Hey ! Comme je l'avais dis, me voilà environ 2 semaines après la publication du dernier chapitre. Celui-ci est plus cours que le précédent, et je ne vais pas mentir, je n'en suis pas forcément satisfaite, MAIS il était nécessaire. Cependant, j'aime toujours autant l'écrire, et je m'amuse énormément sur le prochain chapitre que j'ai déjà bientôt terminé.
J'espère que ce chapitre va vous plaire, je vous fais des bisous !
Mardi 17 janvier 1985. 08h32, Hawkins, Indiana.
Steve se gara devant le lycée, avec un soupir las. Il détestait le mardi. Pourquoi le mardi en particulier ? Parce-que le mardi, il avait cours de sport, un cours collectif avec la classe de son ennemi aux cheveux longs. Chaque mardi, c'était la même histoire. Les mêmes piques. Les mêmes insultes. Et chaque mardi, il maudissait le ciel d'avoir croisé la route de Billy Hargrove. Il attrapa son sac de cours et sortit de la voiture en claquant la portière derrière lui, pestant intérieurement contre le vent frais qui venait de s'infiltrer à travers sa veste et l'avait fait frissonner. Sa vie n'était qu'un immense tas de merde depuis 2 mois, et chaque jour, il s'y enfonçait un peu plus. Perdu dans ses pensées, il n'avait même pas vu qu'un groupe d'enfants courraient vers lui, mi-excités, mi-apeurés.
- « Steve, faut qu'on parle ! »
Ce dernier sursauta en entendant Dustin crier son prénom alors qu'il se trouvait à quelques mètres de lui. Les autres enfants avaient tous cet air légèrement ahuri, mais son regard fut attirer par Will, qui semblait encore plus excité que ses amis. Ce dernier tenait entre ses doigts un petit papier qu'il serrait contre lui, comme si sa vie en dépendait.
- « Quoi ? Si c'est en rapport avec ta cousine ... »
- « Aucun rapport avec Christie » le coupa Dustin avant de tiquer. « Pourquoi, tu lui as parlé ? »
- « Évidemment crétin, et je lui ai dis que Will avait été enlevé par un démogorgon, emmené dans une dimension parallèle, puis possédé par un autre démon. Et pour les démochiens aussi. »
Bien qu'il arborait un petit sourire sarcastique, aucun des enfants face à lui ne comprirent que Steve de moquait d'eux. Dustin semblait même à deux doigts d'avoir une crise cardiaque.
- « Je rigole. »
- « Hilarant vraiment » grommela l'enfant aux cheveux bouclés en bougonnant. « T'as d'autres blagues où on peut te parler ? »
Steve leva la main devant lui, signe qu'il était prêt. Il n'avait rien demandé et voilà qu'il se retrouvait à nouveau dans les confidences. Quel idiot. Il aurait dû tourner les talons ce soir où il avait décidé d'aller chercher Nancy chez Jonathan Byers ... Sa vie avait prit un sacrée tournant depuis. Il avait combattu un démogorgon, s'était fait plaqué, avait perdu une amie, était devenu la babysitter d'un groupe d'enfants nerdz à souhait, avait combattu plusieurs démochiens et s'était fait démolir par Billy Hargrove. Il croisa les bras sur sa poitrine en regardant les enfants prendre leur respiration.
- « Alors ... » commença Dustin.
- « Will a vu une fille ...»
- « Qu'il avait déjà vu dans le monde à l'envers ... »
- « Mais dans la vraie vie, devant chez lui ... »
Chacun continuait la phrase de l'autre à tour de rôle, seul Will était silencieux, comme s'il attendait son tour. Le regard de Steve papillonna d'un visage à l'autre en essayant de comprendre ce qu'ils baragouinaient.
- « Et elle lui a laissé un mot ... »
- « Parce-qu'elle veut me parler. »
Le concerné conclut avec une voix légèrement tremblante, à mi-chemin entre l'excitation et la peur. Le jeune homme resta silencieux quelques secondes, mettant les phrases en place dans son cerveau encore un peu vaseux. Will avait vu une personne dans le monde à l'envers, et maintenant, cette personne était dans leur monde ? Il haussa les sourcils en remarquant que le jeune Byers semblait attendre une réponse de sa part. Qu'attendait-il au juste ? Son approbation ? Steve leva les mains au ciel en comprenant.
