A little butterfly, in the dark, who surround the night, a little butterfly, in the light, who fly ever and ever... Je sais pas, j'avais envie de marquer ça, moi j'trouve ça joli en plus j'suis presque sûre que j'ai pas fait de fautes O_O Je m'aime, je sais, je sais, non, assez de compliments !
D'ailleurs, un grand merci à Rose-Eliade ! Tu voulais la suite ? Bah la voilà xD Et aussi merci aux 49 lecteurs (quoi ? Moi j'aime bien regarder la page des stats. C'est joli, c'est coloré comme endroit.)

Disclaimer : Debi-chan et LE garçon mystère (ouais bon tout le monde sait qui c'est, mais laissons encore planer le doute...) sont à Hoshino (malheureusement). Je me console avec Tachika, Theme Of Day et la ville sans nom (trop de choses sans nom dans cette fic U_U)

ENJOY !


Debitto, allongé sur le canapé du salon transformé en lit de fortune, maudissait l'orage qui grondait au dehors. Sa fenêtre fuyait, et sa chambre était inondée par le déluge qui tombait sur la ville entière. Et c'était comme ça depuis maintenant quatre jours, quatre jours que le ciel ne laissait pas passer un rayon de soleil, quatre jours que Debitto s'était rendu à la librairie. Il avait lu le livre trois fois déjà, et commençait sa quatrième. Il ne s'en lassait pas, s'absorbant dans les mots, les noms, les poèmes et les peintures. Il avait l'impression de délirer, flottant dans un monde à part, les personnages prenant vie sous ses yeux. Il revoyait la bataille du Wunderkammen comme s'il y était, sentant les vibrations des coups, la puissance électrique de ce qui l'entourait, et entendait les chants lointains des Totémix revenus à la vie qui emplissaient l'air.

Il n'avait jamais pris de drogue, ce livre-là suffisait amplement.

Il entendit vaguement la porte claquer et sa mère s'ébrouer dans l'entrée, se débarrassant de la pluie glacée qui roulait sur son imperméable. A vrai dire, il s'en fichait. Tout ce qu'il lui comptait, c'était de lire, de lire jusqu'à ce qu'il en meure, allongé sur les pages. C'aurait été une belle mort, tout compte fait. Il serait mort dans son monde de rêves et d'illusions, sans se soucier ni penser à la réalité… Il soupira, glissant son marque-page à l'endroit où il s'était interrompu, et posa délicatement, presque avec révérence, le livre sur la table en face de lui. Il reviendrait dans son monde, ce n'était qu'une question de temps. Le marque-page était un portail, il ne restait plus qu'à le franchir.

- Ne laisse pas traîner ce livre ici !

Sa mère venait de se laisser tomber dans un fauteuil, essuyant son tailleur gris et beige dans une serviette de bain. Il leva les yeux vers elle qui le regardait d'un air mécontent.

- Tu ne fais plus rien dans cette maison ! Je dois toujours m'occuper de tout ! Nous t'avons laissé tomber tes études, mais rends-toi un peu utile au lieu de rêvasser !

Il connaissait ces paroles, celles qu'elle utilisait pour le faire culpabiliser. D'habitude, il laissait passer, conscient d'être un fardeau. Mais cette fois, il ne bougea pas, se contentant de fixer cette femme qui se disait être « sa mère ». Sa mère. Comment la considérer comme telle ? Elle le détestait, non, l'ignorait. C'était son père qui le détestait, il n'avait jamais trop compris pourquoi. Peut-être était-il trop différent de ce qu'il attendait. Sûrement. Comment leur faire comprendre qu'il ne serait jamais comme eux, qu'il était lui, avec ses envies et ses goûts ? Pas une pâle réplique d'eux ?

- Alors ? Bouge-toi !

Sa mère s'énervait, assise dans son fauteuil hors de prix devant son fils qui la regardait juste, triste. Triste de ne pas comprendre cette femme.

- Arrête de me regarder avec ces yeux d'attardé et va ranger ce livre ! Tu ne fais plus rien ! Tu restes là, plongé dans ce bouquin pendant des heures ! Qu'est-ce que tu fumes pour être aussi shooté ?

