Chapitre 2 : Lys empoisonné

Disclaimer : L'univers et les personnages de "Harry Potter" appartiennent à JKR. Seuls Rose Wayne et Derek Dent sont mes personnages. Cette fanfiction ne vise aucun but lucratif.


Angleterre, 1984

- Rose ! Rose, reviens ici petite canaille !

Un rire aigu retentit dans la grande maison, suivi de pas précipités.

- Rose… Où te caches-tu ? C'est l'heure de ton bain !

La gouvernante finit par trouver la cachette de l'enfant : sous un meuble.

- C'est une habitude chez toi de te cacher sous les meubles ? Sors de là. Sinon, ce soir, pas d'histoire.

La menace sembla fonctionner et une petite silhouette sortit en rampant, couverte de poussière.

- Nan c'est pas zuste ! Z'veux ma stoire !

- Alors viens te laver.

Maugréant, l'enfant prit la main tendue et suivit sa gouvernante en trottinant.

- Tu me raconteras la stoire des trois messieurs qui ont eu des cadeaux ?

- Le Conte des Trois Frères ? Si tu veux.

- Alors z'veux bien prendre le bain.

- À la bonne heure ! s'exclama Olivia en souriant malgré elle.

La nurse fit rentrer la petite dans la grande salle de bains, chauffée magiquement. Olivia enleva à Rose les vêtements couverts de poussière et la poussa dans la douche.

- Z'ai froid.

- Arrête de râler et ne gigote pas comme ça, c'est bientôt fini.

La petite se laissa frictionner sans bouger ni rien dire, mais finalement…

- Dis Nanny… Pourquoi t'as pas de bébé ?

- Mais j'ai déjà un enfant, Rose.

- Ah bon c'est qui ?

- C'est toi mon cœur. Tu me donnes bien assez de travail comme ça !

- Ah.

Olivia sourit d'un air amusé devant l'air perplexe de la gamine.

- Mais papa l'a dit que z'ai une maman qui est partie. Alors maintenant c'est toi ma maman ?

- C'est à toi de décider.

- Alors t'es ma nouvelle maman, décida d'un ton ferme l'enfant de quatre ans.

- D'accord, ça me va. Mais tu n'es pas obligée de m'appeler maman.

- Bah non, tu t'appelles Nanny.

Ladite Nanny sourit de nouveau et enfila le pyjama bleu à l'enfant.

- Z'aime bien le bleu, c'est zoli.

- Tu as raison. Tiens, lave-toi les dents maintenant.

Elle tendit une petite brosse à dents que Rose attrapa sagement : la perspective d'être privée d'histoire l'effrayait quelque peu.

La gouvernante l'aida à finir sa toilette et lui prit de nouveau la main.

- Stoire maintenant !

Olivia acquiesça et les deux filles se dirigèrent dans les couloirs de l'immense maison. Arrivées à la chambre, Rose poussa la porte et grimpa dans son grand lit, se glissant sous les couettes, les yeux agrandis par l'impatience.

La nurse s'assit au bord du matelas et commença l'histoire qui fascinait tant la petite.

- Il était une fois trois frères qui allaient par-delà les montagnes et les fleuves. Un jour, ils firent face à une rivière, trop large et trop profonde pour être traversée sans danger. Heureusement, les trois frères étaient des sorciers, et ils firent apparaître un pont reliant les deux rives. Lorsqu'ils furent au milieu du pont, une grande silhouette encapuchonnée de noir se révéla à eux. C'était la Mort en personne qui venait à leur rencontre. Folle de colère, elle voulait voir les trois hommes qui étaient capables de traverser cette rivière, grâce à laquelle la Mort avait pu récupérer tant d'âmes. Mais la Mort était maligne, et comme elle souhaitait que les trois frères périssent, elle fit semblant de les flatter en leur proposant un cadeau à chacun.

- Là c'est mon moment préféré, coupa Rose dont les paupières s'alourdissaient déjà.

- Le plus vieux des frères, un homme combatif, demanda une baguette si puissante qu'elle ne pourrait jamais perdre. L'homme disait la mériter après avoir vaincu la Mort. Alors, la Mort prit une branche sur un sureau et lui tailla la Baguette de Sureau. Le second frère, le plus arrogant, voulu humilier la Mort encore plus, et lui demanda le pouvoir de ramener les morts à la vie. La Mort prit alors une pierre près de la rivière, la lui donna, et affirma qu'il était maintenant en possession de la Pierre de Résurrection. Enfin le plus jeune, qui était humble et rusé, n'avait pas du tout confiance en la Mort. Il lui demanda un objet qui lui permettrait de se déplacer sans être vu par la Mort. La Mort lui donna donc à contrecœur sa propre Cape d'Invisibilité. Après, elle s'en alla, et les frères racontèrent leur aventure à qui voulait l'entendre.

Olivia s'interrompit un instant pour jeter un œil à Rose. L'enfant s'était endormie, ne résistant pas à la voix mélodieuse et douce de sa gouvernante.

- Décidément, soupira la jeune femme en bordant la petite, tu ne connaitras jamais la fin si tu t'endors avant.

Elle sortit de la chambre sur la pointe des pieds, puis rejoint les cuisines pour donner ses derniers ordres aux elfes de maison. Olivia les aida et enfin envoya tout le monde se coucher.

Rose l'inquiétait jamais elle ne tentait de parler de sa mère, sauf ce soir. La nurse était aussi préoccupée par Monsieur, qui brillait par ses absences, de plus en plus fréquentes et longues. Ce n'était pas bon pour l'équilibre d'une enfant de quatre ans à peine.

Elle se retourna dans son lit et s'endormit enfin, épuisée par la débordante énergie de Rose.

Poudlard, Janvier 1995.

Les Serdaigle n'eurent pas le temps de profiter du reste des vacances sitôt Noël et le bal passés, le jour de l'An leur succéda puis ce fut la rentrée.

Le lundi 2 Janvier après-midi, les quatrièmes années de Serdaigle avaient Défense Contre les Forces du Mal. En allant en cours, Rose eut une vive discussion avec Derek et Lisa.

- Non. Je ne lui rendrai pas.

- Mais c'est son cadeau de Noël ! s'exclama Lisa.

- Peut être. C'était une raison pour qu'il m'attaque avec ?

- Il jouait, Rose ! Tu ne vas pas lui en vouloir indéfiniment ? tenta de raisonner Derek.

- M'en fiche. Il est puni.

Rose croisa les bras en faisant la moue.

- Je t'assure qu'il ne l'a pas fait exprès, plaida la rousse.

- Allez, rend sa figurine à Michael. Même Mandy t'en veut, ajouta le Poursuiveur.

- Normal qu'elle le défende : elle est dingue de lui, expliqua la têtue jeune fille.

Lisa leva les yeux au ciel pendant que Derek soupirait.

- Il m'a délibérément attaquée avec la figurine de Petrova Porskoff. Je l'ai attrapée, je la garde, s'entêta Rose. Il est mauvais perdant, c'est tout.

- Rose, sois raisonnable.

- Tu as triché en plus ! clama Lisa.

- Non.

- Si. Tu as stupéfixé une figurine, si ça c'est pas de la triche !

- Bah je suis pas Attrapeur moi. Je fais avec les moyens du bord.

- Je laisse tomber, céda Derek. Tu es trop bornée.

- Ha ! J'ai gagné, jubila son amie en prenant place dans leur salle de cours.

Michael lui jeta des regards désespérés pendant deux heures, ce que Fol Œil ne manqua pas de remarquer.

- Je ne pense pas que Miss Wayne ait besoin de vous pour rester en état de vigilance constante, Corner.

Les Serdaigle éclatèrent de rire.

L'Attaquant eut un regard dépité.

À la fin du cours, Rose attrapa Michael par le bras et déclara solennellement :

- Jure que tu ne m'attaqueras plus jamais avec ton jouet.

- Je le jure.

- Jure aussi que tu ne te mesureras plus jamais à moi en Sortilèges, parce que je suis meilleure que toi.

Le Serdaigle grimaça alors que Rose lui tenait fermement le bras, le dirigeant dans les couloirs.

- Je le jure, soupira-t-il.

- Tu vois quand tu veux !

Elle lui fourra un petit objet dans la main.

- Petrova ! s'écria Michael. Elle est toujours stupéfixée ?

- Ah oui, elle m'empêchait de dormir. Essaie Enervatum.

Michael réussit enfin à se dégager et alla s'asseoir aussi loin que possible de la jeune fille en cours de Sortilèges. Rose, un sourire victorieux en coin, prit place à côté de Lisa.

- Ça y est, tu la lui as rendue ?

- Oui, il me faisait trop de peine. Et puis il a admis que j'étais meilleure que lui en Sortilèges, déclara Rose d'un ton satisfait.

- C'était du chantage ! protesta alors Mandy.

- Mais non. Il n'était pas obligé d'admettre que je suis meilleure que lui en Sortilèges, s'il n'avait pas été convaincu que c'est la vérité, déclara l'accusée.

- Attention, murmura Derek. Le couplet favori de Rose : On a…

- Toujours le choix, compléta Lisa.

- Et elle a… continua le blond.

- Toujours raison ! acheva Terry qui venait de s'installer. Vous parliez de quoi ?

- Rose a enfin rendu sa figurine à Michael, expliqua Anthony.

- Pourquoi il boude alors ?

- Parce que j'ai raison ! clama Rose.

- Bonjour à tous, commença de sa voix aiguë le professeur Flitwick. Aujourd'hui, nous allons voir les progrès que vous avez faits avec le sortilège d'Expulsion.

Ce n'était pas pour rien que la petite troupe était à Serdaigle.

Tous réussirent à exécuter le sortilège d'expulsion avec brio. Sauf peut être Terry qui, pour une raison inconnue, envoya son coussin en plein dans la tête de Derek.

- Oups.

- Bah tiens, râla son petit ami. Tu m'attaques maintenant ?

Terry fit mine de siffloter en regardant ailleurs.

- Méfie-toi, je vais appliquer la méthode de Rose : je confisque !

- Et tu vas me prendre quoi ?

- Ta baguette, répondit le Poursuiveur.

- J'empoisonnerai ton petit déjeuner demain matin, répliqua le brun. Tu ne croyais pas que j'allais me laisser faire en plus ?

Leurs amis suivaient l'échange, un sourire aux lèvres.

- Hé oui, Derek, Terry n'est pas Michael : il a du caractère lui au moins !

- Tu me cherches en fait là ? demanda ce dernier à Rose.

Elle approuva de la tête.

- Mais pourquoi ça tombe toujours sur moi ?

- J'aime bien t'embêter, parce que tu réagis. Derek me connait par cœur et sait comment me faire péter les plombs, Anthony est imperturbable et Terry est trop chou pour que je l'embête. Donc ça tombe sur toi ! conclut-elle, ravie de son explication.

Les trois garçons concernés regardaient Rose avec amusement, et Michael, malgré un air renfrogné, ne pouvait s'empêcher de sourire.

- Miss Wayne, quels sont tes points faibles ? Histoire que je gagne moi aussi de temps en temps.

- Ben voyons. Tu crois au père Noël en plus ? ironisa l'intéressée.

Michael souffla de dépit, en assurant qu'un jour ce serait lui qui gagnerait.

Après le cours, ils se dirigèrent en papotant vers la bibliothèque. Padma les quitta pour rejoindre sa sœur Parvati. Michael protesta en disant qu'il n'y avait rien à faire un lundi de rentrée à la bibliothèque, et partit en direction du parc de Poudlard.

- Qu'est-ce qu'il va faire ? demanda Anthony.

- Sûrement retrouver la Weasley, marmonna Mandy.

Anthony la regarda d'un air surpris, étonné par le ton maussade de la blonde.

Lisa lui fit un vague signe de la main pour qu'il s'abstienne de toute question.

Ils se réunirent tous les six autour d'une table ronde de la bibliothèque. Mme Pince les avait salués froidement, comme à son habitude.

Les Serdaigle sortirent leurs cours, mais comme il faisait plutôt beau, aucun d'entre eux ne parvenait à se concentrer, même pas Anthony.

