29 octobre 2025
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Devant sa machine à écrire, Eurydice buvait un thé tout en réfléchissant à la manière dont elle pouvait tourner la prochaine phrase de son article. Écrire des papiers intéressants et rythmés avait toujours été un défi pour la jeune femme.
— Flint ! Appela le directeur du Vif Express. Dans mon bureau, ajouta-t-il en voyant qu'elle avait levé la tête vers lui.
Laissant là son travail, Eurydice se dirigea vers le bureau de son patron. Elle essaya de garder une expression neutre en voyant que David Bennet, un de ses collègues, mais aussi la rédactrice en chef, Fiona Abott.
— Bonjour Eurydice, la salua cette dernière en souriant.
— Bonjour Fiona, répliqua-t-elle en s'installa à côté de David Bennet.
L'homme lui jeta à peine un regard. Il avait moyennement apprécié qu'Eurydice ait été pressentie pour commenter les matches de la coupe du monde de Quidditch avec lui.
— J'imagine que vous devinez dans quel but je vous ai convoqué ce matin, déclara Mr Thompson.
— La coupe du monde, répliqua Eurydice.
— Exactement Flint, rétorqua-t-il en se tournant vers elle. Avant cette réunion, David et vous n'étiez que pressentis pour le commentaire des matches engageant les îles britanniques et ceux allant des huitièmes de finales à la finale mais désormais c'est officiel. Vous présenterez ces matches ensemble. L'ancienne et la nouvelle génération travaillant main dans la main dans l'amour de ce magnifique sport. Il y a un problème, David ? Questionna-t-il voyant que Bennet n'avait pas l'air satisfait.
— Je ne comprends pas pourquoi Julius n'a pas été reconduit dans ses fonctions de co-présentateur.
— Parce qu'il est temps de faire la place à la nouvelle générations, David, d'amener un peu de fraîcheur dans le monde des commentateurs sportifs et aussi car Miss Flint a fait ses preuves.
— Ses preuves. Elle n'a jamais que commenté des matches dans une ligue scolaire.
— Eurydice est une de nos meilleures journalistes, intervint Fiona Abott l'empêchant de poursuivre, et l'ayant entendue commenter plusieurs matches à Poudlard, je peux vous dire qu'elle savait mettre l'ambiance.
— Peut-être qu'elle se débrouillait bien à Poudlard mais cela ne veut pas pour autant dire qu'elle sera capable de le faire pour des matches de cette dimension.
— J'aimerais vous poser une question, Mr Bennet, déclara Eurydice d'une voix neutre.
— Allez-y !
— Comment pouvez-vous être sûr que je ne serai pas capable de commenter ce genre d'événements ?
— Eh bien, c'est fort simple. Vous n'avez aucune expérience.
— Donc, selon vous une personne sans expérience est un incapable.
— Je n'ai jamais dit cela, Miss Flint.
— Pourtant j'ai l'impression que c'est ce que vous sous-entendez. Et puis, de toute manière, comment pouvez-vous en vous basant uniquement sur ma soi-disant inexpérience, décrétez que je suis incapable de faire correctement ce travail ?
— Miss Flint, je ne dis pas qu'un jour peut-être vous serez à votre place à la coupe du monde mais je pense qu'il est encore trop tôt pour cela.
— Trop tôt ? Pourquoi ? Car je n'ai pas encore trente ans. Mais Mr Bennet, essayez de voir la vérité en face près de la moitié des spectateurs de cette coup du monde auront moins de trente ans. L'âge n'est pas tout ce qui compte là-dedans.
— Elle a raison, David, intervint Mr Thompson. Et puis, de toute manière, la décision a déjà été prise et approuvée par le Département des Sports.
— Si la décision a déjà été prise, soupira David Bennet. Je vais retourner à mes articles.
Les trois autres le regardèrent sortir de la pièce en silence.
— Bon, voilà une bonne chose de fait ! S'exclama Mr Thompson d'un air guilleret.
— Ne fais pas attention à David, Eurydice. Tu es douée et tu sera géniale. N'est-ce pas Hector ?
— Je n'en ai jamais douté une seconde, l'encouragea le directeur.
— Merci, déclara Eurydice en se levant. Je crois que je vais faire comme Mr Bennet et retourner à mes articles.
— Eurydice, l'appela la rédactrice-en-chef.
La jeune femme se tourna vers elle, la main sur la poignée de la porte.
— Pourrais-tu m'attendre dans mon bureau ? J'aurais deux-trois choses à te demander. Je serai là dans deux minutes tout au plus.
— Bien sûr Fiona, répondit-elle avant de quitter le bureau.
