Chapitre 2
Une rencontre bouleversante
Bella
Lorsque mon réveil sonna le lendemain matin, j'émergeai difficilement. J'avais mal dormi, fait des rêves étranges, et une impression de malaise irrationnel s'imposait à moi. Je me levai lentement et me dirigeai vers la fenêtre. Un épais brouillard opaque avait avalé tout le quartier et s'accrochait obstinément, donnant à la rue des allures macabres de film d'horreur. Je frissonnai et allai prendre une douche brûlante afin de tenter de me détendre - ce qui ne fut pas un franc succès. La journée ne me promettait pas de merveilles. Je descendis prendre mon petit-déjeuner sans grand espoir de réussir à avaler quoi que ce soit. Charlie était déjà parti et étrangement, cela me soulagea. Je n'avais pas vraiment envie d'affronter mon père le matin de ma rentrée dans ce nouveau lycée. Je vis qu'il m'avait tout de même laissé un mot d'encouragement, sans doute dans l'espoir de me rassurer, ce qui eut l'effet inverse.
Je finis par quitter la maison sans manger et me dirigeai lentement vers ma voiture afin d'éviter de glisser sur le sol humide. Le brouillard commençait enfin à se lever. J'arrivai indemne à ma Chevrolet et me réfugiai dans l'habitacle avec soulagement. Un nœud me tordait l'estomac et je n'avais qu'une envie, mettre le contact et retourner le plus vite possible à Phoenix. Malheureusement, je n'avais aucune idée de la tenue de route de mon véhicule et un voyage jusqu'en Arizona serait bien susceptible de lui être fatal. Soupirant, je démarrai et pris la route du lycée de Forks, résignée à subir une journée de calvaire.
Je trouvai l'édifice sans mal et suivis la file de voiture qui se dirigeaient vers le parking. Le lycée était une bâtisse ancienne construite en briques rouges et avait plus des allures d'usine que d'établissement scolaire. Merveilleux. Mon cœur s'emballa et je manquai d'oxygène. Je trouvai rapidement une place et descendis avec précaution. Mieux valait pour moi ne pas attirer l'attention dès les premières minutes. Je me fondis dans la masse du mieux que je pus, tête baissée, et me dirigeai vers l'escalier menant au bâtiment principal. Malheureusement pour moi, les marches étaient assez glissantes pour que je dérape et bascule dès mes premiers pas. Je tombais en arrière lorsque je heurtai brusquement le corps de quelqu'un. Deux bras me rattrapèrent de justesse.
— Hé, là ! Doucement, reste avec nous !
Je renversai la tête vers le visage de mon sauveur et vis deux yeux bleus me fixer avec amusement. L'adolescent était blond, les cheveux savamment coiffés en brosse et le visage rieur. Morte de honte, je me redressai vivement - trop, car la tête me tourna - et tentai de camoufler mon visage écarlate par le rideau de mes cheveux rabattus sur mon visage.
— Désolée, marmonnai-je, extrêmement gênée.
— C'est rien, va. Rien de cassé ? s'enquit-il aimablement.
Je secouai négativement la tête tout en tentant de repartir en direction du bâtiment; mais le garçon me rattrapa bien vite.
— Au fait, je m'appelle Mike. Mike Newton.
Il affichait un grand sourire qui me força à me présenter à mon tour.
— Bella. Bella Swan, dis-je simplement.
— Oui, je m'en doutais. C'est pas souvent qu'on a des nouveaux par ici.
Je le savais ! J'étais là depuis deux jours mais toute la ville était au courant de ma venue depuis des semaines. Je grommelai discrètement avant de reprendre ma route, espérant que mon interlocuteur abandonne la partie. Malheureusement Mike me rattrapa une fois de plus et se fit un devoir de m'accompagner au secrétariat où je récupérai mon emploi du temps, une feuille à faire signer par les professeurs ainsi que tout un tas de paperasse inutile. A la vue de mon planning de cours, Mike m'apprit avec un réel plaisir que nous étions dans la même classe. Guère étonnant vu le nombre d'élèves que l'établissement accueillait.
Je passai donc la matinée à côté de Mike et pus faire la connaissance d'une partie de sa bande. A midi, arrivée à la cafétéria bondée et extrêmement bruyante, je connaissais déjà sa petite amie, Jessica, une petite brune aux yeux verts, ainsi que la meilleure amie de celle-ci, Lauren, une grande blonde aux yeux bleus hautains. Un regard beaucoup trop glacial pour une fille qui me connaissait à peine. Durant le repas, il me présenta également son meilleur ami, Tyler, un adolescent discret à la peau sombre, ainsi que le jeune couple que constituaient Angela et Ben, assez discrets et effacés par rapport au reste du groupe. Malgré ma morosité, je devais admettre que tous - ou presque - étaient vraiment sympathiques et m'avaient accueillie chaleureusement comme l'une des leurs. Mike était aux petits soins, sous le regard amusé d'Angela et Ben. Ces deux là allaient vraiment bien ensemble et j'eus immédiatement l'impression qu'Angela et moi nous entendrions bien. Au contraire, Jessica me sembla plutôt renfrognée devant le comportement de son petit ami à mon égard, un peu trop empressé, ce qui me mit mal à l'aise vis-à-vis d'elle. Mais celle qui me surprit le plus fut Lauren, carrément hostile à ma personne. Elle ne cessa de me dévisager férocement de tout le repas et je tentai difficilement d'en faire abstraction. Pour ajouter à mon malaise, l'impression d'un regard vrillé sur mon dos me poursuivait depuis le début de la journée. N'y tenant plus, je jetai un rapide coup d'œil au reste du réfectoire afin de me débarrasser de cette paranoïa persistante. Erreur. Je découvris alors beaucoup trop de paires d'yeux tournées vers notre table à mon goût. Pas vraiment discret. Rouge de honte, je plongeai immédiatement dans mon assiette en priant intensément pour disparaître. Hélas, je restai clouée à ma chaise, en proie à une gêne de plus en plus prononcée.
— Bella, tout va bien ? s'enquit Angela, soudain inquiète.
Je relevai la tête, consciente de tous les regards plantés dans mon dos, et lui adressai un pauvre sourire.
— Oui, oui, Angela, tout va bien, ne t'en fais pas pour moi. Je viens juste de me rendre compte que j'avais oublié mon portable en salle de maths et il vaudrait mieux que j'aille tout de suite le récupérer avant de me le faire voler.
Je me levai précipitamment et m'apprêtais à partir lorsque Mike me retint par le bras.
— Attends, Bella, je t'accompagne ! Tu ne connais pas encore bien les bâtiments, tu risques de te perdre.
Pauvre Mike ! Ce lycée était cinq fois plus petit que mon école primaire de Phoenix ! Je glissai un regard en direction de Jessica et vis une lueur assassine dans ses prunelles émeraudes. Je soupirai intérieurement; c'était mon premier jour dans ce lycée, je n'avais absolument rien fait de spécial, et j'avais déjà gagné un soupirant et deux rivales. Record personnel.
— Non, merci Mike, ce n'est pas la peine de te déranger pour moi. On se retrouve tout à l'heure.
Et je détalai le plus vite possible sans lui laisser le temps de répliquer. Arrivée dehors, je me précipitai vers le parking et me réfugiai dans ma voiture. Là, je m'écroulai sur le siège conducteur et posai mon front sur le volant. Ce contact frais me fit du bien. Je tentai en vain de calmer mes palpitations et de reprendre une respiration à peu près normale. Moi qui détestais attirer l'attention, j'étais servie.
Soudain, un coup léger à la fenêtre me fit sursauter. D'instinct, je verrouillai les portières tout en me redressant. Je tournai la tête vers la personne responsable de cette réaction stupide et restai clouée bêtement à mon siège. Le jeune homme qui me fixait n'avait rien de banal et était d'une beauté presque surnaturelle. Sa peau était bien plus pâle que la normale mais cela n'ôtait rien à son charme et ne le rendait que plus irréel. Il avait un visage parfait, sans aucun défaut, un nez aquilin, des lèvres pleines et parfaitement dessinées, des traits délicats mais virils. Ses cheveux cuivrés et ondulés étaient en désordre sans pour autant lui donner l'air négligé. De légers cernes soulignaient ses yeux surprenants, d'une couleur dorée, comme deux pierres d'ambre. J'étais tellement éblouie par cette soudaine apparition, sans trop savoir pourquoi toutefois, que je ne me rendis pas tout de suite compte que je le fixais ostensiblement, la bouche ouverte, sans plus respirer depuis un bon moment. Piquant un fard pour la énième fois de la journée, j'inspirai violemment, à court d'oxygène, puis déverrouillai ma porte et descendis la fenêtre afin de m'adresser à lui. Cependant, aucun son ne sortit. J'étais complètement perdue dans son regard.
— Bonjour, me salua-t-il doucement.
Sa voix, un merveilleux ténor, était aussi parfaite que le reste de sa personne. Il avait un air méfiant et j'étais certaine qu'il devait me prendre pour une folle. Mais que me voulait-il ?
— Bonjour, lui répondis-je timidement. Je peux t'aider ? ajoutai-je après une hésitation.
Un sourire barra cette fois son visage parfait, découvrant des dents parfaitement blanches et alignées. Je retins une fois de plus ma respiration, totalement subjuguée.
— Je pensais que c'était plutôt toi qui avais besoin d'aide. Tu ne te sens pas bien ? Je t'ai aperçue de loin et j'ai bien cru que tu allais faire un malaise.
Il me vrilla de son regard étonnant, comme s'il cherchait lui-même la réponse à sa question. Les yeux plongés dans ses prunelles dorées, je ne pus m'empêcher de lui répondre honnêtement, presque mécaniquement, comme hypnotisée.
— Effectivement. Je ne me sentais pas très bien. Mais ça va mieux, merci.
