Chapitre 3

Il se tint sur les marches du 221B, de lourds classeurs remplis de DVD sur les bras, et fit un signe de la main pendant que la voiture s'éloignait du trottoir. Puis, il rentra dans la maison, avec l'impression de retourner à la réalité après un rêve, grâce aux effluves chimiques qui l'accueillirent au bas de l'escalier.

Il entra dans le salon pour voir Sherlock en train de se pencher sur un récipient de liquide bleu bouillonnant.

- J'ai obtenu les enregistrements des auditions, déclara-t-il en les déposant sur la table basse.

- Excellent. Et les photos ? interrogea Sherlock, sans lever les yeux.

- Et les photos, répondit John, en dépassant l'expérience pour allumer la bouilloire.

Il se coula dans le fauteuil, releva les pieds, tout en reposant sa tête sur les coussins et ferma les yeux. Avec un peu d'effort d'imagination, il pouvait encore ressentir un corps ferme et solide pressé contre son dos et des mains traînant le long de son corps, à partir des hanches jusqu'à la poitrine. Il sourit et se mit à espérer s'il y aurait moyen de passer plus de temps avec l'homme.

- C'est pour quoi, ça ?

La voix de Sherlock le fit sursauter et recracher son thé sur son pull.

- Quoi ? demanda-t-il, irrité.

- Le sourire. Tu étais en train de penser, et de sourire à propos de ça.

- Rien – de la musique, des trucs, se renfrogna-t-il.

Sherlock émit un « Hmp » comme petit bruit et s'affala sur le sofa, en agrippant son laptop et les DVD.

Une heure plus tard, John était relativement sûr qu'il ne voulait plus entendre chanter qui que ce soit. Plus jamais. Les démos étaient répétitives et en général, complètement horribles : chaque extrait s'arrangeait pour être plus discordant que le précédent.

- Je vais me doucher, annonça John. Et quand je reviendrai, je veux voir l'émission de Lestrade.

- Mmmh, ouais, dit Sherlock en agitant distraitement une main.

Puisque ça s'était éteint, John n'avait pas eu à pousser l'argument : il présuma que Sherlock en avait autant que lui assez des personnes aux talents discutables qui passaient sur les disques.

Le détective passa la première partie du programme à faire remarquer les addictions des invités, leurs habitudes et secrets, pendant qu'il critiquait également l'incapacité de l'hôte à construire la moindre phrase correctement.

Le médecin ne se rendit pas compte qu'il avait changé de posture sur sa chaise jusqu'à ce que Sherlock lui lance un regard entendu, mais même après ça, il n'arrivait pas vraiment à s'en préoccuper.

- Et maintenant, venu ici pour jouer une chanson de son dernier album, voici… Lestrade ! s'époumona l'hôte, et le public se mit à applaudir et à acclamer.

John sourit quand il vit Lestrade apparaître sur scène, les manches relevées, les cheveux mis en valeur par un peu de gel, et le sourire aux lèvres. Il attendit que les applaudissements s'atténuent un peu, puis se pencha légèrement vers le micro.

- Celle-ci est dédicacée à Harry, de la part de son frère John, dit-il simplement, la voix profonde et rocailleuse.

John put littéralement sentir le regard dédaigneux de Sherlock lui transpercer la peau, mais il décida de l'ignorer, les yeux fixés sur la télévision, admirant le jeu de Lestrade, les mouvements fluides, la façon dont il fermait les yeux quand il chantait certains passages, sa langue qui sortait rapidement pour humecter ses lèvres, la façon dont ces mêmes lèvres effleuraient presque le micro pendant qu'il chantait, ainsi que le son envoûtant de la voix rauque et de la guitare sèche. C'était sans comparaison avec les énormes concerts remplissant des stades entiers, pour lesquels les Rox étaient célèbres, mais quelque chose qui convenait parfaitement à son timbre.

