Chapitre III
Harry se réveilla. Les yeux toujours fermés, il pouvait sentir les draps chauds qui recouvraient son corps. Quel bonheur cette sensation de chaleur...
Mais, alors qu'il profitait de cette confortable situation, des images lui revinrent à l'esprit. Le jeune Dumbledore... Le Choixpeau qui l'envoyait à Serpentard... Tom Riddle...
Harry sentit un frisson d'horreur lui parcourir le dos. Il avait fait un horrible cauchemar. Mais tout cela était terminé... Tout ce qu'il avait vu n'avait plus aucune importance... Il esquissa même un mince sourire en imaginant la tête de ses deux meilleurs amis, Ron et Hermione, lorsqu'il leur raconterait cette histoire.
Alors qu'il se réconfortait toujours de s'être finallement éveillé de ce cauchemar, qui lui paraissait pourtant si réel, il entendit une porte s'ouvrir, puis se refermer dans un coin de la pièce. Sachant bien qu'il avait du dormir un temps considérable, il décida de ne pas feindre le sommeil, et d'ouvrir les yeux.
Il n'était pas dans son lit, ni dans un fauteuil de la salle commune. Non, il était à l'infirmerie.
Harry fronça les sourcils. Qu'est ce qui aurait bien pu l'ammener ici? Il regardait sans la voir une étrange lampe qu'il n'avait jamais vu auparavant à l'infirmerie. Et si... Non. Il était absurde. Il ne devait pas s'en faire pour rien. Il avait du s'évanouir dans le bureau de Dumbledore, et celui ci l'avait amené à l'infirmerie. Oui, c'était logique...
- Bien dormi Mr Potter ? demanda la voix particulièrement suave, de la personne qui venait d'entrer.
Harry se dressa d'un bond sur son lit, et s'empressa de mettre ses lunettes qu'il venait d'attraper à tatons. Il ne reconnaissait pas cette voix...
Lorsque sa vue redevint claire, il put observer la personne qui venait de l'appeller. C'était une femme noire, un peu grassouillette, d'une trentaine d'années, mais qui, rien qu'en la regardant, avait l'air d'être très maternelle. Mais ce qui intrigua Harry, fut avant tout l'uniforme d'infirmière qu'elle portait.
- Vous... Vous êtes nouvelle ? demanda Harry la voix tremblante.
L'infirmière le dévisagea, puis, s'approchant de son lit avec un plateau rempli de fioles aux couleurs étranges, elle répondit :
- Non.
Harry fut surpris de la réponse courte et sèche de l'infirmière. Que signifiait tout ceci...
- Pourtant, je ne vous ai jamais vue dans le château, lança Harry après qu'elle l'eut forcé à avaler tout le contenu d'une fiole particulièrement fumante.
Celle ci le regarda une nouvelle fois, avec un air attendri cependant.
- C'est normal Mr Potter, vous êtes arrivé hier soir au château, dit elle avec un sourire. Le professeur Dumbledore souhaitait vous voir personnellement... Il ne devrait pas tarder. Ah, le voici, dit elle en se tournant vers la porte qui venait de s'ouvrir.
Harry manqua de s'évanouir une nouvelle fois lorsqu'il aperçut la personne qui venait d'entrer dans l'infirmerie.
- Bien dormi Harry, lui lança un Dumbledore plus jeune de 40 ans, avec le même air malicieux qui lui était propre.
- Je...
Le jeune Potter n'arrivait pas à trouver les mots qui convenaient. Rien de tout ce qu'il avait vu n'était réel... Tout ceci n'avait été qu'un cauchemar... Et pourtant, Dumbledore, avec 40 ans de moins, se trouvait devant lui, et le regardait comme si tout était parfaitement normal.
- Quelque chose ne va pas Harry? demanda Dumbledore.
- Mais... Ce n'est pas possible...
La stupéfaction de Harry était si grande qu'il n'entendit même pas Dumbledore demander à l'infirmière de les laisser seuls. Peu après, Dumbledore se tenait juste à côté du lit de Harry, le regardant droit dans les yeux. Harry, qui était toujours aussi choqué de ce qui lui arrivait, ne put s'empêcher d'être impressionné par le regard profond que lui lançait Dumbledore.
- Ecoutes Harry... Je sais que j'ai fait des erreurs... J'aurais du être là cette nuit à Okanslig... J'aurais du aider tes parents... Je n'ai pas su être à la hauteur de ce qu'ils attendaient de moi... Je n'ai pas été un bon parrain...
Les informations mais aussi les questions peinaient à pénétrer dans l'esprit de Harry tant elles lui semblaient étranges... Dumbledore était son parrain? Qu'était ce donc que Okanslig ? Que se repprochait Dumbledore ?
- Excusez moi mais... de quoi parlez vous ?
Harry avait posé sa question en oubliant soudainement ce qui se passait. Mais d'après l'air intrigué de Dumbledore, sa question devait être très déplacée.
- Et bien Harry, je parle de ce qui s'est passé... Tu ne t'en souviens pas ?
Dumbledore avait presque posé la dernière question sur un ton suppliant, comme s'il redoutait par dessus tout que Harry lui réponde "Non". Le jeune homme l'avait bien senti, et devant cette difficulté, il préféra désapprouver le directeur en tournant la tête plutôt qu'en lui disant ouvertement.
