Bonjour à tous !
Heu... Allo ?... Il y a encore quelqu'un ?
...
Sérieusement, je vous fais mes excuses pour cette longue, longue, loooongue absence. Je suis vraiment vraiment désolée et j'espère que vous pourrez me pardonner de ne pas avoir posté plus tôt. Genre, il y a 10 mois... Non, non pitié rangez les fourches !
Je n'ai vraiment pas d'excuse... Au début, les cours me prenaient tout mon temps puis j'ai pris le 'rythme de la fac' mais alors j'ai découvert d'autres séries télévisés, j'ai lu d'autres romans et alors, je n'avais plus d'inspiration...
Enfin, bref. Je vais essayer de continuer cette fanfiction en essayant de garder le ton des deux premiers chapitres. Je me suis dit qu'au bout d'un moment vous en auriez marre de l'introspection déprimante d'Edward alors j'ai mis un peu plus de dialogue et d'action dans ce chapitre.
Je vous remercie tous du fond du cœur pour avoir lu ou enregistré cette histoire dans vos histoires favorites ! Et un merci spécial à Bl100dthirstiness pour sa review qui m'a fait chaud au cœur et à canada02 pour avoir pris de mes nouvelles !
Et maintenant, un chapitre très en retard !
Oui, bon, je me tais. On se voit en bas !
~ oOo ~
Disclaimer : Non, je n'ai toujours pas convaincu Stephanie Meyer de me céder ses droits d'auteur. Dommage.
~ oOo ~
Chapitre 3 : Ennemis
~ oOo ~
"Les absents ont toujours tort de revenir"
Jules Renard
~ oOo ~
Je m'élançai vers le Nord à pleine vitesse. Désormais, je voulais affronter ces conséquences. Et revoir son regard si intense.
Pendant des années, j'avais regardé le temps s'étirer en d'interminables secondes. Incapable de différencier une minute d'une heure, un jour d'une année, j'avais laissé aller mon imagination, essayant de prédire ce que Bella faisait au moment précis où je songeai à elle (c'est à dire tout le temps). Je ne saurais dire pourquoi j'avais trouvé cette douloureuse occupation. Pour trouver une nouvelle ligne à ajouter à la longue liste de mes crimes qui n'avait aucun besoin d'être d'avantage allongée. Pour me souvenir de celle qui provoquait ma douleur, alors qu'il aurait était tellement plus intelligent de l'oublier. Ou simplement pour m'occuper ? Combien de temps avais-je perdu à me morfondre ainsi ?
Maintenant, j'avais consciemment décidé de faire quelque chose de ma vie. Et il semblait que je me sois lancé dans une course contre le temps lui-même.
Mes jambes d'immortel n'étaient pas assez rapide, mon souffle inexistant trop laborieux. Moi, qui m'était comparé à de nombreux autres de ma race et n'avait jamais trouvé d'égal en ce qui concerne la vitesse, était encore trop lent à mon goût.
La lune était haute dans le ciel quand j'atteignis la frontière du pays. Je n'avais pas fait 200 miles que ma course se stoppa net en entendant un crissement de frein strident.
Edward.
Je reconnus immédiatement la voix mentale de d'Esmée ; un demi-siècle de bavardage silencieux était derrière nous. L'appel mental était cependant superflu car je n'aurais pas pu louper l'odeur mêlée de quatre des six vampires avec lesquels j'avais vécu pendant des années, surtout au beau milieu d'une petite route de campagne. Superflu était également le grand coup de klaxon qu'Emmett s'amusa à donner, tout sourire.
"On t'emmène, frangin ?"
Bouche bée, je regardai un moment le gros pick-up flambant neuf (une nouvelle folie d'Emmett, à tout les coups) et ses occupants. Bien sûr. J'aurais dû me douter qu'Alice me verrait venir de loin mais je ne pouvais m'empêcher d'être surpris de l'apparition.
