Bonjour~

Désolée du temps que j'ai mis avant de poster! Le mois a passé à une vitesse... Comme j'ai terminé ma fic principale, Twelve's Quest (Hetalia), je devrais avoir plus de temps pour écrire Don't Marry Her. J'espère, du moins.

Disclaimer : les personnages nommés appartiennent à Masami Kurumada.

Note: Andrea (Aphrodite) arrive enfin! Ne vous en allez pas tout de suite après son apparition, cependant. Andrea est un prénom mixte et ça peut prêter à confusion... Mais il s'agit bien d'un homme. Soyez rassurés.

Bonne lecture!


Chapitre III : Jeudi 20 mars 2014

Angelo dépose sa valise dans le hall de l'appartement.

Shina le suit de près, bras croisés, la mine triste, emmitouflée dans un large pull de laine bordeaux, comme si l'absence de son compagnon lui donnait déjà froid avant qu'il ne parte.

Il est onze heures du matin, Angelo décolle à quatorze heures et il est bientôt temps qu'il se rende à l'aéroport.

Il se retourne vers l'Italienne. Fait la moue et la prend dans ses bras pour la réchauffer un peu et surtout, pour la réconforter.

Elle cale sa tête contre l'épaule de l'homme et entoure sa taille de ses bras.

Elle murmure:

-Tu es sûr que Kanon a vraiment besoin de toi?

-Ecoute, je ne vais pas faire faux bond à Kanon alors que Milo et Saga ne sont pas disponibles…

-Mais qu'est-ce que tu vas aller faire là-bas? T'y connais rien en art, en quoi tu vas pouvoir le conseiller?

-Justement, je n'y connais rien… Je ne me rendrai pas compte du travail qu'il y a derrière les œuvres que nous verrons mais je ferai part de mon avis d'amateur à Kanon, et si c'est moche je ne me gênerai pas pour le dire. Il préférerait y aller avec Rhadamanthe, crois-le bien, mais il faut quelqu'un pour surveiller les travaux… Milo a plusieurs audiences au tribunal cette semaine et Saga ne peut pas abandonner ses élèves… Mais deux jours, ce n'est pas si long, hum?

Pour toute réponse, elle serre un peu plus son compagnon par la taille, tandis qu'il lui caresse les cheveux.

C'est la seule excuse qu'ils ont trouvée. Kanon et Angelo se rendent officiellement au Danemark pour que Kanon visite quelques expositions et décide si oui ou non, il exposera ces artistes dans la galerie.

Officieusement, Angelo se rend au Danemark tout seul –il ne fallait pas espérer que Kanon manque l'avancement des travaux pour lui, non plus– pour épouser Thétis et divorcer en un quart d'heure. Un chouette petit city-trip en perspective.

Shina s'est un peu calmée au cours des deux semaines qui ont suivi son pétage de plomb. Angelo ayant été plutôt distant la première semaine, elle s'est rendu compte de combien elle a besoin de lui et combien il a été contrarié par leur discussion.

Pour elle, il n'y a aucun doute que cette petite escapade est aussi un bon moyen pour Angelo de changer d'air après les deux semaines tendues qu'ils ont passées. Et elle en est d'autant plus triste.

Certes, tout est de sa faute –même si elle n'est pas prête de l'avouer– mais elle est vexée qu'il l'abandonne pour aller passer deux jours à l'étranger sans elle.

Ils se séparent, il l'embrasse.

Il s'empare de son trench-coat gris et l'enfile, saisit la poignée de sa valise, se retourne.

Il échange à nouveau un long baiser avec sa compagne puis lui tourne le dos.

-A dans deux jours! lance-t-il avant d'ouvrir la porte et de s'en aller.

oOo

Il attend quelques minutes devant la porte de l'immeuble.

Puis la Porsche de Rhadamanthe se gare en douceur juste devant lui. Le conducteur en sort et prend sa valise en charge, tandis qu'il s'installe à l'arrière.

-Salut. fait-il à l'adresse de Kanon.

-Salut! répond Kanon avec enthousiasme. Prêt pour le grand jour?

-Kanon… Je ne me marie pas vraiment…

-Ah si. C'est tout à fait comme un mariage.

