La semaine suivante , jour des visites.
Catherine et Diane arrivèrent ensemble dans le réfectoire de la caserne qui servait aussi de salle des visites. , non sans faire sensation dans l'assistance. Diane, habituée à cet accueil ne réagit pas, Catherine elle, essayait de se faire discrète. Elles se dirigèrent vers Alain en pouffant. Il ne vit pas de très bon augure l'association de sa sœur adorée et de cette amante potentielle qui ne manquait pas de sel.
-Je n'aime pas beaucoup ce que je suis en train de voir...
-Oh pourquoi ça ? Déplora Diane.
-J'ai rencontré Diane dans la cour, elle me racontait les bêtises que tu faisais étant petit... Dit Catherine avec un immense sourire . « C'est vrai cette histoire de lancé de pierres dans la cheminée du voisin ? Et les courses d'escargots ? » Renchérit-elle.
Les deux jeunes femmes esclaffèrent de plus belle. Alain était partagé entre le plaisir de découvrir le sourire qu'il n'avait encore jamais vu sur le beau visage de Catherine , et l'embarras de l'évocation de ses sottises d'enfance alors que ses hommes étaient dans les parages.
-Dis moi, tu n'as pas quelqu'un à aller voir, ma douce ? Demanda-t-il à Catherine en désignant du doigt André, assit sur une chaise, au fond de la salle.
-Ah oui, André je l'avais oublié le pauvre ! S'amusa-t-elle.
Catherine s'approcha d'André , il avait sa tête des mauvais jours. Il était affalé sur son siège, les coudes posés sur les genoux , le visage plongé dans ses mains.
Catherine nourrissait beaucoup d'amitié à l'égard du jeune homme, même si parfois il l'agaçait quelque peu. Elle posa le paquetage au sol, s'accroupit devant lui, posa ses mains sur son genou et murmura affectueusement.
-André , ça ne va pas ?
Il releva la tête vers Catherine. Non ça n'allait pas du tout. Il semblait malheureux comme les pierres.
-Oh, à ce point... Commença-t-elle. Ça n'aurait pas quelque chose à voir avec Oscar des fois ? Demanda-t-elle sur la pointe des pieds.
L'œil unique d'André lui lança des éclairs.
-Écoute, Je ne sais pas ce qu'il s'est passé entre vous pour que tu quittes si soudainement la maison et viennes vivre ici. Mais, je sais à quel point tu l'aimes … Personne ne me l'a dit , mais je sais tout ce que tu as fait pour elle, il n'y a qu'une seule raison possible à cela. Elle ne pourra pas rester éternellement insensible à un amour si fort, si pur que celui que tu lui portes. Continue de faire ce que fais de mieux, lui apporter ton soutient indéfectible, veiller sur elle. Un jour, elle réalisera la chance qu'elle a. Je crois que tu lui manques tu sais... Ajouta-t-elle après un silence.
Catherine ne croyait qu'à moitié aux paroles qu'elle venait de prononcer, Oscar était bien trop bornée selon elle. Discrètement, André s'était mit à pleurer en entendant le discours de Catherine. Il saisit la main de la jeune fille, y déposa un baiser avant de lui dire.
-Je l'aime tellement, c'est si dur à porter … Plus je l'aime plus elle s'éloigne de moi … Merci pour ton soutient.
Alain avait observé la scène à distance sans pouvoir entendre la teneur de leur échange. Il avait à peine écouté Diane lui parler des derniers commérages du quartier. Après le baise main, piqué par la curiosité , la jalousie , ou bien les deux , il s'approcha d'André et Catherine, suivit par Diane. S'adressant à Catherine il lança :
-Tu as vu dans quel état est notre pauvre André ! Je ne sais pas si c'est à cause de notre bouffe infecte ou le traitement de notre commandant qui n'est pas bien meilleur soit dit en passant. Peut être un mélange des deux !
Catherine lui donna un coup de coude dans les côtes. Elle savait qu'avec André, on ne plaisantait pas aux dépends d' Oscar. Alain étouffa un cri de douleur.
