Si je vous dis que mes idées sont brillantes, vous me répondez quoi ? Hein ? Que je me vante ? Comment osez-vous ! C'est un fait universellement reconnu que je suis géniale, intelligente, drôle, etc.…Bon, d'accord, vous n'avez peut-être pas tout à fait tort. Si je continue sur cette lancée j'aurais bientôt les chevilles trop grosses pour marcher. Allez, je plaisante ! Si on ne pouvait plus rire dans ce monde ce serait mortel.

Donc, je vous avais laissés en dehors de ce compartiment du Poudlard Express où nous étions serrés comme des sardines. Notre entrée à l'école devait être digne de ce nom. Ce n'était pas tous les ans que des quintuplées et des triplés, sans oublier leur petite sœur, devaient être répartis dans une maison de Poudlard. Attention ! Je dis bien UNE maison : il est exclu que nous soyons séparés. Le premier à passer sous le Choixpeau ira dans la maison qui lui convient, et nous avons prévu de tous – même Aphrodite – demander à lui tenir compagnie. Si jamais le bout de chiffon refuse de nous obéir, il passera le plus sale quart d'heure de toute sa vie, et Merlin sait si il a dû en voir de toutes les couleurs. Personnellement, j'aimerais bien être à Gryffondor. Je ne sais pas ce qu'en pensent mes sœurs, mais il est de mon avis que la maison du courage conviendrait tout à fait avec mon tempérament de frondeuse. Et gare à ceux qui oseront rire de nos noms ! Ceux-là seraient infiniment plus beaux en Verracrasses…

Donc, je disais avant de m'égarer (où ça ? Je ne me perds pas dans n'importe quel domaine de mon illustre cerveau, moi. Hum, bref.) que nous avons prévus de ne pas passer inaperçus. Rien de plus facile ! Le plus difficile est plutôt de ne pas être vus à la gare. Dès que Pré-au-Lard commence à se dessiner, nous nous emmitouflons de notre mieux dans nos capes (Aphrodite est toute fière de pouvoir l'étrenner enfin). Ajax s'enfonce un bonnet sur la tête, si bien qu'on voit à peine ses yeux (c'est le plus timide…ou le moins culotté ?). Je l'imite sans hésiter. Nom d'un Scrout à pétard poilu, c'est difficile de faire rentrer tous mes cheveux ! Qui a eu l'idée saugrenue de faire des bonnets aussi petits ?

Quoi un Scrout à pétard poilu ? Vous voulez que je dise quoi ? Nom d'une licorne ? Pouah ! Trop distingué ! C'est bon pour les pouffes qui lorgnaient Apollon-Patmol (note mentale : il faut vraiment que je découvre son nom à celui-là).

Dix minutes de bataille acharnée contre ces satanés bonnets se soldent par une victoire de Déméter qui a eu l'idée lumineuse de les agrandir magiquement (vous voyez que je ne suis pas si égoïste que ça !). Les élèves commencent à descendre. Il nous faut bien, bon gré mal gré, faire semblant de nous mêler à la foule.

Waouh ! On en apprend tous les jours. Jamais je n'aurais cru que Poudlard avait autant d'élèves. Combien sont-ils ? Deux milles ? Bon d'accord, j'exagère peut-être, mais je n'en suis pas si sûre.

« - Les premières années, par ici s'il vous plaît. »

Tiens ! Un demi géant. La vieille Maxime aurait-elle eu un fils caché ? Hé, reste-là Aphrodite, tu oublies ce qu'on a dit. Ouf, Léto la retient. Sacrés réflexes.

Maintenant, si vous me le permettez (oui, l'effet de surprise doit aussi fonctionner sur vous) je vais cesser de raconter la très intéressante vie de la fratrie pour m'intéresser à celle, beaucoup plus banale je vous l'accorde, de la Grande Salle. Oui, je sais, j'exagère encore, pas TOUTE la Grande Salle. Juste une maison. Plus spécialement quatre membres. Vous voyez très bien de qui je veux parler.