-C'est un mariage blanc. Donc ça ne compte pas.

-Peut-être, mais si tu te dis que ça ne compte pas, tu n'en as pas fini avec ton problème, que tu te maries aujourd'hui ou pas. Essaie de te convaincre que ce sont tes véritables premières noces.

-Je vais essayer, ouais…

-Tss… Je savais qu'on aurait dû t'organiser un enterrement de vie de garçon.

-Sans façon! Il sera encore temps quand je me marierai pour de bon …

-Effrayé? s'amuse Kanon.

-Y a de quoi, non?

-C'est bien mal nous connaître, voyons…

Rhadamanthe reprend sa place et adresse un signe de la main dans le rétroviseur à Angelo.

Enfin, ils démarrent et prennent la direction de l'aéroport Charles de Gaule.

oOo

Angelo gare le chariot sur lequel il a déposé sa valise et plié son manteau devant la ligne rouge du guichet de la SAS Scandinavian. Il doit faire enregistrer ses bagages, et vu qu'il est à l'avance, il a de la chance: il n'y a qu'une seule personne avant lui.

Il s'agit d'une femme mince et élancée, aux longs cheveux d'un bleu glacé. Elle porte un impair beige long et un pantalon noir. Une écharpe grise est lâchement enroulée autour de son cou. Sa valise est assez petite et ne tarde pas à être enregistrée. Cela fait, la propriétaire salue l'employée de la compagnie aérienne et s'en va, faisant désormais face à Angelo qui peut admirer ses yeux bleus et son teint pâle.

Elle continue sa route, et passe à côté de lui en lui adressant un sourire.

Angelo avance vers le guichet et remplit la procédure d'enregistrement. Après quoi il reprend son manteau et se déleste du chariot désormais inutile.

Il est midi. Il lui reste deux heures avant son vol.

Etrangement, il n'a pas faim. Il résiste à la tentation des restaurants et autres sandwicheries qui jonchent l'aéroport.

Il échoue finalement dans un Starbucks et commande un Caramel Macchiato, qu'il déguste, la mine sombre, devant la porte qui le mènera à son avion peu après.

Il observe les avions qui décollent, non loin. Qui atterrissent.

Tous ces gens qui rentrent chez eux ou qui en viennent, qui retrouvent leurs proches ou qui les quittent. Tous ces visages heureux, parmi lesquels son regard morne à la limite de l'incendiaire jure affreusement.

oOo

-Bon voyage avec la SAS Scandinavian, Monsieur Cavallieri. le salue l'hôtesse après avoir vérifié son billet et sa carte d'identité.

-Merci…

Il n'a pas l'air convaincu que son voyage sera bon.

Au cours des deux heures précédentes, devant la porte de départ, il a eu l'occasion de ressasser sa décision, de retourner ses idées dans tous les sens…

Il est franchement réticent, maintenant.

Après tout, Shina n'a pas relancé le sujet et elle a même plutôt l'air de se rendre compte de la bêtise qu'elle a faite.

Un mariage est-il donc vraiment nécessaire?

Il est assis dans l'avion.

C'est trop tard de toute façon.

Il ne peut plus reculer.

Il pousse un énorme soupir et éteint son portable.

Dans l'allée centrale, à hauteur de la rangée de sièges dont il occupe la place la plus proche du hublot, Angelo remarque du coin de l'œil une femme qui range son manteau et un porte-documents dans le compartiment au-dessus de sa tête.

Elle s'assied sur le siège voisin du sien. Il remarque que c'est la jolie femme qui le précédait au guichet.

Mais il n'y prête pas plus d'attention.

On annonce le décollage.

Il ferme les yeux.

Son estomac se noue d'appréhension.

Il inspire et expire profondément à mesure que l'avion se met à avancer puis à s'élever dans les airs.

-Hé? Vous êtes sûr que ça va? demande une voix à sa droite.

Il ouvre un œil. Constate que la femme aux cheveux bleus le regarde, visiblement soucieuse.

-Ca va… acquiesce-t-il. Je… Ca fait longtemps que j'ai pris l'avion et je suis un peu nerveux. admet-il devant le haussement de sourcil.

