La Veuve Noire
Chapitre deuxième
Elle y avait beaucoup réfléchi. Beaucoup d'heures passées à hésiter, douter, craindre, pour finalement se décider. Elle protégerait Sasuke. Au péril de sa vie, s'il le fallait.
Konoha's Daily
Petites annonces
Cherche domestique pour tâches ménagères variées, logée, nourrie. Pour informations, contacter Mme Ino Yamanaka, au…
Il devait le faire. Peu importe son dégoût face à cette action, il n'avait pas le choix. Il le ferait pour son amour, la personne qu'il chérissait encore et toujours, malgré tout ce que la vie avait fait pour les séparer. Vengeance…un seul but, une seule victime. Œil pour œil, dent pour dent. Même s'il savait que ça ne le ramènerait pas à lui.
C'était la seule solution; le seul moyen de sauver Sasuke. Elle avait l'intime conviction qu'il allait mourir s'il restait seul avec cette femme…
Il ne devait pas finir comme les autres.
Sakura s'était beaucoup questionnée quant aux raisons pour lesquelles Sasuke était tombé amoureux de la veuve. Après tout, elle était la principale suspecte dans la mort de Naruto, son plus proche ami. Le seul, en fait…
Elle secoua la tête; sa question était stupide. Sasuke aimait Ino non pas pour ses qualités intellectuelles, ou tout autre raison futile. Elle était belle, incroyablement belle, voilà tout ce qui comptait.
Elle ne le méritait pas…
Mais la rose continuait d'être envahie par une rage sourde. Pourquoi? Pourquoi une étrangère, arrivée en ville depuis quelques années seulement, la supplantait-elle, alors qu'elle aimait l'Uchiha depuis toujours? Depuis l'école primaire qu'elle guettait chacun de ses gestes, tentait par tous les moyens que son regard croise le sien…En vain, bien évidemment. Glaçon tellement froid que rien ne parvenait à le faire fondre.
Même Ino…Même Ino ne semblait pas lui faire d'effet. Mais il est certain que personne ne savait comment il agissait avec elle en privé…
Lorsque cette pensée la traversa, elle eut l'impression que le sang qui coulait dans ses veines se transformait en acide sous l'effet de la jalousie. Une boule ne nicha au creux de sa gorge, et…
Inspirer, expirer
Elle tenta de reprendre son calme, avant de se décider à cogner à l'élégante porte de chêne qui lui faisait face.
Après quelques instants, elle discerna par les fenêtres givrées une silhouette qui s'apprêtait à ouvrir la porte.
On tourna la poignée, et Ino Yamanaka en personne vint lui ouvrir.
Sakura s'en sentit immédiatement intimidée, bouleversée et fascinée. Il y avait dans ses yeux plus qu'une étincelle, plus que de la simple vivacité. Il s'y trouvait un monde, un véritable univers duquel on voulait à tout prix faire partie. Ces yeux possédaient plus qu'une couleur, plus qu'un bleu d'une pureté inouïe. Ils dégageaient un charisme incroyable, que la majorité des gens ne rencontreraient jamais.
La rose fut aussitôt hypnotisée, ne pouvant détourner son regard. Elle commença à paniquer, sa gorge était nouée et elle ne pouvait pas prononcer le moindre mot. Pourquoi? Pourquoi ressentait-elle cela à ce moment précis?
- Vous devez être mademoiselle Haruno?
Ses jambes fléchirent sous elle et elle s'écroula sur le sol.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle était étendue sur un somptueux canapé de velours. Dès qu'Ino s'aperçut qu'elle était réveillée, elle s'exclama :
- Dieu soit loué! Vous m'avez fait terriblement peur, vous savez?
- Ça fait combien de temps que je suis ici?
- Oh, rassurez-vous, cinq minutes tout au plus…Vous êtes sûre que ça va?
- Oui, j'ai juste sauté le petit-déjeuner, et on dirait bien que ça ne me réussit pas.
C'était totalement faux. En fait, elle ne savait pas du tout comment s'expliquer sa faiblesse passagère.
- Mais je ne suis pas venue ici pour ça, dit-elle avec un rire forcé visant à masquer son embarras.
- Bien évidemment. En fait, je vais être franche avec vous…Je serais prête à vous engager n'importe quand.
Pourquoi son cœur se mettait-il à accélérer le rythme, tout à coup? Était-elle nerveuse à ce point?
- Vous êtes la seule à m'avoir contactée. Je suppose que c'est parce que je porte malheur, mais tout le monde m'évite au village.
Elle avait prononcé ces mots d'une voix parfaitement neutre, et ça se voyait que l'avis des autres lui était complètement égal.