Ma réponse ne sembla pas le satisfaire. Que voulait-il donc ?
— Hum… Au fait, je m'appelle Edward… Cullen, reprit-il au bout d'un moment.
— Bella Swan, répondis-je lentement à sa présentation. Je ne comprenais pas pourquoi il restait planté là, attendant je ne sais quoi.
Une ombre frustrée passa sur son visage, mais il se recomposa rapidement une expression aimable.
— Ravi de faire ta connaissance, Bella. Je ne voudrais pas paraître impoli mais les cours vont bientôt reprendre. Tu devrais descendre de là.
Il m'adressa un sourire en coin à faire tomber toutes les filles comme des mouches et ouvrit la portière avant de me tendre la main. J'hésitai brièvement avant de me décider à la prendre. Son contact m'électrisa et je frissonnai violemment. Sa main était glacée. Surprise, je relevai soudainement la tête avant de sauter à terre. Son visage s'était crispé et il me lâcha brusquement. J'étais complètement perdue. Il changeait d'humeur tellement rapidement !
— Allons-y, s'exclama-t-il, le visage impassible.
Je fronçai légèrement les sourcils. Me prenait-il pour une idiote, croyait-il réellement que je ne remarquais rien de bizarre dans son attitude ? Puis je tournai les talons, consciente qu'il me suivait. Je ne savais plus quoi dire. Il me tira alors de mes pensées par son irrésistible ténor.
— Ne t'en fais pas, ça leur passera.
— Pardon ? Je n'avais absolument aucune idée de quoi il pouvait bien parler.
— Ils ne sont pas habitués à accueillir de nouveaux habitants par ici. Quand ma famille et moi sommes arrivés à Forks, nous avons vécu la même chose que toi aujourd'hui. Au début, c'est assez gênant, mais je pense que tu n'auras aucune difficulté à t'intégrer, les gens sont plutôt faciles à vivre dans le coin.
Je lui adressai un timide sourire et continuai à marcher. Nous étions côte à côte à présent et son odeur me parvint alors. Un léger parfum de miel et d'autre chose que je ne sus identifier. Tellement enivrant. Je me demandais toujours pourquoi il s'obstinait à m'accompagner. Je ne l'avais pas vu en classe ce matin, nous ne devions donc pas être dans la même classe car si cela avait été le cas, je l'aurais immédiatement remarqué. Il me ramena une fois de plus à la réalité. Sa voix m'hypnotisait tout autant que ses yeux.
— Pardonne mon indiscrétion, tu n'es pas obligé de répondre, mais… pourquoi es-tu venue t'enterrer à Forks ? Il me semble avoir entendu dire que tu vivais en Arizona avec ta mère. Tu en avais assez de voir le soleil ?
Je le dévisageai, étonnée, tentant de garder mes idées claires devant son sourire en coin qui allait finir par me rendre folle. Pourquoi tenait-il à ce que je lui raconte ma vie ? Et comment était-il au courant de tant de choses me concernant ? Je me ressaisis. Après tout, tout le monde connaissait l'histoire de Charlie ici. Alors pourquoi pas lui ? A la réflexion, il me semblait étrange qu'un être tel que lui prête attention à ce genre de ragot. Pourtant, une fois de plus, je ne pus retenir mes paroles. Son regard intensément scrutateur m'empêchait de lui mentir de quelque façon que ce soit.
— Si, d'ailleurs la chaleur me manque déjà énormément. Mais ma mère s'est remariée et mon beau-père est constamment en déplacement. Alors plutôt que de forcer ma mère à rester avec moi à la maison, j'ai préféré m'installer ici et lui permettre de l'accompagner.
— Plutôt généreux de ta part, conclut-il, un sourire en coin de nouveau accroché à ses lèvres. Mais, dis-moi, penses-tu réellement que ta mère puisse être heureuse en sachant que tu te sacrifies pour son bonheur ? N'as-tu pas peur qu'elle culpabilise en se disant qu'elle oblige sa propre fille à s'éloigner d'elle ?
Je le dévisageai, ahurie. Comment faisait-il ? Son audace me clouait sur place et venant du n'importe qui d'autre, j'aurais sans aucun doute répliqué que cela ne le regardait absolument pas, mais étrangement, cette remarque me toucha. Jusque là, j'avais eu l'impression d'être la seule à avoir pensé à ce que ma mère pouvait bien ressentir suite à mon départ et voilà qu'un homme que je ne connaissais pas il y avait encore dix minutes me déballait tout ce que je m'étais dit ces deux derniers jours. Je me décidai à m'expliquer, sans savoir pourquoi je lui débitait toute ma vie. Cela me gênait, bien que je ne puisse m'en empêcher. Je me lançai, la tête baissée, regardant mes pieds.
— Eh bien, vois-tu, ma mère m'a élevée seule pendant seize ans, elle ne s'est jamais occupée que de moi et je passais avant tout, même avant elle, ce qui fait que lorsque Phil a débarqué, je me suis sentie obligée de lui céder la place, même si je savais que je passais toujours avant lui pour elle. Mais justement, c'est ce qui me gênait. Je ne tenais pas à ce qu'elle gâche sa chance de vivre enfin le bonheur auprès d'un homme qui l'aime sincèrement. Alors j'ai décidé de m'effacer, estimant que cela serait moins égoïste de ma part de les laisser vivre leur idylle. Ma mère est encore jeune et elle mérite d'être heureuse. Alors je n'ai absolument aucun regret.
Je levai enfin la tête afin de jauger à quel point je l'ennuyais et eus le malheur de sombrer dans ses prunelles. Il me dévisageait intensément et son regard me brûlait. Il avait l'air absorbé dans une contemplation muette. Cette vue me coupa le souffle et mon cœur s'affola, mais j'étais incapable de détacher mon regard de ses yeux aux prunelles incandescentes. Nous nous étions arrêtés de marcher et je n'avais plus aucune notion de temps. J'aurais voulu que cet instant ne prenne jamais fin. Soudain, la sonnerie retentit, brisant le silence religieux dans lequel nous étions plongés, et nous fit tous deux sursauter violemment. Je repris une respiration saccadée et rougis tellement que je replongeai mon regard sur mes chaussures.
Je gardai un silence perturbé jusqu'à notre arrivée au bâtiment des laboratoires de langues, n'arrivant pas à calmer les battements de mon cœur affolé. Lorsque nous arrivâmes dans le couloir, tous les regards se tournèrent vers nous, ahuris. Je me tournai vers Edward, en quête d'une réponse à ma question muette, mais rien ne transparaissait sur son visage. Mal à l'aise, j'accélérai le pas. La bande de Mike était en vue devant le labo d'espagnol et nous fixait avec le même air idiot que tous les autres abrutis que nous croisions. Je stoppai à distance respectable de mes nouveaux amis et me tournai de nouveau vers celui qui m'accompagnait. Il me regardait en souriant.
— Bon… commençai-je, ne sachant trop quoi dire. Merci de m'avoir accompagnée jusqu'ici et d'avoir voulu m'aider tout à l'heure.
— Je t'en prie - nouveau sourire en coin. Bon sang, comment pouvait-on être aussi beau ? Je vais devoir te laisser là ou tes amis vont finir par se décrocher la mâchoire à force de nous dévisager comme ça, poursuivit-il en riant ouvertement.
Je rougis une fois de plus à l'idée des regards plantés dans mon dos et, étonnement, de honte à l'idée de l'image qu'ils devaient renvoyer à Edward.
— Désolée, finis-je par lancer inutilement. Je ne sais pas pourquoi ils réagissent comme ça.
— J'ai ma petite idée sur la question mais je préfère faire comme si de rien n'était.
Je fronçai les sourcils. Je ne comprenais plus rien.
— Bon, je dois aller à mon propre cours. On se reverra sûrement !
M'adressant un dernier sourire en coin - je sentis mes jambes flageoler - il tourna les talons. Je restai plantée là, comme une idiote, jusqu'à ce qu'Angela me tapote l'épaule afin d'attirer mon attention.
— Hé, tu rêves ? On doit rentrer en cours ! C'est Cullen qui te fait cet effet ? Faut avouer qu'il est canon !
Je me tournai vers elle en souriant timidement. Je me sentais complètement stupide.
— Ne t'en fais pas, les autres sont des imbéciles. C'est juste qu'on n'a pas l'habitude de le voir parler à quelqu'un d'autre qu'à ses frères et sœurs.
Nous nous dirigeâmes vers une table au fond du labo. J'étais de plus en plus perdue.
— Comment ça ? Il ne parle à personne d'habitude ?
— Non. Les Cullen restent entre eux. Ils sont assez bizarres à vrai dire. Ils évitent le contact avec les autres élèves autant qu'ils le peuvent. Edward a même toujours refusé d'avoir un partenaire de labo en biologie !
Je me devais d'admettre qu'Edward n'était pas tout ce qu'il y avait de plus banal.
— Il m'a vaguement parlé de leur arrivée à Forks, me souvins-je soudainement. Depuis quand sont-ils là ?
Je ne me souviens pas les avoir déjà aperçus lors de mes séjours ici.
— En fait, ils sont arrivés il y a deux ans. Mais ils ne vivent pas en ville. Ils ont préféré s'isoler dans une villa en forêt. Ils n'ont pas l'air très sociables, bien que les parents soient tout à fait adorables.
J'opinai lentement, plongée dans mes réflexions. Du peu que j'avais parlé avec Edward, il ne m'avait pas paru taciturne pour un sou. Plutôt aimable, et extrêmement poli, bien que sujet à de soudaines sautes
d'humeur.
— Combien sont-ils ? demandai-je finalement, prenant tout à coup conscience qu'elle avait parlé de frères et sœurs.
