Note de l'auteur : Merci à ceux qui me suivent, à mes lecteurs anonymes et surtout à ceux qui me laissent des commentaires qui me font vraiment chaud au cœur et me donne encore plus de plaisir à écrire. Je suis touchée de voir qu'il existe des personnes qui apprécient quand même ce couple, même si c'est peu. Pour ma part, je me répète sans doute, mais c'est vraiment un couple que j'affectionne beaucoup et qui est atrocement bashé sur le web, surtout Karin. Donc merci encore.

Dans ce second chapitre, qui fait directement suite au premier, on change encore de ton. On laisse le côté humoristique pour vraiment entrer dans la romance. J'espère que vous ne vous sentez pas perdus.

Avant de commencer, réponse aux reviewer sans compte :

MissManga17 : Merci à toi. Les fic sur ce couple en français sont en effet rares. Moi-même, je n'en ai pas trouvé beaucoup et aucune ne m'a réellement marquée. Il faut dire qu'il est beaucoup moins populaire que le SasuSaku (que je n'affectionne pas du tout, préférant le NaruSaku), alors que pour moi il a autant de potentiel, même si leur relation ne naît que dans la seconde partie du manga. Quand au NaruSasu, j'en suis totalement fan, et sur le fandom, en veux-tu, en voilà à toutes les sauces tellement que c'est difficile de faire un choix. Donc voilà, je te remercie encore de t'y être arrêtée, en espérant que la suite te plaise.

Bonne lecture


Je me suis déguisée en ninja et tentée une infiltration chez Kishimoto-senseï avant de me faire expulser par une Susanô motorisé. Au final, le manga Naruto, son histoire, son univers et ses personnages ne m'appartiennent toujours pas


Chapitre 2 : Confession

Plusieurs heures plus tard, Karin sortit lentement des nimbes du sommeil. Elle sentait comme une lourdeur dans sa tête mais c'était très supportable. Probablement dû au fait qu'elle n'était pas complètement réveillée. Le reste de son corps était confortablement installé et au chaud. Elle se sentait sereine et en sécurité, elle avait même l'impression de sentir un bras reposant mollement sur son épaule. Elle avait l'impression d'être revenue à l'époque où elle se réfugiait dans le lit de ses parents, apeurée par l'orage. Elle n'osait pas ouvrir les yeux, par crainte de briser ce doux cocon moelleux et réconfortant qui s'était crée autour d'elle. Elle voulait encore savourer cette fine étreinte avant de replonger dans son quotidien de pistage d'un criminel, de vanne de son équipier qu'elle ne supportait pas, du risque de se faire empaler par ce fou de Jûgo ou bien encore de se confronter à la froideur blessante de son chef. Elle devait endurer, jusqu'à atteindre son objectif : revoir ce sourire qui avait ébranlé son cœur d'adolescente.

La rousse finit par ouvrir ses yeux écarlates. Elle frotta ses paupières et scruta les alentours autant que sa myopie pouvait le lui permettre, semblant reconnaître la chambre d'hôtel dans laquelle ils avaient fait halte. Il y faisait sombre, les rideaux n'étaient pourtant pas tirés. Karin en déduit que ce devait être la nuit. Seule la faible luminosité de la lune éclairait la pénombre installée dans cette chambre. Elle se redressa sur un coude, faisant ainsi retomber le bras qui reposait bel et bien sur son épaule. Un geignement grave se fit entendre, et Karin crut remarquer une touffe de cheveux noirs qui s'échappait de dessous une couverture, posée par dessus la sienne. Croyant souffrir d'hallucination ou pensant que sa mauvaise vue lui jouait encore des mauvais tours, la jeune fille s'empressa de récupérer ses lunettes qu'elle mit à la volée avant de retirer brusquement le couvre-lit et découvrir la silhouette assoupie et recroquevillée de Sasuke Uchiwa.

Karin déglutit difficilement, comme si elle souffrait d'une terrible angine. Il n'y avait personne à part eux dans la chambre. Croyant à une possible mauvaise blague de Suigetsu, elle prit la précaution de scruter le chakra de son voisin de couche, mais il s'agissait bel et bien et son chef. Elle s'affola intérieurement, baragouinant des « Sasuke et moi, seuls dans un même lit ». Ses joues rosèrent alors quelle admirait la beauté de l'endormi. Contrairement à son habituel grimace, le brun arborait pour une fois une mine détendue, le faisant passer d'un diable au regard de braise à un saint aux traits angéliques. Même si Karin adulait littéralement son tempérament sauvage, elle adorait tout autant cette expression calme.

Sans se poser davantage de question, elle se rallongea près de lui, postant son visage juste en face du sien, à quelques centimètres seulement, tandis qu'une de ses mains alla caresser les épis noirs. La peau pâle de l'Uchiwa brillait à la lumière de la lune. Avec ses bandages et son air fragile, elle l'aurait presque comparé à une délicate poupée de porcelaine. Son sourire s'intensifia, elle n'aurait pu espérer meilleur rêve… Enfin, il lui semblait vaguement avoir rêvé que Sasuke, totalement éméché, l'embrassait avec ardeur, mais cette fois, elle savait qu'elle n'était pas sous l'effet d'un rêve ou d'une illusion.