Un sentimentalisme familial incongru me piqua les yeux. Je les avaient abandonné pendant si longtemps, méprisé pour une vie de solitude et de regrets, condamnés à vivre malheureux car amputés de l'un des leurs. Et pourtant, ils étaient là, souriants, prêts à replonger dans les ennuis pour moi (enfin sauf Rosalie mais j'avais remarqué avec les années qu'elle était un cas à part). Dans mon malheur, j'avais dénigré la plus belle de mes richesses et il avait fallut ce moment pour que je m'en rende compte. J'ouvris la bouche mais les mots se perdirent quelque part entre mon cerveau et ma bouche et je ne pus leur offrir qu'un sourire et un regard reconnaissants.
"Je croyais qu'on avait une demoiselle à reconquérir. Si tu restes planté là comme un panneau publicitaire, c'est mal parti !" me lança la voix amusée de Jasper.
Debout sur le plateau, il me tendait une main fraternelle et inutile pour m'aider à le rejoindre. Riant de ses bêtises (c'était moi le grand frère mature, après tout), je la saisis et me propulsai dans ses bras. Dans son sourire, je retrouvai un court moment le Jasper d'avant. Sans regrets ni excuses, juste mon petit frère hypersensible.
A peine avais-je quitté son étreinte, qu'une Esmée rayonnante m'assaillit et me serra contre son cœur dans une étreinte froide et chaleureuse une étreinte d'immortels.
Oh, Edward...
Elle me relâcha subitement avec un air féroce sur le visage (expression rare chez elle). Commença alors ce à quoi j'avais eu droit à chaque fois que j'étais rentré après de longs mois d'absence : une inspection en bonne et due forme. Quand elle fut certaine que je possédai encore mes dix doigts et mes dix orteils, que je m'étais suffisamment nourri et lavé (note à moi-même : me venger des deux idiots qui riaient à gorge déployée), elle s'arrêta pour me regarder avec mon visage coincé entre ses mains tendres et puissantes, l'or liquide de ses prunelles dansant d'amour et de bienveillance. Mon cœur s'alourdit en lisant dans son esprit combien elle avait souffert de mon absence.
Rentrons à la maison, mon chéri.
Heureux comme jamais je ne pensai l'être à nouveau, j'acquiesçai en souriant. Nous nous assîmes sur le plateau, plus parce que cela faisait plus 'humain' que par réelle nécessité. Ce n'est pas comme si l'un d'entre nous pouvait perdre l'équilibre.
"C'est bon de te revoir, frangin", me dit alors Emmett d'une voix grave, sincère (jusque là rien d'inhabituel) et chargée d'émotions (beaucoup plus inquiétant).
Sans quitter le regard de ma mère, j'étendis le bras pour lui en taper cinq. C'était le mieux que j'avais à lui offrir dans nos positions actuelles, moi, un bras fermement tenu par une mère adoptive tout sauf décidée à me lâcher et lui, coincé dans l'habitacle, derrière le volant.
Je décidai alors de me tourner (du moins mentalement) vers la dernière personne présente. Rosalie, aux côtés d'Emmett, dans l'habitacle, n'avait fait aucun geste pour m'accueillir et je vis à travers la vitre arrière, que ses ongles s'acharnait sur sa peau, griffant, tordant, maltraitant une chair qui ne pouvait être entamée de cette façon. Soupirant, j'orientai mon don de manière à l'inclure à nouveau dans mon champ de perception. Je l'en avais exclue tant je craignais sa réaction mais je ne pouvais de toute façon pas l'ignorer pour l'éternité. Enfin, j'aurais pu et cela aurait été foutrement agréable mais j'imagine qu'il était impoli d'ignorer une dame ainsi, même quand celle-ci était elle-même la plus impolie d'entre toutes.
Doucement, je m'autorisai à laisser filtrer un petit pan de son esprit... seulement pour être assaillit par un torrent de reproches et d'insultes :
Tu as tout gâché, imbécile ! Tous ses efforts pour rien ! Est-ce que tu te rends compte de...