Elle prit le livre du bout des doigts, comme si elle risquait d'être intoxiquée par son odeur, et le lança sur Debitto qui ne broncha pas. Elle resta debout, affrontant du regard le brun. Et, au bout d'un long, très long moment, il se leva sans rien dire et prit le livre, le serrant contre lui. Il passa à côté d'elle sans un mot, sans même un regard.

Elle resta debout encore une poignée de secondes, avant de s'assoir dans le fauteuil et de verser une larme. Une seule. Elle venait de perdre son fils, elle le savait. Ca avait été la lutte de trop.

Dans sa chambre impersonnelle, Debitto rangeait tout ce qu'il pouvait trouver dans un grand sac noir. Il partait. Il ne savait pas où, mais il partait de cet appartement où rien ne l'intéressait. Il le fallait, il en avait l'intuition, sinon il allait étouffer.

Il termina de mettre ses livres, ses CD, son MP3, son argent et quelques habits dans son sac, puis le boucla et quitta la chambre. La, et pas sa. Parce qu'elle ne l'avait jamais vraiment été.

Dans le couloir étroit, faiblement éclairé par une ampoule entourée de lin, il vit sa mère dans le salon, immobile. Il lui fit un faible sourire, puis tourna définitivement les talons et claqua la porte sur cet endroit dans lequel il n'avait jamais été admis.

Il descendit les escaliers sans allumer la lumière, le bourdonnement des machines se mêlant au grondement du tonnerre au dehors, agrémenté de temps à autre du bruit d'une vague de pluie contre une vitre. Tout était tellement calme…

Dehors, le flot incessant des voitures était rendu flou par la pluie et la brume. Il rabattit vainement sa capuche sur son crâne et se dirigea vers… Vers il ne savait pas où. Pas du tout. C'était une des choses qu'il comprenait le moins, d'ailleurs, chez lui. Cette volonté de faire quelque chose sans savoir quoi. Il laissa ses pieds le conduire, évitant les véhicules qui, profitant de l'heure tardive, allaient plus vite que la limite fixée. Il avait froid, il était ruisselant de pluie, et il se sentait formidablement détendu. Comme s'il s'était arraché à un danger mortel qui ne lui ferait plus jamais de mal.

Il se rendit compte qu'il avait repris le livre et qu'il le gardait serré dans son manteau, pour éviter qu'il ne finisse détrempé. Il en était vraiment amoureux…

Bon, au moins, il avait une destination… Si la librairie était encore ouverte à cette heure-ci… Il devait être au moins 23 heures…

Il pressa l'allure, son sac cognant son dos à chaque pas. Bientôt, noyée sous la pluie battante, la librairie apparut, mais aucune lumière ne filtrait à travers les fenêtres. Il posa la main sur la poignée et appuya doucement dessus, à tout hasard. La porte n'était pas fermée. Il fut tenté de repartir, un sentiment indéfinissable l'envahissant. Il n'en avait pas le droit, il n'était rien pour ces gens. Ils lui avaient témoigné de la sympathie, certes, mais c'était bien tout. Rien ne lui donnait l'autorisation d'entrer ici…

Debitto fut dedans sans même s'en apercevoir. Il faisait chaud ici, encore une fois. Et il y régnait un silence agréable, seulement brisé par le tic-tac régulier d'une horloge, au fond de la librairie. Il ferma la porte et fut incapable de faire un pas de plus, hésitant. Il ne pouvait pas rester debout ici. Il aurait aimé monter l'escalier derrière la porte, mais il avait peur. Peur de ce qu'ils diraient et feraient s'ils le voyaient. Alors il restait là, tremblotant, inutile, incapable. L'envie et la raison se combattaient férocement à l'intérieur de son crâne, et ce fut l'envie qui remporta la guerre car il actionna la poignée et entreprit de gravir les marches, silencieux, frôlant la crise cardiaque à chaque frémissement qu'il percevait. Il déboucha finalement sur un palier que la lumière d'un chauffe-eau éclairait faiblement. Il y avait trois portes, une entrouverte et deux fermées. Il n'hésita pas et poussa la première, glissant sa tête dans l'ouverture. Il y discerna un lit, une télévision, un canapé, des vêtements, une armoire… Et deux personnes. Endormies. Il eut envie de reculer et de partir à toute vitesse. Il ne les connaissait pas, et il risquait gros s'ils le découvraient !

Dans l'ombre, il y eut un bâillement puis un chuchotis.

- Qui es-tu ?