La discussion fit le tour de plusieurs sujets, avant de stagner sur le Tournoi des Trois Sorciers, comme souvent cette année.

- C'est quand déjà la troisième tache ? demanda Mandy.

- Le 24 février, dit Terry. Je me demande ce qu'il va s'y passer.

- L'autre fois en écoutant des cinquièmes années, il m'a semblé entendre qu'il y avait une histoire d'objet à retrouver, raconta Anthony.

- Une chasse au trésor ? proposa Derek.

- Peut être… concéda Rose. Vous croyez qu'ils vont devoir parcourir tout Poudlard pour trouver leur truc ? Y'en a pour des jours…

- Il y aura certainement une zone délimitée, avança Lisa. Sinon on ne s'en sort pas.

- Ou alors on se plante complètement, et ce ne sera pas du tout ça, contra Terry en souriant. On parle de Dumbledore et de ses collègues, là.

- Tu crois que ce sont eux qui inventent les épreuves ? fit Lisa d'un air étonnée.

- Ce serait logique non ? Ce sont les directeurs qui s'en occupent.

- Oui, c'est logique, approuva Anthony. Sauf si les épreuves sont prédéfinies par la Coupe elle-même…

- C'est possible aussi, concéda Rose.

Derek s'étira.

- Le mieux c'est d'attendre le 24, conclut le blond.

En ce vendredi 6 janvier, les quatrièmes années avaient Histoire de la Magie. Le cours passait si lentement. Les Serdaigle n'en voyaient pas la fin. Aujourd'hui, c'était à Mandy et Terry de prendre des notes. Ils s'acquittaient de leur tâche en soupirant de temps à autre. Michael avait renoncé à écouter et il regardait dehors, rêveur. Padma, assise à côté de sa sœur Parvati, pensait aux garçons du bal. Derek écrivait une lettre à ses petites sœurs, Rose le regardait faire. Anthony et Lisa étaient vers le fond, sagement installés. La rousse avait la tête posée sur l'épaule de son petit ami lui avait enroulé son bras autour des hanches dissimulées par le pull d'hiver. Ils discutaient par parchemins interposés, pour ne pas faire de bruit.

Binns racontait certainement des histoires ennuyeuses à mourir.

Derek avait achevé sa lettre et entama une partie de pendu magique avec Rose. Chaque fois que la lettre proposée par la jeune fille n'était pas la bonne, l'échafaud du pendu se traçait magiquement, morceau par morceau. Le plus drôle, selon Rose, était de perdre, puisque le pendu bougeait vraiment au bout de sa corde d'encre.

La Serdaigle trouva le mot épineux, puis chercha à son tour quoi proposer à Derek. Elle se creusait les méninges mais rien ne lui venait à l'esprit.

Un petit papier plié atterrit sur leur table. Haussant un sourcil, elle se pencha vers Derek qui avait été plus rapide qu'elle.

- « Il faut un adjectif. Ne trichez pas. », lut Rose. C'est quoi ?

Son ami tritura le papier puis sembla comprendre.

- J'ai capté ! C'est un cadavre exquis !

Rose avait une mine de plus en plus ahurie.

- C'est un jeu Moldu, expliqua-t-il enfin. Il faut faire une phrase en écrivant à tour de rôle sujet, verbe, complément… sans savoir ce que les autres ont écrit.

Son amie fronça les sourcils.

- Regarde. Là, il faut un adjectif. Qu'est-ce que tu veux mettre ?

- Fourbe ! répliqua-t-elle.

Il inscrivit le mot puis plia le parchemin pour que l'adjectif soit invisible.

Derek se tourna vers Terry.

- Et maintenant ?

- Le verbe.

Le blond passa le « cadavre exquis » à Mandy assise devant eux en murmurant :

- Un verbe.

Elle acquiesça pendant que Rose regardait son ami d'un air songeur.

- Et à la fin ça donne une phrase ?

- C'est ça. Je t'assure que c'est drôle, ajouta-t-il devant l'air sceptique de la Serdaigle.

Bientôt le papier leur revint, et Terry souffla :

- Vas-y Rose, déplie-le.

Elle déroula docilement le parchemin. La fameuse phrase apparut.

- « Le bureau fourbe noie les chaussures sous le livre », marmonna-t-elle.

Elle marqua une pause.

- D'accord, concéda la jeune fille. C'est drôle. Un peu compliqué quand même.

- C'est parce que tu es en Histoire de la Magie que ça te paraît compliqué, expliqua Derek en riant discrètement.

Elle eut un sourire amusé.

- Tout s'explique…

Inexplicablement, les deux amis se mirent à ricaner sans pouvoir plus s'arrêter. Derek avait posé la tête sur son bureau pour cacher son visage et Rose avait les larmes aux yeux. Terry les regardait d'un air effaré.

- Ça va ? finit-il par demander.

Ils se retournèrent vers lui sans cesser de rire.

- Très bien, parvint à répondre Rose.

- Je crois que c'est nerveux, avança Lisa depuis son bureau au fond, contre le mur.

Michael se retourna vers le groupe, tout sourire.

- Est-ce qu'on peut considérer le fou rire comme une excuse pour sortir de cours ? demanda-t-il, faisant redoubler l'hilarité des deux amis.

Mr Binns ne semblait pas s'apercevoir que le moitié de ses élèves ne suivaient plus du tout.

Quelques Gryffondor regardaient les Serdaigle, habituellement si calmes. Hermione Granger leur lança un regard sévère. Seamus Finnigan et Dean Thomas avaient l'air de brûler d'envie de se joindre à eux.

Même Anthony ne disait rien, lui qui se chargeait toujours de rappeler ses amis à l'ordre. Il faisait beau, ils étaient détendus, Lisa se tenait contre lui… Non, décidément, il ne dirait rien aux Serdaigle. Et tant pis pour le cours. De toute façon, il avait trouvé le petit discours de Binns dans un vieux grimoire de la Bibliothèque. Il suffirait au groupe de lire le chapitre du livre.

Rose et Derek étaient maintenant affalés l'un contre l'autre, exécutant un « pouce de fer ». La Sang-Pur ne se lassait pas de tous les jeux que les Moldus étaient capables d'inventer pour passer le temps. Leur fou rire était passé, mais ils avaient tellement distraits les autres élèves que tout le monde paressait. Sauf quelques vaillants Gryffondor.

Lisa et Terry discutaient du plan d'une dissertation à faire en Défense Contre les Forces du Mal, Anthony lisait un livre sans grand rapport avec l'Histoire, Mandy dessinait, Padma et sa sœur papotaient discrètement, et Michael jouait au pendu sorcier avec Seamus, qui était assis à la rangée de droite.

- J'ai faim, grommela soudainement Rose.

Ses pouces étaient rougis à force de se faire écraser par ceux de Derek.

- Oh, oh, lança une voix amusée. La machine est en route.

Rose se retourna vers Terry en riant.

- Bientôt, c'est Derek qui va avoir faim et tu feras moins le malin.

- L'ogresse et le glouton, affamés devant l'éternel, murmura Mandy d'un air docte.

Rose se remit à pouffer, suivit de sa blonde amie. Lisa, qui avait suivi l'échange, souriait sans rien dire.

- Mais tu as déjà faim ? intervint Finnigan, l'air étonné.

- Je parle fort en fait non ? fit Rose en retrouvant un calme relatif.

Elle regarda Seamus avec intensité, puis lui sourit sans rien dire. L'adolescent se tortilla puis retourna à son jeu avec Michael.

Une main donna une tape sur la tête de Rose.

- T'as pas honte espèce d'aguicheuse ? siffla Mandy avec amusement.

- Nan.

Les Serdaigle, de plus en plus agités, n'arrivaient plus à rester discrets.

Hermione Granger les fusillait du regard.

Ils se calmèrent d'eux-mêmes après quelques instants d'excitation.

Le silence revint dans la salle. Un bruit monta du groupe des Serdaigle, un bruit de grenouille, ou tout du moins ce qui y ressemblait.

D'un même mouvement, les huit aigles plongèrent leurs têtes dans leurs bras, contre la table, pour cacher le fou rire qui revenait.

- Oups, lança Rose, redoublant leurs rires.

Le visage caché dans les bras, la jeune fille entendit clairement une voix l'appeler.

- Rose !

Elle releva la tête. Harry Potter avait échangé sa place contre celle d'Hermione, et se trouvait maintenant à la gauche de la Serdaigle. Cette dernière se tourna vers lui, haussant un sourcil interrogateur.

- Quoi donc ? demanda-t-elle, apaisée.

- Tu as faim ?

La question plongea Rose dans la perplexité.

- T'as un truc à manger ? intervint Derek en se penchant vers eux.

Le Gryffondor eut un sourire amusé.

- Non. Mais je sais comment accéder aux cuisines, chuchota-t-il.

Le regard surpris de Rose ne le quitta plus.

- Tou m'intérrrresses, amigo, lança-t-elle avec un accent espagnol éraillé.

- Vous êtes intenables, aujourd'hui, répliqua Harry en souriant.

- Je ne vois pas de quoi tu veux parler, clama Derek d'un ton innocent.

- Alors… poursuivit Rose. Combien tu veux pour ton info ?

Le Gryffondor parut surpris. La jeune fille semblait sérieuse.

- Mais… Rien. Vous voulez savoir alors ?

- Oh que oui ! s'exclama Terry qui s'incrustait.

- Promettez-moi que vous garderez ça pour vous, c'est ma seule condition.

- Pour nous huit tu veux dire ? demanda Lisa.

Harry approuva d'un signe de tête.

- C'est d'accord, dit Rose en lui serrant la main.

- Alors…

La voix de l'Attrapeur se fit plus basse, et il chuchota que pour accéder aux cuisines, il fallait prendre la porte située à droite de l'escalier principal dans le hall d'entrée et suivre le couloir jusqu'à trouver un tableau représentant une coupe de fruits. Puis il suffisait de chatouiller la poire du tableau, qui deviendrait une poignée.

Les Serdaigle étaient fascinés et écoutaient religieusement.

- Merci. Nous te sommes redevables.

Malgré le sourire, Rose était sérieuse. Harry hocha la tête et se retourna vers sa table, quand la sonnerie retentit.

Les bleu et argent se levèrent comme un seul homme, bien décidés à aller visiter les cuisines.

Ils marchaient d'un pas vif, lorsque Derek s'arrêta brutalement.

- Vous ne trouvez pas qu'on fait un peu…

- Affamés ? proposa Michael.

- Non. Repérables. On est huit à se déplacer à l'opposé d'une salle de cours.

Anthony hocha la tête.

- C'est vrai. Ce n'est pas discret. Séparons-nous.

Le sage avait parlé.

- Deux par deux, lança Terry. Et on ramène une preuve !

- Une fois par semaine, ajouta Padma.

Les autres approuvèrent.

- Un garçon, une fille. Équitable.

La proposition de Mandy fut acceptée.

- Une heure pour rapporter une liste définie, déclara Derek.

- On perd… un gage, rajouta Rose.

Lisa sortit un parchemin et organisa le tirage au sort.

- Bon. Ce sont les filles qui prendront les papiers.

Elle hésita.

- Je vous propose de faire ça dans la salle commune !

Le groupe repartit dans l'autre sens.

Ils s'affalèrent sur les canapés bleus. Les papiers furent déposés dans un chapeau de sorcier.

- Les plus jeunes d'abord ? proposa Anthony.

Ils acquiescèrent et Mandy fut la première à se servir.

- Anthony.

Puis Padma :

- Derek.

Lisa tira Michael et Rose fut avec Terry.

- Et pour l'ordre de passage ? demanda Mandy.

- À la courte paille.

Rose et le brun tirèrent le plus petit papier ils seraient donc les premiers à passer. Vinrent ensuite Lisa et Michael, puis Derek et Padma et enfin Mandy et Anthony.

- Chaque groupe inscrit cinq aliments, plats, ce que vous voulez qui se mange. On les met dans le chapeau.

- Et chacun en tire cinq, logique.

Ils se séparèrent pour travailler.

