Auteur: Aucta Sinistra (lien vers son site dans ma page profil)
Notes: merci à Aucta Sinistra pour m'avoir autorisée à traduire sa fic. Merci à ma beta-reader Zazaone, dont les remarques et le soutien me sont très précieux ! Je ne saurais trop vous conseiller sa fic "Requiem for a werelove", un des meilleurs slashs écrits en français !
Chapitre 3
Snape s'excusa et se retira tout de suite après le repas. Les autres avaient matière à bavarder et commencèrent dès qu'ils furent dans la salle de jeux attenante à la bibliothèque.
- Harry ! s'exclama Ron.
- Quoi ?
- Snape ? Tu as invité Snape ?
- Il a sûrement une bonne raison, intervint Hermione. Ne sois pas puéril, Ron. Tu n'es plus son élève. Il ne peut plus t'enlever de points ni te mettre en retenue.
- A son grand regret, grommela Ron, faisant rire Ken.
- C'est bien de savoir que certaines choses ne changent pas, ajouta ce dernier.
- Tu connaissais bien Snape quand tu étais à Poudlard, Ken ? demanda Harry.
Il fallait toujours utiliser son nom pour que Ken sache que l'on s'adressait à lui.
- Non, répondit Ken. Je ne crois pas que quiconque le connaisse bien. Sauf Dumbledore, je suppose.
- C'est un Mangemort, intervint Shelagh. Ou du moins il l'était. Certains pensent qu'il lui en reste quelque chose.
Ken secoua la tête.
- Dumbledore lui a toujours fait confiance… Bon, je sais que ça ne veut rien dire, mais en sixième année mes notes ont chuté brutalement. J'avais des problèmes personnels. Snape m'a gardé un jour après le cours. Je croyais qu'il allait m'arracher la tête et jouer au quidditch avec, mais il m'a demandé ce qui n'allait pas.
- Il a fait ça ? s'écria Ron, alors que Harry ouvrait de grands yeux.
- En plus il m'a proposé de me donner des cours de soutien pour remonter mes notes.
- Et qu'as-tu dit après t'être évanoui ? demanda Harry.
Hermione et Ron pouffèrent de rire.
- Je l'ai pris au mot, répondit Ken. Il m'a bien aidé. Il ne m'a pas tué, même si je parie qu'il a dû être tenté par moments. J'ai réussi à passer en septième année. Alors, franchement, même s'il a été un Mangemort, je reste persuadé que c'est quelqu'un de bien.
Harry ne manifesta pas son approbation, même s'il était d'accord. Le récit de Ken avait provoqué en lui une curieuse impression. Il ne m'a jamais proposé son aide pour remonter mes notes en Potions.
- Tu l'aimes bien, n'est-ce pas Ken ? s'enquit Hermione.
- Mais oui, répondit-il en haussant les épaules. Comment ne pas apprécier quelqu'un qui fait ça pour vous ? Même s'il reste un type désagréable et arrogant !
- Honnêtement, j'étais un peu inquiet quand il a marché droit sur toi au dîner, avoua Ron sans prêter attention au soupir d'exaspération de Hermione. C'était bizarre.
- C'est vrai, pourquoi a-t-il pris la main de Ken ? renchérit Shelagh comme si cet acte l'avait choquée.
- Il a évidemment deviné quel sort Ken utilise pour se diriger dans la maison, expliqua Hermione en levant les yeux au ciel, agacée. Il a compris que Ken ne pourrait le « voir », si j'ose dire, que s'ils avaient un contact physique.
- Ouais, dit Ron, mais c'est franchement…
- Intelligent ? proposa Hermione, l'air sévère. Attentionné ?
- C'est gentil, reconnut Ron à contrecœur.
- Mais pourquoi est-il ici ? reprit Hermione. As-tu le droit de nous le dire, Harry ?
- Non, désolé.
- Pas de problème, dit Ron. C'est une idée de Dumbledore, n'est-ce pas ?
Harry et Hermione le regardèrent.
- Ben quoi, je ne suis pas complètement idiot !
- Si tu le dis, plaisanta Harry. Allons, tout se passera bien.
Mais il n'y croyait pas lui-même et sa voix le trahissait.
- Tu es chez toi, le rassura Ken en haussant les épaules.