-Oh… Il vaut mieux éviter de prendre l'avion seul dans ce cas-là… Avec un de vos proches, cela se serait peut-être mieux passé. En tout cas, rassurez-vous: le décollage s'est déroulé à merveille, j'en ai rarement connus d'aussi réussis.

-Vous avez l'air d'avoir l'habitude…

-Un à deux ou trois vols chaque semaine… acquiesce la jeune femme.

-Quel courage…

-C'est indispensable pour mon travail. élude-t-elle d'un signe de la main. Et vous, qu'est-ce que vous allez faire au Danemark? Raison professionnelle également?

-Non, non… Je vais… Voir une amie et faire un peu de tourisme.

Parler avec quelqu'un lui change les idées. C'est bien. Il faut qu'il arrête de penser à ces nuages qu'ils traversent, à cette distance entre lui et la terre ferme.

-Oh, quelle chance… soupire sa voisine. A Copenhague même?

Angelo opine.

-C'est une ville magnifique, vous verrez.

-Vous la connaissez bien?

-Non, pas vraiment. Je n'ai jamais eu le temps de visiter… Je l'ai traversée de temps à autre pour me rendre d'un hôtel à un lieu de travail. Ca s'arrête là. Mais ce que j'en ai vu m'a plu énormément.

-Vous travaillez là-bas?

-Pas pour le moment. Je prends l'avion demain pour Stockholm. Je suis architecte et je travaille un peu partout en Europe. Andrea Riddaren, pour vous servir!

-Angelo Cavallieri. répond l'Italien en saisissant la main tendue. Vous n'êtes pas de Paris, je me trompe?

-Pas du tout. Je viens de Suède. rectifie-t-elle avec un clin d'œil.

Angelo lui sourit en retour. Ils engagent la conversation sur leur profession respective.

Andrea est vraiment charmante. Classe, un peu garçonne dans ses expressions, ses attitudes et ses vêtements, très sympathique.

Finalement, le vol se passe bien mieux qu'Angelo ne l'a cru au départ.

oOo

Nouveau léger malaise à l'atterrissage. Mais heureusement, Angelo peut compter sur Andrea pour le distraire et le faire penser à autre chose qu'à cet estomac sensible à la gravité.

Lancés dans une grande conversation au sujet de la gastronomie, ils descendent de l'avion en même temps et se dirigent en bavardant vers les tapis roulants qui ne tardent pas à recracher leurs valises respectives.

Arrivés à la sortie de l'aéroport, Andrea s'arrête. Angelo l'imite.

Elle le regarde, un sourire aux lèvres, et lui tend la main.

-J'ai passé un excellent voyage. Merci, Angelo. Et bon séjour au Danemark.

Angelo serre la main tendue et bafouille, surpris d'être remercié:

-Heu, mais, c'est moi qui vous remercie. Je serais sans doute mort d'une crise de panique si vous n'aviez pas été là pour me faire la conversation.

Andrea rit un peu, puis se dirige avec un signe de la main vers une bande de places de parkings occupée par des taxis, non loin.

Angelo regarde alentours.

Il cherche une jolie blonde aux yeux bleus qu'il a pu détailler sur différentes photos grâce à Kanon.

Des blondes, il y en a. Trop loin pour qu'il puisse voir leurs yeux. Et aucune d'entre elles ne ressemble de près ou de loin à Thétis.

Il sort son portable de sa poche. Peste contre l'engin qui met plus de temps que la patience d'Angelo ne tolère pour s'allumer.

Lorsqu'enfin le téléphone est prêt à l'emploi, c'est le rush. Au moins une dizaine d'appels manqués, autant de messages vocaux, une bonne vingtaine de SMS.

Tous de Kanon.

Angelo ne peut s'empêcher de penser que quelque chose ne va pas.

Kanon aurait-il été découvert par Shina? Est-elle au courant de tout? Si elle a appris la vérité, ce n'est même plus la peine qu'Angelo se marie, leur couple est mort de toute façon.

Avant qu'il n'ait pu ouvrir ou écouter le moindre message, son téléphone sonne à nouveau.

Kanon.

Avec appréhension, Angelo décroche.

-All…

-Putain Angie! T'es où?

-A l'aéroport de Copenhague…

-Merde!

