Me voilà pour ce chapitre 2 !

Un grand grand merci à tous ceux qui me laissent des reviews, même en anonyme, c'est adorable et ça me motive à travailler chaque chapitre pour qu'il vous plaise le plus possible ! N'oubliez pas de vous connecter, la réponse est garantie !

Je remercie également de tout coeur ma bêta adorée et formidable : Saad Maia. N'hésitez pas à aller jeter un coup d'oeil à ses écrits, le lien de son profil est dans mes auteurs favoris !

Sur ce... ENJOY !


Après ça, il fallait encore que je rumine mon échec. Et que je réalise que je n'étais pas seul. A ce moment-là, ça me paraissait impossible de remonter la pente. Mais j'ai quand même trouvé la force de le faire. J'ai trouvé la force de le faire pour vous.

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Yakov l'avait ramené dans les vestiaires, le faisant sortir de la piste sous les applaudissements polis du public. Le plus âgé gardait un bras autour des épaules du plus jeune mais ne disait rien. Yurio lui en était reconnaissant. Yakov n'avait jamais été particulièrement bon pour remonter le moral de ses troupes, et lui-même était encore trop secoué par la mort de Victor et la décision des autorités pour être d'un grand secours. La voix du micro leur parvint :

- Décision du jury ! Yuri Plisetsky, 51,3 points !

Ils se figèrent tous les deux de stupeur. L'effondrement de Yurio aurait dû lui coûter une disqualification pure et simple. C'était la raison pour laquelle ils n'étaient même pas restés au bord de la piste à attendre les résultats. Dans l'esprit de l'un comme de l'autre, la compétition devait s'arrêter ici pour Yurio. Mais le jury semblait avoir décidé de lui laisser une chance et de compter les points qu'il avait marqués avant de tomber.

- Pourquoi ils ont fait ça ? souffla Yurio, encore sous le choc.

Yakov réfléchit avant de reprendre lentement :

- Dans le milieu, tout le monde sait pourquoi tu t'es effondré… Personne n'était plus proche d'eux que toi. C'est peut-être leur manière à eux de te soutenir.

Yuri acquiesça d'un hochement de tête.

- Yakov… Je ne suis pas le seul patineur russe à être ici. Tu devrais être aux côtés de Georgi, ça va bientôt être son tour.

- Tu es sûr que ça va aller ? Tu ne vas pas rester seul…

- T'inquiète. Je préfère encore rester ici que de retourner affronter les journalistes. Ça va aller, je te dis ! Je crois… Je crois que le plus dur est fait.

Yakov acquiesça lentement et le serra légèrement contre lui avant de sortir du vestiaire, les yeux dans le vague. Yurio regarda la porte se fermer silencieusement, avant de rejoindre le premier banc à sa disposition. Il posa les pieds sur le bois, ramenant ses genoux contre son torse et passant ses bras autour. Yurio tenta de faire le vide dans son esprit. Après le brouhaha de la compétition, le silence de la pièce déserte avait quelque chose de réconfortant. Ainsi installé, il avait l'impression de se tenir dans un cocon. L'espace d'un instant, il aurait presque pu jurer être revenu dans sa chambre d'enfant à Moscou, chez son grand-père, des années auparavant. L'ouverture de la porte le ramena brutalement au temps présent.

- Ça va mieux ?

La voix de son vis-à-vis était reconnaissable entre mille mais la question sobre et soucieuse contrastait tellement avec la personne qui l'avait dite que Yurio releva la tête de surprise.

- Qu'est-ce que tu fous là, JJ ? cracha-t-il, sur la défensive.

- Détends-toi, lança le canadien avec l'assurance qu'il lui connaissait mieux. Tu ne penses quand même pas que je vais me moquer de toi dans des circonstances pareilles ? Tu n'es pas le seul à pleurer leur mort, tu sais.

- Je suis le seul à le faire sur une patinoire, en plein programme court, en tout cas. grommela Yuri.

- Et alors ? Tu n'as pas été disqualifié, et il te reste un programme long à faire demain. Je suis la preuve vivante qu'on peut atteindre le podium même en se plantant complètement au court. Tu ne comptes quand même pas abandonner maintenant ?

Yurio ne répondit rien. Il se sentait incapable de réfléchir à ce qui se passerait dans une heure, dans une journée, dans un mois. En fait, il se sentait incapable de se projeter dans un futur dans lequel Victor et Yuri ne seraient plus là. Et il en avait pris conscience bien trop brutalement. Il venait réellement de comprendre que rien ne pourrait jamais les faire revenir.

