Chapitre 3
Sophie était écrasée devant le ventilateur. Depuis midi, le roi diurne du ciel trônait au beau milieu de son palais d'un bleu immaculé forçant tous les habitants de la ville à retarder leurs activités. À ce moment précis, la jeune fille aurait donné n'importe quoi pour plonger tête la première dans une piscine. Elle se surprit à se demander si l'étude acharnée à laquelle elle se consacrait pendant l'année scolaire était une épreuve plus pénible que cela. Son emploi d'été lui permettait d'économiser pour terminer son diplôme d'études collégiales en sciences nature. Après cela, elle deviendrait probablement pharmacienne ou médecin. Sa réussite à l'école lui coûtait d'épuisants mois de travail sans relâche, mais son désir d'aider autrui était trop ardent pour qu'elle laisse tomber quoi que ce soit.
Cependant, Sophie n'était pas seule et elle le savait. Un amour tendre et réciproque la liait aux membres de sa famille. Leur présence à la fois discrète et attentionnée lui ouvrait toutes les portes de la réussite et le doux sourire de leur fierté lui permettait d'emmagasiner toute la confiance dont une jeune adulte a besoin pour foncer vers son avenir. En aucun cas, Sophie n'aurait souhaité les décevoir.
Elle fût tirée de ses pensées par une soudaine obscurité. On aurait dit qu'une sorte d'aimant avait aspiré toute la clarté du jour pour faire face à l'obscurité. Sophie lança un regard curieux vers le ciel. De gros nuages chargés de pluie avaient détrônés l'astre brillant. Sa lumière avait un second souffle au loin, mais elle ne persisterait pas bien longtemps. La jeune fille sortit un instant de la tente sous laquelle elle était installée pour regarder jusqu'où s'étendaient les nuages. Au même instant, une violente bourrasque de vent repoussa sa longue tresse de cheveux bruns en arrière et renversa toutes les glacières en vente sur le bord de la clôture. Sophie décida qu'il serait mieux de se réfugier immédiatement à l'intérieur de la tente. Elle referma les portes de plastique transparentes assez rapidement pour échapper à la pluie torrentielle qui se mit à tambouriner bruyamment sur les parois de la tente. Sophie s'assit donc seule. Malgré la tempête qui commençait dehors, elle fut prise par surprise par un doux moment de grâce. La bataille des nuages et de la lumière était magnifique à regarder et, de la radio, émanait une douce mélodie. Une aura de sécurité et de quiétude ne tarda pas à s'installer à l'intérieur de l'habitacle.
Néanmoins, cette atmosphère paisible fut brutalement chamboulée par un éclair éblouissant suivie presque immédiatement d'un tonnerre assourdissant qui illumina et fit trembler les parois de la tente. Un orage violent commençait et la jeune fille n'aurait qu'elle petite tente pour s'en protéger.
