Chapitre III: Kids, don't do alcohol
Après l'histoire de la lettre, Miles n'était plus vraiment lui-même, pour tout dire, c'était pire qu'avant. Alors qu'on aurait dit qu'il redoutait que le temps passe, désormais, il ne pensait plus qu'à une seule chose ; que le 24 Décembre approche ! Au tribunal, il n'était pas très différent, ses procès étaient toujours des réussites, Skye ne lui parlait plus de prendre de vacances, et Gumshoe était toujours le même, malheureusement…
24 Décembre 12 :25
Cabinet Wright & Co.
Une douce odeur arriva jusqu'aux narines de l'homme étendu sur le canapé. Une douce odeur…de brûlé. Phoenix se réveilla en sursaut, et tomba aussitôt, renversant par la même occasion les quelques bouquins qui étaient éparpillés sur le siège. « Ah, ma tête….Que… ?! »
-Bonjour Nick ! Comme tu n'es pas rentrée hier soir j'avais deviné que tu étais resté à travailler au bureau toute la nuit ! Alors, j'ai décidé… De te faire à manger !!
Maya… Mais quelles idées pouvaient passer par la tête de cette adolescente ? La jeune fille portait son uniforme violet de toujours, et arborait un sourire malicieux, les bras tendus vers le jeune homme encore étalait par terre, lui agitant un panier repas sous le nez.
-Goûte-moi ça Nick ! Tu m'en diras des nouvelles !
Phoenix hésita, rien qu'à l'odeur, il était sur le point de tourner de l'œil… Le pire, c'est que Maya avait l'air tellement contente d'elle !... Non, en fait le pire c'est qu'il avait horriblement faim… En y repensant, le pire c'était de devoir manger ça… Mais si on réfléchit comme ça, le pire c'était d'être dans ce cabinet bien triste, pas bien réchauffé, d'être mal rasé, les cheveux ébouriffés, la veille de Noël, d'avoir 23 ans et de n'avoir pour compagnie ce soir, qu'une jeune adolescente écervelée et une plante verte du nom de Charlie… Les africains affamés, la couche d'ozone et les tigres blancs en voie de disparition faisaient pâle figure à côté.
-Ho Hé la Terre ! Nick ! Mange !
« Je me soumets au châtiment divin » pensa-t-il, pleurant intérieurement. Maya commença à déballer le panier repas, Phoenix sentit l'heure de sa mort approcher, lorsque… Et bien lorsque rien, malheureusement on ne peut pas toujours faire apparaitre un personnage ou arranger le scénario comme on le souhaiterait pour sauver le héros de l'histoire… Et puis dans ce cas là, Phoenix n'était pas le héros de notre histoire.
Le jeune avocat engloutit le repas préparé avec amour par la medium, essayant de penser à quelque chose de meilleur, de plus gourmant, de plus sucré, de plus… fuchsia ( ?). Phoenix s'étrangla :
-Imbécile ! Je sais que c'est bon mais en avalant si vite voilà ce qui arrive !
