Bonjour/Bonsoir ~

Boooooon. On m'avait réclamé une suite alternative à cet OS. Et Felicia Martins me l'a redemandé récemment, donc je m'y suis attelée.

J'ai plus développé Tchéquie et Slovaquie, ici. Pure envie. Besoin de le faire, peut-être. Je ne connais pas trop les relations entre ces pays, donc si ça semble OOC, n'hésitez pas.

Sinon, cette fois, pas de noms humains. J'ai voulu rester dans le même style d'écriture que la première partie. J'ai quand même évité d'utiliser les langues maternelles, ça serait trop le bordel.

Aussi, j'ai voulu quelque chose de plus ouvert, donc la fin reste très évasive.

En espérant que ça vous plaise.

Bonne lecture ~


Prague, Tchéquie, Samedi 4 février, 13 heures et 5 minutes

La bouilloire sifflait, remplissant la pièce d'agaçants aigus, rompant le silence pesant qui s'était installé entre eux. Il attrapa le récipient de métal, s'appliqua à verser le liquide fumant dans une tasse de porcelaine, il ajouta deux cuillérées et café instantané et mélangea le tout. Tchéquie n'aimait pas le café, aussi il n'avait jamais pris la peine de s'offrir une cafetière, n'en servant que quand des invités en demandaient.

Il tendit la tasse à la jeune femme devant lui, qui le remercia d'un signe de tête. Les mains crispées sur la porcelaine, elle soufflait sur le café d'un air absent, ses lèvres tremblantes. Tchéquie toucha sa joue du bout des doigts, visiblement inquiet pour son ancienne compagne.

« Ce n'est pas de ta faute… Slovensko, personne ne t'en veut, tu sais.

_ J'aurais… Peut-être que si… C'est à moi, de diriger mon pays, non ?

_ Il y a des ordures partout. Pas plus chez toi que chez les autres.

_ … De quoi j'ai l'air, maintenant… Un pays de pauvres, de tarés qui n'ont rien trouvé de mieux que de faire du mal pour vivre…

_ Chut. Commence pas. Personne ne t'en veut. Ils ont fait pire, avant, tu sais.

_ Ce n'est pas une raison ! On peut faire ce qu'on veut, c'est pas grave puisqu'il y a pire ? Ceská republika, j'arrive pas à croire que tu me sortes ça…

_ Tu sais que ce n'est pas ce que je voulais dire. Arrête de t'en vouloir, tu ne pourras jamais contrôler tous tes habitants, personne ne le pourra, c'est comme ça. »

Slovaquie baissa les yeux. Sirotant son café, les yeux baissé, elle n'avait plus envie de parler. Après les incidents de Michalovce, une grosse boule s'était installée dans sa gorge, la gênant en permanence. Elle avait tantôt envie de pleurer, tantôt envie de frapper les murs, de fracasser quelconque objet qui se trouvait à sa portée, la pauvre tasse avait bien de la chance de ne pas lui appartenir.

« C'est quand, qu'ils sont jugés ?

_ Lundi, si tout va bien.

_ Il faudra qu'il témoigne, sinon personne n'y croira. Les autres victimes, elles sont en sécurité ?

_ Deux sont mortes à l'hôpital, il n'en reste qu'une, à part Island.

_ Elle est en état de témoigner ?

_ Oui. Mais ça ne suffira pas, il faut qu'il parle, s'il veut qu'ils soient derrière les barreaux. »

Slovaquie hocha lentement la tête. Elle ne connaissait pas vraiment Islande, mais elle avait quand même de la peine pour le jeune garçon, qui n'était pas encore sortit de l'enfer.


Copenhague, Danemark, Samedi 4 février, 14 heures et 42 minutes

« Norja, arrête avec ce truc, sérieusement. »

Norvège leva un œil sur Finlande, qui tremblait comme une feuille depuis bientôt une demi-heure. Il faut dire, le troll invisible de Norvège leur tournant autour, ça n'était pas hyper rassurant, comme compagnie. Le machin vert et vaporeux faisait un bruit de râle à vous glacer le sang, telle une tache vous susurrant des menaces à l'oreille contre lesquelles vous ne pourriez vous défendre, tandis que son maître serrait les poings, crispé sur sa chaise, le regard fixé sur la cafetière vide comme si tout était de sa faute.