- « Hors de question que vous vous mettiez dans ce merdier compris ? Ne me coupes pas la parole » ajouta-t-il en pointant du doigt Lucas qui s'apprêtait à prendre la parole, mais qui se ravisa en voyant l'air plus que sérieux de Steve. « Vous avez un sérieux problème, vous en êtes conscients ? »
Il soupira, en retenant ses mots le plus possible. Mais force était de constatée que cette bande de gamins arrivaient toujours à se retrouver dans de mauvaises situations. Will avait déjà vécu un enfer, et il voulait de nouveau toucher à ce monde parallèle ?
- « Je savais qu'il allait être contre » marmonna Dustin.
- « Évidemment cretin ! » Il ponctua sa phrase d'une légère claque à sa nuque. « Non mais j'y crois pas ... Vous pensiez que j'allais marcher dans votre plan ? Et c'était quoi d'ailleurs le plan ? Foncer la tête la première en espérant que la fille ne soit pas un foutu monstre ? »
A en croire le regard des garçons, il avait vu juste. Ces gamins avaient vraiment un gros problème. Le jeune homme se frotta le visage du plat de la main en soupirant. Ils allaient le tuer. Ils allaient le faire craquer. Vraiment. Alors qu'il pensait que sa vie ne pouvait pas être pire, voilà qu'il reprenait à nouveau son rôle de babysitter d'une bande d'abrutis de 13 ans qui voulaient rencontrer une vision/monstre/fille venu d'un monde parallèle de leur plein gré.
- « Qui est au courant pour la fille ? »
- « T'es le dernier à être dans la confidence. »
- « Pourquoi je suis toujours le dernier ? Oh, et tu sais quoi ? Je m'en fous » Il haussa les épaules. « J'en ai assez entendu. Débrouillez-vous. »
Will regarda Steve tourner les talons et s'éloigner d'eux sans un mot, serrant plus fort contre sa poitrine le petit papier qu'il tenait entre les doigts. Il savait déjà que le garçon allait réagir de cette manière. Dustin souffla, l'air ahuri, et Mike tapota l'épaule de son ami en essayant de le rassurer. Le principal était qu'il savait pour elle. Le jeune Byers suivit ses amis, l'écoutant leur conversation qu'à moitié, trop préoccupé par le petit papier qu'il serrait encore contre sa poitrine. Comment était-elle rentrée dans sa maison, sans aucune trace d'effraction ? La porte était fermée à clés, les fenêtres verrouillées. L'idée qu'elle possède des pouvoirs du même type que ceux d'Eleven lui traversa l'esprit. Qui était-elle ? Il avait si hâte de la rencontrer enfin, après tout ce temps. Avec les mains tremblantes, il sortit un papier de son sac, et se mit à rédiger sa réponse.
- « Salut Harrington. »
Le garçon pinça les lèvres en se retournant, près à s'en aller sans un mot, mais il fut surprit lorsque son regard croisa deux prunelles vertes brillantes. Il sentit son estomac se dénouer - depuis quand était-il si stressé à l'idée qu'on se moque de lui ? - et ne put s'empêcher de sourire.
- « Salut Henderson. »
Christie lui sourit en retour avant de continuer son chemin, allant droit vers son casier qu'elle réussit à ouvrir du premier coup. Steve fut secoué d'un petit rire en voyant son air fier, et se tourna pour prendre ses propres affaires en essayant de penser à autre chose, mais son esprit était d'un autre avis. Il s'inquiétait vraiment de trop pour ces enfants, mais il ne pouvait s'en empêcher. Personne ne pouvait comprendre son affection envers cette bande d'abrutis. Lui-même ne comprenait pas pourquoi il était autant préoccupé par leur sécurité. Avec un soupir, il se dirigea vers son premier cours de la journée sans faire attention au brouhaha ambiant. Des rires fusaient, quelques cris, des discussions s'entremêlaient dans ses oreilles. En relevant la tête, sa gorge se noua face au spectacle qui s'offrait à lui. Il s'était demandé pourquoi Christie Henderson avait qualifié Billy d'abruti. Ce dernier se tenait près d'elle, bien trop près, ce qui visiblement n'était pas du goût de la jeune femme qui avait l'air d'être à deux doigts prendre ses jambes à son cou. Le bras du garçon était posé sur les épaules de la blonde, et il arborait un large sourire satisfait. En se rapprochant légèrement, il entendit leur conversation.