Phoenix finit de recracher ce qui lui était resté en travers de la gorge. Il se leva vite pour attraper un verre d'eau, et en profita pour s'en asperger le visage pour émerger. Il passa sa main dans ses cheveux essayant de se recoiffer, si on peut dire de lui qu'il se coiffe… Phoenix regarda la pendule « 12h45 ? Il est tard pour se lever… J'ai beaucoup trop veillé hier soir. C'était idée de mettre un peu d'ordre dans toute cette paperasse. Oh et puis, aujourd'hui c'est férié pour moi ! Je ne vais tout de même pas travailler la veille de Noël ! Je ne m'appelle pas Miles Edgeworth… »
Tandis que Maya allait répondre au téléphone de sa voix criarde, Nick essayait de rajuster sa chemise mal boutonnée et son pantalon froissé. Il avait tenté de joindre Larry toute la journée d'hier pour l'inviter passer le réveillon chez lui avec Maya. Il aurait aimé sortir boire un verre, se vider la tête dans le brouhaha d'un bar, peut-être draguer quelques demoiselles, se sentir encore jeune, bête et … hétéro. Non vraiment il était temps de mettre les points sur les « I » ! Phoenix n'avait pas touché à une femme depuis un bon moment ! Et « depuis un bon moment » n'était pas une hyperbole… Il n'avait pas le temps de voir de filles ! Voilà la raison ! Enfin, voilà la raison que Nick s'obsédait à se répéter. Ce n'était pas comme s'il n'en avait pas envie, il en avait autant envie qu'un homme normalement constitué. Le sujet était douloureux à aborder dans sa tête, et il n'en parlait à personne. Il ne voulait pas faire mauvaise impression devant Maya et lui assurait qu'il avait des rencarts, dissipant ainsi les soupçons de la jeune fille en ce qui concernait sa sexualité. Le problème était assez simple en fait, Phoenix n'avait pas trouvé la personne qu'il lui fallait. A son âge il pensait à se ranger, les petites aventures ne l'intéressaient pas. Il avait déjà donné avec Dahlia, et il en avait souffert affreusement. A cette époque, le jeune homme avait déclaré « Les filles sont toutes mauvaises ! Je déteste les filles ! » Et Larry ne cessait de le taquiner avec cette histoire qui lui faisait toujours aussi mal. Pourquoi ? Il avait été utilisé, trahit, bien roulé, salement baisé…
Phoenix croyait avoir aimé à cette époque, mais il avait tort, ça, ça ne s'appelait pas de l'amour. Avait-il déjà connut l'amour ?
Il avait déjà cherché la définition du mot amour dans plusieurs dictionnaires :
Désir enflammé de rester avec une personne. Envie passionnée de pouvoir seulement lui tenir la main. Pulsion incomprise de vouloir seulement entendre sa voix résonner dans la cage thoracique du sujet amoureux.
Monstre invisible qui grignote les entrailles, laissant partout des interrogations mielleuses. Malheur démesuré qui s'infiltre dans le cerveau du sujet, ne le laissant plus réfléchir de manière cohérente.
Maladie virale, passagère, parfois mortelle.
Envie de devenir avocat juste parce qu'un stupide gamin effronté vous a défendu pour une histoire de sous volés quand vous n'étiez encore qu'un enfant vous-même !!! ( ???)
STOOOOP ! Phoenix devait absolument changer de dictionnaires, dormir plus, prendre des vacances, voir des jupons… Le jeune avocat poussa un long soupir, s'étira longuement et se jeta de nouveau sur le canapé. La medium en herbe réapparut, les pommettes un peu rougeâtres de confusion. Elle semblait ne pas savoir quoi répondre, embrouillée, ne sachant que penser, elle était entre la joie et la peine. Le jeune homme leva les yeux vers elle, et lui demanda :
-Et bien Maya ? Qui c'était ? Un client ? Tu lui as dit qu'on ne prenait pas de dossier aujourd'hui ?
-Non Nick… C'était pas un client… C'était la maison.
-La maison ? Qu'est-ce que tu racontes ?
-Oui la maison Nick… Ma maison. On m'a appelé de mon village pour venir passer Noël là-bas.
Phoenix en avait presque oublié que Maya avait encore de la famille. Evidemment, elle ne pouvait pas être seule au monde, il devait bien lui rester un grand parent, un oncle, une tante, quelqu'un.
-Mais c'est génial ! Tu vas passer le réveillon chez toi alors ? Bonne nouvelle !
Maya parut surprise, et d'un air embarrassé répondit :
-Ça ne te dérange pas ? Tu vas te retrouver tout seul ce soir…
-Ne me dis pas que tu n'es pas heureuse d'aller voir ta famille !
-Si bien sûr que si…
-Alors ne te fais pas de soucis pour moi voyons ! Fais pas ton idiote, je suis grand, comment tu crois que je passais Noël avant de te connaître ? Ce n'est pas parce que tu vas partir que je vais me retrouver seul et triste !
Phoenix lui dédia un sourire angélique et innocent, il avait débité tout ça sur un ton de petit garçon. La jeune demoiselle parut rassurée, lui renvoya son sourire et bondit de bonheur ;
-Super ! Alors je file à l'appartement faire mes valises et j'y vais tout de suite ! Je prendrais le train très tôt demain matin pour être de retour le plus vite possible, et être à l'heure pour te préparer ton petit déjeuner ! Qu'est-ce que tu ne ferais pas sans moi !