Je refermai mon esprit aussitôt, bien décidé à les ignorer finalement, elle et les mots qui me ferait me sentir plus mal encore, ou pire, qui me feraient douter de mon choix. Une autre pensée me vint et j'oubliai bien vite la blonde au sale caractère.
"Où sont Carlisle et Alice ?"
Malgré le rugissement du moteur (quand diable avions nous démarré ?), Jasper ne haussa pas la voix pour me répondre :
"Ils ont filé pour Forks dès qu'Alice a vu ta décision. Nous n'étions pas avec eux, à ce moment là. J'imagine qu'ils vont tout préparé pour notre retour là-bas."
Sa voix ne trahissait rien mais je savais qu'il était partagé entre la vague irritation qu'elle s'enfuit ainsi sans lui et le soulagement de savoir qu'elle redeviendrait souriante et vivante dans sa mort éternelle aux côtés de son humaine de meilleure amie.
Je ne pus m'empêcher de trouver cela étrange, du moins pour Carlisle. C'était bien le genre d'Alice de nous préparer une surprise pour notre retour à Forks. Mais, à la réflexion, c'est aussi du pur Carlisle de se dévouer pour accompagner une Alice intenable et surexcitée, même si cela signifiait laisser le reste de sa famille derrière. Oh, peu importe. Si ces deux là voulaient me cacher quelque chose, je n'avais aucun moyen de les en empêcher.
Nous tombâmes dans un agréable silence, bercé par les bruits de la nature et les mouvements du vent. Un long moment, je me perdis dans des suppositions peu agréables Bella me hurlant dessus pour oser perturber son bonheur, ses enfants me riant au nez, son... ma... mar... compagnon me lorgnant avec condescendance. Bella me riant au nez, ses enfants me regardant avec condescendance, son compagnon me hurlant dessus pour oser perturber leur bonheur... et ainsi de suite...
Je ne m'autorisai pas à succomber à de bien plus agréables perspectives : la réalité ne saurait que plus dure à encaisser. Enfin, c'est ce que je me dis au début. Ensuite, mon esprit indiscipliné me laissa entrevoir des images de désir pur ; Bella pleurant sa joie au creux de mon cou, ses enfants me considérant comme le parfait beau-père, son idiot de... compagnon s'éclipsant face à la puissance de notre amour, mon cœur, guéri d'une blessure qui n'avais été, chantant le bonheur retrouvé et le bonheur ajouté.
Ils pourraient être mes trois soleils dans cette nuit éternelle.
Tuant mes rêveries dans l'œuf, je me serinai. Ne sois pas stupide, Edward, elle ne va quand même pas te reprendre les bras ouverts.
L'idée, aussi chimérique que persistante, était pourtant là... Il s'agissait de Bella ! De l'être le plus doux et le plus aimant que j'ai jamais connu en de très, très nombreuses années d'existence. Peut-être... Peut-être avait-elle assez d'amour pour cela ? Peut-être accepterait-elle de m'aimer à nouveau et de m'apprendre à aimer les fruits de son amour avec un autre ? Peut-être... Peut-être.
Non ! Arrête de rêver !
Je soupirai. Ces réflexions n'étaient décidément pas très bonnes pour mon moral et ne servaient à rien. Le mieux était peu être d'attendre et de voir. Advienne que pourra.
Autour de nous, les arbres se densifiaient à vu d'œil. Entre eux, les rayons du soleil levant nous menaçaient déjà. Heureusement, nous n'étions plus très loin, désormais. Emmett avait dû le remarquer aussi car nous prîmes encore de la vitesse.
Alors que la voiture filait vers un abri, les odeurs de la forêt me parvinrent. Jamais je n'aurais imaginé que partir vivre en Amazonie, là où la nature est si différente, me ferait manquer quelque chose d'aussi insignifiant que ça l'unique senteur des épicéas mêlées avec celle des fleurs sauvages, des clairières humides et des...
Pouah !