- « Steve le loser Harrington a le droit à ton attention, et moi, je dois me contenter d'insultes ? » Son sourire était faux, et il voyait bien qu'il était en colère. Sa voix le trahissait.
- « Lâches-la Billy. »
- « Quand on parle du loup ... »
Le regard de Billy rencontra celui de Steve, et ce dernier remarqua qu'il tremblait légèrement de colère. Christie se dégagea de l'étreinte forcée du jeune homme en s'éloignant légèrement de lui, l'air froid. Ce dernier souriait toujours, et s'était rapproché de Steve.
- « T'en veux encore Harrington ? »
Une pierre tomba dans l'estomac de Steve alors que ses tremblements de colère s'étaient intensifiés. Comme c'était surprenant ... Toujours les mêmes piques.
- « T'es vraiment un minable Hargrove. »
L'expression de ce dernier changea du tout au tout, passant de l'exécrable confiance en lui a la rage la plus complète. Ce garçon avait non seulement de gros problèmes d'égo mais également des soucis dans la gestion de ses émotions. Il se tourna vers l'origine de la voix et Steve failli exploser de rire face à l'indifférence totale de Christie, qui attrapa le jeune homme par le bras en lui faisant signe de le suivre sous le regard médusé d'un Billy à deux doigts de la crise de colère. Il comprenait mieux pourquoi elle l'avait traité d'abruti maintenant. Il semblait clair qu'il n'était pas le seul à avoir des différents avec le garçon aux cheveux longs.
- « Henderson j'en ai pas fini avec toi ! »
La voix de ce dernier s'éleva derrière eux, mais la jeune fille secoua la tête en soupirant, sans s'arrêter, tenant toujours Steve par le bras.
- « Tu vas avoir des problèmes. »
Christie leva les yeux vers lui, silencieuse, alors que Steve commençait à se détendre au fur et à mesure qu'ils s'éloignaient de Billy. Il pouvait sentir son exaspération simplement à travers son attitude.
- « J'en ai déjà. »
- « J'ai cru comprendre ça à l'instant ... »
Il s'arrêta devant la salle où son premier cours de la journée allait commencer d'ici quelques minutes sans la lâcher du regard. Hier, il n'avait pas eu le temps de la regarder avec attention. Maintenant qu'il se trouvait à quelques mètres d'elle, il se fit la réflexion qu'elle était vraiment très mignonne, même si, à cet instant, elle arborait une mine des plus sombres.
- « Christie ? »
La jeune femme tourna la tête en entendant Jonathan prononcer son prénom. Le garçon était accompagné de Nancy. À la vision de cette dernière, Steve sentit son gorge se serrer - était-il possible d'avoir le coeur brisé plusieurs fois, par le même personne ? - alors qu'elle souriait timidement à son encontre. Il ne put s'empêcher de lancer un regard sombre à Jonathan, bien qu'il n'y soit pour rien. C'était à Nancy qu'il en voulait. Nancy qui l'avait plaqué sans aucune raison. Nancy qui avait été incapable de lui dire qu'elle l'aimait. Nancy qui avait sauté dans les bras de Jonathan sans attendre. Nancy qui le regardait actuellement avec cet air angélique qui confirma à Steve que oui, un coeur pouvait être brisé plusieurs fois. Sans un mot, il tourne les talons et entra dans la salle de cours, la gorge si serrée qu'il eut du mal à déglutir. Il détestait vraiment le mardi. Christie avait suivi du regard Steve qui n'avait pas même daigné lui lancer un regard quand il l'avait contourné, et avait remarqué sa peine à la vision de Nancy Wheeler. Cette dernière la salua d'un petit signe de la main alors que Jonathan avait engagé la conversation, lui demandant comment elle allait, et si elle voulait les accompagner en cours. Légèrement déboussolée, la jeune femme acquiesça sans beaucoup d'entrain. Visiblement, il n'y avait pas que sa place de « mec populaire » que Steve s'était fait volé.
