CHAPITRE 2

Killian

Le sommeil s'évanouit mais je n'eus besoin d'entrouvrir mes paupières pour comprendre qu'elle était partie. Je ne percevais plus sa présence, son souffle, sa chaleur. Mais une telle décision ne m'étonnait de sa part, elle qui avait tant de mal à aller véritablement vers les autres. Une nuit ne signifiait victoire. Je tournai légèrement la tête vers le côté, dévoilant à la lumière du jour, le myosotis sombre de mes prunelles. Et un léger soupir m'échappa avant que je ne me tourne vers le plafond, le menton légèrement relevé. Le manque. Il s'insinuait dans mes veines, de nouveau et un léger sourire amer se dessina sur mes lèvres incarnates. Lorsque j'y songeai … en une semaine à peine la situation s'était retournée, pages envolées, sentiments dévoilés. Je me redressai, frôlant le plancher de mes pieds nu afin d'aller dans la cabine d'à côté. L'eau de pluie avait été recueillit dans un tonneau, et je m'y penchais afin d'y plonger la tête. Un souffle retenu alors que je glissais la main dans l'eau afin de frotter mes joues ombrées. Des doigts qui vinrent en épouser le rebord tandis que je me redressai, laissant quelques gouttes d'eau sillonner ma peau. Elles se décrochaient de ces mèches ébènes qui épousaient mon front et mes tempes, avant de cascader, de troubler la surface lisse d'une eau qui se dessinait sous mes prunelles pensives. Mais, il y eut ce bruit. Arquant un sourcil sombre, je me redressais, raide puis m'approchai de la porte non sans prudence. Mes pupilles rétrécirent lorsque j'aperçus une silhouette près de mon bureau, et dont la posture m'était familière.

-Le fait que tu ais fait partit de cet équipage durant quelques jours ne signifient que tu puisses débarquer sans t'annoncer, arguai-je gravement sans le quitter des yeux.

Il se tourna, non sans glisser la main dans sa poche. Un geste qui ne m'échappa, pas plus que le déplacement de cette gourde que je gardai d'ordinaire sur moi.

-J'imagine que tu n'es venu pour goûter mon rhum ?

-Non. Je voulais te parler.

M'approchant de la chaise, je récupérai mon haut que j'enfilais, avant de nouer les quelques lacets sombres afin que les deux pans de cuir s'embrassent. Puis, mes doigts se refermèrent autour de mon crochet, avant que je ne reprenne de nouveau la parole, un brin sarcastique.

-Au ton de ta voix, j'imagine qu'il s'agit d'Emma ?

Il acquiesça silencieusement et je pris place sur le lit défait, sans songer même à lui mentionner ce qui s'y était déroulé plus tôt. Ce n'était dans mon intérêt pas plus que ce n'était … honorable. Aussi demeurai-je silencieux, sans néanmoins lui dérober mon regard. Il finit par s'adosser au bureau, s'y adossant de moitié, croisant les bras sur son torse.

-Est-ce que tu tiens véritablement à elle ?

Mon sourcil dessina un accent au dessus d'une obsidienne noircit par la surprise puis éclaircie par une touche de moquerie.

-Je ne pense pas avoir de compte à te rendre Baelfire.

Il se raidit, et je ne savais si c'était ma réponse ou bien le prénom employé qui l'avait fait réagir ainsi. Cependant, il me fallait bien reconnaître que j'avais du mal à voir en lui ce jeune garçon autrefois rencontré, celui pour lequel j'avais eu ce désir soudain de tout abandonner. La revanche. La haine. Une page que j'aurais pu arracher par souvenir de sa mère, que je voyais à travers lui. Avant qu'il ne me tourne le dos, sans que mes émotions éveillées ne disparaissent cependant totalement. Et j'aurais apprécié que notre relation ne se borne à son père ou même à Emma, j'aurais aimé évoqué d'autre souvenirs, même si ces derniers étaient lointains.

-Tu étais obsédé par ta vengeance envers mon père. Et je ne peux donc m'empêcher de penser que m'arracher Emma est une manière pour toi d'atteindre ton but. Que cette histoire se répète une seconde fois, miroir de la première, est une sacrée coïncidence.