La pensée fut unique et nous frappa tous au même moment : aucun vampire ne pouvait passer à côté de ça. Ces odeurs nauséabondes et insupportables. Ces odeurs de loup-garous. Le choc fut tel pour Emmett qu'il freina brutalement en plein milieu de la route.
"Que font des chiots sur nos terres !?" siffla Jasper entre ses dents.
"Gares-toi", ordonnai-je à Emmett. Ma phrase à peine terminée, j'avais déjà bondi hors du plateau et scrutait les horizons. Frémissant d'excitation, mon frère s'empressa d'obéir, imaginant déjà des affrontements amusants avec nos amis à quatre pattes. Alors qu'il parquait l'énorme pick up sur le bord de la route, nous nous rapprochâmes de la lisière de la forêt, là où les odeurs étaient plus fortes. Au moins, nous n'avions plus à craindre de nous transformer à boules à facettes devant un humain, bien à l'abri sous les branches des pins.
"Peut-être qu'ils pensaient qu'on ne reviendrait pas ? Et qu'ils en ont profité pour étendre leur territoire ?" s'interrogea Esmée dans mon dos.
Je secouai la tête, pas convaincu.
"Cela n'a pas de sens. Notre absence de la dernière fois était bien plus longue."
"Mais si le chef est un novice. Un gamin qui ne sait pas à qui il a affaire et qui cherche plus de terrain ? C'est qu'il en faut du sol pour dégourdir leur grosses pattounes !" suggéra Emmett en riant.
"Et qu'est-ce qu'on fait des traces de vampires ? Non, ça ne colle pas..."
Edward. Je me tournai pour voir Jasper, accroupi sur le sol. En m'approchant, mes yeux tombèrent sur ce qu'il pointait du doigt. D'immenses empreintes d'animaux figés dans la boue. Des empreintes de loups. Je tournai la tête pour voir qu'elles venaient de l'est, passai devant nous et filaient vers l'ouest.
Attends, me dit-il en se retournant vers moi, un doigt levé pour souligner ses mots, c'est pas le meilleur. Puis il me montra d'autres traces, que je n'avais pas vu jusque là. Des empruntes humaines (enfin de forme humaine), venant et partant dans la même direction, à peine visible à côté ou sous les traces de pattes. Les loups l'ont poursuivi jusqu'ici.
"C'est possible..." répondis-je à voix haute.
"Oh, on est mis à l'écart ! Chouette ! Ça m'avait presque manqué !" se plaignit Rosalie.
"Cela ne vous dérangerait pas d'expliquer ce qui se passe aux gens normaux ?" soutint Emmett en désignant sa femme, sa mère et lui-même.
Pas vexé pour un sou, j'exposai calmement la théorie de Jasper aux autres :
"Jasper pensait, et c'est probable, que les loups aient voulu se débarrasser des vampires qui traînaient sur notre territoire en notre absence."
"Ils n'auraient pas hésité à passer la frontière pour chasser des nomades", acquiesça Esmée.
"Si c'est le cas, ils sont franchement pas doués", commenta Rosalie en revenant vers nous, après s'être un peu éloignée pour analyser le tracé des odeurs. "Les effluves vont et viennent dans toutes les directions."
"Jasper ?" fis-je en me tournant vers le plus qualifié d'entre nous dans ce domaine.
"Ils ont dû être pas mal baladé pour laisser autant de pistes. Mais oui, c'est possible."
Il croisa les bras et réfléchit un moment.
"Et cela ne voudrait pas forcément dire qu'ils ont tenté de prendre notre territoire", reprit-il ensuite. "En fait, je pense au contraire que..."
A un point de la discussion, je lâchai prise, perdu dans mes inquiétudes. Il y a des années de cela, le chef Swan avait reçu un appel du petit fils d'Ephraïm Black. De toute évidence, ce loup était ami avec Bella (même si le concept d'une amitié avec un loup-garou me laissait encore perplexe), il serait forcément au courant de la menace et serait assez intelligent pour l'en éloigner (ente nous, même dans un bunker en Antarctique, les dangers la poursuivraient). Dans l'hypothèse où elle serait encore ami avec lui, pouvait-on pour autant la considérer hors de danger ?