Rose et Terry se blottirent l'un contre l'autre dans un fauteuil, chuchotant comme des conspirateurs.

- Chocolat ? proposa-t-elle.

- Trop facile. De la sauge ?

- Bien. Un dessert ?

Il approuva.

- Un financier. J'aime bien le nom.

Terry se mit à noircir leurs bouts de parchemin.

Ils choisirent encore les câpres, les huîtres et le goulasch.

Les quatre groupes mélangèrent leurs idées dans le chapeau.

Ce furent Derek et Padma qui écopèrent du goulasch. L'indienne soupira mais se résigna dignement, faisant rire ses deux tortionnaires.

Terry et Rose allaient devoir ramener des œufs cocottes, des courgettes farcies, une tarte aux noix, de la confiture de pamplemousse et…

- Du Whisky Pur Feu ? s'étrangla Terry.

- Quel est l'idiot qui a écrit ça ?

Rose tenait le morceau de papier à bout de bras, examinant tour à tour ses camarades.

Les yeux verts se vrillèrent sur Anthony, dont la mine était trop innocente pour être authentique.

- Toi ! s'exclama le brun.

- Étonnant n'est-ce pas ? gloussa Mandy.

- On ne trouvera jamais, maugréa Rose. Et si on trouve, on se fera choper avant de revenir.

- Au fait, en profita Michael, on devrait établir une règle : quoi qu'il se passe, on ne raconte rien jusqu'à la fin, d'accord ?

Ils hochèrent la tête tous ensemble.

L'accord était conclu, alors les Serdaigle se dirigèrent vers la Grande Salle pour déjeuner.

À table, Anthony donna un coup de coude à Rose :

- On va bien s'amuser ce week-end hein ?

Il lui faisait un grand sourire mielleux.

- Je te hais, fourbe. Tu mérites une place à Serpentard.

Il se mit à rire et retourna à son assiette.

Le studieux Serdaigle n'eut de cesse de taquiner Rose et Terry toute la journée à propos de leur défi du lendemain.

Ce samedi matin, Rose s'éveilla vers 9h, avec une boule au ventre. Il lui fallut quelques minutes avant de se souvenir de ce qu'il allait lui arriver. Les cuisines ! Le whisky !

Elle s'assit sur le matelas en soupirant, se leva et se traîna jusqu'à la salle de bains. La douche finit de la réveiller.

La Serdaigle s'habilla sans hâte, guettant le réveil de ses amies. Lorsqu'elles furent toutes prêtes, elles descendirent à la Salle Commune, où les garçons les attendaient déjà.

Terry avait une mine grave et Anthony souriait pleinement. Rose fit une accolade au plus petit des deux, et le groupe se mit en route pour la Grande Salle. Peu de mots furent échangés pendant le petit-déjeuner ils dormaient encore tous à moitié.

Puis ce fut le moment.

Michael leur tendit un sac, pour y ranger leurs preuves, Lisa donna la liste. Anthony eut un air solennel puis déclara :

- Je déclare ouverte la première journée du Défi des Cuisines !

Derek sourit puis ajouta :

- N'oubliez pas. On ne se raconte rien.

Terry opina puis rangea la liste dans sa poche. Rose prit la besace tous deux avaient leurs baguettes magiques.

- On ne sait jamais, avait répondu la jeune fille à la question muette de ses amis.

Le duo sortit de la salle des Serdaigle, prenant la direction des cuisines.

En chemin, ils discutèrent de leur mission.

- Tu crois que ce sont vraiment des créatures magiques qui s'occupent des cuisines ? s'enquit Rose.

- Je ne sais pas… J'espère qu'elles ne sont pas dangereuses en tout cas.

Son amie hocha la tête.

- Le petit déjeuner est terminé n'est-ce pas ? demanda subitement le brun.

- Oui pourquoi ? s'étonna Rose.

- Alors, peut être qu'il n'y aura personne dans les cuisines, supposa Terry.

- Possible. Moi, j'ai hâte de savoir comment les plats arrivent sur nos tables.

Ce faisant, les amis étaient arrivés à destination. Ils se plantèrent devant le tableau à la coupe de fruits, puis se regardèrent. Leurs yeux brillaient de curiosité.

- Prêt ?

- Prêt.

Rose avança la main jusqu'à la fameuse poire et agita ses ongles sur le vernis. Le fruit se tortilla, puis se mua en une poignée dorée.

Elle l'abaissa, puis poussa la porte. Terry ouvrit la bouche.

- Qu'est-ce que… balbutia-t-il.

Au son de sa voix, les elfes se tournèrent vers les deux intrus. Rose franchit le seuil en entraînant Terry avec elle. La porte se referma d'elle-même –ou par magie peut être.

D'un coup, tous les elfes entouraient les Serdaigle, multipliant courbettes et formules de politesse.

- Les rumeurs étaient donc vraies, murmura Rose. C'est vous qui vous occupez des cuisines ?

La question était adressée aux créatures, qui s'empressèrent de répondre positivement.

Terry détaillait la pièce du regard : les cuisines étaient encombrées de marmites, louches et toutes sortes d'ustensiles. Mais surtout, il y avait cinq grandes tables, qui étaient les répliques exactes de celles de la Grande Salle.

- Alors ils envoient les plats d'un étage à l'autre, conclut le brun.

Il se pencha vers Rose et chuchota :

- Mais euh… C'est quoi au juste ces créatures ?

Elle lui jeta un regard étonné et répondit :

- Des elfes de maison. Des serviteurs, si tu préfères. Poudlard doit en être plein, en réfléchissant. Ils sont petits, silencieux, dévoués… Et dotés d'une grande force magique. Je suppose qu'ils peuvent transplaner même dans l'enceinte du château… C'est la première fois que j'en vois autant d'un coup.

Terry buvait ses paroles.

- Moi, c'est la première fois que j'en vois tout court. Tu t'y connais en elfes dis donc !

- Il y en a trois chez moi, dit-elle simplement. Bon ! On a une mission à remplir ! Et nous avons besoin de votre aide, ajouta-t-elle aux elfes.

Le brun sortit la liste de sa poche.

- Voilà, il faut que l'on ramène : des œufs cocottes, des courgettes farcies, une tarte aux noix et de la confiture de pamplemousse.

Quatre créatures partirent en trottinant, puis revirent presque aussitôt les bras chargés des victuailles.

- Impressionnant, murmura Terry.

Rose opina puis enchaîna :

- Du Whisky-Pur-Feu. Il nous en faut une petite bouteille.

Un cinquième elfe s'inclina et disparut de leur vue.

Le Serdaigle se tourna vers l'un des serviteurs :

- Et vous pouvez nous donner tout ce qu'on demande ?

- Oui Monsieur, confirma l'intéressé d'une voix aigue. Tout ce qui se mange.

- C'est fou, commenta le sorcier d'un air songeur. Et c'est vous aussi qui faites les lits et amenez les valises dans les dortoirs ?

- Oui Monsieur. Nous sommes nombreux ici.

Le dernier elfe partit était de retour et tendit une petite bouteille aux Serdaigle.

- Votre Whisky-Pur-Feu, Miss.

- Merci.

La boisson rejoignit les autres preuves dans le sac.

Rose voulut savoir une chose :

- Il y a beaucoup d'élèves qui savent comment venir ici ?

Un elfe avec d'étranges chaussettes dépareillées répondit en bombant le torse :

- Monsieur Harry Potter !

Rose haussa un sourcil.

- C'est lui qui nous a expliqué comment faire, lui apprit-elle.

L'elfe la regarda avec des yeux émerveillés.

- Vous devez être très importante pour Monsieur Harry Potter alors !

- Pas tant que ça, marmonna-t-elle, les joues en feu. Qui d'autre ?

- Vous devez connaître Messieurs George et Fred Weasley alors, couina la créature.

Terry hocha la tête. Les jumeaux Weasley étaient connus de tout le château.

- Eux aussi ils viennent. Et c'est tout.

- Merci.

Rose se tourna vers Terry.

- On y va ?

Il opina puis les Serdaigle se dirigèrent vers la porte. Les elfes réitérèrent leurs courbettes et salutations.

Une fois sortis et la porte fermée, ils se regardèrent.

- Incroyable, lâcha Terry.

Rose hocha la tête.

- Comment font-ils ?

- Je te l'ai dit, ils ont de grands pouvoirs.

- Oui, mais je veux dire, pour travailler tout le temps, être au service des sorciers et tout… Ils ont une vie à côté ?

Rose eut une moue dédaigneuse.

- Ce sont des serviteurs, Terry. Ils sont là pour ça. Ils vivent pour leurs maîtres jusqu'à leur mort. Ou leur renvoi.

- Ils se font renvoyer ?

- Certains, oui. Mais il faudrait être idiot pour faire ça. C'est difficile d'obtenir un elfe de maison. À moins qu'il ne soit méchant, ou inutile… Mais c'est rare, ajouta-t-elle.

Terry la considéra sans rien dire.

- Les autres vont avoir une sacrée surprise ! lança Rose d'un ton enjoué, sans sentir le malaise de Terry.

- Je ne te le fais pas dire ! On a réussi !

Son amie lui sourit.

- C'est surtout Anthony qui ne va pas en revenir, ajouta-t-elle. Bon, maintenant, on rentre gentiment.

- Sans faire de vagues.

- De toute façon, on ne craint rien.

- Tout à fait.

Ils avaient tout de même peur de croiser un professeur. Fol Œil eut été le pire, lui qui semblait toujours tout savoir.

Ils marchaient en silence, essayant d'avoir l'air naturel.

Contrairement à ce qu'ils craignaient, tout se déroula sans accroc.

Ils entrèrent dans la Salle Commune, un sourire victorieux aux lèvres.

Leurs amis les attendaient, assis autour d'une table. Ils les fixèrent sans rien dire. Rose releva un menton fier et posa le sac sur la table.

Terry y ajouta la liste, et incita d'un geste Anthony à vérifier le sac.

Il se pencha avec curiosité et en examina le contenu.

Le grand brun finit par hocher la tête et il lança :

- Le groupe Rose-Terry a rempli sa mission. Tout y est.

D'un même mouvement, les Serdaigle se redressèrent et scrutèrent les preuves.

- Je meurs d'envie de vous demander comment vous avez fait, marmonna Mandy.

- Tu attendras ton tour, trancha Rose avec un sourire en coin.

Derek sortit la bouteille de Pur-Feu.

- Tu ne veux pas aller l'agiter sous le nez des préfets tant que tu y es ? proposa Lisa.

Michael tendit la main pour attraper le whisky, mais Rose fut plus rapide que lui.

- Ça, je le garde. En souvenir.

Terry opina pour montrer son accord. La Serdaigle se glissa jusqu'à son dortoir et fourra l'alcool au fond de sa valise.

- Retour à la normale, soupira-t-elle.

Elle se saisit de ses livres de cours, bien décidée à faire ses devoirs.

Ses amis soupirèrent à leur tour en la voyant revenir. Pourtant, en bons Serdaigle qu'ils étaient, ils l'imitèrent sagement.

Ainsi le samedi s'écoula.

Dimanche, ils dormirent tard, flânèrent, s'occupèrent dans un calme relatif. Puis ce fut lundi.

La semaine s'écoula plus rapidement qu'ils ne l'auraient cru. Le samedi 14, les quatrièmes années avaient déjà une quantité impressionnante de devoirs à faire et de leçons à apprendre, même s'ils n'avaient pas d'examens comme les BUSE ou les ASPIC en fin d'année.

Toutefois, le matin, Lisa et Michael étaient partis remplir leur mission aux cuisines, comme prévu. Ils en revinrent les bras chargés des victuailles de leur liste : des câpres, de la pâte à pain, des céréales, des carottes râpées et, au plus grand plaisir des Serdaigle, du chocolat en quantité effrayante.

Le regard de connivence que le duo avait échangé avec Rose et Terry ne fit qu'accentuer l'impatience des quatre restants.

