Bonjour, bonsoir et bienvenue ! Et voici encore et toujours plus de Destiel. Je me suis améliorée, comme vous avez tous pu le remarquer sur le chapitre précédent !

Je remercie encore et toujours yakusokuyumi, pimpiericky, barjy02, shinobu24, ZephireBleue et Castiel-SPN156-Dean pour les commentaires qui me mettent toujours en joie !

Bonne lecture et laissez un commentaire !


Les vies entremêlées 3

Gabriel n'était pas content. Mais alors pas content du tout. Du tout, du tout. Il détestait cette situation où il ne contrôlait rien et ne faisait que suivre le jeu sans aucune carte en main.

Après l'arrivée de la tornade blonde qui avait délibérément pris SON Sam dans les bras, elle ne l'avait pas lâché d'une semelle, restant collée à lui d'une manière ou d'une autre en lui tenant le bras, en s'appuyant sur son épaule ou en lui embrassant les deux joues lors d'un sursaut d'enthousiasme.

Lorsqu'elle lui avait sauté dessus dès son arrivée, il n'avait pas bougé, encore sous les ordres menaçant de Castiel. Mais si il avait été libre de ses mouvements dès le départ, il se serait jeté sur Sam, le prenant par la taille pour le coller à lui et faire comprendre à la demoiselle qu'il était chasse gardée. Il voulait bien croire qu'ils se connaissaient mais il n'était pas prêt à voir ces effusions de sentiment avec une parfaite inconnue pour lui. Et il n'avouerait pour rien au monde qu'il était extrêmement jaloux.

Quand Ruby le lâcha finalement, il en fut réellement soulagé et il réussit à se lever, profitant du fait que Castiel l'avait quitté des yeux, pour venir se blottir contre le géant et marquer son territoire.

Dean aussi, lorsqu'il vit Ruby faire quelques pas en arrière, put souffler un coup pour relâcher la tension qu'il venait d'accumuler. Il ne l'aimait toujours pas, malgré ces cinq années qui avaient atténué ses souvenirs d'elle. En fait, le simple fait de la voir en chair et en os devant eux avec son petit frère dans les parages le rendait nerveux. Sam n'avait pas compris la première fois lorsqu'il avait voulu le protéger et qu'il s'était montré agressif comme une femelle protégeant ses petits des prédateurs alors il ne comprendrait pas mieux aujourd'hui. Il valait mieux, pour l'instant, observer de loin et être prêt à la sortir définitivement de leur vie à tous les deux à tout moment.

Ne la quittant pas des yeux, elle et son sourire grinçant, il ne se leva pas pour l'accueillir aussi chaleureusement que son frère l'avait fait. Il préféra profiter du spectacle qu'offrait Gabriel en se tortillant contre Sam comme une anguille, même si savoir Sammy en couple avec ce clown le dérangeait un peu. Mais ce même clown le protégeait des potentiels futurs attaques de Ruby.

Quant à Castiel, le seul maître de ses émotions, il observa les échanges entre Sam et Ruby, leur sourire et leurs yeux pétillants, les gestes automatiques qu'ils faisaient pour se saluer et, du coin de l'œil, le détective Zacharie Johnson qui lui aussi observait la scène un peu en retrait. Après le cauchemar de Dean cette nuit, il n'aimait pas l'idée de voir la personne de ses mauvais rêves en chair et en os. Dans sa robe en dentelle blanche et les quelques bracelets à son poignet, elle semblait presque innocente, à tel point que Castiel ne comprit pas les sentiments haineux de Dean à son égard.

Cependant, il lui suffit de regarder le détective pour s'attendre à quelque chose d'important. Ce n'était pas tous les jours qu'on avait l'occasion de croiser un détective dans la rue ou dans un parc. Ou plutôt, la formulation exacte serait de démasquer un détective dans la rue. Si il était en pleine mission, ce genre d'individu savait se montrer discret et se fondre dans la masse tout en accumulant les informations. Même dans les films ou les séries télé qu'il regardait avec Dean, il enviait ces personnes qui se rapprochaient au plus près de la vérité pour, parfois, résoudre des énigmes complexes.

Pourtant, celui en face de lui ne l'intéressait en aucune façon. Ce détective, toujours habillé de son costume de bureau ne correspondait pas à l'image qu'il s'en était fait. S'il avait du passer inaperçu pour s'approcher d'eux, jamais il n'aurait choisi un costume en ce si beau jour. Au lieu de détourner l'attention, il l'attirait comme un aimant. Qu'est-ce qu'un homme pareil ferait à se promener au bord du lac au lieu d'être à son bureau ? Castiel se serait posé la question.