— Sept. Ils sont cinq enfants et Edward est le plus jeune de la famille. Mais ils n'ont aucun lien de parenté. Ils ont été adoptés par le docteur Cullen et sa femme. Je n'ai jamais vu un homme aussi beau que le docteur Cullen ! C'en est presque effrayant !
Elle frissonna à cette pensée, les yeux perdus dans le vague. Je ne répondis pas et me plongeai à nouveau dans mes réflexions. Je trouvais la situation de plus en plus étrange. Edward dégageait une aura vraiment anormalement puissante. Je n'avais jamais rencontré quelqu'un d'aussi attirant, au sens littéral du terme. L'idée de l'aimant me vint à l'esprit. C'était effectivement l'image qui convenait le mieux pour illustrer l'attraction qu'il exerçait sur moi. Vraiment étrange. Décidément, Forks n'avait rien d'une ville commune et ses habitants l'étaient encore moins.
J'attendis avec impatience que la sonnerie nous annonce la fin des cours et me rangeai mes affaires avec soulagement. Angela et moi prîmes la direction du parking et je la laissai dans les bras de Ben pour rejoindre ma Chevrolet. Cette première journée n'avait rien eu de très conventionnel. A Phoenix, j'avais toujours été transparente et ici, j'avais l'impression d'être une attraction. N'importe qui aurait été flatté par toute cette attention, mais moi, je le vivais mal. Étant plutôt solitaire, la popularité était pour moi quelque chose d'abstrait, de futile, et de très lointain. Mais apparemment, je ne devrais pas compter sur les autres élèves pour me laisser en paix. J'eus le mauvais pressentiment que quoi que je ferais, je resterai la nouvelle, Celle-Qui-Venait-d'Arizona.
Je soupirai et garai ma voiture dans l'allée de graviers. Je n'avais même pas fait réellement attention à la route et étais rentrée machinalement, la tête complètement ailleurs - il était d'ailleurs étonnant que je n'ai pas eu d'accident en chemin. Je descendis de voiture et me dirigeai vers la maison. Je montai dans ma chambre après être passé dans la cuisine prendre un ou deux gâteaux dans le placard, allumai l'ordinateur, sortis mes cours de la journée, et m'affalai finalement sur mon lit, mes écouteurs sur les oreilles. Je finis par m'assoupir et fut réveillée par les vibrations de mon téléphone portable dans la poche de mon jean. J'éteignis le lecteur CD, jetai un œil sur le numéro et décrochai finalement.
— Allô ? Bella ?
Cette voix affolée, je l'aurai reconnue entre mille.
— Oui maman.
— Ça fait plaisir de t'entendre. Comment ça s'est passé, cette première journée ?
Euh… une chute dès mon arrivée, des regards indiscrets toute la journée, une fuite de la cafète, une fille qui me haïssait déjà et un jeune homme étrange qui venait m'aborder !
— Mieux que ce que je redoutais. Ils sont tous très sympa et je me suis déjà fait des amis.
— Je suis tellement soulagée que tu me dises cela Bella ! Je me faisais tellement de soucis !
— Je t'avais pourtant dit de ne pas t'en faire et que tout irait bien, maman.
— Tu sais bien que je ne peux pas m'en empêcher.
— Oui je sais. Alors le déménagement ? C'est pour quand ?
— Pour ce week-end. Phil est déjà parti pour faire du repérage et il a trouvé une maison magnifique. Il m'a envoyé des photos, elle est vraiment splendide, pas très loin de la plage, lumineuse et moderne. Je suis tout excitée à l'idée d'aller vivre en Floride ! J'aimerais tellement que tu sois là !
— Ne t'inquiète pas maman, pour vous aussi tout va bien se passer. Phil est un mari parfait et je suis certaine que votre nouvelle vie sera merveilleuse.
— J'en suis sûre, chérie. Je vais te laisser ma puce, je dois encore terminer des cartons, les déménageurs viennent demain pour récupérer le plus gros des meubles.
— Vas-y. Je t'aime maman.
— Moi aussi ma chérie. Tu me manques.
— Toi aussi. A bientôt.
— Au revoir chérie.
Je raccrochai et posai le téléphone sur ma table de nuit, puis me rallongeai, les yeux fixés au plafond. Ma mère m'avait semblée étrange, trop excitée, à croire qu'elle me cachait quelque chose. Je savais que mon départ pour Forks l'avait bouleversée car elle n'était pas habituée à se séparer de moi aussi longtemps, mais cette fois, cela semblait différent. J'avais la nette impression que je n'avais rien à voir dans ses soucis. C'était comme si elle m'avait appelée pour se consoler, reprendre confiance. Y aurait-il un problème avec Phil ? Et si oui, lequel ? Elle m'avait dit que Phil était parti faire du repérage sur place. Pourquoi ne l'avait-elle pas accompagné ? Après tout, peut-être était-ce plus rapide qu'elle reste à Phoenix afin de régler les derniers détails pour le rejoindre ensuite. Je me forçai à regarder l'heure et dus me résoudre à descendre à la cuisine pour chercher de quoi faire le repas du soir. Je réussis à trouver de quoi préparer un gratin de pommes de terre, et une fois celui-ci enfourné, je remontai prestement faire mes devoirs.
Lorsque j'entendis la voiture de Charlie sur les graviers, je descendis et sortis le gratin du four. Mon père entra dans le hall et posa son arme et sa veste sur le porte-manteau.
— Ça sent bon par ici. Je n'en ai pas l'habitude !
— Bonjour papa.
Il s'assit sur une chaise tandis que je mettais la table et servais le repas.
— Alors cette journée ? Tu as survécu, finalement.
— Je m'attendais à pire. J'ai fait la connaissance de quelques personnes plutôt sympas et les profs n'ont pas l'air trop mal.
— Ah oui ? Et qui sont ces nouveaux amis ?
Il n'y avait que dans une ville comme Forks où un père pouvait connaître tous les amis de sa fille - et mieux qu'elle-même de surcroît.
— Euh… En premier, j'ai rencontré Mike… Newton, je crois.
Je décidai de passer sous silence l'épisode de la chute dans les escaliers car, à coup sûr, il ne manquerait pas de s'en moquer.
— Ah oui, je connais bien ses parents, ils possèdent le magasin de sport. Chouette gosse, quoi qu'un peu chahuteur. Il sort avec Jessica Stanley, c'est ça ?
J'ouvris des yeux ronds. Non seulement il connaissait tous les jeunes de la ville mais en plus, il était au courant de toute leur vie sentimentale ! Je n'avais pas intérêt à sortir avec un garçon du quartier ou bien je pouvais dire adieu à la tranquillité.
— Oui, c'est ça. Elle à l'air sympa également. Par contre son amie Lauren ne m'a pas semblé très amicale.
— Son père est parti il y a quelques années et depuis elle est un peu… mordante. Mais elle n'est pas méchante.
Je n'osai pas dire à mon père qu'à mon avis, son antipathie à mon égard n'avait rien à voir avec ses problèmes familiaux.
— Hum… Angela Weber, par contre, est celle que j'ai le plus apprécié. Elle est vraiment adorable et je pense que nous allons bien nous entendre.
— Ah oui ! Son père est le pasteur de Forks. C'est une fille très bien, je suis content que vous soyez déjà amies.
J'hésitais à poursuivre. Je redoutais la tournure que risquait de prendre la conversation.
— Et… j'ai également parlé à un certain Edward… Cullen ?
Mon père haussa les sourcils - ce qui me fit regretter d'avoir ouvert la bouche - mais me sourit finalement - encore plus étrange - et lâcha finalement :
— Cullen, dis-tu ? Edward Cullen ? Le fils du docteur ?
— Il me semble, répondis-je lentement.
— Je connais bien son père. Un très bon médecin. Je ne connais pas meilleur homme. Sa femme est également délicieuse. C'est une famille remarquable, très unie. Et Edward est un bon garçon, extrêmement bien élevé, comme tous ses frères et sœurs d'ailleurs.
— Oui, il m'a paru assez gentil. Mais il ne parle pas beaucoup aux autres. Il est plutôt renfermé d'après ce que m'a dit Angela.
— J'ai toujours dit que les enfants Cullen n'avaient rien à faire ici. Ils sont bien plus matures que la plupart des personnes que je connaisse. Et il me semble qu'ils se destinent aux différentes universités de l'Eavy League. Ils iront loin, j'en suis sûr. Mais dis voir… Tu t'intéresses bien à ce Cullen !
Et voilà ! Je savais que j'aurais mieux fait de me taire ! Je me sentis rougir soudainement. Pourquoi fallait-il qu'il en rajoute ?
— Non, je suis juste curieuse. Il n'a pas vraiment l'air d'un lycéen… « normal ».
— Hum… je suis assez d'accord.
Je me tus, de peur de dire une phrase de trop et le reste du repas se passa dans le silence. Charlie restait soupçonneux et me jetait un coup d'œil de temps à autre, mais je l'ignorai, concentrée sur mon gratin. Une fois les assiettes terminées et le plat vidé - mon père dévorait - je fis rapidement la vaisselle et remontai dans ma chambre le plus vite possible afin d'échapper à de nouvelles questions indiscrètes. Je trouvais bien étrange qu'Edward laisse des impressions tellement différentes suivant les personnes auxquelles il s'adressait - ou au contraire ne s'adressait pas.
Je me préparai à me coucher et une fois de plus, la douche me détendit quelque peu. Je n'arrivais pas à savoir ce qui ne tournait pas rond dans cette histoire. Edward avait quelque chose d'étrange, de mystérieux, de presque… inhumain. D'accord. Là, je devenais vraiment cinglée. Encore un peu et j'étais bonne pour l'asile. N'empêche… il semblait vraiment irréel. Sa beauté surpassait tout ce que j'avais pu voir jusqu'à présent et n'importe quel mannequin masculin se serait damné pour avoir la chance de lui arriver à la cheville. Son visage sans défaut, ses yeux merveilleux, sa voix au timbre si parfait, tout, jusqu'à son allure, sa démarche, sa façon de parler ou de sourire, semblait sortir tout droit d'une autre dimension. Un humain ne pouvait décemment être aussi parfait, c'en était presque effrayant comme disait Angela.
