Disclaimer : Voir chapitre 1.
Note d'auteur : Voilà le troisième chapitre, parfaitement à l'heure cette fois ! J'espère qu'il vous plaira, et je vous souhaite une bonne lecture ! :)
Des coups sonores frappés contre le carreau tirèrent Blaise hors du sommeil. Avec un grognement, il repoussa les draps et se traîna, à moitié réveillé, vers la fenêtre de sa chambre. Il écarta les rideaux avec précaution, plissant les yeux lorsque ceux-ci furent agressés par la lumière du soleil. Avec mauvaise humeur, il ouvrit au hibou coupable de son réveil brutal et lui prit la lettre qu'il apportait sans aucune douceur.
N'oublie pas de venir ce soir ou je t'arrache les yeux.
Pansy-la-bienveillante
Blaise eut un petit ricanement moqueur, avant de froisser le morceau de parchemin. Il chassa l'oiseau d'un geste, qui claqua son bec près de son doigt, apparemment mécontent de repartir sans rien, puis se retourna en entendant un gémissement plaintif derrière lui. La vision qui s'offrit à lui le fit sourire de satisfaction. Alanguie, une jambe blanche dépassant des draps, Emily le regardait de ses magnifiques yeux bleus, l'air encore endormi.
— Qu'est-ce que c'était ? marmonna-t-elle en s'étirant, le drap glissant sur son buste.
— Rien, juste une amie qui tenait à s'assurer que je respecte ma promesse, répondit-il en laissant son regard glisser sur le haut du corps de son amante avec convoitise.
Il ne tarda pas à la rejoindre et à l'embrasser, Emily répondant volontiers à ses caresses. Blaise s'interrompit soudain, lui arrachant un grondement de désapprobation.
— Avant que j'oublie, accepterais-tu d'être ma cavalière pour ce soir ?
Emily le regarda avec curiosité, ses sourcils se soulevant d'étonnement. Blaise ne lui avait jamais caché qu'il ne recherchait rien de sérieux, que leur histoire n'était pour lui rien d'important, et qu'il n'avait aucune envie de se lancer dans une relation compliquée. Il n'avait pas exactement projeté de l'amener à la soirée, mais il ne voulait pas perdre la face devant Daphné et son cher mari.
— Je croyais que ce qu'il se passait entre nous n'avait rien de sérieux, répondit Emily en laissant courir ses doigts le long de sa clavicule.
— Ca ne l'est pas, s'empressa-t-il de dire. Je veux juste rendre tout le monde jaloux en emmenant une femme magnifique.
Emily secoua doucement la tête puis l'attira vers lui et l'embrassa, signifiant qu'elle acceptait sa proposition avec grand plaisir.
Ils ne sortirent de la chambre qu'une demi-heure plus tard, beaucoup moins dévêtus. Blaise s'agita dans la cuisine, sa baguette à la main, déposant après quelques minutes un petit-déjeuner copieux sur le comptoir. Avec un sourire appréciateur, Emily attaqua tout de suite le repas, pressée de se remplir l'estomac. Après quelques secondes de silence, elle s'éclaircit la gorge avant de dire d'une voix un peu gênée :
— Tu m'as bien que tu étais avocat, non ?
— Oui, répondit Blaise sans hésiter, curieux de ce qui allait suivre.
— J'ai un service à te demander.
Elle regardait fixement son assiette, évitant son regard. Blaise lui prit la main, la faisant relever les yeux. Il lui fit alors signe qu'il l'écoutait, le tout accompagné d'un sourire rassurant.
— Et bien voilà, mon frère a été arrêté récemment, commença-t-elle avec hésitation avant de poursuivre avec un ton raffermi. Pour trafic de drogue. Il a toujours été un aimant un problème mais c'est la première fois qu'il va aussi loin. Je sais que tu es un avocat vraiment doué, et je me demandais si tu pouvais prendre sa défense lors du procès.
