He sees a fool
1, 2 ,3 , 4, 5.
Le mot « adieu » contenait 5 lettres. Pourtant, ce mot poursuivait Antoine sans relâche depuis des semaines.
Mais comment se décider à franchir le pas ? A contacter Mathieu pour lui dire tout ce qu'il avait enfoui au plus profond de lui depuis tant d'années ? Comment parler à l'être chéri pour lui annoncer la nouvelle effrayante et impitoyable que la mort allait bientôt les séparer ?
Parmi toutes ces questions qui auraient pu lui tarauder l'esprit, Antoine ne s'en posa aucune. Mué par une conviction inébranlable et sûre de son destin, il se contenta de contacter son ami et de lui proposer de se retrouver tous les deux lors de courtes vacances en Seine-maritime, où la grand-mère d'Antoine lui avait prêté une petite maisonnette alors qu'elle était parti en croisière.
Bien sûr, Antoine n'avait pas de membre de sa famille habitant cette partie de France et encore moins une propriété à utiliser comme bon lui semble dans cette région. Mais Antoine, qui n'avait pourtant pas le mensonge facile, avait un plan en tête et s'il avait dû vider son compte bancaire pour louer une maison sur internet, ce n'était pas si grave que ça, puisque son argent n'allait plus lui servir. N'est-ce pas ?
Ainsi, c'est deux semaines plus tard que nos deux amis se retrouvèrent ensemble dans une voiture pour entamer leur voyage. Le conducteur de la voiture, Mathieu, semblait apparemment résolument enthousiaste quant à l'idée de pouvoir profiter d'un week-end au bord de la mer pour s'assurer du bien-être de son ami. Quant au passager, il n'avait jamais été aussi serein qu'auparavant : son destin était désormais gravé dans la pierre et s'il avait passé la majeure partie de sa vie à suivre malgré lui ce que la vie avait décidé pour lui, il allait décider précisément de la façon dont il allait quitter ce monde.
Nombreux en viendraient à penser qu'emmener volontairement son meilleur ami sur les lieux de sa mort était un acte de cruauté. Or, c'est la pitié et la compassion qui amenèrent Antoine à faire ce choix. Il était ainsi convaincu qu'en ayant une dernière discussion avec son ami, il lui permettrait de pouvoir accepter l'inacceptable et de pouvoir peut-être lui pardonner son abandon.
Conscient du destin qui l'attendait, il se lança corps et âme dans la discussion qu'il entretenu avec Mathieu tout au cours du trajet en voiture qu'ils effectuèrent. Arrivé vers 17 heures, ils s'installèrent confortablement dans la bâtisse qui allait être leur maison pendant quelques jours pour ensuite passer une soirée à discuter de tout et de rien, faisant presque oublier à Antoine les heures sombres que son ami allait bientôt traverser.
De cette soirée, Mathieu ne gardera que peu de souvenirs précis. Le timide sourire qui se pointait régulièrement au coin des lèvres d'Antoine ou encore la bienveillance et l'affection qui semblaient illuminer son regard restèrent gravé dans ses souvenirs lorsqu'il émergea lentement de la torpeur de son sommeil.
Se dirigeant vers la cuisine, il fut surpris de constater que son ami l'attendait, un sac au dos et un café dans la main.
- Salut vieille loque, j'ai cru que tu ne te réveillerais jamais et j'étais à deux doigts d'appeler tes parents pour leur annoncer ton tragique décès ! Mais bon, le côté positif des choses c'est que ça m'a laissé le temps de nous organiser un petit pic-nic, j'ai un coin à te montrer avant de…avant qu'on aille au village !
Agréablement surpris par l'idée de cette activité, Mathieu se dépêcha alors de se préparer et c'est ainsi qu'ils partirent en empruntant un vieux sentier les emmenant vers la colline qui surplombait leur chalet.
Après une petite heure de marche où Mathieu ne cessa de se plaindre de sa faim grandissante et de l'inclinaison trop prononcée du chemin qu'ils empruntaient, ils finirent par déboucher vers un paysage des plus magnifiques.
Devant eux se présentait un petit bout de terre au relief plat dont la terre étaient parsemée d'innombrables hautes-herbes leur arrivant jusqu'aux genoux et qui, faute d'arrosage régulier, avaient finies par adopter une splendide couleur jaune pâle.
Sur ce champ d'herbe trônait quelques arbres qui, ballotés par le vent, ne pouvaient à eux-mêmes pas gâcher toute l'étendue de la beauté du panorama qui s'offraient à eux. En effet, la mer qui, de leur hauteur, semblait calme et magnifique leur offrait un spectacle resplendissant.
Tous les deux émerveillé par l'horizon infini que leur offrait la mer ils s'assirent sans un mot à l'ombre d'un arbre et entamèrent repas dans un silence des plus sereins. Après quelques minutes, Antoine se décida à interrompre cet instant unique et, d'un ton posé déclara :
- Tu sais, je t'ai menti.
