CHAPITRE 3 :



POV Adelina :

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Je le regardai s'éloigner, envahie par un sentiment de malaise. Il ne voulait pas de moi. Evidemment. Comment aurait-il pu ? Il était beau et mystérieux alors que j'étais commune et maladroite. Je secouai la tête. Je m'étais attachée trop vite. Je ne le connaissais que depuis quelques heures.

Je me demandai ce qui clochait chez moi. Je n'avais jamais accordé un intérêt particulier aux hommes. Alors, pourquoi maintenant ? Au beau milieu de la guerre, où le type de relation dont je rêvais finirait immanquablement en ruines ? Speirs disparut de ma vue et je respirai à nouveau normalement. Je repris mon chemin vers la tente médicale. Je trouvai l'infirmière qui s'était occupée de moi tout à l'heure et elle m'installa sur le même lit.

« Vous pouvez rester ici un moment. Je repasserai vous voir plus tard. », me dit-elle gentiment avant de s'éclipser. Je me sentais tellement inutile. J'étais une infirmière ! J'avais connu des situations pires que celle-là. Pas physiquement mais mentalement. Et je savais depuis longtemps que les douleurs physiques pouvaient être surmontées par une concentration intense sur une tâche importante. Je tentai de ne pas me rappeler comment j'en étais arrivée à cette conclusion, mais les souvenirs me submergèrent. Mes yeux se fermèrent et je fus de retour dans cette petite pièce du premier étage.

J'avais dix-sept ans. J'étais dans la chambre avec ma petite sœur lovée dans mes bras. Je plaçai mes mains sur les siennes, déjà sur ses oreilles. Les sons provenant du rez-de-chaussée étaient de plus en plus forts et j'aurais voulu pouvoir m'enfuir. Mais je ne pouvais pas laisser ma sœur et je n'aurais pas pu prendre correctement soin d'elle en l'emmenant avec moi. Je n'avais pas de travail. Je n'avais pas d'autre but dans ce monde que de la protéger. Pour couvrir les cris, je tentai une chanson :

"Somewhere over the rainbow

Way up high

There's a land that I've heard of

Once in a lullaby

Somewhere over the rainbow

Skies are blue

And the dreams that you dare to dream really do come true."

Je fus brutalement interrompue par mon père qui apparut soudainement dans l'embrasure de la porte. Il était blême. Ses yeux étaient troubles, conséquence de sa consommation excessive d'alcool à laquelle je m'étais habituée au fil des années. Ses narines se dilatèrent lorsqu'il nous vit.

« Qu'est-ce que tu fais, Adelina ? Qu'est-ce qui se passe avec ta sœur ? », lança-t-il et sa voix fit courir un frisson le long de ma colonne vertébrale. Je déglutis et secouai la tête, tout en sachant que ce n'était pas la chose à faire. J'étais fatiguée d'être ainsi intimidée et je refusai de céder cette fois-ci. Je laissai Sarah, ma jeune sœur, sur le lit et me levai. J'étais assez loin de lui et il ne pouvait pas m'atteindre. Je m'en assurai.

« J'essaye de la protéger, comme chaque fois que tu rentres ivre et que tu te mets à hurler sur Maman pour n'importe quoi. », lui lançai-je avec morgue. « Tu ne comprends pas, papa ? Elle n'aime pas te voir ainsi, et moi non plus ! », Mes yeux le suppliaient. Je pouvais encore ressentir les marques sur mon dos, celles de la dernière fois où je lui avais tenu tête ainsi. Je déglutis avant de poursuivre.

« S'il te plait, papa, s'il te plait, arrêtes çà. On n'aime pas te voir comme çà. Ca nous fait tous souffrir, plus que tu ne souffres toi. ». Il fit un pas en avant, la main levée. La gifle résonna dans la chambre et je tombai au sol, impuissante, tenant ma joue. Il ricana et profita que j'étais au sol pour se diriger vers le lit. Il se saisit de ma sœur et la prit dans ses bras.

« Ne t'inquiète pas, ma chérie…Tout sera bientôt fini », lui assura-t-il. Je l'aperçus entre deux larmes. Il semblait m'avoir oublié comme il atteignait le seuil de la pièce. Il avait presque passé la porte d'entrée quand j'eus le réflexe de lui courir après.