- Tu sais ce qui me dégoûte le plus, dans cette histoire ? reprit JJ. C'est qu'ils soient morts pour rien. Au Canada, leurs agresseurs auraient déjà été arrêtés, peut-être même déjà jugés. Mais vous, les russes, vous semblez tous trouver ça normal. Vous vous lamentez tous sur leur sort mais aucun d'entre vous ne semble penser sincèrement qu'ils ne méritaient pas ce qui leur est arrivé. Sous prétexte que, chez vous, des dizaines de couples se font agresser de cette façon tous les jours, personne n'est surpris de savoir que l'enquête sur leur meurtre a été classée sans suite au bout d'une semaine.

Yurio resta silencieux. JJ pouvait parader, avec ses discours moralisateurs, il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il se passait réellement en Russie. Comment pouvait-il espérer changer les choses quand même le gouvernement faisait passer des lois qui faisaient en sorte que les couples gays soient autant coupables que leurs agresseurs ? JJ sembla remarquer son enfermement et n'insista pas :

- Je te laisse avec tes pensées, alors. Et si tu tiens tant que ça à ruminer dans ton coin… Demande-toi ce que eux, ils en auraient pensé. Demande-toi s'ils auraient préféré que tu t'effondres en même temps qu'eux ou que tu te battes pour leur rendre l'hommage qu'ils mériteraient.

- Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse, putain ? rugit Yurio, sortant de son silence. Que je renverse le gouvernement ? Que j'aille moi-même tuer leurs agresseurs ? Tu considères peut-être que rien n'est impossible pour toi, mais ce n'est pas le cas de tout le monde ! Merde, JJ, tu m'as regardé ? Je suis un patineur de 16 ans incapable de faire un programme court sans me mettre à chialer, et tu voudrais que ce soit moi qui fasse changer les choses ?

- Tu étais probablement celui qui les connaissait le mieux parmi nous, et tu patines suffisamment bien pour être capable d'attirer les caméras du monde entier sur toi. Alors… Si toi, tu ne le fais pas… Qui le fera ?

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- JJ a beau être insupportable, j'étais forcé de reconnaître qu'il avait raison, sur ce point là, avoua Yurio. Vous méritiez mieux que ça. Vous méritiez mieux que cette mort dans l'indifférence générale des autorités. Et je voulais également me faire pardonner. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je me détestais de ne jamais avoir reconnu à quel point je tenais à vous. Je crois que je regretterai éternellement de ne pas avoir pu vous dire que je vous aimais, que vous aviez changé ma vie et que vous faisiez partie des meilleurs amis que j'ai jamais eus. Aujourd'hui, je sais que cette culpabilité qui me dévore à chaque fois que je pense à vous ne disparaîtra jamais complètement. Mais à l'époque, je voulais quand même essayer. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à réfléchir à la façon dont je pourrais vous rendre hommage, à ce que je pourrais faire pour m'assurer que vous ne soyez pas partis pour rien. Je ne savais pas franchement dans quoi je me lançais, mais j'étais sûr d'une chose, c'est que je serais incapable de me regarder dans un miroir si je n'essayais pas. Mais d'abord, je devais me ressaisir. J'avais beau avoir réalisé ce que je ressentais envers vous et accepté l'idée de votre mort, vous me manquiez. Vous me manquiez trop pour que j'arrive à avancer. C'est Yakov qui a trouvé la solution.

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Yurio finit de faire les lacets de la petite fille de cinq ans assise devant lui. Elle le remercia et partit vers la patinoire pendant qu'il vérifiait si d'autres enfants avaient besoin d'aide. Son propre entraînement était terminé depuis maintenant deux heures, mais il refusait de sortir du centre avant l'heure à laquelle Yakov le jetait dehors pour tout fermer à clé. Lorsqu'il était seul chez lui, l'absence de Yuri et Victor le dévorait bien trop pour qu'il ne puisse supporter cette sensation. D'habitude, il trompait cette solitude en passant des heures sur Skype avec Otabek. Le simple fait d'entendre la voix de son ami le réconfortait. Mais, ce soir, le kazakh était parti aux championnats nationaux de son pays et l'avait prévenu qu'il ne pourrait sans doute pas se connecter. Il restait donc à la patinoire le plus longtemps possible, aidant Yakov dans les entraînements des plus jeunes, s'occupant les mains et l'esprit autant qu'il le pouvait. Quand tous les enfants furent sur la patinoire, Yakov leur demanda d'attendre un instant avant de se rapprocher de Yurio :

- Tu devrais rentrer chez toi. J'apprécie ce que tu fais, mais tu as besoin de repos.