Blaise resta silencieux, pas plus surpris que nécessaire. Il s'attendait à un truc dans ce style. Il hésitait pourtant à accepter. Il ne voulait pas être davantage lié à elle si leur semblant de relation tournait mal. Mais c'était sans compter sur ses yeux suppliants.
— S'il te plaît, murmura-t-elle. L'avocat représentant l'Etat est un vrai requin, et si tu ne défends pas Logan, il n'aura le droit qu'à un avocat commis d'office. Il finira par aller en prison si tu ne prends pas le dossier.
Blaise poussa un profond soupir. Il se sentait flancher devant ces grands yeux bleus au bord des larmes. Résigné, il secoua la tête. Emily eut un petit sourire, consciente d'avoir déjà à moitié gagné.
— Ce n'est pas que je ne veux pas, ou que je n'ai pas le temps, mais… mes honoraires ne sont pas donnés, objecta-t-il maladroitement.
— Ce n'est pas un problème, dit Emily en haussant les épaules, un immense sourire s'étalant sur ses lèvres.
Il s'apprêtait à répliquer lorsqu'elle se leva de son tabouret et contourna le bar, un air mutin sur le visage. Elle se coula sur ses genoux, l'embrassant légèrement sur la tempe, puis descendant doucement le long de sa mâchoire. Elle glissa ensuite ses lèvres tout près de son oreille, et chuchota, son souffle se perdant dans son cou :
— Je pourrais toujours te payer en nature.
Sa voix était pleine d'un rire contenu et il ne résista pas longtemps avant de tourner la tête et de l'embrasser violemment. Après tout, il est bien assez riche pour ne pas réellement se soucier de ce genre de choses.
— Tu es absolument sublime, dit William avec un sourire appréciateur en regardant sa femme descendre les marches de l'escalier principal du manoir avec grâce.
Daphné ne put empêcher un sourire satisfait de naître sur son visage. C'était exactement l'effet qu'elle avait cherché à produire en se préparant. Elle avait minutieusement choisi, lors de ses nombreux essayages de la semaine passée, une robe de soirée lie de vin, qui lui dénudait le haut du dos et mettait en valeur son décolleté. La taille était marquée, et le bas légèrement fendu, de telle sorte qu'on puisse voir ses tout nouveaux escarpins, qu'elle prenait plaisir à exhiber. Elle avait relevé ses cheveux, mettant ainsi en valeur son cou gracile, auquel elle avait accroché, pour faire plaisir à son mari, le collier de perle qu'il lui avait offert pour leur cinquième année de mariage.
Blaise allait en crever de jalousie. C'était la première chose à laquelle elle avait pensé en se regardant dans le miroir.
Ravie de son petit effet, Daphné descendit les dernières marches pour rejoindre son mari, soit dit en passant très élégant dans son costume hors de prix. Leur Elfe de maison leur tendit servilement leurs manteaux, puis William lui offrit son bras. Elle le saisit avec plaisir, et quelques secondes plus tard, ils transplanaient, apparaissant soudainement devant le portail de Poudlard.
— Je suis vraiment contente que tu aies pu te libérer, lança soudainement Daphné tandis qu'ils remontaient l'allée vers le château.
— Je m'en serais voulu de ne pas t'avoir vu dans une telle tenue, répliqua William en souriant.
Daphné sentit ses joues rosir de plaisir, mais elle ne releva pas. Son mari n'était pas un habitué des compliments et deux en un seul soir, cela la comblait plus qu'elle ne voulait l'admettre.
Une fois qu'ils furent arrivés à proximité du château, Daphné s'immobilisa un instant pour se repaître de la vision enchanteresse qui s'offrait à eux. Elle avait toujours adoré Poudlard et son immense parc. Voir de nouveau son ancienne école et ses innombrables tours illuminés la faisait sourire. Cela lui rappelait tant de joyeux souvenirs. Des souvenirs d'avant la guerre, qui n'étaient pas encore entachés par les horribles évènements qui avaient eu lieu ici.