oOoOoOo
Un prénom. Elle voulait simplement un prénom. On ne lui avait pas donné d'identité. Elle avait toujours été la première expérience. L'origine. La responsable. Un numéro. Mais jamais elle n'avait eu de prénom. Elle continua à lire le magasine qu'elle avait trouvé dans une poubelle, assise contre un arbre, les jambes croisées sous elle, l'esprit focalisé sur les émotions du jeune Will Byers. Elle était à proximité de l'école, comme tous les jours, et fut surprise de sentir autant d'excitation à l'idée de la rencontrer. Visiblement, il n'avait absolument pas peur d'elle. Il avait hâte. Elle était incapable de lire des pensées, mais ses émotions le trahissait. Lorsqu'il était rentré de l'école et avait trouvé son message, il avait mit un certain temps avant de réaliser ce qu'il signifiait. Il s'était alors empressé de prévenir ses amis - « Code rouge, demain je dois vous parler ! » - et avait passé la fin de journée et une grande partie de la soirée à lire et relire ces quelques mots. De temps en temps, il scrutait la forêt qui bordait la maison. Mais il ne l'avait pas vu une seule fois. Pour la première fois depuis longtemps, il n'avait pas rêvé des monstres, et elle commençait à croire qu'elle avait eu tord de craindre qu'il la repousse. Avec un soupir, elle se releva et épousseta son pantalon avant de se diriger vers le quartier résidentiel qui était aux environs de l'école, à la recherche d'une maison vide. Elle avait vraiment besoin de se laver et repoussait le plus possible ses excursions dans le monde civilisé, mais elle n'avait pas le choix. Une des habitations était vide. Les enfants étaient à l'école, les parents venaient de partir au travail. Elle pénétra la maison, en prenant soin de ne pas être vu, et ne perdit pas une seconde. Moins de temps elle passait ici, mieux c'était. Elle attrapa des vêtements au hasard dans le placard de ce qu'elle pensait être celui de la mère de famille, en espérant que les vêtement soient à sa taille, et profita de ces quelques minutes de chaleur.
Avant de sortir de la maison, elle ne put s'empêcher de s'arrêter devant la bibliothèque de la famille à qui elle venait de voler quelques vêtements et de quoi manger. Son regard parcourut les dizaines de livres qui y étaient entreposés. Elle aurait aimé s'installer dans le canapé moelleux du salon et lire un de ces livres. Mais elle ne pouvait pas. Elle n'avait pas le droit. Elle n'était pas comme ça. Sa vie ne ressemblerait jamais à celle des autres femmes de son âge. Le coeur serré, elle sortit de la maison en refermant soigneusement derrière elle en essuyant une larme qui s'était formé au coin de son oeil. Elle voulait un prénom. Une identité. Elle voulait simplement être comme les autres.
