Disclaimer : Tout est à Ubisoft.
Spoilers : Se passe entre AC : Révélations et AC3. Contient les fameuses révélations du DLC "L'Archive perdue".
Dans un film de romance digne de ce nom, l'amant se réveille toujours avant sa dame, attendant son réveil en fumant une cigarette. Sauf que Shaun haïssait l'odeur même de la fumée de cigarette, et qu'il n'était pas le personnage-cliché d'un film tout aussi cliché créé par un scénariste sans aucune imagination. Il y avait des limites.
Sentant le corps de Rebecca heurter le sien alors que la demoiselle bougeait dans son sommeil, Shaun la regarda. Elle avait les traits détendus, le corps relâché, complètement soumise. Bien loin de l'attitude qu'elle avait eu auparavant – non pas qu'il s'en plaignait. Il revoyait encore le corps de Rebecca, si beau dans sa pleine nudité, et encore plus tentant avec cette eau qui coulait dessus, soulignant ses courbes. Puis tout s'était enchaîné, les sensations s'entrelaçant pour ne laisser qu'un plaisir diffus, des images éparses. Les soupirs de Rebecca dans son oreille, les ongles lui striant le dos et cette sensation, indescriptible, de fusion, d'union.
Et on pariait combien que ça m'arrivait ? Shaun observa à nouveau Rebecca, finit par se rallonger dans les draps et enlacer la demoiselle, son bras contre son dos. Il faudrait quand même que j'arrive à sortir ce sourire niais de ma figure, sinon je vois d'ici les remarques de Desmond. Sûr que l'idiot allait vite comprendre ce qui s'était passé et allait y aller de ses commentaires. Et ça pas sûr que Shaun allait pouvoir le supporter longtemps.
Il est pas méchant le Miles Junior. Juste un peu – beaucoup – étouffant. Comme un labrador.
Le bruit de pas venant du corridor lui fit relever la tête. Les Miles étaient déjà de retour ? Appuyant sur une touche de son portable pour le sortir de veille, l'Anglais vérifia d'un coup d'œil : aucun message reçu entre temps. Et ils avaient bien précisé qu'ils se tenaient au courant de toute avancée de l'équipe, dans les deux sens.
William est assez pointilleux sur le sujet pour ne pas oublier de prévenir de son retour. Ce qui veut dire qu'on a de la visite.
Enfilant ses lunettes laissées sur la table de nuit, l'Anglais pesta intérieurement – évidemment pas d'habits à proprement parler dans les environs, vu qu'ils avaient commencés les hostilités bien avant la chambre. Shaun chercha bien à se rappeler où diable se trouvait le caleçon le plus proche quand la porte s'ouvrit. Avec l'une des plus merveilleuses surprises qui soit.
— Hello, Mister Hastings. Oh, et Miss Crane, bien le bonjour. Je semble déranger.
Tout sourire, Warren se tenait dans l'embrasure de la porte – un chat s'amusant de voir des souris piégées. Réveillée entre-temps, Rebecca dardait un regard noir sur le Templier, non sans tâcher de couvrir sa poitrine nue avec les draps. Nul doute que si elle n'avait pas été démunie, elle se serait déjà jetée au cou de Vidic, et sûrement pas pour l'embrasser. Doucement, Shaun prit une des mains de Rebecca sous les draps, la serra – il sentait toute la rage contenue de la femme dans la façon dont elle serrait le poing.
On se croirait dans un mauvais film. Regardez-le avec son sourire de pervers. Tu m'étonnes que Desmond a été traumatisé.
— À ce que j'ai cru voir, nos amis Miles ne sont pas présents. Mais je suppose bien qu'ils viendront vous chercher. Il va falloir rattraper cette bévue d'il y a deux ans, Mister Hastings, hm ? Vous n'avez jamais pu voir nos locaux de plus près, alors que vous aviez tant mené de recherches à notre sujet. Et cette fois, Miss Crane ne pourra pas vous aider à nous faire faux bond.
Et avant que les deux Assassins aient pu réagir, plusieurs Templiers étaient entrés dans la pièce – sûrement des gros bras accompagnant Warren. Les canons d'armes à feu furent pointés sur Shaun qui déglutit. Il était écœuré par a situation, par le sourire de Warren et son incapacité à retourner la situation à leur avantage. Il était démuni – au sens propre aussi bien qu'au sens figuré.