Puis après le déjeuner, ils s'étaient séparés. Lisa et Anthony, les plus studieux, étaient avec Mandy dans une salle vide pour s'entraîner à de nouveaux sortilèges. Padma apprenait ses leçons avec sa sœur, comme à son habitude, tandis que Michael était parti voler sur le terrain de Quidditch. Terry, Derek et Rose, quant à eux, étaient à la bibliothèque depuis quelques heures, cherchant diverses informations dans tous les volumes de la grande pièce pour un exposé. Vers 17h, Derek et Terry sortirent de la bibliothèque et plongèrent dans le brouhaha du couloir. Tout Poudlard semblait se diriger vers l'extérieur pour profiter des derniers rayons –pourtant froids du soleil. Ils s'adossèrent au mur, regardant les autres élèves avec distraction.

- On attend Rose ? demanda Terry.

- Oui. Elle va bientôt arriver, elle m'a dit qu'elle empruntait quelques bouquins, expliqua Derek.

En quelques secondes, le couloir s'était subitement vidé et les deux Serdaigle furent seuls. Le Poursuiveur se laissa glisser à terre, suivi par son petit ami. Ils bavardèrent de tout et de rien pendant cinq bonnes minutes, jusqu'à ce que Derek se taise et attrape le visage de Terry, rapprochant leurs deux corps.

- Derek, non, pas dans le couloir, protesta le brun en essayant de le repousser.

L'intéressé fit la moue.

- Mais j'ai envie de t'embrasser, moi. Pas toi ?

- Si, mais pas ici.

- On est seuls… Allez, supplia le blond.

- Je t'en prie, on en a déjà discuté… Arrête ça !

Sourds aux protestations, Derek laissait sa main courir de l'épaule au torse de sa victime. Voulant le repousser, Terry ne fit qu'enhardir son ami, qui colla un peu plus leurs bustes.

- D'accord… D'accord, céda finalement le brun.

Après un sourire victorieux, Derek embrassa en douceur son vis-à-vis. Il mordilla la lèvre de Terry, qui soupira de contentement.

Des éclats de voix les interrompirent. Le Poursuiveur eut une moue résignée et déçue puis se détacha du brun. Terry se releva et lança un regard nerveux à Derek.

- Quoi ?

- Malefoy et compagnie, chuchota le brun. Ils viennent par là.

Derek grimaça et marmonna, pour changer les idées de Terry :

- Mais qu'est-ce qu'elle fiche ?

- Rose ?

Le blond opina avant de se redresser et d'épousseter son uniforme.

- Elle voulait emprunter quoi comme livres ?

La voix de Terry tremblait. Il essayait d'avoir une conversation normale mais c'était peine perdue, il était trop nerveux. Il savait que Draco Malefoy avait un léger problème avec l'homosexualité et il y avait eu des fuites à propos du nouveau couple de Serdaigle.

Derek tentait de le calmer du regard et amorça un mouvement pour récupérer son sac et fuir avant la tempête.

Mais c'était trop tard, et déjà Malefoy et sa bande étaient face à eux.

- Alors, alors… siffla Malefoy. Il y a, m'a-t-on dit, un couple pour le moins… original chez les Serdaigle.

Déjà ses acolytes ricanaient.

- Je crois que ce fameux duo est devant nous, non ?

Le visage de Terry s'empourpra, la main de Derek s'approcha de sa baguette. Les yeux froids du Serpentard s'illuminèrent.

- Voilà nos gagnants ! Comme ils sont adorables, n'est-ce pas ? lança Malefoy en se tournant vers ses complices.

Crabbe et Goyle jouèrent des muscles, Parkinson eut une moue mauvaise et Zabini une grimace de mépris profond.

- Nous n'aimons pas vraiment les personnes dans votre genre, ici… continua leur meneur.

Les autres approuvèrent silencieusement.

- Je trouve que cela… salit la réputation de l'école. Déjà qu'elle n'est pas brillante… Vous ne voudriez pas aggraver sa situation n'est-ce pas ?

Derek refusait purement l'idée d'adresser la parole à cet abruti, et il cherchait comment les sortir de ce guêpier sans user de magie. Il ne voulait pas que Rusard débarque dans la seconde. À part en se jetant sur Malefoy, il ne voyait pas. Mais il prendrait le risque de se faire terrasser par les deux gorilles sans cervelle. Terry ne lui serait pas d'une grande aide en cas de combat physique. De toute façon, le blond ne voulait pas que son petit-ami encourt le risque de se faire frapper.

Pendant ce temps, le serpent continuait à siffler. Derek nota que le groupe s'était rapproché d'eux, coupant toute velléité de fuite.

- Je me demande ce que vos parents ont raté chez vous… s'interrogea le blond.

- C'est un Sang-de-Bourbe, dénonça Zabini en pointant Terry du doigt. Et l'autre, c'est un Sang-mêlé. Rien de bon.

- Mais tu es bien renseigné, Blaise !

Ils se tournèrent vers les Serdaigle avec des regards mauvais. Le meneur ouvrit la bouche pour parler, mais…

- Vous n'avez rien de mieux à faire ? lâcha soudainement Terry.

Il venait de couper le grand Drago Malefoy dans son discours.

Les yeux gris se braquèrent sur le brun.

- Et tu oses me parler ? Malgré ce que tu es ?

- Dis-le, Malefoy ! cracha une voix cinglante. Dis ce mot qui te répugne tant !

Le Serpentard fit volte-face pour dévisager la jeune fille. Il eut un sourire ironique, mais Rose ne lui laissa pas le temps de parler.

- On dit « homosexuel », Malefoy. Répète après moi, se moqua-t-elle d'une voix froide. Ho-mo-se-xu-el.

Tout en parlant, elle s'était rapprochée du groupe, puis placée entre les Serpentard et ses amis.

- Tu ressembles de plus en plus à Potter depuis que tu as cette cicatrice, Wayne. Toi aussi, tu es « sainte Wayne, défenseur des faibles et des opprimés » ? Vous devriez monter un club avec le balafré.

- Trouve-toi des amis Malefoy, et arrête d'importuner les miens, tu seras fort aimable.

La Serdaigle gardait un calme apparent, mais la seule chose qu'elle avait de faire, c'était de réduire le blond en pâté en croûte. Et de le manger après.

- Tu es comme Potter, Wayne, tu n'as pas su choisir tes amis. Tu t'es entourée de Sang-de-Bourbe, d'homo, et que sais-je encore… Cela est triste.

Cette fois-ci, Rose craqua et planta le bout de sa baguette contre la gorge de Malefoy.

- Un mot de plus, bébé Mangemort, et je te défigure.

Crabbe et Goyle firent mine de s'avancer pour régler son compte à la jeune fille, mais Derek s'interposa vivement, un rictus menaçant sur le visage. Terry à son tour sortit sa baguette pour faire face à Parkinson et Zabini, un sortilège au bord des lèvres.

- Je crois que ton amie Parkinson se souvient des duels de deuxième année… gronda Rose au Serpentard blond. Ne me provoque pas.

La main blafarde de son ennemi se dirigeait vers la baguette dissimulée sous la cape noire.

La jeune fille ne le quittait pas des yeux, prête à l'ensorceler.

L'affrontement prit fin au moment où Malefoy allait pointer sa baguette sur Rose, ce qui aurait engagé la bataille.

- Flitwick ! brailla Nott en surgissant près d'eux. Il arrive dans le secteur, faut se tirer !

Malefoy hocha la tête et le groupe de Serpentard battit lentement mais sûrement en retraite, leur chef lançant des œillades menaçantes aux trois Serdaigle. Cependant, ce n'était pas Malefoy que Rose regardait. Elle planta ses yeux dans un regard fuyant, l'air profondément écœuré.

- Ça va ? demanda abruptement Rose à ses amis.

Terry opina, l'air toujours alarmé.

- Quelle bande d'abrutis, grogna Derek.

- Tu es arrivée à temps. On n'a pas osé sortir nos baguettes, Rusard serait arrivé. Ou Miss Teigne.

Rose eut une moue dédaigneuse.

- Malefoy n'aurait eu que ce qu'il mérite. Un bon sort de Découpe là où je pense, ça aurait réglé le problème.

- Rose ! s'exclama Terry d'un air dégouté.

- Quoi ? Tu ne vas pas éprouver de la pitié pour un fils de Mangemort quand même.

- Si Crabbe et Goyle n'avaient pas été là, je… Je l'aurai massacré, tonna Derek.

- Mais il ne se promène jamais seul, justement. Cruel mais pas fou.

- Ça ne sert à rien d'essayer de combattre la bêtise de Malefoy, c'est un cas désespéré, conclut le brun.

Ce faisant, les trois amis s'étaient remis en marche, se dirigeant machinalement vers leur salle commune.

- Ce qui est... désolant, c'est qu'il entraîne d'autres élèves avec lui, lança Rose.

- Bah, s'ils sont incapables de se débrouiller sans Malefoy, c'est qu'ils n'ont pas de personnalité, trancha Terry.

- Je suis convaincu qu'ils reçoivent une compensation financière en échange de leur « amitié » à Malefoy, avança le Poursuiveur avant de se laisser tomber sur un canapé de velours bleu.

La Serdaigle lui fit une grimace peu convaincue et prit place à sa droite. Terry s'assit sur la gauche et enfin révéla à Rose ce qui le troublait tant depuis le bal.

- Pourquoi tu as accepté de danser avec ce Serpentard ?

La jeune fille haussa un sourcil.

- Au bal ? Parce que… c'était une soirée particulière je suppose. Je n'ai pas voulu refuser sous prétexte que c'était un Serpentard.

- Tu te ramollis, Rosinette ! se moqua Derek.

Ils furent rejoints par Mandy et Lisa, qui s'installèrent en face d'eux.

- On a croisé Malefoy et sa bande, attaqua la rousse.

- Ah, vous aussi, marmonna Terry.

- Ils parlaient de prendre une revanche sur une « balafrée », continua Mandy en braquant ses yeux sur Rose.

- Ensuite, ils ont déliré sur la pureté de l'école, en disant que ça craignait chez les Serdaigle.

- Ils se sont tus quand on est passé devant eux et on a compris que Malefoy nous suivait du regard, révéla Mandy.

- Ils parlaient de nous, j'en suis sûre, acheva Lisa.

- Oui, confirma Rose. Les garçons, racontez donc.

Terry et Derek narrèrent leur affrontement avec les Serpentard, devant l'air médusé de leurs amies.

- Quelle bande de demeurés ! éructa Mandy d'un air indigné.

Rose hocha la tête et annonça :

- Hors de question que vous vous promeniez seuls, maintenant. À trois, minimum. Et, je suis désolée, mais vous devriez éviter de trop vous afficher ensemble en dehors de la salle commune. Ces tarés pourraient avoir une bulle et recommencer.

- Ça m'énerve de devoir me plier aux conneries de ces idiots ! s'écria Derek.

- Mais Rose a raison. Jusqu'à ce que ça se tasse, on se fait discret, approuva Terry.

- On pourrait tout raconter à Flitwick ? proposa Mandy.

- Non, trancha Lisa. Rogue versus Flitwick, qui gagne à ton avis ?

Terry eut un sourire sinistre.

- De toute façon, je préfère que ça reste entre nous, et que ça soit réglé par nous.

La voix de Rose était sans appel.

- Grand chef a parlé, articula Derek.

Les filles éclatèrent de rire, ce qui détendit enfin l'atmosphère.

Le groupe d'amis passa la fin de l'après-midi à l'abri de la salle commune. Ils discutèrent beaucoup, ébauchant toutes sortes de plans afin d'éradiquer les Serpentard de la surface de la planète, mais ils se rendaient bien compte qu'aucun d'entre eux n'étaient réalisable. Ils s'occupèrent à lire, jouer aux échecs et aux cartes, finir leurs devoirs. La pluie qui venait de s'abattre sur le château rendait le ciel gris et les Serdaigle de quatrième s'étaient regroupés autour du feu avant que leurs camarades des autres années n'arrivent après leur dîner.

La soirée était bien entamée, Rose lisait un roman policier, à côté de Mandy qui jouait à la bataille avec Terry.

La blonde jetait de fréquents coups d'œil à son amie qui avait le visage blanc et soupirait régulièrement.