A l'arrière, Angelo entend la voix de Rhadamanthe grincer "je te l'avais dit, ça fait deux heures que t'essaies de l'appeler, forcément qu'il y est déjà".

-Changement de programme! annonce Kanon, apparemment en colère. Thétis est malade, elle est clouée au lit et ne peut pas sortir. Ce qui veut dire qu'elle ne sait pas venir te chercher, qu'elle ne sait pas te ramener chez elle et qu'il vaut mieux pour ta santé que tu ne loges pas chez elle comme c'était prévu à la base.

Angelo se croit soulagé. Il est de plus en plus réticent à l'idée d'épouser une étrangère et si cette dernière est indisposée, cela arrange ses affaires.

Mais très rapidement, il comprend ce que cela implique et le sens pratique parle avant son soulagement.

-Qu… QUOI? Et je suis censé dormir où, moi? Tu crois que j'ai un hôtel sous la main et des connaissances en danois pour me permettre de réserver une chambre?

-Hé, d'abord ils parlent tous anglais dans les hôtels, ensuite m'engueule pas, je ne fais que transmettre l'info.

-Bha merci, j'ai plus qu'à me trouver un pont ou à faire un remake de The Terminal pendant deux jours!

-Ou alors tu rentres.

-Cazzo mais non je peux pas rentrer! Si je rentre Shina va forcément se rendre compte de quelque chose! Et puis j'ai pas de billet avant demain, t'es malin, toi!

-Les billets, ça s'échange!

-Ah oui, et une fois à Paris, je fais qu…

-Excusez-moi… fait une voix hésitante à la gauche de l'Italien.

Au bord de la crise de nerfs, Angelo se tourne vers l'origine de la voix, prêt à lui balancer une belle tirade pour l'envoyer bouler. Mais sa bouche reste ouverte et aucun son n'en sort lorsqu'il constate que c'est Andrea qui vient de lui parler.

-… Oui? finit-il par demander.

-Vous avez un problème? Si vous n'avez pas d'hôtel, je peux vous recommander le mien et vous emmener jusque là en taxi…

Au téléphone, Kanon demande:

-T'as une touche?

-Non, pas vraiment… Enfin j'en sais rien, peut-être, mais…

-Bon. décrète Kanon. C'est parfait. Tu suis cette charmante personne jusqu'à son hôtel, tu te la fais, tu lui demandes un service, tu l'épouses et tu reviens demain comme prévu.

-T'es mala…

-Faut bien que ton voyage serve à quelque chose.

Angelo raccroche sans cérémonie, et, embarrassé, répond à Andrea:

-Ce serait… Vraiment gentil de votre part. Je suis désolé de vous retarder.

-Il n'y a pas de problème! assure l'autre avec un sourire avant d'appeler un taxi d'un signe de la main.

Ils chargent les valises dans le coffre de la voiture, puis s'installent tous deux à l'arrière.

Le taxi ne tarde pas à rejoindre la circulation plus dense de la capitale, tandis que les passagers discutent des circonstances.

-Alors comme ça, vous vous retrouvez livré à vous-même en pleine nature dans une ville qui vous est totalement inconnue?

-C'est cela… Heureusement que vous étiez là.

Angelo admire un moment la jeune personne qui est assise à côté de lui.

Peut-être que Kanon a eu une bonne idée… Au moins à moitié… Si l'Italien n'est pas chaud pour la seconde partie du plan de son ami, il est nettement moins récalcitrant en ce qui concerne la première…

Il est passé en mode chasseur… Même inconsciemment.

Kanon a raison.

Puisqu'il est sur place, autant en profiter pour mener à bien leur plan, avec les moyens du bord.

Et tant qu'à faire, avec une belle femme qui lui plaît vraiment –au moins un peu.

Il se sent comme attiré par cette beauté froide, nordique, glacée qui émane d'Andrea. Ce n'est pas à proprement parler un coup de foudre, bien sûr que non. Il ne ressent pas d'amour. Il sait ce que c'est, l'amour, c'est ce sentiment qui l'a poussé à venir jusqu'à Copenhague pour avoir une chance de reconquérir sa belle, sa chère mais pas si tendre Shina.