Sa main glissa vers l'avant du visage et vint caresser le front bandé de son chef, très délicatement, comme s'il s'agissait de la chose la plus précieuse au monde. Mais c'était le cas, du moins pour elle. Sasuke pouvait être haï d'une multitude de ninja, du dernier membre de sa famille, de ceux qui, autrefois, étaient ses amis, il était la personne la plus importante pour elle, la seule qu'il lui resterait loyale malgré son gros défaut d'être un sale enfoiré arrogant qui veut décider de tout. S'il n'y avait pas Sasuke, que ferait-elle ? Elle n'avait plus de village à défendre. Sa famille et ses amis d'enfance étaient morts, tout comme son maître Orochimaru. Plus rien à protéger ou à servir, il ne lui restait que ce garçon à aimer, à qui elle offrait son pouvoir, qu'il s'en serve à sa guise, si ça pouvait lui permettre de rester à ses côtés. Avant et même après sa vengeance, quel que soit ses décisions, elle ne vivait plus que pour revoir son sourire :

« Je t'aime tant, Sasuke », dit-elle tout bas en caressant la joue de nacre.

Elle aurait pu en profiter pour se jeter sur lui, l'embrasser comme elle en rêve tant, mais elle ne voulait pas briser ce moment. Et puis surtout, malgré ses airs aguicheurs, elle voulait que cette démarche vienne de lui. Sasuke n'aimait pas les surprises. S'ils n'étaient pas tous les deux consentants, il la repousserait très certainement, et peut-être même que cela casserait la confiance qu'il lui porte.

Dès le départ, Sasuke avait eu confiance en elle. Il ne lui avait pas demandé des preuves, il lui parlait d'égal à égal. Elle s'accrochait à cet espoir car Sasuke aimait se sentir fort et supérieur. Son comportement l'intimait à penser qu'il avait de l'estime pour elle.

Sa main quitta le visage pour rejoindre celle de Sasuke posée sur le matelas :

« Penses-tu m'aimer un jour en retour ? »

Ses paroles n'étaient que murmure. Elle rapprocha son visage de manière à coller son front contre celui du porteur du sharingan et ferma les yeux. Après tout, Sasuke s'était bien endormi un bras autour de ses épaules, alors elle pouvait bien se permettre quelques libertés aussi. Elle ne faisait rien de mal.

Tandis que le sommeil reprenait place dans sa tête lourde, encore quelque peu embuée par la boisson ingurgitée plus tôt, Karin sentit une légère pression sur ses doigts. Cette sensation suffit à la réveiller complètement. Face à elle, Sasuke avait rouvert ses pupilles onyx et la fixait sérieusement. Il avait perdu cet air angélique, et la jeune fille frissonna à la fois de désir et d'appréhension. L'avait-il entendue parler ? Allait-il lui reprocher qu'elle se soit tant approchée de lui ? A bien y penser, il paraissait assez improbable que Sasuke se colle à elle comme ça. Si ça se trouve, leur position n'était qu'une mauvaise blague de Suigetsu qui avait profité leur petite ébriété pour les rapprocher. Et d'ailleurs, où était-il celui-là ? Et l'autre fou ?

Karin rougit, aussi intimidée par leur anormale proximité que par le regard stoïque que lui lançait Sasuke. Allait-il se décider à parler, bon sang ? Peut-être devrait-elle s'écarter avant tout ? Son chef n'était pas quelqu'un de très tactile, et pourtant il ne lui avait pas encore dit de s'éloigner un peu. Le brun serrait sa main doucement, comme pour capter son attention. La rousse se mordit l'intérieur de la joue. Sa raison lui disait de bouger, mais son corps s'y refusait complètement. Malgré ce regard glacial, elle se sentait si bien tout près de lui. Elle leva les yeux vers les siens, leur visage toujours si étroitement rapprochés, avant de bredouiller :

« Sa… Sasuke ? Pardon, je t'ai réveillé ? »

Comme il ne répondait pas mais gardait son air sévère, elle décida quand même de s'éloigner mais le brun la saisit par l'épaule, la forçant à rester allongée près de lui :

« Karin, pourquoi me suis-tu ? demanda-t-il subitement.

- Hein, c'est quoi cette question tout à coup ? Est-ce que tu es bien réveillé ?

- Dieu merci oui, répondit-il avec son habituel sérieux. Tu es là à côté de moi, ça me rassure. J'ai fait un très mauvais rêve et ça m'a rappelé que tu n'avais pas vraiment l'intention de me suivre au début.

- Je t'aiderai jusqu'à ce que tu aies atteint ton but, démentit-elle. Je t'ai donné ma parole, non ? Tu la remets en doute ?

- Pas du tout, je sais que tu n'as qu'une seule parole. Tu me rappelles un am… une vieille connaissance qui mettait un point d'honneur à tenir toutes ses promesses.

- Un cousin éloigné si ça se trouve, ironisa la rousse. N'aie crainte Sasuke, je ne vais pas t'abandonner.

- Oui mais réponds quand même à ma question, Karin. Pourquoi prends-tu des risques en faisant partie de Hebi ? »

Quel drôle d'interrogatoire, même si ça ne pouvait pas être plus étrange que leur position :

« Mais pourquoi tu me demandes ça maintenant ? C'est pourtant toi qui m'a demandée de te suivre, non ?

- Je sais mais je cherche à comprendre. Mes ennemis peuvent devenir les tiens également. Tu n'es pas en sécurité avec moi, Karin. Suigetsu et Jûgo savent se défendre et surtout ils ont une raison de me suivre. L'un cherche à mettre la main sur l'épée Samehada de Kisame, le binôme d'Itachi. L'autre me considère comme sa cage, celui qui contrôle ses pulsions. Mais toi, Karin, tu n'es pas une vraie combattante. De plus, tes capacités de détection peuvent s'avérer gênantes pour les ennemis et font de toi une cible prioritaire. Tu es intelligente, tu le sais tout ça. Tu te mets en danger et pourtant tu me suis. Pourquoi ?