- Non, je… Je pourrai pas me reposer de toute façon.

- Ils te manquent encore ? demanda Yakov.

Yurio acquiesça d'un signe de tête.

- Tu ne peux même pas imaginer le vide qu'ils ont laissé…

Yakov réfléchit quelques secondes avant de lui dire :

- Si tu tiens à rester ici, attends-moi pour partir. Je connais quelqu'un qui pourrait essayer de combler ce vide.

Curieux, Yurio obéit. Il se laissa tomber sur un canapé de l'espace de pause en regardant Yakov entraîner les jeunes. Son regard se posa sur une couverture de magasine de patinage, posé sur une table basse. L'un des titres attira son attention. « Le suisse Christophe Giacometti annonce prendre sa retraite ». D'un geste vif, il se saisit du journal et trouva rapidement la page qui l'intéressait. Apparemment, Chris non plus n'avait pas supporté la mort de Victor. Sa cinquième place au dernier Grand Prix était la preuve qu'il n'arrivait plus à se motiver sans l'avoir comme adversaire, et sa mort avait aggravé les choses, le rendant incapable de patiner sans penser à lui. La phrase de JJ lui revint en mémoire : « Tu n'es pas le seul à les pleurer, tu sais ? ». C'était vrai, leur mort avait créé une onde de choc sans précédent dans le monde du patinage. Si seulement cette onde avait pu se propager dans le reste du monde, marquer les esprits et attirer l'attention sur ce qui se passait tous les jours en Russie… Il comprenait très bien ce que JJ lui avait dit. Ce qui était horrible, ce n'était pas les morts de Victor et Yuri en elles-mêmes mais le fait qu'elles ne seraient jamais vengées, que d'autres couples avaient depuis été agressés ou tués dans l'indifférence générale. Que, une fois le choc passé, les noms de Victor et Yuri ne seraient rien d'autre que deux lignes sur une longue liste de personnes tuées par l'homophobie persistante en Russie.

Deux heures plus tard, Yurio et Yakov ressortirent du complexe et se dirigèrent vers le domicile de coach. « Quelqu'un qui pourrait combler le vide laissé par Victor et Yuri », avait dit Yakov. Il ne voyait pas franchement comment ça pouvait être possible. Ils montèrent rapidement dans son appartement et, une fois à l'intérieur, Yurio demanda :

- Alors ? Tu parlais de qui ?

- De lui.

Yakov désigna un endroit contre le mur, au pied de son canapé. Un caniche était couché dans un panier pour chien, tellement immobile que Yurio ne l'avait même pas vu. Le chien avait levé les yeux vers eux en les entendant arriver mais n'avait pas bougé d'un poil.

- Makkachin…

- Je l'ai retrouvé quand je suis allé ranger les affaires de Yuri et Victor, raconta Yakov. Ça faisait deux jours qu'il était tout seul chez eux. Je crois qu'il avait déjà compris que Victor ne reviendrait plus, il ne l'aurait jamais laissé aussi longtemps. Ça me brisait le cœur de l'abandonner dans un refuge mais je ne vais pas pouvoir le garder éternellement. Je passe pas loin de 18 heures par jour à la patinoire, il a besoin de plus de présence et d'attention. Il ne mange plus, boit à peine. Il se laisse mourir. Il était tout ce que Victor avait au monde avant de rencontrer Yuri et il a besoin de quelqu'un aux yeux de qui il sera aussi précieux.

Yurio s'était rapproché de Makkachin et s'était accroupi à côté de lui, le caressant doucement. Le chien avait relevé la tête vers lui, semblant apprécier l'attention du jeune patineur.

- Tu ne connaissais pas encore Victor quand il l'a adopté, reprit Yakov, mais tu ne peux pas imaginer à quel point il a changé sa vie. Ils avaient tous les deux besoin de quelqu'un qui leur ferait oublier leur solitude. Je suis persuadé que vous avez besoin l'un de l'autre. Et il sera de toute façon beaucoup plus heureux chez toi qu'ici.

Makkachin s'était assis et avait appuyé sa tête contre le torse de Yurio qui continuait à le caresser. Il pouvait comprendre que Victor se soit attaché aussi facilement à cette boule de poils. Il ne répondit rien à Yakov, se contentant d'hocher la tête en signe d'acceptation.

