Hello amis lecteurs! Voici la troisième partie de Premiers Pas!

S'il vous plait, ne tapez pas l'auteur! Please!

Et bonne lecture

Attention au rating! M et Yaoi, que ceux qui n'aiment pas passent leur chemin...

J'espère que le bug de la dernière fois ne se reproduira pas! J'ai aucune idée de ce qui s'est passé..

Merci à ceux qui me laissent des reviews et notamment à Dixy01; Sunny; Lynn; Alicia; Celeste31 et IchiHitsu3! Merci pour vos encouragements! Que du bonheur à lire!


Partie 3

Seireitei

Étonnamment, ce fut le chaos qui instaura une trêve entre les deux époux. L'éclair blanc de la trahison s'était abattu sur le Seireitei et le malheur avait envahi les âmes comme une avalanche. Trois capitaines dérobèrent le Hyoukoyou et s'enfuirent avec, laissant derrière eux nombre de blessés et de morts.

Hinamori fut prise dans leur sillage sanglant. Comme un coup du sort, la jeune femme pourtant mise à mi-temps depuis le début de sa grossesse, était de garde cette nuit-là en tant que lieutenant de la 5ème division. Depuis plusieurs mois, on ne lui confiait plus que des gardes jugées sans risque.

Et pourtant.

Son propre capitaine lui avait planté une épée en pleine poitrine, la laissant pour morte dans ce qui était autrefois son bureau.

Ayant perdu une quantité importante de sang, elle avait été placée dans l'unité de soins intensifs. Son pronostic vital, ainsi que celui de son enfant, restait toujours très réservé.

En une nuit, la 5ème Division fut privée de son capitaine et de son vice capitaine. La 3ème division et la 9ème perdirent également leur leader. Ainsi que la 12ème. Le capitaine Kurotsuchi s'était opposé à l'intrusion des traîtres dans son laboratoire et avait tenté de les empêcher de s'emparer du Hōgyoku.

A trois contre un, il y perdit la vie.

Le Gotei 13, brutalement amputé de 4 de ses membres, fut mis en état d'alerte maximal. La direction provisoire des Divisions 3, 9 et 12 fut confiée aux vice-capitaines correspondants. La 5ème Division fut placée sous les ordres de la 10ème Division.

Kira était profondément accablé. Il devait faire face simultanément à la trahison de son capitaine, à l'état critique de sa femme et du bébé à venir et au surcroît de travail imposé par la charge de capitaine de la 3ème division.

« Je n'y arriverai pas… » Sanglotait-il, désespéré, contre la vitre séparant le couloir de la salle des soins intensifs. Il ne pouvait voir Hinamori que de loin, pour limiter au maximum les risques de contamination et lui permettre un repos absolu. Son état était trop précaire pour autoriser les visites.

Hitsugaya, une boule dans la gorge, serrait les dents et rassemblait toutes ses forces pour maintenir son impassibilité habituelle mais le spectacle de sa sœur dans ce lit d'hôpital, entre la vie et la mort, le bouleversait. Il se devait de soutenir Kira dans cette épreuve.

Pendant ce temps, Ichigo tentait de distraire une Kamiko en pleurs. La petite ne comprenait pas ce qu'il se passait mais l'absence de sa maman et les larmes de son père lui faisaient peur.

« Est-ce que je peux faire quelque chose pour t'aider Kira ? N'hésite pas, je t'en prie. »

Kira hésita. Il n'avait jamais été proche d'Hitsugaya, d'une part parce que le jeune homme était plus gradé que lui, imposant malgré tout sa supériorité hiérarchique dans leurs rapports, et aussi parce que sa réserve habituelle ne le mettait pas particulièrement à l'aise. Cependant, il savait l'affection qu'Hitsugaya portait à Hinamori et à Kamiko et aurait les yeux fermés mis leurs vies entre ses mains.

« Et bien…Pourrais-tu prendre Kamiko chez toi quelques temps ? Je sais que tu as beaucoup de travail toi aussi mais…Tu as plus de place et je sais que tu as une gouvernante à temps plein qui pourrait s'occuper d'elle alors… »

Hitsugaya resta muet un instant. Il n'était pas sûr qu'éloigner la petite de son père en ce moment soit la chose à faire.

« S'il te plaît, je te le demande comme une faveur…Je me doute que héberger une gamine de trois ans n'est pas idéal pour des jeunes mariés... mais… »

« Ne t'inquiète pas pour ça.» Le coupa Toshiro en rougissant. «Il est vrai que je n'ai pas plus de temps libre que toi mais effectivement Charlotte pourrait s'en charger. Là n'est pas le problème. Je m'inquiète seulement du bien-être de Kamiko. »

« Elle sera ravie de venir avec toi, tu es son idole après tout. Elle adore son 'tonton Toshi. » Ajouta Kira avec un pauvre sourire.

Hitsugaya soupira.

« Je vais consulter Kurosaki. Je reviens. »

Il se dirigea vers Ichigo qui laissa la petite filer vers son père.

« Un problème ? »

Le petit capitaine se passa la main dans les cheveux.

« Kira voudrait que nous hébergions Kamiko le temps que la situation se…stabilise. »

« Et ? »

« Et je voudrais savoir ce que tu en penses. Si cela te dérange…Enfin, ce genre de chose. » Murmura-t-il d'une petite voix.

Ichigo dévisagea le jeune homme un instant. Il était encore plus pâle que d'habitude, avait les traits marqués de fatigue et de peine. Malgré les efforts déployés pour sauver la face, le rouquin voyait bien que Toshiro était très affecté. Même sa voix semblait affaiblie.

La première faille qu'il voyait dans la cuirasse de son capitaine glaçon.

La première émotion qu'il voyait transparaître. Elle ne le rendait que plus humain. Que plus touchant aussi.

Ichigo posa une main sur son épaule, faisant lever les yeux turquoise du Tendo vers les siens.

« Toshiro, il n'y a aucun problème. Ta famille a besoin d'aide, donc il faut l'aider. Et puis tu sais, par la force des choses, c'est aussi un peu ma famille maintenant. » Ajouta-t-il avec douceur.

Hitsugaya cligna des yeux. Puis hocha la tête.

« Merci Ichigo. »


C'est ainsi que la petite Kamiko, ses vêtements, ses jouets et une flopée de nounours avaient envahi une des chambres du rez-de-chaussée. En dépit des heures supplémentaires que cela lui imposerait, Charlotte fut ravie d'avoir 'de la jeunesse à la maison' et la petite avait immédiatement adopté sa nouvelle nounou.

Après avoir couché la petite dans sa nouvelle chambre, les deux shinigamis se retrouvèrent au salon, avec un plateau de victuailles diverses et variées. Ils étaient tous les deux épuisés et n'avaient même pas eu le temps de déjeuner ni de dîner.

« Dure journée... » Remarqua Ichigo.

Hitsugaya hocha la tête. Il était à bout de forces et de nerfs.

« Oui. J'ai cru qu'elle ne finirait jamais. » Soupira-t-il.

« Pourquoi ont-ils fait ça ? » Murmura-t-il, les yeux dans le vague. « Pourquoi nous ont-ils trahis ? Et avec une telle violence…Je ne comprends pas… Nous les connaissions depuis si longtemps... Abandonner ainsi leurs familles... Commettre de tels crimes. C'est incompréhensible. »

Le rouquin ne répondit pas. Il ne savait qu'une chose : il fallait les arrêter au plus vite, avant qu'ils ne fassent encore plus de dégâts. Contrairement à Toshiro, il n'était pas impliqué émotionnellement et restait parfaitement lucide. Un plan de bataille se dressait déjà dans sa tête et comptait bien participer activement à l'arrestation des traîtres, si toutefois le Gotei 13 acceptait son aide. Mais il n'en doutait pas !

Ils restèrent là, pendant de longues minutes, sans parler, mesurant la gravité de la situation. La tension entre eux avait disparue, ils n'avaient plus l'énergie nécessaire pour l'entretenir.

Les jours suivants filèrent dans un brouillard confus, partagé entre les occupations militaires, les réunions de crises, la gestion des divisions privées de leurs capitaines et les soirées avec Kamiko.

Pour la première fois depuis leur mariage, les deux époux se retrouvaient dans la même pièce et passaient du temps ensemble, sans cri ni heurt.

Bien qu'aussi muet qu'à son habitude, Toshiro observait le rouquin du coin de l'œil. Il ne pouvait s'empêcher de sourire un peu en voyant le jeune homme se rouler par terre, enchaînant grimace et roulade pour faire rire la petite fille. Les entendre rire tous les deux lui réchauffait le cœur. Ces deux-là s'entendaient à merveille et Kamiko avait retrouvé toute sa joie de vivre.

Ainsi, Ichigo était plus qu'un coq vaniteux et fier de sa naissance. C'était quelqu'un de sensible qui savait donner de son temps, sans compter. Au fond de lui, le petit capitaine devait reconnaître qu'il s'en était toujours douté. Mais il était tellement plus simple de se réfugier derrière une barrière de préjugés que d'affronter la réalité. A savoir qu'il avait un sérieux problème.

Son mari était en tout point adorable. Mignon, sympathique, intelligent, bref, de quoi rendre heureux la plupart des hommes.

Sauf lui.

Il n'arrivait toujours pas à lui faire confiance. Il essayait cependant mais une insidieuse petite voix au fond de sa tête lui mettait sans cesse le doute.

Et il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il devait faire pour changer cela.


Salle principale du Seireitei

Tous les capitaines restant étaient réunis autour de Yamamoto-sama. Une énième réunion de crise. Mais le Général semblait décidé à faire bouger les choses.

« Je n'ai pas besoin de vous rappeler que l'heure est grave. Ceci est inscrit sur chacun de vos gestes, dans le moindre de vos regards. Nous traversons une crise sans précédent. A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Ce que je vais proposer va sûrement choquer nombres d'entre vous. Malgré cela, je vous demande d'accueillir cette proposition avec un esprit ouvert et tourné vers notre objectif. A savoir la capture puis le jugement des traîtres. »

Les petits yeux noirs scrutèrent chacun des membres du Gotei 13. Les visages étaient fermés mais les oreilles aux aguets. Le capitaine allait-il vraiment déroger au règlement ? Ce serait une première dans l'histoire du Gotei 13.

« Je propose de nommer le jeune Kurosaki Ichigo en tant que capitaine intérimaire de la 9ème division. »

Hitsugaya ne put s'empêcher de dévisager le Général, stupéfait par ce qu'il venait d'entendre.

Très étonnamment, il semblait le plus surpris de l'assemblée. Et encore avait-il dû faire appel à tout son self-control pour ne pas laisser plus transparaître sa stupéfaction.

Le capitaine Ukitake toussota doucement et prit la parole.

« Quitte à confier la division à un débutant, pourquoi ne pas la placer sous les ordres du lieutenant Hisagi ? Son travail est impeccable et il est à même de mener à bien cette mission. »

« Je n'en doute pas capitaine. Cependant, le lieutenant Hisagi ne maîtrise pas le bankai. Au contraire du jeune Kurosaki. »

Une pierre tomba dans l'estomac d'Hitsugaya.

Il maitrise le bankai ? Il est si fort que cela ?

Jamais il n'avait pris la peine d'aller le voir à son entraînement, encore moins de participer. Évidemment, il ne l'avait pas interrogé non plus.

Et voilà qu'il découvrait que son cher et tendre avait le niveau d'un capitaine.

Le pire était qu'il semblait être le dernier au courant….

« Quelqu'un a-t-il une remarque à formuler ou pouvons-nous considérer cette décision comme entérinée ? Bien, je considère ce silence comme une approbation ! »

« Hitsugaya Taicho, pourrez-vous le former sur les diverses formalités administratives que doit remplir un capitaine ? Pour le reste, le lieutenant Hisagi s'en chargera. »

Abasourdi, Toshiro acquiesça. Il sortit de la salle comme un automate et se réfugia dans son bureau. La tête dans les mains, il se demanda une énième fois comme cela était possible ? Il tentait bien malgré lui d'intégrer le fait que son mari allait désormais faire partie du Gotei 13, qu'il prendrait part aux prochaines batailles, qu'il risquerait sa vie dans des combats d'une violence rare.

Ce n'était pas prévu ! Les 13 divisions auraient dû restées sa chasse gardée, sa zone de refuge, un endroit où Ichigo ne devait pas mettre les pieds.

La séparation du privé et du professionnel devenait de plus en plus tenue…

Mais à situation exceptionnelle, moyen exceptionnel disait-on ? Il allait devoir s'en accommoder.