Il n'en tira rien de plus, le détective ne bougeant pas d'un cil et disparaissant presque derrière la jeune femme qui faisait des pieds et des mains pour transmettre son excitation.

Elle occultait presque la petite fille derrière elle qui ne quittait pas Zacharie d'un pouce. Elle aussi habillée simplement d'une jupe et d'un T-shirt rose, elle évitait de croiser le regard de Castiel qui se posait sur elle. Ruby remarqua enfin le manège et se plaça derrière la petite fille, l'enlaçant de ses bras nus.

-Je te présente Hannah, ma fille. Elle est belle, hein ? Allez, vas-y, dit bonjour.

Hannah se pinça les lèvres, intimidée par tant de personnes inconnues autour d'elle mais s'exécuta et, d'une voix fluette, elle prit la parole.

-Bonjour... Je... Je m'appelle Hannah... Et j'ai cinq ans.

Comme si elle répétait un texte, elle s'emmêla les pinceaux et Ruby lui souffla à l'oreille sa réplique.

-Je... Je t'ai fait un dessin parce... parce que tu es un ami de ma maman.

Elle tendit tout en baissant la tête pour cacher ses joues rouges une feuille de papier pliée en quatre avec pour seul titre écrit à la main : « Pour Sam ».

Sam s'agenouilla pour être à son niveau, pensant paraître moins imposant comme ça, et il prit lentement le dessin des mains de la jeune fille pour ne pas l'arracher de ses doigts crispés.

-Merci beaucoup Hannah, lui dit-il pour la mettre en confiance et il déplia le papier. C'est très beau. Tu as mis plein de couleurs.

-J'aime beaucoup les couleurs, marmonna-t-elle. C'est le vert ma couleur préférée.

-C'est vrai ? Moi aussi.

Soudainement prise d'intérêt par la conversation, elle présenta chacun des éléments de son dessin à Sam, ses gestes de plus en plus fluide au fur et à mesure que son appréhension disparaissait.

Ruby, les regarda faire, s'éloignant de la petite pour venir se coller à Zacharie qui semblait être fait de pierre car il n'avait plus bougé depuis sa dernière phrase. Elle lui murmura un petit mot à l'oreille avant de s'apercevoir que Castiel et Dean ne l'avait pas quitté des yeux lors de son déplacement. La jeune femme leur lança un sourire et s'approcha d'eux, comme si elle venait tout juste de les remarquer.

-Bonjour Dean. Ça fait un bail, n'est-ce pas ? dit-elle d'une voix mielleuse.

Il ne fit que hocher la tête, ne sachant pas si il se sentait capable de lui répondre poliment. Elle ne s'en offusqua pas, ou alors, elle ne le laissa pas paraître sur son visage. A la place, elle leva la tête vers Castiel qui fronça les sourcils à cet intérêt soudain pour sa personne.

-Tu nous présentes ou je dois le faire moi-même ?

Pour n'importe qui d'autre, cette phrase aurait sonné comme une simple taquinerie, une boutade qui les aurait fait sourire mais pas pour Dean qui ne la portait pas dans son cœur. Castiel le remarqua et prit les rennes avant que tout ne se finisse par des mots regrettables.

-Je m'appelle Castiel. Enchanté. Dean m'a un peu parlé de vous.

Cas n'allait pas non plus prendre la menace par-dessus la jambe. Si son ami n'aimait pas cette fille, il voulait bien faire un effort pour la comprendre mais Dean avait un instinct très fort et si il disait qu'il n'aimait franchement pas quelqu'un, alors il fallait faire attention où on mettait les pieds. Et ses si beaux yeux jusque là gris perle semblèrent devenir plus foncés lorsqu'elle plissa les yeux.

-J'espère qu'il n'a pas dit des choses méchantes sur moi ? demanda innocemment Ruby, gardant un ton aigu dans la voix.

-Pourquoi l'aurait-il fait ? rétorqua-t-il en retour.

Ce n'était pas dans ses habitudes d'agresser des inconnues avec ses paroles mais après ce que lui avait raconté Dean, même si ce n'était qu'un morceau de l'histoire, il n'aimait toujours pas la façon dont ses poings s'étaient serrés autour de sa robe et son visage figé dans une expression joyeuse.

Dean, devant la joute verbale de son ami, ne pouvait que sourire de plus belle. Cas savait manipuler les mots à sa convenance et il en avait déjà fait les frais. Mais, cette fois-ci, savoir que c'était la jeune femme qui en faisait les frais évapora son anxiété.

Elle se retourna finalement vers Gabriel pour lui serrer la main, ce qu'il fit presque immédiatement. Tant qu'elle restait civilisée à ses yeux, il pouvait bien lui tendre la main.

-Bon, je dois y aller, fit elle à Sam, toujours plongé dans une discussion avec la petite. On est plutôt loin.