Ignorant complètement la peur de Finlande, Norvège reporta sa haine sur la pauvre cafetière. Norvège n'était pas un homme d'action à proprement parler, mais il n'aimait pas être relégué au second plan, être inutile, et ne pas avoir son mot à dire, surtout concernant Islande.

Celui-ci n'était pourtant pas loin de lui, dans la pièce juste au-dessus, même. Ca faisait pratiquement deux semaines que l'islandais était tiré d'affaire. Il était d'abord passé par la case hôpital, les médecins inquiets de son état l'avaient gardé plusieurs jours en observation, avec interdiction de visite, puisqu'à la première, ça avait fini en destruction de biens hospitaliers au cours d'une énième dispute de grande ampleur, et un Islande tétanisé face aux trois gouttes de sang tachant le sol.

Maintenant qu'il était hors de danger d'après les professionnels de santé, Norvège avait totalement refusé que l'islandais rentre seul chez lui. Aucun d'entre eux ne voulait le quitter des yeux. Aussi avaient-ils fait siège dans la maison de Danemark, suffisamment grande pour les accueillir, tous les sept. Oui, sept. Finlande n'aurait pour rien au monde voulu se séparer plus longtemps de Sealand et Ladonia, il faisait certes confiance à Estonie pour s'en occuper quelques jours, mais pas cent cinquante ans non plus.

S'il avait désapprouvé la présence des deux petits au début, Norvège ne pouvait que constater qu'ils représentaient une précieuse distraction pour son frère. Aucun des deux ne l'avait regardé de travers, avec ses bandages et son teint de mort, ils avaient été aussi braillards et gamins qu'à l'ordinaire avec lui, faisant comme s'il n'avait rien subit de plus qu'une mauvaise chute. Bien sûr, ils avaient interrogé les autres, mais Finlande refusait qu'ils soient au courant. Désir maternel de garder ses petits loin de l'horreur, oh, Norvège le comprenait, si Islande n'était pas le concerné, il ne lui aurait pas raconté ça non plus, non.

Revenons au moment présent. Alors que la cafetière avait envie de prendre la poudre d'escampette, Suède avait fait irruption dans la cuisine, attirant l'attention de Norvège et sauvant la cafetière par la même occasion. Ne pipant mot, il alla se laver les mains dans l'évier, tachant l'inox d'un liquide sombre et écarlate.

« Alors ? » s'impatienta Norvège, pas vraiment rassuré de voir du sang sur les mains du suédois

Celui-ci finit de se récurer les ongles avant de se tourner vers le norvégien. Avec cet air crispé, impossible de savoir si ça allait bien, ou pas. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose quand un cri aigu le coupa dans son élan, suivit peu après d'une tornade rousse, apparemment poursuivie par une autre tornade, blonde cette fois. Les deux gamins firent le tour de la cuisine en braillant, puis sortirent par la porte de derrière. Finlande leur adressa un sourire d'excuse, comme si le boucan qu'ils produisaient était de sa faute, et les suivit, prêt à calmer l'incident diplomatique.

« T'peux y'ller. » fit Suède en regardant son ami sortir

Norvège acquiesça lentement et se leva, se dirigeant vers l'étage supérieur. Il attrapa un paquet sur la table de l'entrée, au passage, et grimpa. Il allait toquer à la porte de la chambre attribuée à Islande, quand il remarqua qu'elle était entrebâillée. Jetant un œil à l'intérieur, il ne put s'empêcher d'esquisser un sourire. La scène qui se déroulait devant lui était rare, très rare.

Danemark, assis sur le lit, caressait distraitement les cheveux d'Islande, l'autre main tenue par celle du plus jeune, qui faisait des ronds dans sa paume, écoutant attentivement l'histoire que lui contait le danois. Une aventure épique, mais pas aussi sanglante que d'habitude. Il parlait doucement, débitant son discours avec un calme qu'on ne lui connaissait pas. Norvège eut l'impression de repartir plusieurs siècles en arrière, quand Danemark n'avait pas encore pris la grosse tête et qu'il s'occupait volontiers du petit islandais quand le norvégien était demandé ailleurs. Attendri par la scène, il décida de ne pas interrompre le conte du danois, il resta donc là, son paquet à la main, attendant la fin de l'histoire.