Soudain pressée d'arriver, Daphné entraîna sans attendre son mari vers la haute porte de chêne. Ils pénétrèrent dans l'immense hall, pratiquement déserté, et se dirigèrent vers une des salles de cours du rez-de-chaussée, reconvertie pour l'occasion en vestiaires. La jeune sorcière assise sur une chaise à côté du battant, et qui avait l'air de s'ennuyer à mourir, se leva brusquement en les voyant. Elle s'empressa de récupérer leurs manteaux et disparut dans la pièce derrière elle pour les ranger. Elle revint avec un petit morceau de papier portant le numéro 347, que Daphné glissa dans la pochette qu'elle tenait à la main.
— J'ai l'impression que nous sommes tous les deux en retard, fit soudain remarquer une voix familière derrière elle.
Daphné se figea une seconde, avant de se tourner lentement, son plus beau sourire étalé sur son visage. Sourire qui faillit immédiatement s'effacer lorsqu'elle vit ce qui se trouvait sous yeux.
Blaise, évidemment, elle s'y était attendue. Mais Blaise avec une petite dinde accrochée à son bras, ça, pas du tout. Néanmoins, son sourire ne bougea pas d'un iota, et elle en remercia chaleureusement sa mère et sa parfaite éducation.
— Bonsoir Blaise, ça faisait longtemps. Et nous ne sommes pas en retard, ajouta-t-elle, saisissant de nouveau le bras de son mari dans l'espoir d'avoir un appui, ignorant la chaleur qui l'envahissait — comme si toutes ces années loin de lui l'avait transformée en glaçon, et que sa seule présence la faisait fondre.
Blaise eut un sourire narquois qui semblait vouloir dire « Tu n'as pas du tout changé », et elle sentit l'agacement naître en elle.
— William, je suppose, dit soudain Blaise en tendant la main à son mari avant qu'elle n'ait pu trouver quoi que ce soit pour effacer ce stupide sourire.
Son mari répondit d'un sourire, serrant fermement la main tendue. Les deux hommes ne s'étaient auparavant jamais rencontrés, Daphné ayant déployé des trésors d'imagination pour éviter Blaise. Mais étant séparée de lui depuis une dizaine d'années, elle doutait qu'il subsiste encore des risques pour son mariage. Elle ne pouvait s'empêcher toutefois de craindre cette rencontre.
— Je vous présente Emily, ajouta soudain Blaise en posant une main sur les reins de sa compagne.
Celle-ci eut un sourire timide. Et Daphné dû admettre à contrecœur qu'elle était mignonne. Elle avait de longs cheveux blonds cendrés, de grands yeux bleus foncés, des traits délicats, et elle avait astucieusement mis ses courbes en valeur avec une magnifique robe couleur lavande. Elle respirait la douceur et la tendresse.
— Enchantée, répondit Daphné d'un ton froid, détournant immédiatement les yeux de celle qu'elle détestait déjà. Nous devrions nous joindre aux autres.
Sans leur laisser le temps de pleinement réagir, elle entraîna son mari en direction de la Grande Salle, ses portes ouvertes déversant un bruit attrayant de conversations, de rires et de musique. Daphné s'immobilisa un moment sur le seuil, le temps de savourer la vue.
La pièce avait été spécialement décorée pour l'occasion. Les grandes tables avaient disparus, remplacées par de petites tables rondes plus intimes. Un buffet et un bar avaient été dressés le long des murs. Des flocons de neige enchantés voletaient dans l'air et de magnifiques sculptures de glaces avaient été positionnées tout autour de la pièce, ainsi que les sempiternels sapins de Noël.
— Je vous souhaite une excellente soirée, lança soudain Blaise avec un enthousiasme suspect, entraînant sans attendre son idiote de copine à travers la foule sans rien ajouter.
Daphné resta de marbre extérieurement mais s'interrogea sur ce brusque départ. Elle avait pensé qu'il tenterait tout pour la mettre mal à l'aise face à son mari, mais il n'en avait finalement rien fait et avait profité de la première occasion pour s'éclipser. Peut-être que Blaise avait mûri finalement. Elle en ressentit un pincement au cœur inexplicable.