Et ce n'est pas ça qu'il éprouve. Impossible d'éprouver cela pour quelqu'un qu'on connaît à peine, qu'on vient de rencontrer. Au plus, il s'agit d'une attirance, d'un… Désir.

En aucun cas ce n'est quelque chose de sérieux.

Bien sûr que non.

oOo

Galant, Angelo se propose automatiquement pour décharger les valises.

Il les emmène dans le hall de l'hôtel toutes les deux, précédé par Andrea qui s'occupe déjà de se renseigner pour une chambre disponible.

Angelo la rejoint. Elle parle rapidement avec la réceptionniste, en danois. Il ne comprend rien à l'échange, si ce n'est que les choses n'ont pas l'air de bien se présenter.

Andrea se tourne finalement vers lui avec un soupir.

-Ils n'ont plus de chambre disponible.

-Pardon? s'étonne Angelo. C'est une blague, il est immense, cet hôtel…

-Il y a un sommet politique demain, le gratin loge ici. Ils ont des consignes de sécurité strictes et ne peuvent pas mettre certaines chambres à la disposition de n'importe qui. Celles qui restent sont déjà réservées.

-Merde. Bon, j'en ai marre, je retourne à l'aéroport et je rentre à Paris. Vous êtes bien gentille, je vous remercie, mais je me ba…

-Attendez… Il y a moyen que vous restiez. Si vous voulez, nous pouvons partager ma suite.

-Votre… Suite? répéta Angelo, calmé instantanément par la proposition et le sourire presque entendu qu'arbore Andrea.

Enlevez ce presque. C'est un sourire carnassier.

-J'insiste. Soyez le bienvenu à Copenhague.

Andrea salue en danois la réceptionniste après lui avoir signalé leur décision, puis se dirige d'un pas décidé vers l'ascenseur.

oOo

Andrea appuie sur le bouton, qui vire au rouge. L'ascenseur descend… Tandis que la colère de l'architecte monte en flèche.

Il a bien entendu.

"Vous êtes bien gentille…"

Gentille.

Pas gentil.

Gentille.

Avec cette saloperie de marque du féminin propre au français.

Il a remarqué, pendant le trajet, que quelque chose clochait.

Angelo a une manière étrange de le regarder. Il semble intéressé.

Ce qui est évident puisqu'Andrea est à tomber. Beau gosse, classe, cultivé, un véritable gentleman. Et gentil également, c'est vrai.

Gentil.

Pas gentille.

Il sait désormais ce qui ne va pas avec l'Italien. Depuis le début, il le prend pour une fille. Il l'a déshabillé du regard comme une fille. Il le regarde comme un prédateur regarde une jeune femme.

Il est persuadé qu'Andrea est une fille.

Ce qui est tout sauf compréhensible. Il porte une chemise blanche, une cravate –dissimulée sous son écharpe, mais soit– un pantalon, un long manteau et des chaussures d'homme. Il a un visage un peu androgyne, certes. Des traits fins, des cils bien fournis et un teint impeccable. Un corps svelte, élancé mais musclé.

Qu'est-ce qui ne va pas avec ce type, vraiment? Il doit être aveugle ou quelque chose du genre…

Et bien qu'à cela ne tienne.

Il est dragué comme une fille, mais il va se venger comme un mec. Comme l'homme qu'il est, plus précisément. Manipulateur, sournois et sadique dans les représailles. Il ne laissera pas Angelo s'en tirer à si bon compte.

Puisque l'Italien ne semble pas insensible à son charme et qu'il a l'air plutôt bien parti pour tenter de "la" mettre dans son lit, Andrea va rentrer dans son jeu.

Et le Parisien d'adoption comprendra que c'est lui, Andrea, qui mène la danse.

Toujours.

oOo

Angelo suit Andrea dans l'ascenseur, toujours porteur des bagages.

-C'est intime… remarque Andrea alors qu'ils sont obligés de se rapprocher pour pouvoir y entrer avec les valises.

Angelo ne répond rien, mais arbore un large sourire…

Et Andrea comprend qu'il a gagné. S'il persévère sur cette voie, l'Italien va tomber dans ses filets.

Et il regrettera amèrement son erreur.