- Rose ? Tu es toute pâle. Tu es sûre que ça va ?

- Oui, oui, c'est juste un petit mal de tête. Tout va bien.

La jeune fille se passa la main dans les cheveux et tenta vainement de se concentrer sur son livre. Elle ferma les yeux, les rouvrit, fixa le feu. L'étau se resserrait.

Les aiguilles. Elles lui transperçaient les tempes, se faufilaient jusqu'à son cerveau et plantaient leur griffe de métal.

Des centaines d'aiguilles. Rose ferma son livre. Elle attendit la suite.

Maintenant, les points noirs, devant les yeux, qui tourbillonnaient, l'étourdissaient. Elle ne voyait plus, ses paupières se fermaient par réflexe, mais c'était inutile.

Le rouleau compresseur. Impitoyable, qui lui broyait la cervelle. Aplatie. Incapable de raisonner, Rose lâcha son livre.

- Rose ?

Elle n'entendit même pas la voix inquiète de Mandy. Ses mains commencèrent à trembler. De plus en plus fort.

Mandy s'était levée et appelait Derek, qui accourut, suivi de Terry et Anthony. Lisa tenait les mains exsangues et agitées.

Rose ne s'apercevait pas de leur présence, bien qu'elle sente des mouvements autour d'elle.

Maintenant, pensa-t-elle.

Son ventre se tordit, ses entrailles prirent feu. Elle haleta, puis glissa du canapé et tomba lourdement au sol.

Anthony courrait chercher Madame Pomfresh.

Tous ses organes essayaient de sortir, de lui déchirer la peau. Elle tremblait, les yeux révulsés, les pupilles dilatées.

Le feu se répandit sur tout son corps. Rose se tordit de douleur et un gémissement sourd s'échappa de sa gorge. Elle avait l'impression que sa tête allait éclater, et elle avait beau fermer les yeux, elle ne voyait que du rouge. Feu. Sang.

Noir. Tout disparut. Elle avait encore gagné. Couchée sur le côté, haletante, elle vit ses mains arrêter de trépider.

À bout de forces, le dos ruisselant de sueur, Rose s'évanouit enfin, quittant toute douleur.

Son corps se détendit subitement, et Lisa poussa un cri de frayeur.

- Rose !

- Écartez-vous, lança une voix sèche.

- Professeur…

Le professeur McGonagall était suivie de l'infirmière. Son visage était fermé, mais ses yeux brillaient intensément. Elle fit léviter le corps de Rose et déclara :

- Je l'emmène à l'infirmerie. Dent, suivez-moi. Goldstein, calmez les autres.

Derek bondit à la suite de la sous-directrice, laissant ses amis près du feu, sous le choc. Les autres Serdaigle faisaient un cercle autour d'eux.

Le Poursuiveur résuma la crise de Rose aux deux femmes.

Une fois la blessée installée dans un lit aux draps blancs, Pomfresh s'affaira autour du corps sans connaissance. McGonagall était au pied du lit, immobile. Derek tenait la main de Rose, se mordant les lèvres.

- Évanouie d'épuisement, conclut l'infirmière. C'est la première crise en quatre mois. Je la garde demain, toute la journée.

Derek hocha tristement la tête.

- Bien. Dent, retournez dans votre dortoir, ordonna la professeur.

- Mais…

- Pas de mais. Allez vous coucher. Vous reviendrez demain.

Résigné, il pressa la main blanche inanimée et sortit, les épaules basses.

- Si elle recommence ses crises, il va falloir la renvoyer à Ste Mangouste, Minerva, prévint Pomfresh.

- Hors de question ! En quatre mois, ils n'ont pas trouvé ce qu'elle a. Je préfère la savoir ici, avec vous.

L'infirmière soupira puis concéda :

- Comme vous voudrez… Rentrez vous coucher, Minerva.

La professeure sortit doucement, laissant Pomfresh seule avec sa malade.

- Mais qu'est-ce qu'il t'arrive ? murmura-t-elle en regardant l'adolescente.

Elle vérifia une dernière fois le rythme cardiaque, et quitta la grande salle pleine de lits.

Rose resta à l'infirmerie tout le dimanche. Elle n'ouvrit les yeux que vers midi, mais la salle tanguait tellement que la jeune fille ne lutta pas et sombra de nouveau.

À 16 heures, Derek était revenu à son chevet, fidèle. Il lisait distraitement son manuel de Potions. Des voix à l'entrée de l'infirmerie l'interrompirent.

- S'il vous plait, je voudrais juste la voir quelques secondes…

- J'ai dit non. Un visiteur à la fois, et la place est prise.

Il y eut un silence.

- Allez, dehors jeune homme !

Sa curiosité piquée, Derek se leva pour regarder qui parlait avec Pomfresh mais c'était déjà trop tard. L'inconnu était parti.

Rose ne sortit de l'infirmerie qu'après le dîner du dimanche, entourée de Lisa et Derek. Dans la Salle Commune, ses amis la pressèrent de questions pour savoir ce qui s'était passé. Elle leur expliqua qu'ils venaient d'assister à une des crises qui l'avaient terrassée pendant quatre mois. Que dire d'autre ? Rose ajouta que, puisqu'elle avait fait une rechute, il était probable que cela se produise à nouveau. La jeune fille leur demanda de se comporter normalement avec elle elle ne voulait pas se sentir exclue ou surprotégée. Ils lui racontèrent que, grâce aux autres élèves de leur Salle Commune, son malaise avait fait le tour de l'école. Certaines rumeurs risquaient de courir sur son compte d'ici peu. Les Serdaigle restèrent réunis jusqu'à ce que Rose aille se coucher, encore épuisée de la crise.

Vendredi 13 Janvier 1995, 6h43. Dortoir des Serdaigle, côté filles.

Rose se réveilla en sursaut. Elle entendit Mandy se retourner, puis dirigea son attention vers la fenêtre. Une chouette, ou un hibou, tapait furieusement au carreau.

Maugréant, Rose se leva et ouvrit la fenêtre le volatile s'engouffra dans la chambre en même temps qu'une rafale de vent.

Les plumes ébouriffées, l'animal s'était posé sur le pied du lit de la Serdaigle. Attaché à une de ses pattes, il y avait une petite enveloppe. Il fixait Rose de ses yeux ambrés. Son plumage était dans les tons marrons un hibou de l'école. Finalement la jeune fille bailla puis détacha la lettre avant de laisser repartir l'oiseau. Elle ferma la fenêtre, blasée, puis se laissa retomber sur son lit, regardant brièvement l'heure. 6h45. Quel abruti lui envoyait un rapace à une heure pareille ?

Le seul nom qui lui vint à l'esprit fut celui de Derek. C'était logique. Elle décacheta l'enveloppe et en sortit un bout de parchemin. Ses yeux se posèrent sur le seul mot inscrit dessus.

« Pardon »

L'encre était noire et l'écriture n'était pas celle de Derek.

Rose laissa retomber son bras en soupirant.

Pour qui se prenait-il, celui-là ? Il dansait avec elle, lui disait être attiré par elle puis il insultait son meilleur ami, et maintenant lui faisait des excuses ! Elle avait l'impression d'avoir avoir affaire à plusieurs personnes. L'homme séducteur, le salaud, le soumis. Elle ne savait pas comment réagir. Mais une chose était sûre : elle était toujours remontée contre le salaud. Il le paierait. Rose lâcha un nouveau soupir puis roula sur le côté et se leva finalement.

En plus il me gâche ma nuit.

Les filles n'allaient plus trop tarder à se lever, alors elle se glissa dans la salle de bains pour en profiter la première. Elle s'étira avant de faire sa toilette et d'enfiler son uniforme. Rose toucha sa cicatrice en un geste devenu rituel, puis elle entreprit de démêler ses boucles auburn. Elle les attacha en une couette haute, et sortit réveiller ses compagnes.

- Debout, debout ! clama-t-elle en se dirigeant vers la fenêtre. Faut se lever !

Elle ouvrit les carreaux, laissant entrer une brise fraîche et le pépiement des oiseaux. La jeune fille attrapa sa baguette et la glissa à sa ceinture. Puis elle ouvrit tous les rideaux des lits, provoquant des grognements divers. Enfin elle se rendit à la porte d'un pas énergique, cria une dernière fois à ses amies de se lever, et elle rejoignit la salle commune.

- Salut Terry ! lança-t-elle d'une voix enjouée au brun qui baillait. Tu es le premier ?

Il confirma d'un signe de tête.

- Allez, viens, j'ai faim.

Elle entraîna son ami dans les couloirs, sourde à ses faibles protestations. Ils furent rejoints par Derek qui arrivait en courant, la cravate de travers.

- Attendez-moi !

Ensemble, ils entrèrent dans la Grande Salle, puis s'attablèrent. Derek servit du thé sans leur demander leur avis, puis se jeta sur la panière de petits pains, dévorant tout ce qu'il pouvait.

- Je croyais que tu avais faim ? dit Terry à Rose.

Elle regardait fixement un pot de confiture, l'esprit ailleurs. Elle leva enfin les yeux et sourit au brun.

- Ah oui, c'est vrai.

Derek, qui s'empiffrait gentiment, la regarda en fronçant les sourcils.

À ce moment-là, le reste du groupe arriva. Ils s'installèrent à table Lisa entreprit de raconter à Terry son cauchemar de la nuit. Derek parla Quidditch avec Michael, pendant que Mandy et Padma faisaient leurs commérages du matin. Anthony lisait son manuel d'Histoire de la Magie en prévision du premier cours de la matinée. Rose quant à elle, riva ses yeux sur la table des Serpentard, cherchant l'objet de sa colère. Il releva enfin la tête et leurs regards s'accrochèrent. De la manière dont il la fixait, elle pensa à un lapin apeuré. Elle lui fit une grimace mi-écœurée, mi-haineuse. Les coins de la bouche du Serpentard s'affaissèrent, un éclair de désespoir passa dans ses yeux. Rose releva la tête d'un air hautain tout en pensant :

Mais il s'attendait à quoi ?

Elle rompit leur échange muet en se tournant vers Lisa qui achevait son récit :

- Et là, Rogue a mis le Choixpeau sur sa tête et s'est mis à tourner sur lui-même en chantant : « Je suis une carotte, je suis une carotte, j'en ai plein les bottes alors faites-moi frire avec des pleurotes ! ». Il avait un air si innocent…

Elle soupira pendant que ses amis pouffaient de rire.

- Je ne mangerai plus jamais de champignons, conclut la rousse.

Anthony lui fit un sourire attendri.

Derek finit son thé en regardant Rose, qui avait l'esprit très loin d'eux.

- Ça va être froid, lui lança-t-il enfin.

Rose sursauta puis jeta un œil à sa tasse.

- C'est vrai, approuva-t-elle.

Elle vida le récipient d'un trait, puis se leva.

- Je vais au dortoir. J'ai oublié un livre, expliqua-t-elle à ses amis.

Elle sortit de la Grande Salle, sans un regard pour le Serpentard qui ne la quittait pas des yeux.

Une fois dehors, elle soupira en ralentissant sa marche. Mais c'était quoi au juste ? D'où sortait cette envie de lui pardonner ? Il avait insulté Derek et Terry, par Merlin !

Pourquoi est-ce qu'elle avait envie d'aller le voir, de le laisser parler, de lui fournir une bonne excuse et ensuite de se pencher vers lui et de…

Non mais là ça va plus du tout ma grande hein.

Elle se ressaisit et se retrouva près de la Salle Commune. Rose entra, puis se dirigea machinalement vers leur salle de bains, pour se laver les dents. Puis elle revint dans la chambre, s'assit sur son lit, fixant la fenêtre. Un bruit lointain la fit sursauter, et Rose regarda l'heure : 8h37. Encore un peu de temps pour traverser le château et que tout le monde puisse se rendormir en Histoire de la Magie. Elle se retrouva à arpenter les couloirs.

La jeune fille marchait tranquillement, puis se figea.

En face d'elle.

- S'il te plait.

Elle accéléra le pas pour le dépasser.

Tenace, il la suivit.