-Tu veux passer à la maison ? proposa-t-il, au grand dam de Gabriel. Ça fait tellement longtemps qu'on ne s'est pas vu. Tu dois avoir des tas de choses à raconter.

-Tu n'imagines pas à quel point. Mais j'ai loué une chambre dans un motel en dehors de la ville. On vient tout juste d'arriver. Je voudrais bien me reposer.

-D'accord je comprend.

-Mais je pourrais passer plus tard dans la soirée, proposa-t-elle. Dis-moi où et à quelle heure je pourrais te rendre visite.

-Pas de problème.

Il lui écrivit sur un moreau de papier qu'elle avait pris des mains du détective son adresse à lui et Gabriel et elle repartit avec sa fille et Zacharie, lançant un dernier signe de la main à la cantonade auquel seul Sam et Gabriel répondirent. Castiel se contenta d'hocher la tête et Dean ne la regarda même pas partir, préférant se jeter sur une tranche de saucisson du pique-nique qui n'avait toujours pas été entamé.

Il ne fut pas le seul d'ailleurs parce que, une fois Ruby hors de vue, Castiel l'accompagna dans sa dégustation, s'attelant à disposer bien au centre tous les plats apportés avant de se servir une assiette et d'attendre que Sam et Gabriel suivent le geste. Ils s'installèrent tous les deux l'un à côté de l'autre et se servirent aussi. Le pique-nique reprit un ton léger, oubliant presque l'arrivée perturbante de la jeune femme un peu plus tôt.

Gabriel faillit se retrouver à l'eau lorsque Castiel, aidé de Dean, voulut se venger de la perte de son carnet qu'il venait tout juste d'acheter pour continuer d'archiver les petits secrets qu'il collectait. Sam l'aida à se maintenir sur la terre ferme alors qu'il était plié en deux de rire à voir son amant gesticuler en tout sens pour libérer son bras de la poigne de son frère.

Il échappa de peu à la baignade lorsque Castiel posa une main sur l'épaule de Dean pour le faire lâcher. Celui-ci, trop occupé à regarder avec des yeux de merlan frit son ami, ne retint plus avec la même force le pauvre Gabriel qui sauta dans les bras de son géant pour se cacher de toute nouvelle menace.

Ce ne fut que lorsque le ciel se couvrit pour laisser échapper quelques gouttes de pluie de ses gros nuages gris qu'ils quittèrent les lieux, se saluant une dernière fois avant de rentrer pour profiter des dernières heures avant la nuit.

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Gabriel, de retour chez lui, en profita pour marquer une nouvelle fois son territoire sur Sam, pris par surprise dans la cuisine alors qu'il rangeait les restes du pique-nique.

-Mais qu'est-ce qui t'a pris? demanda Sam essoufflé par la démonstration brutale des sentiments de son amant.

Gabriel ne répondit pas immédiatement, profitant de la chaleur de son dos pour reprendre pied et laisser le petit nuage se dissiper lentement. Rien de tel qu'un bon moment de partage pour se sentir chez soi.

-Tu n'as pas aimé ? Moi j'ai adoré. Et puis la table, c'est pas si terrible que ça.

-Arrête ça, fit Sam, le rouge lui remontant aux joues.

Il profita une dernière fois des fourmillements que lui procurait Gabriel derrière lui avant de le repousser du plat de la main pour redevenir présentable. Avec quelques réticences, prêt à « remettre le couvert », il s'exécuta tant bien que mal, l'esprit embrumé par son Sammy qu'il respirait dans toute la pièce.

Le silence reprit ses droits, entrecoupé par le bruit de la vaisselle sale posée dans l'évier ou par les placards ouverts puis fermés pour ranger tout ce qui avait besoin de l'être. Il ne leur restait plus qu'à patienter jusqu'à l'arrivée de Ruby. Il ne fallut à Gabriel rien que cette pensée pour retrouver sa mauvaise humeur. Si il l'avait rencontré dans d'autres circonstances et pas en train de fricoter autour de son amant, peut-être qu'il aurait pu faire sa connaissance comme on rencontre quelqu'un par hasard au coin d'une rue ou en indiquant le chemin ou même à une soirée. Il soupira pour la troisième fois, caché derrière une porte de placard en regardant la date de péremption sur un paquet de sablés au chocolat.

-Qu'est-ce que tu as ? demanda Sam, encore un peu plié en deux à cause de son traitement. On a fait les courses hier. On a oublié quelque chose ?

-Je me disais juste que tu ne m'as jamais parlé d'elle.

-Qui ça ? Ruby ?

-Oui.

-C'est parce que je ne me souvenais pratiquement plus d'elle non plus.

-D'accord.