J'étais allongée sur mon lit et je me rendis soudain compte que les battements de mon cœur étaient bien trop désordonnés et que j'avais cessé de respirer. Qu'est-ce qui m'arrivait ? Pourquoi réagissais-je ainsi face à lui ? Je ne pouvais pas être attirée à ce point en ne l'ayant vu qu'une seule fois ! Je ne le connaissais même pas vraiment ! Je devais me calmer, respirer convenablement et ne plus y penser. Malheureusement, son visage d'ange s'imposa à moi avec une telle clarté que j'abandonnai finalement toute tentative de le faire disparaître et je m'endormis en pensant à lui.
Edward
L'aube pointait. Un brouillard épais avait englouti la vallée et la ville de Forks, mais je m'étais aventuré jusque dans les hauteurs et l'aurore offrait un spectacle majestueux du sommet des montagnes. Les nuages de l'horizon avaient pris peu à peu une teinte indigo, pour passer progressivement au mauve, puis au rose orangé. Forks ne verrait certainement pas le soleil aujourd'hui, mais la vue que j'avais de mon point d'observation était splendide. Je n'avais pas envie de rentrer. Je n'avais aucune envie de retourner au lycée pour entendre à nouveau toutes ces voix me déballer leurs futilités. Ces dernières semaines, toutes les pensées des adolescents étriqués de la région étaient tournées vers Isabella Swan, la fille du Chef de Police de Forks, qui devait arriver aujourd'hui. Je n'en pouvais plus d'entendre parler de cette fille - comme si je n'avais déjà pas assez de celles qui me tournaient autour comme des rapaces depuis mon arrivée ici. J'avais l'impression d'être un morceau de viande convoité par toute une meute de chiennes en chaleur, c'en était épuisant. Et bien sûr, j'étais le seul à endurer cette torture puisque mes deux frères étaient déjà en couple, ce qui avait dissuadé les prétendantes possibles. D'ailleurs, ils ne se gênaient pas pour me charrier le plus possible sur cette popularité totalement involontaire et nullement désirée. Je ne supportais pas les pensées perverses de ces adolescentes bourrées d'hormones qu'elles étaient incapables de contrôler - cela me rendait fou et j'en devenais parfois agressif. Je redoutais ce jour, car ce serait pire encore et j'aurai droit à toutes les pensées salaces ou envieuses qui me parviendraient tout au long de cette maudite journée. J'en avais vraiment assez de cette condition qui nous obligeait à jouer aux élèves modèles. Cette couverture commençait réellement à me peser et j'envisageais sérieusement de partir d'ici.
Je me ressaisis, chassai un dernier cerf et rejoignis Alice pour reprendre le chemin de la maison. De toute la famille, elle était celle dont j'étais le plus proche, en dehors de mes parents, celle sur qui je pouvais compter à cent pour cent à tout moment, celle en qui j'accordais une confiance presque sans limite. Son soutien m'était vital et son absence se serait ressentie sur mon moral et mon comportement. Sans elle, j'aurais sombré depuis longtemps et accompli des actes que j'aurais regrettés par la suite. Or, je voulais rester digne de mon père et de tout ce pour quoi il s'était battu toutes ces années.
Nous effectuâmes le trajet jusqu'à la villa en silence. Elle avait fermé l'accès à ses pensées et je lui en fus reconnaissant. Tournant la tête pour lui adresser un sourire de gratitude, je vis un pli soucieux barrer son front. Je la soupçonnai alors de me cacher une vision et la stoppai aussitôt.
— Alice, que se passe-t-il ?
— Je ne sais pas.
— Comment ça ? Pourquoi me bloques-tu l'accès à tes pensées dans ce cas ? Tu as vu quelque chose ?
— Je ne te bloque pas l'accès à mes pensées, je t'assure ! J'ai juste tenté de vérifier que la journée se déroulerait sans incident, à cause de l'arrivée de la nouvelle, et je n'ai rien vu. Il est donc normal que tu n'aies rien vu non plus !
— Je ne comprends pas. Tu veux dire que tu ne voies plus notre futur ? Elle opina. Qu'est-ce que cela signifie ?
— Je ne comprends pas plus que toi, ça ne m'était jamais arrivé auparavant. Ce n'est pas normal.
— Rentrons, il faut absolument en parler à Carlisle.
Acquiesçant, elle se remit à courir. Je la rattrapai sans difficulté. Cette nouvelle m'inquiétait réellement et j'espérais fortement que mon père aurait une réponse logique à ce phénomène. Il devait en avoir une, il en avait toujours.
— Ce n'est pas normal… Il vous faudra surveiller cette Isabella, gardez un œil sur elle, on ne sait jamais.
— Mais pourquoi ? Ce n'est qu'une humaine ! Que veux-tu qu'elle aie à voir dans cette histoire ? demanda alors Emmett. Il était tout aussi perdu que nous et avait posé à voix haute la question que tout le monde se posait tout bas.
* Pourtant, la fille du Chef Swan… Tout de même, c'est un brave homme, tout ce qu'il y a d'ordinaire, pourquoi sa fille serait-elle différente ? * Alice
Les pensées de ma sœur s'accordaient aux miennes mais je n'en demeurais pas moins inquiet.
— Je ne sais pas et c'est cela qui m'inquiète justement, répondit mon père à la question d'Emmett. Restez prudent.
Je hochai la tête, entièrement d'accord avec son dernier conseil, et montai me changer. J'en avais assez que cette Isabella me complique la vie alors qu'elle n'y était même pas encore entrée.
Dans la voiture, personne ne parla mais tous étaient préoccupés par le fait qu'Alice soit incapable de voir notre futur et ils ne pouvaient pas me le cacher. Arrivé sur le parking du lycée, je me garai à ma place habituelle. Curieusement, personne d'autre n'osait l'occuper, ce qui était certainement dû fait que nous étions si impressionnants que personne n'osait faire quoi que ce soit qui soit susceptible nous contrarier. Emmett s'amusait d'ailleurs beaucoup de cela et nous exaspérait souvent par son comportement intimidant. Bien qu'il n'ait jamais été violent ou agressif, sa carrure d'ours lui permettait d'effrayer n'importe qui sans avoir à ouvrir la bouche et il trouvait cela parfaitement désopilant - au grand dam de sa femme. À peine fus-je sorti de la voiture que les pensées des lycéens m'assaillirent. Un bourdonnement incessant amplifié par la frénésie qui régnait dans les lieux. Pourquoi les humains étaient-ils aussi bruyants lorsqu'ils pensaient ? Ne pouvaient-ils pas être plus discrets ? Décidément, ma mauvaise humeur devenait incontrôlable. Je perdais patience beaucoup trop facilement. Je devrai être prudent aujourd'hui, malgré ma récente chasse. Je fermai les yeux en soupirant et pris ma tête entre mes mains, tentant de fermer mon esprit à tout ce boucan et ainsi essayer de me clamer un peu. J'aurai certainement un mal de crâne épouvantable à la fin de la journée. Alice me jeta un regard inquiet du coin de l'œil. Je n'y prêtai pas attention et ignorai sa question muette.
Soudain, une odeur inconnue me parvint clairement. Un parfum chantant, attirant comme aucune autre odeur de ma connaissance. Je humai l'air à la recherche du propriétaire, lorsque je la vis. Elle venait de descendre de voiture et tentait de se fondre dans la foule d'élèves. Sa fragrance était réellement alléchante. Non. En réalité, elle ne l'était pas. Pas du tout. Aussi anormal que cela puisse paraître, son odeur ne m'attirait nullement. Je n'éprouvais aucun désir de lui sauter à la gorge. Curieux. Je la suivis des yeux, essayant de me focaliser sur ses pensées, en vain. Peut-être ne la connaissais-je pas assez, ou bien le bruit ambiant m'empêchait de me concentrer correctement. Avait-elle conscience que sa tentative de passer inaperçue avait échouée lamentablement ? Parce que chaque élève présent sur le parking avait les yeux rivés sur elle. Quels abrutis ! Aucun respect de la personne, aucune discrétion. Au pied de l'escalier, j'aperçus Mike Newton aux côtés de sa petite amie, Jessica Stanley crus-je me rappeler, ainsi que de Lauren, une peste qui me poursuivait avec assiduité depuis deux ans et dont je n'arrivais pas à me défaire. Newton lorgnait la nouvelle arrivante d'une manière peu galante et apparemment, Lauren s'en était aperçue. La suite se passa très vite et je n'eus pas le temps de bouger le petit doigt. Elle attendit patiemment qu'Isabella passe près d'elle et lui fit sournoisement un croche-pied discret au moment où elle entamait l'ascension des marches. Malheureusement pour elle, Newton se précipita pour la rattraper avant qu'elle ne finisse sa chute et l'accueillit dans ses bras. La pauvre ! Sur tout le lycée, il avait fallut qu'elle tombe sur le pied de Lauren et dans les bras de Newton. Je ne pus retenir un soupir désolé qui attira l'attention d'Alice à mes côtés.
— Que se passe-t-il s'enquit-elle, intriguée par ma soudaine lassitude.
— C'est la fameuse Isabella. Deux minutes qu'elle est là et elle s'est déjà trouvée un admirateur et une ennemie, répondis-je en lui désignant la scène du menton.
Je l'entendis rire mais avais déjà reporté mon attention sur l'intéressée. Nous avançâmes parmi les élèves tandis que Mike et sa nouvelle conquête se dirigeaient vers le secrétariat.