Sans attendre, elle se dirigea vers celui de Fiona, pénétra à l'intérieur et s'installa sur l'un des fauteuils pour l'attendre. Son regard se posa sur les différents maillots qui ornaient les murs du bureau. Fiona en possédait plusieurs dizaines, si ce n'était plus d'une centaine mais n'en avaient accroché que treize au mur. Un de chacune des équipes de la ligue britannique.
— Excuse-moi de t'avoir fait attendre, déclara Fiona en entrant dans son bureau.
Elle ferma la porte derrière elle et alla s'asseoir dans son fauteuil.
— Tu voulais me parler, Fiona ?
— Oui, oui. Comme tu dois le savoir, Nikolaï Gudgeon n'a pas été sélectionné pour la prochaine coupe du monde.
— A cause de sa récente blessure, il m'en a parlé, en effet.
— C'est bien ce que je pensais. Mr Thompson mais aussi le responsable des sports magiques pensent que ça pourrait être une bonne idée d'avoir un joueur encore en activité pour commenter les matches de la coupe.
— Et vous voulez que j'en parle à Nikolaï, c'est ça ?
— En effet. Il n'a pas répondu à la lettre que je lui ai envoyée, il y a deux semaines. Nikolaï et toi êtes amis. En interview, vous donnez toujours très bien tous les deux. C'est un garçon drôle et charismatique. Je suis sûre… nous sommes sûrs, se reprit-elle, qu'il est le candidat parfait pour ce rôle. Tu penses pouvoir le convaincre ?
— Je ne sais pas, Fiona. Je dois t'avouer qu'il n'est pas… qu'il n'est pas au meilleur de sa forme ces derniers temps.
— Je comprends. Essayes juste alors !
— Je ferai de mon mieux, dit-elle.
Fiona hocha la tête visiblement pensive.
— Et Mr Bennet ?
— Mr Bennet ?
— Vous n'avez pas peur qu'en nous mettant ensemble Nikolaï et moi de l'éclipser. C'est ce que vous voulez, conclut Eurydice en voyant la légère moue de Fiona.
— Mr Bennet est un très bon commentateur et est un très bon journaliste mais parfois il est temps que les vieux balais de course se retirent. Tu n'es pas d'accord ?
— Je ne sais pas.
— Sais-tu depuis quelle année Mr Bennet présente-t-il la coupe du monde ? 1982, Eurydice. 1982. Quarante-trois ans, douze coupes du monde avec celle de l'année prochaine. Le département des Sports souhaiterait un peu de nouveautés.
— Je comprends. J'irai parler à Nikolaï.
— Merci, Eurydice, déclara Fiona en souriant.
La jeune femme quitta le bureau de la rédactrice-en-chef pensive. Bien qu'elle lui ait promis de parler à Nikolaï, elle n'était pas sûre de pouvoir. Les deux amis ne s'étaient, en effet, plus adressés la parole depuis plus de deux semaines. Elle retourna à son travail et cela jusqu'à ce la pendule annonce dix-huit heures.
Eurydice s'engagea dans le Chemin de Traverse à dix-huit heures cinq puis pressa le pas après avoir rejoint le Londres moldus. Son frère et elle s'étaient donnés rendez-vous dans un pub à deux rues du Chemin de Traverse. La jeune femme s'arrêta sur le seuil parcourant la salle à la recherche d'Alexander. Ce dernier installé à une table, dans un coin quelque peu reculé de l'établissement, lui un signe de la main. Elle y répondit en souriant et se dirigea vers lui d'un pas décidé.
— Salut Alex ! S'exclama-t-elle en s'installant en face de lui. T'as pas trop attendu, j'espère ?
— Non non. Ne t'en fais pas ! Dure journée ?
— Pas facile oui. David Bennet pense que je n'ai pas assez d'expérience pour commenter les matches de la coup du monde.
— Vraiment ? Et il s'est pas dit que si tu ne pratiques pas c'est sûr que tu ne risques pas d'avoir d'expérience.
— C'est ce que je lui ai dit mais le vieux bougre ne veut pas entendre raison. Bref… Comment ça va toi ?
— On fait aller. Albus et moi nous sommes disputés.
— Ah ! A propos ?
— A propos du fait que je ne veuille pas encore le présenter à mes parents. Il pense que j'ai honte de lui, de ce que je suis.
— C'est le cas ?
— Je n'ai pas honte de lui. J'ai juste peur de la réaction des parents. C'est si dur à comprendre ? Papa est le stéréotype du joueur de Quidditch, de l'homme viril. Je me souviendrai toujours de son regard déçu quand il a su que je n'avais pas été sélectionné dans l'équipe de Serdaigle contrairement à ce que je disais. Il s'était déplacé pour me voir jouer et j'étais pas sur le terrain.