Une fois l'aventure épique terminée, Danemark souleva doucement Islande et le reposa sur ses oreillers. Avec un grand sourire, il passa sa main sur le front du plus jeune, cherchant à le rassurer et en même temps à voir s'il avait toujours de la fièvre. Il sortit alors, clamant qu'il devrait peut-être se reposer un peu.

« Oh, Norge !

_ Tu te reconvertis en Père Castor, Dan ?

_ Arrête, il adore mes histoires.

_ Je sais. » fit Norvège avec un sourire microscopique

Danemark le dévisagea un instant, puis il lui fila une tape dans le dos et le poussa dans la chambre d'Islande, braillant à celui-ci qu'il avait de la visite. Norvège ignora le danois et s'avança vers son frère, il lui tendit le petit paquet, tout en l'inspectant du regard.

Toujours aussi chétif, Islande avait simplement l'air malade de celui qui en a trop prit en trop peu de temps. Ses bandages, qui venaient d'être changés par Suède, commençaient déjà à perdre leur couleur immaculée, au profit d'une teinte blanc sale tranchant avec les draps d'ivoire. Ses joues creuses et son teint cireux témoignaient de sa mauvaise nutrition. Ils avaient en effet du mal à lui faire avaler quelque chose de solide, mais ça s'arrangeait au fil des jours, et pas grâce à la cuisine de Finlande, hein.

Il fut ravi de voir les yeux de son frère pétiller légèrement en découvrant le contenu du paquet. Il adressa un faible sourire à son frère en guise de remerciement, et enfourna un réglisse dans sa bouche, savourant le goût de sa friandise préférée. Norvège lui ébouriffa les cheveux, content d'avoir réussi à le faire sourire un peu.

« Lillebror… Tu vas mieux ? »

Aucune réponse, Islande se contenta d'un léger hochement de tête, les joues pleines.

« Ne mange pas tout tout de suite, tu vas être malade. »

Islande le regardait, tout simplement, n'émettant aucun son de plus. Norvège soupira. Depuis qu'ils l'avaient ramené de Slovaquie, l'islandais n'avait rien dit, se murant dans un mutisme pesant pour le norvégien. Il voulait l'entendre parler, entendre le son rassurant de sa voix, pouvoir échanger avec lui autre chose que des longues discussions de sourds.

La dernière chose qu'il l'avait entendu dire, c'était « grand frère ».


Bratislava, Slovaquie, Lundi 6 février, 11 heures pile

Engoncée dans un tailleur trop près du corps à son goût, la slovaque respirait difficilement. Elle n'était pas très fan des palais de Justice, pas du tout. Si elle avait pu, elle aurait évité cette corvée. Mais elle était un témoin clé de l'affaire, elle, petite Nation. Evidemment, on avait caché son identité, par sécurité, elle ne répondrait que de son nom humain, de même pour les cinq nordiques qui avait expressément été conviés, ou réclamés, à l'audience. Pas le choix, on manquait de témoins, les pots de vins circulaient, il fallait des preuves.

Et les seules preuves se résumaient à des registres, des dossiers compilant noms, sommes et numéros, ainsi qu'aux rapports des médecins légistes. Un seul n'avait pas suffit à étudier le monceau de cadavres trouvés dans l'usine par les autorités. De plus, il fallait également examiner les deux victimes encore en vie, donc Islande. Autant dire que ça n'avait pas dû être une partie de plaisir pour le jeune homme. Mais Slovaquie n'en savait pas plus, elle, elle avait simplement donné son témoignage lors de l'interrogatoire de routine, essayant de ne rien omettre de leur escapade, si ce n'est le macareux qui parle et l'invisible fée. Il valait mieux ne pas se discréditer en passant pour des fous.

Assise sur l'un des bancs de la salle d'audience, elle attendant sagement que le juge commence à parler. Tchéquie, à côté d'elle, pressa sa paume contre la sienne, dans un geste de réconfort. Elle lui offrit un pauvre sourire avant de tourner la tête vers le banc où les cinq nordiques avaient pris place. Elle ne les connaissait pas plus que ça, mais elle avait de la peine, pour eux. Et, malgré tout ce qu'avait pu lui dire Tchéquie, elle se sentait un peu coupable, quelque part, du malheur d'Islande. Il avait accepté ses excuses avec un maigre sourire, mais ce mutisme ne l'avait pas aidée à se laver de ses péchés.