Elle le serra dans ses bras, en un clin d'œil sortit du bureau en criant un au revoir strident mais enjoué pour finir par claquer la porte derrière elle. Phoenix baissa la tête en signe de défaite, la prit dans ses mains et le visage maintenant écarlate poussa un juron incompréhensible avec fureur et désespoir. Ce soir il serait finalement tout seul ! Il y a quelques minutes il se plaignait de devoir passer la soirée avec une enfant, et maintenant, il espérait que la plante verte ne s'y mette aussi et décrète qu'elle avait mieux à faire que tenir compagnie à un avocat célibataire frustré et mal aimé, et qu'elle préférait encore passer Noël avec son ami le saule pleureur, qui d'ailleurs pleurait moins que l'avocat. C'était à peine si le jeune homme ne se levait pas pour aller préparer sa propre corde et se pendre. Il rejoindrait Mia, qui devait sûrement plus s'amuser que lui. Là tout de suite il avait envie de serrer quelqu'un très fort dans ses bras, n'importe qui. Il regarda Charlie du coin de l'œil. La plante ne réagit pas. Non il n'était pas désespéré à ce point là… Il se leva machinalement, et fit quelques pas indécis dans la salle. Il fallait qu'il aille se rafraichir les idées, penser à autre chose, se dégourdisse le cerveau quelques temps. Et le meilleur endroit pour se crétiniser au point d'en oublier ses problèmes d'adolescent pré-pubère, c'était le pub…
Au même moment, non loin de là…
Gumshoe était au bord des larmes. Quelle semaine horrible il avait passé là. Une semaine de réprimandes de la part d'Edgeworth, c'est une semaine qu'il n'espérait à personne. Sept jours d'embarras, de frustration et de gêne… En dernier recours pour s'attirer la sympathie du procureur, il lui avait proposé de boire un verre avec lui pour Noël. C'était l'idée la plus bête qu'il n'ait jamais eu à l'esprit, et des idées, il n'en avait déjà pas beaucoup alors… Le jeune homme lui avait répondu avec mépris et cynisme :
-Quelle invitation déplacée… Vous n'espériez quand même pas que j'accepte ? Ça ne serait pas professionnel de ma part d'accepter un verre de la part d'un inspecteur. Comprenez. Et puis vous vous imaginez bien que j'ai mieux à faire le soir du réveillon que d'aller traîner dans quelque bar regorgeant d'alcooliques et de désœuvrés. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser…
Et un coup de poignard en plus dans le cœur. Celui de Gumshoe avait du mal à se remettre de tous les coups qu'il avait dû encaisser. S'en était trop. Mais l'inspecteur n'y pouvait rien, ça avait toujours était ainsi depuis sa jeunesse, il était un peu comme le grand bêta musclé au grand cœur, il savait se faire respecter de ses recrus, mais bien vite tout le monde se moquait de lui dans son dos. L'inspecteur malheureusement, ou était-ce une chance ( ?), était un grand optimiste, ce qui l'aidait à garder la tête haute et à continuer à espérer… Pour ce soir, Noël allait encore se passer entre lui et sa bière. Il était habitué. Il préférait encore le passer au pub plutôt que dans son petit appartement minable, avec son poste de télévision antique, sa chaîne préhistorique, son réfrigérateur vide et son planché qui grinçait… Aujourd'hui le chef n'avait vraiment pas envie de voir sa tête, il lui avait donné sa journée. Dick essaya de positiver et de voir le bon côté de la chose… Il n'y en avait pas. Le travaille, c'était pénible, okey, mais ça l'occupait. Il décida de débuter le programme de sa soirée dès maintenant et d'aller se morfondre devant un verre, ou dans son cas, devant la bouteille. Un peu de changement ne lui aurait fait que du bien, il décida donc d'aller dans un bar différent cette fois. De toute manière, son enquête du jour l'avait emmené plus loin, l'obligeant à choisir un autre endroit où se saouler…
Il arriva en face d'un pub à l'anglaise, vraiment bien décoré et assez attrayant. Oublions le porte feuille, aujourd'hui c'était spéciale. Il entra un peu tendu comme on peut l'être quand on entre dans un endroit inconnu. Il y avait déjà un peu de monde, des jeunes comme des plus mûrs, certains au comptoir, d'autres autour de tables dispersées ici et là, buvant, s'aspergeant, fumant, inhalant, parlant, grommelant, débattant, se contredisant, regardant la télé, suivant le match, fixant l'écran… Un décor de bar comme on les connait quand on est un habitué. Quelques visages n'était pas inconnus à l'inspecteur, mais personne de vraiment intéressant. Il s'installa face au barman et commanda une bière. Il ne fixa pas bien longtemps son verre avant de l'entamer par gros goulots. Il poussa un petit soupire de contentement et en commanda un autre.