Il se dissimula derrière le mur, espérant que la voix pense s'être trompée puis se rendorme, mais il entendit des grincements et des pas légers sur le plancher. Puis, la porte se referma et la lumière s'alluma sur le palier. Debitto cessa de respirer, affolé, cherchant un endroit où s'enfuir. Imperturbable, la jeune fille brune en pyjama léger l'observait avec attention, comme si elle le fouillait.

- Tu es trempé, fit-elle remarquer.

Il fronça les sourcils. Etait-ce tout ce qu'elle avait à dire ?

- Viens, tu vas attraper froid !

Elle le prit par le poignet et l'emmena avec elle dans une petite salle de bains, l'obligeant à s'assoir sur un tabouret recouvert de livres. Elle fouilla dans une autre armoire et lui lança au visage une serviette tandis qu'il commençait à s'inquiéter, de plus en plus perplexe. Elle dut s'en apercevoir car elle lui sourit.

- Allez, sèches-toi ! Je ne vais pas te dénoncer à la police, si tu veux vraiment savoir !

Il la regarda avec des yeux ronds, ce qui la fit rire doucement.

- Oui, je sais, c'est pas courant de faire ça dans le coin mais c'est ça où on avait ta mort par pneumonie sur la conscience… On préfèrerait éviter… Je vais te chercher des vêtements secs. Bouge pas.

Cette dernière injonction était bien inutile, songea le brun en se frottant les cheveux. Où aurait-il pu aller désormais ? Il contempla la serviette humide pendant quelques secondes avant que la jeune fille ne revienne et ne lui lance avec la même brusquerie quelques vêtements.

- Je crois que tu fais la même taille que Dero, ils devraient t'aller.

- Merci…

Elle lui sourit et sortit de la salle le temps qu'il se change. Il enfila les vêtements secs avec une drôle d'impression. Il avait l'impression d'être ici depuis très longtemps, sûrement parce que la fille le traitait ainsi. C'était vraiment bizarre… Elle toqua à la porte.

- Je peux ?

- Oui…

Elle re-rentra et s'assit sur le sol, le regardant avec perplexité.

- Pourquoi tu es venu ici ? Tu n'as pas d'ami chez qui passer ?

Il secoua négativement la tête, se sentant totalement stupide. Pourquoi était-il venu ? Il abusait vraiment… Elle lui sourit et bâilla en se frottant les yeux.

- Sommeil moi… Et toi ?

Il ne sentait plus ses membres, il avait du mal à articuler et ses yeux se fermaient tous seuls, il devait donc en déduire que oui… Il acquiesça donc, sa tête dodelinant. Elle le tira encore par la main et repartit dans la première salle, en lui désignant le lit.

- Allez, dors…

- Mais… ça ne va pas le déranger, demanda t-il en parlant du blond endormi.

- Non, ne t'en fais pas !

- Et toi, tu vas dormir où ?

- J'ai un lit…

Sa voix s'éteignit et fut pratiquement imperceptible.

- Je crois…

Il eut un sourire fatigué et se faufila sous les draps bleutés avec bonheur. Il vit qu'elle paraissait hésitante et, soupirant, lui fit une place contre le garçon blond, contre lequel elle vint se blottir avant de fermer les yeux, exténuée.

- Comment tu t'appelles, murmura t-elle dans le noir.

- Debitto…

- Moi c'est Tachika…

Il n'ajouta rien, laissant la jeune fille s'endormir en paix. Les phares des voitures striaient le mur d'étroites lignes, leur lumière passant sous un store mal fermé. Le bruit de la pluie sur le toit formait une douce musique répétitive. L'odeur étrange et la chaleur du lit fit très vite sombrer le brun, qui vint lui aussi se lover contre le dos du garçon blond, profitant honteusement de la situation.

Il sentit plusieurs fois le corps maigre bouger à côté de lui, il entendit plusieurs fois Tachika hurler dans son sommeil, mais cela ne le dérangea pas. Il se sentait étrange, même dans ses rêves, il avait l'impression d'être perdu, englouti dans une mer d'eau chaude. Incapable de bouger, mais cette fois parce qu'il se sentait bien. Il aurait voulu que cette nuit ne se termine jamais, que le temps s'étire et les laisse en paix, tout les trois.

Ils sourirent dans leur sommeil. Ils pensaient à la même chose.