« Non ! », criai-je en essayant d'attraper la main de ma sœur. « Où est-ce que tu l'emmènes ? » Mon cœur battait la chamade et j'avais du mal à respirer. Je vis que dehors, dans la voiture, ma mère était déjà sur le siège passager. Elle me jeta un coup d'œil suppliant comme pour me dire : « Fais juste ce qu'il dit ». Je secouai la tête. Je me précipitai vers ma sœur une dernière fois avant que son poing n'entre en contact avec ma tête.

« J'emmènerais ma fille où je voudrais ! », rugit-il en claquant la porte. Je sentis un liquide chaud couler le long de ma tempe comme j'heurtai le sol.

« Non », murmurai-je en luttant contre les ténèbres qui menaçaient de m'avaler toute entière. J'entendis la voiture démarrer et s'éloigner. Réunissant mes dernières forces, je me redressai, prenant appui sur mes mains et mes genoux. En proie à des vertiges et des étourdissements, je m'affalai sur le sol. Mes yeux se fermèrent et je continuai de lutter, mais mes efforts étaient vains. La peur et le froid s'emparèrent de mon cœur avant que l'obscurité ne me submerge.

Je ne me réveillai que beaucoup plus tard, à l'hôpital. Mon seul et unique ami, Harrold Lewis était venu m'annoncer que ma famille avait trouvé la mort dans un accident de voiture. En sortant de l'hôpital, j'étais directement allée au recrutement du personnel infirmier, avait menti sur mon âge et m'étais engagée. J'étais si remplie de haine et de dégoût de moi-même que j'aurais fait n'importe quoi pour tenter de me racheter. Soigner les soldats blessés était la seule manière d'y parvenir qui m'avait traversé l'esprit.

Une voix douce me ramena à la réalité.

« Miss Jones ? », appela l'infirmière, prenant un siège près de moi et me serrant le bras. Je sortis de mes pensées et tournai lentement les yeux vers elle. Elle paraissait réellement préoccupée.

« Est-ce que tout va bien ? ». Mes sourcils se froncèrent à cette question. Est-ce que tout allait bien ? Est-ce que tout irait bien un jour ?

« Oui, ça va. J'étais juste en train de réfléchir. », répondis-je vaguement. Elle hocha la tête et lâcha mon bras.

« Vous aimeriez quelque chose ? Je n'ai pas grand-chose, mais il y a de l'eau et de la farine d'avoine, je suis sûre que je pourrais vous en trouver. ». Je secouais la tête en souriant. Je ne pouvais rien avaler pour l'instant.

« Pas de nourriture. Mais je prendrais volontiers un peu d'eau. », lui dis-je. Elle s'éclipsa une minute avant de revenir avec un verre plein d'eau. Je le pris en la remerciant et en avalai le contenu d'une traite. J'essuyai ma bouche du revers de la main.

« Merci encore. », dis-je en lui rendant le verre. Elle sourit.

« Vous n'en voulez pas d'autre ? », demanda-t-elle en haussant un sourcil. Je secouai la tête en riant.

« Non, je vais très bien. Je pense que je vais dormir un peu. ». Elle acquiesça et me laissa seule. Après ce que je venais de revivre, j'accueillis le sommeil avec joie et y sombrai paisiblement pour quelques heures.

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POV Speirs :

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Après être revenu au campement, j'appris que la Easy Compagnie allait lancer un assaut sur Brecourt. Aussitôt, je cherchai le Major Strayer.

« Commandant, je pense que la Dog Compagnie pourrait être utile pour l'attaque de Brecourt », lui assurai-je, désireux d'exposer clairement mes idées. Strayer me jeta un coup d'œil dénué de surprise.

« Lieutenant Speirs, si vous parvenez à rassembler certains de vos hommes pour aider la Easy Compagnie, vous êtes les bienvenus. ». Je sentis ma bouche s'étirer dans un sourire, et je le saluai rapidement. Je courus presque vers la vingtaine d'hommes de la Dog Compagnie pour leur indiquer le point de rassemblement. Huit de mes hommes se portèrent volontaires.