Il soupira encore une fois, seul moyen d'extérioriser sa contrariété.

-Si tu veux, je peux te parler d'elle ? demanda Sam, perplexe sur l'utilité de lui dire des choses qui dataient de plus de cinq ans.

-Te sens pas obligé, fit-il en fermant le placard et s'asseyant à la table pour déguster une briquette de lait à la fraise.

Sam ne comprenait pas son comportement. D'habitude, si quelque chose ne va pas dans sa vie, Gabriel en faisait tout un foin jusqu'à ce qu'il en parle finalement à son petit-ami et, à deux, ils résolvaient son problème. Le dernier en date était la pénurie générale au supermarché. Le gérant avait du fermer précipitamment car il ne se faisait plus livrer. Ou plutôt, il n'avait pas renouvelé ses contrats de livraison en pleine connaissance de cause. C'était un cadeau empoisonné pour le nouveau patron du petit commerce qui le rachetait pour étendre son empire de sa propre chaîne.

Mais le pauvre Gabriel s'était retrouvé privé de tous ses aliments fétiches : pâte à tartiner, nounours en guimauve, sucettes, gaufrettes fourrées, confitures, cookies, sirop, soda, tablettes de chocolat et tout ce qui avait la mention « attention à l'abus de sucre ». Et le pire de tout, c'était qu'il ne consommait qu'une seule marque bien précise et celle-ci ne se trouvait que dans un magasin bien précis. Celui qui venait de fermer ses portes pour une durée indéterminée.

Même pour Sam c'était la panique, pas autant que son compagnon cependant, puisque tous les produits bios qu'il consommait à longueur de temps n'étaient distribués qu'ici. Et sans eux, adieu son alimentation saine et bonjour à tous les autres fruits et légumes qui n'étaient là que grâce à des pesticides et autres produits chimiques pour qu'ils poussent plus vite et deviennent plus gros.

Pour une fois, Sam et Gabriel avait un problème commun qu'ils se devaient de régler dans les plus brefs délais car leurs maigres réserves de nourritures ne suffiraient pas à tenir une semaine, sauf peut-être pour Gabriel si il se limitait à cinq sucreries par jour au lieu des dix habituelles.

Soudain, un miracle franchit le pas de leur porte. Castiel, baigné de lumière, les avaient informé que l'ancien propriétaire de leur Saint Graal n'avait pas quitté les affaires, bien au contraire ! C'était son nouveau patron dans le grand magasin où il travaillait depuis peu. Il avait remarqué en aidant à déballer quelques cartons que les emballages ressemblaient fortement à ceux qu'il avait déjà vu chez eux.

Le soir même, le frigo était rempli à ras-bord de produits frais ainsi que tous les espaces libres de la cuisine. Castiel avait été leur invité d'honneur ce soir-là.

Mais Sam se disait que les choses ne se régleraient pas aussi facilement aujourd'hui. C'était pourquoi il alla l'enlacer de ses deux bras immenses pour prendre connaissance de son état d'âme. Lorsque Gabriel ne le repoussa pas et lui caressa la main du bout des doigts, il savait que l'arrivée de Ruby le tracassait. En général, il ne parlait pas beaucoup de lui. Gabriel le faisait pour deux. Mais il y avait eu des soirées où il s'était senti plus en confiance que d'habitude à cause d'un petit câlin affectueux ou d'une attention particulière. Il lui avait parlé de Jessica, forcément, tout en gardant un petit jardin secret où il n'y avait qu'elle et lui qui pouvaient ressasser certains souvenirs. Gabriel savait tout de ses années à l'autre bout des États-Unis où il avait mené une vie bien remplie. Il n'y avait que certains détails qu'il avait jugé sans importance qu'il ne lui avait pas raconté.

Dont Ruby. Elle était d'ailleurs une bonne amie mais il n'avait eu aucun mal à l'oublier lorsqu'elle avait disparu précipitamment.

Posant sa tête sur la sienne, il fixa le même point que devait regarder Gabriel, c'est-à-dire le mur blanc où une seule photo d'eux avait été accrochée dès que le petit homme avait réussi à attirer Sam assez près pour qu'il entre dans le cadre.

-Ça fait cinq ans, comme je te l'ai dis, que je ne l'avais pas vu. Presque une éternité selon moi. On s'est rencontré dans la rue. Je m'étais perdu en voulant rentrer à mon appartement. Si je ne m'étais pas aventuré aussi loin dans la ville pour trouver le centre commercial le plus proche, je ne l'aurais sans aucun doute jamais remarqué. C'était le genre de personne qui passe inaperçue. Et pourtant, quand je lui ai demandé mon chemin, elle m'a accompagné tout le long du trajet.