- Qu'est-ce que tu vas raconter ? C'est juste un hasard…

- Ne mens pas. Suigetsu n'est pas là pour se moquer. Je veux une réponse, Karin, sois honnête.

- … Parce que tu me l'as demandée.

- C'est tout ? »

Elle réfléchit quelques secondes avant de finalement approcher avec lenteur ses lèvres de l'oreille du brun. Ce dernier ne recula pas, l'entendant souffler :

« Parce que je t'aime »

Sasuke ne paraissait pas vraiment surpris. Toujours aussi calmement, il répliqua :

« Tu n'es pas la première qui me dit ça. Qu'est-ce que vous avez toutes, vous les filles ?

- Je ne sais pas pour les autres, mais moi je sais que je t'aime parce que tu es capable de protéger et de sourire à une inconnue, aussi insignifiante et apeurée qu'une petite souris, alors que nous sommes en pleine compétition. J'ai longtemps cherché mon élu et je sais que c'est toi. Que tu sois le préféré de mon ancien maître, un super Uchiwa avec de super pouvoirs ou un très beau garçon n'y change rien. Je t'aime pour celui que tu es, j'aime l'homme qui m'a sauvée la vie à plusieurs reprises et m'estime, moi, la fille à lunettes aux drôle de cheveux rouges. C'est comme ça, je n'y peux rien. Ton chakra m'obsède, il m'attire irrésistiblement. Sa force et sa vaillance te donnent des airs classes qui m'aveuglent et m'impressionnent alors que je sais que tu es aussi bourré de défauts.

- Des défauts, répéta-t-il avec une moue un peu boudeuse.

- Oh oui et pas qu'un seul ! Mais tout le monde en a, je te rassure, même le plus sage des moines.

- Des défauts comme quoi ? insista-t-il.

- Tu es arrogant et vaniteux, et m'est avis que c'est un trait qui te suit depuis l'enfance. Tu es né particulièrement doué et dans un clan aux dons incroyables. C'est fréquent de se sentir supérieur quand on a souvent été au-dessus des autres. »

Sasuke reconnaissait que son appartenance aux Uchiwa avait fait de lui un garçon fier dès son jeune âge, de même qu'être le fils du chef et le petit frère du meilleur ninja du clan. Son intelligence et sa facilité à apprendre l'avait très vite rendu assez orgueilleux à l'académie, se plaignant presque que les cours et professeurs étaient ennuyeux, ne comprenant pas que les autres mettaient plus de temps à assimiler quelque chose que lui trouvait si simple :

« Tu es autoritaire et strict, poursuivit la ninja sensorielle. Tu ne recherches que le meilleur et tu n'acceptes pas l'échec. En plus, on ne sait jamais quoi penser de toi, tu tires toujours la tronche, tu caches tes sentiments. Tu impressionnes et tu mets la pression. On dit souvent qu'un enfant s'identifie au parent qu'il admirait le plus. »

Immédiatement, l'image de son père, calme, froid, intransigeant, se fraya dans sa tête. Cet homme dont il a cherché l'estime à n'importe quel prix. Au plus loin qu'il s'en souvienne, il n'y avait que sa mère et son frère qui lui apportaient de l'affection. Jamais Fugaku Uchiwa n'avait eu de gestes tendres ou de sourire à son égard. Il fallait dire que Sasuke n'avait que sept ans lors du massacre de son clan. Comme toute personne, il n'avait que très peu de souvenirs de sa petite enfance et il n'avait pas vraiment eu le temps d'en créer avec sa famille. Il se souvenait surtout que, peu de temps avant cette nuit tragique, les tensions entre son frère et son père rendaient ce dernier nerveux et encore plus mutique, probablement préoccupé par la déchéance dans laquelle s'enfonçait son fils aîné.

Ce qu'il gardait de cette courte période ? Un jeune Sasuke en admiration devant son géniteur et son poste de chef de la police qu'il rêvait d'intégrer. Son père qui lui avait appris son premier vrai jutsu. Un modèle pour lui qui, à cette époque, se moquait de sa mère, même s'il l'aimait aussi pour sa douceur, parce qu'elle le traitait encore comme un enfant, ce qu'il était. Sasuke se voyait déjà être un ninja exceptionnel et il n'y avait pas d'erreur possible dans son parcours. Il s'était inconsciemment façonné à l'image de Fugaku Uchiwa, oubliant le grand frère parfait, fort et gentil, qu'il adulait, qui repoussait ses devoirs pour jouer avec lui, qui avait débuté son apprentissage du taijutsu et au lancer de shuriken, qui le portait sans hésitation sur son dos s'il se blessait, qui l'avait tant encouragé à s'accrocher pour atteindre son niveau et le surpasser. Ce même frère qui avait brisé ses illusions, sa vision d'enfant si innocente, tué ses rêves tout comme il avait assassiné les siens, comme ça, sans raison valable. Sasuke, imprégné de haine envers cet homme, souhaitait oublier l'amour fraternel sans limite qu'il lui portait, et il s'était rattaché à l'image de son père :

« Puis tu es froid, même des fois cassant, mais ce côté-là, je sais qu'il est dû à une blessure, termina la rousse. Je n'avais pas besoin de connaître ton passé pour deviner chez toi un cœur brisé. Ne le nie pas, je le sens en toi, ces étincelles de lumières éparpillées qui ne demandent qu'à être recollées. »