- Écoute-moi juste deux minutes. Laisse-moi une chance de m'expliquer.

Elle fit un geste comme pour chasser une mouche.

- Regarde-moi au moins !

Rose s'arrêta brusquement et se planta devant lui, les yeux étincelants.

- Voilà, ça y est, je t'ai regardé. Maintenant fiche-moi la paix.

Le Serpentard allait ajouter quelque chose mais sa réflexion fut noyée par le bruit de la sonnerie, et des élèves qui débarquaient de toutes parts.

La jeune fille en profita pour se faufiler dans la foule et disparaître aux yeux du garçon, impuissant.

Rose ne parla de cette rencontre à personne, parce qu'elle ne savait pas vraiment quoi en penser. Elle évita le Serpentard toute la semaine, fréquentant avec assiduité la bibliothèque –où, honnêtement, les vert et argent n'allaient pas souvent, à part peut être les cinquième et septième années.

Le jeudi soir, le Serdaigle et les Serpentard avaient Astronomie en commun, à partir de minuit, sur la plus haute tour du château.

Et ce soir-là, Rose en avait assez de regarder le ciel étoilé. D'abord elle avait mal aux yeux à force de se concentrer, et puis elle avait froid, et aussi sommeil. Elle était particulièrement de mauvaise humeur. Les Serpentard étaient toujours aussi idiots, même si la jeune fille devait avouer qu'ils étaient calmes ce soir-là. D'un commun accord, Derek et Terry étaient loin l'un de l'autre, et tout le groupe des Serdaigle les séparait des serpents.

Leur professeur leur indiqua une consigne à suivre, et Rose ne put s'empêcher de soupirer bruyamment.

- Bah alors ? s'étonna Mandy. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- J'en. Ai. Marre. Ahana son amie. Je déteste avoir le nez en l'air pour regarder des petites paillettes que de toute façon, nous ne verrons jamais de près.

- Hé bien ! Sa seigneurie serait-elle fatiguée et de mauvaise humeur ? s'enquit Anthony d'un air moqueur.

- Oui ! assena Rose avec vigueur. Parfaitement.

Elle fit une nouvelle grimace énervée.

Elle se tut pendant cinq minutes, que ses amis bénirent.

- Ça va durer encore longtemps ? finit-elle par demander.

Derek leva les yeux au ciel.

- Mais qu'est-ce que tu as enfin ?

- Bah j'ai froid. Et sommeil. Et j'en ai marre.

Ses amis soupirèrent en chœur.

- Encore une demi-heure, annonça Lisa.

- Si tu arrêtes de râler jusqu'à la fin du cours, je te fais un massage quand on sera rentrées, proposa Mandy pour avoir la paix.

Rose fit mine de réfléchir en la regardant fixement.

- D'accord. C'est un bon deal, concéda-t-elle.

Michael poussa un « ouf » de soulagement, que son amie ne manqua pas. Elle lui tira la langue et retourna à son télescope.

Elle marmonnait dans sa barbe, faisant bien attention à ce que Mandy ne l'entende pas. Un bras la frôla et une voix, étonnamment chaude, murmura :

- Alors comme ça tu n'aimes pas l'astronomie ?

Rose se figea.

- Casse-toi, siffla-t-elle sans le regarder.

- Pourquoi ?

Elle releva la tête vers lui.

- Je ne suis pas prête de te pardonner, au cas où tu n'aies pas compris.

- Écoute Rose, c'est tellement compliqué tout ça… Si tu me laissais une chance de m'expliquer…

- C'est pourtant simple, grinça-t-elle. Tu as voulu jouer les séducteurs, mais malheureusement pour toi, tu as insulté deux de mes amis. Et ça, je ne l'accepterai pas de si tôt.

- Je suis… tellement désolé. Rose, crois-moi s'il te plait !

- Là, tout de suite, j'ai pas envie. Maintenant tu m'excuseras mais j'aimerais finir d'insulter Pluton et ses potes tranquillement. Salut.

Elle lui tourna le dos et se plongea dans l'observation des étoiles.

Il soupira puis se leva doucement, se mêlant de nouveau aux camarades de sa Maison.

Rose était tellement agacée qu'elle en oublia les astres lumineux. Enfin la fin du cours arriva. Elle se releva avec soulagement, suivant ses amis dans les escaliers. Elle fermait la marche des Serdaigle. Quelques stupides Serpentard la poussèrent sans ménagement pour descendre avant elle. La jeune fille se plaqua au mur froid, et ferma les yeux quand un vertige la prit.

Non ! pensa-t-elle.

Elle posa les mains sur la rambarde de métal.

Un éclair de lumière traversa son cerveau. Puis une douleur, familière, s'installa tranquillement dans un coin de sa tête. Elle se mit à taper l'intérieur des parois de son crâne. De plus en plus lancinante.

Rose rouvrit brutalement les yeux, mais c'était peine perdue : elle voyait flou. Et il faisait noir dans les escaliers. La douleur était pire qu'une massue, elle écrasait tout ce qu'elle trouvait à sa portée, voulant tout détruire.

Ses doigts dérapèrent sur la rampe ses mains se mirent à trembler, très violemment. Son sac glissa de son épaule et tomba quelques marches plus bas. Ses omoplates tressaillaient, ses jambes devinrent si molles… elles se dérobèrent sous son poids, et Rose tomba sur la cuisse droite. Elle s'appuya aussi fort qu'elle put sur la pierre glacée.

Son estomac se contracta vivement, elle crut qu'elle allait vomir son dîner.

Avec un effort surhumain, elle parvint à s'asseoir sur une marche, frissonnante. Les spasmes se calmèrent, Rose pensa que c'était terminé.

La douleur logé dans sa tête éclata et descendit le long de son corps, dévastant tout. La malade poussa un hurlement, les crampes reprirent de plus belle.

L'agonie était pire que d'habitude.

Elle aurait voulu mourir sur le champ, que ça se termine. Elle n'entendit pas les bruits de pas sur les marches.

Ses pieds dérapèrent, ses mains glissèrent, et tout ce que sentit Rose, c'était qu'elle tombait, dans les escaliers, enfin.

Si son corps ne voulait plus d'elle, le mieux c'était mourir non ?

Sa vision n'était plus floue elle s'était réduite à une tache rouge, sombre et vive à la fois.

Son corps fut retenu par une barrière molle.

C'est ça la mort ?

Elle se sentit soulevée.

Je flotte ?

Elle n'était plus qu'à moitié lucide.

Elle sentait de l'air chaud contre elle. Mais cet air était étrange, comme saccadé, affolé.

Depuis quand l'air s'affole ?

La jeune fille parvint à entrouvrir les yeux.

C'est qui ça ?

La barrière molle, c'était deux bras. Qui appartenaient forcément à quelqu'un.

- Rose ? Rose, est-ce que tu m'entends ?

Ses lèvres bougèrent faiblement.

Il se pencha un peu plus pour entendre.

- Casse… Toi…

Il eut un sourire triste.

- Non. Pas cette fois.

Blottie contre le corps chaud, Rose sentit la crise s'éloigner. La douleur prit sa massue et partit doucement les tremblements se calmèrent pour cesser totalement. Enfin, sa vision lui revint, sans tache rouge ni flou.

Cela prit plusieurs minutes, durant lesquelles son sauveur ne dit pas un mot.

Une quinte de toux la prit. Sa respiration redevint sifflante, elle toussa de nouveau, violemment, et sentit quelque chose lui couler de la bouche, sans qu'elle ne puisse rien faire.

- Rose ?

Elle avait l'impression de cracher ses poumons. Le sang coula de nouveau, dégoulinant le long de sa mâchoire.

Ses yeux roulèrent dans leurs orbites. Ses forces l'abandonnèrent et le Serpentard resserra sa prise autour d'elle pour l'empêcher de tomber.

- ROSE ! hurla soudainement une voix.

Des bruits de pas précipités retentirent dans les escaliers.

- Rose, dis-moi que tu es là et que tu vas…

Derek s'interrompit.

Ses yeux passaient de Rose évanouie à son sauveur, du sauveur à Rose. Sa baguette laissait échapper un Lumos.

-Qu'est-ce que tu lui as fait ? brama Derek, pointant sa baguette vers son adversaire.

Sans lui adresser la parole, le Serpentard se redressa, posant avec délicatesse le corps de Rose sur les marches. Il poussa un grognement et dépassa Derek, dévalant les escaliers sans plus accorder un regard aux deux Serdaigle.

Derek se pencha vers son amie, la prit par les épaules et la secoua légèrement. Comme il s'y attendait, elle ne réagit pas. Sa tête roula de droite et de gauche. Le Poursuiveur la souleva avec précaution, et la cala dans ses bras. Il entreprit la descente des escaliers, marche après marche, lentement, chargé de son fardeau.

La Salle Commune des Serdaigle lui sembla être à des kilomètres.

Enfin, il atteignit son but, répondit distraitement à l'énigme et rejoignit ses amis. Ils l'attendaient près du feu, l'air angoissé.

-Par Merlin, murmura Lisa.

Anthony courut prêter main forte à Derek.

-Elle a encore eu une crise ? s'étonna Terry d'une voix douce.

-Je pense oui. Nous n'étions pas là pour voir.

Ils la déposèrent sur le canapé et l'entourèrent.

-Vous croyez que nous devrions prévenir Mme Pomfresh ? proposa Michael.

-Non, répondit Lisa. On va s'en occuper.

Anthony approuva silencieusement, et se pencha vers Rose. Il posa sa main sur le front chaud.

-Elle n'a pas de fièvre. Je pense qu'elle s'est évanouie d'épuisement physique. Comme l'autre fois.

-Le mieux c'est de la laisser se reposer. Si jamais son état ne s'améliorait pas, alors on préviendra les professeurs.

Terry acquiesça à la proposition de Derek.

D'un accord commun, les garçons la montèrent dans leur dortoir. Ils l'allongèrent sur le lit de Derek, puis les filles entreprirent d'enlever l'uniforme de l'étudiante, maculé de sang par endroits. Lisa la borda de la lourde couverture. Le groupe de Serdaigle se sépara, les filles allèrent dans leur dortoir, laissant Rose entre de bonnes mains.

Derek se coucha près de Terry, mais il ne parvenait pas à trouver le sommeil.

Vers six heures du matin, le Poursuiveur entendit son amie remuer. Il se leva sans bruit et entrouvrit les rideaux de velours.

Rose gardait les yeux fermés, mais elle tendit sa main droite vers son ami.

- Derek.

-Oui. Je suis là.

-J'ai eu… une crise, je crois…

- Oui. C'est terminé. Nous sommes là.

Il s'était assis près d'elle, lui caressant le visage.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda la jeune fille d'une voix faible.

- On croyait que tu discutais avec la prof, lui expliqua-t-il. Mais quand on a vu Sinistra nous passer sous le nez, on a compris que quelque chose clochait.

Elle lui sourit.

-Alors j'ai dit aux autres de rentrer, que j'allais te chercher.

Il soupira.

-Je t'ai trouvée, recroquevillée dans ses bras. Je pense qu'il t'a rattrapée avant que tu chutes dans les escaliers, expliqua-t-il.

Il ne put retenir une grimace de dégoût.

-Je me souviens… Il me tenait, et puis je tremblais, et avant je tombais, et…

Ses pensées se brouillaient dans sa tête.

- Tout va bien maintenant.

- J'ai eu tellement peur, murmura-t-elle finalement. J'ai cru que j'allais mourir…

- C'était pire ?

- Pire que tout. J'ai craché du sang… Enfin je crois.

-Oui, confirma-t-il. Il y en avait sur ton chemisier.

Il grimaça.

- Parle-en à McGo. Et à Dumbledore.

- Je ne vois pas ce qu'ils pourraient faire pour moi, soupira-t-elle.

Derek s'éclaircit la gorge.

- Rose, qu'est-ce que tu faisais avec… lui ?

Ses paupières frémirent.

-Je tombais… Et il était là.

- Ah…

Elle fit une pause douloureuse.

-On continuera demain d'accord ?

Sa main tremblait légèrement.