Le reste de la journée passa dans un brouillard et ce ne fut que le soir qu'il put tranquillement penser à tous ces événements :

La nomination d'Ichigo avait été un choc. Pire que cela, une intrusion dans son domaine, son espace à lui: le Gotei 13.

Difficile de comprendre comment les choses avaient pu lui échapper à ce point, comment lui, si observateur et rigoureux dans ses observations avait pu passer à côté, ne pas déceler le talent d'Ichigo. Car inutile de se voiler la face, du talent, il devait en avoir! Jamais le Général n'aurait permis à un novice de prendre la tête d'une division s'il ne l'avait pas cru à la hauteur.

Tout comme il avait été le Tendo, le plus jeune capitaine de l'histoire du Seireitei, Ichigo serait le premier à être nommé sans avoir fait ses classes.

Finalement, il lui semblait que tout son monde s'écroulait, que tous ses repères se dérobaient devant lui, tout comme ses refuges. Pas un espace de sa vie qui n'échappa au rouquin. Mais il s'agissait d'un ordre.

Tout depuis le début n'était que cela. Obligations, lois, traditions. Ses aspirations n'avaient jamais été respectées ni même consultées! Est-ce étonnant qu'il se sente désorienté? Pas vraiment mais il n'avait guère le choix et encore une fois, il lui faudrait apprendre à composer avec les cartes que le destin lui mettait entre les mains.

Déjà, il devait admettre que Kurosaki deviendrait bientôt son égal en termes de hiérarchie militaire. Ensuite, il devait reconnaître ses propres failles; à savoir un manque total d'estime de soi sur le plan affectif.

Failles, voire même gouffres, qui avaient sans conteste dressé une barrière entre lui et son mari.

Assez de toutes ces histoires, il lui fallait tourner la page et avancer!

Et se pencher sérieusement sur le potentiel de sa moitié, qui était visiblement capable de lui réserver d'énormes surprises.


Le lendemain matin

La cérémonie qui consacra le jeune Kurosaki comme Capitaine intérimaire de la 9ème Division eut lieu le lendemain en présence de tous les capitaines encore présents.

Ce fut très simple. Sobrement vêtu d'un kimono noir, chaussé de sandales et de chaussettes blanches, Kurosaki revêtit le Haori de capitaine avec gravité. Si son visage resta de marbre, on pouvait lire l'intense émotion qui l'habitait dans ses prunelles étincelantes.

Le protocole indiquait que 3 jours de fêtes devaient être organisés, pendant lesquels le nouveau capitaine devait prendre ses fonctions et faire connaissance avec ses collègues et surtout avec les membres de sa division. Les circonstances étant gravissimes, sa nomination même en était une preuve des plus probantes, les festivités furent annulées et Kurosaki reçut l'ordre d'assumer sa charge dès le lendemain.

La présentation officielle devant l'ensemble de la division fut plus émouvante. Tous les membres de la 9ème Division étaient rassemblés dans la cour d'entraînement. Certains d'entre eux avaient encore du mal à accepter la trahison de leur précédent Taicho et l'arrivée de leur nouveau leader était difficile à assumer, sans compter sur l'éviction de Shuuhei qui était pressenti pour ce poste depuis quelques temps.

Cependant, la plupart avait conscience du besoin vital pour leur groupe d'avoir à nouveau quelqu'un à la tête de la division et chacun comptait sur le Général pour avoir pris la meilleure décision. Ichigo ressenti immédiatement ce mélange complexe de tristesse, de peur, de colère et d'espoir et se contenta d'un discours direct et sans ambages où il leur promit le meilleur de lui-même et toute son implication dans ces moments difficiles.

Hitsugaya, situé en périphérie de la cour tout comme les autres capitaines, resta en retrait, parfaitement immobile. Seul un détail attira son attention : la chaleureuse poignée de main entre Ichigo et Hisagi. Il tiqua légèrement. Sûrement n'aurait-il pas cru Hisagi capable d'une telle abnégation. Après tout, il aurait pu s'attendre à se voir confier cette responsabilité. Visiblement, cela ne semblait pas porter ombrage à son amitié pour Kurosaki.

La présentation terminée, les capitaines quittèrent les bâtiments de la 9ème Division pour retourner à leurs obligations, laissant Kurosaki prendre possession des lieux.

Le reste de la journée fila très vite, la charge de travail fortement augmentée par la trahison des trois anciens capitaines et la mort de Kurotsuchi.

Il ne revit Ichigo que le soir. Kamiko n'était pas là. Son père l'avait prise avec lui pour la soirée et ne la ramènerait que le lendemain matin. C'était leur premier tête à tête depuis longtemps et Hitsugaya sentit que l'ancienne colère qui l'habitait n'était plus là.

Ils commencèrent à manger en silence, tous les deux épuisés par leur journée de travail. Ce ne fut qu'une fois l'entrée avalée que Hitsugaya prit la parole.

« Alors, comment s'est passée cette première journée? Pas trop difficile? »

Ichigo prit un instant pour répondre.

« Pas vraiment. Ça a été moins pire que ce que je pensais, si je puis dire. Il faut dire que tout est allé très vite, la cérémonie notamment. Évidemment, cela m'arrange. Je crois que je n'aurais pas survécu à trois jours de festivités en mon honneur. » Ajouta-t-il en souriant, surprenant son époux une nouvelle fois.

Encore une facette qu'il ne soupçonnait pas... Il aurait été prêt à parier que le rouquin adorait attirer l'attention sur lui. Visiblement, il s'était trompé. Encore...

« En réalité, j'appréhendais un peu la réaction des membres de la division. Leur ancien capitaine les a trahis certes mais cela encore est très récent. De plus, ses motivations restent inconnues alors beaucoup d'entre eux ont du mal à l'accepter. Mais ils ont tous très bien réagis, très rapidement, en professionnel. J'espère que je serai digne de leur confiance. » Poursuivit Ichigo.

Hitsugaya approuva d'un signe de tête, avant de reprendre.

« Ne redoutais-tu pas la réaction d'Hisagi? Après tout, peut-être briguait-il le poste lui aussi... Il a dû être déçu. Bien que tu n'aies absolument rien à te reprocher.» Précisa le petit capitaine.

Ichigo secoua négativement la tête.

« Non, je ne pense pas. »

Toshiro leva un sourcil, un peu sceptique. Pour tout shinigami, le poste de capitaine était une ambition majeure, le rêve d'une vie de dur labeur. Pouvait-on y renoncer si aisément ?

« Non vraiment. J'en ai discuté avec lui. » Assura Ichigo. « Bien évidemment, lui aussi aspire à devenir capitaine un jour et il s'investit beaucoup pour cela. Mais il est bien conscient de certaines de ses lacunes. »

« Son absence de Bankai tu veux dire? »

« En effet. Il sait que c'est un point incontournable pour l'accession à ce poste et il ne peut nier qu'il doit encore progresser à ce niveau. »

« Je vois que tu as déjà eu le temps de tirer les choses au clair avec ton lieutenant. » Ajouta Hitsugaya, plutôt approbateur de cette attitude responsable et digne d'un capitaine.

« En fait, je crois qu'il est plutôt content que ce soit moi son nouveau chef. » Ajouta Ichigo avec fin sourire.

Hitsugaya plissa les yeux, soudainement suspicieux. Était-ce bien un léger rosissement qu'il apercevait sur les pommettes de Kurosaki ou rêvait-il complètement? Il avait l'impression que quelque chose lui échappait. Secouant vaguement les épaules, il attaqua son dessert, se demandant si la paranoïa ambiante n'était pas en train de lui jouer des tours.

Le reste de la soirée se déroula sans encombre ni heurt, les deux jeunes hommes profitant de ces quelques minutes de quiétude pour bouquiner. Ils convinrent de se voir le lendemain en fin de journée afin que Toshiro commence à lui expliquer les rudiments des obligations d'un capitaine.


Vers 17 heures, le jeune homme prit la direction du bureau de Kurosaki. Il le trouva attablé devant une pile de document haute comme l'Everest. Il s'apprêtait à prendre place sur le fauteuil face à lui quand Kurosaki lui indiqua les canapés qui entouraient la table basse. Le tout nouveau capitaine le fit asseoir, apportant avec lui la montagne de paperasse.

Un coup discret se fit entendre contre la porte et le Lieutenant Hisagi entra, un plateau en équilibre sur une main, fermant la porte de l'autre.

« Je me suis permis d'apporter du thé Ichigo ». Dit-il en posant le lourd plateau de bois sur la table et disposant une tasse devant chacun.

Hitsugaya leva un sourcil mais ne dit rien. Si cette familiarité entre les deux amis ne lui avait pas posé de problème par le passé, elle ne lui paraissait désormais plus du tout appropriée au vu de leur positionnement hiérarchique.

Cependant, Kurosaki, lui, ne semblait pas s'en offusquer. Le sourcil d'Hitsugaya grimpa encore d'un étage lorsque Hisagi prit place dans le fauteuil face à lui.

Voyant l'air pour le moins circonspect du capitaine de la 10ème division, Ichigo précisa.

« J'ai pensé qu'il serait bon pour Hisagi de connaître les rudiments administratifs liés à la fonction de capitaine, fonction qu'il sera potentiellement amené à occuper dans l'avenir et dans l'éventualité où il serait amenait à me remplacer. Ne voulant pas abuser de ton amabilité ni de ton temps, très précieux n'est-ce pas, j'ai pensé que nous pourrions faire d'une pierre deux coups ? »

Que répondre à cela ? Rien, évidemment.

Kurosaki semblait être passé maître dans l'art de la diplomatie. Le sourcil d'Hitsugaya retrouva un niveau normal mais son mécontentement, lui, ne diminua pas.

Encore que mécontentement n'était pas le bon terme. Quelque chose l'intriguait mais il ne savait dire quoi. Ce flou ne lui était pas habituel. Mais ce n'était décidément ni le lieu ni le moment de se poser ce genre de question et il décida de passer outre pour l'instant. Il s'y pencherait plus tard.

Il commença donc ses explications, détaillant minutieusement les procédures et les formulaires à remplir chaque semaine, précisant l'importance des rapports mensuels, n'oubliant pas de souligner que la gestion de la documentation devait être quotidienne sous peine de se retrouver avec une tonne de papiers en moins d'une semaine (non sans un regard désabusé vers la pile qui tanguait dangereusement sur un coin de la table).

Deux heures plus tard, ils avaient à peine fini de survoler la documentation liée aux tâches courantes.

« Bien, je propose qu'on en reste là pour aujourd'hui. Je ne suis pas disponible le reste de la semaine, donc on poursuivra plus tard si cela te convient. Tu en connais pour le moment suffisamment pour parer aux urgences. Le reste viendra ensuite. Puis, lorsque nous aurons fait le tour, nous ferons un petit exercice pratique en triant toute cette paperasse. » Conclue Toshiro.

Ichigo échangea un regard avec Hisagi avant d'acquiescer.

« Cela me semble bien. Merci pour ton aide Hitsugaya Taicho. »

L'utilisation de son titre désarçonna le jeune homme.

Voilà qui était bien étrange. Son lieutenant l'appelait par son prénom et il appelait son mari par son titre. Le monde marchait sur la tête !

Non pas que cela lui déplaise en soi, lui qui était si à cheval sur la bienséance et le respect en public mais décidément, il n'aurait su dire pourquoi mais cette différence de traitement le titillait.

N'ayant pas envie de se creuser la tête à ce sujet toute la soirée, il préféra être direct.

« Vous vous appelez par vos prénoms ? » Questionna-t-il à brûle pourpoint.

Ichigo et Hisagi échangèrent un regard complice, pas le moins du monde décontenancés.

« En public non, dans un souci de cohérence par rapport au reste de la division. » Répondit Kurosaki. « Mais inutile de préserver les formes quand nous sommes entre nous. »

Cette réponse l'agaça vaguement. Il n'aurait su dire si c'était de se voir considéré comme quantité négligeable ou bien si c'était l'intimité octroyée par cette permissivité qui le dérangeait...

Toujours était-il qu'il se sentait un peu vexé et qu'il n'avait nullement l'occasion de le signifier sans passer pour un rabat joie ou un coincé, voire les deux, au choix.

N'ayant guère le loisir de répliquer, ils se séparent et Toshiro rentra seul à la maison. Sur le chemin, il ne put s'empêcher de repenser à tout cela mais, ne trouvant définitivement aucun sens là-dedans, préféra enfouir cette petite sensation à la fois désagréable et latente que quelque chose lui échappait sous une tonne de problèmes bien plus concrets, comme la chasse aux traîtres ou encore comment sortir Hinamori de son coma.