Voyant sa mine quelque peu vexée par l'étalage de ses imperfections, elle ajouta en souriant :

« Mais malgré tout ça, je t'aime. Je ne m'attendais pas à tomber amoureuse de l'homme parfait, il n'existe pas. Et puis, tu as aussi d'énormes qualités qui m'ont rendue folle de toi. »

Elle avait dit ça en posant sa main libre sur la poitrine de son chef :

« C'est ça ma réponse à ta question. Je t'aime et je te suivrai partout jusqu'à ce que ta blessure soit entièrement guérie, et même plus longtemps encore si tu me le permets. Tu m'as choisie, je t'ai également choisie, tu ne pourras plus si aisément me chasser de ta vie. Qu'importe les dangers, je suis déjà une cible de toute façon puisque j'assistais un homme dangereux comme Orochimaru.

- Je suis bien plus dangereux que lui maintenant.

- Mais tu n'es pas un assassin, Sasuke. Tu cherches justice, à condamner toi-même le meurtrier de ton clan. Je n'ai pas peur de toi, même si la voie que tu as choisie est sombre. Même au plus profond des ténèbres, je te suivrai et t'aiderai du mieux que je peux, jusqu'à ce que tu te sentes en paix, jusqu'à ce que tu souris de nouveau de bon cœur, comme autrefois. Comme ce jour-là, ajouta-t-elle en pensée. Nous avons besoin d'un but pour avancer, et j'ai trouvé le mien.

- T'en penses-tu capable ? demanda-t-il, son offense déjà oubliée.

- Je le ferai car c'est pour toi. Tu es tout ce qui me reste, Sasuke.

- Je ne suis rien pour toi. »

Elle replongea ses yeux dans les siens et dit cette fois avec sérieux :

« Si, tu es celui que j'aime. »

Sa main quitta sa poitrine pour se reposer à nouveau sur la joue pâle de l'Uchiwa :

« Je n'abandonnerai pas, c'est ainsi que je conçois mon nindô. »

Sasuke ricana. Sa confession lui rappelait deux personnes avec qui il avait été, si on peut dire, proche autrefois. Son vocabulaire avait une forte ressemblance avec celui de Naruto, à croire qu'ils venaient de la même famille¹. Et puis, sa confession sonnait avec autant de sincérité que celle de Sakura le soir de sa fuite. Il avait pourtant repoussé la rose pour la protéger. Il ne souhaitait pas l'emmener sur ce chemin parsemé de noirceur et casser la candeur qu'elle portait encore en elle à cette époque. Elle ne l'aurait pas supporté, Sakura était trop pure pour cela. Lui et elle, ça n'aurait jamais marché, et il ne la voyait que comme une amie gentille et attentionnée, bien qu'un peu collante. Karin était différente, elle avait déjà vu et même vécu l'horreur. Elle était plus rodée et plus apte à le suivre.

La main de Sasuke lâcha celle de sa coéquipière et il alla caresser ses cheveux rouges avant de l'attirer contre lui, lui arrachant un hoquet de surprise :

« Merci »

Un mot qu'il n'avait accordé qu'à une seule et unique personne autrefois. Il ne pensait pas qu'il aurait pu être de nouveau touché par les déclarations d'une fille :

« Jusqu'où irais-tu pour moi, Karin ?

- Je t'offre tout, Sasuke. Tout mon corps, mon cœur, mon âme. Fais-en ce que tu veux. Utilise-le, sacrifie-le, je ne vis que pour toi. »

Il resserra sa prise, son nez dans ses cheveux, littéralement plongé dans l'intimité du moment qu'il partageait avec la jeune fille. Il n'avait plus été aussi proche de quelqu'un depuis l'époque où sa famille était encore là. Même avec Naruto, Sakura, où même son maître Kakashi, il n'avait pas autant ouvert son cœur que ce soir-là. Il n'aimait pas montrer ses faiblesses, cette fois était une exception. Il était blessé, un peu éméché, il s'était senti seul, il avait même eu peur, et elle était là, toute disposée à lui venir en aide. Alors pour fois, il avait cédé. Il arrêtait de faire son Uchiwa pour seulement quelques heures et il consentait enfin à attraper la main qu'on lui tendait :

« Reste avec moi, Karin. J'ai besoin de toi, lui dit-il en la serrant davantage contre lui, comme s'il avait peur qu'on la lui arrache.

- Oui, répondit-elle simplement en décidant enfin de lui rendre son étreinte. Si c'est ce que tu souhaites, Sasuke. »

Contrairement à Sakura qui se serait sentie trop triste s'il partait, Karin prenait en compte ses désirs à lui, et non les siens. Si Sasuke lui demandait de quitter Hebi, elle le ferait sans doute, non sans au préalable défendre sa position et le pister assidûment pour ne jamais perdre sa trace. C'était ce qui la rendait différente, c'était pour cela qu'il la préférait. Même s'il ne niait pas avoir de l'affection pour la rose, la rousse avait largement et en moins de temps dominé sa place.

Sentant que les bras autour de ses épaules l'étreignaient fortement, Karin rendit la pareille à son coéquipier et enserra sa taille, le moment lui faisant complètement oublier les blessures du brun encore récentes. Ce dernier se crispa et retint un gémissement, mais cela n'échappa nullement à la rousse qui relâcha immédiatement la pression :

« Tu as encore mal ? demanda-t-elle avec un ton désolé.

- Non ça va, mentit-il.

