Chapitre 3

Joue le jeu

En ce qui concernait ses desseins et ses buts, Hermione venait d'éclater la bulle exagérément large de l'attitude pleine de suffisance de Draco, et ce claquement, quoique non existant, réussit avec brio à imposer le silence au glissant Serpentard.

Hermione et Lucius se levèrent tous deux, marquant ainsi la fin de la réunion.

« Eh bien, Mademoiselle Granger, il est encourageant de voir que vous êtes capable de faire taire les idiots empotés. J'espère que vous rencontrerez autant de succès quand vous rendrez une petite visite à nos amis de la Gazette du Sorcier » dit-il en lui serrant la main.

« Je vous assure Monsieur Malfoy qu'ils y repenseront à deux fois avant de s'en prendre à nouveau au nom des Malfoy quand j'en aurai fini avec eux », répondit-elle avec un sourire confiant.

Draco s'éloigna dans un coin furtivement, observant l'interaction professionnelle d'un air renfrogné. Ca n'était pas encore fini.

« Hermione » lâcha Draco, la prenant par surprise.

« Attends juste une minute. On devrait essayer de rattraper le temps perdu. »

Lucius soupira, exaspéré. Pas de doute, Draco tramait encore quelque chose, oh bien. Mademoiselle Granger avait prouvé qu'elle pouvait lui faire face. Il allait laisser son fils apprendre sa leçon de la manière forte. S'il devait être complètement honnête avec lui-même, il était impatient de voir la courageuse jeune femme désenfler les chevilles de son fils.

« Je vous laisse 'rattraper le temps perdu' tous les deux » dit-il en les laissant, un sourire entendu aux lèvres.

Hermione gémit intérieurement à l'idée d'être laissée seule avec Draco. Bien que les hommes de la famille Malfoy fussent tous les deux des connards, Lucius avait une certaine notion de la décence commune. Ouais,… il ne lui faisait pas d'avance boiteuse en tout cas. Elle ne pouvait pas en dire autant de Draco. Une part, la plus infime, de son être se sentit flattée de ses essais peu convaincants, mais elle chassa bien vite dans un coin de son esprit cette horrible pensée.

« Je suppose que je devrais te demander ce que tu as fait tout ce temps, mais Rita Skeeter s'en est chargée pour moi » dit-elle avec un sourire tout en rassemblant ses papiers encore étalés.

« Ecoute, je vais être honnête avec toi. »

Merde. Elle était encore là. Cette satanée vulnérabilité ! Hermione ne put s'empêcher de laisser s'écrouler quelques unes de ces défenses les plus prudentes.

« Je sais que nous n'avons pas partagé un passé des plus merveilleux » commença-t-il.

« Ca, c'est de l'euphémisme !», dit-elle, sa colère revenant au galop.

« Laisse-moi finir » continua-t-il doucement. « Je ne peux même pas construire ne serait-ce que le début d'une défense pour mon comportement passé, pas plus que je ne peux le changer… peu importe combien j'aimerais le faire. »

Le visage d'Hermione se radoucit visiblement. Bien qu'il semblât lourdaud, Draco apprenait vite et il comprit que le charme habituel des Malfoy ne marcherait pas sur Hermione. Il avait tenté le rôle du « mauvais garçon amendé ». Assurément, ça semblait marcher.

« Je ne sais pas si mon père t'a dit,… mais c'est moi qui ai suggéré que nous t'employions. »

Draco réduisait la distance entre lui et Hermione en même temps qu'il continuait à faire pleuvoir les compliments de se voix douce.

Toujours professionnelle, Hermione essayait de rester concentrée alors que Draco se rapprochait de plus en plus.

« Heu… heu, oui, il a dû dire ça à un moment », dit-elle en vérifiant son attaché-case, évitant son regard implacable. Pour une raison ou une autre, elle sentait que le simple fait de le regarder dans les yeux rendrait les choses trop intimes.

Draco eut un sourire en coin à la vue de l'avocate « sophistiquée » se changer en écolière maladroite. Les choses s'arrangeaient pour lui, surtout quand elle fit tomber une liasse de documents par terre.

Il n'hésita pas à les ramasser tout de suite et profita de l'occasion pour se débarrasser de l'espace qui les séparait encore.

« Je me suis dit qu'il nous faudrait quelqu'un de vraiment intelligent pour nous sortir de nos récentes embrouilles » dit-il presque dans un murmure, remettant gentiment les papiers dans sa main.

Hermione ne put s'empêcher de frissonner à ce contact physique qui était innocent et servait en même temps une arrière-pensée. Que faisait-elle ? Ce n'était pas ainsi qu'un avocat professionnel agissait !

Elle le poussa vexée et se retourna vivement pour s'adresser à lui.