- Tu n'as pas besoin de prendre cet air d'excuse, ajouta Shelagh. Nous ferons l'effort de cohabiter.
- Heureusement que la maison est grande, grogna Ron, avant que Hermione lui donne un coup de coude. Je plaisante !
Mais il ne plaisantait pas du tout.
HPHPHPHP
Dès le lendemain, Harry aida Snape à transformer le moulin en laboratoire de potions. Les étagères et la longue table étaient parfaites pour les douzaines de bocaux, chaudrons, fioles et tutti quanti que Snape avait apportées.
Harry faisait ce que Snape lui ordonnait, arrangeant les potions en ordre alphabétique sur les étagères. Il en profitait pour l'observer. Outre sa jambe boiteuse, il remarqua que le professeur veillait à ne pas étirer son dos, trahissant l'existence de côtes cassées, si toutefois Harry était bon juge. Et il l'était, après toutes les blessures subies dans sa vie agitée. Snape veillait également à son bras gauche, comme s'il en souffrait, bien qu'il n'hésita pas à s'en servir.
Harry s'ingéniait à empêcher Snape de porter quoi que ce soit de lourd ou en hauteur. Agacé, Snape lui lança :
- Assez.
Harry, soulevant un chaudron pour le poser sur le feu, interrompit son geste. Snape le foudroya du regard et Harry retint un soupir, attendant d'apprendre ce qu'il faisait de mal. Puis, étonnamment, le regard s'adoucit. Le ton, lui, n'était pas doux ; toujours aiguisé comme une dague, poignardant Harry dans la poitrine.
- Monsieur Potter Pour votre gouverne, je suis parfaitement capable de remplir toutes les tâches nécessaires à mon travail.
- C'est juste que…
- Vous ne réfléchissiez toujours pas ? ironisa Snape.
- Je ne voulais pas que vous vous fassiez mal. Davantage, je veux dire.
Snape exhala un soupir.
- J'apprécie votre inquiétude…
- Ouch ! dit Harry en souriant. Dire cela, ça a dû vous faire mal.
- …aussi surprenante soit-elle, poursuivit Snape. Mais je n'ai nul besoin qu'on me tienne la main. C'est inutile et agaçant.
- Vous préférez que je vous laisse seul, le devança Harry en le regardant en face.
Il se surprit à penser : Il a fait l'effort d'aider Ken mais moi, il veut que je dégage. Pourquoi cette comparaison lui était-elle venue à l'esprit ? Il ne voulait pas connaître la réponse. Il savait seulement qu'il était vexé.
- Désolé, dit-il en se dirigeant vers la sortie.
Il te déteste. Pourquoi te casser la tête ?
Snape soupira encore.
- Potter…
Harry s'arrêta. Qu'avait-il encore fait de mal, pour l'amour de Merlin ! Il se sentit submergé par la colère. Il était chez lui, quand même ! Snape n'était qu'un invité. Pourquoi arrivait-il à le mettre encore dans la position du mauvais élève ?
Il se retourna lentement, se préparant à la vague de reproches. Calme, adulte…
- Si vraiment vous n'avez rien de mieux à faire de votre temps, votre assistance pourrait m'être utile.
Il appuya légèrement sur le mot « assistance » mais le ton était conciliant. Selon ses standards, en tout cas. Harry sourit, presque malgré lui.
- Je veux sincèrement vous aider, monsieur. Après tout, c'est ma maison. Je dois savoir ce qu'il s'y passe.
Snape eut un « Hum » méfiant.
- Apportez-moi la pierre de lune, le fenouil et le sang de pieuvre.
Il se pencha sur le chaudron et Harry s'empressa de lui obéir. Ils travaillèrent quelques heures dans un quasi-silence respectueux, préparant, versant, remuant. Plus tard, Harry s'assit à la table avec un pilon et un mortier, pendant que Snape mesurait délicatement le sang de pieuvre dans une éprouvette.
- Puis-je vous poser une question ? commença Harry.
Snape se pencha vers lui, comme pour murmurer dans son oreille. Harry frissonna mais le professeur examinait seulement le contenu du mortier.
- Pas comme ça. Vous ne le réduisez pas en poudre, vous vous contentez de le broyer. Un peu plus d'huile de coude, je vous prie.
Harry pilonna plus énergiquement, serrant les dents, et pas seulement sous l'effort.
- Ce n'était pas le sens de ma question.