Ma mâchoire se crispa, en une ligne durcit par la tension.

-Je n'ai rien de la lâcheté de ton père. Et si je désirai me venger de lui, je ne me servirais certainement pas de toi pour l'atteindre.

Des mots froidement lâchés, sans que mon regard ne quitte le sien. Je les lui assénais. Car si l'on pouvait me reprocher beaucoup sur une personnalité narcissique et égoïste, la lâcheté ne se dessinait en aucun cas dans ma personnalité.

-Mais si tu tiens tant que cela à me provoquer, prend une épée et fais le avec honneur, ajoutai-je tout en me redressant.

-Bien … trinquons donc à un duel de … pirates, lâcha t-il fièrement.

Aussi me tendit-il ma gourde sombre, sans me quitter des yeux.

-Je le ferais. Car je ne suis pas non plus mon père, se fit-il un devoir de me préciser.

J'acquiesçais légèrement avant de m'en saisir puis de porter le goulot à mes lèvres. L'alcool, trop familier, ne me brûla la gorge en cette unique gorgée avalée avant que je ne la lui tende de nouveau.

Mais mon bras se troubla, puis mon paysage. Une intense chaleur qui se déversa dans mes muscles avant que le froid ne me frappe aussi violemment qu'une lame de fond. L'ombre voila mes prunelles d'un bleu trépassé puis tout cessa. Le froid s'évanouit et la netteté vint de nouveau colorer la cabine.

Cependant … j'avais l'amère sensation d'être passé à côté de quelque chose.

Emma

Ses bras se refermèrent autour de moi, et j'y sentis le soulagement. Un faible sourire vint se dessiner sur mes lèvres, avant que je ne referme un bras autour de lui. Mais j'étais mal à l'aise … mal à l'aise parce que cette situation me dépassait malgré les semaines. J'avais rêvé de les retrouver, et à présent qu'ils se dessinaient sous mes yeux, j'avais du mal à croire en leur réalité. A croire que la solitude ne m'étreignait plus, méfiante quand à un avenir où chaque être auquel je pourrais m'attacher disparaîtrait. Mais n'était-ce pas trop tard ? Malgré ma froideur, et cette volonté de demeurer détachée, ne flanchai-je pas devant eux, devant Henry, devant cet homme quitté ? Les perdre maintenant ne me déchirerait-il pas également ? Quand Mary m'avait annoncé qu'ils ne quitteraient pas l'île, au fond de mon être, la peur d'être de nouveau séparée d'eux m'avait blessée. Tout comme la peur de perdre Hook lorsque l'ombre avait tenté de lui arracher la sienne. Mais ne serait-il temps de plonger et de vivre pleinement ces émotions offertes plutôt que de les fuir ? Recommencer sainement avec mes parents et avec cet homme pour lequel mon cœur battait ? Mon étreinte se fit légèrement plus forte, avant que je ne me dégage en douceur, non sans lui sourire … de ces sourires figés, torturée par des émotions que je contenais coûte que coûte. Puis, Mary s'approcha, avec ce sourire épanouit, heureux que je lui connaissais. Ses doigts frôlèrent mes mèches blondes avant qu'elle n'ajoute d'une voix douce.

-Nous sommes ensembles.

Je hochai doucement la tête avant de répéter ses paroles, plus neutre. Non parce que je ne ressentais son bonheur, mais parce que j'avais des difficultés à le montrer.

Une scène qui fut brisée par une porte brusquement ouverte. Neal apparut, fou de rage, et je me figeai devant un regard qui nous balaya sans qu'il ne s'y attarde. D'un voix puissante, il appela son père, toujours dans l'arrière boutique. Interpellée, je fis barrage instinctivement, avant de planter mon regard fermement dans le sien.

-Je peux savoir ce que tu as ?

Il me sembla qu'il ne prit conscience de ma présence qu'en cet instant. Ses pupilles se dilatèrent, avant qu'il ne blêmisse.

-Emma …

-Bae ? Que se passe t-il ? Intervint Gold dans mon dos.

-Il faut que je te parle. De suite, grinça ce dernier entre ces dents, me contournant afin de suivre son père.