« Bien, comme je l'ai dit, ça risque d'être long. Hines, Bardy, allez chercher des munitions. Beaucoup. Tout ce que vous trouvez de disponible, vous le ramenez. Je sais qu'il n'y a pas grand-chose, mais au moins des balles pour votre arme et toutes les grenades que vous avez. » Hines et Bardy revinrent bientôt avec les munitions et nous partîmes.

Comme nous nous approchions, les cris et les coups de feu emplirent mes oreilles. Mon pouls s'accéléra et je me déplaçai plus rapidement. Mes hommes me suivaient. Je sentais qu'ils étaient un peu nerveux. C'était seulement la deuxième fois qu'ils étaient confrontés à une situation de combat. Je ne pouvais pas les blâmer d'être un peu effrayés. Nous courûmes jusqu'à ce que nous rencontrions l'un des soldats de la Easy, Plesha, qui se tourna vers moi.

« Lieutenant Speirs », cria-t-il en me reconnaissant. J'inclinai la tête dans sa direction. Je lui demandai où se trouvait Winters et il me l'indiqua. Il nota les munitions supplémentaires que nous apportions et sourit.

« Winters sera content de vous voir, les gars », nous affirma-t-il en souriant.

« Manque de munitions ? »

« Oui, monsieur. », J'hochai la tête et partis en courant dans la direction indiquée par Plesha. Nous trouvâmes rapidement Winters. Je rampai dans les fossés près de lui.

« Winters ! Plesha nous a dit que vous manquiez de munitions ! », expliquai-je. Je regardai au-dessus du fossé, pour voir les dommages qu'ils avaient déjà infligé. Ils avaient déjà pris trois des canons et les avaient neutralisé. Je me préparai à faire feu.

« Malarkey ! Prenez-en tous autant que vous pouvez ! », cria Winters au soldat en lui remettant une partie des munitions supplémentaires. Je serrai mon arme mais me sentis impuissant. J'aurais voulu pouvoir faire beaucoup plus.

« Que diriez-vous si la Dog Compagnie s'occupait du dernier canon ? », demandai-je au lieutenant près de moi.

« Elle est toute à vous », lâcha-t-il après une seconde. Mon cœur faillit éclater.

« En avant, Dog Compagnie ! », hurlai-je à mes hommes, désireux et pressé de me joindre au combat. J'ai couru le long du fossé avec mes hommes derrière moi, puis suis sortis du fossé, suivant mon instinct. Je pris conscience que c'était une folie et en jetant un coup d'œil derrière moi, je vis que les hommes qui me suivaient avaient été tués. Soudainement, je fus moins enthousiaste. Des hommes que je connaissais depuis deux ans avaient été tués par ma faute. A cause de mon désir de ressentir l'excitation du combat. Je secouai la tête, je devais oublier cela pour l'instant et me concentrer sur mon objectif. Un allemand jeta une grenade dans ma direction et je sautais sur le côté, l'évitant de justesse, et perdant mon casque dans l'action. Je lui tirai dessus et il tomba. J'en tuai deux autres et revins dans la tranchée. Je retournai vers l'endroit où était Winters mais ne trouvai qu'un des membres de la Easy Compagnie, Lipton, et baissai mon fusil.

« Winters a dit que nous dégagions ! », m'a-t-il crié. J'ai hoché la tête et nous sommes partis à la suite des autres vers Ste-Marie-du-Mont. Je pouvais encore sentir les balles allemandes me frôler. L'adrénaline brûlait dans mes veines alors que je courrais vers Winters. J'ai noté que les autres types de la Dog Compagnie étaient vivants. J'énumérais rapidement leurs noms. Seuls Richards et Hines n'étaient pas rentrés. Je jurai intérieurement et me maudis. C'étaient de bons gars, et ils avaient une famille qui les attendait chez eux. Richards s'était engagé pour sa foi et j'avais détruit tout çà.

La culpabilité et les remords m'envahirent et j'eus le sentiment d'être perdu et effrayé pour la première fois depuis que j'avais rejoint l'armée. Je secouai la tête, déterminé à garder ses sentiments enfouis jusqu'à ce que je sois seul.

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En mode revisionnage de BoB…Mon Dieu que je les aimeeeuh !

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