* Et alors, elle en dit quoi, elle, de Newton ? * demanda silencieusement ma sœur, moqueuse, en me gratifiant d'un coup de coude dans les côtes.
— Je n'en ai aucune idée, marmonnai-je en tentant à nouveau d'entendre la moindre pensée pouvant me parvenir.
— Comment ça ? s'enquit-elle à voix haute, les yeux ronds, réellement surprise.
— Je n'arrive pas à lire ses pensées. Ou je ne les identifie pas dans tout ce chahut, lui répondis-je le plus bas que je pus. En tout cas, Mike vient d'oublier Jessica. Il trouve cette fille très à son goût pour rester dans le vocabulaire correct et civilisé, ajoutai-je un peu plus haut, irrité par la grossièreté de cet abruti.
— Attends un peu, me coupa Alice. Tu n'as jamais eu besoin de silence pour discerner les pensées d'une personne, remarqua-t-elle à voix trop basse et à débit trop rapide pour les oreilles humaines qui nous entouraient. Tu n'entends vraiment rien ?
— Le silence total, lui assurai-je, un peu décontenancé par sa soudaine inquiétude.
* Ce n'est pas normal. Je ne vois plus le futur et tu ne lis pas ses pensées. Cette humaine a quelque chose de… spécial. *
Je fronçai les sourcils, prenant pour la première fois pleinement conscience de la situation. Alice avait raison, tout cela était anormal.
Je passai la matinée à tenter de discerner à travers les couloirs les pensées d'Isabella. Ou Bella comme l'appelait Mike - décidément, celui-là ne pouvait pas s'empêcher de draguer n'importe quelle fille qui lui tombait sous la main. Les pensées de ce dernier n'avaient rien de très catholique et je me demandais vraiment ce que pouvait bien lui trouver Jessica. Ce type n'avait rien dans la tête et tout dans l'entrejambe. D'ailleurs, Jessica elle-même n'était pas très heureuse du comportement de son petit ami qui semblait avoir déserté sa place habituelle à ses côtés pour rejoindre Bella. Je me dis alors que celle-ci ne s'était finalement peut-être pas trouvé une ennemie, mais deux.
À midi, je retrouvai les autres avant de rejoindre la cafétéria - acte quotidien totalement inutile puisque nous ne mangions jamais le contenu de nos plateaux. À peine la porte fut-elle ouverte que son odeur me frappa de plein fouet. Du freesia principalement. Une odeur peu commune chez les humains. Fascinant. Et toujours aucune soif apparente. Vraiment étrange. Il faudrait que j'en parle à Carlisle. Je la trouvai rapidement; assise à la table de Newton et sa bande - étrange ! -, elle nous tournait le dos.
Nous nous installâmes à notre table habituelle, dans un coin, à l'écart des lycéens bruyants amateurs de batailles de purée de carotte.
* Edward que se passe-t-il ? Je sens une attirance. * Jasper.
Je tournai la tête vers mon frère, qui semblait inquiet.
— Oui. Son odeur, lui répondis-je machinalement, le regard tourné vers Bella.
Toute la table comprit immédiatement de quoi - et de qui - nous parlions et tous me scrutèrent, figés, soudainement effrayés.
— Tu devrais partir immédiatement avant que ça ne devienne trop tentant, me conseilla Rosalie.
* Ouais, ça serait dommage de te donner en spectacle pour une humaine * plaisanta Emmett. Je levai les yeux au ciel et ignorai mon abruti de frère.
— Pas besoin, répondis-je à ma sœur. Rien de tentant. Son odeur m'attire énormément, c'est vrai, mais je n'ai aucune envie de lui sauter dessus… Contrairement à Newton.
Emmett partit d'un rire gras et se récolta une claque derrière le crâne de la part de Rosalie.
— Cesse de faire l'idiot, bon sang, et soit sérieux une minute veux-tu ? Comment ça tu ne ressens pas l'envie de lui sauter dessus ? Son odeur t'attire mais pas son sang ? C'est totalement illogique ! reprit-elle.
* Je suis assez d'accord avec Rosalie, Edward. Ce n'est pas très naturel. * Jasper
Je me détournai des pensées de mes frères et sœurs et jetai un œil à la table où elle déjeunait. Soudain, elle prétexta un oubli et se leva précipitamment pour quitter le réfectoire.
— Elle part ! annonçai-je.
— Et alors ? questionna Emmett.
— Et alors, Carlisle nous a demandé de garder un œil sur elle, répondit Alice à ma place, tout aussi exaspérée par le manque de cervelle de notre grizzli de frère. Edward, va voir toi, si tu es sûr d'être immunisé contre son odeur. Ça vaut mieux tant que nous ignorons si elle exerce une quelconque attirance sur l'un de nous.
Je hochai la tête et partis à sa recherche. Ne pas capter ses pensées me décontenançait énormément mais son odeur était si forte que je suivis sans peine sa trace. J'arrivai sur le parking et la vis dans sa voiture. J'avançai silencieusement. Elle avait l'air plutôt mal en point. Je tentai une nouvelle fois de percer ses défenses. Rien. Comme si elle ne pensait pas - ce qui était tout bonnement impossible. Poussé par une curiosité irrationnelle que je ne contrôlais pas - d'ordinaire, j'évitais le plus possible le contact avec les humains et plus encore avec les humaines - je m'approchai encore et tapai doucement à sa vitre. Elle sursauta violemment et, d'instinct, verrouilla les portières. Je la fixai. Pourquoi fallait-il que nous inspirions une méfiance et une peur irraisonnées à chaque personne que nous croisions ? Cela pouvait se révéler agaçant. La réaction suivante ne se fit pas attendre. À peine son regard eut-il croisé le mien qu'elle se figea, bouche bée. Et voilà ! Une de plus ! J'en avais assez de cette stupide attraction qui éblouissait toutes les filles ! Je la fixais toujours, attendant patiemment qu'elle se remette du choc. C'était la première fois que je la voyais d'aussi près. Elle était vraiment belle et je compris pourquoi Newton bavait devant elle depuis ce matin. Plutôt pâle pour quelqu'un qui venait du Sud des Etats-Unis mais elle n'avait rien à envier aux filles du coin. Elle ferait des jalouses ici. Ses cheveux châtain lui tombant en cascade sur les épaules encadraient son visage ovale dont les yeux noisette continuaient à me détailler, comme si elle tentait de se persuader que j'étais réel. Enfin, elle reprit conscience et déverrouilla les portes avant d'ouvrir la vitre. Je restai tout de même sur mes gardes. Après tout, elle ne serait pas la première à vouloir me mettre le grappin dessus (un vague souvenir d'une Lauren en ébullition me revint en mémoire et je la scrutai à nouveau d'un air méfiant). Voyant qu'elle ne se décidait pas à ouvrir la bouche, je pris les devants.
— Bonjour.
— Bonjour, me répondit-elle lentement. Je peux t'aider ?
Sa voix hésitante sonnait comme un douce mélodie, aussi enivrante que son odeur et je dus lutter afin de garder mes idées claires. Elle avait vraiment l'air impressionnée, comme devant une star de télévision. Je ne pus réprimer un grand sourire et lui répondis.
— Je pensais que c'était plutôt toi qui avait besoin d'aide. Tu ne te sens pas bien ? Je t'ai aperçue de loin et j'ai bien cru que tu allais faire un malaise.
Je tentai une fois encore de percer ses pensées, sans succès. Chaque fois, je me heurtais à un mur invisible. Invisible, mais solide.
— Effectivement. Je ne me sentais pas très bien. Mais ça va mieux, merci.
Pourquoi n'avais-je pas pu l'entendre penser sa phrase avant qu'elle ne la prononce ? Cela me frustrait énormément. Je ne comprenais pas ce phénomène étrange qui l'immunisait contre mon pouvoir.
— Hum… Au fait, je m'appelle Edward… Cullen.
— Bella Swan.
Ainsi c'est pour cela que Mike l'appelait Bella et non Isabella. Ne pas lire en elle devenait de plus en plus dérangeant. Je me ressaisis cependant. Elle ne devait rien voir transparaître - elle ne comprendrait pas mes réactions.
— Ravi de faire ta connaissance, Bella. Je ne voudrais pas paraître impoli mais les cours vont bientôt reprendre. Tu devrais descendre de là.
Sans réfléchir, j'ouvris alors sa portière et lui tendis la main pour l'aider à descendre, l'encourageant en lui adressant mon plus beau sourire. Elle hésita un instant puis se décida. Erreur. Comment avais-je pu être aussi imprudent et avoir oublié que ma peau n'avait pas une température très normale pour un humain ? À vrai dire, ne pas être tenté par son odeur me perturbait. Son contact tiède m'électrisa. Je n'étais pas habitué à ce genre de proximité avec les humains. À la vue de sa réaction, je la lâchai immédiatement. Quel idiot ! Il fallait que je détourne son attention avant qu'elle ne me pose des questions.
— Allons-y, lançai-je.
Elle tourna les talons et je la suivis, enivré par son parfum de freesia. Elle semblait plongée dans ses pensées et je crus qu'elle songeait à tous ces idiots qui la prenaient pour une bête de foire. Je tentai donc de la rassurer.
— Ne t'en fais pas, ça leur passera.
— Pardon ?
Voyant que je m'étais trompé - je maudis cette défaillance inexplicable de mon pouvoir - je m'expliquai donc.
— Ils ne sont pas habitués à accueillir de nouveaux habitants par ici. Quand ma famille et moi sommes arrivés à Forks, nous avons vécu la même chose que toi aujourd'hui. Au début, c'est assez gênant, mais je pense que tu n'auras aucune difficulté à t'intégrer, les gens sont plutôt faciles à vivre dans le coin.