— Miss Greengrass ! s'exclama tout à coup une voix sur sa gauche qui lui donna des sueurs froides. Je suis ravi de vous revoir !
Un sourire figé sur le visage, Daphné se tourna vers le ventripotent Professeur Slughorn, qui s'était frayé un chemin jusqu'à eux sans qu'elle l'aperçoive.
— Moi aussi professeur, répondit-elle avec un temps de retard, et n'en pensant pas un traître mot. C'est Mrs Johnson à présent.
— Oh oui, bien sûr, excusez-moi, sourit son interlocuteur en secouant vigoureusement la main de son mari. Bonsoir, monsieur, Horace Slughorn, ancien professeur de potions et directeur de la maison Serpentard. Je ne me rappelle pas vous avoir vu dans ma classe ?
— Enchanté, professeur, William Johnson, répondit poliment son mari, s'essuyant discrètement la main sur son veston, pressé de se débarrasser de la sensation de la main moite de Slughorn. J'étais étudiant à New York lors de ma jeunesse.
— Je vois, je vois, le coupa Slughorn avec bonne humeur. Et dites-moi, miss Greengrass, enfin je veux dire, Mrs Johnson, vous aviez bien une petite sœur n'est-ce pas ? Astoria, c'est bien cela ? J'ai entendu dire qu'elle était mariée avec l'ex-Mangemort Drago Malefoy ?
La lueur de curiosité maladive avide de potins dans son regard mit Daphné mal à l'aise. Elle lui jeta un regard réfrigérant, puis, sans plus se soucier de le froisser, coupa court à l'entretien.
— Effectivement, ma sœur Astoria est présentement mariée à Mr Malefoy. Nous devons d'ailleurs aller leur dire bonsoir.
Sans plus se soucier du bonhomme, Daphné entraîna son mari vers l'autre bout de la salle, sans se préoccuper d'où elle allait. Cette remarque sur Drago l'avait bien plus énervée qu'elle ne voulait l'admettre.
— Drago et Astoria sont là-bas, l'arrêta soudain William en pointant une petite table ronde dans un coin obscur.
Daphné l'y suivit, reconnaissante. Elle se stoppa une nanoseconde en voyant que Blaise et sa dinde étaient installés avec sa sœur et son beau-frère. Son mari ne sembla pas le remarquer et salua Drago avec chaleur. Les deux hommes se connaissaient depuis de nombreuses années, et bien que les débuts aient été durs, ils s'entendaient maintenant de la meilleure manière qui soit. Daphné serra sa sœur dans ses bras et s'assit dans la chaise face à Blaise avec raideur.
— Sale traître, lui souffla-t-elle en se penchant par-dessus la table.
— Je savais que revoir ce bon vieux Slughorn te ferait plaisir, lui répondit-il avec un petit sourire insolent.
Daphné plissa les yeux et pinça les lèvres, retenant de justesse une remarque cinglante. Remarquant le regard inquisiteur de son mari, elle se redressa le plus naturellement possible, lissant sa robe du plat de la main. Pansy et Théodore les rejoignirent à ce moment-là, suivis de peu d'un Elfe transportant un plateau de coupes de champagne. Ils durent tous se serrer autour de la petite table, Daphné se retrouvant coincée entre son mari et sa meilleure amie.
Dès qu'ils eurent trinqués, Astoria se mit à bombarder Emily de questions, les hommes discutant entre eux de Quidditch. Les deux sujets ne méritant aucunement son intérêt, Daphné se détourna vers Pansy, les sourcils froncés. Son amie n'avait pas l'air au mieux de sa forme. Son maquillage peinait à dissimuler ses traits tirés et ses yeux fatigués.
— Tout va bien ? demanda-t-elle l'air de rien.
Elle but une gorgée de champagne, les bulles éclatant délicieusement sur sa langue. Pansy acquiesça sans grande conviction.
— Disons que ça s'améliore, répondit-elle évasivement, assez bas pour que son mari, plongé dans sa conversation, n'entende rien.