« J'ai faim ! lance la face de rat en s'asseyant à la table des Gryffondors. Vivement la fin de la Répartition. »

« Patience est mère de vertu, déclare son voisin d'un air docte. »

« - Ses cheveux sont comme un soleil…lance le troisième en fixant l'objet de ses soupirs et cause de nuits sans sommeil (bon, ça, j'en suis moins sûre). »

« Où sont les triplés ? demande le dernier (Apollon-Patmol) »

« Ils ont dû suivre les premières années. »

Soudain, un grand silence se fait. Le directeur, le professeur Dumbledore, la barbe plus longue que jamais, entre d'un pas majestueux. Son regard étincelle de malice.

« Je vous souhaite la bienvenue pour une nouvelle année pleine de surprises ! lance-t-il à la cantonade. Vous avez faim, mais je suis sûr que vous n'hésiterez pas à attendre quelques minutes de plus pour sacrifier au rituel de la Répartition. Les premières années, entrez je vous prie. »

Le troupeau intimidé s'avance. Patmol le scrute avec attention, dans l'espoir de rencontrer une nouvelle fois les yeux gris aperçus à la gare. Peine perdue.

Non je ne vous dirais pas où nous sommes ! Attendez un peu ! Si vous ne m'aviez pas interrompue vous sauriez déjà ce que nous avions prévu de faire. Non mais !

Une vieille si ridée au point que Maxime paraît jeune à côté d'elle (ils font exprès de les prendre barbons ou quoi ?) arrive avec un tabouret où trône le vénérable Choixpeau. Tous les premières années n'ont d'yeux que pour ce bout de chiffon qui ouvre un large bec et (ne laisse rien tomber, vous y avez cru, hein ? Dites oui ! Pour me faire plaisir. Quoi ? Je suis lourde ? D'accord je me tais…pour l'instant) chante une chanson.

Aïe ! Mes oreilles ! Il aurait sérieusement besoin de vocalises celui-là. Ouf, il a fini. La Répartition peut commencer.

« Où sont les nouveaux ? demande la vieille. Ils doivent passer avant les premières années ! »

« Ma chère Minerva, l'interrompt le directeur, je ne serais pas surpris de les voir arriver en retard. Commencez donc la Répartition, ils passeront à leur arrivée. »

Ladite Minerva prend son visage le plus solennel et déroule la liste des noms.

« Amay Helena ! »

C'est une minuscule enfant qui s'avance vers le Choixpeau. Elle rougit d'être exposée aux regards de la Salle. On la sent prête à fondre en larmes lorsque la vieille lui enfonce le Choixpeau sur la tête. Il est trop grand pour elle, on ne voit pas ses yeux.

« POUFSOUFFLE ! »

L'enfant, miraculeusement changée, bondit du tabouret en sautillant et rejoint la table de sa nouvelle maison. Les applaudissements manquent de couvrir le nom du suivant. Une bonne dizaine d'élèves sont ainsi répartis, jusqu'à ce que la vieille soupire et clame :

« Délos Aphrodite ! »

Vous vous doutez bien que personne ne sortit des rangs.

« Elle est où ? demande Patmol. Ce n'était pas la petite qu'on a vue avec les triplés ? »

Soudain, l'immense porte du fond s'ouvre (travail conjugué de toute la clique) et nous entrons dans un silence de mort. Pas en troupeau s'il vous plaît ! Je vous avais promis une mise en scène, la voici.

Notre nombre est parfait. Aphrodite s'avance d'abord de sa démarche de Vélane, paraissant aussi rassurée que possible (elle est bonne comédienne). Ses cheveux argentés illuminent la salle.
Les triplés la suivent de près, alignés en rang d'oignon. Ils usent pour l'occasion du pas aérien qui leur donne à la fois grâce et virilité. Les élèves les regardent avec des yeux ronds. Ce n'est pas fini !
Nous les talonnons, marchant au même pas, formant la base d'un triangle exemplaire. Clou du spectacle ! Aucun n'avait jamais vu des quintuplées.