Un soir, la semaine suivante

« Bien, et si nous poursuivions ta formation de capitaine ? »

Ichigo releva la tête, étonné de découvrir Hitsugaya sur le pas la porte.

Il jeta un coup d'œil à pendule. Plus de 20 heures. Il avait visiblement oublié de rentrer pour dîner. Mais, une fois n'était pas coutume, son alter ego ne paraissait pas lui en tenir rigueur. Mieux, il lui proposait son aide. Il n'allait certainement pas dédaigner une telle offre !

« Mais bien sûr ! Veux-tu que je fasse apporter quelque chose pour le dîner ? »

Hitsugaya eut un sourire en coin et tendit le bras devant lui. Il tenait un odorant sac en plastique à la main.

« Cuisine chinoise. Ça te va ? »

Un large sourire fendit le visage du rouquin.

« Parfait ! On s'y met ? »

Quelques heures plus tard, la nuit était tombée sur les bureaux de la 9ème Division. Ils avaient travaillés tard. Jusqu'à l'épuisement. Notamment pour Hitsugaya qui, sur un 'je finis dans 5 minutes' d'Ichigo, avait enfin eu l'occasion de se détendre un instant en s'allongeant sur le canapé où il avait fini par s'endormir. Il fallait avouer que les quelques minutes s'étaient étirées en heures… Il était plus que temps de rentrer.

Ichigo jeta un coup d'œil sur son conjoint. Devant la pâleur de son teint et la fatigue peinte sur ses traits, il n'eut pas le cœur de le réveiller. Vu le gabarit, il n'aurait aucun mal à le transporter…

Sans un bruit, Ichigo mit son manteau et éteignit la lumière. Puis, il prit délicatement le petit capitaine endormi dans ses bras. Sa tête vint automatiquement se nicher au creux du cou du rouquin.

Pour la première fois depuis des mois, Ichigo sentit l'odeur des cheveux de neige. Les mèches blanches virent lui chatouiller le menton tandis qu'un souffle aérien lui caressait le cou. Une douce chaleur réchauffa ses bras. Son cœur se mit à cogner fort dans sa poitrine.

Sur le chemin du retour, marchant dans la nuit noire, il respira longuement le parfum frais et léger émanant du gamin. Il était ému de serrer contre son cœur le corps de Toshiro, de le toucher à nouveau.

Enfin.

Bouleversante sensation.

Qui le prenait au dépourvu, lui retournait le cœur et l'âme, sans crier gare.

Malgré lui, les larmes lui montèrent aux yeux. Émotion qu'il rejeta, la mettant sur le compte de la fatigue, de l'écrasante fatigue que son nouveau travail lui imposait.

Oui, c'était cela, rien de plus.

Il revint au manoir le plus rapidement possible se déplaçant sans bruit dans l'obscurité de la nuit. Le manoir était silencieux. Charlotte était partie depuis bien longtemps. Il grimpa jusqu'à l'étage et se dirigea vers ce qui avait été sa chambre.

Puis, il déposa délicatement le capitaine endormi sur son lit, ne pouvant en retirant ses mains s'empêcher de faire courir un doigt sur la peau nacré de ses joues.

Brusquement, il se rendit compte qu'il n'avait pas envie de le quitter. De rompre le contact. De s'éloigner de lui.

Il était si rare qu'il puisse l'approcher. Son iceberg gardait toujours un périmètre de sécurité d'au moins 50 centimètres autour de lui. Son espace vital. Qu'il était inutile de forcer. Aussi le respectait-il.

Mais qu'en était-il de lui, Ichigo ?

'Mon' Iceberg ? Mais qu'est-ce qu'il m'arrive ? Stupide, Ichigo, tu es stupide ! Se sermonna-t-il, la gorge nouée.

Malgré les évidences que son esprit lui criait, son corps refusait de s'en aller, de laisser Hitsugaya seul. De rejoindre sa propre chambre, pour s'endormir seul.

Stupide, vraiment stupide. Mais c'était plus fort que lui, comme si sa vie en dépendait.

Il ne le laisserait pas. Pas ce soir.

En silence, il s'allongea à son tour sur le lit et enveloppa le corps endormi de ses bras, enfouissant son nez dans la chevelure argentée, avant de sombrer à son tour dans le sommeil. Serein et apaisé comme il ne l'avait pas été depuis longtemps.

A l'aube, Ichigo ouvrit un œil. Il tenait toujours Toshiro enlacé. Il était si bien qu'il aurait voulu que cette nuit dure éternellement. Mais un coup d'œil sur le réveil lui fit comprendre que malheureusement, son souhait ne serait pas exaucé. Le travail l'appelait de nouveau. Et mieux valait qu'Hitsugaya ne le trouve pas là à son réveil.

Avec précaution, il se dégagea de l'étreinte et quitta le lit, emportant comme un vide dans ses bras.

Quelques minutes plus tard, Toshiro se réveilla. Il avait brusquement froid.


Les activités avaient repris leur cours normal, entre entraînements, paperasses et visites à l'hôpital. L'état d'Hinamori était désormais stationnaire et bien qu'elle ne soit toujours pas réveillée, les visites étaient désormais autorisées.

Les plans des trois traîtres restaient mystérieux pour le moment et nul ne savait quel était leur but réel. Les suppositions allaient bon train, tout comme les recherches mais les anciens capitaines semblaient avoir disparus sans laisser la moindre trace.

L'état d'alerte, bien que restant élevé, diminua, obligeant les divisions à assurer des gardes permanentes et les shinigamis à se soumettre à des entraînements intensifs mais les communications avec le monde réel furent rétablies.

Ichigo parvint à trouver l'équilibre dans ses fonctions, son duo avec Hisagi fonctionnant désormais à merveille. Il avait acquis énormément d'expérience en très peu de temps et se sentait à la hauteur de son poste et apte à assumer ses responsabilités de Capitaine. Même simplement intérimaire.

Ce calme temporaire permit à Kira de reprendre le dessus et il vint rechercher sa fille, remerciant vivement les deux jeunes hommes de l'avoir gardée ces quelques semaines.

Les soirées en tête à tête n'en redevinrent pas pour autant pesantes car elles se faisaient rares, Ichigo ayant été très vite happé par le tourbillon de travail que représentait sa prise de fonction.

Le jeune couple parvenait à dîner ensemble une à deux fois dans la semaine. C'est justement ce soir-là qu'Ichigo lâcha une bombe, sur laquelle il méditait depuis plusieurs jours déjà.

« Toshiro, je voudrais profiter du rétablissement des liaisons Terre-Seireitei pour aller rendre visite à mon père. »

Pris de court, Hitsugaya ne répondit qu'un insignifiant 'ah oui ?'.

« Je pense que cela serait une bonne chose au vu de ma promotion récente et qui sait, cette période d'accalmie ne durera peut-être pas ? »

Cette fois, Hitsugaya acquiesça, comprenant ce besoin de resserrer les liens familiaux. Après tout, nul ne savait ce que l'avenir réservait...

« Tu as raison, je pense que tu devrais y aller. »

« Non, pas moi Toshiro. Nous. »

Le gamin leva la tête, franchement surpris.

« Nous ? Cela signifie-t-il que tu souhaites que…je vienne avec toi ? » Articula-t-il lentement. Il ne s'attendait absolument pas à ça.

Les sourcils d'Ichigo se froncèrent et ses yeux se firent plus durs devant ce manque d'enthousiasme flagrant, au demeurant fort peu respectueux pour lui et sa famille.

« Cela me parait tout ce qu'il y a de plus approprié. N'oublie pas que nous ne leur avons pas rendu visite depuis notre mariage, ainsi que le demande la tradition. Si le délai a été quelque peu dépassé au vu des circonstances exceptionnelles de ces dernières semaines, je pense qu'il est désormais temps de faire face à cette obligation. » Ajouta-t-il d'une voix calme qui ne laissait pourtant planer aucun doute quant à la réponse attendue.

Toshiro resta interdit pendant un instant avant de se ressaisir et de finalement hocher la tête en signe d'assentiment.

Ichigo avait raison, la visite des jeunes époux à leurs familles devait se faire dans les semaines suivant l'union. Ils n'avaient que trop tardé.

« Il est temps en effet. Quand prévois-tu d'y aller ? »

« La semaine prochaine, si cela te convient. Je pense qu'un séjour de 5 jours seulement au lieu des 15 habituels est approprié. Cela sera accepté sans souci, eu égard à mes nouvelles fonctions. Tout le monde comprendra que je ne puis laisser mon siège vacant pendant deux semaines. Même si j'ai toute confiance dans le travail de Hisagi. » S'empressa d'ajouter Ichigo, plus pour lui-même que pour Toshiro.


Manoir Kurosaki/Hitsugaya

Le départ eu lieu le jour dit. Ses bagages bouclés, Hitsugaya attendit quelques minutes qu'Ichigo donne ses consignes à Charlotte et ils prirent ensemble la direction de portail.

Le gamin n'était pas bien à l'aise, bien qu'il ne le montrât absolument pas.

La conjonction monde réel plus belle-famille ne lui paraissait pas de bon augure mais il préférait garder ses craintes pour lui, la communication avec Ichigo ne s'étant pas révélée être son point fort. Sa requête était de plus légitime. Si lui n'avait pas de famille à visiter, ce n'était pas une raison pour qu'Ichigo en pâtisse.

Ils débarquèrent sans encombre à Karakura en fin de journée.

La villa de la famille se situait dans un quartier calme, presque à l'extérieur de la ville. Une haute muraille ceinturait les cours et un imposant portail de bois massif, très simplement sculpté, fermait l'accès. Impossible pour un quidam de jeter un coup d'œil furtif sur le lieu ou sur ses habitants. L'intimité de la demeure était parfaitement protégée. Un serviteur les accueillit au premier coup de cloche et les fit prestement entrer.

Le contraste fut saisissant. La lourde porte de bois semblait séparer deux mondes. Le premier était moderne, fait de route, de trottoirs et d'arrêt de bus et le second où le temps semblait s'être arrêté dans une époque féodale, avec la maison qui était faite de bois foncé, avec des portes coulissantes sur le devant donnant directement sur un jardin japonais. Il ne manquait plus que les samouraïs en tenue.

Assez similaire au Seireitei… Pensa Toshiro, qui examinait avidement tous ces détails.

Ou du moins relativement car si la livrée du serviteur était classique, il n'en restait pas moins qu'au lieu d'être vêtu d'un kimono et de sandales, il portait un pantalon droit avec une chemise.

La décoration intérieure de la vaste demeure lui procura un nouveau choc : tout était absolument et résolument design.

Des larges baies vitrées avaient remplacées les portes donnant sur la cour nord, les cloisons avaient été abattues pour dégager un espace central énorme comprenant notamment une cheminée ouverte à 360°. Des canapés colorés étaient dispersés de-ci, de-là dans la pièce et des tableaux épurés décoraient les murs.

Finalement, si la structure extérieure était plutôt traditionnelle, rien de ce qu'elle en contenait ne l'était.

Kurosaki senior les attendait dans le salon. C'est avec un énorme sourire qu'il accueillit ses invités, serrant chaleureusement son fils dans ses bras et donnant une vigoureuse accolade à son beau-fils.

« Que cela me fait plaisir de vous voir ! » S'exclama-t-il. « Bien, et si vous alliez vous débarrasser des ces oripeaux et que vous me rejoignez pour trinquer en votre honneur ! Tes sœurs ne vont pas tarder à arriver Ichigo. Notre gouvernante va vous montrer votre chambre. J'espère qu'elle vous plaira. Tu vas voir Ichi, j'ai fait quelques aménagements pour que vous soyez plus à votre aise tous les deux ! »

La pièce se révéla être plus une suite qu'une chambre. Une cinquantaine de mètres carrés au bas mot, une salle de bain privative avec hammam, un lit énorme et même une petite terrasse privée avec deux transats en teck et un guéridon. Le tout dans des lignes épurées blanches et rouges.

« Ta penderie est ici. » Lui indiqua Ichigo qui commença à se changer sans attendre.

Intrigué, Toshiro ouvrit le placard et découvrit, au lieu du vide abyssal auquel il s'attendait, une foule de vêtement de ville, colorés et déjantés.

« Qu'est-ce que… » Balbutia le gamin.

Ils ne s'attendaient tout de même pas à ce qu'il porte cela, si ? Ichigo lui jeta un regard en coin.

« Nous ne portons jamais de kimono à la maison, toujours des vêtements classiques comme jeans, baskets. »

« C-Classiques ? » S'étrangla Toshiro.