- Ah non ?
- Pourquoi diable avez-vous sauvé Drago ?
- Inutile d'appuyer sur votre pilon comme une brute. Tournez-le contre le mortier, vous serez plus efficace.
Snape incorpora les trois plumes de corbeau dans le chaudron qui bouillonnait. Chacune d'elles provoqua une brève fumée noire en surface.
- Après tout, n'est-il pas comme son père ? continua Harry pilonnant et tournant. Un Mangemort en réduction ?
- Etes-vous surpris que je ne considère pas ce choix irrévocable, monsieur Potter ?
- Oh. Non, bien sûr. Drago a changé de camp, donc ?
- Il… réfléchit. Apprendre que votre propre père veut vous tuer en échange de pouvoirs supplémentaires a tendance à modifier votre opinion.
- Si vous le dites, rétorqua Harry, sceptique.
- Je sais ce que c'est : faire un choix et ensuite le regretter, articula Snape sans montrer d'émotion, bien qu'il ait vécu l'enfer pendant cette expérience. Je pourrais souhaiter cette vie à mon pire ennemi, si j'étais d'humeur particulièrement rancunière. Mais Drago n'est pas mon pire ennemi.
- Désolé.
- Je ne m'attends pas à ce que vous compreniez. Je ne suggère pas non plus que Malefoy est devenu un jeune homme charmant et sincère que vous seriez fier d'avoir pour ami.
Harry s'absorba dans la contemplation du fenouil réduit en poudre.
- Mais vous voulez qu'il ait toutes les chances de dire non, insista-t-il tout en versant le fenouil dans le bol contenant la poudre de pierre de lune.
- Peut-être comprenez-vous mieux que je ne l'aurais supposé.
Snape prit le bol et versa doucement le contenu dans le chaudron. La poudre produisit un reflet argenté avant d'être absorbée par le liquide.
- Je ne sais pas, répondit nonchalamment Harry, se forçant à décrisper ses mains. C'est quand même se donner beaucoup de mal pour cette sale petite fouine.
- Soyez assuré, monsieur Potter, que si j'avais su que la récompense de mes efforts serait de passer l'été à chasser les nuisibles de votre demeure, j'y aurais réfléchi à deux fois, répondit Snape en éteignant le feu d'un mot. Il faut laisser refroidir avant de décanter la potion dans les pulvérisateurs. Vous devriez être débarrassé des moustiques-vampires dans les quarante-huit heures.
- Vous m'épatez, monsieur, dit Harry avec sincérité.
- Je n'apprécie pas plus que vous qu'ils me sucent le sang quand je dors. Au moins les vampires humains dédommagent leurs victimes par des rêves érotiques.
Harry se sentit rougir.
- Vous parlez par expérience ?
Snape le regarda brièvement, un léger sourire aux lèvres.
- Ayez l'obligeance de m'apporter le bocal avec l'étiquette « Theriac », monsieur Potter.
HPHPHPHP
Quelques jours plus tard, Harry guida Snape lors d'une visite complète des lieux, qui s'acheva par la bibliothèque.
- Fort impressionnant, murmura Snape en regardant autour de lui.
- C'est en partie pour ça que j'ai acheté la maison, admit Harry. Beech Hall a une énorme collection de…
- Livres interdits ? suggéra Snape en lui jetant un regard en coin.
- Livres intéressants, corrigea Harry en haussant les épaules. Surtout là-haut. Vous voulez les voir ?
Il commença à gravir l'escalier en colimaçon qui amenait à la galerie, suivi par Snape.
- Attention, dit-il en lui prenant le bras, ne marchez pas sur la septième marche.
Snape s'arrêta, baissa les yeux et posa le bout du pied sur la marche. Son pied traversa, comme si la marche n'était qu'un leurre. Il regarda Harry d'un air interrogateur.
- Ce n'était jamais la même marche qui était piégée, expliqua Harry. Je n'ai pas réussi à la faire disparaître. Alors je l'ai ensorcelée pour qu'elle soit toujours au même endroit. Evidemment, ça aurait été mieux si j'avais pu la figer tout à fait au bas de l'escalier… Mais au moins tout le monde sait quelle marche éviter.
- Vous avez un don pour ça.
- Pour ça, quoi ?
- Pour les victoires inespérées.
