Je ne pourrais pas continuer sans toi - chapitre 3
Dans ce chapitre, vous allez découvrir un Rocher complètement névrosé, en proie aux crises de paranoïa, et prêt à tout pour qu'Adèle le déteste, autant qu'il se déteste lui-même. Review requested ;)
Pendant les jours qui suivirent, Adèle garda ses distances avec la DPJ et Thomas. Comme il l'avait demandé. Elle s'était confiée à Jess en rentrant du club de boxe l'autre soir, lui avait avoué qu'elle ne reviendrait probablement jamais au travail, à ce travail en tout cas, si le commandant mettait autant de volonté à la tenir loin de lui.
Etre loin d'elle, c'est pourtant tout le contraire de ce que son cœur lui dictait. Mais allez savoir pourquoi, son esprit lui disait de la fuir. Il croyait toujours dur comme fer que si elle restait trop près de lui, elle souffrirait encore et encore. Il ne voulait pas ça pour elle. Il préférait crever en la voyant reprendre une vie normale, que vivre en continuant chaque jour à la voir souffrir.
C'était complètement contradictoire. L'autre soir, il lui avait tourné le dos alors qu'elle lui envoyait clairement des signaux détresses. "Je ne pourrais pas continuer sans toi… Toi si apparemment". Ces quelques mots résonnaient tellement fort depuis qu'elle les avait prononcés. Et elle avait tellement tort.
Il n'avait pas vécu pendant sa captivité, il avait survécu, tant bien que mal, jusqu'à ce qu'il la retrouve, à moitié morte déshydratée et rongée par une infection post-opératoire que cet enfoiré de Xavier avait délibérément ignoré. Il avait aussi survécu les jours où elle était restée inconsciente à l'hôpital, et qu'il la veillait en lui racontant qu'il ferait tout pour la protéger quand elle ouvrira les yeux.
Il ne trahissait pas sa promesse. De son point de vue en tout cas. La protéger, pour lui, voulait dire la tenir aussi loin de lui que possible. Bien qu'elle était sacrément têtue.
Presqu'un mois qu'elle allait bien maintenant. Un mois qu'il noyait sa détresse dans l'alcool. Mais pour son fils, pour elle… et pour lui-même, il avait décidé d'arrêter tout ça. Sauf que voilà… depuis trois jours, alors qu'il n'avait pas bu une seule goutte d'alcool et était déterminé à ce que cela soit ainsi pour le reste de sa vie, il était en proie aux cauchemars la nuit et aux crises de paranoïa le jour.
Il confondait les époques et les personnes, les sentiments et les personnalités. Par deux fois, il avait décroché son téléphone pour appeler Adèle, ne se souvenant plus qu'ils ne se parlaient plus. Et par deux fois il avait raccroché en reprenant ses esprits au son de sa voix. Ça avait plongé la criminologue dans un profond désarroi d'ailleurs.
Contraint et forcé, il avait pris un congé maladie après être allé voir un médecin, qui lui avait prescrit des psychotropes. Adèle n'était pas au courant de ça le jour où elle revint à la DPJ pour parler à Lamarck et lui demander une place dans une autre équipe, une autre DPJ. C'est le commissaire qui lui expliqua la situation, et lui demanda de réfléchir encore quelques jours. Parce que même lui savait que ça anéantirait Thomas de la perdre. Encore une fois. Et pour de bon cette fois. Mais elle ne pouvait pas rester comme ça indéfiniment. Alors aussitôt après son entrevue avec Lamarck, elle décida d'aller le voir…
Quand elle arriva devant la porte de son appartement, elle n'eut pas le temps de sonner qu'elle entendit des cris provenant de l'intérieur. Lucas hurlait. Thomas aussi. Elle sentait que quelque-chose n'allait pas. Pas du tout.
"PAPA ARRÊTE! J'ai rien fait, je te promets. Tu es en plein délire là. Je parle plus à Aurélie je te le promets".
"TA MERE AURAIT HONTE DE TOI!"
Adèle n'arrivait pas à croire ce qu'elle venait d'entendre. Elle allait sonner quand Lucas sortit en pleurs et s'en alla en courant, sans même lui adresser un mot, ni un regard. Elle décida de rentrer, alors que Thomas était en rage et qu'il balançait tout dans son appartement. Elle ferma la porte derrière elle et prit le ton le plus doux possible pour lui parler.
"Thomas. Regardez-moi Thomas".
Il était dos à elle, dans le hall d'entrée. Il reposa le vase qu'il avait entre les mains et resta planté là.
"Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Lucas?"
"Qu'est-ce que ça peut bien te foutre?"
Pardon? Est-ce qu'elle avait bien entendu ce qu'elle venait d'entendre? Sous le choc elle ne savait même pas quoi lui répondre. Et puis les propos qu'il employa ensuite lui firent comprendre qu'il traversait une crise de paranoïa. Et qu'il la prenait pour quelqu'un d'autre.
Quand il se retourna, ses yeux étaient rouges de colère, ses poings serrés de rage. Il fonça sur elle et la saisit par le cou, en la plaquant contre la porte d'entrée.
"Qu'est-ce que vous foutez là hein?"
Il la tenait fermement. Elle avait presque du mal à respirer. Elle avait peur qu'il la frappe aussi. Elle s'agrippait à son poignet de ses deux mains et le suppliait.
"Thomas c'est moi. Je suis là pour vous parler. Vous dire que je suis désolée de ce qui est arrivé. Mais que je ne vous en veux pas. Et que vous ne devez pas vous en vouloir non plus".
"Oh que si je m'en veux! Je m'en veux de t'avoir laissé prendre sa place. Adèle ne t'aurait jamais fait un coup pareil. Tout le monde lui disait que tu étais foutue. Et elle a toujours cru pouvoir te retrouver".
Il pensait qu'elle était Camille. Comment allait-elle pouvoir le convaincre du contraire? Il était parti très loin dans sa paranoïa.
"Thomas c'est moi, c'est Adèle! Camille est morte l'année dernière. Argos l'a tuée. Et j'ai tué Argos quand il m'a à nouveau enlevé. Vous vous souvenez?"
"Te fous pas de ma gueule ou je te renvoie à l'asile en morceaux".
"Thomas regardez-moi". Elle voulait qu'il la regarde vraiment. Dans les yeux. Ce qu'il fit.
"Vous avez des hallucinations. Ce que je vous dis est vrai. Je suis Adèle. Faites-moi confiance… C'est moi Thomas, c'est moi".
"Ah c'est moi le déséquilibré maintenant hein? Prouve-le! Prouve-moi que tu es Adèle".
Elle ne savait pas quoi lui dire d'autre. Il y avait plein de choses qu'ils avaient partagées, que tous les deux. Mais s'il croyait qu'elle était Camille, il croirait aussi qu'elle mentait en lui racontant l'épisode du baiser manqué en Anjou, la prise d'otages, leurs mésaventures avec Aurélie, Baransky, Argos… Il fallait qu'elle trouve autre chose. Et tout à coup elle sût.
"Embrassez-moi".
"Pardon?"
"Je suis bien Adèle Thomas. Mais un jour, Camille a pris ma place et m'a fait enfermer dans l'hôpital psychiatrique à sa place. Elle a essayé de coucher avec vous. Elle vous a embrassé. Mais vous m'aviez dit que… que ce n'était pas pareil parce que ce n'était pas moi. Du coup vous n'êtes pas allé plus loin avec elle. Alors embrassez-moi, et vous saurez".
Il hésita encore quelques secondes. Elle vit une lueur apparaître dans ses yeux. Est-ce qu'il la croyait? Ou est-ce qu'il pensait Camille capable de faire un truc aussi fou? Pour en avoir le cœur net, il obtempéra.
Ses mains passèrent d'autour du coup d'Adèle à ses joues et il l'embrassa, en appuyant fermement ses lèvres sur les siennes, pensant qu'il allait être dégoûté par cette échange puisqu'il imaginait que c'était Camille… Mais tout lui revint d'un coup. Ça lui fit d'ailleurs un mal de crâne très intense. Il rendit alors le baiser plus langoureux. Elle céda complètement dans ses bras même si elle savait que ce n'était pas vraiment le meilleur moyen de renouer le contact pour repartir sur des bases saines… Mais elle ne pouvait pas s'en empêcher, ni lui résister.
Après une bonne minute, il se recula soudainement et la regarda dans les yeux. Il était horrifié. Parce qu'il venait de se rendre compte qu'il aurait pu la tuer. Il recula de quelques pas et trébucha en arrière, se retrouvant sur les fesses.
Adèle mit les mains devant elle pour lui faire comprendre qu'elle ne lui voulait aucun mal.
"Ça va aller Thomas. Je suis là. Je ne vais plus nulle part".
Il avait la tête qui lui tournait affreusement. Alors qu'elle s'agenouillait auprès de lui, il perdit connaissance.