— Mais je suis humain, je vais vous laisser prendre des... tenues... décentes.
Warren s'avança dans la pièce, tandis que ses hommes de main ne bougeaient pas d'un pouce. Voyant le portable de Shaun, il prit l'objet.
— Et nous allons éviter que vous appeliez vos amis. Du moins... pas sans mon autorisation.
Et ce sourire de vainqueur qu'il arborait donnait envie à Shaun de lui briser les dents.
— C'est charmant chez vous. Peut-être un brin... monochrome.
Comment elle arrive à être aussi... détachée ? Shaun ne comprenait pas jusqu'à ce qu'il jette un œil aux mains de Becca, fermement attachées dans son dos. Les ongles étaient enfoncés dans les paumes à en faire blanchir les jointures. Cette femme bouillait d'envie de tabasser le Templier le plus proche mais se retenait de ne pas commettre un impair. Évidemment aucun des gros bras qui les encerclait ne répondit, se contentant de suivre la procédure que Warren avait du leur dicter. Warren qui les avait quitté dès qu'ils étaient sortis du fourgon pour rejoindre son bureau ou faire de la lèche auprès de ses supérieurs.
Je vois déjà le topo : il va pousser Desmond à venir avec la Pomme pour l'échanger contre nous. C'était cousu de fil blanc, et tellement simple que Shaun s'en voulait de s'être fait avoir. Dire que toute l'équipe comptait sur son intelligence et son sens de l'à-propos pour aider William à organiser des plans fumeux qui les empêcherait d'être suivis par les Templiers. Et comme un imbécile je n'ai pas vu venir Lucy avec ses gros sabots, et encore moins soupçonné que Warren allait nous trouver. Abstergo est VRAIMENT partout.
Ouvrant une porte, le Templier poussa sans ménagement les deux Assassins dans la pièce avant de refermer derrière eux. Le néon qui ornait la porte vira au rouge, signe qu'elle était verrouillée. Shaun se tordit sur le sol pour arriver à se mettre sur les genoux – évidemment personne n'avait pris la peine de leur détacher les mains, quel sens de la sécurité ! La pièce n'était rien d'autre qu'une chambre spartiate avec lit double, bureau et armoire – tout cela taillé dans un style moderne sans aucun charme. Une prison comme celle qu'avait connu Desmond.
— Sortez moi ces liens et on verra si vous faites encore les malins !
Shaun cligna des yeux. Rebecca avait réussi à se lever et donnait des coups de pied dans la porte, faisant résonner toute la pièce.
— Des mecs tu parles ! Si j'avais les mains libres, je...
— Arrête de te la jouer Bartolomeo, Becca.
La demoiselle daigna tout de même donner un ultime coup de pied avant de se laisser tomber sur le lit, rejointe par Shaun quelques instants après.
— Tu crois que Desmond va venir ?
La question avait été posée d'une toute petite voix, Rebecca craignait sans doute la réponse mais Shaun savait qu'elle n'accepterait pas un mensonge.
— Oh il viendra oui, et c'est là le problème. Je te parie ce que tu veux que Warren va lui faire le marché classique « la Pomme contre vos amis ». Ou alors... William va réussi à calmer son impulsivité, et prétexté que la Pomme importe avant la simple camaraderie. Je crois que dans le second cas je vais haïr William jusqu'à la fin de mes jours.
Et il était très sérieux en disant cela. Certes il pouvait comprendre le point de vue de William : sauvegarder la Confrérie, éviter que la Pomme ne soit aux mains de l'ennemi... Mais Shaun n'avait pas envie d'être sacrifié en échange de sauver le monde. Il avait encore tant de choses à faire ! Ne serait-ce que finir son dossier de recherches sur Léonardo da Vinci ! Et plus sérieusement, vivre. Ce qui était déjà un exploit quand on était un Assassin.
— Mais connaissant le côté têtu de Desmond (Rebecca semblait presque rire en disant cela), non ils viendront. Et je crois qu'on sera au courant quand ça adviendra.
— Tant qu'il y a pas mort d'homme... Enfin, tu me comprends.
Rebecca hocha la tête, la posa sur son épaule – à défaut de pouvoir le serrer dans ses bras. Ils ne pouvaient plus qu'attendre, et espérer que tout se passe bien.