- C'est plus un pis-aller qu'une victoire, monsieur, répondit Harry, flatté malgré lui. Mais je vous remercie du compliment. Si c'en était un.
- C'est une constatation, monsieur Potter, pas un compliment, répliqua Snape en évitant soigneusement la septième marche.
- Vous me prenez vraiment pour un total abruti, grommela Harry en surveillant Snape du coin de l'œil au cas où sa jambe blessée fléchirait.
- Pas un total abruti, non, rétorqua Snape d'un air songeur.
Harry s'arrêta, vexé. Snape lui adressa un regard amusé, un ricanement silencieux sur les lèvres. Harry réalisa avec étonnement que le professeur le taquinait.
- Ce serait très facile de vous pousser dans l'escalier et d'accuser la maison, menaça-t-il.
Snape avait entrepris de scruter les étagères en progressant le long de la galerie.
- Je ne manquerais à personne…
- Si, à moi !
Snape, qui tendait la main vers un ouvrage, stoppa son geste et le dévisagea avec insistance. Harry soutint son regard et vit l'expression sarcastique devenir incrédule.
- En ce cas, je vous suggère de renoncer à me jeter dans cet escalier, monsieur Potter, dit finalement Snape.
Harry retint un sourire.
HPHPHPHP
Quatre jours après l'arrivée de Snape, Hermione débarqua dans la bibliothèque pour tomber sur Snape qui examinait les étagères. Il lui jeta un coup d'œil.
- Désolée, professeur. Je ne veux pas vous déranger.
- Si vous me dérangiez, je ne manquerais pas de vous en informer, miss Granger.
Saisissant l'invitation, elle entra et commença sa propre recherche. Quinze minutes plus tard, elle lança une exclamation dépitée.
- Quel est le problème ?
- Je dois lire « Sorts d'enfer ». Harry m'a bien dit qu'il l'avait vu quelque part., répondit-elle à Snape, assis près de la fenêtre avec son livre.
- « Sorts d'enfer », par Felix Fotheringay ? lança-t-il dédaigneusement. Les imbéciles du Ministère veulent-ils se débarrasser de leurs aurors ?
Sous les yeux stupéfaits de Hermione, Snape ferma son livre d'un coup sec, se leva, traversa la pièce et attrapa un livre relié de cuir brun. Il fit volte-face si vivement qu'elle recula d'un pas.
- Voilà ce que vous cherchez, fit-il avec un mouvement de dégoût.
- Ce n'est pas moi qui l'ai choisi, s'excusa-t-elle.
- Savez-vous seulement que Fotheringay était un incompétent notoire ? Lockhart lui-même était un génie comparé à cette nullité blafarde !
Il avait toujours le livre à la main. Il fit mine de se tourner vers le feu dans la cheminée.
- Non ! s'écria Hermione en essayant de saisir le livre. Professeur, je dois le lire !
Il leva l'ouvrage hors de sa portée et Hermione ne se sentait pas suffisamment à l'aise avec lui pour le lui disputer. Elle se sentait déjà intimidée par sa présence.
- Vos instructeurs se figurent réellement que vous apprendrez quoi que ce soit dans ce ramassis d'inepties ?
- Oui, des sorts d'attaque, répondit Hermione.
- Des sorts d'attaque, répéta Snape avec un rictus de dégoût. Des stratégies d'attaque. Fotheringay était à Poufsouffle, l'ignoriez-vous ?
- Je l'ignorais, dit Hermione décontenancée. Quelle importance ?
- Vous le voudriez à vos côtés en pleine bataille ? Une bataille où les décisions doivent être prises en une fraction de seconde ? Seuls les bons choix feront la différence entre la vie et la mort, répondit Snape, et sa voix devint lourde de sens. Au cœur de la bataille, comme vous devriez vous en souvenir, hésiter signifie toujours la mort.
- Tous les Poufsouffles ne sont pas des lâches, protesta Hermione.
- Je ne parle nullement de lâcheté, soupira Snape avec exaspération. Je parle de la capacité à faire instantanément des choix impossibles. Quand tuer est le seul choix qui convienne. Malgré tous ses défauts, et ils sont légion, Potter a cette capacité. C'est pourquoi Voldemort a succombé et pas lui.
