Ils avaient vu juste. Quelques minutes plus tard, le son de quelqu'un en train de transplanner leur parvint du hall. Ils s'y précipitèrent et faillirent renverser le directeur.

- Professeur ! s'écria Harry. Vous devez monter et l'aider maintenant. Vous devez -

- Vous n'avez pas ordonné ça, n'est-ce pas ? demanda Hermione d'une petite voix.

Dumbledore baissa les yeux sur elle. Il était dans une colère noire.

- Bien sûr que non, Miss Granger. Jamais je n'aurais fait une chose pareille. Maintenant, j'aimerais voir ce qu'il en est.

Jamais Harry n'avait vu le directeur se déplacer aussi vite. En un éclair, il avait atteint la chambre du troisième étage et poussait la porte avec une violence qui ne lui ressemblait pas. Il resta un instant immobile devant la scène, ses yeux allant de Snape aux souvenirs projetés devant le lit. Harry vit ses doigts se crisper sur la poignée tellement fort que sa peau pris une teinte blanche et ses veines devinrent visibles.

- Qu'êtes-vous en train de faire ? demanda-t-il – certainement le plus calmement possible – sur un ton furieux.

Tombend baissa sa baguette. Le sortilège se brisa immédiatement et Maugrey lâcha la tête du Maître des Potions qui retomba en arrière. Dumbledore se précipita vers le lit et souleva doucement le professeur pour le caler dans ses bras. Les autres restèrent silencieux, observant la scène, pétrifiés. Remus avait les yeux baissés sur ses chaussures et se tordait les mains.

- Severus, est-ce que vous m'entendez ? demanda doucement le directeur. A l'aide d'un mouchoir, il entreprit d'essuyer le sang qui avait coulé de son nez.

- A… Albus…

Albus caressa doucement ses cheveux.

- Tout va bien, Severus… c'est fini… c'est fini… je vous le promets.

Puis il se décida enfin à faire face aux membres de l'Ordre. Lentement, il tourna la tête vers eux. Lorsqu'il parla, tous firent un pas en arrière.

- Qu'avez-vous fait ? demanda-t-il. QU'AVEZ-VOUS FAIT ?

Jamais Harry ne l'avait vu dans un état pareil. Il était littéralement fou de rage.

- Nous devions vérifier s'il nous est loyal ou non ! se justifia Maugrey. Comment en être sûr ? Il pourrait tous nous faire tuer. Vous ne nous avez jamais dit pourquoi vous êtes si certain de sa loyauté. Et la dernière fois encore, il n'était pas au courant de l'attaque de ministère. Nous avons perdu trois aurors par sa faute !

Doucement, Dumbledore allongea Snape sur le lit. Il avait toujours les yeux ouverts. Puis il se redressa et se leva. Il leur fit face. Ses yeux bleus étaient glacés et sa main crispée sur sa baguette si Harry ne l'avait pas mieux connu, il aurait pensé qu'il était sur le point de perdre le contrôle.

- COMMENT AVEZ-VOUS PU FAIRE UNE CHOSE PAREILLE ? hurla-t-il, hors de lui. NE ME FAITES-VOUS DONC PAS CONFIANCE ? N'AVEZ-VOUS AUCUN RESPECT POUR LUI ? COMMENT AVEZ-VOUS PU LUI FAIRE SUBIR UNE CHOSE PAREILLE ? ET PROFITEZ DE SON ETAT ? COMMENT AVEZ-VOUS PU ?!

Tous baissèrent les yeux, tournèrent la tête. Les paroles de Dumbledore les avaient comme sortis d'une transe, d'une idée qui maintenant, retournée et analysée, semblait contraire à tous leurs principes. Ils avaient dû essayer de rationaliser, se dire qu'entre un homme et le monde magique, le choix était vite fait. Mais maintenant ? Leur acte avait-il vraiment été nécessaire ? Ils n'avaient toujours aucune réponse à leur question. Excepté celle que le directeur leur avait donnée depuis le début, répétée encore et encore. Faites-moi confiance. Je lui fais confiance.

