. La voix de cet homme l'avait conforté dans sa décision. Maintenant, la route s'ouvrait devant elle, il fallait qu'elle cesse de douter si elle voulait avoir une chance.
X
La première chose qu'elle apprécia, ce fut l'air. Il était si pur, si frais. Elle le laissa l'emplir et se sentit vivante. C'était la première fois depuis une éternité qu'elle ne s'était pas sentit aussi bien, aussi forte, aussi légère. Elle balança son sac sur son épaule et descendit du quai. Il était tard, la nuit venait à peine de tomber. Elle traversa la route de terre battue, déserte à cette heure et se dirigea vers l'espèce d'auberge. En y entrant, elle sentit les relents de lait caillé et de peaux de bêtes. Il y faisait plus chaud que dehors, c'était certain. Une femme était assise sur une chaise, tricotant une sorte de tapis épais avec des gestes habiles, méticuleux. Hypnotiques. En voyant l'étrangère entrer, elle se redressa, délaissant son ouvrage pour s'approcher d'elle.
Claire faisait une tête de plus que la vieille femme, pourtant elle se sentit intimidée par l'aura mystique de la villageoise. Elle se planta devant elle, l'étudiant du regard avant de demander d'une voix grave :
- Qu'est-ce que je peux faire pour vous étrangère ?
- Je cherchais un endroit pour dormir cette nuit, je serais partie tôt demain matin. On m'a dit que vous louiez le couchage.
- Vous êtes bien informée. Payez la chambre d'avance et je vous y emmène.
Une poignée de pièces et un sourire commerçant plus tard, la vieille femme guida la militaire à l'arrière de l'auberge, ouvrant une porte branlante qui donnait sur une pièce aux murs fissurés. Claire la remercia, posant son sac sur le tapis et en sortit une feuille de papier. Il fallait être plus intelligent que Fang. Elle écrivit quelques lignes rapides, fluides, avant de se redresser et de glisser la feuille sous le tapis. Là où ils ne devaient pas nettoyer plus de deux fois par an.
La jeune femme dénoua ses rangers et les laissa tomber par terre, appréciant enfin la sensation d'être pieds nus après une journée qui lui avait semblé interminable. Elle ouvrit ensuite sa veste et sa main frôla ses plaques militaires. Un mauvais pressentiment lui soufflait de les enlever. Néanmoins, sa main retomba pour retirer son blouson et elle s'enroula dans la couverture provenant de son sac.
Le sommeil allait venir, à un moment où un autre. Elle craignait cet instant comme la peste, se perdit dans la contemplation du ciel remplit d'étoiles. L'air était si pur, plus froid, mais tout était plus vaste soudainement. Elle avait la sensation que ses poumons prenaient plus de place en elle. Un sourire fatigué étira ses lèvres.
Juste avant de s'endormir, elle comprit un peu ce que cherchait Fang en venant ici.
Le jour arriva vite, ou peut-être pas assez. Elle avait passé quelque temps à regarder le ciel s'illuminer, allongée par terre. C'était la première fois qu'elle prenait le temps de le faire réellement. Les derniers levers de soleil qu'elle avait admiré, c'était sur l'île, et elle se voyait déjà se mettre en marche pour fuir les sadiques qui lui courraient après. Les rayons ocres vinrent éclairer la pièce, elle vit la lumière dessiner les fissures sur les murs et tendit la main pour jouer avec l'une d'entre elle.
C'était si étrange de se trouver ici.
L'heure de se lever arriva et elle se mit debout, se prépara méthodiquement puis sortit de l'auberge, saluant la vieille femme qui continuait son ouvrage dans un coin sombre. Le guide était là, il l'attendait, un sac artisanal sur l'épaule. En l'apercevant, il lui offrit un sourire poli et tendit une main qu'elle serra :
- Mademoiselle Farron, c'est bien ça ? demanda-t-il avec un accent asiatique, roulant les « r » et appuyant les « s ».