Les coups de marteau retentirent, la Justice allait faire son œuvre.


Bratislava, Slovaquie, Dimanche 22 janvier, 16 heures 25 minutes

« On peut également observer des plaies profondes, faites avec un appareil pointu, identifié comme étant une perceuse, placée dans les pièces à conviction sous la référence … »

Il avait la chair de poule. Sa peau mise à nu lui semblait froide et atrocement rigide. Il écoutait d'une oreille le médecin légiste faire son rapport, l'examinant des pieds à la tête, ne lui laissant aucune place pour la pudeur. Allongé sur la table de similicuir bleu poussière, il tremblotait, de froid, de peur, de honte. Il était observé sous toutes les coutures, comme s'il n'était même plus vivant, comme le corps caché par un drap et affublé d'une étiquette sur le pied qu'il avait aperçu en entrant dans le cabinet.

Ca faisait à peine vingt-quatre heures qu'on l'avait sorti de l'usine désaffectée qui était devenue son enfer. Blotti dans les bras de son frère, le trajet vers l'hôpital lui avait semblé bien court comparé au temps qu'il avait passé dans cette pièce froide et vide. Pris en charge immédiatement par des hommes en blouse blanche, la seule chose dont il se souvenait, c'était des néons fadasses qui défilaient sous ses yeux alors qu'il était amené dans une salle quelconque. Les paupières lourdes, il avait sombré dans le brouillard d'un simulacre de sommeil sans rêves.

A peine avait-il retrouvé la force d'ouvrir les yeux et de se redresser dans ses oreillers, que ce médecin vieux et à l'air aussi sociable que Berwald était venu le voir, réclamant une entrevue pour les besoins de l'enquête. Islande n'en avait rien à faire, de cette enquête, tout ce qu'il voulait, c'était aller mieux, et voir son frère. Mais il fallait faire ces examens médico-légaux, pour que ceux qui lui avaient fait du mal payent. Il comprenait ça, bien sûr, cependant, il ne pouvait s'empêcher de trouver le moment mal choisit.

A présent, ausculté par cet homme dont il ne savait rien, il gardait les yeux rivés sur le plafond blanc, refusant de croiser le regard de cet automate en blouse blanche. Il avait peur d'y lire le mépris, la pitié, la condescendance. Son corps meurtri lui faisait honte, et il appréhendait fortement le moment où il devrait se mettre sur le ventre.

Le médecin s'assit à côté de lui et le fixa un instant, d'un regard inquisiteur, il disséquait les moindres mouvements de l'islandais, cherchant un trouble, un traumatisme quelconque qui pourrait entrer dans son rapport.

« Bon. Vous pouvez vous retourner maintenant. » dit-il finalement, le visage dénué de toute expression

Islande frissonna, puis déglutit avant de se hisser sur les coudes pour se mettre sur le ventre. Une grimace déforma ses lèvres alors que la main gantée du médecin se promena sur son dos portant encore les marques du fer rentré dans sa chair alors qu'il gisait sur le sol, attaché à sa chaise lourde. Il ferma les yeux, le reste de son corps se mit à trembler de plus en plus violemment, alors que la main descendait graduellement vers sa chute de reins.

Des visions d'horreur tournaient en boucle dans son esprit dérangé, assailli de toutes parts par des souvenirs qu'il aurait voulu enterrer à jamais, comme le cadavre famélique d'un pestiféré qui faisait tache dans le hall luxueux d'un immeuble grand standing. Il ne put retenir un cri de terreur quand le médecin commença l'examen de son intimité. Ne se formalisant pas de ce dont il avait apparemment l'habitude, le légiste continua son inspection, expliquant le détail de ce qu'il voyait dans le micro de son dictaphone hors d'âge.

Les larmes dévalaient ses joues, vivre ça une fois, ça n'était donc pas assez ?


Bratislava, Slovaquie, Lundi 6 février, 11 heures et 43 minutes

« Et donc, vous êtes formel quant au viol ?

_ Exactement. Il n'y a aucun doute là-dessus.