Franchement, il ne voyait pas ce qu'il y avait de classique dans la garde-robe qu'il avait devant les yeux.

« Classiques pour le monde réel. » Précisa le rouquin, narquois. « Tu peux prendre ce que tu veux, mon père a acheté ces vêtements rien que pour toi. Je lui avais précisé que tu ne possédais pas ce genre de tenue. » Ajouta-t-il avec une pointe de moquerie.

Il n'avait pas oublié la scène du petit déjeuner où Hitsugaya était entré dans une rage folle à la vue de son T-shirt.

Voir la situation s'inverser le faisait doucement rigoler.

Éberlué, mais bien décidé à se plier aux exigences locales, le gamin tendit une main hésitante vers le placard. Comment choisir quoi que ce soit dans cet amas de tissu ?

En désespoir de cause, il choisit un jeans gris foncé et un polo noir, des chaussettes et une paire de baskets noires également. Il aurait au moins essayé de faire dans la sobriété.

Ichigo pour sa part n'avait pas ce genre de problème et enfila un jeans bleu brut sur un T-shirt blanc portant des motifs psychédéliques aux couleurs électriques.

En sortant de la chambre, Ichigo jeta un coup d'œil furtif sur la tenue de son conjoint.

Elle lui parut plutôt bien choisi mais plutôt mourir que de lui dire que ces vêtements le mettaient en valeur. Il n'en restait pas moins que la coupe ajustée lui allait carrément bien et que, par contraste avec le noir du polo, ses cheveux paraissaient encore plus neigeux que d'habitude.

Il n'y avait rien à faire, ce gamin avait son charme. C'était indéniable mais cela ne faisait que déprimer Ichigo un peu plus.

A quoi bon observer un gâteau magnifique si on ne pouvait pas le manger ? Le masochisme n'était pas spécialement son truc et il venait presque à regretter de ne pas avoir épousé un thon. Au moins n'aurait-il pas eu des regrets !

Durant leur absence, les sœurs d'Ichigo avaient fait leur apparition et Isshin fit les présentations pour Toshiro.

La plus jeune paraissait avoir douze ans, c'était une fluette petite fille blonde au visage poupin qui lui rappela curieusement Kamiko. Attirant immédiatement la sympathie d'Hitsugaya.

La seconde semblait avoir une quinzaine d'années. L'air de famille avec Ichigo lui sauta immédiatement aux yeux dès qu'il croisa le regard franc et incisif de cette dernière. Il se sentit instinctivement sur ses gardes.

Si la timidité semblait faire partie intégrante de la plus jeune, la benjamine paraissait en être totalement dépourvue.

La vision de Toshiro provoqua chez cette dernière un froncement de sourcils qui ôta définitivement tout doute de parenté entre Ichigo et elle. Apparemment, le jeune homme n'était pas à son goût.

Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Mon frère a épousé ce gosse ? C'est incompréhensible. Il a l'air si…froid. Si renfermé. Quand je pense qu'Ichigo est un bout en train de première classe ! Enfin, je peux me tromper. A voir. La semaine nous réservera peut-être de bonnes surprises. Karin renifla d'un air éminemment réprobateur mais s'en tint là.

« Allez les enfants, je vous propose un petit apéro ! Que je suis content ! Tous mes petits réunis sous mon toit ! Et la famille qui s'est élargie ! Un événement rare, alors profitons-en ! » Claironna Isshin, déjà déchaîné.

C'est ainsi qu'en moins d'une demi-seconde, Toshiro se retrouva avec une flûte à champagne dans la main droite et une assiette de petits fours sous le nez.

« Vas-y, prends-en ! Je les ai fait moi-même ! » Chantonna la petite sœur avec un sourire hésitant dans sa direction.

Préférant avoir la bouche pleine afin d'éviter toute question et bien que n'ayant pas franchement faim, le gamin prit deux petits feuilletés. Vraiment bons. Fondants, croustillants, chauds sans être brûlants.

« Ils sont excellents. » Félicita Toshiro, sincère.

La petite battit des mains, sautant presque sur place.

« Oh, tu aimes ! Je suis contente ! »

Kurosaki senior afficha un air pleinement satisfait.

« Mais je te l'avais dit ma puce ! Ce garçon aime les bonnes choses n'est-ce pas ? Après tout, il a bien épousé notre Ichini ! »

Bizarrement Toshiro n'aurait pas cru possible de pouvoir comparer quelqu'un avec un feuilleté sans être ridicule. Isshin avait réussi ce tour de force.

Cet homme était décidément une force de la nature, explosant d'un rire tonitruant toutes les cinq minutes, et arrivait à mener la conversation en solo, faisant autant de bruit qu'un groupe de vingt personnes. Une vraie animation à lui tout seul.

Ichigo causait tranquillement avec Karin qui lui jetait parfois des regards en coin. Pour sa part, Toshiro préféra restait au côté de Yuzu, plus à l'aise, papotant cuisine et études, s'intéressant à ses études et aux étranges coutumes humaines.

« Ce soir, j'ai prévu un dîner un peu plus intime, simplement en famille. Mais demain, à partir de 18 heures, c'est cocktails ! J'ai invité quelques amis. Ça permettra à tout le monde de rencontrer Toshiro ! » Isshin s'en frottait les mains d'avance.

« Il était inutile d'organiser une réception. » Intervint Ichigo, bien conscient que toute cette attention ne pouvait que mettre Toshiro mal à l'aise.

« Allons fils ! Tu penses bien que j'ai fait les choses finement ! En réalité, c'est un vernissage : ta sœur fait sa première exposition. Je me suis dit que c'était l'occasion de faire coup double ! »

« C'est vrai Karin ? Félicitations ! »

Et la discussion reprit de plus belle.


Le lendemain, pendant le cocktail

Toshiro regardait pensivement la toile, se demandant bien ce que la jeune fille avait voulu exprimer.

De taille moyenne, la peinture représentait deux lignes colorées s'entrecroisant en divers endroits. L'ensemble était harmonieux bien que la signification reste mystérieuse. L'ensemble de la collection était d'ailleurs dans cette veine, à la fois design et nostalgique. Sa préférée était une immense toile blanche carrée sur laquelle de fines lignes noires esquissaient la silhouette d'une femme accoudée à la rambarde d'un pont et admirant un ciel étoilé.

Une sourde torpeur l'envahissait peu à peu. Il avait peu dormi la nuit passée et le cocktail 'Pink paradise' qu'il sirotait ne l'aidait guère à rester réveillé.

Il n'était pas coutumier des nuits sans sommeil, lui qui tombait de fatigue après des journées bien remplies, et ne doutait pas que la présence inhabituelle d'Ichigo à ses côtés avait été un facteur perturbant.

Sans compter la nouveauté des lieux, après tout, il ne connaissait ni la maison ni la famille avant de venir, rien d'étonnant à ce qu'il soit quelque peu décalé. Le jeune homme n'avait pas tenté quoi que ce soit et en aucun cas au cours de cette longue nuit leurs épidermes n'étaient entrés en contact, ce qui était des plus rassurants. Aussi la nuit prochaine ne devrait être que meilleure.

En attendant, il se devait de faire bonne figure face à tous les invités d'Isshin et des amis de Karin. Il avait adopté le standard des humains, à savoir un pantalon noir avec une chemise blanche. Parfaitement classique selon Ichigo et une chose était sûre : il ne dénotait pas car tous les mâles présents avaient fait de même. Les seules touches de couleurs, en dehors des peintures bien évidemment, étaient les robes de ces dames, certaines ravissantes, d'autres carrément audacieuses et pas toujours avec goût.

Il avait fait de son mieux, s'efforçant à se montrer courtois et aussi disert que possible avec chacune des personnes qui l'avaient abordé. Les mondanités n'étaient pas son point fort mais la diplomatie faisait partie intégrante de son travail et c'était un art qu'il avait dû apprendre à cultiver.

Il n'eut pas le loisir de converser avec Ichigo qui naviguait joyeusement d'un convive à l'autre, parlant tour à tour peinture, voyage, politique, mode et même bricolage. Un véritable caméléon qui semblait à l'aise partout et avec tout le monde.

Il a l'air heureux… Remarqua Toshiro qui voyait enfin clairement une facette qu'il n'avait pu qu'entrevoir lors de leur vie maritale.

Celle d'un garçon souriant, dynamique, excessivement chaleureux, qui dégageait une telle aura qu'on ne pouvait qu'avoir envie de s'approcher. Cela ne manquait d'ailleurs pas. Après 5 minutes de conversation avec lui, les invités affichaient tous un sourire ravi et complimentaient avec enthousiasme la famille Kurosaki pour son talent et leurs valeurs humaines.

« Alors Hitsugaya, comment trouves-tu ces toiles ? Te plaisent-elles ? »

Toshiro sursauta en entendant la voix de son beau-père à sa gauche. Isshin se tenait juste à côté, un verre à demi vide dans la main, et l'air tout à fait décidé à discuter avec son gendre. Mais pour une fois, Toshiro n'eut pas besoin de se forcer.

« Elles sont intéressantes, assurément. Elles m'intriguent beaucoup, je me demande ce que leurs dessins peuvent bien signifier. Peut-être rien, peut-être y'a-t-il un sens caché. »

« Ah ça ! Il faudrait voir avec Karin. Elle t'expliquera peut-être…Ou pas ! » Ajouta le père en rigolant. « Cette petite a son caractère, il faut bien le reconnaître ! Mais je pense que tu dois être habitué désormais. Après tout, Ichigo aussi sait ce qu'il veut…Donc, on peut dire que tu apprécies cette petite expo ? »

« Oui. » Affirma sans hésiter le jeune garçon. « En fait, j'aime beaucoup cette toile. C'est ma préférée, je crois. »

« Voilà qui me fait plaisir ! Je sais qu'il n'est pas forcément facile de s'intégrer dans une nouvelle famille. Je suis content que tu te sentes bien ici. » Ajouta-t-il avec un clin d'œil avant de s'éloigner vers d'autres de ses invités.

Toshiro resta songeur. Il était touché par la remarque d'Isshin qui veillait à sa manière sur son bien-être.


Il était près de minuit lorsqu'ils vinrent se coucher. Ichigo se tourna en boule de son côté et s'endormit aussitôt. Toshiro lui, se perdit dans ses pensées. Au final, les choses se passaient mieux qu'il ne l'avait espéré. Les deux sœurs étaient sympathiques, chacune dans son genre. Isshin restait égal à lui-même, toujours à l'aise, toujours content. Les activités se déroulaient sans accros, sans problème. Ils étaient ès bien installés, très confortablement avec même plus d'intimité que nécessaire.

Bref, il n'y avait aucune raison de s'inquiéter, ces quelques jours allaient passer très rapidement et bientôt, ils seraient de retour chez eux, dans leur petite routine.

Mais en ce cas, pourquoi diable ne parvenait-il pas à dormir ?

Car en dépit de tous ces raisonnements bien rassurants, il n'arrivait absolument pas à s'endormir, voyant les heures défiler lentement sur le cadran numérique.

L'exaspérant au possible.

La respiration d'Ichigo était régulière et son corps chaud reposait immobile à ses côtés. La pièce était calme, le lit moelleux et vaste. Il ne se sentait nullement gêné par la présence d'Ichigo qui dormait bien dans son coin.

Bon sang, mais qu'est-ce qui pouvait bien l'empêcher de dormir ?

Il était épuisé, la nuit précédente ayant été plus que courte et la journée bien remplie. L'alcool lui grisait encore un peu le sang et il sentait la fatigue peser sous ses yeux.

Mais rien à faire.

Son esprit tournait et tournait dans tous les sens, pensant à tout et à rien, faisant des nœuds. Une angoisse latente l'empêchait de se reposer et c'est avec bonheur qu'il vit les rayons de soleil filtrer de plus en plus nettement à travers les volets.

Alors seulement, il sombra dans les ténèbres.


« Toshiro ? Toshiro ? »

La voix d'Ichigo lui parvint à travers un brouillard fait de coton. Avec d'énormes difficultés, il ouvrit les yeux, constatant que Kurosaki junior était penché vers lui, un air mi- inquiet, mi- agacé sur le visage.

« Moui ? » Bredouilla le gamin.

« Il faut te lever Toshiro, il est plus de midi et mon père nous attend pour déjeuner je te rappelle. »

Et il faisait bien car le cerveau d'Hitsugaya avait visiblement effacé cette donnée.

Il avait bien du mal à remettre les choses à leur place et constatant qu'il n'avait dormi que quelques heures, cela ne lui parut pas si délirant.