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- Yakov avait raison, Makka est unique. Je comprends pourquoi tu tenais autant à lui, Victor. Je ne sais pas si j'aurais un jour réussi à me remettre de votre disparition sans lui. Il est calme, affectueux, attachant… Et protecteur. Je ne serais même plus là pour vous raconter ça sans lui. Mais je grille des étapes, je vous parlerai de ça tout à l'heure. Toujours est-il qu'avec cette boule de poils, j'ai petit à petit retrouvé le sourire. Je passais mes soirées à m'occuper de lui pour qu'il aille mieux. Me concentrer sur un autre être vivant que moi m'a fait du bien, on s'aidait mutuellement. Il a fini par retrouver son tempérament habituel et à me sauter dessus dès que je mettais un pied chez moi. Le voire vivre, jouer avec lui tous les soirs, me faisait un bien fou. Progressivement, j'ai commencé à penser à l'avenir. J'avais toujours une saison à préparer et, grâce à JJ, je savais ce que je voulais en faire.

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Tous les autres patineurs présents à la conférence de presse avaient mis un costume cravate, il était le seul à avoir gardé sa veste de l'équipe nationale de Russie. Il avait eu beau essayer, il restait persuadé qu'il avait l'air d'un clown ou d'un pingouin dans la plupart des costumes. Et même s'il ne pouvait s'empêcher d'avoir honte de ce qui se passait dans son pays, il continuait de vouloir en porter les couleurs. Après tout, ce qu'il s'apprêtait à faire, c'était aussi pour son pays. Yakov était présent avec lui, l'encourageant d'un regard lorsqu'il s'avança pour répondre à la question que les journalistes posaient chaque année.

- Yuri Plisetsky, quel est votre thème, pour cette saison ?

Yuri prit une inspiration et dévoila la tablette sur laquelle il avait écrit deux mots. Les flashs des appareils photos crépitèrent avant qu'il ne réponde :

- In Memoriam. C'est mon thème. Cette année… Je veux patiner pour Victor Nikiforov et Yuri Katsuki.

Yuri resta silencieux pendant une seconde, essayant de maîtriser les tremblements qui le saisissaient. Il avait longtemps préparé son discours mais parler d'eux restait toujours aussi insupportable. Son regard s'éclaira d'une lueur de détermination féroce avant de reprendre :

- Cette année, je veux être inoubliable, afin que Victor et Yuri le soient aussi ! Je ne les laisserai pas tomber dans l'oubli et je n'arrêterai pas de patiner pour eux tant que la Russie continuera à cautionner la façon dont ils sont morts !

Les applaudissements se mêlèrent aux flashs des journalistes. L'une d'entre eux leva la main et, lorsque le silence fut à peu près revenu, Yurio l'interrogea du regard.

- Vos intentions semblent être très nobles, monsieur Plisetsky. Cependant, au vu des relations que vous entreteniez avec Victor Nikiforov et Yuri Katsuki, vous comprendrez que nous sommes en droit d'être sceptiques. Vous n'avez jamais paru particulièrement proche d'eux. Qu'est-ce qui vous motive à patiner pour eux cette année ? Est-ce une réelle intention de leur rendre hommage, ou juste une volonté de votre part d'utiliser le choc suscité par ce drame pour attirer l'attention sur vous ? Ce ne serait pas la première fois que vous exploiteriez une actualité touchante à des fins personnelles…

Yurio resta scotché par la question et le ton volontairement provoquant de la journaliste. Il aurait presque pu éclater de rire si elle n'avait pas eu l'air aussi sérieuse. Voyant qu'un silence total étant tombé sur la salle en attendant sa réponse, il prit une lente inspiration avant de commencer :

- Vous avez raison sur un point, je ne considérais pas Victor et Yuri comme des amis. Victor a été comme un grand frère pour moi depuis que j'ai commencé à patiner et, quand il est parti au Japon, je l'ai vécu comme une trahison. Yuri, lui, était avant tout un concurrent à mes yeux, un concurrent suffisamment doué pour être inquiétant. Moi, comme vous l'avez si bien dit, j'étais un gamin égocentrique, imbu de lui-même et opportuniste. Mais malgré ces relations, je dois reconnaître une chose : Ils ont tous les deux su voir ce qu'il y avait de pas trop moche en moi. Ils l'ont vu et ils me l'ont montré. Chacun à leur manière, ils m'ont montré ce qui peut arriver quand on ne patine plus par rage ou par désir d'être le meilleur mais par amour.