- Oui. Vous êtes Monsieur Ling je suppose ?
Il hocha la tête, les rides aux coins de ses yeux sombres se froissèrent lorsqu'il sourit. Son visage était brunit par le soleil, il exprimait une profonde douceur, comme une gentillesse inexplicable présente sur certaines figures. La jeune femme sourit légèrement, boucla la sangle de son sac autour de sa taille :
- Est-ce que vous vous souvenez de cette femme ? dit-elle en sortant une photo de sa poche.
Elle avait demandé à Vanille une photo d'identité, mais elle ne savait pas pourquoi la jeune fille lui avait envoyé quelque chose de plus… personnel. Une photo de famille, avec les trois Yun et la grand-mère, essayant de faire une photo de groupe visiblement ratée. Fang devait se dépêcher de revenir en courant après avoir appuyé sur le déclencheur à l'autre bout de la pièce. Malheureusement, elle n'avait pas été assez agile et s'était à moitié vautrée sur sa jeune sœur. Inutile d'ajouter que la rouquine était effondrée de rire.
L'homme fronça les sourcils et sembla réfléchir, puis son visage s'illumina :
- Oui ! Une brune énergique, elle parlait beaucoup.
- C'est elle, il n'y a pas de doutes... Vous vous souvenez où vous l'avez emmené ?
- Oh ça oui mademoiselle Farron ! Vers la Montagne Invisible !
- La quoi ?
Il s'agita, soudainement mal à l'aise.
- C'est une légende de chez nous, une montagne qui ne figure sur aucune carte et dont personne ne sait ce qu'on trouve au sommet. Votre amie en a entendu parler à l'auberge et…
- Elle a voulu s'y rendre. Evidemment.
Mais pourquoi quand il y avait un endroit louche sur cette planète il fallait que cette fille s'y rende ? Elle rangea la photo à sa place et demanda au guide, l'air profondément las :
- Est-ce que vous pouvez m'y emmener, à cette Montagne Invisible ?
Monsieur Ling hocha la tête, et après avoir vérifié qu'ils avaient tout sur eux, ils prirent la direction de l'ouest, perdant vite le village et la gare de vue, s'enfonçant dans les montagnes où l'air se rafraichissait merveilleusement. Claire regarda le ciel. Il était d'un bleu si pur que l'espace d'une seconde, elle se traita mentalement d'idiote. Non, pas parce qu'il faisait beau, mais de ne pas être venue ici plus tôt.
…
La scène du cauchemar où Claire sort du cercueil est inspirée de Kill Bill évidemment… L'une d'entre vous m'a demandé comment elle avait survécu à ses blessures, à la fin de Game Over, et a utilisé la référence de ce film complètement dingue. J'aime bien faire des clins d'œil quand j'écris, c'est un peu comme quand on réalise un film. Il y a des scènes, ultra-connue, comme celle de l'escalier dans Psychose, qui provient d'un film plus ancien (le Poison je crois). Et comme j'écris en imaginant des cadrages, des angles de caméra, des éclairages… Je pense en scénariste, même en cinéaste, je me relis à voix haute pour voir si le rythme est bon, si le tempo que j'ai voulu donner correspond à mes attentes. Non je ne me la joue pas, mais je suis sûre que vous savez ce que c'est, les déformations professionnelles…
Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas satisfaite du chapitre 2 et 3, j'ignore comment vous les avez trouvé, mais je suis une grande obsessionnelle et une maniaque, comme je l'ai déjà dit, je peux passer des jours à me prendre la tête sur une formulation maladroite, juste parce que je ne peux pas laisser ça tel quel. Je me force à poster malgré tout, à ne pas me corriger 20 000 fois, parce qu'un moment donné, il faut fournir quelque chose et je n'aime pas vous laisser dans l'attente trop longtemps.
Merci d'avoir lu, j'attends vos réactions avec impatience. N'oubliez pas que c'est la meilleure récompense qui soit.
A bientôt !
Swynn.