« Ah ok. J'arrive. »

« Je t'attends dans le salon. » Précisa le rouquin avant de quitter la chambre.

Toshiro resta un instant bras ballants dans le lit, fortement tenté par l'idée de se recoucher.

Mais l'agacement fugace qu'il avait lu dans les yeux d'Ichigo lui indiquait clairement qu'il vaudrait mieux éviter.

Si le roux était plutôt patient, l'omniprésence familiale semblait amoindrir sa tolérance habituelle.

Aussi se leva-t-il sans attendre. Il avait l'impression que son corps était fait de plomb et pesait des tonnes.

Je dois couver quelque chose, ce n'est pas possible…

Il avait déjà fait des nuits blanches ou des gardes de plus de 24 heures dans sa carrière de shinigami, mené des batailles qui requéraient significativement plus d'énergie que tout ce qu'il avait pu faire cette dernière semaine. Mais jamais, jamais, il ne s'était senti si épuisé. Il avait l'impression de n'avoir dormi que 4 secondes au lieu de 4 heures.

Jetant un coup d'œil dans la glace de la salle de bain, il constata que ce n'était pas qu'une impression car deux beaux cercles mauves se profilaient sous ses yeux azurs et son teint avait viré de blanc à blafard. Bref, la cata, même pour lui.

Il se frotta vigoureusement le visage sous l'eau chaude, espérant faire circuler le sang mais ce ne fit en rien disparaître les cernes bistres qui s'affichaient sous ses yeux.

Bon, et bien ma foi, il va falloir faire avec. Encore une nuit comme cela et j'aurais l'air d'un vampire, les dents en moins.

Il attrapa les premiers vêtements qu'il vit dans la penderie, choisissant au passage un fin gilet de laine noire car il avait un peu froid et rejoint la famille.

Le père d'Ichigo fronça les sourcils à la vue de la mine défaite du gamin mais ne dit rien.

« Ichigo, et si nous allions lancer le barbecue ? Voilà une activité qui me plaît et que je ne laisserai pour rien au monde ! Entrecôte de bœuf rôtie, j'espère que tu aimes ça Toshiro ? »

Ce dernier hocha vaguement la tête en signe d'assentiment. Une migraine commençait à pointer le bout de son nez et il se fichait royalement de ce qu'il allait manger ce midi pourvu qu'on ne lui demande pas de choisir. Isshin entraîna son fils vers le fond du jardin pendant que les trois autres prenaient place à table.

« Toshiro serait-il malade ? » Questionna-t-il.

Ichigo leva les yeux au ciel puis soupira.

« Non, enfin je ne crois pas. »

« Il a mauvaise mine tu ne trouves pas ? »

Agacé, Ichigo jeta un œil rapide sur le gamin et haussa les épaules.

« Bof, ça va je trouve. » Lâcha-t-il de mauvaise foi.

« Ha bon… »

« Oui, pas de quoi s'inquiéter. Occupe-toi plutôt de la viande ou elle va cramer. » Conclue fermement le rouquin avec un regard en coin pour son père. Il n'avait franchement pas envie de discuter de Toshiro avec son père, que le petit capitaine ait une sale tête ou non. Ce séjour devait se passer tranquillement, sans la moindre anicroche, voilà tout ce qu'il souhaitait.

Il avait déjà bien assez de souci au Seireitei sans en rajouter avec les questionnements de son père !

Le repas fut gargantuesque. Toshiro n'aligna que trois mots et chipota avec son assiette tandis que les autres dévoraient.

L'après-midi se déroula tranquillement, à bouquiner sur un transat tandis que les autres se baignaient dans la piscine chauffée. Ichigo retrouvait toute sa fougue. Il était chez lui, dans son univers avec ses habitudes et ses centres d'intérêts.

Après s'être bien défoulé dans l'eau et réalisé une centaine de longueur, il vint s'allonger à son tour sur un transat et regarda Toshiro.

Le gamin s'était endormi, le livre encore dans les mains. Kurosaki junior retint un sourire. Il ne savait pas trop s'il était exaspéré ou attendrit.

Évidemment, il aurait dû se douter que se jeter dans une piscine pour barboter en famille n'était pas spécialement dans les cordes de Toshiro ! D'un autre côté, une petite sieste ne serait que bénéfique car encore une longue soirée les attendait et Ichigo avait envie de tout mais surtout pas d'un Hitsugaya fatigué et stressé. Ce soir, ils sortaient avec ses amis et il ne voulait surtout pas que le nain fasse la tête pendant tout le repas comme ce midi.


Restaurant Le fil à plomb, Karakura

Les conversations allaient bon train et Toshiro faisait de son mieux pour ne pas lâcher les wagons. Se retrouver au milieu d'un groupe d'amis de longue date discutant des dernières nouveautés du monde réel était un exercice on ne peut plus délicat, encore plus lorsqu'on était quelqu'un introverti, shinigami et gravement en manque de sommeil.

La sieste avait été salutaire sinon, il n'aurait pas pu survivre à l'apéro qui avait eu lieu chez Ishida. Ils avaient été accueillis à bras ouverts par le jeune homme et sa femme, laquelle avait serré Toshiro si vigoureusement qu'il avait craint un instant de mourir étouffé par son imposante poitrine. Après quelques minutes de conversation, il s'était avéré que cette demoiselle était fort aimable et sympathique, bien que parfaitement déjantée. Les amuse-gueules qu'elle avait concoctés étaient immangeables et le petit capitaine s'était longuement demandé où elle avait bien pu pêcher des idées pareilles car assurément, il n'était pas commun de servir des huîtres au roquefort ou du flamby au thon.

Les autres amis étaient arrivés peu après, remplissant l'espace en quelques secondes et Toshiro en avait instantanément perdu le compte. Il avait retenu l'équivalent d'un prénom sur trois, car il n'avait guère l'habitude de dévisager les gens tout en leur faisant la bise - une ridicule coutume humaine qui l'obligeait à une proximité embarrassante avec des gens qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam.

Soucieux néanmoins de s'intégrer, il avait gardé ses commentaires pour lui, se contenant de suivre le mouvement de son mieux et n'avait pipé mot durant tout le trajet qui les avait mené au restaurant.

Et c'est ainsi qu'il se retrouvait assis sur une étroite banquette de cuir rouge, entre Orihime et un certain Chad.

Il ne savait où poser son regard.

A sa droite, il disposait d'une vue panoramique sur la tressautante poitrine de la femme d'Ishida qui s'agitait au moindre mouvement – comprendre qu'elle bondissait en permanence car la jeune femme avait tendance à trouver tout 'Wonderful' et à battre des mains à la plus petite boutade…

A sa gauche se trouvait donc Chad dont l'imposante stature l'obligeait à lever les yeux au ciel dans l'espoir de croiser son regard. Dans le cas contraire, il devait se contenter de voir le troisième bouton de sa chemise.

N'ayant ni envie d'offenser Ishida, ni de se faire un torticolis, il devait donc porter son regard vers ce qui se trouvait face à lui et c'était malheureusement ce qui le dérangeait le plus.

Ichigo était assis au côté d'une ancienne amie de collège, une certaine Elise machin chouette, et conversait joyeusement de tout et de rien avec elle et Ishida, son autre voisin.

Bien. Aucun problème jusque-là.

Ladite donzelle avait eu le bon goût de se vêtir de ce qu'elle avait de plus court dans sa garde-robe – ou du moins Toshiro l'espérait-il car, dans le cas contraire, il aurait été dans l'obligation de lui suggérer une reconversion – et arborait donc un micro short noir assorti à un haut vert pomme dont le décolleté dévoilait sans scrupule le vide abyssal de son soutien-gorge.

Comme si cela ne suffisait pas, le short en question était ajouré sur les côté, histoire d'offrir une vision à 360° de sa cellulite naissante.

Évidemment, et bien que n'ayant eu que peu de pratique, Toshiro connaissait au moins la théorie, et doutait fortement que cet étalage de viande fasse tourner Ichigo du gay à l'hétéro.

Donc une situation assez pitoyable mais toujours pas de problème.

Quand elle avait posé sa main sur le haut de la cuisse de son mari, Toshiro avait plissé les yeux, sentant qu'un léger énervement commençait à monter. Question de bienséance n'est-ce pas ? Mais pas question de faire un esclandre.

Quand elle lui avait mis ses seins sous le nez sous prétexte de ramasser un couvert tombé à terre, son sourcil s'était levé d'un cran.

Toujours une question de bienséance, n'est-ce pas ?

Quand elle s'était ensuite assise sur ses genoux parce qu'elle ne voulait pas 'gêner le serveur pendant qu'il débarrassait la table', il avait senti sa main se resserrer autour de son verre de soda.

Mais quand cette infâme greluche, après avoir 'malencontreusement' renversé sa Tequila Sunrise sur l'entrejambe d'Ichigo, entreprit de taponner le tissu avec une serviette, alors tout devint blanc. La température ambiante chuta brusquement et un flocon passa devant les yeux de l'écervelée.

« Oh, c'est trop étrange, il neige à l'intérieur ? Ils ont un problème de clim tu penses ? »

Un seul regard fit comprendre à Ichigo qu'il ne s'agissait pas de la climatisation du restaurant. Toshiro, les yeux plus azurs que jamais, fixait intensément Elise, la main serrée autour de son verre qui avait commencé à prendre en glace.

D'un geste vif, il repoussa la fille sur sa chaise et finit de se sécher par lui-même. Pendant ce temps, les autres remettaient pulls et manteaux, interpellant le serveur afin de lui signaler cet ennui technique.

Toshiro lâcha la peste du regard et se contenta de fixer son verre, pas franchement surpris de voir son soda transformé en Mister Freeze.

Au bout de quelques minutes la température finit par remonter et le dîner put reprendre son cours normal, en dépit de l'incessant babillage de la greluche qui persistait à trouver 'trop zarb non ?' cet épisode glacial.

Visiblement, la bienséance était une notion qui n'avait jamais dû l'atteindre car voyant que le rouquin n'était plus réceptif à ses remarques, elle se tourna ses lamentables attentions vers l'autre homme marié à proximité, à savoir Ishida.


Trois heures du matin dans la chambre rouge

Encore une fois, il ne parvenait pas à dormir. Une vague de désespoir s'abattit sur lui. Il n'en pouvait plus. La journée lui avait déjà paru interminable mais encore une nuit comme la précédente et il ne voyait pas comment il pourrait supporter celle de demain. Les larmes lui montèrent aux yeux sous l'énervement.

Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui ?

Il aurait dû être parfaitement rassuré désormais, Ichigo ne l'avait pas touché lors des 2 dernières nuits, il n'y avait aucune raison pour qu'il le fasse cette fois-ci !

Brusquement, une pierre lui tomba dans l'estomac.

C'était ça. C'était bien ça. Le souffle coupé, il se rendit compte que cette simple constatation lui faisait mal. Horriblement mal.

Désormais il savait.

Il savait pourquoi il n'arrivait pas à dormir ici, dans cette chambre, dans ce lit.

Parce qu'être là, couché auprès de son mari sans que celui-ci semble le moins du monde intéressé par sa personne, alors qu'ils n'avaient pas été aussi proches depuis des mois, le faisait terriblement souffrir.

Un geignement rauque monta de sa poitrine et il l'étouffa immédiatement entre ses dents.

Ainsi était-il si peu attirant que, même après des mois d'abstinence, dormir à ses côtés ne provoquait aucun émoi chez Ichigo ?

Rien, pas la plus petite tentative, si minime soit-elle ? Un pseudo frôlement par mégarde, un sourire un peu plus appuyé, un coup d'œil lors d'un passe dans la salle de bain... Rien !

Le néant le plus absolu.

S'il n'avait pas su la vérité, Hitsugaya aurait pensé que le rouquin était hétéro.

Il en était malade.

Mais c'était complètement sa faute. Il l'avait repoussé, blessé probablement et lui avait fermé son cœur. Et maintenant, il voulait être dans ses bras ? Pff, quelle inconstance !

Un sanglot lui étreint la gorge. Pourquoi fallait-il qu'il ait envie de la seule chose qu'il ne pouvait avoir ?

Les larmes de colère et de frustration se mirent à rouler librement sur ses joues tandis que son corps s'enflammait.

Il voulait être dans ses bras. Il en avait envie. Il n'avait même envie que de ça.

C'était dingue, parfaitement irrationnel, passablement stupide mais il n'en avait cure. Il le voulait, voilà tout.

Comment faire ? Et Ichigo, lui, en aurait-il envie ?

Autant de questions, encore et encore...