-C'est une chouette fille. Tant mieux que tu sois tombé sur elle, dit-il tout en resserrant sa main autour de la sienne.

-C'est vrai, j'ai eu de la chance. Mais je ne m'attendais pas non plus à ce qu'elle reste chez moi pur la nuit.

-Tu sas que beaucoup de choses peuvent se passer en une nuit, n'est-ce pas ? demanda Gabriel un peu paniqué de découvrir une nouvelle maîtresse de Sam.

-Oui mais... Non, non, on n'a rien fait ! Gabe, je te l'aurai dit sinon que j'avais eu quelqu'un d'autre.

-Ça me rassure.

Au moins, assis sur sa chaise, Gabriel pouvait cacher ses jambes raides et l'autre main crispée autour de son ventre. Il n'aimait pas ne pas savoir car cela signifiait que quelqu'un pouvait le tromper, modifiant l'histoire pour lui donner un autre point de vue pas toujours vrai. Ce que Sam lui racontait, peu de personne le savait mais il n'était pas un privilégié. Pas encore. Il voulait découvrir toute l'histoire, du premier pas qu'elle a fait dans sa direction jusqu'au dernier souffle avant de fermer le rideau. Il voulait fusionner un peu plus avec Sam, possessif jusqu'au bout des ongles.

-Elle est revenue plusieurs fois. Je ne savais pas ce qu'elle voulait. Elle ne faisait que squatter mon canapé. Parfois elle cuisinait mais ce n'était pas ta cuisine à toi.

-Flatteur.

-Et puis un jour elle m'a avoué que j'étais son premier ami. Elle ne voulait pas de quelque chose de plus sérieux. Elle m'a dit que toutes les amitié qu'elle avait eu c'était transformé en relation plus... Enfin tu comprends ce que je veux dire ?

Gabriel s'amusa de sa gêne.

-Sammy, tu peux le dire : intime. Répète après moi : IN-TIME. Tu dis pourtant des trucs bien plus sales quand on est au lit.

-Ce n'est pas le sujet ! le rouge lui remontait aux joues. Bon, du coup, ça ne me dérangeait pas plus que ça. Je n'avais pas envisagé les choses comme ça non plus. Donc, on est resté ami pendant cinq ans. On est allé à des soirées pour fêter nos anniversaires ou des petits événements. J'ai rencontré certaines des personnes qui étaient restés amis avec elle après qu'elle leur ait fait comprendre la chose. Et je lui ai fait rencontré les miens.

-Et qu'est-ce qui s'est passé au bout de ses cinq années ?

-On a fêté la fin des examens. Ça s'est fait chez un de ses amis, un peu plus loin. Et... Disons que j'ai un peu abusé.

-C'est-à-dire ? demanda-t-il méfiant.

-J'ai un peu trop bu. Quelques photos bizarres ont circulé mais Dean s'est débrouillé pour tout effacer.

-Heureusement qu'il est là, dit Gabriel tout en pensant à offrir à l'aîné Winchester une boite de chocolats à la liqueur pour ses longues nuits d'hiver avec Cas.

-Oui, mais il est trop souvent sur mon dos. C'était pire pendant un moment. Juste après que Ruby ait disparu.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-On venait de faire une fête... une grosse fête. Je ne connaissais presque personne. Il y avait tout pour passer une bonne soirée. C'était plutôt sympa. Bon, je t'avoue que je ne me souviens de pas grand chose après les cinq premiers verres.

Gabriel grimaça, profitant que Sam soit dans son dos pour qu'il ne puisse pas le voir, et reprit une lampée de sa briquette à la fraise. Il avait déjà eu l'idée de donner à Sam quelques verres pour savoir à quoi il ressemblait avec un coup dans le nez mais se dire qu'il avait été saoul au point de ne plus se souvenir des événements l'inquiétait. Et si Dean était passé par là, les choses avaient du mal se passer.

-Il m'a trouvé totalement à l'ouest en train de dormir dans une chambre de la maison. Et Ruby était à côté.

-Sam, ne me dis pas que, elle et toi vous...

-Non, je te l'ai dit. Je n'ai rien fait avec elle. Elle me l'a juré un peu plus tard, quand Dean m'a laissé récupérer mon téléphone au bout de trois jours.

-Bon, ben y a pas de quoi en faire un drame. On mange quoi ce soir ?

-Gabriel, je ne te cache rien. Je ne comprends pas pourquoi tu lui en veux alors que tu ne la connais même pas.

Gabriel se posait la même question. Passé le coup des salutations chaleureuses, la jeune femme blonde n'avait rien à se reprocher. Ils avaient été amis puis s'étaient perdus de vu. Fin de l'histoire. Clap de fin. Baissez le rideau. Ça arrivait tous les jours et à n'importe qui. Alors pourquoi, selon son instinct, Sam ne pouvait pas faire comme n'importe qui ?