Certainement, se dit Edward à lui-même. Enfin, si on pouvait considérer que traîner avec une créature susceptible de se transformer en monstre gigantesque devant vous au beau milieu d'une conversation était sans danger.
"Edward ? Edward ?"
"Pardon ?"
Jasper me fixait, attendant une réponse à une question inconnue.
"Qu'est-ce que tu en penses ?"
"Heu..."
La gêne que je tentai de dissimuler ne pouvait échapper à son don. Il eut un sourire compatissant.
"Tu n'as rien écouter de ce que je viens de te dire, n'est-ce pas ?"
Je soupirai. Étais donc si facile à lire, moi, le télépathe ? Enfin... j'imagine que pour Jasper, le travail n'était pas trop dur : il n'avait qu'à relier les faits aux émotions qui se dégageaient de moi. Avec le temps, lui aussi était devenu un très bon lecteur.
"Je suis sûr qu'elle va très bien", me rassura-t-il, une main rassurante trouvant mon épaule.
Soudain, un bruit se fit entendre, au loin, et nous tournâmes tous nos têtes vers lui, dans une synchronie parfaite. C'était quelque chose de ténu, même pour nos oreilles ultra-développées. Un bruit d'une légèreté incroyable et continu. Mais, en tendant l'oreille...
Boum, boum... Ba boum. Ba boum. Ba boum.
On pouvait entendre un léger espace entre les coups. Un espace que cependant, aucun humain n'aurait pu déceler tant les deux sons étaient rapprochés.
Une course inhumaine. Des pas d'immortels ! A un ou deux kilomètres tout au plus, filant vers l'ouest.
"C'est peut-être l'un des nomades ! On l'attrape ?" demanda Emmett, en avançant sa grosse carcasse d'un air à la fois menaçant et joyeux. On aurait dit un berger allemand qui n'avait pas joué à la balle depuis des années.
Il est hors de question de laisser cette vermine s'approcher de Forks, pensa Esmée.
Hors de chez nous ! ragea Rosalie.
Il ne touchera pas à un cheveux ma future petite sœur, me promit Jasper.
Déjà, les bruits s'estompaient vers l'ouest. C'était maintenant ou jamais.
"Allons-y", criai-je inutilement par dessus mon épaule en commençant à courir.
Très vite, je me rendis compte que l'inconnu était rapide, très rapide. Même l'adrénaline inexistante que je sentait se répandre dans mes veines, comme à chaque fois que la vitesse m'emportait, n'arrivait pas à me pousser assez loin en avant pour réduire la distance entre nous... enfin à mon rythme normal. Personne n'était plus rapide que moi. Personne.
Cependant, si j'accélérai, les autres, qui peinaient déjà me suivre...
"Edward, attrapes-le !" me cria Jasper, comme s'il avait senti mon malaise.
Alors, j'accélérai. A chaque pas, j'appuyai sur la pointe de mes talons pour me propulser un peu plus loin en avant, un peu plus vite, maltraitant les herbes hautes, déchirant buissons et branches sur mon passage. Mes jambes volaient presque au dessus du sol. Le monde n'était qu'un univers flou et indistinct, harassant même mes yeux parfaits. Moins d'une minute plus tard, elle était dans ma ligne de mire.
Car c'était de toute évidence une femme. De dos, je ne pouvais voir que ses long cheveux bruns qui volaient derrière elle dans un ballet infernal. Sa façon de courir était saisissante, si bien que, moins concentré, je ralentis sans même m'en rendre compte. Elle avait une grâce peu commune, même pour une des nôtres. Encore plus que moi, elle utilisait ses pointes pour s'élancer en avant, tel une magnifique danseuse. Il y avait quelque chose d'étrangement familier en elle. De beau et de triste à la fois. Mon cœur se serra dans ma poitrine, sensible à quelque chose que je ne comprenais pourtant pas. Quelque chose dans la couleur de sa longue chevelure, quelque chose dans la beauté de ses formes, dans son odeur...