-Oooh regardez moi le viril sergent de la garde française se tordre de douleur à cause d'une faible femme ! Se moqua Catherine avec derrière la tête l'idée de faire diversion.
-J'ai plein de mots qui me viennent à l'esprit quand je pense à toi et « faible » n'en fait pas partie . Catherine blêmit.
-Et de quels mots tu parles ? De ceux dont tu m'affubles à chacune de nos rencontres ?
-Il y a ceux là , ma belle, et il y a ceux que je garde pour moi … Et merci pour « le viril » , je te revaudrai ça... Il accompagna cette dernière provocation d'un clin d'œil. Catherine médusée, se tourna vers Diane et demanda incrédule.
-Mais... Je n'ai pas … Si ?
-Je suis désolée, mais je crois bien avoir entendu ça … Répondit Diane , presque aussi embarrassée que son amie.
André ne pouvait contenir plus longtemps son fou rire. Oscar que personne n'avait remarquée observait pourtant la scène depuis un moment , perplexe.
Diane mit fin à la saynète en déclarant.
-Je dois partir.
-Déjà ? Soupira Alain.
-Oui, il risque d'y avoir encore la queue à la boulangerie, il vaut mieux que j'y aille maintenant... Maman pourra probablement venir à la prochaine visite... J'ai adoré parler avec toi Catherine.
-Moi aussi! Sourit Catherine en faisant un clin d'œil à sa nouvelle amie.
-Non, vraiment je n'aime pas ça du tout. Fit Alain entre ses dents.
Catherine leva les yeux au ciel, salua André et Oscar , et accompagna le frère et la sœur vers la sortie.
Oscar se pencha sur André et lui dit :
-Par tous les diables que se passe-t-il entre ces deux là ?
-Rien pour l'instant... Du moins il me semble.
-En tous les cas il faudrait au moins quelqu'un comme Catherine pour pouvoir supporter Alain. Ironisa Oscar.
-Et réciproquement. Ajouta André.
Oscar ne put réprimer un rire. Rire qui se faisait si rare chez elle ces derniers temps.
Une fois Diane assez loin, Alain s'assit sur un bord de fenêtre de la caserne et tout en observant la réaction de Catherine, commença :
-Je ne me souviens pas t'avoir demandé de me suivre, je vais finir par croire que tu cherches ma présence.
Feignant n'avoir rien entendu, Catherine s'appuya contre le mur , les mains dans le dos. Elle ferma les yeux et leva le nez vers le ciel comme pour mieux profiter du soleil. Alain la dévorait des yeux. Il repensait au baiser volé quelques jours auparavant, Catherine agissait comme si rien ne s'était passé. Quelques anges passèrent , puis elle lui dit lascivement avec réelle intention de le provoquer.
-Arrête de me regarder comme ça , Alain, c'est indécent...
-Qu'est ce que tu en sais, tu fermes les yeux .
-Ton regard est tellement appuyé que je sens presque tes mains sur moi...
A cette simple évocation , Alain perdit son aplomb. Et pour changer de sujet , il questionna timidement.
-Je peux te demander quelque chose ?
-Vas-y toujours … Soupira-t-elle, s'attendant au pire.
-Pourquoi Grégoire ? Tu es plutôt jolie, tu aurais pu trouver mieux. Elle ouvrit les yeux.
-Drôle de question … Ce genre de chose ne se commande pas, tu sais. Et il n' était pas comme ça avant... Ou alors j'étais trop jeune ou trop bête pour m'en rendre compte . Pourquoi tu me demandes ça? Tu as quelqu'un à me présenter ? Lâcha-t-elle dans un éclat de rire en venant s'asseoir près de lui.
-Ben... Il est pas bien André ? Tu sembles l'apprécier. Demanda-t-il de manière faussement innocente.
-André ? C'est un amour ! S'amusa-t-elle . « Mais c'est surtout une cause perdue. Ne me dis pas que tu ne t'es rendu compte de rien? Il vit Oscar, il parle Oscar , il respire Oscar … Je suis sûre qu'il rêve d'elle toutes les nuits. » Elle marqua une pause avant de reprendre plus sérieusement. « Et puis, il lui manque un petit quelque chose pour me plaire vraiment. » En finissant cette phrase elle posa un regard tendre sur Alain.