Les réactions sont très diverses, allant des ricanements repérés par Mnémosyne à une simili crise cardiaque rapidement gérée par l'infirmière. Je croise une nouvelle fois le regard de Patmol, qui cherche la fille vue sur le quai et, ne sachant laquelle choisir, nous observe toutes avec des yeux ronds.
Dumbledore retient mal un rire dans sa barbe, la vieille paraît s'étrangler avec sa couronne de chardons, et un professeur pourvu d'une généreuse bedaine vide son verre sous la table, pensant apparemment être ivre.

Nous arrivons rapidement devant la table des professeurs et le Choixpeau. Je regarde le directeur. Il m'adresse un sourire discret et déclare, ravi :

« Vous voyez, Minerva, ils sont arrivés. Occupons-nous d'eux tout de suite. Pourquoi ne pas commencer par cette charmante Aphrodite ? »

Quelques uns ont le culot de rire à l'écoute de ce nom. Maïa se retourne et les fusille du regard, imitée par Ajax. Mnémosyne s'avance et pousse délicatement notre sœur vers le tabouret. Où qu'elle aille, nous la suivrons.

La pauvre a perdu toute son assurance en s'asseyant sur le tabouret. De ma place, je la vois trembler comme une feuille en attendant le verdict. Jason, de qui elle est la préférée, oscille au même rythme. Moi-même je sens mon cœur battre plus fort. Nous l'adorons, cette petite. La pauvre, elle est presque couvée, n'ayant pas de jumelle pour la soutenir.

« GRYFFONDOR ! annonce le Choixpeau. »

Mon estomac se relâche d'un poids. Parfait, c'était ce que je voulais. Une bonne chose de faite ! Le reste n'est que pure formalité. Voyons qui la vieille va appeler…

« Délos Eurynome ! »

Moi ? Quelle surprise ! Il est donc de mon rôle de menacer le Choixpeau dans les règles de l'art. Dommage que ceux qui se moquent de mon nom n'entendent pas ce que je vais lui dire, ils en prendraient de la graine.

« Ok mon coco, dis-je dès que le tas de chiffons s'est posé sur ma tête, alors voilà ce que je te propose. Tu mets toute la famille à Gryffondor et tu n'as pas d'embrouilles. Si jamais tu désobéis, je te garantis que tu finiras en serpillière, à moins que tu ne préfères que je te réduise en cendres. Choisis ce qui te plais, mais à ta place je n'hésiterais pas longtemps ma patience a des limites. Maintenant fait ton boulot. »

« GRYFFONDOR ! clame le Choixpeau en guise de réponse. »

Parfait, il a compris le message. Satisfaite, je rejoins la table de ma nouvelle maison et fais face à ma petite sœur. Déméter vient rapidement s'asseoir à mes côtés, suivie de près par Mnémosyne, Léto (qui court plus que ne marche, elle a de l'énergie à revendre) et Maïa achève le mouvement. Nous adoptons toutes la même pose, c'est-à-dire à moitié avachies sur la table pour l'instant vierge, en attendant les triplés. Je sens mon voisin frétiller d'impatience, il veut me parler mais n'ose interrompre la sacro-sainte cérémonie.

Quoi ? Qui est-ce ? Apollon-Patmol bien sûr. Je ne suis là que depuis quelques heures et j'ai déjà l'impression que ce type me suit à la trace. Il faut vraiment que je me renseigne sur lui.
L'attente me paraît interminable. Après l'arrivée de Jason, Ulysse et Ajax, la Répartition a repris son cours. La salle est moins attentive. Il ne leur importe qu'une chose, pouvoir rapidement parler pour traiter le nouveau sujet à la mode, le clan Délos. J'entends l'estomac du rat protester contre l'abandon où son propriétaire, lequel rougit car neuf paires d'yeux argentés se tournent vers lui, semble l'avoir plongé.

Déméter m'adresse un coup de coude dans les côtes (Aïe !) et m'interroge du regard. Comment allons-nous nous comporter ? Je réponds par un mouvement de pied : nous allons rendre fous ces quatre garçons.