Elle se mit à jouer nerveusement avec son bracelet, signe qu'elle avait vraiment besoin de parler.
— Viens, dit brusquement Daphné. Allons chercher quelque chose à manger.
Quittant la table bondée, les deux amies s'éloignèrent en direction du buffet.
— Je me demande pourquoi vous avez choisi de vous installer à une table aussi éloignée, grommela Pansy en jetant un regard mauvais à une fille qui l'avait bousculé — une ancienne Poufsouffle au vu de son air bienheureux stupide, Hannah Abbott, si la mémoire de Daphné était exacte.
— Je pense que Drago ne voulait pas être trop dévisagé, répondit cette dernière avec une légère grimace. Tu sais, avec cette série de meurtres dernièrement, il est pas mal pointé du doigt.
— Oui, Théo aussi, soupira Pansy.
La foule près du buffet étant plus que compacte, elle abandonna l'idée de se gaver de petits fours, préférant se tourner vers l'idée bien plus attrayante de l'ivresse. Elle saisit donc un verre sur le plateau d'un Elfe qui passait par là.
— Qu'est-ce que tu crois que c'est ? demanda-t-elle à Daphné avec curiosité, avant de tremper ses lèvres dans le liquide ambré sans attendre la réponse. Aucune importance, c'est délicieux.
— Ça ne va pas mieux avec Théo alors ? osa interroger son amie.
Pansy poussa un soupir à fendre à l'âme et reposa son verre vide pour en reprendre un autre. Elle se lança alors dans une diatribe telle que Daphné ne l'en aurait jamais cru capable. Elle énuméra tout ce qu'elle faisait seule et pour lesquelles Théo ne donnait jamais un coup de main, puis pointa le fait qu'il rentrait tellement tard qu'elle était déjà endormie lorsqu'il arrivait.
— Tu te rends compte que ça fait des semaines que l'on n'a pas fait l'amour ! s'exclama-t-elle.
Daphné n'eut pas le temps de l'interrompre pour dire de parler moins fort — des têtes commençaient à se tourner vers elles —, ou encore qu'elle ne voulait pas connaître de tels détails — imaginer ses amis au lit ensemble la rendait légèrement nauséeuse —, que Pansy reprenait son monologue, la voix de plus en plus larmoyante.
Daphné devait s'avouer que pour une fois, elle ne savait pas trop quoi faire. Le mariage de ses amis était à la dérive, et elle ne pouvait rien faire pour l'empêcher de couler. Elle avait bien tenté de parler à Théodore il y avait trois jours de cela, mais apparemment, cela n'avait eu strictement aucun effet. Il n'avait pas dû écouter la moitié de ce qu'elle lui avait dit.
— Tout va bien ? s'enquit soudain une voix inquiète, si soudaine que Daphné faillit sursauter.
Elle prit quelques instants pour se maîtriser avant de se tourner vers Théo, qui observait sa femme, les sourcils froncés. Daphné paniqua une milliseconde avant de se dire que le confronter à la crise de Pansy lui permettrait de comprendre que cette fois-ci, son couple traversait quelque chose de grave.
— Non, tout ne va pas bien, marmonna Pansy, finissant ce qui devait être au moins son cinquième verre d'alcool.
Daphné interrompit Théodore avant qu'il n'ait pu ouvrir la bouche.
— Tu devrais la ramener chez vous, prendre soin d'elle ce soir, et vous discuterez demain matin.
Son ton était abrupt et autoritaire, mais son ami ne répliqua pas. Il se contenta d'acquiescer sérieusement, et entraîna sa femme le plus silencieusement possible vers la sortie, détournant son attention par un verre d'alcool. Daphné ne put s'empêcher de remarquer que tout le monde les dévisageait et s'écartait légèrement sur leurs passages. Comme s'ils étaient contagieux. Cela la fit enrager, mais elle se força à rester calme et regagna leur table avec dignité, leurs regards agissant comme des milliers de poignards dans son dos. Elle se rassit avec raideur, adressant un sourire le plus rassurant possible à ses amis.