- Sasuke, je dois t'avouer quelque chose. »

Le porteur du sharingan fronça les sourcils dans l'obscurité. Son mutisme était le signe qu'il attendait une nouvelle confession de sa coéquipière, et c'est avec hésitation que celle-ci dévoila enfin :

« Je t'ai caché une autre de mes capacités. Je peux sentir le chakra, mais je peux également te soigner.

- Tu pratiques le ninjutsu médical ?

- Pas vraiment, ma technique de guérison est peu conventionnelle. »

Elle s'écarta de lui et se redressa puis, en tremblant, elle ouvrit le haut de sa veste jusqu'à la naissance de sa poitrine, dévoilant les marques de morsures laissées en partie par son ancien maître et par des ninja d'Oto, également :

« Cette capacité n'a pas vraiment de nom. Je soigne en faisant sucer mon chakra. Pour cela, il faut me mordre. J'avais l'intention de t'en parler mais je ne voulais pas que tu me voies. C'est stupide, je sais. »

Karin détourna la tête, honteuse autant de son corps que de ses cachotteries. Elle savait que Sasuke se fichait complètement de son physique, et il pouvait même lui en vouloir qu'elle lui ait caché cette capacité. Elle s'attendait à un sermon ou une remarque tranchante. Pour avoir subi l'humeur hargneuse d'Orochimaru pendant des années, elle savait qu'une personne dans la douleur pouvait se montrer désobligeante, acerbe voire cruelle dans ses paroles qu'elle ne pensait qu'à moitié :

« Je suis désolée, ajouta-t-elle. Mais maintenant, tu peux en user si tu le souhaites…

- Qui ? la coupa le brun.

- Hein ?

- Qui t'a fait toutes ces marques ? »

Il avait pris une voix cinglante. Ca y est, il était énervé, et pourtant ses doigts de nacre caressaient tendrement sa clavicule droite dénudée, lui arrachant un frisson et une torsion incontrôlable dans son ventre. Elle bredouilla une réponse inaudible mais se reprit en remarquant le regard noir de Sasuke posé sur elle :

« Orochimaru… Enfin en parti…

- Ce vil serpent, qu'il aille se faire enculer par le dieu de la mort, fulmina le brun, choquant presque sa partenaire par ses paroles crues peu habituelles chez lui. Il n'y a pas été de main morte, ça a dû te faire mal.

- Ne t'en fais pas Sasuke, c'est ainsi. Pour faire sucer mon chakra, il faut me mordre très fort.

- Pourquoi sacrifier ton corps à cette enflure ? Qu'y gagnais-tu à rester sous ses ordres à lui ?

- C'était la seule option que j'avais. Tu le sais déjà, je n'ai plus de famille, et je survivais sans but lorsqu'Orochimaru m'a recueillie. Je savais que cet homme n'avait rien d'humain. J'ai de suite senti son aura louche, même si je savais qu'il ne me ferait pas de mal si je lui obéissais. Ce don que je possède depuis la naissance m'est fort utile pour analyser les intentions d'une personne. J'étais seule, souillée et affamée, complètement anéantie, quel autre choix s'offrait à moi si ce n'est celui de mendier et voler pour survivre. C'est vrai que les premières expériences auxquelles j'ai assisté m'ont fait vomir J'aurais pu m'enfuir, mais pour aller où ? Orochimaru et ses hommes m'auraient retrouvée et exécutée pour trahison, ou bien enfermée pour faire de moi un cobaye au même titre que Suigetsu qui en a vraiment bavé. J'ai choisi de lui être fidèle et gagner sa confiance afin de jouir d'un confort de vie. Tu peux me dire que je n'ai aucun honneur, c'est parce que tu ne connais pas l'horreur des expérimentations de cet homme que tu as pourtant côtoyé de près pendant trois ans. Pourquoi crois-tu que les prisonniers cherchaient à s'enfuir malgré les risques ? Car la fuite ou la mort étaient plus douces. A côté de ce qu'ont enduré ces hommes qui n'avaient rien demandé, ces morsures ne sont que chatouilles. J'en sais quelque chose puisque je l'ai assisté. J'ai moi-même fait des choses absolument horribles, inhumaines et je n'en suis pas spécialement fière, mais c'était un choix stratégique. Il vaut mieux encore continuer à endurer ces regards suppliants que de subir soi-même. Suigetsu pourrait te le dire. Lui possède un esprit fort, c'est pour ça qu'il s'en sort si bien. »

Sasuke resta silencieux, le clapet fermé suite aux justifications plus que plausibles de sa coéquipière et le rappel de son vécu qu'elle déballait comme on raconte une anecdote sans importance, alors que lui était encore tellement affecté par le massacre de son clan. Il trouvait qu'ils se ressemblaient un peu tous les deux. Ils avaient perdu leur famille tragiquement, Karin avait même été blessée jusque dans sa chair. Bien sûr, il connaissait son passé. Orochimaru le lui avait quelque peu raconté lorsqu'il lui avait présenté son future coéquipière. Bien qu'à l'époque, jeune déserteur égoïste en quête de pouvoir encore un peu chamboulé par son combat contre son meilleur ami, il n'avait pas prêté plus d'attention que ça à l'histoire d'une gamine. Aujourd'hui qu'il faisait équipe avec elle et commençait sensiblement à lui ouvrir son cœur, il réalisait qu'il n'était pas le seul malheureux sur terre. Et pourtant, elle ne se lamentait pas comme lui, peut-être parce qu'elle avait déjà obtenu satisfaction. Tous dans son village étaient morts ce jour-là, habitants comme les ennemis venus les anéantir juste pour donner l'exemple, la laissant seule au milieu de cadavres, sans explication sur sa survie. Même Orochimaru n'avait pu comprendre ce qu'il s'était réellement passé. Quant à elle, elle affirmait ne pas se souvenir :