Eurydice écarquilla les yeux en entendant cette histoire.
— Je savais pas que tu avais fait ça.
— Personne le sait à part Maman. Il n'en a jamais parlé à personne et m'en a jamais reparlé après mais je sais que je l'ai profondément déçu ce jour-là. Je n'étais même pas capable d'entre dans l'équipe de Serdaigle. Je n'étais pas comme toi ou comme Jonas. Parfois, je me dis que je dois vraiment lui faire honte.
— Honte ? A Papa ? T'y es carrément pas, Alex. Papa est fier de toi. Tu l'entendrais parler de toi parfois. Son fils prodige, qui ressemble tant à son épouse. Comment pourrait-il avoir honte toi, alors que de nous trois tu es celui qui ressemble le plus à Maman ? Il est fier de ce que fait Maman et il est tout aussi fier de toi, Alex.
Le silence s'installa de nouveau entre eux. Eurydice voyait bien que son frère réfléchissait à ce qu'elle venait de lui dire.
— Tu penses que je devrais leur dire ? Finit-il par demander.
— Je pense que se cacher n'est souvent pas la bonne solution. Je l'ai vécu avec Louis. Toujours à mentir, à éviter les endroits où l'on pouvait croiser des gens que nous connaissions. C'est pas une vie, Alex.
— Oui mais, à part la différence d'âge, rien ne s'opposait à ce que vous vous fréquentiez Louis et toi. Tu es une fille, c'est un garçon.
— Et alors ? L'amour ou l'attirance ne se commande pas, si ? Que tu aimes un garçon ou une fille, que tu sois hétéro, bi ou homo, le principal c'est que tu sois heureux.
Alexander se contenta de fixer son verre pendant plusieurs secondes avant de boire une longue gorgée de bière.
— Je comprends que tu aies peur, vraiment. Je te comprends parfaitement mais je me pense parfois qu'il faut savoir dépasser ses peurs et aller de l'avant. Tu sais, ça n'a pas été facile pour Louis et moi de nous jeter à l'eau. Nous étions ensemble depuis presque deux ans quand on l'a annoncé à tout le monde. On avait tous les deux si peur que les gens nous en veulent de ne pas leur avoir dit avant, mais on savait qu'on ne pouvait plus reculer. On voulait s'installer ensemble et pour ça il était plus facile, plus correct que vous sachiez pour nous.
— Je vous en ai voulu, tu sais, lâcha Alexander après plusieurs secondes de silence. A toi. A lui. Je vous en ai terriblement voulu. Je crois que je… Tu ne le répéteras pas à Louis, promis ?
Eurydice secoua la tête négativement.
— A une époque, j'ai cru que j'avais des sentiments plus qu'amicaux à l'égard de Louis.
— C'est pour ça que tu ne lui as pas dit alors ?
— En effet. Je sais pas ce que c'était exactement. De l'attirance peut-être. Bref ! Quand j'ai su pour vous deux, je me suis senti profondément trahi et j'avais ce sentiment de jalousie qui ne cessait de me ronger. C'est à ce moment que j'ai compris que la jalousie n'était pas une véritable preuve d'amour contrairement à ce que certains pensent. Ça me bouffait de l'intérieur littéralement. C'était affreux.
— Qu'est-ce qui t'as fait arrêter de la sentir ?
— J'aimerais te dire que c'est en prenant sur moi mais ça n'a rien à voir avec ça. J'ai commencé à fréquenter Albus, il y a un peu plus d'un an et c'est là que j'ai compris que ce n'était pas de l'amour que je ressentais pour Louis. Bien entendu, je l'aimais, d'une certaine manière, de manière amicale mais ça se limitait à ça alors qu'Albus…
— Tu l'aimes ?
— Terriblement.
Un nouveau silence s'installa entre eux.
— Je te l'ai jamais dit avant mais je suis heureux que Louis et toi vous soyez trouvé. J'avais trouvé ça bizarre au début. Il aime pas vraiment le Quidditch alors que toi tu en est passionnée. Et je dois aussi avouer que votre différence d'âge m'a fait quand même un peu tiqué mais… Mais maintenant que je ne suis plus aveuglé par ma jalousie, je peux voir que vous vous aimez et que malgré vos différences vous êtes faits l'un pour l'autre. Je sais que c'est niais dit comme ça mais c'est ainsi que je le ressens.
— C'est gentil, Alex. Tu comptes le dire à Louis ?
— De quoi ? Que je pense que vous êtes faits l'un pour l'autre ?
— Non que… que… Enfin que tu es homosexuel. Il finira par le savoir, tu sais qu'Albus est son cousin. Je pense que ce serait mieux qu'il l'apprenne de toi.