Sakura rougit, ne sachant que répondre à cela. Elle promena alors ses yeux sur le salon qui l'accueillait. Décoré sobrement mais avec goût, c'était son immense bibliothèque en acajou qui attirait d'abord le regard. La rose n'avait jamais rien vu d'aussi gigantesque. Elle allait tenter de lire les titres des ouvrages se trouvant derrière son hôtesse, lorsque celle-ci se leva, la faisant sursauter. Contre toute attente, elle vint s'asseoir près d'elle, et prit son menton entre son pouce et son index. Sakura commençait à transpirer, elle n'aimait pas du tout cette situation…Son regard envoûtant bien planté dans le sien, Ino murmura :
- Mais vous devrez être très courageuse…Vouloir être l'employée de la Veuve Noire, comme je sais que l'on m'appelle dans le village. Oui, vous devez être bien spéciale…
Son visage était si près du sien que Sakura s'empêchait de respirer. N'en pouvant plus, elle se leva brusquement. Tout ce qu'elle voulait était de s'éloigner de cette femme, partir le plus loin possible. Mais elle devait protéger Sasuke. Veiller sur lui…
Cette pensée la regimba, et elle se ressaisit.
- Vous savez quand est-ce que je peux commencer?
Son corps était raide, ses muscles tendus. (Sasuke, Sasuke…)
Son interlocutrice lui sourit.
- À votre aise.
Un mois…Plus qu'un mois…Ses mains tremblaient à cette pensée, lui qui gardait d'ordinaire toujours son sang-froid. Vengeance…Ce mot amer, violent, impitoyable, lui semblait pourtant atrocement doux et bienfaiteur. Il l'attendait, le désirait, le choyait comme le plus précieux des trésors. C'était devenu sa raison de vivre, son obsession malsaine. Nourrie par ses pensées, ses souvenirs…
Il devait voir couler son sang.
Sakura jeta un dernier coup d'œil à la maison qu'elle n'occuperait plus jamais. Ses parents, exaspérés de devoir la faire vivre après vingt ans, furent on ne peut plus soulagés de la voir quitter le domicile familial. Cette petite n'avait jamais pu trouver époux, et on ne savait plus quoi en faire.
Quoique ressentant un léger pincement au cœur en réalisant qu'elle ne manquerait à personne, la jeune fille partit sans regrets. Elle allait affronter la vie, devenir quelqu'un de fort. Celle qu'elle avait toujours voulu être.
Elle n'avait pas attendu longtemps avant de redonner de ses nouvelles à cette femme, celle qui la fascinait et la terrifiait à la fois. Celle qu'elle soupçonnait de vouloir tuer Sasuke, l'homme qu'elle aimait tant. Pourtant, elle semblait tout à fait inoffensive. Pouvait-on être hypocrite à ce point, si bien jouer la comédie? Cette femme au physique si fragile était-elle capable d'arracher ;a vie à quelqu'un?
Sakura rougit. Maintenant qu'elle y pensait, ses spéculations lui semblaient absurdes. Mais comme on n'était jamais sûre de rien, elle ne revint pas sur sa décision. S'il lui arrivait quelque chose, elle ne se le pardonnerait jamais.
Sans un coup d'œil en arrière, elle s'éloigna de la maison où elle avait passé tant d'années de sa vie pour se diriger vers celle, certes beaucoup moins modeste, où elle allait habiter pour le prochain mois. Après, elle occuperait le manoir Uchiha.
Arrivée devant le porche, son cœur s'arrêta. D'où lui venait cette sensation qui l'envahissait chaque fois qu'elle s'apprêtait à voir un contact avec Ino? De la peur? De la haine? Décidément, la côtoyer serait le meilleur moyen d'y voir clair.
Comme à l'accoutumée, la veuve était d'une élégance irréprochable. Ses cheveux dorés, savamment relevés, encadraient un visage énigmatique, impossible à déchiffrer, mais résolument souriant.
- Bon matin, madame.
- Oh, je t'en prie, fit-elle avec un rire cristallin. On va habiter ensemble pendant un bon bout de temps, enfin je l'espère. Alors cessons ces politesses et formalités.
- Sauf votre respect, madame, je préférerais que la transition se fasse d'elle-même…
- Comme il te plaira. Mais je ne voudrais pas nous ayons une relation trop formelle…Si nous n'échangions que quelques mots par jour, cette maison nous paraîtrait bien ennuyante, n'est-ce pas?
- Probablement, souffla Sakura en baissant les yeux.