Il acquiesça, puis se glissa de nouveau aux côtés de Terry, après avoir fermé les rideaux bleus.

Dans la matinée du vendredi, les garçons émergèrent relativement tard, éveillés par les chuchotements des filles. Elles les avaient rejoints pour venir tenir compagnie à Rose.

Leur amie dormait toujours.

Bientôt ils l'entourèrent tous les sept, se demandant s'il fallait ou non avertir l'infirmière.

-Allez donc manger et ramenez-moi un peu de thé, marmonna Rose en esquissant un faible sourire.

Lisa lui sourit, pendant que Mandy exhortait les autres à sortir de la pièce.

La malade toussa, puis se tourna sur le côté et s'endormit de nouveau.

Quand ses amis revinrent, elle était toujours au pays des songes.

Derek posa le thé sur la table de chevet et se leva, incapable de tenir en place.

Il lui griffonna un mot puis sortit du dortoir.

« Rose,

Si nous ne sommes pas dans la Salle Commune à ton réveil, nous serons sûrement à la bibliothèque…ou en cours !

Attends-nous sagement !

Derek. »

La jeune fille ne trouva le mot que vers seize heures. Elle resta allongée quelques minutes, emballée dans la grosse couverture. Elle entreprit de s'asseoir, avec précaution. Sa tête ne tournait plus, même si ses pensées étaient encore un peu mélangées.

Ses yeux étaient rivés sur la tasse de thé, froid depuis longtemps.

Rose souffla longuement, puis frissonna en s'apercevant qu'elle était en sous-vêtements. Elle parcourut la pièce du regard pour retrouver son uniforme. Il était sur une chaise, posé à la hâte, le pull rougi par le sang. Elle enfila le tout rapidement, puis sortit doucement du dortoir. Rose traversa l'étage et entra dans la chambre des filles. Personne. Elle se débarrassa de ses vêtements et alla prendre une longue douche.

Elle prit le temps de réfléchir.

Bon.

Il avait participé aux insultes lancées à Derek et Terry.

Il l'avait faite danser.

Non négligeable, il lui avait dit qu'elle « lui plaisait ».

Ensuite, il la sauvait d'une chute dans les escaliers.

Et semblait vraiment s'inquiéter pour elle.

Non, là tu te fais des idées ma fille.

Il voulait lui expliquer la raison de sa méchanceté. Sans y arriver.

Et Derek était visiblement contrarié qu'elle lui parle.

Bon.

Elle n'était pas plus avancée.

Rose poussa un grognement agacé, puis sortit de la salle de bains, une grande serviette autour d'elle. La nouvelle crise l'inquiétait. Du sang, maintenant. Les tremblements plus violents, aussi. Mue d'une inspiration soudaine, elle se saisit d'un parchemin et nota la date des crises dont elle se souvenait, et leurs symptômes. Peut être qu'ainsi, elle pourrait établir un schéma général.

Elle rangea sa plume, après avoir décrit les deux crises qu'elle avait faites à Poudlard.

La jeune fille récupéra des vêtements propres dans son armoire. Elle s'habilla d'un jean et d'un pull vert et noir.

Enfin, elle quitta la Salle Commune et déambula dans les couloirs. Rose finit par se décider à aller voir Minerva. Il fallait qu'elle lui raconte la crise dans la tour d'Astronomie.

La Serdaigle chercha à rejoindre le bureau de la directrice des Gryffondor elle finit par le trouver. Elle frappa doucement en espérant que sa grand-tante serait là.

- Entrez, fit une voix étouffée.

Rose abaissa la poignée et entra dans le grand bureau clair.

- Rose ! Qu'est-ce qui t'amène ?

L'intéressée prit place face à sa parente, s'enfonçant dans un fauteuil moelleux.

Minerva l'observa de plus près.

- Tu es très pâle…

Rose grimaça d'un air éloquent.

Oh ! comprit-elle. Tu as refait une crise ?

- Oui. Hier soir, après le cours d'astronomie. Mes amis se sont occupés de tout, j'ai passé toute ma journée à dormir. Je voulais t'en parler, et aussi me justifier de mes absences aux cours d'aujourd'hui.

Le ton de Rose était détaché elle ne voulait pas affoler sa grand-tante.

- Bien sûr, ne t'en fais pas pour les cours. Comment tu te sens maintenant ?

- Mieux. Mais j'ai craché du sang, cette fois.

Minerva eut un air dépité.

- Ce n'est pas la première fois, si je me souviens bien.

- Cela ne m'est arrivé que deux fois, quand j'étais à l'hôpital, au tout début.

Elle soupira.

- Ça ne s'arrêtera donc jamais ? maugréa-t-elle.

- Je ne peux pas te le dire, Rose. J'aimerai, j'espère.

La professeure considéra sa petite-nièce. Son visage était diaphane, ses yeux cernés, et elle paraissait si fragile, lovée dans le fauteuil. Ce qui lui arrivait était injuste. Elle ne l'avait pas mérité.

Minerva formula cette dernière pensée à voix haute. Rose eut un geste fataliste.

- C'est comme ça. Je ne dis pas avoir mérité, je voudrais juste que ça s'arrête.

Elle marqua une pause.

- Et surtout, j'aimerais que les Médicomages trouvent ce que c'est. Qu'ils donnent un nom à cette maladie.

La jeune fille se redressa et croisa les jambes.

- Je ne suis certainement pas la seule à en être atteinte. Il faudrait trouver les autres.

- Il n'y a aucun autre cas connu en Angleterre, ma chérie. Sinon tu te doutes bien que tu les aurais rencontrés. Les médecins auraient confrontés vos symptômes.

Rose grimaça.

- C'est étonnant que je sois un cas unique. Au fait, j'ai commencé à noter les dates de mes crises à Poudlard, avec les détails.

Sa grand-tante hocha la tête.

- Peut être que j'en tirerai quelque chose. En tout cas, ça va m'aider à garder la tête froide.

- Tu sais combien de crises tu as faites ?

- Treize. Rien pendant trois mois, et là deux d'un coup. Je ne comprends pas vraiment ce que ça veut dire, mais bon.

Rose voulait rester philosophe.

Un léger silence s'installa.

- J'ai peur, Minerva, murmura finalement la jeune fille.

- Peur ?

- De mourir. Que ça me tue.

Elle tritura sa cravate.

- C'est l'impression que j'ai. Elle peut me tuer. Toi aussi tu crois ça non ?

L'Animagus prit le temps de choisir ses mots.

- Je n'espère pas. Mais je n'ai aucune certitude. Ton corps a des limites, c'est évident. Je ne sais pas quoi te dire d'autre.

Sa petite-nièce lui sourit.

- Ça me va. Merci.

- Tu voulais me parler d'autre chose ?

- Non, juste ça.

Minerva lui fit un sourire doux.

Rose prit congé de sa parente et se glissa hors du bureau.

La discussion n'avait pas apporté d'éléments nouveaux, mais le fait de pouvoir en parler librement, avec un adulte raisonné, la soulageait beaucoup.

Elle reprit son errance, ayant vaguement dans l'idée de rejoindre la Bibliothèque.

-Rose ?

Elle se figea, et se retourna doucement.

La jeune fille sourit au Serpentard qui se rapprochait d'elle.

-Mon sauveur, ironisa-t-elle sans méchanceté.

Il eut un sourire embarrassé.

-Je voulais savoir comment tu allais, lui annonça-t-il.

-Mieux.

Il fronça les sourcils, lui demandant ce qu'il lui était arrivé la veille.

-Une sorte de crise de douleur. Enfin, c'est comme ça que je dis, faute d'un vrai terme. Je me demandais…

Elle ferma les yeux pour se concentrer, tentant de recomposer les évènements.

- Je sortais du cours… commença-t-elle d'une voix mal assurée. Je descendais les escaliers, des Serpentard m'ont bousculée et là… j'ai fait une crise. Mais après ? Enfin, je veux dire, comment tu as été là ?

- Tu as hurlé. J'étais en pleine descente, mais je t'ai entendue. Alors je suis remonté, et quand je suis arrivée, tu étais en train de tomber.

- Donc tu m'as rattrapée ?

- Donc je t'ai rattrapée, confirma-t-il.

- Alors merci.

Elle hocha la tête d'un air solennel.

- Sans toi, je serais descendue plus vite, mais j'aurais plus de tête…

- À peu près, approuva-t-il en souriant.

Elle s'adossa au mur.

- Comment tu as su que c'était moi qui criais ?

- Je ne le savais pas, avoua-t-il. J'ai pas réfléchi.

Elle sourit malicieusement.

- Comme l'autre fois.

- Je, Rose, non…

Il n'avait pas vu son sourire moqueur.

- S'il te plait…Laisse-moi m'expliquer…

- Tu m'as, en gros, sauvé la vie, lança-t-elle. Donc je t'autorise à tenter –vainement- de t'expliquer. Si jamais tu te vantes de m'avoir ramassée dans les escaliers, je fais de ta vie un enfer. Si un seul de tes petits potes est au courant de ce qui s'est passé, je t'occis. Clair ?

- Oui, oui, oui. Tout compris.

Il hochait vigoureusement la tête. Il prit une profonde respiration.

- Je…

Il s'interrompit.

- C'est tellement compliqué…

- Au point où on en est…

Il s'appuya à son tour contre la pierre froide.

- Ce que je t'ai dit au bal tiens toujours. J'ai envie de mieux te connaître, de passer du temps avec toi. Mais de l'autre côté, ils…

Le Serpentard hésita.

- Ce sont mes amis, lâcha-t-il enfin. On partage… certaines convictions, comme toi et les Serdaigle en partagez d'autres. Mais j'avoue que pour ce couple… Drago est allé loin.

Rose se raidit légèrement.

- Et je ne les quitterai pas comme ça, tu t'en doutes. Tu ferais pareil non ?

Elle hocha la tête.

- Je ne te demande pas ce genre de choses, répondit-elle enfin. Je ne te demande rien en fait. Juste des excuses. Au moins à moi.

La jeune fille fit un sourire à son vis-à-vis.

- Ne serait-ce que parce que tu croyais pouvoir jouer double-jeu. Tu n'as pas à choisir, juste à faire attention.

Il parut tellement soulagée de l'entendre dire ça que Rose ne retint pas un nouveau sourire.

- Je suis désolé. Vraiment.

Elle acquiesça, le fixant de ses yeux intenses.

- Merci.

Rose se tortilla un peu, soudainement mal à l'aise d'être si près d'un garçon. Elle pensa à sa cicatrice.

Il choisit ce moment pour se pencher vers elle, comme au bal, et lui murmurer d'une voix enjôleuse :

- Alors, j'ai le droit de te séduire maintenant, Rose ?

Elle approcha sensiblement leurs lèvres.

- Rira bien qui rira le dernier, souffla-t-elle avant de s'écarter et de reculer de quelques pas.

Elle lui fit un petit sourire amusé et tourna les talons.

Rose déambula dans les couloirs, plus pour s'éloigner de lui que par désir de trouver la Bibliothèque. Finalement, elle décida de retourner à son dortoir, soudainement lasse.

La jeune fille retrouva son fauteuil favori, après avoir pris un roman sorcier dans la chambre. Elle s'installa en tailleur, et s'absorba dans sa lecture.

Le feu crépitait doucement, et toute douleur lui semblait si loin. Elles lui semblaient si irréelles, ces crises étranges !

Ce cher Serpentard lui offrait la possibilité de vivre normalement, comme une adolescente de quatorze ans. Alors elle le suivrait, même s'il risquait de lui briser le cœur. Rose avait l'impression qu'une crise trop violente pouvait la tuer, alors autant profiter de la vie tant qu'elle était là.

Le passage s'ouvrit pour laisser passer ses amis, qui revenaient de leur cours d'option. Ils se massèrent autour d'elle, se laissant tomber dans les fauteuils et canapés.

- Alors, comment tu te sens ? demanda Lisa.

- Bien mieux ! répondit Rose avec vigueur.

Elle referma son livre et le posa à côté d'elle.

- Racontez-moi votre journée !