En tout cas, elle s'adapterait certainement mieux que nous. Je ne pus retenir un nouveau sourire à cette pensée, l'éblouissant un peu plus. Satané pouvoir de séduction ! Ses yeux papillonnèrent; apparemment elle luttait à son tour pour garder ses idées claires - ce qui, tout comme moi, semblait vain. Je décidai de détourner la conversation afin de l'aider à reprendre ses esprits.
— Pardonne mon indiscrétion, tu n'es pas obligé de répondre, mais… pourquoi es-tu venue t'enterrer à Forks ? Il me semble avoir entendu dire que tu vivais en Arizona avec ta mère. Tu en avais assez de voir le soleil ?
Puisque je ne pouvais lire ses pensées, autant qu'elle me les dise elle-même. Je la scrutai, jaugeant sa réaction. Elle semblait surprise - curieuse ? - mais elle me répondit calmement.
— Si, d'ailleurs la chaleur me manque déjà énormément. Mais ma mère s'est remariée et mon beau-père est constamment en déplacement, alors plutôt que de la forcer à rester avec moi à la maison, j'ai préféré m'installer ici et lui permettre de l'accompagner.
— Plutôt généreux, conclus-je en lui adressant un nouveau sourire. Mais, dis-moi, penses-tu réellement que ta mère puisse être heureuse en sachant que tu te sacrifies pour son bonheur ? N'as-tu pas peur qu'elle culpabilise en se disant qu'elle oblige sa propre fille à s'éloigner d'elle ?
Elle me regarda avec un air tellement estomaqué que je regrettai un instant d'être allé aussi loin. Après tout, je ne la connaissais que depuis dix minutes à peine et ma question avait dû la choquer. Pourtant, elle se ressaisit, et baissa la tête avant de me répondre.
— Eh bien vois-tu, ma mère m'a élevée seule pendant seize ans, elle ne s'est jamais occupée que de moi et je passais avant tout, même avant elle, ce qui fait que lorsque Phil a débarqué, je me suis sentie obligée de lui céder la place, même si je savais que je passais toujours avant lui pour elle. Mais justement, c'est ce qui me gênait. Je ne tenais pas à ce qu'elle gâche sa chance de vivre enfin le bonheur auprès d'un homme qui l'aime sincèrement. Alors j'ai décidé de m'effacer, estimant que cela serait moins égoïste de ma part de les laisser vivre leur idylle. Ma mère est encore jeune et elle mérite d'être heureuse. Alors je n'ai absolument aucun regret.
Elle releva la tête, inquiète de ma réaction face à cette déclaration. Cependant, je fus incapable d'ouvrir la bouche. Jamais au cours de ma longue vie je n'avais rencontré de fille plus désintéressée que Bella semblait l'être. Celle-ci préférait se sacrifier pour le bonheur de sa mère et peu d'humains étaient aussi altruistes - étant capable de lire leurs pensées, j'étais bien placé pour le savoir. Cette fille me fascinait, elle dégageait quelque chose de tellement puissant que je me sentais incapable de détourner mes yeux de son visage angélique. Je percevais très nettement les palpitations désordonnées de son pauvre cœur d'humaine et me perdis dans les profondeurs de ses yeux, oublieux de tout le reste. Je n'avais plus aucune notion de temps ni d'espace. Nous nous étions arrêtés au milieu du parking et le silence qui s'était installé entre nous créait une sorte de bulle nous coupant du reste du monde. Le silence de ses pensées rendait l'instant encore plus magique. La sonnerie annonçant la reprise des cours nous fit sursauter et je repris soudain conscience du monde qui m'entourait. Bella baissa de nouveau la tête, écarlate, avant de se remettre en route.
Nous continuâmes d'avancer en silence jusqu'à notre entrée dans le bâtiment des laboratoires de langues. Là, je sentis Bella se tendre subitement sous les regards scrutateurs des autres élèves. Malheur. J'aurais dû la laisser devant les portes, à l'extérieur. Je la vis du coin de l'œil se tourner vers moi en quête d'une explication et tentai de rester impassible. Je sentis alors qu'elle accélérait, visiblement mal à l'aise, et je ne pus m'empêcher de sourire. Elle se stoppa soudainement, à l'écart des autres.
— Bon… elle avait l'air vraiment embarrassée. Merci de m'avoir accompagnée jusqu'ici et d'avoir voulu m'aider tout à l'heure.
— Je t'en prie, dis-je dans un sourire. Je vais devoir te laisser là ou tes amis vont finir pas se décrocher la mâchoire à force de nous dévisager comme ça, poursuivis-je en riant franchement devant sa réaction.
Elle rougit fortement. Je retins un sourire, de peur d'aggraver son cas. Elle était particulièrement belle lorsqu'elle rougissait. Elle paraissait encore plus fragile. Tellement humaine.
— Désolé, finit-elle par lancer après avoir repris quelque peu contenance. Je ne sais pas pourquoi ils réagissent comme ça.
— J'ai ma petite idée sur la question mais je préfère faire comme si de rien n'était.
Je ris intérieurement. Bien sûr, elle ne comprit rien de ce que je lui disais.
— Bon, je dois aller à mon propre cours. On se reverra sûrement !
Mes paroles m'avaient presque échappé mais curieusement, j'éprouvais réellement l'envie de la revoir. Ma réaction me troublait. D'ordinaire, chaque fois qu'une fille tombait sous mon charme, je faisais tout mon possible afin d'éviter le moindre contact avec elle, de peur de me laisser entraîner dans une situation dangereuse autant pour elle que pour moi. Mais aujourd'hui, les rôles étaient inversés et même s'il était flagrant que mon apparence parfaite avait une fois de plus fait des siennes, j'étais certainement encore plus attiré par elle qu'elle par moi. Je lui adressai un dernier sourire charmeur - qui produisit son effet - avant de tourner les talons et de rejoindre Alice pour notre cours d'italien - inutile puisque nous le parlions déjà couramment.
* Alors ? Qu'as-tu fais bon sang ? Pourquoi as-tu été si long ? Que s'est-il passé ? * Alice.
— Calme toi, bon sang ! À vrai dire je ne sais pas, c'est assez étrange. Son odeur est vraiment alléchante mais ne m'attire pas dans le mauvais sens et ses pensées me sont totalement inaccessibles. Par contre, elle, est fascinante, lui répondis-je trop bas pour l'ouïe humaine, tout en observant l'intéressée entrer en cours aux côtés d'Angela Weber. Fascinante, ajoutai-je pour moi-même dans un murmure qu'Alice perçut tout de même.
* Edward ! Ce n'est qu'une humaine ! N'y songe même pas ! Tu ne veux pas de toutes les vampires qui traînent à tes pieds dans l'espoir d'attirer ton attention et tu t'enticherais d'une simple humaine ? Non mais tu as perdu la tête mon pauvre ! C'est notre mort que tu veux c'est ça ? *
Elle prenait un air faussement choqué - je savais qu'elle me soutiendrait quoi que je fasse - mais elle semblait réellement inquiète et je n'aimais pas la rendre dans cet état par mes actes irréfléchis.
— Je le sais bien Alice, répliquai-je en riant. Mais n'empêche qu'elle reste fascinante.
Son odeur envahissait encore mes narines et je n'arrivais pas à me défaire du son de sa voix, ni de l'image de son visage rougissant. Mon Dieu il fallait que je me ressaisisse !
* Mouais. Tu la trouves fascinante parce que tu n'as pas accès à ses pensées, voilà tout. Sois prudent, Edward. J'ai l'impression que tu as tendance à relâcher ta garde en sa présence et à oublier qu'elle est humaine et toi vampire. Ca ne me plaît pas. *
Je ne cherchai pas à la contredire et la regardai, étonné. Mais au souvenir de ce qui s'était passé sur le parking quelques minutes plus tôt, je dus convenir qu'elle n'avait pas tout à fait tort. J'avais relâché ma garde, je nous avais tous mis en danger. Je devais faire attention. Mais je me sentais vraiment bien en sa présence. Comme le disait Alice, j'en oubliais qu'elle était humaine et moi vampire. Et j'aimais ça. Et puis, d'un autre côté, le fait de ne pas entendre ses pensées était très reposant pour moi. Le problème était que je ne savais pas du tout quelle impression je lui avais faite. Je cherchai donc à distinguer les pensées d'Angela, pour savoir si elle parlait avec Bella et si oui, ce qu'elles se disaient. J'avais pleinement conscience que ce que je tentais de faire était complètement déplacé, mais je ne tenais plus. Et j'avais visé juste. Elles discutaient bien, et apparemment, Bella lui posait des questions sur moi. Mais curieusement, ce n'était que des questions sur ma famille et sur notre arrivée à Forks. C'était la première fois qu'une fille de ce lycée parlait de moi autrement que comme un dieu de la séduction et je trouvais cela étrange. Non que cela me plaise que toute les filles bavent sur mon passage - au contraire cela m'horripilait qu'elle soient incapables de se contrôler - mais je trouvais étrange que mon apparence irréelle ne produise pas le même effet sur elle. Plus je la connaissais et plus je la trouvais fascinante.
À la fin des cours, je retournai à la voiture où me rejoignirent mes frères et sœurs. Je montai en silence et mis le contact.
* Que se passe-t-il, Edward ? Je ne t'ai jamais vu comme ça ! Ce que tu ressens est étrange. * Jasper.
* Pourquoi es-tu dans un tel état Edward ? Il s'est passé quelque chose ? * Rosalie - toujours aussi observatrice.
* On dirait bien que la petite humaine te fait de l'effet, hein frérot ? Remarque, c'est vrai qu'elle est pas mal, la petite, Newton a pas tort, finalement ! * Emmett - toujours aussi idiot.
— Tu as de la chance que Rosalie n'ait pas entendu ça, Emmett ! ricanai-je en le regardant dans le rétroviseur.