— Pansy ne se sentait pas très bien, Théodore a dû la raccompagner, expliqua-t-elle pour couper court à toutes questions.
Heureusement, Blaise, pour une fois, lui sauva la mise.
— J'espère qu'elle se souviendra de m'avoir vu. Je n'ai pas envie de finir avec les yeux arrachés ou autres joyeusetés dans le genre.
Daphné eut un sourire en coin, son regard croisant celui de Blaise. La lueur amusée dans son regard lui rappela quelques bons souvenirs, et elle sentit son cœur battre un peu plus vite. Mais ce court instant de complicité fut coupé par la petite dinde qui émit un rire que Daphné aurait qualifié de gloussement ridicule. Elle l'ignora avec un certain dédain, se disant que de toute manière la remarque de Blaise n'était pas si drôle au final. Ce dernier, sentant un certain malaise s'installer, s'empressa d'entraîner Emily vers la piste de danse. Daphné fit tout son possible pour ne pas les suivre des yeux, sentant le regard de son mari peser sur elle.
Gardant un air imperturbable, elle parcourut la salle du regard, s'attardant sur les visages des invités pour la première fois. Et elle constata avec un étonnement modéré qu'il n'y avait finalement que très peu d'anciens Serpentard. De leur année en tout cas, ils étaient les seuls. Les seuls autres présents étaient tous plus jeunes de quelques années, des gens qu'elle avait vaguement entraperçu dans la salle commune ce qui lui semblait des siècles plus tôt.
Par contre, il y avait, bien évidemment, le célèbre Potter et sa non moins célèbre femme, Weasley. Ces deux-là rayonnaient comme au premier jour de leur mariage, et ça la rendit malade. A leurs côtés, Granger et l'autre Weasley avaient au moins la décence de paraître fatigués. Mais lorsque Granger se tourna et qu'elle vit son petit ventre rond, Daphné retint un grognement. Ces Gryffondor semblaient tellement nager dans le bonheur que c'en était énervant.
Elle reconnut quelques autres visages. Patil, Finnigan, Thomas, Chang, Lovegood, MacMillan, tous avec leurs conjoints ou conjointes. Ils semblaient tous si heureux qu'elle en avait la nausée. Elle but une gorgée de champagne, essayant tant bien que mal de dissiper ce soudain mal-être. Elle aussi était heureuse. Avec William. Ils s'aimaient et ils étaient heureux. Elle tourna la tête vers son mari, qui lui sourit doucement. Elle eut du mal à lui rendre un sourire qui ne semble pas amer.
Son regard tomba alors sur Blaise et Emily. Tendrement enlacés, ils bougeaient en rythme avec la musique. Un vrai petit couple d'amoureux. Un jet d'acide lui brûla gorge, qu'elle s'empressa de dissiper en finissant sa coupe de champagne.
— J'ai besoin de prendre l'air, lança-t-elle soudain en se levant.
William fit mine de l'imiter, mais elle l'en empêcha d'un signe de tête. Elle se fraya un chemin vers la sortie, bousculant plusieurs personnes avec un plaisir certain. Elle se retrouva dans le hall avec un soupir de soulagement. L'air était devenu tout d'un coup beaucoup plus respirable. Elle constata avec dépit que la sorcière qui gardait les vestiaires n'était pas là. Après avoir attendu quelques minutes, Daphné poussa elle-même la porte, impatiente de sentir l'air frais de la nuit apaiser sa peau brûlante. Elle se mit à fouiller dans les nombreux portants à la recherche de son manteau, grognant contre les subalternes incapables.
— C'est ça que tu cherches, murmura soudain une voix à son oreille, la faisant violemment sursauter.
Elle se retourna brusquement, le souffle précipité. Blaise se tenait à moins d'un mètre d'elle, son manteau noir à la main. Elle lui arracha brusquement, dans l'espoir qu'il se recule. Mais il ne bougea pas d'un iota, son regard vert planté dans ses yeux bleus foncés. Sans un mot, Blaise leva doucement la main, comme s'il craignait de l'effrayer, puis il repoussa une de ses mèches derrière son oreille. Un sourire taquin joua au coin de sa bouche. Elle tenta d'ignorer sa pommette en feu, là où ses doigts l'avaient effleurée.