_ Votre honneur, je n'ai plus de questions. »

L'avocat de la défense avait le don d'agacer Norvège. Les poings serrés, à un tel point que ses jointures étaient blanches, ses ongles se plantaient dans sa paume, ils y laisseraient des petites marques rouges en croissant de lune. La bouche hermétiquement fermée, il se retenait de se jeter à la gorge de ce petit homme propre sur lui et sûr de sa plaidoirie ridicule visant à défendre d'ignobles personnages à la botte d'un être immonde maintenant six pieds sous terre.

La paume de Danemark sur son épaule l'incitait à rester assis, à ne pas s'énerver plus qu'il ne le fallait, et puis, il ne voulait pas non plus lâcher la main de son petit frère, recroquevillé à côté de lui. L'étalage de l'état de son corps après son enlèvement le gênait plus que de raison, il n'avait pas l'air de bien supporter les étouffements horrifiés de l'assemblée et du jury, évitant les regards pleins de pitié et de condescendance insupportable. Norvège appréhendait le moment où Islande serait appelé à la barre. Parce qu'il le serait. Son témoignage était aussi précieux que celui de l'autre victime, installée un peu plus loin, petite bourgeoise américaine attrapée pendant ses vacances en Europe de l'Est. De quoi la dégouter de remettre les pieds dans un pays slave.

Elle avait parlé sans discontinuer, dans un anglais rapide et bien maîtrisé, que des interprètes traduisaient pour les jurés ne parlant pas cette langue. Sans aucune honte, juste une farouche détermination à faire plonger ses bourreaux, elle avait parlé, sûre d'elle, les souvenirs dansant devant ses yeux d'un vert éteint, comme si elle n'était qu'une poupée, programmée pour leur servir le récit de ce qui avait failli lui coûter la vie.

Norvège savait qu'Islande ne serait pas aussi bon orateur. A vrai dire, il s'inquiétait. Son petit frère n'avait plus dit un mot depuis qu'ils étaient repartis de l'usine. Ce mutisme le mettait dans tous ses états, par tous les moyens, il essayait d'arracher une phrase, un mot, un sourire à ce petit être aimé. En vain. Islande était renfermé sur lui-même, jetant parfois des regards effrayés quand il entendait un bruit qui ressemblait de près ou de loin à un grincement de métal ou une perceuse, ou tout bruit pouvant lui rappeler l'horreur qu'il avait vécue.

« J'appelle Mr. Helgusson à la barre. »

Ca y est, l'échéance arrivait. Il devait se lever. Raconter ce qu'il s'était passé. Norvège lui adressa un pauvre sourire en guise d'encouragement, n'obtenant en réponse qu'un hochement de tête bref et discret. D'un pas lourd, l'islandais s'avança, essayant d'ignorer tous ces regards braqués sur lui, qui le détaillaient, le dévisageaient, sans aucune gêne, aucune. Un véritable calvaire allait commencer, et il ne savait comment il s'en sortirait. Il devait parler. Lui ne voulait pas être vengé, se fichait du sort des accusés. Ses bourreaux à lui, étaient morts, assassinés froidement par son frère et Suède. Mais il ne devait pas être égoïste. Pour les autres, pour cette fille passée avant lui, pour que plus personne ne subisse tout ça, il devait parler.

Alors, il ouvrit la bouche, jura sur l'honneur qu'il ne mentirait point, d'une voix rauque et mal assurée, une voix éteinte que Norvège avait du mal à reconnaître. Ce timbre désincarné ne pouvait pas appartenir à son petit frère chéri. Non, c'était impossible. Même Suède avait une intonation plus douce, à côté. Le cœur gros, serré dans un étau, il s'interdit de fermer les yeux quand Islande commença son récit. Il l'observait, comme tous les autres qui le disséquaient du regard, mais lui, il essayait d'avoir l'air rassurant, de lui apporter, par un échange muet, le soutient dont Islande avait besoin.

Parce que raconter l'horreur, ça n'a jamais été aisé.


Bratislava, Slovaquie, Mardi 7 février, 15 heures et 8 minutes

« Mais vous l'avez tué, n'est-ce pas ?

_ Oui.

_ C'est un crime, ça, aussi, je me trompe ?

_ Non.