Je quittai des yeux le rideau, pensive, revenant sur cette famille qui regardait la scène, perplexe. Haussant légèrement les épaules, imperceptiblement, je quittai la boutique, rejoignant l'air glacé et matinal. Malgré moi, mes prunelles furent attirées par le bateau qui n'avait quitté sa place.

-Tout va bien entre Neal et toi ? Demanda Mary en me rejoignant, ajustant son bonnet crème sur ses courtes mèches brunes.

-Je n'en suis pas certaine … laissai-je échapper avant de plonger mon regard dans le sien. Mais il faut savoir que cette nuit, je l'ai …

Mais elle ne me regardait plus, fixant un point dans mon dos, une étrange expression sur ses traits. Intriguée, je tournai la tête pour voir apparaître l'un des hommes de ma vie … et son expression n'était plus aimable que celle que Neal arborait quelques minutes auparavant. Et l'inquiétude me perça bien plus violemment que pour ce dernier. Délaissant ma mère, je le rejoignis en quelques enjambées avant de l'arrêter en plaquant mes paumes sur son torse.

-Vas tu me faire le plaisir de m'expliquer ce qui se passe ? Lui demandai-je abruptement.

Mais le revoir, en particulier après la nuit dernière, suffisait à me faire perdre contenance. Car les souvenirs s'entremêlaient dans mon esprit, chacun de nos soupirs, de ses caresses, l'étreinte chaude de son corps. Je m'endurcis, relevant fièrement le menton sans le quitter des yeux.

-Où est Rumplestiltskin ? Fit-il tranchant sans tenir compte de ma question.

-Et pourquoi tu le cherches ? Le contrai-je en enfonçant mes doigts dans le cuir plus fermement.

-Parce que je le soupçonnes ardemment d'avoir utiliser …

Ses mots moururent dans sa gorge, avant qu'il ne me dévisage, un sourire sarcastique se dessinant sur cette bouche aimée.

-La seule chose que je suis disposé à te révéler, Love, est que je vais lui arracher le cœur de mes mains. Cela te convient ?

Il pressa sa main à mon bras afin de m'écarter, tandis que choquée, je laissai la colère imbiber mes traits. L'attrapant par le bras, je serrai le cuir de mes doigts afin de le retenir près de moi.

-Tu es en colère, soit. Mais repartir dans cette quête .. absurde de vengeance serait une perte de temps pour toi, et pour moi.

Sans mentionner Gold. Je le défiai du regard, avant d'ajouter.

-Peut-être pourrions nous aller en parler dans un endroit plus neutre, suggérai-je, espérant qu'il laisserait tomber avant que les choses ne dégénèrent.

-Et pourquoi ferais-je une telle chose pour toi ? Contra t-il d'un ton coupant.

Je me rembrunis imperceptiblement, avant de dérouler mes muscles, la tête haute. Mais il ne me laissa le temps de lui répondre, enchaînant.

-Tu es une belle femme … et je suis tout à fait disposé à discuter en ta compagnie … mais après, précisa t-il en refermant ses doigts sur les miens afin de me faire lâcher prise.

Le charme échappait à sa voix, même si la colère y perçait plus nettement, tout comme elle voilait ses traits. Un flirt qui n'était sans me rappeler son attitude lors de notre première rencontre, bien qu'il ait été bien plus charmeur à l'époque.

-Et ton comportement n'est aucunement lié au fait que je t'ai délaissé ce matin, tentai-je une nouvelle fois de l'atteindre en résistant à la morsure de ses doigts, brûlante.

Et je le sentis se figer, ses muscles se contractant sous ma paume. La surprise avait teinté ses prunelles, une émotion qui m'apparaissait incompréhensible.

-Je n'ai pas de temps à perdre, fit-il, s'arrachant soudainement à mon étreinte. Mais le mensonge ne te donne pas plus de charme Love. Tu es un de ces nouveaux jouets qu'il m'envoie pour me narguer ? Fit-il nettement plus sombre.

La séduction n'imbibait plus ses prunelles. N'y subsistait plus que la rage.

-C'est une plaisanterie ? Répliquai-je sèchement, outrée par son comportement et sa manière de me traiter.