-Tu as raison. Je ne sais pas ce qui m'a pris. J'aime t'avoir rien que pour moi tout le temps. J'ai sûrement été un peu jaloux, voilà tout.

Et rideau...

-Si tu veux lui poser des questions, tu pourras le faire ce soir. Qu'est-ce que tu en dis ?

Et deuxième acte...

-D'accord, très bien, dit-il lascivement. En attendant, faut vraiment préparer un truc pour ce soir. Tu ne vas l'accueillir chez nous avec seulement un paquet de chips et une bouteille de bière ?

Gabriel se leva et se rapprocha du torse de Sam. Il s'y sentait en sécurité et il aurait besoin de faire des réserves si il voulait ne pas se transformer en furie ce soir.

Sam sourit et le serra un moment avant de s'éloigner pour prendre note de ce qui se trouvait dans le réfrigérateur.

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Dean et Cas étaient bien rentrés. Par chance, la pluie ne s'était déchaîné qu'une fois à l'abri sous un toit. Ce soir, Castiel ne rentrerait pas chez lui. Il vivait de moins en moins dans sa petite maison bien triste depuis qu'il n'y mettait que rarement les pieds. Certaines de ses affaires avaient déjà atterri dans les placards de Dean comme sa brosse à dent, son pyjama ou des vêtements de rechange.

L'idée de ne plus vivre chez lui ne le dérangeait pas mais il ne pouvait pas imposer cette décision à Dean qui faisait d'énormes efforts qui ravissaient Castiel. D'ailleurs, les efforts n'en étaient plus vraiment puisqu'ils étaient devenus des habitudes que Dean ne remarquait plus. Un bras venait se perdre sur ses épaules ou une main lui prenait le bras pour attirer son attention. Ce n'était que de petits gestes simples, presque anodins pour n'importe qui les regardant. Mais pour eux, jeune relation, aucun de ces gestes ne leur paraissaient anodins.

Il y avait des moments où Dean prenait conscience de son geste. Le rouge lui montait sur tout le visage comme on tire les rideaux pour laisser entrer les premiers rayons du soleil. Cependant, malgré cela, il ne s'arrêtait pas, devenant un instant de marbre avant de se relaxer.

A chaque fois,le cœur de Castiel se tordait sous l'arrivée massive d'amour et de tendresse qu'il recevait. Un soupir franchissait souvent ses lèvres et la prise de Dean se raffermissait sur son épaule. Il avait bon espoir en l'avenir qui s'offrait à eux. Deux mois qu'ils étaient plus que de simples amis et c'était tout ce qu'il avait fallu à Castiel pour apercevoir son rêve se réaliser. Deux mois plus tôt, il se faisait éjecté de son chevet pour lui avoir révélé son secret.

En ce moment-même, Dean et Castiel partageaient leur fin d'après-midi au sec. Dean était parti s'étaler sur le canapé pour ne plus en bouger, fermant les yeux et tentant de récupérer de ce pique-nique étrange. Et pour mieux profiter de ce moment d digestion, la télévision allumée lui ferait le plus grand bien, bercé par le son d'un documentaire animalier. Rien de tel pour s'endormir en deux temps trois mouvements. Malheureusement, la télécommande sur la table basse était bien trop loin pour son petit bras tendu par l'effort.

Castiel, amusé, voulut la lui tendre pour ne plus le voir paresseux au point de ne pas vouloir se lever pour se faciliter la tâche. Mais Dean, en le voyant arriver avec un sourire aux lèvres, le repoussa du plat de la main.

-Je vais y arriver. Tant fais pas. Va t'occuper de toi.

Toujours le sourire aux lèvres et le visage de Dean rouge non plus sous l'effort, Castiel le laissa continuer son combat et monta à la chambre qu'ils partageaient. Ça faisait un moment qu'il voulait ranger ses affaires proprement dans le placard du propriétaire et non plus les laisser dépérir dans une valise qu'il se trimballait pour emporter son linge.

