Cuddy appela l'hôpital en premier, impatiente de savoir comment se déroulaient les choses là bas. Elle parvint à parler à Wilson qui lui assura que tout allait bien.

« En fait, c'est même plutôt calme ici », dit-il. « Le blizzard parvient à convaincre les hypocondriaques de rester chez eux. Là, je travaille avec la police à l'organisation du rapatriement des patients sous dialyse pour leur traitement, mais on devrait s'en sortir. »

« Bien. »

Elle hésita un moment. Valait-il le coup de dire où elle était au risque de provoquer de nouvelles rumeurs à l'hôpital ? Elle décida que non.

« Si vous avez besoin de moi, bipez-moi », prévient-elle avant de raccrocher.

Elle appela ensuite la police pour reporter son accident et voir s'il était possible que quelqu'un la conduise à l'hôpital.

« Je suis désolée, m'dame, mais les rues ne sont pas assez sûres pour que l'on joue aux chauffeurs. »

Elle leva les yeux au ciel, agacée de la raillerie.

« Je comprends. »

« Vous êtes en lieu sûr, n'est ce pas ? »

« Oui, je suis chez un…collègue », répondit-elle.

Elle lui transmit le numéro de House et lui demanda de la prévenir si un service était mis en place pour amener les médecins à l'hôpital.

Une fois raccroché, elle fixa le téléphone un moment. Elle avait été sur le point de dire qu'elle restait chez un ami, mais quelque chose en elle l'empêchait toujours d'utiliser ce mot pour décrire sa relation avec House. Leur amitié avait été brisée il y a longtemps déjà. Même s'il s'était développé, avec le temps, une certaine complicité entre eux dans le cadre du travail, elle éprouvait toujours une certaine retenue pour tous ce qui était personnel. House s'autorisait parfois des réflexions sur la vie privée de la jeune femme, mais leur relation n'était toujours que professionnelle, loin de ce qu'ils avaient partagé des années auparavant. Elle savait avoir perdu son amitié le jour où il l'avait regardé avec cette expression de haine et de trahison qu'elle n'oublierait jamais. Le jour où il l'avait vouvoyé pour la première fois, lui imposant une distance rancunière entre eux.

Elle se retourna et remarqua House sur le pas de la cuisine. Elle lui sourit tristement.

« Je suis désolée, j'espérais qu'ils pourraient m'envoyer quelqu'un pour me conduire à l'hôpital, mais apparemment, ma situation n'est pas critique », finit-elle sarcastiquement.

Il n'essaya même pas de cacher son sourire.

« Visiblement, ils ne réalisent pas que l'hôpital cesse d'exister quand vous n'êtes pas là pour organiser chaque détail. Et s'ils étaient à cours de papiers de toilettes dans les WC du troisième étage ? », s'exclama-t-il, faussement horrifié.

Elle lui lança un regard de travers, tentant de dissimuler son amusement.

« Je vais me changer »

Elle souleva son sac et gémit légèrement. Ses muscles avaient souffert pendant l'accident et chaque mouvement était un calvaire.

« La salle de bain est par là. »

Il désigna une porte et elle acquiesça simplement, s'y dirigeant déjà.

« Cuddy… »

Elle se retourna, mais il ne dit rien, se contentant de l'observer avec un air sérieux qui lui était rare.

« House ? », l'incita-t-elle.

Il secoua la tête et baissa le regard.

« Prévenez moi s'il vous faut quelque chose », conclut-il finalement.

Elle le scruta un moment avant d'acquiescer et de reprendre sa route. Elle était presque sûre qu'il était sur le point de lui dire quelque chose de totalement différent.

House écouta distraitement Cuddy en rangeant ses affaires, souriant en remarquant qu'elle avait appelé l'hôpital avant la police.

« Maman veut vérifier si la baby-sitter prend soin du petit », pensa-t-il ironiquement.

Il soupira en réalisant sa situation. Il avait espéré pouvoir passer un moment seul et voir son isolement violé de la sorte était loin de lui plaire. Mais elle était là, et il ne pouvait rien y faire. Il dut admettre qu'il avait été soulagé en la découvrant sur le pas de sa porte. Quitte à ce que quelqu'un perturbe sa tranquillité, il aimait autant que ça soit Cuddy. Bien sûr, il aurait préféré voir Wilson, mais il savait que Cuddy avait l'avantage de ne jamais être ennuyeuse et elle était aussi plus agréable à regarder.

« Ca pourrait être pire, nota-t-il. Ca pourrait être Foreman, Chase ou Cameron ».