Je vis l'intéressée devenir soupçonneuse et mon frère se tasser sur son siège comme une guimauve. Jasper, qui avait capté ce qu'il ressentait, rit avec moi.
— Méfie-toi, Emmett Cullen ! La moindre humaine qui s'approche et ce sera sa dernière action !
Bien sûr, Rosalie plaisantait, mais cela n'empêcha pas son mari de se tasser un peu plus. Je secouai la tête en ricanant de nouveau. Emmett était un vrai grizzly mais se ramollissait en rien de temps devant sa vampire d'épouse. Plutôt comique.
* Edward, tu m'inquiètes. Jamais je ne t'ai vu aussi bizarre. Méfie-toi s'il te plaît j'ai l'impression qu'elle a une influence étrange sur toi. * Alice
Je lui souris et me concentrai inutilement sur la route afin d'échapper à un interrogatoire. Je ne voulais pas déjà subir les reproches de ma famille. Me replongeant dans mes propres pensées, je me remémorai notre courte conversation. D'après ce que j'avais pu voir, Bella était une fille timide et particulièrement réservée, presque trop à vrai dire. Elle rougissait à la moindre gêne et avait l'air incapable de mentir délibérément. Mais cela ne la rendait que plus charmante. Finalement, quand on la regardait comme ça, elle n'avait rien d'étrange ou de spécial. Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'elle avait autre chose, qui la rendait différente des autres filles de ce lycée. Et cela ne relevait pas seulement de ses étranges caractéristiques - dont elle ne pouvait même pas avoir conscience d'ailleurs. J'avais l'impression d'être un aimant attiré par une force invisible mais inconditionnelle. Cette fois, il fallait vraiment que je me reprenne, j'avais conscience que mon attitude mettait toute la famille en péril. Malheureusement, je m'en sentais tout bonnement incapable. Je garai ma Volvo devant la villa et courus à vitesse vampirique jusqu'à ma chambre où je m'affalai sur mon divan après avoir mis en route mon disque de Debussy - le seul susceptible de m'apaiser. Je n'avais aucune envie d'affronter mes proches. Je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait. Alice avait raison, ce n'était pas normal. L'attraction qu'elle exerçait sur moi n'avait rien d'habituel. Jamais je n'avais entendu d'histoires de ce genre sur notre espèce. Ce n'était pas naturel pour un vampire d'être attiré par une humaine autrement que pour en faire son repas. Le plus frustrant était d'ignorer ses pensées. Cela me rendait littéralement fou.
Je me redressai vivement. Il fallait que je sache. Jamais personne n'avait réussi à me cacher ses pensées indéfiniment. Je traversai ma chambre et sautai par la fenêtre, évitant ainsi les questions indiscrètes de mes proches qui auraient immanquablement fusées si j'étais passé par la porte. De toute façon, Alice était incapable de prévoir mes actes puisque son pouvoir ne lui était plus d'aucune utilité. Finalement, l'étrange énigme Bella avait du bon. Je souris intérieurement en atterrissant avec souplesse sur l'herbe humide et me mis à courir le plus vite possible à travers la forêt. Je savais où habitait Charlie Swan et mis à peine cinq minutes à arriver sur la route. De l'autre côté se dressait la maison de bois blanc, la Chevrolet rouge garée devant le perron. Son odeur flottait encore dans l'air, m'enivrant une fois de plus. Elle m'hypnotisait littéralement. Je ne pouvais résister à cette attraction qui s'exerçait sur moi. Je m'approchai de la maison sans en avoir réellement conscience. Par les fenêtres, je vis qu'elle n'était pas au rez-de-chaussée. Je grimpai donc à l'arbre qui se trouvait dans la cour tout en faisant bien attention de rester dissimulé dans le feuillage et arrivai devant une fenêtre de l'étage. Là, je la vis allongée sur son lit, les yeux fermés. Elle s'était endormie en écoutant de la musique. Une bouffée de tendresse mêlée de tristesse me submergea. Elle était si belle, semblait si fragile, si vulnérable. J'éprouvai l'envie irrésistible de la toucher, de la caresser, de la prendre dans mes bras et de la protéger du reste du monde. Mais je savais que c'était impossible. Nous n'étions pas faits pour nous fréquenter. Par nature j'étais son plus dangereux prédateur et elle était mon déjeuner. Je ne devais pas m'approcher d'elle, même si je n'éprouvais aucun désir de la tuer - pour la première fois de ma déjà longue vie. J'étais parfaitement conscient que j'aurais dû m'éloigner et la laisser vivre sa vie d'humaine normalement, mais je savais au plus profond de moi que j'en étais absolument incapable. Je n'avais pas assez de force pour rester loin d'elle. En quelques minutes, elle m'était devenue indispensable. Sans trop savoir pourquoi ni comment, je savais à présent qu'elle était une condition à mon bonheur présent et futur, qu'elle me permettrait de reprendre goût à la vie, peut-être même de me voir autrement que comme un monstre sanguinaire.
Les vibrations de son portable me tirèrent de mes rêveries en même temps qu'elle se réveillait brusquement. Je me dissimulai un peu plus, de peur qu'elle ne me vit. Elle se redressa vivement, posa ses écouteurs, et décrocha. Je distinguai une voix féminine angoissée, comme avide d'entendre la voix de Bella. Certainement sa mère.
— Allô ? Bella ?
— Oui maman.
— Ca fait plaisir de t'entendre. Comment ça s'est passé, cette première journée ?
Elle réfléchit un instant avant de répondre. Que voulait-elle lui dissimuler ?
— Mieux que ce que je redoutais. Ils sont tous très sympas et je me suis déjà fait des amis.
Je sentais que sa déclaration était fausse et j'aurais aimé connaître la vraie réponse.
— Je suis tellement soulagée que tu me dises cela Bella ! Je me faisais tellement de soucis !
— Je t'avais pourtant dis de ne pas t'en faire et que tout irait bien maman.
Comme si nous pourrions un jour empêcher nos parents de s'inquiéter pour nous !
— Tu sais bien que je ne peux pas m'en empêcher.
— Oui, je sais. Alors le déménagement ? C'est pour quand ?
— Pour ce week-end. Phil est déjà parti pour faire du repérage et il a trouvé une maison magnifique. Il m'a envoyé des photos, elle est vraiment splendide, pas très loin de la plage, lumineuse et moderne. Je suis tout excitée à l'idée d'aller vivre en Floride ! J'aimerais tellement que tu sois là !
La Floride ? C'était donc pour cela que Bella était venue vivre à Forks, son beau-père avait été transféré en Floride !
— Ne t'inquiète pas maman, pour vous aussi tout va bien se passer. Phil est un mari parfait et je suis certaine que votre nouvelle vie sera merveilleuse.
— J'en suis sûre, chérie. Je vais te laisser ma puce, je dois encore terminer des cartons, les déménageurs viennent demain pour récupérer le plus gros des meubles.
Elle n'avait pas l'air aussi persuadée de son bonheur qu'elle le disait. Étrange, Bella m'avait pourtant dit que sa mère serait plus heureuse ainsi. Ça ne semblait pas être le cas.
— Vas-y. je t'aime maman.
— Moi aussi ma chérie. Tu me manques.
— Toi aussi. A bientôt.
— Au revoir chérie.
Elle raccrocha, posa son téléphone sur sa table de nuit et se rallongea, les yeux rivés au plafond, songeuse. Elle semblait soucieuse, certainement à cause de sa mère. Étrangement, celle-ci ne semblait pas aussi enthousiaste qu'elle voulait le laisser paraître. Sa voix reflétait énormément de tristesse, de nostalgie semblait-il, et autre chose que je n'arrivais pas à cerner. Je la fixais toujours, perdu dans ma contemplation. Je ne me lassais pas de la regarder. Je devais tenter de déchiffrer ses expressions pour deviner ses sentiments puisque j'étais incapable de prendre connaissance de ses pensées. Au bout d'un moment, elle tourna la tête vers son réveil et se décida à se lever. Je la vis sortir de sa chambre et l'entendis descendre les escaliers. Je sautai alors de mon perchoir et atterris silencieusement - un avantage de ma nature de prédateur - devant la fenêtre de la cuisine. Puis je courus à vitesse vampirique me dissimuler derrière les premiers arbres de la forêt. À cette distance, elle ne pouvait pas m'apercevoir mais ma vue extrêmement développée me permettait de distinguer chaque détail de la scène. Je l'observai préparer le dîner, détaillant le moindre de ses gestes. Elle semblait ailleurs, perdue dans ses pensées. La voir faire la cuisine la rendait encore plus humaine. Une fois le plat au four, elle remonta dans sa chambre. Je restai toutefois tapi parmi les arbres.
Je la contemplais encore lorsque je perçus le bruit du moteur de la voiture de patrouille du Sheriff qui n'allait pas tarder à apparaître au bout de la rue. Je reculai un peu plus loin dans la forêt de peur de me faire voir. Je distinguais déjà ses pensées et il semblait de bonne humeur.
* Il faudra que je pense à appeler ce bon vieux Billy pour une partie de pêche samedi, il me doit une revanche. Et puis, ça serait une bonne occasion pour laisser Bella à La Push avec Jacob. Avec un peu de chance… Ils avaient l'air de bien s'entendre hier. *
Je ne pus retenir un grognement. Je n'aimais pas l'idée de savoir Bella à la réserve. Et qui était ce Jacob ? Une vague de jalousie me souleva, ce qui me surprit. Ce sentiment m'était quasiment inconnu jusqu'à aujourd'hui. Pourtant, je supportais mal l'idée de la laisser aller là-bas sachant qu'il me serait impossible de m'y rendre moi-même pour veiller à ce qu'il ne lui arrive rien. Charlie se gara derrière la Chevrolet de Bella et entra dans la maison. Malgré la distance, j'entendais parfaitement la conversation qui se déroulait à l'intérieur.