D'un geste rageur, il balaya ses larmes et ses doutes. Le désir était trop fort.

Il tendit le bras et, attrapant Ichigo par l'épaule, le tira vers lui, lui arrachant au passage un 'Muuuumh ?' endormi et outré.

« Qu'est-ce que tu fais Toshiro ? » Commença à râler le rouquin qui s'arrêta net quand il sentit le corps du gamin se plaquer conter le sien, sa tête se nichant au creux de son cou.

Il enroula mécaniquement ses bras autour de lui, son cerveau peinant à se réveiller et n'étant pas franchement sûr de ce qu'il percevait. Le corps de Toshiro était brûlant et son souffle saccadé lui arracha un frisson.

Qu'est-ce que…

Il n'eut pas le temps de chercher plus activement quelles pouvaient être les motivations du gamin car deux mains se glissèrent sous son maillot et caressèrent doucement son ventre.

Ce contact ténu mit le feu aux poudres, faisant passer le cerveau du rouquin de comateux à pilotage automatique.

Sans réfléchir, il baissa la tête et d'une main leva le menton de Toshiro vers lui pour lui happer les lèvres. Le garçon se laissa faire, goûtant maladroitement au baiser, plein de désir inexprimé. Ichigo ne s'y trompa pas et, à présent parfaitement réveillé, enserra plus fortement sa prise autour de la taille du gamin, le pressa contre son torse avant de rouler sur lui, leur arrachant un gémissement mutuel.

Sans attendre, il ôta le t-shirt de Toshiro avant de se jeter à nouveau sur lui avec voracité. Ses mains parcouraient sa peau de haut en bas, s'enflammant au contact de cette douce soie, au toucher de ces muscles dessinés. Sa langue goûtait pleinement les lèvres chaudes et humides qui désormais ne leur refusaient rien. Son désir explosait dans sa tête, et il pressa son bassin contre celui de Toshiro, lui coupant le souffle, lui-même ne pouvant contenir un geignement.

D'un geste vif, il arracha son propre t-shirt, profitant d'un contact peau à peau rarissime et délicieux, tandis qu'il glissait une main sous le pantalon de jersey que portait Hitsugaya. Sous le contact, celui-ci gémit mais les baisers d'Ichigo étouffèrent aussitôt sa plainte.

Ichigo était dans un état d'excitation rarement atteint et finit d'enlever leurs vêtements sans ménagement. Être entièrement nus l'un contre l'autre était un pur bonheur qui lui coupait le souffle. Tandis qu'il lui mordillait passionnément la gorge, Ichigo glissa une main entre ses cuisses afin de préparer son partenaire. La crispation fut fugace, très vite submergée par un désir fou. Toshiro n'était plus que sensation et ce n'était pas pour déplaire au rouquin.

Après quelques instants, il changea d'aire de jeu et s'amusa à faire courir légèrement ses doigts sur le sexe de son amant. La vue de longs frissons qui le secouaient finirent de le rendre dingue et il se jeta à nouveau sur ses lèvres tandis qu'il le pénétrait lentement. De sa main libre, il reprit ses caresses et le souffle momentanément suspendu de Toshiro reprit bientôt un rythme saccadé. Les gémissements s'échappaient de leurs lèvres scellées et montèrent au rythme erratique des va et viens d'Ichigo. Bientôt, ce ne fut plus qu'une longue plainte qui explosa dans un cri rauque lorsque vint l'apothéose.

Complètement vidé de toute énergie, Ichigo retomba sur le torse Toshiro et le pressa contre sa poitrine, leurs jambes encore entremêlées. Moins d'une minute après, ils dormaient tous deux profondément.


Au matin

Ce fut Ichigo qui se réveilla le premier. Ahuri, il se demanda un instant s'il n'avait pas rêvé mais la vision de leurs deux corps nus encore enlacés dans le sommeil ne lui laissa aucun doute. Il ne savait que penser.

Qu'avait-il bien pu se passer pour que Toshiro se jette sur lui de cette façon ? Et d'où lui venait toute cette fougue ?

Il n'en savait foutre rien ! Et pour être tout à fait honnête, ne s'en préoccupait pas trop. Il trouvait son jeune époux certes attendrissant en cet instant et plutôt mignon mais n'en était pas amoureux. Grand dieu non ! Il aurait pu l'être au début mais la froideur qui régnait entre eux depuis des mois l'avait rendu méfiant. Très méfiant.

Aussi se demandait-il ce qui allait bien pouvoir lui arriver lorsqu'Hitsugaya se réveillerait.

Il était assez adulte pour ne plus confondre un acte d'amour avec un geste de désir sensuel. Son jeune époux avait eu besoin de contact (grand bien lui fasse !) et le rouquin y avait trouvé son compte. Lui aussi avait cédé à une envie physique mais il ne s'en sentait pas en confiance ou complice pour autant.

De son côté, les choses étaient assez claires. Ils avaient fait l'amour, chose plutôt courante entre adultes consentants, mariés de surcroît, mais cela ne changeait en rien l'attitude qu'il afficherait à son égard. Le problème entre eux était au-delà de ça et quelques parties de jambes en l'air, si elles pouvaient améliorer les choses, ne révolutionneraient rien.

Fut un temps où il aurait tout donné pour que cela arrive. Mais désormais, c'était différent. Ils étaient allés trop loin dans l'indifférence et l'incompréhension pour que tout se solutionne si facilement. Même s'il n'était pas contre une amélioration, bien au contraire !

Il était donc plutôt dans l'expectative, se demandant comment son jeune époux allait gérer tout cela…

Mais pour le moment, il mourrait de faim et décida de se lever afin d'aller petit déjeuner sur la terrasse.

A son réveil, Toshiro se sentait légèrement engourdi. Son corps était un peu endolori des ses frasques de la veille et il se sentait tout cotonneux. Jetant un coup d'œil sur l'oreiller d'à côté, il constata qu'Ichigo n'était plus là, et ce, depuis un certain temps déjà.

Il soupira, étrangement soulagé et déçu. Il aurait été embarrassant de se retrouver face à lui si vite, sans avoir eu le temps de préparer une justification à son comportement de la veille mais, néanmoins, il aurait pour une fois bien aimé se réveiller face à celui avec qui il avait passé la nuit.

Étonnamment, il ne regrettait rien. L'horrible pression qui lui pesait sur la poitrine ainsi que la douleur qui lui tordait le ventre avaient disparu, laissant la place à une satisfaction teintée d'amertume. Celle d'avoir cédé à une pulsion irréfléchie, ce qui ne lui était pas coutumier.

Encore que la présence d'Ichigo ait tendance à changer bien des choses.

Ichigo…

Comment le rouquin avait-il pris les choses ?

Il ne l'avait en rien forcé à répondre à ses avances et se doutait que le jeune homme y avait lui aussi trouvé son compte. S'il avait été surpris, il n'avait guère posé de questions et son ardeur avait été égale à la sienne. Ce qui mettait un terme aux doutes de Toshiro quant à l'attraction physique qui existait entre eux. Sa faible expérience lui permettait désormais de comprendre que deux personnes pas spécialement attirées l'une par l'autre dans la vie quotidienne pouvaient très bien s'entendre au lit.

De là à savoir quelle était la part de l'abstinence dans tout ça, il préférait ne pas se prononcer !

Cependant, les conséquences de cet acte restaient obscures.

Pouvait-on réellement considérer cela comme un pas vers le rouquin, voir les choses comme une tentative de rapprochement ? Il n'était pas dupe et nul doute qu'Ichigo ne le serait pas non plus. Il n'y avait pas eu d'amour dans leurs ébats.

Néanmoins, une toute petite porte s'était ouverte au fond de lui, laissant filer de la curiosité envers cet étrange jeune homme qu'il avait épousé et qu'il ne connaissait pas.

Jetant une nouvelle fois un coup d'œil sur le réveil, il constata qu'il était plus que temps de se lever et se rua vers la salle de bain. Le jet d'eau glacée qu'il fit couler sur sa nuque le fit frissonner mais eut le mérite de le réveiller définitivement. Il se sécha vigoureusement, faisant rougir sa peau de nacre, ébouriffant ses cheveux. Deux coups de brosse plus tard, il sortait en hâte de la pièce d'eau en direction du placard.

Il ne put réprimer un soupir en ouvrant la penderie, toujours indécis dans le choix à faire. Trouvant que finalement, le jeans était plutôt une alternative confortable et pratique, il en choisit un, prenant soin d'assortir sa teinte gris clair avec le t-shirt à manches longues sobrement blanc qu'il sélectionna. Des chaussettes noires, une paire de converse de la même couleur et le tour était joué.

Finalement, il ne s'en sortait pas si mal dans le monde réel !


Il retrouva la famille Kurosaki qui l'attendait pour partir en ville. Le programme de la journée était assez sympathique : déjeuner en ville puis visite du Muséum des Arts et enfin, balade dans les rues jusqu'au feu d'artifice.

C'était la fête des esprits et tout Karakura était en effervescence. Toshiro croisa le regard ambré mais n'eut pas le loisir de converser avec lui de tout le trajet, Isshin ayant d'office laissé le volant à son fils et Hitsugaya s'était retrouvé à l'arrière avec les deux sœurs.

La ville était fort jolie même si Toshiro appréciait plus les architectures traditionnelles. Les urbanistes avaient très bien équilibré le modernisme, avec ses tours de verre et de métal, et la nature en jalonnant les allées d'arbres et de parterres de fleurs. Un canal sinuait dans la ville et ses berges avaient été aménagées en pistes cyclables et voies piétonnes. L'ancien temple bouddhiste où était organisée la fête était situé sur les hauteurs et des fanions multicolores ornaient tous les carrefours. Les rues n'étaient pas encore pleines de monde mais on sentait une sourde animation dans tous les coins.

Se promenant tranquillement, à quelques mètres devant eux, les filles papotaient joyeusement avec Isshin qui était survolté par cette ambiance festive. Toshiro se retrouva un peu isolé en arrière avec Kurosaki junior.

Marchant côte à côte, ils échangèrent un regard furtif qui fit rosir les joues de Toshiro, amenant un sourire un peu moqueur sur les lèvres d'Ichigo. Pour une fois, le petit capitaine ne s'en offusqua pas et sourit légèrement à son tour.

Les deux jeunes hommes échangèrent un nouveau regard, plus amusé et finirent par rire doucement, se trouvant ridicules de minauder ainsi.

Finalement, leur regard se croisa franchement, sans crainte ni retenue, sans fuir dès la première seconde. Ichigo put alors contempler les immenses yeux bleus, aux infinies nuances de turquoise et d'azur. Un regard aux couleurs polaires, réchauffé par la lueur moqueuse dansant dans ses iris, qui le fit frissonner malgré lui.

Troublé, il détourna son regard, s'éloignant un peu plus de celui qui marchait à ses côtés. Sa gêne n'échappa pas à Hitsugaya qui se rembrunit. Son visage se ferma à nouveau et il se concentra sur le paysage.

Ichigo ne chercha pas à retrouver cette fugace complicité.

Il trouvait décidément son jeune époux bien dangereux, pouvant le déstabiliser d'un regard. Il préférait ne pas lui laisser l'occasion de rallumer dans son cœur une étincelle d'espoir, sachant d'expérience avec quelle facilité il pouvait l'étouffer. Les derniers mois avaient été si difficiles pour lui, le faisant se remettre en question encore et encore, l'amenant à douter de lui, de sa personnalité et de son aptitude à être aimé. Maintenant qu'il avait réussi à aller de l'avant, même si c'était au prix de lui fermer son cœur, pour rien au monde il n'aurait voulu prendre le risque de revivre ça.

Si jamais Toshiro faisait des efforts évidents de réconciliation, alors il reconsidérait sa position. Mais il faudrait le convaincre et ça, ce n'était pas gagné !

L'arrivée au restaurant mit fin aux turpitudes intérieures du rouquin. Sans prétention ni décoration ostentatoire, le restaurant affichait une bonhomie sans chichi et la nourriture s'avéra délicieuse, le service efficace et l'ambiance bon enfant. Comme à son habitude, Toshiro discuta avec Yuzu, Ichigo avec Karin et Isshin faisait le fond sonore.

La visite du musée fut fort instructive, Karin étant un excellent guide, communiquant avec plaisir sa passion pour la peinture. C'est à peine si Toshiro eut le temps de songer à sa division et de se demander dans quel état il la retrouverait après quelques jours entre les mains de Matsumoto. Il avait laissé la gestion des affaires courantes aux soins de la jeune femme et ne doutait pas un instant de la hauteur de la pile de paperasses qui l'attendrait à son retour.


