Lorsqu'elle se réveille, un voile de cheveux bruns lui couvre le visage et un doux effluve de shampoing à la framboise lui caresse le nez. La chevelure de Rachel lui chatouille le cou et elle peut sentir son bras lui enserrer la taille avec possessivité. Par la fenêtre, elle peut apercevoir de la neige qui virevolte et dance au gré d'une douce musique que le vent leur joue.
Elle est tombée amoureuse de Rachel par un après-midi de printemps. Elle avait été invitée chez son ami Kurt, un new yorkais dont les parents étaient d'une richesse considérable, pour une réception d'anniversaire qui avait les allures d'un bal. Elle s'était vêtue pour l'occasion d'une robe couleur crème qui mettait joliment en valeur sa peau laiteuse. Une petite pince en or plaqué représentant un papillon avait été glissé dans ses cheveux blonds dorés qu'elle avait élégamment relevés au-dessus de sa nuque. Comme la thématique de la soirée avait pour titre « le bal masqué », elle portait, également, un masque italien, aux couleurs de brun, de rouge et d'or. qui accentuait la teinte de vert automnale qu'avaient pris ses yeux ce jour-là.
Plusieurs personnes lui avait dit qu'elle était belle ce qui ne l'avait guère surpris et un homme, plutôt déplaisant, avait été assez insistant dans ses tentatives, à peine cachées, de la séduire. Elle avait voulu le fuir et s'était alors aventurée dans des corridors un peu à l'écart dans l'espoir de ne plus avoir a lui faire face et afin de reprendre le contrôle sur ses émotions, car la rage commençait à bouillir en elle et le vin qu'elle avait bu lui montait à la tête.
Elle titubait tristement sur le tapis persan qui couvrait le sol d'une pièce qui ressemblait à une librairie lorsqu'elle réalisa que dos à elle, postée à un magnifique piano à queue, se trouvait une silhouette à l'aspect familier. Elle ne la reconnut pas immédiatement, mais lorsque les doigts de la belle pianiste frappèrent les touches de l'instrument que sa voix mélodieuse s'éleva dans l'air, Quinn devina immédiatement à qui celle-ci appartenait.
Il y avait plusieurs années qu'elle connaissait Rachel, elle avait souvent eu le sentiment d'être en compétition avec celle-ci, car elles s'étaient longtemps intéressées au même homme, Finn, mais étrangement, cette fois-ci, elle ne se sentie pas envieuse comme elle l'avait l'habitude de l'être en sa présence. Non, elle se retrouvât, plutôt, intimidée.
Figée, hypnotisée, tétanisée, elle observa ave fascination les doigts de Rachel glisser avec grâce sur le clavier. Puis, ses yeux remontèrent vers ses lèvres qui s'écartaient joliment pour laisser échapper des notes au son magnifiquement mélodieux. Elle resta captivée par les diverses expressions qui traversaient le visage de son ancienne rivale et ne fit pas remarquer sa présence à celle-ci avant qu'elle eut fini. Lorsque la chanson prit fin, elle s'approcha de façon discrète, en marchant d'un pas silencieux vers la belle brune et en lui déposa délicatement la main sur l'épaule.
Rachel parut surprise d'abord, mais masqua sa stupéfaction très rapidement. Elle invita Quinn à partager le petit banc noir face au piano et, bien vite, vint à lui montrer quelques techniques de bases. Elles parlèrent à peine ce qui était pourtant peu commun pour Rachel, mais partagèrent un moment magique.
Elle n'est pas certaine qui fut celle qui embrassa l'autre en premier. Elle se souvient de la main de la jolie brune sur la sienne afin de lui replacer ses doigts. Elle avait alors retenu son souffle et relevé la tête pour se trouver noyée dans un doux regard brun. Un rayon de soleil avait illuminé les courbes du visage de la chanteuse et ses lèvres, pour une raison inconnue, avait semblé beaucoup plus rouge qu'à l'habitude comme deux fraises juteuses qu'elle eut alors terriblement envie d'embrasser. Elle se rappelle avoir levé les yeux, croisé le regard de Rachel et deviné immédiatement qu'elles partageaient la même pensée. Puis, tout ce qu'elle sait c'est que, quelques secondes plus tard, elles s'embrassaient avidement.
Depuis ce jour, elle n'a ressenti aucune forme de désir pour une autre personne que Rachel, enfin, jusqu'à récemment. C'est une chose qu'elle ne comprend pas d'ailleurs. Comment se fait-il, qu'alors qu'elle est dans les bras de son amoureuse à glisser délicatement ses doigts dans sa chevelure afin de mieux observer son joli visage, que ses pensées ne peuvent s'empêcher de se défiler pour mieux se diriger vers cette ridicule serveuse de café? Santana n'est en rien comparable à Rachel. Elle est arrogante, prétentieuse et n'a aucune forme de classe alors que Rachel est brillante, talentueuse et passionnée. Elle n'arrive pas à s'imaginer comment il est possible que cet étrange désir, auquel elle ne veut définitivement pas s'abandonner, s'infiltre en elle malgré tous les efforts qu'elle fait pour l'en empêcher.
Quinn soupire et s'étire paresseusement. Elle s'écarte de la poigne de fer de sa copine le plus discrètement possible et se diriger vers sa commode afin d'enfiler des habits confortables. Elle va, par la suite, dans la cuisine en traînant des pieds et se prépare un café. Tasse à la main, elle revient dans la chambre lorsque celui-ci est prêt et, appuyée dans le cadre de porte, elle observe sa belle au bois dormant. Elle a une boule dans la gorge dont elle ne peut définir l'origine et une larme dont la nature lui est inconnue s'est prise dans les cils de son œil gauche. Elle ne sait pas pourquoi, mais elle se sent émue subitement d'avoir une compagne de vie aussi incroyable. Elle doit se mordre la lèvre pour retenir le soupir qui menace de s'échapper de sa bouche. Elle se secoue la tête pour en chasser les idées noires. Elle se tire une chaise devant la fenêtre et s'assoit en indien sur celle-ci pour mieux observer les passants qui se promènent dans la rue un peu plus bas. Elle reste ainsi jusqu'à ce que Rachel se lève paresseusement et vienne l'enlacer par derrière. Elle sourit et frisonne lorsque la belle brune dépose un tendre baiser sur son cou exposé et ferme les yeux pour mieux s'abreuver de la sensation.
« Rachel, tu me fais confiance? »
Les bras de Rachel la serre avec plus de force, mais lorsqu'elle parle sa voix semble un peu hésitante :
« Oui, pourquoi? T'ai-je donné l'impression du contraire? Si tel est le cas, là n'est pas mon intention, bien au contraire.
-Non, pas du tout, je me disais juste… »
Un lourd silence suit sa déclaration incomplète et Quinn remarque soudainement qu'elle est complètement frigorifiée à force d'être positionnée aussi longtemps proche de la fenêtre. Elle se retourne donc vers Rachel afin de mieux se perdre dans ses bras et enfouit son nez dans sa chevelure. Elles restent dans cette position jusqu'à ce que Quinn se sente complètement rassurée.