Ses yeux brillants de colère accrochèrent ceux de la journaliste avant de reprendre :

- Alors c'est vrai que je ne tiendrais pas ce discours si je ne les avais pas rencontrés personnellement. Mais laissez-moi vous dire une chose : Ce thème, je ne veux pas le faire. Il y en a des dizaines d'autres qui seraient bien plus faciles, sur lesquels je patinerais bien mieux et qui m'assureraient de décrocher l'or encore cette année. Et pourtant, j'y suis obligé, parce que je suis le seul à vouloir le faire ! Rendre hommage aux meilleurs d'entre nous qui partent dans des circonstances intolérables, c'est censé être votre travail, à vous, les journalistes ! Mais pas un d'entre vous n'osera le dire, pas un d'entre vous n'osera reconnaître qu'ils ne méritaient pas ce qui leur est arrivé ! Alors je le ferai ! Peut-être que je n'y arriverai pas, peut-être que je passerai ma saison à m'effondrer en larmes sur la patinoire en pensant à eux, peut-être que mon hommage sera ridicule par rapport à ce qu'ils auraient mérité, mais je m'en fous, je le ferai quand même parce qu'ils méritent que quelqu'un se souvienne d'eux !

Yurio ne parvenait plus à retenir ses tremblements de rage, ni à s'empêcher de crier.

- Vous pensez sincèrement que c'est pour attirer l'attention que je choisis de penser à eux à chaque fois que je mettrai des patins ? reprit-il sur le même ton. Vous pensez sincèrement que c'est pour attirer l'attention que les patineurs du monde entier ont les yeux rouges et le cœur brisé ? Vous pensez sincèrement que je ne préférerais pas annoncer un autre thème totalement différent pendant qu'eux-mêmes annonceraient les leurs à une autre conférence ?

Ses mains s'accrochèrent au bord du pupitre pour tenter d'arrêter de trembler. Il baissa la tête en reprenant plus doucement :

- Croyez bien que ce thème, je ne le fais pas par envie mais par devoir. Victor et Yuri étaient nés pour écrire l'histoire. Ils n'ont pas pu le faire eux-mêmes alors je vais le faire pour eux. Leur histoire, je vais l'écrire et la patiner devant les yeux du monde entier jusqu'à ce qu'aucun d'entre vous ne puisse plus l'oublier.

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- C'est ce jour là que tout a vraiment commencé. Le lendemain, cette journaliste écrivait que le chaton sauvage de Russie s'était transformé en tigre des glaces. Beaucoup d'autres ont dit que ma détermination les avait marqués et que mon hommage serait certainement le plus mémorable de l'histoire du patinage. Ça m'a conforté dans l'idée qu'ils avaient oublié le fiasco de mon programme court aux mondiaux ou, qu'au moins, ils me l'avaient pardonné. Vous n'étiez plus là mais vous me donniez la force d'avancer. Vous venger et faire en sorte que votre mort n'ait pas été vaine, c'était devenu mon but et je m'y accrochais de toutes mes forces. J'avais eu le temps de réfléchir à ce que je voulais faire pour mes programmes courts et longs. Yakov a tout de suite approuvé le long. En fait, il a tout de suite approuvé les deux, mais il m'a fait remarquer que le court serait extrêmement compliqué et risqué. Je le savais, bien sûr, mais j'avais la hargne. Je voulais vous venger et j'étais prêt à me tuer d'épuisement sur cette patinoire pour y arriver. Mais en l'occurrence, ce n'était pas d'entraînement dont j'avais particulièrement besoin pour réussir ce tour de force, c'était de conseils. Yakov a été extraordinaire, comme d'habitude, mais il ne pouvait pas me donner un avis objectif sur ma performance. Non, pour que ce programme court soit parfait, j'avais besoin d'un fan.

Son regard se posa sur la photo de Victor et il la fixa quand il reprit :

- Quelqu'un qui avait passé sa vie à t'admirer, Victor, à te regarder patiner pendant des heures et à t'imiter. Il y avait certainement beaucoup de personnes qui répondaient à ces critères, mais je n'en connaissais que trois. La première était morte en même temps que toi, la deuxième avait suffisamment à faire avec des triplées sur les bras… Il n'en restait plus qu'une.


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A bientôt pour la suite !