Il laissa choir le livre de Fotheringay sur la table et boita jusqu'à sa chaise où il s'assit avec une grâce prudente. Il reprit sa lecture et tourna une page au hasard, sembla-t-il à Hermione. Son attitude trahissait une profonde irritation. Elle prit le livre et alla s'asseoir près de lui, s'attirant un regard agacé.
- Que devrais-je lire, alors ?
- Vous ne devriez rien lire du tout, répliqua-t-il froidement. Vous devriez lancer le plus de sorts possibles. Vous devriez vous exercer au duel et au combat. Les Mangemorts en fuite ne perdent pas leur temps à lire et à prendre des notes, je vous le garantis.
Il tourna sèchement une page. Hermione patienta.
- Mais si vous devez apprendre quelque chose d'un livre, continua-t-il (et elle ne retint pas un petit sourire), voilà celui qu'il vous faut. Accio Garibaldi.
Hermione rentra la tête dans les épaules et un livre rouge la survola pour se loger dans la main de Snape.
- Garibaldi n'hésitait pas à tuer quand il le fallait. Et vous ne devriez pas non plus, si vous voulez faire ce métier.
Il lui tendit l'ouvrage, un sourcil arqué. Puis il retourna à sa lecture et la bibliothèque devint silencieuse, à l'exception du bruit des pages feuilletées.
- Professeur ? reprit Hermione avec hésitation.
Snape leva les yeux. Elle soulignait du doigt une ligne en tournant le livre vers lui. Il lut puis la regarda.
- Et bien ?
- C'est illégal, dit-elle doucement.
- Mais c'est possible, répliqua-t-il sur le même ton. Vous devez savoir vous défendre contre tous les sorts possibles, pas seulement contre les sorts légaux.
- Mais…
Trente minutes de discussion animée plus tard, Hermione adressa à Snape un regard où se mêlaient la surprise et la satisfaction.
- C'est incroyable, tout ce que vous savez sur tout ça, monsieur ! Pourquoi n'êtes-vous pas devenu auror ?
- Si vous vous souvenez bien, miss Granger, à la croisée des chemins j'ai pris l'autre voie.
- Je veux dire, après…, expliqua Hermione en rougissant Oh. Les gens n'oublient jamais, c'est ce que vous voulez dire ?
- Pas plus qu'ils ne pardonnent. D'ailleurs je ne crois pas que l'oubli soit de rigueur, dans mon cas.
- J'aimerais que vous m'appeliez Hermione, monsieur. Etes-vous en train de dire que vous ne pensez pas que l'on devrait vous pardonner ?
- Ce que je pense est hors de propos, Hermione, dit-il, les yeux fixés sur les étagères qui couraient sur les murs de la bibliothèque.
Une nouvelle fois, elle faillit rire. Il avait l'air très humain lors de leur conversation.
- La vérité est que beaucoup me verront toujours comme un Mangemort. Le mal personnifié.
- Je sais cela, dit-elle doucement. Je voudrais savoir ce que vous en pensez, vous. Ce n'est pas hors de propos, monsieur.
- Mais c'est personnel.
Elle sentit ses joues devenir cramoisies.
- Pardonnez-moi. Je ne voulais pas être indiscrète.
- Vous n'avez nul besoin de vous excuser, dit Snape en baissant les yeux sur son livre. Votre curiosité est sincère et bien intentionnée… Et vous pouvez m'appeler Severus, si vous voulez.
Hermione ouvrit de grands yeux puis sourit, un peu hésitante.
- Merci, Severus.
HPHPHPHP
Une semaine s'était écoulée depuis l'arrivée de Snape. Les cinq jeunes résidents de Beech Hall avaient passé la journée au Chemin de Traverse, accomplissant divers achats et étaient revenus à la maison, éreintés et fourbus, juste à l'heure du thé.
- Quelles sont nos chances que la Bitch nous laisse préparer le thé, aujourd'hui ? plaisanta Ken.
- Nos chances seront meilleures si tu ne la fiches pas en rogne, rétorqua Shelagh en débarrassant Ken de ses paquets.
Ken usait d'un sortilège pour se déplacer dans mais celui-ci n'était pas assez précis pour accomplir des gestes plus délicats. Au Chemin de Traverse, il avait dû maintenir un contact physique avec ses compagnons.
- Nos chances sont presque inexistantes quoi qu'on dise, intervint Ron, prenant les sacs de la main de Hermione.