La cohabitation avait parfois quelques inconvénients que ni l'un ni l'autre ne pouvaient ignorer. Pour faire une machine de linge, Dean le faisait bon gré mal gré car Castiel devrait ensuite s'occuper de l'étendre et pour cela, il fallait un grand savoir faire pour accomplir l'exploit de disposer mille et un morceaux de tissus sur le minuscule étendoir du salon qui affichait complet dès trois caleçons épinglés. Pour passer le balai, l'un le faisait à l'étage pendant que l'autre le faisait au rez-de-chaussée. Avec la même surface à nettoyer, étrangement, les pièces du premier étaient les plus faciles à faire. C'était sûrement parce qu'il n'y avait pas tant de choses à faire. Par exemple, au premier étage, on n'avait pas besoin de déplacer toutes les paires de chaussures, même si il n'y en avait que quatre au grand maximum. On n'avait pas non plus besoin de soulever toutes les chaises une à une parce que la table étaient trop petites pour les mettre dessus. Et pour la vaisselle, l'un la lavait tandis que l'autre la séchait avec un chiffon pour ensuite la ranger. En général, Castiel plongeait volontiers les mains dans les bacs pour astiquer les assiettes, les verres et les couverts mais il lui arrivait aussi de se perdre dans les montagnes de bulles du liquide vaisselle parce qu'il en avait mis trop. Bizarrement, il en mettait toujours trop. Et par simple gaminerie, il s'amusait à sculpter la mousse pendant que Dean, plus lent, soupirait sous le nombre de petite cuiller qu'il avait en sa possession. Et lorsqu'il avait rattrapé son retard, il plongeait la main dans le bac de mousse pour réveiller Cas et se faisait asperger par celui-ci parce qu'il avait détruit sa reproduction mousseuse d'une chouette blanche.

Finalement, les corvées n'en était plus vraiment une dès qu'ils se mettaient à deux pour les faire. Un instant de plus en compagnie de l'autre.

D'ailleurs, en voyant le linge s'accumuler au pied du lit, il devrait dire à Dean de s'en charger prochainement. Et cette fois-ci, il arriverait à tout suspendre sur l'étendoir !

Se recroquevillant pour atteindre la poignée de la valise rangée sous le lit, il tira pour la faire glisser sur le sol, soufflant sous le poids impressionnant que pouvait faire de simples bouts de tissus pliés les uns sur les autres. Lorsqu'il put enfin l'ouvrir, il récupéra les quelques cintres qu'il avait pris pour ses chemises. Le placard de Dean était bien assez grand pour eux deux et si ce n'était pas le cas, il restait la commode dans la chambre de Sam dont il ne se servirait certainement plus.

Trois pantalons et une chemise plus tard, un courant d'air lui chatouilla le bas du dos, découvert parce qu'il était accroupi au sol et que son vêtement avait remonté. Sans se presser le moins du monde, il tira le T-shirt sous son maillot pour couvrir la zone sensible mais il n'était pas assez grand ni extensible pour faire ce que son propriétaire lui demandait. Il finit par se lever, trouvant cela très gênant d'avoir froid dans le dos, et remonta son pantalon qui glissa sur ses cuisses pour terminer de se rhabiller. Un grincement le fit se retourner instinctivement et il tomba nez à nez avec Dean, perdu dans son esprit entre reculer ou ne pas bouger.

-Oui ? lui demanda-t-il pour lui permettre d'ouvrir la discussion.

Cela le fit réagir car il avala sa salive en deux fois avant de cligner des yeux une petite dizaine de fois pour s'ancrer à la réalité.

-Euh... Je voulais juste... Tu sais... Discuter de nous... Et...

Les babillages de Dean lui laissèrent un sourire sur le visage. Il adorait le voir comme ça, vulnérable à tout et n'importe quoi et surtout à lui. Il le laissa s'empêtrer avec ses mots, rougissant sous l'embarras grandissant. Son cœur fondit comme du chocolat, doux et sucré, sous l'avalanche de tendresse. Même si ils n'en étaient qu'au début de leur potentielle relation, Castiel prenait au centuple tout ce que Dean lui offrait.

Un simple sourire qui rendait ses yeux pétillants le rendait lui totalement mou, au point qu'il était dur de se retenir de l'embraser du bout des lèvres.

Un simple toucher le transformerait en la chose la plus précieuse qui soit pour Castiel. Plus jamais il ne lâcherait sa main. Plus jamais il ne quitterait ses yeux verts. Plus jamais il n'oublierait la sensation de ses cheveux sous ses doigts ou l'odeur de son savon sur sa peau.

Il n'aurait plus jamais de raison de se retenir puisqu'il serait avec l'homme qu'il aimait.

Dean.

Dean Winchester.

-Respire, lui conseilla Castiel, et après réfléchit calmement à ce que tu voulais me dire.

C'était ce que fit Dean. Il inspira et expira pour vider entièrement ses poumons. Ses yeux se figèrent sur l'homme en face de lui, pas un étranger mais il ne le connaissait pas complètement non plus. Il se demandait, depuis ces deux mois partagés, comment faisait-il pour le supporter lui ?

Il se savait extrêmement énervant, à la limite de l'exaspération, pour son entourage. Sam le lui avait répété assez souvent. Des fois, Dean le remarquait lui-même qu'il dépassait les bornes mais il continuait son cirque, comme une mécanique bien huilée. Et Castiel, spectateur de tout ça, ne le quittait pas d'une semelle. Jusqu'à dormir sur un canapé qui ruinerait à coup sûr son dos.