House éprouvait une affection, dissimulée certes, particulière pour son équipe, mais la simple idée d'être enfermé avec l'un d'eux pendant plusieurs jours le faisait grincer des dents. Foreman passerait son temps à le contredire. Chase se contenterait de rester assis, n'osant bouger de peur de déclencher son gourou, et Cameron passerait tout son temps à l'inciter à lui parler de ses sentiments. House frissonna d'horreur à cette pensée et retourna son attention à Cuddy.

Elle parlait avec Wilson. Il put entendre le soulagement dans sa voix quand elle comprit que tout allait bien à l'hôpital. House tendit l'oreille pour savoir si elle allait dire à Wilson où elle était et sourit quand elle omit ce détail.

« Alors comme ça, on fait des cachotteries, Dr Cuddy. Je suis sûre que cette information pourra mettre utile un jour ou l'autre », pensa-t-il.

Elle raccrocha et appela la police. House jeta un coup d'œil dehors et remarqua qu'il neigeait toujours autant. Il se doutait que Cuddy tenterait de se faire conduire à son travail, mais il savait qu'à moins qu'il y ait pénurie de médecins quelque part dans la ville, elle allait se faire remballer.

Il l'observa alors qu'elle parlait au téléphone. Elle posa effectivement la question attendue et ses sourcils se froncèrent sous la contrariété. House sourit.

« Oui, je suis chez », l'entendit-il annoncer au policier.

La plupart des personnes n'auraient pas noté sa pause avant le mot « collègue », mais House n'était pas la plupart des personnes. Il avait un sens de l'observation accrue et connaissait particulièrement bien Cuddy. Elle avait été sur le point de dire autre chose, et son expression le laissait deviné qu'elle ne s'apprêtait pas à dire au policier qu'elle restait avec le pire des salauds. Une fugace expression de tristesse se dessina sur son visage, mais avant qu'il ne puisse l'analyser, elle se tourna vers lui.

« Je suis désolée, j'espérais qu'ils pourraient m'envoyer quelqu'un pour me conduire à l'hôpital, mais apparemment, ma situation n'est pas critique », prononça-t-elle clairement vexé par les paroles du policier.

Il ne put s'empêcher de sourire de son expression contrariée.

« Visiblement, ils ne réalisent pas que l'hôpital cesse d'exister quand vous n'êtes pas là pour organiser chaque détail. Et s'ils étaient à cours de papiers de toilettes dans les WC du troisième étage ? », la taquina-t-il.

Elle leva les yeux au ciel, mais il sut qu'elle était amusée.

« Je vais me changer. »

Elle se dirigea vers son sac et il plissa les yeux, inquiet de la voir grimacer en le soulevant. Il aurait voulu lui demander à quel point et où elle avait mal, mais savait que son commentaire ne serait pas apprécié et il n'avait pas particulièrement envie de déclencher les foudres de la jeune femme.

« La salle de bain est par là », déclara-t-il.

Elle hocha la tête et se dirigea vers la porte.

« Cuddy…. », s'entendit-il appeler.

Elle fit volte-face et il resta coi.

Une partie de lui avait envie de lui d'abandonner la rancœur qu'il avait cultivé ces dernières années envers elle et de lui demander comment elle allait réellement. Il aurait voulu lui demander si ça lui manquait de déjeuner avec lui, de discuter…d'être amis. Il aurait aimé être capable de tirer un trait sur le passé, de lui dire qu'il l'avait pardonné et que plus rien ne les empêchait de redevenir…comme avant. Mais le reste de lui se satisfaisait du statu quo dans sa vie. Une partie de lui était terrifié à l'idée qu'elle ne le rejette ou qu'ils ne réalisent que les choses ne pourraient jamais s'arranger entre eux.

Pourtant, il ne lui en voulait plus. S'il était honnête avec lui même, il pourrait mettre admettre qu'il l'avait pardonné il y a bien longtemps déjà. Il ne se remettrait probablement jamais du choc de sa trahison et de celle de Stacy, mais il comprenait pourquoi elles l'avaient fait.

Mais ils avaient changé. Il avait changé. Aujourd'hui, même s'il en mourrait d'envie, il n'était plus sûr d'être capable de faire une place à Cuddy dans sa vie. L'amitié demandait qu'on se livre à l'autre. Les amis vous font faire des choses que vous ne faites pas d'habitude. Elle avait déjà une sorte de « contrôle » sur lui du fait d'être son boss. Il n'était pas sûr d'être prêt à lui offrir plus que ça.

« House », l'appela-t-elle.

Sa voix le sortit de ses pensées et il réalisa qu'il n'était pas prêt à lui parler de tout ça. Il ne savait pas s'il serait prêt un jour. Il évita son regard et secoua la tête.

« Prévenez-moi si vous avez besoin de quelque chose. »

Elle acquiesça et entra dans la salle de bain. Peut-être que Chase n'aurait pas été si mal après tout. Au moins, les choses auraient été simples.

TBC….