La chanson s'acheva sur les hurlements et les ovations du public, et John aperçut la même expression qu'auparavant sur le visage de Lestrade, quand il lui avait demandé de rester pour l'écouter dans la cuisine. C'était un sourire légèrement gêné, comme s'il n'arrivait pas à croire que l'audience pouvait être sincère dans son appréciation… Et que si c'était vraiment le cas, il ne pensait pas le mériter.

John continua sa contemplation pendant que Lestrade retirait sa guitare pour la déposer sur un socle et qu'il traversait le studio pour s'installer dans un des confortables fauteuils où l'animateur l'attendait. Le téléphone du médecin bipa et il jeta un rapide coup d'œil sur l'écran, pas surpris du tout à la vue de la mention « 1 nouveau message_ Harry ». Mais il l'ignora, bien trop concentré sur la télé.

La discussion porta essentiellement sur la comédie musicale, puis dévia pour parler du dernier album solo de Lestrade et se termina sur The Rox.

- Bien sûr, nous ne pouvons absolument pas nous quitter sans nous remémorer de Tommy Dillon, déclara le présentateur, et son récent – tragique – décès. Puis-je demander ce que ça pourrait avoir comme impact sur le futur de The Rox ?

Lestrade resta sans voix un instant, puis passa une main sur sa bouche. John voulut bondir à l'intérieur de l'écran pour crier à l'animateur de se la fermer – qu'il était trop tôt pour penser au groupe, alors que l'ami de cet homme venait juste de mourir. Mais il savait que c'était une question à laquelle tout le monde voulait une réponse. Aussi, il ne put rien faire d'autre à part adresser un regard noir à la télé et attendre la réponse avec espoir.

- Oui, bon, c'est…

Le gros plan montrait les yeux de Lestrade qui commençaient à s'embuer, et John sentit son cœur se serrer. Il aurait voulu protéger cet homme, faire en sorte d'arrêter l'exposition de son chagrin à des millions de téléspectateurs.

- C'est vraiment très récent, vous savez ? Tommy et moi, on s'est rencontrés quand j'avais douze ans. Ça peut sembler un peu cliché, mais on était comme des frères. C'est encore très dur pour moi de me rendre compte qu'il ne va plus s'asseoir derrière et me jeter dessus ses baguettes quand je joue mal.

Il émit un pauvre sourire, visiblement en train de rassembler ses esprits.

- Donc, c'est un peu tôt pour prendre une quelconque décision. Mais évidemment, pour les engagements déjà contractés, nous aurons avec nous quelqu'un qui est très talentueux et qui a joué avec nous auparavant. Sa tâche sera lourde, mais je sais qu'il s'y est déjà préparé et il fera la fierté de Tommy. Et Tommy restera vivant à travers la musique et nos fans. Je sais qu'il ne sera jamais oublié.

L'animateur tendit la main et agrippa le bras de Lestrade pour le remercier. Après, il expliqua à la caméra que Lestrade allait jouer une autre chanson, pendant que ce dernier allait reprendre son ancienne place.

John cligna les yeux pour ravaler les larmes qui menaçaient de sortir, et il était conscient que l'attention de Sherlock était au moins pour de moitié sur lui, mais continua à se focaliser sur l'écran, refusant d'afficher son malaise.

Lestrade atteignit la scène et se débarrassa de sa veste, faisant découvrir un t-shirt qui révélait des bras musclés et des biceps recouverts de remarquables tatouages colorés. John put entendre les femmes du public pousser des hurlements tandis que l'artiste prenait sa guitare – une différente – pour la mettre en bandoulière.

La chanson de Lestrade pendant le déroulement du générique final faisait partie des classiques des Rox et le public se déchaîna en applaudissant et en chantant en rythme. Les musiciens qui l'accompagnaient étaient assez bons et pendant que le générique continuait à défiler, Lestrade les remercia entre les couplets. John se renversa sur sa chaise en soupirant.