_ Alors qu'on m'explique ! Que fait cet homme ici ? Pourquoi n'est-il pas sur le banc des accusés ? Il a tué de sang froid un homme, avec une hache hors d'âge qui plus est ! Il a fait preuve de barbarie, ni plus, ni moins !

_ Excusez-moi, je peux en placer une ? »

Toute l'assemblée se tut, quand le grand dadais blond se leva du banc, toisait l'avocat de la défense d'un œil mauvais. Ce n'était vraiment pas l'usage, de laisser quelqu'un s'exprimer en plein milieu d'une plaidoirie, pendant qu'un témoin était interrogé. Pour peu, Norvège se serait prit la tête dans les mains en soupirant. Mais là, il était en si mauvaise posture que l'intervention du danois lui permettait de souffler quelques secondes, histoire de mettre de l'ordre dans les pensées qui se bousculaient dans sa tête.

« Ce n'est pas vous qu'on interroge, monsieur. Vous parlerez si on vous en donne le droit. » tonna le juge

Danemark resta debout quelques secondes, alors que la main de Finlande agrippée à sa manche l'incitait à se rasseoir. Il reprit place sur le banc, le visage fermé, fixant toujours l'avocat avec ce regard noir qu'on lui connaissait peu. Islande, à côté de lui, avait la tête baissée, les yeux braqués sur ses chaussures, mal à l'aise. Norvège déglutit et décida de faire face. C'était pour Islande, tout ça, il ne fallait pas qu'il se laisse démonter par un bureaucrate qui voulait le faire passer pour une espèce de monstre.

« Je peux vous poser une question ? fit-il, à l'attention de l'avocat

_ … Eh bien, allez-y…

_ Vous avez des frères et sœurs ?

_ Oui, une sœur, pourquoi ?

_ Bien. Imaginez donc, un soir de fête, vous vous amusiez en famille, votre sœur décide de rentrer. Le lendemain, aucune trace d'elle, nulle part. Après maintes recherches, vous finissez par la retrouver, enchainée, sur le sol, sous un homme que vous ne connaissez ni d'Eve, ni d'Adam, couverte de sang, de cicatrices, hurlant son désespoir et sa douleur. Vous avez la scène en tête, Maitre ?

_ …

_ Osez maintenant me dire, dire à tout ce monde, que vous n'auriez pas purement et simplement envie d'arracher la tête de ce monstre qui aurait touché votre sœur bien aimée. Vous pouvez comprendre mon geste, je pense. »

Un silence pesant s'était installé dans la salle d'audience. Les regards oscillaient entre Norvège et l'avocat, blanc comme un linge, on pouvait clairement voir une goutte de sueur perler et glisser le long de sa tempe. Norvège serrait les poings. Il avait essayé la diplomatie, mais intérieurement, il bouillonnait. Il avait simplement envie d'éclater la tête de cet homme sur le carrelage, lui faire voir la couleur de son propre sang avant de l'achever dans une symphonie de chair déchirée. Cependant, la figure pâle d'Islande à présent levée vers lui l'en dissuada.

Son petit frère en avait assez vu, n'est-ce pas ?


Prague, Tchéquie, Vendredi 10 février, 4 heures et 59 minutes

Crac.

La dernière marche. Celle qui craque. Slovaquie l'avait momentanément oubliée, concentrée sur son objectif : la cuisine. Elle grimaça, le bruit avait raisonné dans toute la maison, dans une plainte macabre et répercutée en écho contre les murs blancs. Nul doute que niveau discrétion, il y avait mieux, beaucoup mieux.

Elle s'était stoppée net, le pied encore à moitié sur la marche, tendant l'oreille, vérifiant qu'elle n'avait pas réveillé l'homme qui se tortillait dans les draps blancs, sur le lit de la pièce au-dessus. A part quelques bruissements de couvertures, elle n'entendit rien. Aussi, Slovaquie continua à avancer sur le carrelage froid, ses pieds nus collants aux dalles. Elle ouvrit la porte doucement et se faufila dans la pièce immaculée, les yeux fixés sur la bouilloire encore vide.