« J'ai beaucoup de mal à croire ça ! TOUT ce temps passé à l'école, chaque chance que tu as eue de me traiter comme de la merde, tu l'as saisie ! Et maintenant tu t'attends à ce que moi, je crois que tu ais changé ? J'ai beaucoup de mal à croire que tu aies vu la lumière si l'on considère que tu ne peux même pas faire la différence entre un homme et une femme ! »

Hermione se sentit victorieuse avec sa petite démonstration de puissance pour le contrôle de la discussion. Les sourcils levés, elle attendait une réponse.

'Ca devrait être bon' pensa-t-elle.

En apparence, Draco ne perdit jamais son sang-froid, mais à l'intérieur, il paniquait. Il était temps de sortir le plan A.

« Hermione, tu penses que je ne t'aimais vraiment pas quand on était à l'école. C'est vrai, je jouais le rôle de l'enfoiré… »

A ce moment-là, une fois encore, il pénétra son espace personnel, baissa la voix et rapprocha sa bouche de son oreille.

« Mais peut-être était-ce parce que tu représentais tout ce que je voulais chez quelqu'un que je ne pouvais pas avoir. »

Au moment où elle réalisa combien il était proche d'elle, il était parti et sorti de la pièce. C'était tellement surréaliste, elle n'était pas complètement sûre que ce fût vraiment arrivé.

Qu'avait-il voulu dire ? Parlaient-ils encore de ses capacités en tant qu'avocate ou avait-il amené la conversation à un autre degré ? Ce qui la dérangeait le plus était le fait qu'elle n'avait pas complètement été dégoutée par la sensation de son souffle chaud sur son oreille.

Elle sortit de son esprit ces troublantes pensées et, mentalement, remit son masque d'avocate. Elle avait un certain poisson de la Gazette du sorcier à cuisiner.

Draco regarda Hermione partir, pressée. Il savait qu'il l'avait touchée, et que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne puisse engranger les récompenses de tous ses efforts de séduction. Il se donna une petite tape dans le dos mentalement, surtout pour cette dernière réplique. C'était une bonne chose que sa mère ait laissé tous ses romans d'amour un peu partout. Malgré tous ses calculs et ses stratagèmes, il y avait une chose qu'il n'arrivait pas à comprendre : pourquoi toute cette peine pour Hermione Granger ?

Ne voulant pas se confronter à des vérités pour lesquelles il n'était pas prêt, il se rappela que ce n'était qu'un jeu.

Non ?

Rita Skeeter mâchonnait le bout de sa plume, assez contente d'elle-même. Elle promena son regard sur son nouveau, et grand, bureau, récompense reçue pour le grand nombre d'articles sur Malfoy qui avait fait se vendre les numéros de la Gazette du sorcier comme des petits pains. Elle considérait que ce dernier article était son plus grand succès, n'ayant pas en plus eu besoin de prendre de copieuses libertés pour le rendre juteux.

« Ce stupide petit branleur a fait tout le travail pour moi » chantonna-t-elle pour elle-même.

Cette séance d'auto-félicitations fut interrompue par un coup à la porte. C'était son assistant personnel, Antonio.

« Entre ! »

« Heu… Mademoiselle Skeeter ? »

Rita se tourna vers lui et regarda par-dessus ses lunettes, dévorant des yeux sa silhouette toute en muscles.

« Antonio ! Combien de fois va-t-il falloir te le dire ? Appelle-moi Chaton", ronronna-t-elle. Il y avait une raison pour laquelle elle avait employé ce sorcier, et ce n'était pas pour son cerveau, ça, c'était sûr.

« Oh, oui » dit-il, embarrassé par son erreur. Il ferma la porte et frappa de nouveau.

Rita leva les yeux au ciel. Sa stupidité était le prix qu'elle avait à payer pour le délice de ses yeux.

« Entre » dit-elle de façon moins enjouée.

« Chaton ? Il y a une Mademoiselle Granger ici qui veut te voir. »

Assurément, c'était un développement intéressant. Rita ne se remémorait pas exactement affectueusement son histoire avec la jeune fille. Que faisait-elle ici ?

« Fais-la entrer » dit-elle, de la curiosité plein la voix.

La femme qui entra dans son bureau n'était la Hermione Granger de ses souvenirs. La chevelure touffue avait été domptée, et l'embarras de l'adolescente avait été remplacé par une grâce pleine d'aisance.

'Ca ne change rien au fait que ce soit une stupide petite salope' pensa-t-elle.

« Mademoiselle Skeeter, je suis ici pour votre dernier article dans la Gazette du sorcier » dit-elle d'une voix où ne perçait pas la moindre trace de billevesée.

« Oh ? Et pourquoi cela ? » demanda-t-elle de façon condescendante comme si Hermione était encore une petite quatrième année.

« Parce que je représente la famille Malfoy et cela signifie que vous allez être la sorcière la plus triste du monde » dit-elle fermement, un sourcil levé nonchalamment.