Je n'étais plus qu'à quelques mètres d'elle...
Quand tout à coup, une bien plus puissante odeur m'assaillit les narines. Du sel. Non ! L'océan ! Si elle s'y jetait, il me serait bien plus difficile de la maîtriser. Serrant les dents, je repris de la vitesse. Peu importe ces stupides pressentiments : elle ne pouvait pas m'échapper ! Je n'autoriserai pas qu'elle fasse du mal à Bella !
Plus que deux mètres ! Je tendis le bras. J'allai la toucher.
Mais elle sauta.
Je m'arrêtai subitement, juste à temps pour ne pas tomber de la falaise. Sous mes yeux ébahis, elle survola ce qui restait de terre puis s'élança vers l'océan. Dans son saut, je voyais un cygne fier, puissant et pourtant délicat. J'étais émerveillé devant la vue de son corps pâle et gracile s'élançant voluptueusement dans les airs, bras étendus, tête relevée vers le ciel, avant de fondre en avant, brisant les flots de sa puissance puis disparaissant dans les profondeurs d'un océan tourmenté.
Je ne pus m'empêcher de lâcher un juron même en présence de deux dames. Esmée et Rosalie, comme tout les autres, d'ailleurs, venaient de me rejoindre sur le bord de la falaise et scrutait les flots agités en contrebas.
"Génial ! Tu l'as laissé s'échapper !" me reprocha ma sœur avec une œillade meurtrière, les cheveux décoiffés par des bourrasques d'une violence inouïe.
Elle râlait à voix haute mais elle était secrètement heureuse de trouver une nouvelle chose à ajouter à la longue liste de mes fautes. Il y a des jours où, même moi, le télépathe, j'avouai ne rien comprendre de ce qui tournait dans l'esprit des femmes.
"Franchement, Rose, c'est pas le moment !" s'énerva Jasper à l'encontre de la blonde qui fulmina dans son coin. Emmett essayait de la réconforter avec maladresse alors que Jasper reprit, focalisé, comme toujours, sur la traque : "Edward, est-ce que tu sais où elle compte aller maintenant ?"
C'était à s'en taper la tête sur le sol. Bien sûr, ses pensées ! Comment avais-je pu ne pas y penser plus tôt ! Immédiatement, je cherchai sa voix, quelque part dans ma tête. Étrangement, je ne distinguai que les saveurs familières des membres de ma famille. Me concentrant, une chose rare vue la maîtrise de mon don, j'agrandis encore mon champ de perception, l'incluant maintenant à plusieurs kilomètres... Toujours rien.
"Je n'entends rien", admis-je en soupirant. "Elle a dû filer."
Rosalie grogna dans son coin. La faute à qui ? A côté d'elle, Emmett se mit à inspirer bruyamment.
"Vous ne sentez pas comme une odeur de brûlé ?"
"Il a raison", fit Jasper. "Je crois qu'il y a un feu, là bas."
Je soupirai en me pinçant l'arrête du nez. Oh, quoi encore ? Des nomades et maintenant des feux de forêts ? C'était décidément pas le bon jour pour rentrer.
"La fumée est mauve."
Aussitôt, je redressai la tête et me tournai vers la direction qu'il indiquait. Plus loin, le long de la rive, brûlait quelque chose. D'ici, on ne pouvait pas voir la source du feu, ou même les flammes mais l'épaisse fumée mauve ne laissait pas de doute.
"Si quelqu'un a détruit l'un des nôtres, c'est forcément la meute", commenta Esmée.
"Ou des rixes de nomades ?" suggéra Emmett, enchanté par cette perspective.
"Il n'y a qu'une seule façon de le savoir", répondis-je d'un ton calme.
Calme n'était cependant pas le mot pour décrire la réaction de Rosalie.
"Quoi ? Mais ça ne tourne pas rond, chez toi !"
"Rosalie !" s'indigna notre mère.