- Est-ce qu'il n'est pas… Je veux dire, il est l'un des plus talentueux musiciens de sa génération. Vraiment. Merveilleux. Et je me suis trouvé dans sa cuisine…

- N'importe qui peut exceller sur un instrument de musique, répliqua Sherlock.

John fit rouler sa tête sur le coussin pour regarder Sherlock, qui encore une fois avait attrapé son ordi et était en train d'étudier quelque chose. La lumière de l'écran mettait clairement en évidence sa moue boudeuse.

- Écrire de la grande musique n'a rien à voir avec ça… Il écrit de magnifiques chansons, et le groupe est ensemble depuis… Vingt-cinq ans. Il y a peu de groupes qui peuvent gérer ça, encore moins rester au sommet des classements.

Sherlock l'ignora, alors John retourna à son téléphone pour lire le message de Harry.

« PUTAIN DE MERDE » pouvait-on lire. John pouffa de rire. Concise et droit au but, ça, c'était Harry. Il suspecta qu'il aurait encore de ses nouvelles, qu'elle voudrait plus de détails jusqu'à un certain point. Mais pour l'instant, il était content de juste savoir qu'il lui avait indubitablement donné le sourire.

Il s'assit et écouta encore un peu plus de torture musicale, pendant que Sherlock continuait à visionner les auditions, puis décida d'aller se coucher.

Une fois au lit, contemplant l'obscurité, avec des morceaux de musique et des paroles se mélangeant encore dans sa tête, il ne put s'empêcher de prendre son sexe en main, tout en essayant d'imaginer ce que Lestrade pouvait bien faire en ce moment. De retour à la maison, probablement, en train de prendre une douche… L'eau cascadant sur lui, fonçant les cheveux argentés, continuant sa course sur la barbe râpeuse et les lèvres roses, puis sur les forts pectoraux et les bras. Il s'imagina entrer sous la cascade et presser des baisers contre les clavicules et le cou. Il réprima le grognement qui s'échappait de ses lèvres, ses mains se mouvant plus rapidement. Il pouvait imaginer ces lèvres titiller le sommet de son érection de la même manière qu'elles ont frôlé le micro, la langue ressortant un peu pour le goûter, douce et humide. Et une fois qu'il y fut presque, les cuisses tremblantes à mesure que ses muscles se tendaient, Lestrade l'aurait fait se retourner, se serait introduit en lui, ses bras puissants le retenant, les doigts creusant une de ses hanches et son épaule, le tirant en arrière sur une dure et épaisse érection. John serra ses muscles fessiers, s'imaginant être rempli, qu'on s'enfonçait en lui, puis il trembla quand il vint, haletant bruyamment dans la chambre silencieuse pendant que les battements de son cœur s'accéléraient. Il poussa paresseusement dans son poing humide et glissant, arrachant le moindre petit fragment de plaisir de son orgasme, puis se détendit, les muscles lourds, et la sensation du sperme coulant entre ses cuisses. Il se nettoya sommairement avec son caleçon de la veille, laissa la relaxation l'envahir et le sommeil l'emporter.

John s'éveilla en sursaut, les yeux grands ouverts, le cœur tambourinant dans la poitrine, essayant de deviner ce qui l'a réveillé. Puis la sonnerie irritante de son téléphone recommença. Il se demanda s'il avait laissé une alarme allumée pendant qu'il le triturait maladroitement. Puis il vit le nom sur l'écran : « Lestrade ». Sa bouche s'assécha un peu. Il décrocha.

- Allô ? il maudit sa voix de paraître aussi cassée et déglutit laborieusement.

- Salut, John ? répondit la voix de Lestrade.

- Oui, oui… Qu'est-ce que je, euh, peux faire pour vous ? s'enquit-il, balayant le sommeil de ses yeux et se redressant.