Ils sont proches. Extrêmement proches. Leurs visages se sont rapprochés…

Angelo ne sait pas ce qui lui arrive. Il est comme hypnotisé par Andrea. Il est sur le point de l'embrasser…

Mais les portes de l'ascenseur s'ouvrent au troisième étage, sur deux gardiens de la sécurité.

Ils saluent les deux clients en danois, puis en anglais. Andrea leur retourne la salutation dans la langue scandinave et l'Italien préfère l'anglais.

Les deux vigiles s'excusent avant de leur rappeler qu'au vu des circonstances ils doivent se plier à un contrôle. Question de sécurité.

Andrea sort ses papiers et invite Angelo à faire de même. Les deux danois les contrôlent puis les interrogent quant aux raisons pour lesquelles ils sont là.

C'est évidemment Andrea qui se charge d'expliquer leur situation respective.

Lorsqu'il a terminé, les deux gardes s'effacent pour leur donner accès au couloir.

Angelo marche derrière son hôte, qui parcourt une dizaine de mètres avant de tourner dans un couloir perpendiculaire, au fond duquel une double porte peinte en bordeaux se détache du mur blanc.

Andrea s'arrête en face, et passe la carte qui lui sert de clef. La porte s'ouvre instantanément et il entre, tenant la porte à Angelo qui n'est pas mécontent de pouvoir enfin poser les valises.

-Bienvenue dans mon chez moi.

-Chez vous?

-Plus ou moins. C'est toujours cette suite que je réserve lorsque je suis de passage au Danemark.

-Oh… Vous… Ne logez que dans des suites?

-J'aime avoir de l'espace. Et un ersatz d'appartement lorsque je voyage. Et je dois dire que cela vient à point, imaginez si nous avions dû dormir dans le même lit!

S'en suit un petit rire, avant que l'architecte ne reprenne:

-Notez que ça n'aurait pas été pour me déplaire, mais puisqu'il y a un canapé-lit, le problème est réglé, n'est-ce pas?

Angelo ne sait pas trop quoi répondre.

Elle n'aurait pas été contre le fait de passer une nuit avec moi. Pourquoi ne pas en profiter? Angelo ne sait pas ce qui lui arrive. Il se croyait fidèle… Bien qu'il ne soit motivé à se marier que pour la pérennité de son couple, il y a une part de désir qui s'est réveillée en lui, et qui n'a rien à voir avec la paperasse administrative.

Il a envie de relâcher la pression accumulée pendant deux longues semaines à Paris.

Il a envie d'oublier, un peu, son quotidien et ses problèmes.

Il a envie d'oublier qu'il a été assez con pour se laisser entraîner dans cette histoire.

Il a envie de ne pas être venu au Danemark pour rien.

Et pour ça, rien de mieux qu'une nouvelle proie.

Une nouvelle proie qui semble répondre à ses regards, ses appels, et son désir.

Il remise quelque part le jeune homme éperdument amoureux de Shina.

Il n'est plus qu'un prédateur, celui qu'il était avant de la rencontrer. Et il va s'amuser un peu.

Avec une jeune femme tout à fait alléchante qui a l'air d'être déjà entrée dans son jeu. Une femme qui l'a déjà rendu à moitié fou pour qu'il décide de s'abandonner avec elle.

De toute façon, personne n'en saura jamais rien.

Et si c'est le cas, il n'aura qu'à dire que c'était une idée de Kanon.

-Bien sûr, si vous n'arrivez pas à dormir, vous pourrez toujours venir me rejoindre… Si cette idée vous plaît à ce point. dit Angelo en suspendant son trench-coat au portemanteau de l'entrée .

Andrea se retourne sur lui, arborant un sourire qu'il veut au moins aussi carnassier que le regard que darde sur lui l'Italien.

Il sait qu'il a éveillé chez ce dernier un désir… Et qu'il croit que c'est toujours lui qui mène la partie, que c'est lui qui a allumé l'autre.

Sauf que c'est Andrea qui a décidé de le laisser penser ça. Parce qu'il est persuadé qu'il n'est qu'une fille en manque qu'il pourra aisément mettre dans son lit. Une proie facile.