oOoOoOo
Ce midi-là, Christie ne fut dérangé par personne, à son plus grand bonheur. La matinée s'était déroulée sans incident, et elle savourait son repas, ne faisant pas attention aux quelques regards qu'elle pouvait encore recevoir. Même Billy Hargrove semblait avoir oublié son existence. Elle pouvait le voir discuter avec Carol, la peste du jour précédent qui semblait être sous le charme de l'idiot aux cheveux longs. Il semblait avoir un véritable fan-club composé uniquement de filles qui l'admirait et riait à chaque fois qu'il ouvrait la bouche. Elle leva les yeux au ciel quand une des filles devint rouge comme une tomate lorsque Billy caressa sa joue, avant de lire son emploi du temps, et pesta intérieurement en constatant qu'elle allait devoir subir 2h de mathématiques après le repas, qui étaient suivis d'une heure et demi de sport. La journée s'annonçait longue. Elle finit son repas, et sortit en direction de la cour, espérant pouvoir s'asseoir sur le banc qu'elle avait occupée le jour d'avant, mais à peine avait-elle mit un pied dehors qu'elle se ravisa quasi-immédiatement. Le vent s'était levé, et une pluie diluvienne tombait sous ses yeux désespérés. Christie soupira en se dirigeant vers les couloirs de l'établissement, zigzagant entre les élèves qui occupaient les lieux, à la recherche d'un endroit isolé et silencieux où elle pourrait être tranquille le temps de pause qu'il lui restait. Mais avec le temps, tous les adolescents s'étaient réfugiés dans chaque recoin du lycée. Elle se résigna à aller directement à son prochain cours, en espérant que la salle ne soit pas surpeuplé. Son souhait fut exaucé, et elle se dépêcha de s'installer près d'une fenêtre pour pouvoir profiter de quelques minutes de tranquillité avant la reprise des cours.
Elle était tellement absorbée par sa lecture qu'elle ne remarqua même pas lorsque Jonathan s'arrêta devant la salle où elle était. Il lança un regard en biais à Nancy, qui se mordait l'intérieur de la joue.
- « Elle ne m'apprécie pas. » La jeune femme n'avait pas l'air triste. C'était une constatation. Elle avait bien vu que Christie l'avait quasiment snobbé plus tôt dans la matinée. Jonathan ne put s'empêcher de rire légèrement en secouant la tête de gauche à droite.
- « Christie est comme ça. Elle ... Elle a du mal avec les gens. C'est pour ça qu'on s'entend elle et moi » ajouta-t-il en souriant. « Ne le prends pas personnellement, Nancy. »
Cette dernière hocha légèrement la tête, sans quitter du regard Christie qui était toujours absorbée par la lecture de son livre. Elle qui adorait Dustin souffrait de ne pas s'entendre avec sa cousine, alors que son petit-ami n'avait aucune difficulté avec elle, et qu'apparemment, même son ex arrivait à lui tirer un sourire. Nancy entra dans la salle et s'installa à quelques mètres de la blonde, aux côtés de Jonathan qui venait de héler Christie. La jeune femme leva les yeux et lui adressa un sourire en coin avant de croiser le regard bleu de la grande soeur de Mike et, contre toute attente, lui sourit également, avant de retourner à sa lecture. Nancy se détendit un peu face à cette petite tentative venant de la part de la blonde et fit un petit signe de tête à Jonathan, qui lui adressa un clin d'oeil. Non, Christie Henderson n'avait rien contre elle. Elle était juste difficile à cerner. Nancy se promit d'essayer de se rapprocher d'elle. Peut-être pouvaient-elle être amies après tout.
La pluie tombait toujours avec la même intensité, et les couloirs du lycée était bondé d'adolescents qui fuyaient le mauvais temps. Christie se dirigeait vers son casier tout en essayant d'éviter de se cogner contre les autres élèves qui se dressaient devant elle. Sa petite taille était un sacré avantage dans ce genre de situation. Elle réussit à se faufiler entre les groupes sans trop de difficultés, et attrapa son sac où toutes ses affaires de sport se trouvaient avec un soupir las. Elle haïssait les mathématiques, mais ce n'était rien à côté de son aversion envers le sport. Son regard croisa celui de Steve, qui lui fit un petit signe de la main auquel elle ne répondit pas, encore vexée de son attitude du matin. Le jeune homme se mordit l'intérieur de la joue en voyant l'ignorance de Christie, et sentit son ventre se nouer quand elle passa à côté de lui sans lui adresser un simple regard. « Bravo Harrington, la seule personne de ton âge qui t'appréciait un tant soit peu t'ignore. Vraiment. T'es un champion » se dit-il en soufflant du nez. Il était vraiment le dernier des crétins. Le jeune homme n'avait même pas vu Jonathan se rapprocher de lui, ce dernier ayant vu toute la scène. Il se racla légèrement la gorge pour signaler sa présence, et Steve lui lança un regard noir inconsciemment.