La porte se rouvrit au fond de la pièce tandis que l'inspecteur noyait sa peine. La porte ne se refermât qu'après un petit moment, de manière maladroite et indécise. La personne qui venait d'entrer, fit quelques pas en avant, des pas tremblant, des pas de quelqu'un qui n'avait jamais franchit la porte d'un bar, où alors qui ne l'avait pas fait depuis bien longtemps. Gumshoe ne se souciait pas de ce qui se passait dans son dos, mais s'il avait su, il n'aurait pas hésité une seconde et se serait retourné pour assister au spectacle pitoyable qu'offrait le nouveau venu. Ce dernier pour son plus grand plaisir, n'intéressait personne, mais cela ne diminuait pas son embarras. Il se dirigea vers une table assez éloignée des autres clients, tapit dans l'ombre, à l'abri des regards indiscrets. Il ne savait pas trop s'il fallait se lever et commander au comptoir ou si un serveur allait venir se déplacer pour lui demander ce qu'il voulait. Il préféra tout de même attendre un peu, et par chance, un jeune garçon se dirigeait vers lui, un plateau à la main.
-Que puis-je vous servir ?
Phoenix hésita pendant une seconde. Il voulait commander quelque chose de différent qu'une bière… Mais quoi ? Il jeta un vif coup d'œil au tableau noir et répondit :
-Je prendrais le cocktail de la maison.
-Vous ne serez pas déçu. Je vous apporte ça tout de suite.
Pendant ce temps, Gumshoe continuait de boire, encore et encore, il ne s'enivrait pas facilement, et il avait encore de la marge avant de perdre la tête. Il était toutefois assez euphorique, l'alcool faisait ça aussi. Son bon cœur s'enivra lui, et il voulut offrir un verre à quelqu'un. Il se tourna vers les clients, et les regarda tous un par un, aucun ne retint vraiment son regard, sauf un… Et on se doute bien sur qui son choix se porta. Dick eu un doute pendant un moment, une drôle d'impression. L'impression, de connaître l'homme au fond du pub. Il revint vite à la réalité, pensant qu'il ne pouvait se payer le luxe d'offrir un verre à quelqu'un. De plus, il commençait à y voir plus clair… L'homme au fond, oui, on aurait dit qu'il venait de se prendre une rafale de vent tellement puissante que ses cheveux s'en souvenaient, cette homme aux yeux noisettes, à l'air plutôt banal (à part peut-être la coupe de cheveux)… Seuls ses vêtements ne lui paraissaient pas familiers, en fait s'il se souvient bien, il ne l'avait jamais vu vêtu autrement que de son ridicule costume bleu flashy… Cet homme…
-Hey ! Mon gars !
Phoenix venait de recevoir son cocktail et d'y poser les lèvres quand un énergumène s'exclama vers sa direction. Il sursauta. Il connaissait cette voix. Il espérait juste que l'homme ne s'adressa pas à lui en réalité ou que c'était juste un habitué un peu trop imbibé qui n'avait plus toute sa tête. Mais cette voix décidément il la connaissait, il ne pouvait le nier. Il essaya de regarder plus en détails l'homme qui l'appelait. Ce grand blouson kaki, cette carrure, ce visage mal rasé aux traits bruts, ces cheveux drôlement coiffés (il pouvait parler)… Non… Si ? L'homme se rapprocha de lui, son visage affichait un grand sourire. Il titubait un peu, tout en se grattant la tête de son geste compulsif… Aucun doute, c'était ce vieux Gumshoe.
-Inspecteur ! Je ne pensais pas vous voir ici.
-Hey moi non plus mon gars ! Je pensais pas que vous étiez du genre à venir dans ce genre d'endroit !