- Ah bon ?
- Oui, je n'ai personne dans ma famille qui habite dans ce coin.
Tous les deux occupés à regarder l'océan qui se tenait devant eux, il fallut quelques minutes avant que Mathieu ne lui réponde :
- Je sais.
- Merde… Je savais que j'aurais dû vérifier qu'il restait plus aucune trace de l'agence qui a loué la maison avant de te faire venir…T'as trouvé un prospectus de pub qui trainait c'est ça ?
- Non, je sais.
- Comment ça « Je sais » ?
Mathieu regarda Antoine dans les yeux et lui rétorqua :
- Je sais pourquoi tu m'as invité ici. Ca fait maintenant 1 mois que tu cherches à me dire adieu et je suis venu ici avec toi pour te dire que je refuse.
Complètement abasourdi par la révélation que son ami venait de lui faire, Antoine répondit en ces termes :
- Comment ça tu refuses que je me…tues ?
- Je ne refuse pas que tu partes, mais que tu t'en ailles tout seul. Si tu pars, je t'accompagne.
- T'es sérieux là ? Et ta famille ? Tes amis ?
- Te souviens-tu du film dont je te parlai dans la voiture ? C'était un vieux film sur la mythologie que je t'avais conseillé de regarder, après on est parti sur 1 heure de débat sur l'absurdité de son scénario…Comment un simple être humain pouvait défier les dieux et sa destinée même sans en subir les conséquences directement ?
- Le rapport ?
- Le rapport c'est que je t'offre la possibilité de prendre en mains nos deux destinées. A toi seul appartient le choix de nous faire sauter au-dessus de cette falaise ou alors de faire demi-tour et de retourner à notre vie quotidienne.
- …Tu…ça fait longtemps que tu es au courant de mes intentions ? Tu me sembles étrangement calme pour quelqu'un qui vient d'aborder avec son meilleur ami la possibilité de se suicider dans les quelques minutes qui suivent…Je…Non, ça n'a pas d'importance…
Voyant que son ami semblait perdu, Mathieu lui lança la proposition suivante :
- Ecoute, je te laisse jusqu'au coucher du soleil pour te décider d'accord ? Je te fais la promesse que si tu choisis de nous faire sauter, aucun de nous deux ne vivra assez longtemps pour passer encore une nuit sur terre et ne verra le prochain jour se lever…Si tu choisis de vivre, alors je te suivrais et notre vie continuera.
Une dizaine d'heures pour se décider…Voilà ainsi l'ultimatum que Mathieu posa à Antoine.
C'est ainsi qu'en l'acceptant, ils passèrent les prochaines et peut-être dernières heures de leurs vies ensembles sur la falaise à faire mille et une activités : Des débats sur le résultat des prochaines élections présidentielles de France, jusqu'au jeu du poirier en passant par quelques siestes blottis dans les bras de l'autre.
C'est alors que, plongé dans une passionnante discussion sur la nécessité d'instaurer la neutralité de l'internet, nos deux protagonistes réalisèrent que le soleil commençait à se coucher.
Leurs yeux se croisèrent alors pendant quelques minutes avant que Mathieu ne tende sa main vers Antoine et, d'un commun accord, ils décidèrent de sauter vers l'inconnu pour ne (peut-être) plus jamais reposer leurs pieds sur la terre ferme.
FIN.
Note de l'auteure : La fin est relativement vague car je souhaitais que malgré tout elle reste ouverte. Si je l'ai personnellement écrite en tant que suicide et si j'ai utilisé le mot « inconnu » pour représenter ce qui les attend après la mort, il y a tout de même une autre interprétation :
L'inconnu peut aussi représenter le fait de choisir de vivre sans savoir comment Antoine pourra continuer malgré la dépression qui l'afflige. Le fait de ne plus poser les pieds sur la terre ferme pourrait alors représenter le fait de ne plus vivre une vie toute tranquille…Peut-être que Mathieu va essayer d'aider Antoine a allé mieux en voyageant et en ne retournant plus jamais à leur vie d'auparavant ?
Aussi, j'avais une image très claire de ce que devait être le paysage où la scène de fin devait se passer…Il me fallait un endroit avec de l'herbe haute, une falaise, des arbres, une mer et une falaise suffisamment haute pour qu'il y ait du vent….Malheureusement eh…la France je ne connais pas trop donc aller ! Seine-maritimes !
Also je crois qu'en fait je vais rattacher cette fic avec les 2 autres que j'ai faite sur du Matoine sur . Une sorte de multi-univers où nos deux abrutis se rencontrent et re-rencontrent indéfiniment dans d'autres vies…Si cependant vous voulez une suite directe de ce qui se passe après la fics (s'ils décident de continuer à vivre) dites le moi, j'ai déjà des idées. En plus j'ai p-e des idées sur le pov de Mathieu quand il s'est rendu compte des intentions d'Antoine !