- Ben, en Histoire de la Magie, c'était à Padma et Michael de prendre des notes, entama Mandy. Donc nous…

- On a fini notre nuit, compléta Terry.

- Je t'avoue, je ne sais pas ce que vont donner les notes que nous avons prises, ajouta Padma.

- On dormait à moitié, expliqua Michael. Mais on a fait de notre mieux !

Derek prit la parole.

- On est passé en coup de vent à midi, mais tu dormais encore. Tu t'es réveillée à quelle heure ?

- Vers 16h, révéla Rose. Je me suis levée très doucement, puis je me suis promenée dans le château.

Lisa eut l'air étonnée.

- Tu ne nous as pas rejoints ?

- Je ne savais pas trop où vous étiez. Et puis je suis retournée au dortoir, j'avais plus de chance de vous y revoir !

Anthony hocha la tête.

- Sinon, il ne s'est rien passé de spécial, finit le Serdaigle. Il faudra que tu ailles voir Flitwick, ou Mcgo, pour justifier ton absence.

Rose lui apprit qu'elle avait déjà été parler à sa grand-tante dans l'après-midi, pour lui raconter la crise. Puis les conversations dévièrent, et bientôt ce fut l'heure du dîner.

- Tu te sens de venir avec nous ? demanda Terry à la malade.

- Oui, oui. Je vais mieux.

Elle lui fit un large sourire.

Le petit groupe sortit de la Salle Commune, direction la Grande Salle.

Le repas se déroula sans anicroche, mis à part que Michael faisait l'intéressant pour attirer l'attention de Ginny Weasley, assise à la table de sa maison.

Les Serdaigle de quatrième année étaient encore fatigués de leurs émotions de la veille, et ils ne trainèrent pas pour manger aussi furent-ils vite remontés dans leur tour.

Ils se regroupèrent autour du feu certains finissaient leurs devoirs, comme Anthony et Mandy, d'autres jouaient aux échecs, Terry et Rose, ou encore aux cartes, Lisa et Derek contre Padma et Michael.

Un par un, ils partirent se coucher, vaincus par la fatigue.

Rose et Derek se retrouvèrent seuls, comme bien souvent. Ils s'assirent côte à côte dans le canapé bleu.

- Qu'est-ce que tu as fait quand tu es allée te promener ?

- Je l'ai croisé. Alors on a discuté un moment.

Elle se remémora la scène avec un sourire.

- Il a enfin pu me parler, tu sais comme il insistait.

Derek hocha la tête.

- Il a dit quoi ? Pour se justifier ?

- Il ne l'a pas fait. Je ne le lui ai pas demandé juste des excuses. C'est ce que je voulais.

Le blond regarda son amie avec un mélange de curiosité et de colère.

- Et après ?

Rose lui chuchota les derniers mots du Serpentard avec un petit sourire.

- Tu comptes le revoir ?

- Probablement. J'ai envie de m'amuser, moi aussi !

Derek eut un rictus agacé. Il secoua la tête avant de se lever.

La malade retint la manche du Poursuiveur, qui s'assit de nouveau près d'elle.

Rose fit un effort de calme pour expliquer à son ami :

- Derek, ça ne change rien au fait qu'il était dans le groupe des méchants serpents. Simplement… Il ne veut plus me montrer cette facette de sa personnalité, je ne veux plus la voir. C'est différent maintenant.

Il lui lança un regard noir sans bouger.

- Il nous a attaqués, rappela-t-il.

- Je sais bien. Mais il insiste tellement pour me fréquenter… Laisse-moi le voir un petit moment, et après on verra ce qu'on décide. D'accord ?

Elle glissa son bras sous celui de son ami.

- Je suis sûre qu'il y a une explication à ça…

- L'explication, c'est que c'est un Serpentard qui a envie de se faire une Sang-Pur, la voilà ton explication ! cracha vertement Derek.

Elle regarda distraitement le feu qui flambait avant de se tourner vers Derek. Sa voix était calme.

- Tu en connais beaucoup toi, des Serpentard qui rattrapent des balafrées dans les escaliers et qui les regardent cracher du sang alors que leur seul but est de coucher avec, Sang-Pur ou pas ? Des Sang-Pur dont les amis sont tout ce qu'ils détestent ?

Elle fit une pause.

- Si ça avait été Malefoy, il m'aurait regardée tomber en souriant. Peut être même qu'il m'aurait aidée à mourir, s'il en avait le courage.

Elle secoua la tête avant de se redresser, vexée.

- Rose…

- C'est bon Derek, n'insiste pas. Faisons comme si nous n'avions rien dit, ok ?

- D'accord.

Elle le regarda attentivement avant de dire :

- Je n'oublie pas qu'il y était. Mais je n'oublie pas non plus ce qu'il a fait et dit. Alors on verra.

Il hocha lentement la tête, puis la serra dans ses bras avant qu'ils ne se séparent pour aller se coucher.

Rose ne voulut pas réfléchir, elle en avait marre de réfléchir. Elle voulait vivre. Alors elle s'endormit.

Elle était seule. Depuis trop longtemps. La machine reliée à son doigt par un fil émettait un bip sonore régulier, rassurant.

Les yeux clos, Rose respirait calmement, un livre fermé posé à côté d'elle. La malade ne savait pas quel jour on était, mais elle était persuadée d'être en septembre. Et en l'an 1994, ça elle en était certaine. Rose se laissait porter par le flot de ses pensées, sans chercher à en retenir une en particulier. Derek lui manquait. Il fallait qu'elle fasse faire des robes neuves pour Poudlard. Son père était un abruti. Son cerveau se bloqua sur cette information. Père stupide. Méchant. Égoïste. Insensible. Son cœur s'emballa. Il était son géniteur, mais ce n'était pas lui qui l'avait élevée. Quand elle était petite, elle croyait qu'il la détestait, parfois. L'esprit malade se vida pour se remplir de haine. Un sentiment féroce et confus s'empara d'elle. Ses doigts frémirent. Un rictus se dessina sur son visage, cruel.

Cette fois, elle allait souffrir.

Tout se précipita. Une douleur intense prit son cerveau en étau, serra, serra au maximum. Ses jambes tremblèrent violemment, ses bras les imitèrent. Ses épaules se soulevèrent, Rose convulsa comme jamais. Ses yeux se révulsèrent, ses entrailles bougèrent tels des serpents dans son corps. Elle s'agrippa au tuyau du cathéter enfoncé dans son bras, et tira dessus. La poche de nutriments vacilla puis tomba à terre, éclatant le liquide se répandit sur le sol. Ce fut le seul léger bruit qui retentit dans la pièce.

Ça la grattait. La chose dans son bras allait la tuer, c'était sûr.

Rose tira sur l'extrémité du cathéter jusqu'à ce que le pansement cède et que la tige s'extraie de son bras dans un bruit de succion. Du sang jaillit, coula jusqu'à la main gauche pour goutter sur le carrelage blanc.

Les convulsions de Rose s'atténuèrent sensiblement, la laissant hors d'haleine. Elle y crut. Elle crut que des insectes rampaient sur son visage. Ils pullulaient. Ça fourmillait. Elle poussa un faible cri et passa ses mains sur ses joues. Ils étaient toujours là ! Rose crispa ses doigts et planta ses ongles dans sa chair, appuyant aussi fort qu'elle pouvait. Ses muscles raidis laissèrent des marques rouges en croissant de lune. Elle se calma, détendit ses bras. Les serpents dans son ventre se murent vivement, lui remuant les tripes.

Son bras se tendit vers le meuble de chevet, où gisaient des flacons fragiles. Elle en saisit un, et le serra si fort qu'il se brisa. Des coupures firent leur apparition sur sa paume. Les doigts s'ouvrirent, laissèrent tomber les éclats de verre. Rose en choisit un à tâtons, le plus grand de tous.

Son corps était tendu au maximum, ses yeux grands ouverts ne cillaient pas. Elle était immobile, son bout de verre à la main.

Rose était déjà inconsciente. Et pourtant.

Son bras droit se leva à la verticale, resta suspendu un instant il plongea à une vitesse fulgurante vers le visage pâle.

Le morceau se planta à droite, dans son front la chair céda sans plainte, s'ouvrit sous le coup, le sang perla. Le bras ne fit plus un mouvement, comme indécis. Un éclair passa dans les yeux verts, les paupières se fermèrent. Sa main gauche s'agrippa à la droite, semblant vouloir arrêter l'inéluctable. Puis Rose perdit de nouveau le contrôle. Les deux membres conjuguèrent leurs forces et continuèrent leur terrible geste, les muscles contractés. L'éclat de verre entama une longue descente : il déchira le sourcil droit en deux, le sang coula de plus belle. Ses doigts tremblaient de concentration, faisant blanchir les jointures. Pourtant le trait était net. La paupière s'ouvrit, sanguinolente, puis la joue livide se trancha d'une ligne pourpre. La main crispée poursuivit sans hésiter. Le trait fit une légère oblique, descendit à la bouche. Les lèvres blêmes furent lacérées, l'une après l'autre. Le bras ne s'arrêta pas. Il dirigea le verre jusqu'au menton. Il fut enfoncé jusqu'à toucher l'os, puis retiré d'un geste sec.

Le bras retomba sur le matelas. La main pendait dans le vide, les doigts s'ouvrirent et lâchèrent le bout de verre devenu rouge. Il tomba, puis s'écrasa au sol dans un petit bruit sec.

Rose rouvrit brutalement les yeux, mais elle ne vit que du rouge. La panique la fit hurler, un cri strident et long. Ses muscles se contractèrent de nouveau, les convulsions reprirent. Du sang s'écoula dans sa gorge, les serpents se réveillèrent. Ils voulaient sortir. La bile lui remonta dans l'œsophage, coupant son hurlement. Rose n'avait pas la force de se pencher, alors le fiel continua sa course et se déversa dans sa bouche, s'accumulant, débordant. Il toucha la plaie ensanglantée, son acide piquant la chair.

Les convulsions se décuplèrent, son corps se tordit, bondit, retomba, se plia, roula. Rose tomba à terre, s'écroulant dans les morceaux de verre épars. Face au sol, sa bouche se vida de l'acide bile qui ne cessait d'affluer.

Enfin, ce fut fini. Les muscles se relâchèrent brusquement, le sang et la bile s'écoulèrent plus lentement du corps meurtri. Rose ressentait au fond d'elle que c'était terminé, et elle ferma les yeux, cessant sa lutte contre l'invisible mais phénoménale force.

Étrangement, les infirmières mirent presque une heure à arriver.

Elles se précipitèrent auprès de la malade, pour contempler le sinistre spectacle. Le corps recroquevillé de la jeune fille gisait dans le verre et le sang. En le retournant, elles virent les dégâts sur le visage blanc. Une plaie béante s'ouvrait, profonde. Le sang coagulait lentement autour de la chair tranchée.

Elle était en vie.

Très vite, les Médicomages s'affairèrent autour d'elle en salle d'opération. Les blessures mineures furent soignées d'un coup de baguette. La longue entaille leur posa problème : elle résistait à toute magie. Déconcertés, les médecins prirent rapidement la décision d'opérer à la Moldue. Ils recousirent le visage, avec lenteur et précision.

La cicatrice qui allait se former ne partirait jamais.

Dans la salle, les personnes présentes évoquèrent la magie noire. Mais c'était impossible ! Le chef chirurgien jugea qu'il fallait en informer Albus Dumbledore, ce qui était le choix le plus sage.

Puis Rose fut ramenée dans sa chambre. Elle resta inconsciente de longues heures, de nouveau reliée à des câbles et des tuyaux.

Ses doigts bougèrent faiblement, ses lèvres s'agitèrent.

Rose ouvrit lentement les yeux, le corps perclus de douleurs. Elle fixa avec un calme étonnant le plafond de son lit, tendu d'un tissu bleu. Elle cligna des yeux. Puis reconnut le dortoir de Poudlard. Un rêve ! Son cœur s'accéléra.

La Serdaigle venait de rêver. Elle se souvenait de tout : la crise, le verre, le sang… C'était si réaliste…

Puis Rose comprit. Ce n'était pas un rêve. C'était un souvenir.