« Tu as donc profité de ses bonnes grâces au paiement de quelques morsures et de développer en plus un don. »

Sasuke se rappelait combien les filles de son village soignaient leur apparence au travers de régime et de coiffure. Sa mère elle-même peignait méticuleusement sa longue chevelure au moins deux fois par jour et veillait à ce que sa tenue, même de femme au foyer, soit impeccable. Karin, elle, avait en quelque sorte sacrifié une infime partie de sa féminité afin d'obtenir un certain statut dans le tas de cobayes torturés et de disciples exterminés du serpent aujourd'hui décédé. Sasuke sourit intérieurement, c'était la première fois qu'il rencontrait une femme comme elle. Elle n'était définitivement pas comme les autres. Elle était intelligente et ne faisait rien au hasard. Sous ses airs de fille sotte, elle cachait bien son jeu :

« C'est la première fois que j'entends parler de cette capacité. C'est héréditaire ?

- Je n'en sais rien. Je n'ai jamais vu personne dans ma famille avec des traces de morsures, ma famille qui se limitait à mon père et ma mère. Je viens d'une simple famille de paysan. Dans mon village, on ne connaissait le ninjutsu que de nom, mais je soupçonne que ma mère cachait beaucoup de chose sur son passé, à moins qu'elle n'en sachait pas plus elle-même. »

La main sur l'épaule de sa coéquipière, Sasuke fixait encore les cicatrices qui parsemaient son buste jusqu'à ce que Karin remonte la fermeture jusqu'à l'orée de son cou :

« C'est laid je sais, mais ce n'est rien, je t'assure. Je suis une ninja, c'est normal que je m'en tire avec des cicatrices. Si quelques petites marques permettent de soigner et sauver une personne dans l'urgence alors ça ne me dérange pas. Sasuke, si je t'ai parlé de ça maintenant, c'est parce que je te propose d'en profiter.

- Quoi ?

- J'aurais dû le faire dès le départ, ça t'aurait évité de souffrir et ça nous aurait fait économiser les médicaments. J'ai été égoïste de te cacher ça par pudeur. Si tu me mords maintenant, il te faudra encore un peu de repos pour récupérer de ton combat car je ne régénère pas l'énergie, mais tes blessures seront complètement cicatrisées et tu n'auras plus mal. Dès demain dans la journée, nous pourrons repartir.

- Non, Karin.

- Tu es pressé d'assouvir ta vengeance, non ? Je suis la seule à n'avoir ramené aucune information sur ton frère. Je ne veux pas être inutile.

- Tu fais ta part de travail. Je ne suis pas comme Orochimaru, je ne tiens pas à faire du mal à mes équipiers.

- Ne chipote pas. A quoi servira ce don si tu as peur de me faire mal ? Ne t'inquiète pas, je suis habituée à être mordue, je ne sentirai presque rien. Et puis, ne t'ai-je pas dit que je t'offrais tout de moi ? Allez, ce n'est pas si terrible, je t'assure, j'y survivrai.

- Tu es vraiment obstinée. C'est la seconde fois ce soir que tu m'incites au vice, soupira-t-il.

- Il fallait bien que j'apprenne à ne pas me laisser faire pour diriger la prison du sud. Une seule femme qui commandent tous ces hommes, j'ai dû forger mon caractère pour me faire respecter et instaurer une discipline, et c'est resté gravé en moi. Ca ne change rien au fait que je t'aime et que je ne supporte pas de te voir souffrir. »

Sasuke aurait aimé sourire, au fond quelque peu amusé par son audace, mais il avait définitivement perdu cette capacité à étirer ses lèvres et à rire d'une situation. Serait-il guéri une fois sa vengeance accomplie ? Pour l'heure, il devait soigner ses blessures et Karin l'incita à user de son pouvoir en rouvrant son chemisier. C'était sans appel. D'une main hésitante, il écarta un peu la veste de manière à dénuder une épaule et croqua délicatement dans la peau déjà lésée de la jeune fille. Rien ne se produisait :

« Tu dois mordre plus fort. N'aie pas peur, mords à m'en faire saigner, comme si tu voulais m'arracher la peau. »

La situation rappela à Sasuke le jour où Orochimaru l'avait mordu à la nuque pour lui apposer le sceau maudit. A l'époque, il avait été trop surpris pour comprendre l'attaque de l'homme serpent, mais il se souvenait de cette douleur aiguë dans son cou, rapidement suivi par les lancements insupportables dans sa nuque à cause de la marque. Inconsciemment, ce souvenir retenait sa mâchoire, surtout qu'il sentait sa coéquipière se tendre et retenir sa respiration à mesure qu'il enfonçait ses dents dans sa peau. Et pourtant, elle l'encourageait à la mordre encore plus fort, alors il obéit à contrecœur, jusqu'à ce qu'il sente comme une courant chaud s'immiscer en lui et éteindre lentement le feu qui brûlait dans son corps blessé. Il effectua quelques gestes de succion, par automatisme, le flux de chakra semblant se déverser plus rapidement de cette façon. Karin avait posé ses deux mains sur ses épaules pour maintenir la position jusqu'à ce qu'elle juge que c'était suffisant.