Chambre rouge, vers minuit

C'est avec plaisir que Toshiro se glissa entre les draps, un peu fatigué après cette journée instructive mais bien chargée. La douche fraîche qu'il venait de prendre l'avait bien détendu et pour une fois, il se sentait près à passer une bonne nuit.

Il venait juste de fermer les yeux quand une paume se plaqua sur son ventre.

Il ouvrit de grands yeux, surpris de voir le visage d'Ichigo à quelques centimètres du sien, son souffle lui chatouillant le cou. Une lueur incandescente faisait briller ses pupilles. Avec un sourire carnassier, il se pencha vers Toshiro et l'embrassa, plaquant son torse nu et brûlant contre sa poitrine.

Hitsugaya lâcha un petit cri étouffé sous les lèvres du rouquin. Celui se redressa un peu afin de regarder le gamin dans les yeux.

« Et bien quoi Toshiro ? Croyais-tu être le seul à avoir des envies ? » Chuchota-t-il à son oreille.

Il affichait un petit sourire moqueur qui voilait à peine les envies lubriques qui défilaient dans ses yeux.

Estomaqué, le gamin ne sut quoi répondre et ne protesta pas quand Ichigo ravit à nouveau ses lèvres tout en glissant sa main sous son T-shirt.

Le désir qui bouillonnait en Ichigo le gagna très rapidement et ce fut bientôt lui qui attirait la tête du rouquin vers lui, ses doigts plongés dans la courte chevelure, mêlant son souffle au sien, mordillant ses lèvres avec avidité. Ichigo se lâcha complètement, oubliant tout en dehors du désir qui l'habitait. Sans vergogne ni pensée pour le lendemain, il suçota la tendre peau de son cou, remontant jusqu'au lobe de l'oreille, lui arrachant des soupirs de plaisir.

Leurs ébats furent encore plus fougueux et brutaux que la nuit passée, emplis d'énergie brute, sans détour ni caresse, les menant jusqu'à une explosion de plaisir, les laissant finalement pantelants et sans souffle.

Encore essoufflé, avec un petit sourire en coin, Ichigo déposa un rapide baiser sur ses lèvres et quitta le lit pour la salle de bain. Toshiro s'endormit avec le bruit de la douche en fond sonore.


Une fois n'est pas coutume, c'est aux côtés d'un Ichigo encore endormi qu'il se réveilla tôt le lendemain.

Il contempla le plafond immaculé pendant de longues minutes, étonné de se sentir frais et dispo, comme après quelques jours de vacances.

Contre toutes attentes, ce séjour dans le monde réel lui faisait le plus grand bien. Il lui semblait qu'enfin il reprenait vie. Il admettait que les dernières semaines avaient été difficiles, de par l'hospitalisation d'Hinamori et l'augmentation de sa charge de travail.

En vérité, en s'y penchant bien, c'était plutôt depuis son mariage que les choses avaient dérapé, l'entraînant dans un brouillard dont il ne sortait que maintenant. Il était passé par de nombreux états, que ce soit de stress, d'excitation, de peur, de dépression.

Toujours était-il que pas une seule fois au cours de ces derniers mois il ne s'était vraiment senti lui-même. Jusqu'à aujourd'hui. Et cela faisait du bien.

Qu'est-ce qui avait changé ? Il aurait été facile de mettre ça sur le dos de Kurosaki, du contexte, ou autre. Les excuses ne manqueraient pas. Mais au fond de lui il savait qu'en fait, c'était surtout lui qui avait changé. Ses complexes et sa timidité n'avaient bien évidemment pas disparu d'un coup de baguette magique mais il commençait à s'accepter, à comprendre qui il était réellement, quelles étaient ses aspirations.

Il assumait l'image qu'il renvoyait, car il comprenait désormais que ce n'était que cela, une image, pas la représentation de sa personnalité.

Il somnola jusqu'à ce qu'Ichigo se réveille lui aussi. Ils prirent leur petit déjeuner sur la petite terrasse de leur chambre, profitant de ces derniers instants dans la villa puis s'habillèrent et firent leurs bagages. C'est avec surprise que Toshiro constata qu'il était resté en tenue humaine, oubliant complètement de remettre son uniforme de shinigami.

Les adieux à la famille furent rapides, Ichigo ne souhaitant pas s'éterniser outre mesure, mais les deux époux remercièrent vivement Isshin et ses filles pour leur accueil chaleureux.


A midi, Ichigo et Hitsugaya passaient la porte du manoir et posaient leurs valises. Comme à son habitude, Charlotte les accueillit avec le sourire, leur enlevant leur manteau et s'occupant de tout.

Les deux shinigamis prirent immédiatement la direction de leurs divisions respectives, ayant à cœur de prendre des nouvelles après cinq jours d'absence.

Comme il s'y attendait, Matsumoto n'était pas au bureau. Elle avait visiblement délaissé les activités bureaucratiques au profit de mises en scène de terrain.

Il la trouva donc assis dans la cour d'entraînement à superviser les joutes qui se déroulaient sous ses yeux tout en sirotant un thé en compagne du Lieutenant de la 11ème Division.

Et elle espère me faire croire qu'elle participe à leur entraînement…Soupira intérieurement le capitaine.

L'incroyable flemme de son lieutenant n'était plus une surprise pour lui et, bien que râlant haut et fort, il n'éprouvait pas moins une confiance tout à fait certaine dans ses compétences de soldat. Matsumoto avait beau être insupportable, d'une fainéantise sans égale, elle n'en restait pas moins une fière combattante, courageuse et tenace.

C'est néanmoins avec un rugissement retentissant et un furieux froncement de sourcil qu'il annonça son retour et mit la jeune femme au travail sans écouter ses lamentations. La division n'avait pas rencontré de souci majeur en son absence aussi eut-il le temps de faire le tour des locaux et de discuter avec quelques-uns de ses soldats. Le moral paraissait bon, signe que le Seireitei se remettait de ses blessures.

Le bilan était satisfaisant et Toshiro rentra chez lui de bonne humeur. Ichigo n'était pas encore là et il en profita pour bouquiner un peu dans le petit salon. Levant les yeux sur les tentures, il grimaça. Cette pièce avait très nettement besoin d'être personnalisée car les teintes neutres faisaient paraître la pièce impersonnelle. Étonnant qu'il ne s'en soit pas aperçu avant.

Et pourquoi pas…

Une idée germa dans son esprit. Peut-être qu'elle pourrait faire plaisir à Ichigo ?


En dépit de leurs efforts, la routine avait très vite repris ses droits. L'intimité qui avait rapproché les deux époux dans le monde réel n'existait pas au manoir, chacun d'entre eux disposant de sa propre chambre. Aussi, les vieilles habitudes revinrent. Les deux capitaines travaillaient énormément et ne se voyaient qu'au moment des repas ou dans un cadre professionnel.

Hitsugaya poursuivit l'instruction d'Ichigo concernant la charge et les devoirs de capitaine. Hisagi ne participait plus qu'à titre exceptionnel, Ichigo avait décidé de ne pas priver trop souvent la division de ses deux leaders en même temps.

Cette décision avait soulagé Hitsugaya, qui continuait de trouver étrange la relation qu'entretenaient ces deux-là.

Bureaux de la 9ème Division

Hisagi entra dans son bureau, affichant un éblouissant sourire. Sourire qu'il communiqua immédiatement à Ichigo.

« Et voilà, encore un rapport de clôturé ! »

« C'est parfait ! Merci Hisagi ! C'est du bon boulot. » Félicita le capitaine.

« Mais on fait toujours du bon boulot ! » Répliqua le lieutenant.

« C'est vrai, on forme une bonne équipe. » Approuva Ichigo.

Une excellente équipe même. A eux deux, ils avaient repris en main la situation de la division, lui apportant la stabilité qu'il lui fallait après les événements traumatisants qui avaient eu lieu. Leur duo fonctionnait à merveille, leurs caractères se complétaient et leurs tempéraments redonnaient courage et motivation à leurs troupes.

En plus de l'amitié qui les liait déjà, le respect et l'admiration étaient venus s'ajouter à leur relation, scellant une confiance mutuelle. Les mois et les nombreuses heures de travail les avaient rendus très proches.

Et cette proximité n'était pas sans problème pour Ichigo.

Son mariage restait insatisfaisant malgré les progrès faits depuis le début. Ses relations avec Toshiro avaient connu des hauts et des bas mais hélas, rien de bien folichon.

Quant à Hisagi… C'était un mec souriant, blagueur, avec un caractère bien trempé même si il privilégiait toujours la diplomatie. Du moins dans un premier temps. Un véritable bosseur, aimant être sur le terrain, discutant avec les équipes, motivant les soldats par l'exemple.

Un ami aussi. Attentif aux autres, prompt à proposer son aide, et pourtant rarement indiscret. Quelqu'un sur qui on pouvait compter. Une personne de valeur, droite et honnête.

Et terriblement sexy.

Des cheveux en bataille, des yeux gris brillants soit de moquerie soit d'intérêt, une peau mate.

Sans compter son mystérieux tatouage.

Ichigo faisait de son mieux pour ne pas trop se perdre dans la contemplation de ce superbe corps, lien hiérarchique oblige, à défaut de liens matrimoniaux.

« Et si on se faisait une petite soirée, comme avant ? Un resto sympa, une bonne bouteille… » Proposa Hisagi.

« Une ? Tu plaisantes ! Tu es un vrai gouffre ! » Se moqua Ichigo.

Le lieutenant haussa les épaules.

« Bah, disons…deux ou trois…Quoique… Si Renji se joint à nous, il est fort probable que ce soit plus proche d'une petite dizaine... »

Ichigo sourit.

« Quelle bande de pochetrons ! » Maugréa-t-il en rigolant.

« Dont tu fais partie ! » Répliqua vertement le tatoué. « Enfin, du moins auparavant…. Est-ce que ta fulgurante escalade hiérarchique t'aurait faite perdre le goût des bonnes choses ? »

« Grand dieu non ! » S'esclaffa le rouquin.

« Dans ce cas, si votre seigneurie veut bien se joindre au bas peuple que nous sommes, je me ferais une joie d'organiser cette petite sauterie… » Musa Shuuhei avant de brusquement se reprendre. « Enfin, je veux dire…Sans mauvais jeu de mot hein… Je m'en voudrais de choquer mon capitaine si peu de temps après sa prise de poste.»

Ichigo lui adressa un clin d'œil complice.

« T'inquiète pas pour moi et réserve plutôt un resto pour ce soir ! »


Le soir même

La soirée était particulièrement animée. L'atmosphère du petit restaurant était surchargée d'effluves alcooliques, de nicotine et de sueurs viriles…Ou presque…

Un premier groupe s'était lancé dans un jeu de mimes et chacun devait deviner la chose, la personne ou l'animal représenté. Renji, aussi rouge que ses cheveux après deux apéros et une bouteille de vin, riait des prouesses de Yumichika qui se plaisait à prendre les poses les plus burlesques sous ses yeux, imitant successivement une cantatrice, une danseuse de ballet russe et, on ne sait pourquoi, un pingouin sur la banquise, faisant ainsi beaucoup rire mais peu gagner son équipe. La belle Matsumoto, désespérée des idées grotesques de son partenaire, avait finalement succombé à l'appel de la tequila.

Madarame, toujours prêt à sa battre, même et surtout lorsqu'il n'était pas de service, avait sollicité un bras de fer contre Hisagi et c'est bien malgré lui qu'Ichigo, un cigare entre les dents, avait écopé de la charge d'arbitre. Le prix remporté par le gagnant n'était pas clairement établi mais Ichigo n'était plus à ce détail près, concentré sur la canalisation des pulsions destructrices du bonze et la nécessité de faire la focale de ses yeux qui ne lui répondaient plus très bien après tous ces shooters de vodka.

« A vos marques… Prêts…Partez ! »

Comme à son habitude, Madarame avait un regard halluciné et un peu dément qui faisait sérieusement douter de son état mental. Ce paramètre seul aurait suffi à dissuader le rouquin de se lancer dans un duel avec le troisième siège de la 11ème Division. Mais Hisagi avait acquiescé d'un signe de tête, visiblement peu ou pas impressionné par la tête de tueur de son adversaire. Il affichait désormais un sourire diabolique, même pas crispé alors que son poing enserrait fortement celui de Madarame. Les yeux dans les yeux, les deux lutteurs ne montraient aucun signe d'effort et seuls quelques tremblements faisaient montre de la force exercée.