Phoenix aurait voulu répondre « Heh, quand on est mal, il n'y a plus de « ce genre d'endroit ». Quand on est mal, on peut finir partout » Mais il n'avait pas envie de parler de ses problèmes de cœur à l'inspecteur, qu'il ne côtoyait de plus que depuis trois affaires et qu'il ne voyait pas en dehors. Et puis il aurait fallut lui raconter sa vie et lui dire à quel point elle était pitoyable. Mais quand on est mal, on peut finir partout pas vrai ? C'est ainsi que Phoenix finit dans les bras du pauvre Gumshoe, enfin pas littéralement, il aurait pu, mais je n'ai jamais annoncé qu'il y aurait du Gumshoe x Phoenix dans cette histoire, right ?
C'est ainsi que l'après-midi fut entamée, déjà à 15h, nos deux jeunes hommes étaient bien mais vraiment bien saoul, on n'aurait pas pu voir plus saoul, rouges de la tête au pied, d'abord surexcités, prêts à se lever et à danser, puis énervés, prêts à frapper ceux qui se levaient et dansaient, et enfin tristes, mélancoliques, en bref retour à la case départ, mais avec de l'alcool en plus. Phoenix radotait, se plaignait de tout, de son boulot à la couleur de sa chemise, puis Gumshoe posa la question taboue :
-Hey *hips* Et vous avez quelqu'un dans votre vie ? (Et oui même saoul, ça se vouvoie)
-Rien ! Que dalle ! Le trou noir ! *hips* Et tout ça c'est sa faute !
-Sa faute ?
-Ouais ! SA faute ! *hips* Pourquoi il est entré dans ma vie comme ça, merde…
-Expliquez-vous ?... *hips*
-J'arrive pas à… à… à…
-…Bander ?
-Ouais ! C'est ça ! Et ça avec n'importe quelle fille. Parce que je pense plus qu'à lui, et les autres *pfft* -il fit un signe de la main, la levant puis la rabaissant aussitôt- Voilà quoi… Et puis pourquoi moi ?
-Il fait cette effet là tout le monde mon vieux… -Gumshoe avala encore une gorgée-
-Aha ! Je suis pas le seul hein ! Ses cheveux fins et clairs, ses yeux perçants, son regard froid, ses mains fines, son charisme, son… son… son…
-…Truc à froufrou ?
-Ouais sa cravate bizarre là ! Fin tout quoi ! Il fait chier à être si beau ! Pourquoi ? Hein ? Et puis, quoi, j'aime pas les mecs ! Ouais ! J'ai jamais été attiré par les mecs ! Je suis normal, banal, je demande que des petits plaisirs… C-C'était qu'un ami, rien qu'un ami, je l'ai idéalisé parce que je le voyais plus. Mais j'ai ses pulsions de lui sauter dessus, de l'embrasser, de le garder près de moi… Pourquoi ?
Il vida la bouteille en face de lui d'une traite, devant un inspecteur qui n'arrivait plus trop à suivre le fil de sa pensée, et qui restait hébété.
-… Et puis j'ai essayé de le retrouver. Lors de son premier procès, j'étais là ! J'étais dans la bibliothèque du tribunal, j'espérais le voir à la sortie, lui parler. Rien, j'ai pas pu. Alors je suis revenu plusieurs fois. Et là j'ai rencontré cette fille, qui me disait qu'elle m'aimait, que c'était le coup de foudre, et moi, j'étais là désespéré, je voulais juste me prouver que j'étais pas obsédé par ce gars. J'ai voulu la croire, j'ai voulu l'aimer, et puis… Et puis…
Phoenix laissa tomber sa tête sur le comptoir, fatigué, il avait trop parlé, sa tête lui faisait mal, son cœur lui faisait mal, il avait explosé, tout était sorti si vite, ses paroles devançaient sa pensée, et il n'avait pas eu le temps de réfléchir à ce qu'il voulait dire, c'était allé trop vite pour lui, il ne se rendait même pas compte de ce qu'il était en train de conclure. Il ne voulait pas de conclusion à son histoire, c'était trop… Trop compliqué…
-Hey, vous, il vaudrait mieux pour vous que vous arrêtiez de boire maintenant, c'est le dernier verre que je vous sers, lança le barman à un Phoenix pitoyable.