Une vague de bien-être envahit Sasuke. Il ferma les yeux et rendit son étreinte à la jeune fille, enlaçant sa taille. Il avait l'impression d'être redevenu un nourrisson tétant le sein de sa mère. Non, même plus, c'était une sensation bien plus forte qu'il n'avait jamais connu, pas même du temps où il vivait encore avec sa famille. La chaleur du chakra de Karin s'imprégnait en lui. Plus qu'un sentiment de quiétude absolu, c'était une sorte d'extase qui se répandait dans chaque fibre de son corps. Son duvet se hérissait, des décharges électriques picotaient sa peau, des frissons partaient de son crâne pour couler le long de ses vertèbres et jusqu'au bout de ses orteils. Ses oreilles percevaient leur deux cœurs battre à l'unisson et frapper durement leur cage thoracique comme s'ils voulaient en sortir pour se rencontrer. Sasuke se sentait soudainement léger, apaisé. Karin venait de lui arracher sa douleur physique mais aussi morale. Il avait l'impression de flotter sur un nuage. Etait-ce l'effet de cette technique originale ou bien parce que c'était juste elle ? Maintenant qu'il y avait goûté, l'Uchiwa savait qu'il ne pourrait plus se passer de cette nouvelle drogue. Il raffolait du chakra de la rousse, tout comme elle était fascinée par le sien, à croire qu'ils étaient compatibles, juste faits l'un pour l'autre. C'était un sentiment totalement nouveau et qui lui échappait complètement, qui l'effrayait et le fascinait à la fois.

Même lorsque l'opération finit et que ses dents se retirèrent, laissant leur passage sur la peau de la ninja sensorielle, Sasuke resta blotti tout contre elle, la serrant possessivement, rageant à l'idée qu'un type comme Orochimaru avait eu droit à un tel délice bien avant lui. Son corps et sa raison se bataillaient. L'un disait qu'il ne devait pas se laisser aller à un tel sentiment de bien-être, qu'il ne devait avoir que sa vengeance en tête, l'autre soutenait que le plaisir occasionnel ne pouvait qu'être bénéfique pour le corps. En l'occurrence, c'était le second qui menait la bataille pour le moment. La tête posée sur l'épaule de Karin, ses lèvres frôlant la base de sa gorge tandis qu'elle reprenait son souffle, Sasuke ne voulait en aucun cas se défaire de ce plaisir nouveau.

Au bout de longues minutes, lorsque la respiration de la jeune fille reprit un rythme normal, dehors commençaient à poindre les premières lueurs de l'aurore, sonnant la fin de leur nuit de complicité et de confession. Les mains de Karin glissèrent dans le dos de l'Uchiwa, lui arrachant un frisson, et elle vint tendrement poser sa joue sur la tête de l'homme toujours blotti contre elle. Elle aurait aimé embrasser le haut de son crâne, mais son courage n'allait pas jusque là. Malgré leur position, elle était persuadée que Sasuke, peu tactile en temps normal, ne devait pas aimer les embrassades. Et pourtant, lorsqu'il releva la tête, Karin remarqua qu'il avait le visage en feu. Inquiète qu'il n'ait de la fièvre, elle posa sa main sur son front mais le brun la lui saisit avant de lui dire à son tour à l'oreille :

« Tu sais Karin, peut-être que moi aussi, je pourrais t'aimer. »

Elle rougit furieusement et écarquilla les yeux à cette déclaration, croyant un instant que ses oreilles devenaient aussi défectueuses que sa vue :

« Qu... Quoi ? bégaya-t-elle.

- Je ne peux rien te garantir, je ne comprends pas moi-même ce qui m'arrive, susurra-t-il en rapprochant ses lèvres des siennes. Mais je sais que je n'ai jamais ressenti ça auparavant, et que je suis bien comme ça. »

Les yeux mi-clos, le corps repu de bien-être, ses gestes uniquement guidés par l'ivresse du moment, une ébriété bien différente de celle du début de soirée, Sasuke déposa d'abord un chaste baiser sur les lèvres de la rousse avant de s'éloigner quelque peu pour observer sa réaction. Ils s'échangèrent leur souffle, leur respiration devenant erratique, puis ils se rapprochèrent de nouveau, comme attirés l'un vers l'autre tel un aimant, scellant cette fois leurs lèvres dans un premier vrai baiser. Les effluves de l'alcool s'étaient envolées pour laisser place au parfum de la complicité. Chacun les yeux fermés, les bras de la jeune fille encerclaient les épaules de son partenaire. Quant à la main du brun, elle appuyait sur la tête de Karin pour ne rompre cet instant pour rien au monde, entortillant ses doigts dans le rouge de ses cheveux. Ils faisaient danser leur langue inexpérimentées dans ce domaine, étonnamment bien accordées, comme si deux âmes-sœurs venaient de se trouver, avant de se laisser retomber sur les futon, leurs lèvres toujours collées. Sasuke se positionna au dessus de sa coéquipière et alla prendre une de ses mains pour entremêler ses doigts avec les siens. Il ne s'y connaissait en rien, n'avait jamais porté d'attention aux couples, mais pourtant sa langue et ses mains se mouvaient avec aisance et sans hésitation. On aurait dit qu'il avait réveillé quelque chose en lui, à moins que ça ne soit Karin qui avait pénétré son esprit et ouvert une porte jusqu'à ce jour bien fermée.