A cet instant, Ichigo n'aurait su sur lequel des deux parier. D'une, la force entre les deux adversaires paraissait égale et de deux, pour rien au monde il n'aurait voulu vexer l'une ou l'autre de ces têtes de mules. Il aurait d'ailleurs préféré ne pas s'en mêler si Renji, bien aviné, n'était pas venu mettre son grain de sel dans cette affaire.

« Wouahhhh ! Une baston, une batson ! » Hurla-t-il déchaîné.

Bien qu'ayant le cerveau ramolli par la synergie nicotine et alcool, Ichigo tenta de refréner les ardeurs belliqueuses du tatoué.

« Maiiiis naaaaaaaaaannn, c'est juste un pti bras de fer, c'est tout… »

« Matsumoto ! Viens voir ! » Beugla Renji. « Y'a Madarame qui essaie de défoncer Hisagi ! »

« Quoi ? Trop cooolllllllll !»

En un quart de seconde, l'opulente blonde était à leurs côtés, aussi hystérique que son comparse de la 6ème Division.

« Moi, je vote pour Madarame ! » Brailla Yumichika, solidaire comme toujours.

« On s'en doutait crétin ! » S'exclamèrent les deux autres.

« Moi aussi, je suis pour Madarame ! Il est trop fort. » Précisa Renji en passant son bras autour du cou d'Ichigo, le faisant au passage profiter du cocktail épicé de son haleine.

Et voilà...un peu d'alcool et au diable l'amitié… Soupira intérieurement Ichigo, tenant de maintenir un semblant de dignité en se concentrant sur le duel.

« Maiiiiiiiiis nonnnn ! Moi je suis pour Shuuhei. » Brailla Matsumoto en s'écroulant à demi sur Renji.

Merci Matsumoto…

« Et pourquoi ça ? Faut arrêter la gnole, t'as vu les biscottos de Madarame ? Il a aucune chance, le petit Hisagi !» Râlèrent les deux autres.

« Ouais, peut-être mais il est trop mignon. Et moi, je préfère les mecs mignons ! » Susurra la blonde en se mordillant nonchalamment le pouce.

Oh purée, v'là le niveau…

« Et toi, Ichigo, t'es pour qui ? »

Comment dire…Ou plutôt comment ne rien dire ?

« Heu.. Moi je suis.. la Suisse… Neutre quoi..»

Bien tenté. Mais pas avec ces trois-là. Qui échangèrent un regard interrogateur avec de se mettre à ricaner bêtement.

« Ben quoi, j'arbitre ! » Argua le rouquin.

Renji hurla de rire tandis que Yumichika pouffait comme une écolière.

« Il est trop drôle. » S'étouffa Matsumoto en rigolant.

« La Suisssssse… » Répéta Yumichika. « Mais c'est où ça ? »

Le tatoué pleurait de rire tout en agrippant Ichigo par l'épaule.

« Wahahaha ! Neutre… N'importe quoi ! Allez Ichi, sois un peu joueur quoi ! Choisis un des deux ! On s'en fout duquel ! Toi aussi, tu préfères Madarame ? Ben faut le dire, on s'en tape de Shuuhei ! Non ? T'as pas peur de lui quand même ? Rohh la chochotte ! »

Le regard noir d'Ichigo ne fit qu'accentuer son hilarité.

« Quel rabat joie…. Ha, non, je sais ! Il veut pas vexer son lieutenant ! C'est trop mimi ! Y sont ti pas craquants ? Deux pti tourtereaux… »

« Ta gueule Renji ! »

Mais Renji, tordu de rire, venait de s'écrouler par terre en se tenant le ventre, pas du tout sensible à l'exaspération du rouquin.

Le poing d'Hisagi s'écrasa avec fracas sur la table.

« Ouaisssss ! C'est mon Madarame à moi qui a gagné ! » Claironna Yumichika, tirant la langue à Matsumoto qui en fit immédiatement de même tandis que le vainqueur poussait un hurlement victorieux fort peu modeste.

« Allez, sans rancune vieux ! » S'exclama Renji en versant un énième shooter à Ichigo. « Trinque donc avec moi ! »

Dieu merci, le restaurateur avait eu la bonne idée de privatiser la petite cave voûtée, évitant ainsi au reste du Seireitei de côtoyer cette bande de dépravés.


Le calme des ruelles en était presque assourdissant après une soirée entière passé dans le brouhaha tonitruant de la petite salle du restaurant.

Ichigo resserra son manteau autour de ses épaules, titubant malgré lui. Hisagi le rattrapa par le coude, vacillant un peu lui-même.

« Super soirée non ? »

« Carrément. Ça fait plaisir de se détendre un peu… même si ce n'est pas très orthodoxe pour un capitaine de se mettre dans cet état. » Avoua piteusement Ichigo qui sentait poindre une gueule de bois carabinée.

« Tssss, c'est bon, fais pas ta précieuse Kurosaki-san ! « Se moqua le Lieutenant. « On sait tous quelle est la limite entre le travail et les aspects…disons plus personnels ! Personne ne viendra te reprocher au bureau de t'être mis la tête à l'envers la veille… Si tant est que tu restes performant ! » Le taquina-t-il.

« Je suis toujours performant ! » Répliqua le rouquin.

« Ah oui ? Et le magnifique zigzag que tu fais depuis tout à l'heure ne nous a pas franchement fait beaucoup progresser ! A ce rythme-là, autant aller directement au bureau, au moins, on sera sur d'être à l'heure demain ! »

« Pas faux… » Soupira le Capitaine. « J'avoue que... j'y suis allé un peu fort là. »

C'est bras dessus-dessous que les deux amis regagnèrent les bureaux de leur Division. Un silence absolu régnait dans les couloirs à demi éclairés. Le bureau du Capitaine était vaste et comportait une antichambre qui, lorsqu'on ouvrait les portes coulissantes en bois sombres, agrandissant encore la pièce.

Deux canapés entouraient la petite table de réunion. Ils feraient parfaitement l'affaire pour une courte nuit.

Ichigo, bailla à demi, tria une couverture de dessous le matelas et la jeta à Hisagi.

« Dis-moi, Ichigo…Tu trouves…Tu trouves que je suis trop faible ? »

La question d'Hisagi stupéfia Ichigo qui crut un instant avoir mal compris.

« Hein ? Bien sûr que non, pourquoi ? » L'esprit ralenti du rouquin ne voyait pas du tout d'où pouvait venir une telle idée. Pour l'heure, il ne pensait qu'à une chose : dormir.

« C'est-à-dire que ... tout à l'heure, tu voulais pas prendre parti. Mais tu sais… » Ajouta fièrement le brun, les yeux étincelants. « Si tu penses que je ne suis pas à la hauteur du troisième siège de la 11ème Division, tu peux le dire. Je peux assumer ce genre de choses ! »

Ichigo cligna des yeux bêtement. Une fois. Et encore une autre. Avant d'hausser les épaules.

« Mais pas du tout enfin… Je ne crois pas que tu sois moins fort que Madarame, bien au contraire. Je n'avais envie de vexer personne voilà tout ! »

« De vexer personne ? » Le visage d'Hisagi était fermé et c'était bien la première fois qu'Ichigo le voyait en colère. C'était incompréhensible.

« Ben oui. Faut admettre que t'as parfois un caractère de bourrique. » Répliqua le rouquin.

« Quoi ? » Le lieutenant était outré.

« Ben ouais, comme maintenant par exemple ! » Précisa Ichigo avec un demi-sourire.

Mais le jeune homme ne semblait pas sensible à la plaisanterie.

« C'est bon, de toute façon, je discute pas avec les mecs bourrés. Même s'il s'agit de mon Taicho !» Maugréa-t-il en tournant le dos à son capitaine.

Ichigo fronça les sourcils.

« Roh, mais qu'est-ce qu'il t'arrive Shuuhei ? »

Mais l'autre se contenta de se jeter sur le canapé, la couverture roulée en boule sous sa nuque et lui tourna le dos.

« Wooh, je te parle ! » Grogna Ichigo.

Mais le dos était obstinément silencieux.

Cette conversation faisait curieusement écho dans la tête d'Ichigo. D'autres lieux, d'autres personnages. Et pourtant, un même résultat. Le désastre de sa vie personnelle ne pouvait déborder sur ses autres relations. Mais là il était prêt à faire le premier pas.

« Bordel, t'es chiant Hisagi ! » Grommela le rouquin en enjambant maladroitement la table basse avant de secouer l'épaule de son Lieutenant. « T'as pas un peu fini de faire la tête ? » Râla-t-il en le retournant sans ménagement cette fois.

Le nez d'Hisagi frôla le sien de quelques millimètres tandis que les yeux se faisaient enfin face.

« Et maintenant, tu vas me dire que t'as pas un caractère de bourrique ? Écoute, je n'ai jamais douté de toi, de ta force ou de ton aptitude au combat Hisagi. J'ai confiance en toi et en tes qualités de Lieutenant. OK, c'est clair à présent ? »

« Mouais, ça va. » Marmonna le brun en se redressant sur un coude sans le quitter des yeux tandis qu'Ichigo s'asseyait lourdement sur le bord du canapé.

Le rouquin soupira doucement en s'ébouriffant les cheveux d'une main distraite.

« Et pour être tout à fait franc, je n'ai aucun doute sur tes qualités humaines non plus. Je sais ce que tu vaux. Et je pense savoir qui tu es Hisagi Shuuhei. Alors, s'il te plaît, inutile de te mettre en rogne à cause d'un stupide pari entre ivrognes. »

Shuuhei le regardait sans rien dire. Encore une fois, il voyait apparaître cette lassitude, cette insondable tristesse dans les prunelles dorées. Encore une fois, il voyait la mélancolie s'emparer d'Ichigo, ôtant le sourire de ses lèvres, éteignant la lueur joyeuse de ses yeux. Il était si beau pourtant, si fort. La jeunesse, la fortune, le talent, la carrière, il avait tout pour lui.

Et pourtant, souvent, son front s'obscurcissait, ses sourcils se fronçaient et si sa bouche continuait de sourire, c'était avec un pli désabusé au coin des lèvres. Comme maintenant.

Sans réfléchir, Hisagi se pencha vivement vers lui, lui caressant la joue de sa main tandis qu'il s'approchait un peu plus.

« J'aime pas quand tu as cet air là Ichigo. » Souffla-t-il doucement. « On dirait que tu n'es pas heureux… »

Le cœur d'Ichigo fit un salto et se mit à battre la chamade, réduisant son souffle à quelques respirations erratiques. Ce contact soudain. Leurs fronts se touchaient presque. Et cette question… Que pouvait-il dire ?

« Mais si… » Balbutia-t-il en avalant péniblement sa salive. « Tout va bien.. »

Les yeux d'Hisagi ne le lâchaient pas. Sa main n'avait pas bougé, imprimant l'empreinte brûlante de sa paume sur sa joue.

Les mots moururent sur les lèvres d'Ichigo. Toutes les justifications, toutes les récriminations qu'il aurait pu dire s'éteignirent sous le feu du regard gris, le laissant pantelant, égaré.

La main du Lieutenant l'attira doucement vers lui. Le nez du brun effleura le sien tandis que leurs souffles se mélangeaient, fusionnant leurs lèvres, entremêlant leurs langues, fermant leurs yeux.

Un premier baiser comme une avalanche. Un baiser comme une oasis dans le désert. Qui fait vibrer le corps et le cœur avec une telle intensité qu'elle pourrait vous briser.

Les bras d'Ichigo se nouèrent autour du cou d'Hisagi, le serrant contre lui, le repoussant contre le canapé. Leurs corps s'embrasent au contact l'un de l'autre, s'enroulent l'un contre l'autre.

Le ballet eut été parfait si un détail n'avait pas manqué.

Ouvrant les yeux, Ichigo fut surpris de ne pas trouver ce qu'il cherchait. Il s'écarta vivement, troublé.

« Je suis désolé Hisagi…Vraiment désolé.. » Balbutia-t-il avant de quitter brusquement la pièce, courant à toutes jambes.

Il s'arrêta quelques centaines de mètres plus loin, la poitrine serrée dans un étau de douleur. Haletant, il s'effondra au pied d'un banc. Les larmes dévalaient son visage sans qu'il puisse les retenir et les sanglots soulevaient sa poitrine de soubresauts nerveux.

La tête entre les bras, il pleura ainsi de longues minutes, désespéré.

Un détail avait manqué.

Des mèches couleur de neige.


Bon alors, on poursuit ou la tournure de l'histoire devient rédhibitoire pour vous, amis lecteurs?

A bientôt j'espère ;-)