— La vie de mariée semble te réussir.
Son ton ironique et ses paroles la firent revenir à la vie. Mariée. William. Elle ferma les yeux une seconde pour se reprendre. Se souvenir. Blaise appartenait au passé. Il aimait jouer, c'était tout. Elle était un jouet. C'était tout ce qu'elle était pour lui. Elle était mariée, il avait une copine. Point. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle se sentait inexplicablement plus forte.
— Contente de t'avoir revu Blaise.
Son ton était froid et formel. Elle se félicita elle-même. Il parut surpris et se recula légèrement. Assez pour lui permettre de se remettre à respirer normalement. Sans rien ajouter, elle se cramponna à son manteau et sortit, faisant bien attention à ne pas le toucher. Emily attendait un peu plus loin. Elle eut l'air surpris en la voyant ressortir. Daphné ne lui accorda pas plus d'un regard et s'empressa de rejoindre leur table.
— Je ne me sens pas très bien, j'aimerais rentrer, murmura-t-elle à l'oreille de son mari en arrivant à destination.
Inquiet, William se leva immédiatement. Après quelques paroles d'adieux échangées avec Drago et Astoria, il la suivit vers la sortie. Elle l'attendit à l'extérieur du château tandis qu'il allait chercher sa veste. Heureusement, Blaise et Emily était déjà partis, et elle put savourer en silence la vue sur le parc. Lorsque William la rejoignit, ils regagnèrent leur maison dans le plus grand silence, Daphné ruminant l'échec cuisant de cette soirée. Il ne lui posa aucune question jusqu'à ce qu'ils soient allongés dans leur lit, sur le point d'éteindre les lumières.
— Tu as eu une histoire avec lui, n'est-ce pas ? demanda-t-il soudain.
— Pardon ? s'excusa Daphné, croyant avoir mal entendu, soudainement figée.
— Blaise et toi. Vous étiez ensemble, non ?
— Qu'est-ce qui te fais croire une idée pareille ! s'exclama Daphné avec un rire forcé, le cœur battant soudain beaucoup plus vite.
— Tu te comportes étrangement quand tu es à côté de lui, dit sombrement William.
Daphné ne répondit pas immédiatement et le dévisagea. Clairement, le fait de l'imaginer avec un autre homme ne lui plaisait pas, et encore moins avec Blaise. Elle n'osait même pas imaginer les répercussions si elle lui avouait la vérité, les trop nombreuses questions qu'il lui poserait. Pourquoi ne lui avait-elle jamais rien dit ? Combien de temps cela avait-il duré ? S'étaient-ils revus depuis leur mariage ?
Et elle imaginait déjà les silences tendus et jaloux, les regards accusateurs, les remarques pleines de rancunes. William était ce genre d'homme. Maladivement possessif.
Alors elle fit ce qu'elle faisait de mieux. Elle mentit. Effrontément. Les yeux dans les yeux.
— Il ne s'est jamais rien passé entre Blaise et moi. Je te le promets.
Le tout accompagné d'un charmant sourire. William parut un tantinet plus rassuré. Daphné l'embrassa alors sur les lèvres, puis éteignit la lumière.
Après tout, un petit mensonge de temps en temps ne pouvait faire de mal à personne.
Note de fin : Et voilà, c'est fini ! Chapitre un peu plus long que les autres, j'espère qu'il vous a plu. Alors que pensez-vous d'Emily et William ? Et de l'attitude de nos deux Serpentard préférés ? Les choses vont-elles s'arranger entre Pansy et Théo ou au contraire s'empirer ? Bref, des suppositions, des commentaires, n'hésitez pas à laisser une review, ça fait toujours super plaisir !
Le prochain chapitre arrive dimanche prochain normalement ! ;) Bisous tout le monde et bon week-end !