Parfois, elle maudissait Tchéquie pour sa sainte horreur du café, cette fois là aussi. Se faire du café instantané en plein milieu de la nuit, c'était carrément moins pratique que de se servir une tasse et de la mettre au micro ondes. Mais bon. Passons. La slovaque fit avec les moyens du bord et se fit chauffer de l'eau. Elle n'entendit pas les pas se rapprocher derrière elle, et sursauta quand une main calleuse se posa sur son épaule.

« T'arrives pas à dormir, hein ? »

Slovaquie souffla quand elle reconnut Tchéquie, qui lui souriait, dans la semi obscurité de la cuisine, éclairée par un rayon de lune filtrant à travers la vitre. Elle n'avait apparemment pas été assez discrète. Le tchèque attrapa la bouilloire qui sifflait derrière elle et lui remplit une tasse. Il attrapa une cuillérée de chicorée, mélangea le tout et lui servit une tasse fumante, ses iris verts plantés dans les prunelles noisette de la jeune femme.

« J'appréhende, c'est tout. Merci pour le café.

_ T'en fais pas. Ils vont pas s'en tirer comme ça.

_ J'espère…

_ Retourne te coucher, oublie tout ça.

_ Ne me donne pas d'ordre, c'est fini, ce temps-là.

_ C'en était pas un. »

Tchéquie lui ébouriffa les cheveux et reparti en direction des escaliers. Elle ne put s'empêcher de laisser un sourire étirer ses lèvres. Sirotant son café, elle se surprit à repenser au temps où ils étaient unis en un seul pays. Ce n'était pas rose tous les jours. Mais la rupture avait été plus difficile que les longues journées de froid où ils se regardaient en chien de faïence, à attendre que l'un hausse le ton sur l'autre, à attendre la fin du jour, attendre une autre solution.

Une fois sa tasse vide, Slovaquie reposa le récipient dans l'évier et remonta à l'étage. Passant devant la chambre de Tchéquie, elle regarda à l'intérieur, distinguant à peine le tchèque parmi les couvertures qui le recouvraient. Elle referma la porte, et alla dans la pièce à côté, retrouver son lit encore tiède. Sûr qu'elle ne dormirait pas, mais elle pouvait toujours lire un peu. Et demain, lorsque le verdict tombera, elle ne sera pas là.

Après tout, cette histoire ne la concernait plus.


Keflavik, Islande, Mercredi 16 février, 19 heures et 17 minutes

Le bruit assourdissant des avions qui décollaient couvraient allègrement la voix de Finlande, occupé à faire semblant de chercher Sealand et Ladonia. Les deux marmots étaient cachés derrière un banc, et se disputaient apparemment la place, avec la discrétion d'un troupeau de buffles. A croire que tout était prétexte à la prise de bec, avec ces deux là.

Islande les regardait d'un air absent, uniquement préoccupé par l'heure, l'oreille tendue pour entendre toute annonce qui annoncerait leur départ. Ils avaient à peine passé trois jours chez lui qu'ils devaient tous repartir sur le continent, affaires oblige. Lui aussi, devrait reprendre le cours de sa vie, après avoir subit tout ça. Il n'allait pas condamner les trois cent mille habitants de son île à stagner parce qu'il était mal. Il devait se reprendre, et c'est tout.

« Les passagers du vol à destination d'Oslo sont priés de se présenter à la porte d'embarquement 12. »

La voix désincarnée résonna dans tout l'aéroport, tombant comme une sentence d'exécution immédiate. Comme par hasard. Oslo en premier. Norvège. Loin de lui. Son frère. Islande soupira. Quand il fallait y aller…

Norvège se leva, trainant derrière lui son sac bleu nuit. Islande le suivit jusqu'à la porte d'embarquement, décidé à profiter de chaque seconde avant que son frère ne s'en aille, s'envolant loin de lui, séparés par l'océan. Une main froide effleura sa joue, l'islandais leva les yeux, croisant le regard insondable du norvégien. Puis, l'aîné attira son cadet à lui, l'étreignant une énième fois depuis la fin de son calvaire.

« Je vais revenir vite, petit frère. Je te le promets. »

Islande hocha la tête, lui offrant un simulacre de sourire. Norvège lui ébouriffa les cheveux et passa la porte, ne laissant qu'une odeur d'après rasage un peu fort derrière lui. L'islandais compterait les jours, mais il savait qu'il reviendrait, assez tôt.

C'était son grand frère, après tout.