- « Quoi Byers ? » Sa voix était plus froide et sèche qu'il aurait cru.
- « Il faut que je te parle Harrington. » Il avait répondu du même ton que Steve avait employé.
- « Je t'écoute. »
- « Ne joue pas au con si tu veux t'entendre avec Christie. Elle a déjà du mal à faire le premier pas. Fous pas tout en l'air au bout de deux jours. »
Steve mit quelques secondes avant de comprendre ce que le jeune homme devant lui venait de lui dire, et ce que cela signifiait. Il lança un regard surpris à Jonathan, qui ne dit rien et se contenta de se diriger vers les vestiaires, laissant le garçon seul avec ses pensées. Après tout, il avait surement raison. Il connaissait la blonde depuis longtemps, et pour s'entendre avec Byers, elle devait avoir un sérieux problème de sociabilisation. Mais si elle détestait autant les gens, pourquoi était-elle venu vers lui ? Parce-qu'ils avaient un problème en commun. Un problème nommé Billy Hargrove. Le jeune homme s'adossa contre son casier en fermant les yeux. Décidément, le mardi n'était pas son jour.
Et le cours de sport n'améliora rien. Billy n'avait cessé de l'insulter, se moquant de lui avec encore plus de virulence qu'habituellement. Visiblement, il n'avait pas apprécié que Steve défende Christie plus tôt dans la matinée. Après une énième insulte à base de « loser » et de « crétin d'Harrington », il adressa à Hargrove un regard noir, alors que ce dernier semblait hilare, et s'éloigna sans un mot sous les sifflements moqueurs de quelques autres élèves qui étaient du côté de Billy. Steve s'assied lourdement sur les bancs, la gorge nouée, et jeta un coup d'oeil à sa montre. Le cours était bientôt fini. Il allait être tranquille très prochainement. Il soupira en fermant les yeux et se passa la main dans les cheveux, et entendit avec soulagement leur professeur frapper dans ses mains en leur annonçant la fin de la journée. Sans attendre, il se dirigea vers les vestiaires, prit une serviette et s'engouffra dans les douches pour se laver. Il hésitait quelques secondes à se noyer sous l'eau, là, maintenant, en voyant Hargrove arriver à son tour. Peut-être était-ce une bonne idée. Billy soupira en sentant l'eau couler sur sa peau, le regard rivé vers Steve qui essayait de l'ignorer, sans grand succès.
- « J'espère pour toi que tu t'intéresse pas trop à Henderson, loser. Ça m'embêterais de devoir te casser la gueule encore une fois. »
Steve ne put s'empêcher de ricaner, tout en évitant le regard du jeune homme en face de lui. Alors c'était donc ça, la raison pour laquelle aujourd'hui avait été pire que les autres jours ? Il pensait vraiment qu'Harrington était intéressé par Christie de cette manière ? L'adolescent secoua légèrement la tête en enroulant la serviette autour de sa taille, avant de se diriger vers les vestiaires. Alors qu'il se changeait, il fut incapable de penser à autre chose qu'aux paroles de Billy. Il s'inquiétait pour Christie, ne réalisant que maintenant que le garçon avait l'air d'en avoir fait sa cible. Il frissonna en imaginant le garçon la suivre partout où elle allait, et, alors qu'il s'éloignait des vestiaires pour récupérer son sac de cours, il croisa le regard de Billy, qui souriait largement, ce qui confirma ses craintes. Steve se dépêcha d'atteindre la sortie de l'établissement et vit avec soulagement la jeune femme en train de discuter avec Dustin, près des vélos des enfants. Il s'arrêta quelques instants pour observer les deux Henderson, notant leurs ressemblances physiques. Les mêmes boucles, le même visage rond. La pluie s'était calmée, et alors que Christie saluait son cousin qui venait de monter sur son vélo, suivi de près par ses amis, le jeune homme la vit s'éloigner dans l'autre sens. Après les paroles d'Hargrove, il ne pouvait pas s'empêcher de penser à ce qu'il ferait en la voyant rentrer chez elle, seule, à pieds. Sans même hésiter une seule seconde, Steve grimpa dans sa voiture, la démarra, et accéléra jusqu'à être à la hauteur de la jeune femme qui n'avait pas remarqué sa presence. Il siffla légèrement pour attirer son attention. Elle tourna la tête vers l'origine du bruit, et s'arrêta, surprise.