Mais ce que le cuisinier ignore encore, c'est que non seulement il va se brûler à force de faire monter la température, mais qu'en plus il sera frustré, le pauvre petit, lorsqu'il découvrira que pendant tout ce temps… C'est un homme qu'il a dragué.

Or, son aveuglement quant à son genre pourtant évident pour qui sait voir prouve que c'est une femme qu'il s'attend à désirer. Donc il est hétéro.

Une bonne leçon, ça.

Non seulement il apprendra et n'oubliera pas de sitôt le genre de sa soi-disant victime, mais en plus, il saura qu'on ne se fait pas Andrea Riddaren comme ça. Il va le taquiner. Le frustrer.

C'est lui qui décide. Toujours. Quand il veut, où il veut.

Il a énormément d'amants. Mais jamais ce ne sont eux qui décident.

Et cette fois, Andrea décide de saisir la perche que lui a tendue Angelo.

Il s'approche de l'Italien, jusqu'à ce qu'il puisse sentir son souffle sur la peau que laisse apparaître sa chemise légèrement ouverte.

-Oui, elle me plaît… murmure-t-il. Je crois que je vais avoir du mal… A la laisser tomber.

Angelo n'y tient plus.

Il pose une main sur la joue d'Andrea, qui tressaille. Un sourire victorieux ourle ses lèvres mais Angelo n'a pas l'occasion de le voir. Il a cédé à l'appel du Nordique et l'embrasse. Andrea ne répond pas tout de suite à ce baiser, ce qui fait douter l'Italien. C'est alors l'architecte qui reprend le contrôle, qui prend la tête des opérations.

Il connaît la disposition de la suite. Il n'y a que des fauteuils et un canapé dans la première pièce. Mais cela importe peu. Si ses prévisions s'avèrent exactes, ils n'auront pas besoin de lit.

Il les fait toutefois reculer un peu, pour atteindre l'un des fauteuils.

Il garde le commandement. C'est Andrea qui fait tomber Angelo dedans et qui le recouvre de son corps, assis à califourchon sur les jambes écartées de l'Italien.

Il sourit à l'avance en imaginant la tête de son hôte lorsqu'il enlèvera sa chemise.

Il s'occupe d'abord de son manteau, qui glisse lentement le long de ses épaules et s'échoue au sol, découvrant la chemise parfaitement ajustée du Suédois.

Il rompt un moment leur baiser pour ôter son écharpe, arrachant un grognement peu satisfait à l'Italien qui fond de nouveau sur les lèvres pâles une fois qu'Andrea l'y autorise.

Ce dernier décide de faire durer le suspens en ouvrant négligemment la chemise d'Angelo, en premier lieu, tandis qu'Angelo laisse ses mains vagabonder dans le dos du Suédois, qu'il prend encore pour une suédoise malgré le corps musclé qu'il peut sentir sous ses doigts.

L'Italien envoie finalement valser sa chemise derrière le fauteuil, et enfin, Andrea s'attaque à nouveau à sa chemise.

Il dénoue sa cravate, mais ce détail ne semble pas percuter le cuisinier. Lentement, il libère chaque bouton, au rythme lent des mains de l'Italien qui caressent son dos, ses cuisses.

D'un geste plus vif, il se débarrasse de la pièce de tissu et se jette à son tour sur les lèvres d'Angelo. Après un moment de surprise, la réaction attendue survient. Angelo rompt leur baiser et écarte Andrea. Surpris, il contemple son buste. Ses abdominaux finement dessinés. Son torse définitivement plat.

La surprise se peint sur le visage d'Angelo, puis l'horreur. Et Andrea se retrouve par terre.

oOo

Pourquoi, pourquoi ne l'a-t-il pas remarqué plus tôt?

En une seconde, il revit tous les événements. La rencontre avec Andrea, au guichet. Il l'a toisé de bas en haut, mais n'a pas remarqué que ses chaussures italiennes étaient un modèle homme très peu féminin. Il n'a pas remarqué la démarche assurée et déterminée qui était celle d'un homme. Dans l'avion, lorsqu'il a parlé pour la première fois… La tessiture de sa voix, somme toute assez grave, ne conviendrait pas vraiment à une femme. Il aurait dû remarquer… La cravate, la bosse dans le pantalon, la chemise… Et l'absence de poitrine.