Ils finirent par se séparer. La rousse reprenait difficilement sa respiration, sa cage thoracique alourdie par le poids de Sasuke toujours allongé sur elle, sa tête brune nichée dans le cou de la ninja sensorielle. Il resta ainsi quelques minutes, semblant s'endormir, avant de glisser sur le côté afin de la laisser respirer et de passer ses deux bras autour de sa taille dans une nouvelle étreinte possessive qu'elle n'aurait brisé pour rien au monde. Karin n'avait jamais été aussi heureuse. Enfin, elle avait réussi à toucher le cœur de Sasuke, et bientôt, elle pourrait revoir son sourire, elle en était persuadée. Forte de ce nouvel espoir, elle s'écroula elle aussi de fatigue, son nez dans les cheveux bruns de son partenaire. Cette fois, elle osa déposer un chaste baiser sur le haut de son crâne, Sasuke ne le sentant nullement, déjà plongé dans un sommeil sans cauchemar. La peur qu'il avait ressentie quelques heures plus tôt s'était envolée, brisée, expulsée par la rousse. Encore une fois, elle lui avait redonné courage. Elle lui avait même apporté plus que ça cette nuit : l'éveil d'un sentiment au moins aussi fort que la haine qui le consumait depuis des années.

Dès à présent, il se sentait à présent prêt à tuer son frère et à marcher à nouveau vers la lumière, aux côtés de Karin.

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Tandis que les premières lueurs du jour apparaissaient, Jûgo revint une nouvelle fois dans la chambre d'hôtel pour y découvrir son chef et la seule fille de leur groupe fortement enlacés l'un contre l'autre. Les deux semblaient paisibles, et même Jûgo, qui trouvait la jeune fille trop bruyante, trop impulsive, trop peu honnête avec ses sentiments, reconnaissait qu'elle avait une bonne influence sur Sasuke.

Il recouvrit les deux jeunes gens, tout comme il l'avait fait pour Sasuke quelques heures plus tôt, alors que ce dernier s'était endormi, un bras autour des épaules de Karin. Cela l'avait bien étonné, jusqu'à reconstituer le puzzle et réaliser que depuis le début, Karin avait plus d'importance pour Sasuke que lui ou Suigetsu. Il n'y avait qu'à voir comment il prenait discrètement sa défense lorsque le ton montait entre Suigetsu et elle, alors que des fois c'était elle-même qui débutait les hostilités. Il ne lui avait pas fait de reproche qu'elle revienne bredouille dans leur tache de trouver des indices sur Itachi. Il la laissait le réprimander, lui le fier Uchiwa, et en plus il lui avait cédée bien facilement lorsqu'elle a voulu lui donner de l'alcool. Ces détails pouvaient paraître insignifiants, mais Jûgo voyait là des signes d'un rapprochement entre ses deux équipiers. Ce n'était pas plus mal. Si Sasuke était une lame, Karin était son fourreau², celle avec qui il pouvait refermer son tranchant et se reposer. Il avait besoin d'elle tout comme lui avait besoin de Sasuke. Suigetsu, lui, apportait son soutien à sa manière, et il mettait dans l'ambiance dans leur équipe plus soudée qu'elle n'en avait l'air. Jûgo était bien content qu'Hebi existe.

Le grand roux les couva du regard avant de quitter à nouveau la chambre et de revenir se poster aux côtés de Suigetsu, affalé dans une chambre voisine. L'Hôzuki avait littéralement vidé son estomac et tous les intestins de son organisme dans les toilettes de l'hôtel, ou plutôt à côté. Après quoi, il s'était lamentablement échoué sur le sol, endormi comme un saoulard après une bonne cuite. Penaud, Jûgo s'était mille fois excusé auprès du personnel avant de nettoyer lui-même les dégâts de son coéquipier et de le veiller dans une autre chambre, ne souhaitant pas déranger les deux beaux jeunes gens qui dormaient déjà.

Sasuke semblait si serein. Sa dévotion envers lui l'avait poussé à ne pas perturber ce rare moment de paix, moment qui ne risquait pas de se reproduire de si tôt. D'ici quelques heures, l'Uchiwa irait enfin au bout de sa revanche et tuerait le dernier membre de son clan, son grand frère qu'il avait adoré la moitié de sa jeune vie. Plus que jamais, il sentirait seul, et plus que tout, il aurait besoin d'eux. Jûgo soupçonnait que c'était aussi dans ce but qu'il avait rassemblé une équipe. Sa famille, les habitants de Konoha, l'équipe sept, Orochimaru puis eux trois. Il ne l'admettrait jamais, mais Sasuke n'a jamais été et surtout n'a jamais voulu être seul.

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¹ Son vocabulaire avait une forte ressemblance avec celui de Naruto, à croire qu'ils venaient de la même famille : Je rappelle que Karin fait parti du clan Uzumaki (on l'apprend lors du combat d'Itachi et Sasuke contre Kabuto). Appartenir à un même clan ne signifie pas forcément avoir un lien de famille direct, mais j'aime à penser que Karin et Naruto sont comme des cousins éloignés.

² Si Sasuke était une lame, Karin était son fourreau : Cette expression (que j'utilise souvent d'ailleurs) ne vient pas de moi mais d'une réplique dans l'OAV d'ouverture de Kenshin le Vagabond : Rurōni Kenshin: Tsuiokuhen


Note de l'auteur : Merci d'avoir lu

J'ai pris un grand plaisir à écrire ce chapitre, désolée sur vous trouvez ça guimauve. Si vous vous demandez quand est-ce que reviendront les éléments du prologue, sachez qu'il refera surface dans le prochain chapitre, pas d'inquiétude. Encore une fois, j'accepte toutes les critiques alors n'hésitez pas. A très bientôt.