Harry regarda ses amis, se sentant un peu à l'écart.
- Cela vaut la peine d'essayer, dit Hermione alors que tous se dirigeaient vers les cuisines. La maison a été moins désagréable ces derniers temps, vous ne trouvez pas ? Elle nous a créé moins d'ennuis.
- Moins d'ennuis que Vous-Savez-Qui, ça oui, ronchonna Ron. Mais pas moins d'ennuis qu'une maison normale !
- Tentons le coup, lança Shelagh. J'ai faim, moi !
- Je maintiens que la maison est moins revêche qu'avant, insista Hermione. Qu'en penses-tu, Harry ?
- Je suis d'accord avec toi. Elle ressemble presque à une vraie maison, maintenant.
Puis il se souvint qu'il n'avait pas vraiment idée de ce qu'était une vraie maison, de toute manière.
- Sauf que…, commença Ron.
Sa protestation fut interrompue dès qu'ils atteignirent le tournant : Snape et Harry entrèrent en collision.
Ron s'écarta prestement. Harry saisit le bras de Snape pour le retenir. Snape avait fait de même spontanément. Hermione, Shelagh et Ken s'arrêtèrent net derrière eux.
- Pardon monsieur, rougit Harry.
Sa propre réaction était compréhensible. Il fut surpris, en revanche, de voir une semblable rougeur apparaître sur les joues du professeur. Celui-ci lâcha Harry précipitamment avant de reculer. Harry le lâcha à son tour, à regret.
- Je vous prie de m'excuser, murmura Snape.
Grands dieux.
Snape rougissait.
Snape s'excusait. Les autres le regardaient comme s'ils n'en croyaient pas leurs yeux.
- J'avais l'esprit ailleurs, continua Snape. Je ne regardais pas où j'allais.
- Il n'y a pas de mal, dit Harry.
- Je voulais… Croyez-vous possible d'accéder aux fourneaux pour préparer du thé, ou est-ce que la…
Snape s'interrompit et Harry pensa : « Il l'a presque dit ! Il a failli l'appeler Bitch ! » Il se retint de rire.
- Est-ce possible dans cette maison ? se reprit Snape. Bien, j'y vais. Restez là.
Il marcha à grandes enjambées jusqu'à la porte de la cuisine. Comment pouvait-il se déplacer ainsi alors qu'il boitait ?
- Je n'arrive pas à décider si je veux voir ça ou pas, commenta Ron.
Harry envisagea l'idée de suivre Snape malgré son injonction, pour le voir obliger la maison à coopérer. Mais il ne voulait pas avoir l'air de lui coller aux basques comme une groupie énamourée.
- La Bitch va l'avaler tout cru, dit Shelagh avec un espoir non déguisé.
- Je parie sur Snape, répliqua Ken, faisant rire Ron.
- On devrait aller l'aider, suggéra Hermione.
- Je ne veux pas mon thé à ce point, grogna Ron.
- Snape préfèrerait sûrement ne pas nous avoir dans les pattes, souligna Harry, la voix empreinte d'une certaine amertume. Quoi ? lança-t-il sous l'air inquisiteur de Hermione.
- C'est ta maison, Harry, pas celle de Snape, intervint Shelagh.
- Je sais bien !
Hermione avait une expression que Harry détestait, celle qui montrait qu'elle était en train d'échafauder des théories.
- Il se comporte comme si la maison lui appartenait, marmonna Shelagh.
- Shelagh ! lui reprocha Ken, plaçant une main sur son bras.
- Je me fiche qu'il se comporte comme si la maison lui appartenait., répliqua Harry en haussant les épaules.
Je veux juste qu'il soit… heureux ? Tu es complètement à la masse, mon pauvre Harry. Tu ne vas pas tarder à lui cuisiner de bons petits plats.
Une cloche retentit. Tous levèrent la tête.
- C'est la cloche qui annonce le repas, s'étonna Hermione.
Harry marcha jusqu'à la salle à manger, suivi des autres. Tous s'immobilisèrent sur le pas de la porte.
- Mesdemoiselles et messieurs, annonça Snape, moqueur. Le thé est servi.
Tous regardèrent le service à thé disposé sur la table, comme s'il s'agissait d'une chose extraordinaire.
- Comment avez-vous fait ? balbutia Harry.