Ce dernier leva la main comme pour acquiescer, le front toujours contre le comptoir mouillé. Il finit par régler, laissant Gumshoe complètement affalé sur sa chaise. Quand il sortit du pub, il était déjà 17h, et il faisait déjà bien sombre. Le soleil se couchait et teintait de rose orange le ciel clair. Phoenix aimait bien les tons de la soirée. Il marcha machinalement, titubant, se cognant l'épaule contre le mur de temps en temps. Il marcha ainsi longtemps, sans vraiment savoir où il allait, des pensées diverses et variées circulants dans sa tête, l'enflant, la fatiguant. On aurait dit qu'un torrent de réflexions s'abattait dans son cerveau. Le bruit de cette pluie diluvienne le tenait éveillé. Il finit par se retrouver dans un parc dont l'herbe était givrée. Les gens le quittaient peu à peu, entraînant leurs enfants de force, les faisant descendre des balançoires et autres jeux. Nick en profita pour aller s'assoir sur l'une de ces balançoires. Il se balança un peu, pendant un moment, les yeux baissés. Des larmes voulaient s'échapper de ses globes. Il les retint. Non, il ne devait pas… Phoenix regarda les quelques couples qui s'en allaient main dans la main, bras-dessus bras-dessous, enlacés. Ces couples tout à fait normaux, qui se fondaient dans le décor. Un homme, une femme. Ils ne dérangeaient personne, ils avaient l'air heureux, partageaient un bonheur simple et doux. L'avocat de la défense eut un haut-le-cœur, et vomit dans une poubelle non loin. Ecœuré lui-même, il se dirigea vers le lac, et se rinça le visage abondamment. Il regarda son reflet déformé par les ondulations de l'eau, il le fixa jusqu'à ce que l'eau se soit calmée. Ses cheveux également mouillés retombaient à présent sur son visage, mettant à l'évidence une certaine longueur. Lui, Phoenix Wright, était un homme normal, un avocat tout simple, qui voulait juste gagner sa vie honnêtement et ne pas se compliquer la vie. C'était trop demander ?
Brusquement, il entendit des bruits de pas derrière lui. Il se cacha instinctivement derrière un buisson. Il n'avait pas envie qu'on le voit dans cet état là... Il ne savait pas qui était la personne qui venait d'approcher, et ne voulut pas le savoir. Mais tout en s'éloignant discrètement, il ne put s'empêcher d'entendre ce que disait l'individu.
-Il est encore tôt. Je ferais mieux de repasser, je vais avoir froid à attendre ici pendant des heures… Ah, je n'ai vraiment rien de mieux à faire.
Phoenix sentit de la fatigue, de la peur aussi, et une immense tristesse dans la voix de l'homme. Il aurait pu reconnaitre cette voix, mais il pensait que sa tête et l'alcool lui jouait encore un mauvais tour, et préféra ne pas y penser. Il quitta le parc silencieusement, et retourna chez lui. Il ne neigea pas ce soir là. Ce Noël était bien étrange. Bien silencieux. Phoenix ne retourna pas au pub, mais recroisa Dick sur son chemin, il lui fit promettre de ne parler de cette lamentable soirée à personne, mais de toute façon, l'inspecteur avait été tellement saoul, qu'il n'avait rien retenu de sa conversation avec l'avocat, et qu'il aura du mal demain à se souvenir de cette histoire.
Phoenix grimpa les marches de l'immeuble où il habitait avec peine. Dès qu'il fut à l'intérieur de son appartement, il s'affala sur son canapé, alluma la télé avec ses chaînes spéciales Noël, et mit en marche la guirlande chantante qui lui tapait sur les nerfs que Maya lui avait offert pour décorer son petit sapin. Plus tard, emmitouflé dans une couverture rayée, il s'installa près de sa fenêtre. Sa respiration formait de la buée, sur la vitre, qui scintillait à la pâle clarté d'un réverbère, unique source de lumière aux alentours.
23 :59
-Joyeux Noël, Phoenix.
Il traça un nom sur la vitre avec son doigt, l'œil mélancolique.
Joyeux Noël…
…Joyeux…
…Noël.
PAN !