L'intéressée se tourna vers elle pour s'expliquer :
"Si c'est la meute, nous ne faisons pas le poids. Bon sang, on ignore même combien ils sont ! Attendons au moins d'être tous ensemble avant d'aller les affronter. A cinq, c'est bien trop dangereux, surtout que, je ne sais pas si vous vous en rendez compte, mais là bas, c'est leur territoire. On en peut pas enfreindre le traité !"
"Nous n'avons rien fait de mal, Rose", tenta de l'apaiser Esmée. "Et puis, s'ils sont venus ici, c'est eux qui ont enfreint le traité en premier."
"S'il n'y a plus de traité, rien ne nous dit qu'ils ne nous attaqueront pas !"
Je pouvais comprendre Rosalie. Elle avait peur pour elle et pour sa famille. Ce n'était pas par manque de courage qu'elle se montrait si frileuse mais plutôt par amour. Je devais avouer qu'elle avait en partie raison. Ce que nous nous apprêtions à faire était particulièrement dangereux mais nous n'avions pas vraiment le choix. Les loups étaient proches et la nomade aussi : une telle occasion ne se représenterait pas de si tôt.
"Ils ne l'ont fait qu'à cause des nomades", continua ma mère. "Tu sais bien qu'ils sont prêts à tout pour protéger les humains. Au fond, nous avons le même but."
Esmée lui fit alors son plus beau sourire, celui qu'elles utilisait pour chasser tous les maux.
"Ne t'en fais pas, ma chérie, je suis sûre qu'ils n'ont aucune intention de nous faire du mal."
"Mais..." reprit ma sœur, tout à coup moins sure d'elle, avant de reprendre, apparemment fière de son argument. "Et s'ils étaient de mauvaise humeur ? Hein ?"
Cela ne nous changerait pas vraiment de toi...
Jasper et moi durent cacher nos rires par des toux (très peu crédibles pour des vampires). Derrière Rosalie, Emmett parut envieux de savoir ce qui était si risible. Ma sœur quant à elle, nous regarda à tour de rôle avec suspicion, les yeux plissés.
"Écoute", lui dis-je après m'être calmé. "Les loups doivent être avertis pour la vampire et nous avons besoin de savoir ce qui s'est passé ici. Je ne pense pas qu'ils soient particulièrement ravis que des nomades traînent par ici. Alors, si nous voulons arranger les choses et récupérer notre territoire, la meilleur chose à faire est de leur prouver notre bonne foi et en les aidant à détruire la menace."
J'avais raison. Je le savais et elle aussi. Alors elle abdiqua en soupirant, non sans rechigner et réclamer de partir si les choses se corsaient. Enfin, nous partîmes en direction du bûcher.
~ oOo ~
C'était une petite plage face à l'océan, bordée de tout les autres côtés par des parois escarpées quasi-inaccessibles pour les humains. Du haut du côté est de la falaise, nous avions une vue imprenable sur la terrible scène en contrebas. Le bûcher était bien là, crépitant joyeusement sur le sable. La meute était la aussi, sous forme humaine, face à l'océan. Ils étaient quatre. Certains étaient debout, tête baissée. D'autres assis, les yeux rivés sur l'océan. Tous partageaient le même chagrin.
Du coin de l'œil, je vis Jasper ciller. Je n'avais aucun mal à comprendre pourquoi. Leur peine cumulée était intolérable, même pour moi, qui n'avait pourtant accès qu'à leur pensée.
Ils ne nous avaient pas encore repéré : leurs esprits était comme sourd à tout fait extérieur à cause de la peine.
"- Edward ?" susurra ma mère pour ne pas être entendue. "Qu'est-ce qui s'est passé ?"
"Un autre nomade", les informai-je sur le même ton. "Il a attaqué l'un des leurs par surprise. Il lui a brisé les pattes avant de le jeter à l'eau."
"Mais alors il faut..."