- Il… nous avions prévu de lui lancer un Oubliette… il ne se serait pas souvenu de…

- DE LA LEGILIMENCIE ! VOUS AVEZ UTLISE DE LA LEGILIMENCIE, FORCE DES SOUVENIRS A EMERGER ET VOUS CROYEZ QUE VOUS POURREZ LUI FAIRE OUBLIER UNE TELLE CHOSE ? C'EST IMPOSSIBLE !

Albus reprit son souffle et plissa les yeux. Lentement, ses yeux se posèrent sur chacun des visages autour de lui, chacun des criminels, des coupables en qui il avait eu confiance.

- Sortez. Sortez tous. Maintenant, intima-t-il d'une voix blanche.

En un instant, il ne restait plus que le trio dans la pièce. Plusieurs sons de personnes transplannant leur parvinrent du couloir. Cela mit Harry hors de lui. Il quitta la pièce et se planta devant ceux qu'il restait encore. Tonks, Remus. Sirius et Maugrey. Ils se tournèrent vers lui et Harry vit leurs yeux aller de la chambre à lui. Ils avaient fait le lien entre sa présence et celle de Dumbledore. Bien.

- Je vous faisais confiance, dit-il froidement, tristement. Je vous faisais confiance. Et vous êtes des menteurs, des hypocrites, des bourreaux. Vous ne valez pas mieux que ceux que vous combattez.

Lupin fit un pas en avant.

- Harry…

Ce dernier recula violement.

- Ne me touchez pas, dit-il d'une voix venimeuse.

Il leur tourna le dos et regagna la chambre. Sirius se passa la main sur le visage et secoua la tête.

Il referma la porte.

- Miss Granger, dit Dumbledore, contactez le professeur McGonagall et demandez-lui d'amener madame Pomfresh au plus vite. Elle doit être dans les serres à l'heure qu'il est.

Hermione hocha la tête et quitta la pièce. Le directeur reporta son attention sur son professeur. Il avait visiblement mal à la tête. Très mal. Dumbledore soupira et se leva. Il quitta la pièce un instant et revint avec une fiole. Doucement, il aida Severus à se redresser et porta le liquide à ses lèvres.

- Buvez, Severus. Ce sera moins douloureux ensuite. Poppy va arriver d'une minute à l'autre.

Le professeur avait toujours les yeux ouverts, mais il semblait… ailleurs. Il n'entendait pas. Le directeur le pris une nouvelle fois dans ses bras et entreprit de le bercer, comme un père le ferait avec son fils. Harry ne s'attendait pas à de telles preuves de tendresse de la part du directeur envers Snape. Il se demandait quelle était véritablement la nature de leur relation. Il était clair à ce moment-là qu'elle n'était pas uniquement professionnelle. Albus releva finalement les yeux vers eux.

- Je crois qu'ils arrivent, dit-il simplement, le visage triste.

Ron hocha la tête juste avant que la porte ne s'ouvre. Deux femmes en furie firent irruption dans la pièce, le professeur McGonagall et l'infirmière Poppy Pomfresh. Cette dernière se dirigea immédiatement vers son patient et lança plusieurs sortilèges sans adresser la parole à la moindre personne. Minerva se précipita elle aussi vers son collègue.

- Severus ! Albus, que s'est-il passé ? Qu'est-il arrivé ?

Albus recoucha doucement le professeur pour faciliter son examen par Poppy.

- Il a… il fit une pause, comme s'il cherchait ses mots. Il… a été soumis au Legilimens Visibilis par les autres membres de l'Ordre. Ici. Ils doutaient de sa loyauté. Alors ils ont… épluché son esprit. En public.

McGonagall resta silencieuse, comme incapable de digérer l'information.