- C'est… Je ne sais pas, ce n'est peut-être pas… Je ne sais pas si je devais appeler ou pas. Ma maison a été cambriolée cette nuit, et… Je ne sais pas, peut-être que c'est relié aux meurtres, ou…

- Votre… Merde ! Hum, bien, nous arrivons, certainement. Ça aurait pu… Vous allez bien ? Quelque chose de valeur a été volé ?

- Juste une guitare, rien d'autre. Et je vais bien. Écoutez, je vais vous envoyer une voiture… Et… Sherlock aussi ? Où est-ce qu'il habite, je vais envoyer la même voiture vous chercher.

- Sherlock, oui, on vit ensemble, c'est le numéro 221, appartement B.

Il y eut une pause, un silence et John s'inquiéta une seconde que la communication fût coupée. Puis la voix de Lestrade revint.

- Bien, ce sera… Dix minutes ? Est-ce que ça ira ? Ou… Plus de temps ?

- Non, dix minutes, très bien. On se voit très vite. John sourit, ayant hâte de revoir Lestrade.

- Bien. Et merci, c'est… Merci, acheva Lestrade.

John se tint immobile pendant une seconde, avant de se regarder et de réaliser qu'il ne pouvait définitivement aller nulle part avant de prendre une douche. Il n'y avait pas moyen de regarder Lestrade en face, sachant qu'il était encore recouvert de sa propre semence, souvenir d'une branlette pleine de fantasmes de la veille. Il bondit du lit, attrapa une serviette et hurla pour appeler Sherlock.

Sherlock apparut du salon, semblant parfaitement calme et bien réveillé.

- Lestrade, voiture, dix minutes, marmonna John en se dirigeant vers la salle de bain. Sa maison a été cambriolée cette nuit !

Il claqua la porte derrière lui.

Il fut prêt juste à temps, remarquant la voiture dehors quand il finit de s'habiller. Pendant qu'il dévalait les escaliers, Sherlock se mit sur son chemin, lui tendant un grand sac.

- Qu'est-… ? commença John.

- Tes vêtements, trousse de toilette et laptop. Tu vas rester avec Lestrade jusqu'à ce que les meurtres soient résolus.

John sentit ses yeux s'écarquiller.

- Pour le protéger ?

- Pour le surveiller, répartit Sherlock le visage impassible. J'ai préparé ton arme, au fond du sac.

- Quoi… pour le surveiller ? Mais…

Sherlock lui jeta seulement un regard et John la ferma parce qu'une occasion de passer plus de temps avec Lestrade venait juste de lui être donnée, et il serait dingue de compromettre ça. Il prit le sac et sortit pour rejoindre la voiture, se demandant ce qui avait pu rendre Sherlock si soupçonneux vis-à-vis de Lestrade, et se demandant encore s'il y aurait une chance qu'il fût impliqué. Mais il n'allait pas en discuter devant le chauffeur. Alors, il s'assit en silence, observant le paysage se dérouler à travers les vitres et la ville faire place à la campagne.

- Nous allons marcher à partir d'ici, déclara Sherlock quand la voiture s'arrêta dans l'allée, le portail bloquant le passage.

John regarda les voitures parquées sur le bas-côté et repéra un attroupement près d'une brèche dans la haie, quelques-unes portant d'énormes caméras. Il descendit de la voiture, toujours un œil sur eux, pendant que Sherlock parlait à l'agent de police posté au portail pour les laisser entrer. Il jeta son sac par-dessus son épaule et suivit l'allée qui lui était à présent familière, même si ce jour elle était encombrée de voitures de police et d'un van de la scientifique.