Elle s'arrêta soudain et eut un geste vers l'eau. Il n'était pas vraiment surprenant qu'Esmée veuille porter secours à nos ennemis héréditaire : elle avait un cœur naturellement enclin à la compassion. Même si je ne partageai pas son avis, j'avais presque de la peine en lui expliquant à mi-voix ;
"C'était il y a plus de dix minutes, Esmée."
Elle poussa un petit cri de surprise, avant de réaliser son erreur et d'abattre une main sur sa bouche. Mais le mal était fait.
D'en bas, le chef de la meute, un dénommé Sam, nous fixait déjà d'un œil prudent. Je fus un moment surpris. Celui-là ne devrait être que le bêta. C'était ce Jacob le petit fils d'Ephraïm Black, le vrai Alpha (qui en passant ne semblait pas être présent). Je réprimai un soupir. Comme souvent, la situation me montra les limites de mon don. J'aurais tant aimé pour le forcer à penser à ce qui m'intriguait mais son esprit restait profondément ancré dans le moment présent.
Cependant, même si ce n'était pas dans l'ordre logique des choses, je ne pouvais nier que ce Bêta avait les épaules pour le métier. Parmi le groupe, il était le seul à être à peu près lucide, alerte malgré la perte. Il avait un esprit rigoureux, droit. La teneur de ses pensées ne me laissa aucun doute sur le type d'homme que j'avais en face de moi ;prudent et prêt à tout pour protéger les siens. Déjà, il calculait les risques que nous représentions pour eux.
… ne sont que cinq. Mais où sont les deux autres ? Pas dans les environs en tout cas. Est-ce que le télépathe est parmi eux ? Sûrement puisque les...
Je ne pus m'empêcher d'être surpris. De toute évidence, les légendes étaient méticuleusement transmises de génération en génération. Même si mon don pouvait surprendre, il était tout de même étrange qu'ils s'en soient souvenus.
A moins que... non. Bella était amie avec ce Jacob mais elle n'aurait quand même pas... Je soupirai. Si, cela ressemblait bien à une boulette qu'elle aurait pu faire. Enfin, ce n'était pas vraiment une boulette... Nous n'étions pas censés revenir un jour ; comment ces informations auraient pu nous causer du tort si nous n'étions plus dans les environs ?
Peu à peu, les autres loups perçurent la tension de leur chef et suivirent son regard. Je percevais une vague d'irritation envahir leur esprit.
Ils nous prennent un frère et nous empêchent même de le pleurer.
Leur yeux sont... jaunes ? C'est eux les fameux Cullen ?
Maudits buveurs de sang ! Laissez nous en paix !
J'étais sincèrement désolé d'interrompre un tel moment mais nous n'avions pas le choix. Je repensai à la vampire et à Bella, qui pouvait être tôt ou tard l'une de ses victime (avec sa malchance...). Non, nous n'avions vraiment pas le choix. Alors je fis un pas en avant et me laissai tomber dans le vide. Derrière moi, j'entendis plus que je vis ma famille faire de même. Nous atterrîmes sur le sable dans un bruit mat.
~ oOo ~
Tin tin tin ! J'espère que cela vous a plu ! Vous voulez m'incendier pour mon retard ? Ou simplement me dire ce que vous en pensez ? Des prévisions, suggestions, idées pour la suite ? N'hésitez pas : je suis ouverte à toutes sortes de remontrance/compliments/critiques/aides !
Je sais que j'y suis pas allé de main morte avec Rosalie. Désolée pour ses fans (ça existe ?) mais toute bonne histoire a un grincheux. Et elle correspondait si bien au rôle...
Au programme pour la suite : le clash entre les loups et vampire, des explications et la vraie rencontre ! (oui je sais, j'avais dit que ce serait pour ce chapitre mais j'avais envie de vous faire patienter encore un peu...)
Le prochain chapitre... heu... je vais éviter de faire des promesses que je n'arriverai pas à tenir mais je vais essayer pour mi-juillet de vous poster quelque chose d'une longueur décente... Je sens comme une vague de scepticisme qui vous monte dans l'assemblée... Laissez tomber.
Je vous embrasse et je vous dit à bientôt !