L'angoisse s'emparait d'elle, à présent. Qu'avait-elle fait? Et si elle y passait, elle aussi? Était-il trop tard pour faire marche arrière? Il semblait bien que oui…Et de toute manière, elle n'avait nulle part où aller, et pas les moyens de s'en trouver. Travailler quelques semaines puis s'enfuir au diable vauvert? Non, ce serait une attitude des plus lâches.
- Tu finiras bien par te rendre à la raison. Mais bon, en attendant, suis-moi que je te montre ta chambre.
Surprise par la confiance qu'émanait Ino, Sakura acquiesça sans un mot. Elles traversèrent un dédale de couloirs, tous si semblables qu'il semblait difficile de s'y retrouver. Malgré tout, elle tenta de mémoriser le chemin qu'elle empruntait. Peut-être devrait-elle se faire un plan…
Soudain, Ino s'arrêta net, et sa nouvelle servante lui fonça dedans, si violemment qu'elles en tombèrent toutes deux par terre.
Sakura, toute gênée par sa maladresse, se releva prestement en bafouillant des excuses inintelligibles. Elle tendit une main tremblante à Ino, qui l'agrippa.
Ce fut un moment étrange, tendre et unique, que partagèrent alors les deux jeunes femmes. Les yeux dans les yeux, cela prit quelques minutes avant qu'elles réalisent l'absurdité de la situation.
Finalement, Ino se remit sur ses pieds tandis que Sakura passait une main nerveuse dans ses cheveux, ce qui ne fit que les décoiffer davantage. Puis, elle entra dans sa chambre sans un mot.
Ino sourit, puis tourna les talons.
Sakura se jeta sur son lit et enfouit sa tête dans son oreiller. Inspirer, expirer, voilà. Tout ça en évitant l'hyperventilation. Et en essayant d'oublier les dernières minutes de son existence. Si l'on en croyait les spécialistes, le pouvoir de la pensée était incroyable. Alors, tout ce qu'elle avait à faire, c'était de vouloir oublier…
Rien à faire. L'image de la main d'Ino effleurant sa peau dansait devant ses yeux, la narguant, la…
Tentant?
Le manque de chaleur humaine qu'elle ressentait depuis sa tendre enfance ressurgissait, plus fort que jamais. Après tout, qu'est-ce qui l'empêchait de se faire d'Ino une amie? Du moins, en attendant qu'elle fasse une erreur…
Oui, jouer le jeu. Ça rendrait les choses tellement plus faciles. Lui faire croire qu'elle était de son côté, ça lui permettrait d'être avec elle en tout temps…Et ainsi mieux protéger Sasuke. Sa décision prise sur un coup de tête retrouvait tout son sens, et un plan commençait à prendre forme dans les tréfonds de son esprit.
Regimbée par cette idée, elle défit ses valises et, en ouvrant un tiroir, trouva une liste des tâches quotidiennes, hebdomadaires et mensuelles à effectuer. Ne voulant pas se sentir inutile et désireuse d'occuper ses pensées, elle tenta de trouver son chemin jusqu'à la cuisine.
Elle finit par la trouver, c'était une immense pièce donnant sur plusieurs autres. Une bonne chose, elle pourrait s'en servir comme point de repère.
En plus d'être spacieuse, la cuisine était très moderne, Sakura y reconnut même ce nouvel appareil appelé « réfrigérateur » qui faisait tant jaser ces temps-ci. Une jolie baie vitrée permettait aux visiteurs de profiter de la luminosité du soleil. En s'asseyant sur la table de travail, la jeune domestique oublia un instant les derniers jours, ses plans, ses soucis, ses doutes. Le visage caressé par les rayons solaires, elle resta ainsi un bon moment, jusqu'à ce que des pas dans le couloir la ramènent à l'ordre. Elle s'empara alors d'un chiffon et commença à frotter tout ce qu'elle pouvait trouver.
Mais Ino n'apparut pas dans la pièce. Comme elle n'avait pas entendu la porte d'entrer claquer, elle devait être ailleurs. Dans le salon en train de lire, peut-être. Ou bien tricoter. Ou coudre. Ou bien…
Mais qu'est-ce qui lui prenait? On s'en foutait de ce qu'elle pouvait bien faire! En ce moment, Sakura souhaitait inconsciemment que sa haine revienne. Cette douce et réconfortante haine dans laquelle elle pouvait se réfugier quand la tristesse prenait toute la place. Quand le désespoir s'étiolait, quelque chose devait le remplacer, la remplir.
Donner un sens à sa vie.
Mais la haine avait disparu.
N'oubliez pas que les reviews sont appréciés, même si c'est pour me dire que la fille de 13 ans que j'étais à l'époque n'était pas très douée xD
On se revoit la semaine prochaine :P