La porte principale était grande ouverte et John pouvait voir Sherlock déjà en train de cataloguer les détails concernant la maison, les fenêtres, les jardins étendus et tout ce qu'il pouvait voir d'autre. Ils passèrent la porte et John put entendre la voix de Lestrade provenir de la cuisine. Il pilota Sherlock dans cette direction et vit Lestrade s'appuyer contre le plan de travail, une main autour d'un mug à café, l'autre gesticulant pendant qu'il parlait à un officier. John ne pouvait pas s'empêcher de remarquer qu'il portait les mêmes vêtements que la veille et avait l'air complètement crevé. Il ressentit une petite pique – de la jalousie peut-être – en son for intérieur quand il pensait à ce que Lestrade avait bien pu faire ces dernières heures. Il avait probablement quelqu'un à Londres, passé la nuit chez cette personne, puis s'en fut retourné au petit matin pour constater l'effraction.

Lestrade le vit et en quelques secondes, son visage avait rajeuni de quelques années lorsqu'il sourit.

- John… Et Sherlock. Merci d'être venus.

Il s'éloigna du comptoir et s'avança la main tendue. John la prit, Sherlock se détourna.

- Je n'ai aucune idée si ça a un lien mais… Bon, j'ai juste pensé…, termina-t-il en haussant les épaules.

Sherlock inspecta la pièce, puis le corridor, en jetant des coups d'œil dans chaque pièce. John haussa les épaules à son tour à l'adresse de Lestrade et tous le suivirent jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent dans la pièce pour interview, saccagée.

- Qu'est-ce qui a été volé ? interrogea Sherlock.

- Hum, juste une guitare. C'est tout, répondit Lestrade. Ou plutôt, tout ce que j'ai noté. Rien d'autre ne semble avoir disparu.

- Mmmm de valeur ?

Lestrade fit un geste vague et passa une main dans les cheveux.

- Pas vraiment. Je veux dire, il y a d'autres trucs qui valent plus cher, d'autres guitares, même.

- De quoi elle avait l'air ?

- Fender Stratocaster, corps rouge. Il y a des tas de photos. Je peux vous en dénicher une, si vous voulez ?

Sherlock avait déjà son téléphone en main et le tourna vers Lestrade.

- Comme ça ?

- Oui, c'est celle-là, opina Lestrade.

John visa la photo et leva les yeux vers Lestrade.

- Mais… C'est votre préférée ! Je voulais dire, votre guitare préférée… Vous… Quelqu'un l'a volée ?

Lestrade hocha la tête.

- Ce n'était pas… Les deux dans mon studio sont mes favorites, vraiment, et il y en a quelques autres que je choisirais avant celle-là.

- Mais…, partit John.

Sherlock le fixa, les yeux plissés.

- Pourquoi croyais-tu que c'était sa préférée ?

John les regarda alternativement.

- C'était… Il y avait un article dans un magazine. Vous aviez dit…

- Ah, ouais, mais c'était juste pour le sponsoring. Ils avaient sponsorisé cette tournée, alors j'ai dû raconter tout ça. C'est juste de conneries de marketing.

Sherlock sembla intéressé puis se retourna pour ratisser le reste de la pièce.

- C'est clair que tout ceci a été fait pour le show. Ils n'ont rien cherché, juste tout mis à sac pour le plaisir de le faire. Un show. À quelle heure avez-vous découvert l'effraction ?

- Aux environs de… 5 heures, peut-être ? Un truc comme ça.

Lestrade retira le téléphone de sa poche et appuya sur quelques touches.

- J'ai appelé la police à 5h12.

- Pourquoi ? Quelque chose vous a réveillé ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Réveillé… Non, j'étais dans le studio, je travaillais. Je ne me souviens pas pourquoi je suis sorti. Pour un café ou pour aller aux toilettes, ou comme ça. Et j'ai trouvé tout ça, fit-il en un geste. Un des chiens a couru jusqu'ici, elle était… Je ne sais pas, elle agissait bizarrement, alors je l'ai suivie.

- Qu'avez-vous fait, ensuite ? poursuivit Sherlock.

- À part me faire dessus et penser que j'allais être tué, vous voulez dire ? rigola Lestrade.

Sherlock resta simplement à le regarder. Lestrade recouvrit aussitôt son sérieux.