— Ca sent bon par ici. Je n'en ai pas l'habitude !
— Bonjour papa.
* Elle semble aller bien, même si elle n'a pas l'air vraiment réjouie. Peut-être la fatigue. Une première journée en tant que nouvelle est toujours un peu spéciale. * Charlie.
Il ne croyait pas si bien dire. La première journée de Bella n'aurait pas pu être plus spéciale.
— Alors cette journée ? Tu as survécu, finalement.
— Je m'attendais à pire. J'ai fais la connaissance de quelques personnes plutôt sympas et les profs n'ont pas l'air trop mal.
— Ah oui ? Et qui sont ces nouveaux amis ?
— Euh… En premier, j'ai rencontré Mike… Newton, je crois.
— Ah oui, je connais bien ses parents, ils possèdent le magasin de sport à l'entrée de la ville. Chouette gosse, quoi qu'un peu chahuteur. Il sort avec Jessica Stanley, c'est ça ?
Je pouffai. Chouette gosse un peu chahuteur ? Don-Juan-Sans-Cervelle lui convenait mieux à mon goût. Et sa Jessica devait être sacrément mordue pour accepter son comportement infect à son égard.
— Oui, c'est ça. Elle a l'air sympa également. Par contre son amie Lauren ne m'a pas semblée très amicale.
En effet, Lauren n'avait de réelle sympathie que pour elle-même et de tous les adolescents de cette ville, c'était celle dont j'avais le plus de mal à supporter les pensées futiles et hargneuses. Cette fille était malsaine et débordait de rancune à l'égard de l'humanité tout entière. Elle serait prête à faire payer à tous les malheurs qu'elle avait endurés.
— Son père est parti il y a quelques années et depuis elle est un peu… mordante. Mais elle n'est pas méchante.
Je n'étais pas tout à fait de cet avis car même si cette expérience traumatisante était effectivement responsable de son comportement, elle ne l'excusait pas pour autant. Et visiblement, Bella était de mon avis.
— Hum… Angela Weber, par contre, est celle que j'ai le plus appréciée. Elle est vraiment adorable et je pense que nous allons bien nous entendre.
— Ah oui ! Son père est le pasteur de Forks. C'est une fille très bien, je suis content que vous soyez déjà amies.
Cette fois j'étais d'accord avec lui. Angela était la plus susceptible d'être une réelle amie pour Bella, vraie et sincère. C'était vraiment une fille bien et son fiancé était peut-être le plus mature des garçons de son âge qui vivaient à Forks.
— Et… j'ai également parlé à un certain Edward… Cullen ?
Je sursautai. Étant incapable de percevoir ses pensées, je n'avais donc pas du tout envisagé d'entrer dans la conversation. Mais après tout, c'était peut-être le moyen de savoir quelle impression je lui avais laissé. Je vis Charlie froncer les sourcils.
* Edward Cullen ? Tiens, je croyais qu'il ne parlait à personne. C'est un bon garçon après tout je n'ai pas à m'inquiéter. *
Bien sûr, s'il avait su ce que j'étais en réalité, il aurait été d'un tout autre avis.
— Cullen, dis-tu ? Edward Cullen ? Le fils du docteur ?
— Il me semble.
Elle semblait méfiante, comme si elle redoutait ce que son père pourrait lui révéler à mon sujet. Mais qu'avait-elle donc en tête ?
— Je connais bien son père. Un très bon médecin. Je ne connais pas meilleur homme. Sa femme est également délicieuse. C'est une famille remarquable, très unie. Et Edward est un bon garçon, extrêmement bien élevé.
Je souris. Effectivement, mon père était le meilleur médecin que j'aie connu, et surtout celui qui avait la plus longue expérience en la matière. Aucun homme ne pouvait l'égaler dans ce domaine, à moins d'avoir vécu plus de quatre cents ans.
— Oui, il m'a paru assez gentil. Mais il ne parle pas beaucoup aux autres. Il est plutôt renfermé d'après ce que m'a dit Angela.
Je souris intérieurement au souvenir de leur conversation en cours d'espagnol, mais le fait qu'elle cherche à apprendre tant de chose à mon sujet m'inquiétait. Il serait dangereux pour elle qu'elle en sache plus. Je louai le ciel que Charlie soit incapable de la renseigner plus avant.
— J'ai toujours dit que les enfants Cullen n'avait rien à faire ici. Ils sont bien plus matures que la plupart des personnes que je connaisse. Et il me semble qu'ils se destinent aux différentes universités de l'Eavy League. Ils iront loin, j'en suis sûr. Mais dis voir… Tu t'intéresses bien à ce Cullen !
Je la vis rougir soudainement et je souris une fois de plus. Les rougeurs lui allaient vraiment bien.
— Non, je suis juste curieuse. Il n'a pas vraiment l'air d'un lycéen… « normal ».
Je me crispai soudain. L'emploi du terme « normal » m'inquiétait. Se doutait-elle de quelque chose ? Je secouai la tête afin d'effacer cette pensée idiote. Impossible ! Personne ne pouvait deviner une chose pareille.
— Hum… je suis assez d'accord. * Je le savais ! Il lui a tapé dans l'œil ! Bon sang, pourquoi lui ? Je l'apprécie, c'est vrai, mais j'ignore pourquoi, je n'aime pas beaucoup l'idée de la voir le fréquenter de cette manière… Mais qu'est-ce que je raconte ? Au contraire, il ne peut qu'avoir une bonne influence sur elle, ce garçon a tout pour lui, il pourrait parfaitement la rendre heureuse… Stop ! Non mais qu'est-ce qui m'arrive aujourd'hui ? On dirait que je me prépare à son mariage. Je deviens ridicule, je ne sais même pas ce qu'elle éprouve exactement. Et lui, si ça se trouve, elle lui est complètement indifférente… comme toutes les autres filles semblerait-il. *
Les réflexions de Charlie étaient tellement confuses que, finalement, je ne sus pas si le fait que Bella puisse me fréquenter le dérangeait ou non - pas plus que lui d'ailleurs apparemment. J'ignorais pareillement ce que Bella pouvait bien ressentir en cet instant. Elle paraissait réellement gênée et était excessivement concentrée sur son assiette. Il y avait pourtant une chose dont j'étais certain et que tous deux ignoraient : Bella était loin de m'être indifférente. Elle m'attirait même plus que de raison. Si mon cœur avait été encore en état de marche, sa vue aurait suffit à lui faire battre la chamade.
Désormais je ne pouvais plus me mentir, je tombais peu à peu amoureux d'Isabella Swan. Et cela n'aurait pas dû autant me réjouir. Car j'étais réellement heureux pour la première fois en plus de cent ans d'existence. Pour la première fois, je me sentais bien, entier, vivant, presque humain. Et tout ça grâce à Bella. En une journée, elle m'avait fait renaître. Je souriais bêtement tandis qu'elle se levait et faisait rapidement la vaisselle sous le regard interrogateur de son père. Elle monta ensuite à l'étage. J'attendis qu'elle revienne de la salle de bain pour courir à vitesse vampirique rejoindre mon point d'observation, dissimulé par le feuillage qui chatouillait sa fenêtre. Je me faisais l'effet d'un Roméo, ce qui me fit rire intérieurement; je n'avais jamais aimé ce personnage niais et complètement idiot.
Elle était de nouveau allongée sur son lit et je perçus les battements de son cœur affolé. À quoi pouvait-elle bien penser ? Une fois de plus, je regrettai amèrement de ne pas l'entendre. Elle resta ainsi un moment avant de se rendre compte qu'elle retenait sa respiration depuis trop longtemps. Elle tenta vainement de se calmer et garda malgré ses efforts un air soucieux et une respiration saccadée. Les battements de son cœur ne se calmèrent pas et elle soupira avant de se mettre sur le côté et de me tourner le dos. Je crois qu'en cet instant, j'aurais donné n'importe quoi pour pouvoir enfin entendre ses pensées.
Je restai là à la contempler toute la nuit. Elle était tellement belle, endormie ! Parfois elle s'agitait et se retournait. À trois reprises elle prononça mon prénom et à chaque fois je sentis mon cœur mort se gonfler d'une joie indescriptible, prêt à exploser. Mais devant son air soucieux qui ne la quitta pas un seul instant, je doutais de l'interprétation que je devais faire de cette manifestation inconsciente. Que cherchait-elle à découvrir ? À quoi pensait-elle ? J'avais peur pour elle, peur de la perdre, peur qu'elle découvre la vérité et qu'elle parte en courant rejoindre sa mère afin de mettre le plus de distance possible entre nous. Ce "nous" me fit frissonner. Il n'y aurait probablement jamais de "nous" et ça serait certainement mieux ainsi. Pourtant cette réalité m'était douloureuse et mon cœur se serra à la seule pensée qu'il fut possible que jamais il ne me soit permis de la serrer dans mes bras. Malgré cela, je ne la quittai pas du regard. Cela faisait près d'un siècle que je n'avais moi-même dormi et je trouvais son sommeil fascinant.
Lorsque le jour pointa, je vis qu'il faisait beau et que le soleil était au rendez-vous. Je ne pourrais donc pas assister à mes cours puisqu'il m'était interdit de me montrer au lycée les jours de beau temps et cette idée me fendit le cœur. Être séparé d'elle pendant vingt-quatre heures m'était insupportable. Je ne m'éloignai donc qu'à l'approche de son réveil, lorsque je perçus les pensées de Charlie qui s'apprêtait à partir. Je sautai alors de mon arbre et rejoignis la forêt à vitesse vampirique. Là, je stoppai et me retournai, jetant un dernier regard à la maison de bois blanc où Bella dormait encore. Je me promis alors de revenir le soir même, et tous les soirs suivants également. Puis, apercevant Charlie sortir de la maison, je m'enfonçai parmi les arbres et rejoignis la villa.