-Aurais-je heurté ta sensibilité ? Ecoute … si tu désires véritablement partager mon lit, je n'ai rien contre. Mais si tu l'aides … tu ne seras qu'un dommage collatéral supplémentaire.

Et sur ces mots il tourna soudainement les talons, se dirigeant vers la boutique félinement. Figée, je demeurai immobile, le laissant disparaître dans cette dernière, sans parvenir à croire la scène qui venait, sous mes yeux, de se dérouler. Son comportement m'échappait … et qu'en était-il de tous ses discours, ces belles paroles qu'ils venaient de poignarder d'un geste, me traitant telle une inconnue ? La colère pouvait-elle lui faire perdre ainsi l'esprit ? Pouvait-elle l'assombrir à ce point ? Je me raidis, songent à ses actions des jours passés. Cela ne collait pas.

Un coup de feu résonna soudainement, m'arrachant les tympans. Et la peur s'infiltra dans mes veines alors que je me précipitai dans cette dernière, poussant la porte avec brutalité. Hook était étendu sur le sol, et je ne réfléchis plus, me précipitant vers lui avant de le tourner pour qu'il soit allongé sur le dos. Mes prunelles voyagèrent, tentant de repérer une goutte de sang avant qu'une voix n'interrompt soudainement mes recherches.

-Il n'a rien, précisa Gold en s'approchant. Je l'ai simplement endormit.

Je redressai la tête, avant de lui couler un regard noir.

-Et pourquoi ?

-Il m'a attaqué et tiré dessus. Il ne s'agit que de légitime défense, n'est-ce pas … shérif ?

Durcissant la mâchoire, je me relevai souplement, lui faisant face avec cette détermination qui me caractérisait.

-Cette situation rocambolesque a assez duré. Que s'est-il passé ?

Mon état de nerf s'était aggravé, tant j'avais été secoué par le comportement de cet homme étendu sur le sol. Mais poser une troisième fois la question était ma limite, et s'il ne répondait rapidement à mon interrogation, je n'allai tarder à basculer également dans la fureur.

-Il semblerait que … Hook n'ait apprécié avoir été sujet à une petite expérience, répondit-il simplement, en resserrant l'étreinte de ses mains autour de son pommeau, parfaitement calme.

-Et de quel genre d'expérience s'agit-il ? Rétorquai-je froidement.

-J'ai été très surpris … miss Swan, d'apprendre votre histoire avec Hook, ou devrais-je dire, très surpris qu'il éprouve des sentiments pour vous. Car vous n'êtes pas sans savoir que ce pirate s'est déjà amusé à me voler mon ex-femme, Milah ?

-Je connais l'histoire et n'en ignore même la fin, à savoir que vous lui avez arraché le cœur pour vous l'avoir préféré, contre attaquai-je.

Il ne releva, se contentant de continuer.

-Mon fils était concerné quand à la véracité de ses émotions à votre égard. Et il faut dire que vous auriez dû l'être également, connaissant son passé et sa haine à mon égard.

Plaquant la main contre le bois, je m'avançai vers lui avant de répliquer.

-Cette histoire ne regarde que moi. D'autre part, je n'appartiens pas plus à votre fils qu'à Hook. Et même si je faisais une erreur, elle ne concernerait que moi, suis-je assez claire ?

-Vous ne m'avez visiblement pas compris. Je ne l'ai pas fait pour vous.

Serrant mes dents les unes contre les autres, je me durcis imperceptiblement.

-Et puis-je savoir ce que vous lui avez fait exactement ?

-J'ai préparé une potion à son intention, destinée à mettre à nue ses émotions. Mais il semblerait que, dans le processus, ce pirate ait oublié qu'il avait abandonné toute intention de revanche à mon égard, ce qui va nous poser problèmes.

-Qu'il veuille vous étriper est une émotion que je comprends étrangement en cette seconde. Mais pour en revenir à cette potion et à ses sentiments, pourrai-je en connaître les conséquences ?

-Et bien, elles sont très simples … Cette potion vous a tout simplement effacé de sa mémoire.

Je me figeai violemment, douloureusement, encaissant de nouveau cette information. Elle claqua même contre mon visage avec une force telle que mon épiderme en devint pâle et que le sang se retira de mon visage.