- Ils… ont fait ça. Comment ont-ils… Comment ont-ils pu…

- Ils lui ont donné quelque chose, constata Poppy, observant les résultats que lui donnait sa baguette. Une potion. Elle l'a affaibli au maximum – comme s'il ne l'était pas déjà – et l'empêche de perdre connaissance. Espèce de sales –

- Y a-t-il des dommages physiques ? demanda Albus, coupant court à la tempête imminente.

L'infirmière prit quelques secondes pour se calmer.

- Pas vraiment, si ce n'est sa faiblesse momentané et peut-être la façon dont il réagira à la drogue. C'est son état psychique qui m'inquiète. Ce qu'il a subi est un traumatisme… et même s'il l'avait déjà subi avant… ce qu'ils lui ont fait… était pire que tout ce que Vous-Savez-Qui aurait pu lui faire. Ils ont trahi sa confiance.

Severus siffla de douleur. Les trois adultes se tournèrent immédiatement vers lui.

- Oh Severus, je suis désolée, chuchota l'infirmière, ses mains tremblantes cherchant activement des fioles à l'intérieur de son sac. Votre tête va être très douloureuse pendant un long moment, mais même les antidouleurs les plus puissants ne pourront pas y faire grand-chose…

- Je peux peut-être l'aider, intervint Albus. Je pourrais entrer et… ranger. Calmer les choses. Faire remonter les meilleurs souvenirs.

Le Maître des Potions gémit. Le directeur s'assit doucement à côté de lui et passa une main dans ses cheveux. Il leva les yeux vers l'infirmière.

- Pensez-vous que… ?

Poppy hocha la tête.

- Cela pourrait l'aider, admit-elle. Mais si celui lui cause de trop fortes de douleurs, vous devrez vous arrêter sur le champ. Et il faut d'abord qu'il accepte…

- Je ne le ferais jamais sans son autorisation, ma chère, vous le savez bien… Surtout après ce qu'on vient de lui faire…

Il baissa les yeux vers son professeur.

- Severus… je peux apaiser la douleur. Mais vous devez me laisser entrer. Regardez-moi…

Le professeur eut un violent mouvement de recul qui lui causa plus de douleur encore. Il secoua la tête.

- Non… Arrêtez… Arrêtez…

Albus prit une fois de plus Severus dans ses bras.

- Il est brûlant, chuchota-t-il à l'intention de l'infirmière, qui l'avait déjà constaté et préparait un réducteur de fièvre. Severus, je ne vais pas vous faire de mal. C'est Albus. Je peux vous aider. Laissez-moi entrer…

Le Maître des Potions n'avait plus rien d'effrayant à cet instant. Il était comme un petit enfant, très malade, qui cherchait désespérément à échapper à la maladie, à la douleur. A être réconforté. Protégé.

- Arrêtez… Pourquoi…

- Severus. Severus, regardez-moi.

Le professeur leva faiblement les yeux. De tels yeux. Des yeux tourmentés, hantés par leurs propres souvenirs, les images qu'ils avaient eux-mêmes gravées dans sa mémoire. Albus sentit son cœur se serrer.

- Je ne vais pas vous faire de mal, je vous le promets, Severus. Me faites-vous confiance ? Severus, me faites-vous confiance ?

Snape hocha la tête.

- Evi… demment… espèce… de vieux… fou…

Albus sourit.

- Vous ne pouvez pas aller si mal si vous faites des remarques sarcastiques, n'est-ce pas ? Alors faites-moi confiance. Laissez-moi entrer.

Harry vit les doigts du professeur se refermer sur la main du directeur avec force alors qu'il poussait un cri de douleur. Le directeur avait pénétré son esprit et au vu l'expression de son visage, ce qu'il y voyait était loin d'être plaisant. Le professeur McGonagall tenait son autre main et murmurait des mots d'encouragement tandis que l'infirmière préparait plusieurs potions qu'elle alignait sur la table de chevet. Lentement, Snape sembla commencer à se calmer. Lorsque le directeur mit finalement fin au sortilège, il avait perdu connaissance.

- La potion a été donnée en très petite dose, elle a donc agit sur une durée très limitée. Il est mieux maintenant…

Le professeur McGonagall se tourna vers les trois adolescents qui avaient silencieusement observé la scène depuis l'arrivée des deux femmes.