- « Qu'est-ce que tu veux Harrington ? »
Ce dernier lui adressa un petit sourire, avant d'ouvrir la portière pour qu'elle monte dans la voiture.
- « Prends-ça comme un remerciement pour avoir traité Hargrove de minable. »
Il le pensait en quelque sorte. Elle semblait hésiter quelques instants avant de céder et s'installa dans l'automobile en refermant la porte derrière elle. Un parfum léger envahit quasi-instantanément l'habitable, alors que la jeune femme lança un regard au garçon à côté d'elle, qui ne l'avait pas lâché des yeux.
- « C'est à moi de te remercier. T'étais pas obligé d'intervenir ce matin. Mais tu l'as fait. C'est gentil. »
Steve hocha légèrement la tête, avant de lui sourire. Il repensait aux paroles de Jonathan, et hésita quelques instants. Il avait envie de la connaître, d'une part car elle était de la famille de Dustin, d'autre part car elle semblait être une personne vraiment intéressante. Mais était-ce une bonne idée ? Il voulait également la protéger de Billy. En se rapprochant d'elle, il aggravait sûrement son cas, mais il s'en fichait. Il inspira avant de tapoter sur son volant.
- « Alors, où on va Henderson ? »
Elle rit doucement avant de lui donner son adresse, et Steve se détendit en la voyant sourire avant de se mettre en route vers la maison de la jeune femme. Sa journée n'était pas totalement perdu finalement.
oOoOoOo
- « Non mais je rêve ... »
- « C'est bon Dust', arrêtes avec ça. »
- « Non mais JE RÊVE ! » Le garçon lança un regard scandalisé à son ami Lucas.
Ils s'étaient réunis chez Mike après l'école, et cela faisait près d'une heure que Dustin ruminait dans son coin, ignorant ses amis qui élaboraient un plan pour déposer discrètement la réponse de Will sans être vu par sa famille, ce qui s'avérait plutôt compliqué. Le jeune Byers commençait à regretter d'avoir parlé de l'apparition de sa sauveuse à sa fratrie. Il allait être surveillé de près par son frère maintenant. Mais ils étaient incapables de se concentrer avec Dustin qui faisait les 100 pas en grommelant des phrases incompréhensibles. Mike souffla du nez si fort qu'il attira même l'attention du garçon aux cheveux bouclés.
- « Dust', y a plus important que ta cousine en ce moment. »
- « NON MAIS JE RÊVE ! » Il avait hurlé pour la troisième fois en quelques minutes. « Mais il se prend pour qui à la raccompagner chez elle, hein ? »
Le jeune Wheeler leva les yeux au ciel en entendant son ami se remettre à marmonner dans sa barbe inexistante, et se dressa devant lui pour l'obliger à s'arrêter dans ses rondes incessantes. Cela ne servit à rien, puisque le jeune garçon le contourna en l'ignorant royalement.
- « J'hallucine, il la connait pas, non mais il ... » Dustin s'arrêta soudainement et releva la tête. « Et puis pourquoi elle est montée dans sa voiture comme ça ? Non mais je rêve ! Christie déteste les mecs comme Steve ! »
- « Fermes-là Dustin » grommela Lucas.