Non sans crainte de se prendre un soufflet , celui-ci approcha son visage de celui de Catherine , et l'embrassa sur les lèvres. A sa grande surprise , en guise de réponse, elle prit l'initiative d'un second baiser , plus appuyé, plus plus profond , plus charnel . Il sentit le désir monter en lui au point qu'il dû, d'un mouvement de recul, y mettre fin. Catherine laissa échapper un petit cri de plaisir avant de reprendre promptement le contrôle d'elle même.
-Et elle donne sur quelle pièce cette fenêtre au juste ? . Fit-elle en désignant du menton la vitre devant laquelle ils étaient assis.
-Ça ? C'est juste une remise, ne t'en fait pas, on n'y va jamais. Personne ne nous a vus si c'est ce qui te fait peur. Le visage de Catherine s'assombrit subitement.
-Au fait, je ne suis pas sensée te le répéter , parce que j'ai promis , mais ça me semble trop important. Diane a rencontré un type , je crois qu'il lui a tapé dans l'œil, il a même commencé à lui faire la cour.
-Ah ouais ? J'aimerais bien voir ça …
-Laisse moi finir, je le connais très bien figure-toi. Je te laisse deviner à quelle occasion je l'ai rencontré... Et, ça n'est pas quelqu'un de bien... VRAIMENT PAS. Je te fais grâce des détails. Si tu veux éviter un désastre, ne la laisse pas faire. Fais-moi confiance.
-C'est gentil à toi de t'en soucier, j'apprécie sincèrement.
-Ce n'est rien, c'est normal. Ta sœur semble réellement être quelqu'un de bien, et toi … Toi tu n'es pas aussi tarte que je pensais. Concéda-t-elle.
-T'as le sens du compliment toi…
Catherine se leva , ramassa le paquetage d'André. Signifiant ainsi son intention de partir. Déçu de la fin de leur entrevue. Alain reprit :
-Et je peux espérer revoir ta grâce la semaine prochaine? Même si j'avoue que je préférerais te voir ailleurs , dans un lieu disons , plus privé ...
-Ça m'a l'air plutôt indécent comme invitation. Commenta-t-elle avec un sourire gêné.
Jugeant l'occasion trop belle , Alain lui glissa dans l'oreille d'une voix suave:
-Ça le sera uniquement si tu le désires ma jolie rousse …
Pour toute réponse, Catherine lui jeta un furtif regard intimidé.
-Quoi ? Pas d'insulte ? Pas de cri , ni menace de mort ? Pas de gifle ? Demanda Alain, presque déçu.
-Désolée d'être une source de frustration.
-Tu l'es à plus d'un titre... Osa-t-il
Une expression à la fois choquée et amusée se dessina sur le visage de Catherine.
-Bien... je m'avoue vaincue pour cette joute, mais c'est uniquement parce qu'il est l'heure pour moi de rentrer. Admit-elle avec un sourire franc.
-Mauvaise perdante !
-Désolée, je ne peux pas rester ! Plaisante-t-elle en le narguant avec une évidente délectation.
-Un autre baiser peut-être ?
-Je ne sais pas trop... Hésita-t-elle. « Rien qu' avec les deux premiers je peux déjà voir midi dans ton pantalon … Alors avec un troisième...»
Alain , stupéfait , jeta par réflexe un coup d'œil en direction de bas ventre. Catherine était hilare. Entre deux éclats de rire , elle s'approcha de lui, et déposa sur ses lèvres un chaste baiser .
-Je plaisantais , je n'ai rien vu .
-Ça n'est pas drôle et tu le sais ! Tu n'es pas un homme tu ne peux pas comprendre !
Oscar apparu au coin du bâtiment.
-Bon cette fois on nous a vus, voilà le Général Coriace . Grommela Catherine.
-De Soissons ! Les visites sont terminées! Fini de batifoler! Beugla Oscar en direction du couple.
-Alors finalement j'ai gagné ! Ce fut un plaisir de jouer avec toi ! Lança malicieusement Catherine en se dirigeant vers la sortie.