Oui, il avait remarqué son manège. Castiel lui avait prouvé qu'ils pouvaient jouer à deux à ce jeu-là. Et pourtant, sans aucune pression de sa part, Dean l'avait autorisé à dormir dans son lit. Pas dans celui de Sam mais dans le sien.

Petit à petit, malgré quelques faux pas et des retours en arrière, il avait accepté qu'il pouvait faire sa vie à deux. Il avait compris qu'une personne l'aimait assez pour accepter un refus de sa part sans jamais le forcer à accepter ses sentiments en bloc. Jamais il ne s'était senti pressé par les événements ou n'importe quoi d'autre qui l'aurait forcé à faire le premier pas. Castiel ne cherchait pas à profiter de la situation pour mettre des sensations sur ses pensées. Il avait attendu patiemment.

-Cas... Je veux t'embrasser.

Sa respiration s'accéléra. Il l'avait dit. Il l'avait fait. Il avait mis des mots sur ses pensées.

Castiel ne savait pas quel visage il devait avoir en ce moment. Il était juste sûr que la surprise devait emplir ses yeux selon la façon dont il les sentait s'écarquiller.

-Dean...

A ce mot, c'était comme si une force invisible l'avait poussé. Il fit un pas dans sa direction.

Au second pas, il n'eut pas besoin de parler. L'impulsion du premier lui aurait suffi à franchir des montagnes. Au troisième, il se retrouvait à échanger son souffle avec Dean, sans que leur lèvres ne se touchent encore. Elles n'étaient qu'à quelques centimètres les unes des autres. S'il n'écoutait que lui, Castiel se serait jeté à corps perdu sur elles pour leur arracher une sensation, une impression pour se vider l'esprit et perdre toute notion du temps.

-Tu es sûr ?

Une question qui pouvait tout arrêter. Tout.

-Je suis sûr. Je veux t'embrasser.

Castiel effleura ses lèvres sans vraiment les embrasser, comme une dernière question pour lui donner la possibilité de s'enfuir si il le voulait. Un second frôlement suivit le premier. Puis, au troisième, il les laissa s'imprégner un peu plus de leur texture, du froissements qu'elles avaient face aux siennes. Il n'y eu pas de cinquième car le quatrième dura une éternité. Leur bouches collées l'une à l'autre ne laissèrent aucun espace où l'air pourrait s'engouffrer. Les langues cognaient contre les dents sans les franchir, trop peureuses de découvrir l'existence de l'autre. Mais ils n'avaient pas besoin de plus. Leur respiration devinrent quelques gémissements frustrés et apaisés. L'un penchait la tête d'un côté tandis que l'autre la penchait dans l'autre sens. Plus rien n'existait pour eux que le souffle sur leurs lèvres et les mains qui se perdirent d'un seul coup pour se rapprocher et fusionner. Dean les perdit toutes les deux dans ses cheveux pour qu'elles s'agrippent à des mèches rebelles de sa chevelure. Castiel oublia où étaient les siennes après qu'elles se soient posées entre ses omoplates pour appuyer et le rapprocher le plus possible.

Les sentiments à vifs, mis à nu devant l'autre semblèrent se rassasier assez pour leur permettre d'écarter leur visage, mais pas plus.

-On a franchi une étape, conclut Castiel.

-Une très belle étape, ajouta Dean.

Il n'en fallu pas plus pour titiller leur cœur en émoi. Même si leur langue n'entrèrent dans la partie que plus tard, un baiser n'était pas anodin. Encore moins pour eux. Ce n'était plus une période d'essai où l'un d'eux pourrait se retirer du jeu. C'était la concrétisation de plusieurs années passées l'un près de l'autre. Tous les deux pourraient apprendre à en connaître plus sur l'autre.

Ils n'en demandaient pas plus. Rien de plus.

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Ils leur fallut une éternité pour se rendre compte qu'ils avaient fini allongé sur le lit, continuant de s'embrasser sans relâche jusqu'à ne plus savoir à qui est quoi.

Mais, pour tout le monde, couple ou non, les moments de bonheur étaient présentés comme ayant une fin.

Plus tard dans la soirée, Dean écouterait sa boite vocale.

« Dean ? C'est moi, Sam. Je... Je sais pas ce qui se passe. Gabe est dans un état bizarre. On vient de se disputer. Ruby est passé. Elle... Dean, je t'en supplie ! Il faut que tu viennes. Je ne peux pas te dire ça au téléphone. C'est pas possible. Je veux pas y croire. Je t'en prie, viens me chercher... »