- J'aimerais certes me prévaloir d'un pouvoir mystique inconnu des mortels, répondit Snape en avançant les chaises pour Shelagh et Hermione. Mais j'ai demandé poliment du thé à cette demeure, rien d'autre.
- Demandé ? fit Harry avec ahurissement. Pourquoi n'y avions-nous pas pensé ?
Quelle était la chose la plus surprenante ? Que Snape ait convaincu la maison de lui obéir ? Ou qu'il soit assez gentleman pour aider les jeunes femmes à s'asseoir ? Shelagh et Hermione échangèrent elles aussi un regard abasourdi tout en prenant place.
Les garçons suivirent le mouvement et s'assirent.
- Je crois que la Bitch vous aime bien, constata Ron, provocant un sourire narquois du professeur.
- Anastasius Beech était un Serpentard, monsieur Weasley. Probablement la maison ressent-elle une affinité de tempéraments…
Ron renifla.
- J'apprécie votre aide, professeur, intervint Harry. Je n'avais pas idée où je mettais les pieds quand j'ai acheté cet endroit.
Il avala une gorgée de thé ; il était chaud, parfait. Snape leva sa tasse dans sa direction.
- J'imagine que cette phrase peut s'appliquer à tous les actes que vous avez entrepris dans votre vie, monsieur Potter.
Shelagh manqua s'étrangler mais Harry se contenta de sourire.
- C'est la marque de fabrique des Gryffondors, monsieur. Je ne voudrais pas déroger.
Snape leva un sourcil. Harry avait appris à interpréter cette mimique comme un rire contenu. Son sourire s'élargit. Ken sourit également. Hermione arborait cependant un air pensif et Ron faisait la grimace.
- Je ne crois pas que vous puissiez déroger sur ce point, monsieur Potter...
HPHPHPHP
Après le thé, chacun retourna à ses occupations. Shelagh en profita pour entraîner Ken dans le jardin. Celui-ci devina qu'elle voulait lui parler en privé. Il était tombé juste.
- Je n'aime pas le professeur Snape, déclara-t-elle de but en blanc.
- Bienvenue dans un large club ! dit Ken en riant doucement
- Pourquoi traite-t-il Harry comme ça ?
- C'est Snape. Il traite tout le monde comme ça. Tu le remarques particulièrement parce que… tu aimes bien Harry.
Ken parla avec précaution. Il suspectait l'attirance de Shelagh pour Harry depuis quelques semaines. Il avait l'impression que Harry était le seul de la maison à ne pas l'avoir remarquée. Shelagh asséna d'un ton tranchant :
- Evidemment que j'apprécie Harry. Comme tout le monde. Tout le monde sauf Snape !
- Je crois que Snape l'apprécie, la contredit Ken. A sa manière.
Il tira Shelagh par le bras pour l'inciter à s'éloigner de la maison et continua :
- Je ne suis pas formel, évidemment… Mais je me souviens de Snape à Poudlard. Je me souviens de sa voix quand il était en colère. Crois-moi, ce n'est pas un truc que tu oublies facilement. Peut-être aussi que, depuis ce qui m'est arrivé… (Shelagh lui pressa le bras) … j'entends les choses avec plus d'acuité. Bref. Je crois que Snape s'amuse. Il prend plaisir à leurs petites joutes verbales, dans la mesure où il peut prendre plaisir à quoi que ce soit ! Harry aussi.
Shelagh eut un grognement sceptique. Ken soupira.
- Toi, tu peux voir le visage de Harry. Est-ce qu'il a l'air énervé ou vexé ?
- Non, admit-elle. Il a l'air de… On dirait qu'il aime bien ce vieux pète-sec.
Ken rit un peu.
- Plus on le fréquente, plus on est fasciné par lui, d'une certaine manière. Rappelle-toi qu'ils ont travaillé ensemble pour l'Ordre pendant une longue période. J'imagine que ces plaisanteries sont habituelles entre eux.
- C'est vrai que Harry n'a pas l'air de s'en formaliser, reconnut Shelagh avec une moue. Mais parfois je trouve que Snape va trop loin. Il va blesser Harry, un jour.
- Snape est forcément blessant, un jour ou l'autre. Il n'a pas le cœur très sensible, mais après tout Harry l'a invité ici et il a accepté. Il ne doit pas le détester tant que ça…
(à suivre)