Le retour sur terre est dur. Il se sait hétéro et s'est pourtant laissé aveugler et séduire par un homme… Et a essayé de séduire ce même homme, et il n'a eu que ce qu'il mérite.

Voilà qui lui apprendra à tromper sa compagne…

Andrea se relève, un sourire narquois aux lèvres.

Angelo passe une main sur son visage, se lève à son tour et enfile aussitôt sa chemise.

-Je suis désolé. dit-il.

-Ce que tu as vu ne te convient pas? demande Andrea. En tout cas, moi, j'ai adoré ta tête, ça valait de l'or.

-Quoi? demanda Angelo. C'était une mise en scène? Pour me faire découvrir la vérité?

-Tu n'as qu'à t'en prendre à toi-même. C'est franchement vexant, ce que tu as fait, Angelo.

-Je n'ai pas fait exprès, je… J'aurais dû voir que vous… Tu… es un homme.

-Oublions cela. Notre petite aventure n'a pas eu l'air de te déplaire, alors considérons cela comme un bon souvenir tous les deux. remarque Andrea en désignant l'entrejambe de l'Italien.

-Je viens d'embrasser un homme et j'étais résolu à lui faire l'amour et je devrais considérer ça comme un bon souvenir?

-Tu as un problème avec ça? Je veux dire, avec le fait que je sois un homme?

-Je suis hétéro.

-Mais ça ne t'empêche pas de me trouver irrémédiablement sexy et attirant. C'est ce qu'ils disent tous, ne me dis pas le contraire.

-C'est un moment d'égarement… soupire Angelo. Mais je n'ai rien contre l'homosexualité, si ça peut te rassurer. La majorité de mes amis sont gay, et je l'accepte tout à fait.

-Parfait. assure Andrea. Ca n'aurait jamais marché entre nous, alors, chéri. dit-il, faussement désolé. Mais ça ne t'empêche pas de rester ici, avec moi. Je ne te sauterai pas dessus, c'est promis. Je voulais simplement te donner une leçon, c'est chose faite, n'en parlons plus. Je me suis bien marré, je te remercie. Repartons sur une base amicale.

Il tend la main à Angelo, qui la serre avec un regard encore un peu enragé, après quelques instants d'hésitation.

-Je dois être vachement à bout… marmonna Angelo.

-Pourquoi?

-Je me fais manipuler depuis des jours par tout le monde. Par mes sentiments, mes potes, et puis par toi…

-J'avais une bonne raison de m'amuser un peu à tes dépens. Considère que nous sommes quittes. Et… Je peux savoir pourquoi tu te fais manipuler? Je veux dire, tu as l'air d'en tenir une sacrée couche sur le plan mental. Si tu veux, vide ton sac. J'ai quand même rien à faire d'ici demain matin.

-En quoi tu pourrais me conseiller?

-Sait-on jamais. Je refuse d'accueillir quelqu'un de mauvaise humeur dans ma suite.

-Quel argument de merde…

-Je te l'accorde.

Andrea se rhabille, ramasse son manteau et s'assied dans un fauteuil, invitant Angelo à faire de même dans celui qui lui fait face.

Et l'Italien ne sait pas trop pourquoi, mais il s'exécute, et commence à raconter toute l'histoire.

-Quand mon ami m'a dit que ce ne serait pas possible… Il m'a suggéré de te proposer de prendre la place de ma supposée femme… Je n'ai pas trouvé l'idée dérangeante, à vrai dire, mais je suis… Vraiment désolé.

Andrea acquiesça;

Parce qu'en plus Angelo avait tenté de l'utiliser…?

Décidément, il n'allait pas s'en tirer à si bon compte.

Andrea avait une irrépressible envie de le tourmenter un peu…


Dès que j'aurai le temps, je posterai les tenues que les personnages ont portées jusqu'ici sur mes blogs (skyrock et wordpress). Il n'y en a pas beaucoup jusqu'à maintenant, mais ça va arriver dans les prochains chapitres!

Merci de votre lecture, j'espère vous avoir offert un bon chapitre!

A bientôt, j'espère ~