— Tu as sans doute raison.
— Louis est quelqu'un de bien, Alex. C'est pas le genre à rejeter les gens pour ce genre de choses.
— Je sais bien mais j'ai peur qu'il change de comportement si je lui dis, qu'il ait plus de mal à être proche de moi physiquement parce qu'il aurait peur que je tente quelque chose.
Les lèvres d'Eurydice se pincèrent tandis qu'elle réfléchissait à ce qu'elle pourrait répondre à son frère. Elle comprenait parfaitement ses inquiétudes et savait qu'il était possible que cela se passe comme il l'avait dit. Même sans le vouloir Louis pouvait se sentir soudainement gêné en présence de son meilleur ami.
— Je pense qu'il faudrait quand même que tu lui dises. C'est vrai qu'il est possible que… que son comportement à ton égard change quelque peu mais il est possible aussi que ce ne soit pas le cas et tu ne pourras pas savoir avant de lui avoir dit.
Alexander hocha la tête avant de jeter un coup d'œil à sa montre.
— Je suis désolé, Di, mais il va falloir que j'y aille. J'ai rendez-vous avec Albus.
— D'accord, à plus tard alors !
— A plus tard, rétorqua Alexander avant de quitter le pub.
Eurydice suivit son frère du regard en esquissant un léger sourire. Depuis qu'elle savait le secret de son frère, elle avait, pour la première fois, l'impression de véritablement le connaître et s'était considérablement rapprochée de lui. Elle salua le barman avant d'elle-même quitter le pub. Il s'était mis à pleuvoir quelques minutes plus tôt et la jeune femme dut chercher son parapluie au fond de son sac. Elle finit par le trouver et l'ouvrit sur le seuil de l'établissement. Elle se dirigeait vers une ruelle qu'elle connaissait pour transplaner lorsque son regard s'arrêta sur une personne qu'Eurydice pensa être sa mère.
Elle regarda plus attentivement la personne attablée au restaurant et constata qu'il s'agissait bien de sa mère. Cette dernière n'était pas seul. Un homme, d'une quarantaine d'années, se trouvait en face d'elle. Eurydice n'eut aucun mal à le reconnaître comme étant Ernie MacMillan, un médicomage de Sainte Mangouste. Qu'est-ce que sa mère faisait avec lui ? Eurydice écarquilla les yeux et retint difficilement un hoquet de surprise en voyant l'homme poser sa main sur celle de sa mère.
Sans attendre, la jeune femme détourna le regard et reprit son chemin, le cœur battant, vers la ruelle. Quelle était la relation entre sa mère et cet homme ? Pourquoi sa mère le laissait la toucher ainsi alors qu'elle n'avait jamais particulièrement apprécié les contacts physiques. Était-ce son amant ? Sa mère trompait-elle son père ?
Elle transplana dans son appartement. Louis n'était pas encore rentré de son travail. Eurydice retira ses chaussures sans prendre la peine de les ranger à leur place. Elle déposa le parapluie près de la porte d'entrée, sans penser à le sécher d'un coup de baguette, puis se dirigea vers la salle de bains où elle enfila une tenue plus décontractée.
Eurydice ne cessait de revoir sa mère et cet homme dans ce restaurant asiatique. Sa mère n'aimait même pas la nourriture asiatique. Que faisait-elle dans un tel endroit ? Ses parents venaient de fêter leur trente ans de mariage, sa mère ne pouvait pas, tout de même, fréquenter un autre homme si peu de temps après. Une pensée horrible lui traversa l'esprit suite à cette réflexion. Peut-être sa mère le voyait-elle déjà avant son anniversaire de mariage.
Elle en était à là de ses réflexions lorsqu'un craquement sonore lui fit savoir que son fiancé venait de transplaner dans l'appartement.
— Bonsoir Didi, déclara-t-il en la voyant sortir de la salle de bains.
— Bonsoir Louis, répliqua-t-elle en venant vers lui.
— Ça ne va pas ? Questionna-t-il.
Louis la connaissait trop bien et parfois cela pouvait être embêtant. Eurydice esquissa un sourire avant de passer ses bras autour de son cou.
— Non, tout va bien, répliqua-t-elle.
Elle se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa. Louis passa ses bras autour de sa taille l'amenant contre lui.
— Et toi ta journée ? Demanda-t-elle après s'être éloignée de lui.
— Longue, souffla-t-il.
Eurydice ferma les yeux alors que les lèvres de Louis se posaient au creux de son cou. La jeune femme sentit les mains de son fiancé passer sous son chemisier. Elle sourit avant de l'embrasser passionnément. La soirée s'annonçait rayonnante.