- J'ai appelé la police. Je dirai que j'ai jeté un rapide coup d'œil alentour, les chiens étaient avec moi, alors je savais en quelque sorte que personne d'autres n'était plus là. Ensuite j'ai appelé la police.

- Les chiens… Pourquoi ne vous ont-elles pas alerté au moment de l'effraction ? Elles auraient dû faire quelque chose… Donné des signes d'agitation, présuma Sherlock.

- Elles étaient au studio avec moi. C'est insonorisé. Je jouais. Je suppose qu'elles ne pouvaient rien entendre de ce qui se passe dehors, probablement. Je ne sais pas, elles n'ont juste pas émis un son.

- Et pas d'alarme ?

- Eh bien, il y en a une, mais je l'allume seulement la nuit ou quand je sors. Je veux dire, quand je dors. Donc… Le temps a juste en quelque sorte… Je ne savais pas qu'il était si tard, je ne l'ai pas allumée. La compagnie d'assurances va être furax.

Sherlock produisit un bruit qui pour John ressemblait beaucoup à de l'incrédulité.

- Il y a une vidéosurveillance, mais la police n'a pas considéré que ça pourrait être d'une grande aide, annonça Lestrade directement à John tout en indiquant le bureau.

- Oui, répliqua Sherlock, sans être la personne à qui la remarque était adressée.

Lestrade mit plusieurs minutes à retrouver la partie de la vidéo en question et à la graver sur un DVD pour Sherlock. Ce ne fut qu'après que le détective consultant annonça qu'il en avait terminé. Lestrade observa le flot décroissant de voitures de police quitter rapidement et nota que les policiers de la scientifique avaient remballé leurs affaires. Il bâilla ostensiblement, et John put tout à fait comprendre la raison pour laquelle il avait l'air si fatigué.

- Oui, maintenant, je suppose…, commença Lestrade.

- John va rester avec vous à partir de maintenant, imposa Sherlock d'un ton sans réplique.

- Il… Vous restez ?

Lestrade posa les yeux sur John.

- Hum, oui… Nous avons pensé…

- Pour votre sécurité, affirma Sherlock tout en s'éloignant déjà. Il est absolument très bien entraîné pour ce genre de situation.

- Très bien, dit Lestrade en souriant à John. C'est… Bien.

Un des officiers approcha et Lestrade fit volte-face pour lui parler. Sherlock en profita pour agripper le bras de John afin de l'écarter un peu.

- Garde bien l'œil ouvert sur lui, murmura le brun.

- Quoi ? Je le ferai… Tu penses qu'il est en danger ?

John ne pouvait pas s'empêcher de jeter un regard discret par-dessus son épaule, seulement pour constater que Lestrade l'observait – ou plus exactement, la main de Sherlock sur son bras. Il rejeta très vite cette pensée.

- Non, je pense que c'est un leurre. Tout ça est beaucoup trop accommodant. Aucune publicité n'est mauvaise, John.

Il fixa Lestrade avec un regard acéré.

- Sherlock ! Tu ne peux pas dire… La vidéo a montré que quelqu'un est entré par effraction.

- Les vidéos peuvent facilement être trafiquées, et je peux à peine appeler preuve une image sombre montrant quelqu'un avec une taille et une carrure qui correspondent. Il aurait pu faire ça à n'importe quel moment, son système est ouvert à tous les piratages.

- Je… Bon, je le ferai.

John savait qu'il n'y avait aucun intérêt à se disputer. Mais il ne voulait pas croire que Lestrade pouvait avoir quoi que ce soit à voir avec les meurtres ou le cambriolage.

- Excellent, je retourne à Baker Street. Contacte-moi à intervalles réguliers.

- Oui, je le ferai, dit John en suivant des yeux la silhouette qui partait d'un pas empressé.

Il ne tenait pas vraiment à s'inquiéter de comment Sherlock comptait faire pour rentrer à Londres.