Mais le garçon continua de ruminer sans accorder un seul regard à ses amis, qui soupirèrent tous en coeur avant de décider d'un simple regard qu'ils allaient se passer d'Henderson pour ce coup-ci. Ils discutèrent jusqu'à la tombée de la nuit, qui ne tarda pas, et se mirent d'accord sur un plan. C'était Mike qui irait déposer le mot de Will discrètement, ce dernier étant désormais incapable de faire un simple geste sans voir son frère lui tomber dessus. Will eut beaucoup de mal à donner son papier à son ami, mais lorsqu'il vit son frère arriver pour le ramener chez eux, il prétexta avoir oublié un cahier dans la chambre de Mike et en profita pour glisser sa réponse sous l'oreiller du garçon, puis revint en courant, un faux sourire aux lèvres. Dustin avait arrêté de ruminer, et était rentré chez lui à vélo sans leur dire au revoir. Lucas restait manger ce soir chez les Wheeler. Lorsqu'il se retrouva seul avec ce dernier, après que leurs amis soient partis, ils ne purent s'empêcher de parler encore et encore de la jeune femme, fabulant sur ses origines. Lucas était sûr qu'il s'agissait d'un monstre, comme le démogorgon, et Mike, lui, pensait qu'elle était comme Elfe. Une expérience du laboratoire d'Hawkins. Ils n'imaginaient pas être aussi proches de la réalité.
Mercredi 18 janvier 1985. 08h07, Hawkins, Indiana.
Mike n'avait jamais déjeuné aussi vite. Il n'avait qu'une chose en tête : déposer le plus vite possible le mot que Will lui avait donné en évitant de croiser qui que ce soit sur le chemin. C'est pour cela qu'il avait mangé en quatrième vitesse, avait simplement crié qu'il partait en avance ce matin en inventant quelque-chose, et avait sauté sur son vélo en direction de la forêt, pour ne pas être vu. Il sentait son coeur battre la chamade sous l'effet de l'adrénaline, se sentant plus vivant que jamais. En arrivant près de la maison des Byers, il s'arrêta et posa son vélo contre un arbre avant de s'accroupir, rampant presque au sol pour être invisible jusqu'au lieu que Will avait décrit comme étant l'endroit où il avait vu la jeune femme. Il fouilla dans sa poche et glissa le petit papier précieux sous un tas de feuille, à peine visible, et resta allongé quelques instants en pensant à Elfe, ou plutôt à Jane. Son coeur se serra quand le visage de la jeune fille apparut dans ses pensées. Elle lui manquait terriblement. Il ne l'avait pas vu depuis le bal d'hiver, soit un peu plus d'un mois, mais il avait l'impression que cela faisait des années. Mike inspira lentement avant de revenir sur ses pas et monta sur son vélo sans regarder derrière lui, les pensées envahies de souvenirs avec Jane. Il espérait secrètement que la jeune inconnue de Will soit comme elle, et alors qu'il roulait vers l'école, il ne remarqua même pas que cette dernière l'avait suivi du regard depuis qu'il était arrivé près de sa cachette. Elle avait regardé le jeune Wheeler déposer la lettre à laquelle Will avait pensé toute la journée et qui était la cause de l'excitation que tous les garçons à l'exception du jeune Henderson ressentaient depuis hier. Après qu'il ai disparu de son champ de vision, elle se faufila jusqu'à la cachette que Mike avait trouvé et glissa la lettre dans la poche interne de sa veste, puis s'enfonça dans la forêt pour redevenir invisible. Les mains légèrement tremblantes, elle lut les mots du garçon qui lui étaient adressés, et sentit son estomac se tordre face à l'apparente joie du garçon. Il était d'accord pour la rencontrer, et la remerciait déjà. Une larme roula sur sa joue alors qu'elle sentait en ce moment même les émotions du jeune garçon. Il allait la haïr, mais elle n'avait pas le choix. Avec la gorge nouée, elle rédigea à son tour sa réponse, programmant une visite chez le garçon qui avait apporté la lettre, lui laissant choisir la date ainsi que l'heure, et s'assura que la maison des Byers était vide avant de s'y infiltrer à nouveau et de déposer sa réponse sous l'oreiller de Will. Avant de sortir de la chambre du garçon, elle fut attiré par un nouveau dessin que Will avait fait dans la soirée précédente. Il la représentait, dans l'Upside Down. À ses côtés se trouvait le démogorgon. Elle frissonna en repensant au monstre, et s'en alla sans plus trainer de l'habitation du jeune Will, avec l'impression d'avoir une pierre dans l'estomac. Oui, il allait la haïr car ses cauchemars allaient devenir réalité dans peu de temps. Le compte à rebours avait déjà commencé.