- Avez-vous vu ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle sur un ton qui trahissait sa colère.

Tous les trois hochèrent la tête. Elle s'attendait visiblement à ce qu'ils lui racontent… mais comment expliquer pourquoi… pourquoi ils étaient restés là, à regarder, à épier, au lieu de les prévenir tout de suite ?

- Nous étions sous la… Hermione vit le regard qu'Harry lui lança, et Harry vit le regard que Dumbledore lui lançait. … Peu importe. Ils lui ont donné quelque chose et ils ont amené ce légilimens… Tombend… Ils ont essayé plusieurs fois de pénétrer son esprit. Ils n'ont pas réussi. Alors Tombend a mis sa baguette sur… sur le front du professeur Snape…

Harry vit les yeux du directeur s'agrandir sous le choc.

- Et… et ils l'ont forcé… continua-t-elle d'une voix tremblante, forcé jusqu'à ce qu'il ne puisse plus… elle avala difficilement sa salive, plus… résister.

- Qu'avez-vous vu ? demanda Dumbledore d'une voix blanche.

- Vu ? Mais si c'était de la légilimencie, comment pourraient-ils avoir –

- Il a évidemment utilisé un Visibilis, Minerva. Ce n'était pas n'importe quel legilimens…

La professeure sembla totalement abattue par la nouvelle. Dépassée, elle s'assit sur une chaise, le visage dans les mains, les yeux grands ouverts.

- Il ne le pardonnera jamais… ne s'en remettra jamais… murmura-t-elle.

- Qu'avez-vous vu ? répéta Dumbledore sur un ton monocorde, sa main toujours fermement accrochée à celle du Serpentard, comme s'il ne voulait pas le laisser seul…

- Le… Tombend, il ne savait pas où chercher, reprit Hermione. Ils voulaient la preuve qu'il était loyal… ou qu'il ne l'était pas… mais il ne savait pas où regarder… nous avons vu des scènes de son enfance… violentes… ses parents… certaines de son adolescence aussi, lorsqu'il se faisait enrôler par les mangemorts… et puis il y en a eu une… avec vous… sur une colline… il ne voulait vraiment pas la montrer. A la place, nous avons l'avons vu aux pieds de Vous-Savez-Qui…

Malgré sa tristesse, Albus sourit.

- Mais vous n'avez rien vu qui puisse dire si oui ou non, il nous est loyal.

Hermione réfléchit un instant.

- Non, finit-elle par dire. Rien du tout.

Le directeur hocha la tête. Malgré son état, malgré la drogue, Severus était parvenu à cacher les informations essentielles. Evidemment. Il était supposé pouvoir le faire dans presque toutes les circonstances selon ce que Voldemort lui ferait subir. Mais dans ce contexte… il avait été pris au dépourvu. Jamais il n'aurait pensé être trahi de cette manière par ses alliés. Il n'était pas préparé, ses barrières au plus bas. Et pourtant, il avait résisté. Il avait montré des souvenirs autres que ceux qu'on voulait lui extraire dans la mesure où il n'avait pas eu le choix ni la force de ne rien pouvoir montrer. Mais qu'en serait-il de la suite ? Comment Severus pourrait-il accepter de travailler avec ses bourreaux ? Albus n'avait aucun moyen de lui faire oublier. Un Oubliette n'en serait que pire, car il ne saurait pas d'où viendrait tous ces souvenirs, cette insécurité, ce sentiment d'ouverture permanente. Il devait se rappeler pour pouvoir rationaliser.

- Albus… qu'allons-nous faire maintenant ? Les autres… nous ne pouvons pas tolérer…

- Ne vous inquiétez pas pour cela, Minerva. Je m'assurerais qu'ils reçoivent la punition que le ministère applique dans ces circonstances sans que les circonstances soient véritablement évoquées. Quant à Severus… Nous l'aiderons du mieux que nous pourrons.