- Par Merlin ! s'exclama Dumbledore en se tapant la main sur le front, d'un air assez furieux. Je suis encore plus à blâmer que tu ne le devrais Harry. Non seulement je n'ai rien fait pour t'aider toi et ta famille lorsque vous en aviez besoin, mais en plus, je n'ai pas respecté les consignes des médicomages...
Harry resta silencieux, préférant attendre les explications de Dumbledore... Il ne comprenait pas ce qui se passait, mais sentait que ce qu'allait lui dire Dumbledore pourrait l'aider à comprendre.
- De quoi te souviens tu Harry? demanda soudainement Dumbledore, qui avait perdu son air malicieux.
- Euh... répondit Harry hésitant. Rien.
- Comment ça? s'exclama Dumbledore, avec une expression entre l'étonnement et la peur. Ne me dis pas que tu as oublié tout ton enseignement magique...
- Non, répondit précipitamment Harry, qui n'avait jamais vu Dumbledore ainsi. J'ai oublié... mon histoire familiale, conclut Harry avec une boule dans la gorge.
Il ne savait pas pourquoi il mentait, mais il sentait qu'il devait entendre cette histoire - tout en essayant de cacher au mieux son jeu, du moins pour l'instant.
- Humm... fit Dumbledore. Un simple traumatisme... C'est compréhensible... Je vais donc devoir t'expliquer ce qui s'est passé...
Harry n'avais jamais vu Dumbledore dans un tel état de colère contre lui même. C'était sûrement du au fait que ce Dumbledore là avait 40 ans d'expérience de moins, pensa Harry.
- Donc, reprit Dumbledore plus calmement... Tout commence à Godric's Hollow, un petit village ou toi et tes parents habitaient... Tu te souviens de Lily et James au moins ?
Harry, bien que très tenté de répondre "non" afin que Dumbledore lui en dise plus sur ses parents, hocha la tête positivement.
- Bien. Ils faisaient partie d'un groupe de sorciers nommés la RAS, dirigés par moi même. Tu te souviens ce qu'est la RAS n'est ce pas ?
Cette fois ci, Harry n'eut d'autre choix que de faire comprendre à Dumbledore qu'il n'avait aucune idée de ce qu'était la RAS. Dumbledore reprit alors :
- RAS... Resistance Against the Stealifes.
Au vu de l'air intrigué de Harry, Dumbledore en déduit que celui ci avait aussi oublié ce qu'étaient les Stealifes.
- Les Stealifes, étaient un groupe de sorciers dirigés par un mage noir très puissant nommé Grindelwald...
Dumbledore marqua une courte pause dans son récit, puis reprit :
- Tes parents étaient donc des membres actifs de la RAS. Et ce jusqu'à ta naissance... A partir de ce moment là, ils ont démissionné, jugeant que ta santé prévalait, et qu'il ne fallait pas te mettre en danger. Et, comme leur..."réputation" de membre actif était faite, ici, en Angleterre, ils sont partis à l'étranger. D'après ce qu'ils m'ont dit, vous vous êtes installés en Suède.
Les informations retraient difficilement dans la tête de Harry. Dumbledore lui expliquait ce qu'il pensait être sa vie... Mais il n'avait jamais eu cette...vie.
- Puis, le fameux jour de tes onze ans est arrivé. Il fallait te placer dans une école de magie. J'ai personnellement proposé Poudlard, disant à James et Lily que je serais toujours là pour veiller sur toi en tant que parrain. James à refusé, en me faisant remarquer que je ne changerais rien à la situation en Angleterre, et que les attaques à Poudlard se multipliaient. A partir de cette conversation, tu es allé à Durmstrang, et James et moi n'avons pas entretenu les mêmes rapports qu'avant...
- Que voulez vous dire? demanda Harry.
- Et bien, nous étions plus distants l'un de l'autre, sans pour autant être ennemis. Je savais que cette nouvelle relation ne pouvait rien présager de bon, mais je n'ai rien fait... Et ce qui est arrivé me prouva que j'avais malheureusement raison...
Après une courte pause, durant laquelle Dumbledore sembla se rémémorer personnellement les faits, il reprit :
- Tu as fait tes études normalement à Durmstrang, loin de la menace des Stealifes. Mais James et Lily avaient toujours conscience de la situation en Angleterre, et je pense qu'ils s'en voulaient un peu d'avoir abandonné la RAS, car ils faisaient partie des meilleurs membres. Puis, on raconte qu'un jour, n'y tenant plus, Lily proposa à James de revenir en Angleterre nous aider. Elle dit que tu étais assez grand pour te défendre, que tu n'étais pas un gamin. James refusa, mais proposa de recruter des sorciers sur place pour la RAS...
Dumbledore marqua une nouvelle pause, tandis que Harry était de plus en plus étonné par cette histoire.
- Ainsi, les Potter commencèrent à recruter des sorciers suédois pour nous aider... Cela marchait fort bien je dois dire, mais les Stealifes se rendirent compte que quelque chose clochait, que depuis quelques temps, nos forces s'agrandissaient... Alors ils ont cherché des informations, et après avoir découvert la nouvelle activité de tes parents, ils sont venus à Okanslig, le petit village ou vous habitiez, et ont tué tes parents.
Harry sentit son coeur tomber dans sa poitrine. Pourquoi ne pouvait il donc jamais avoir de parents...
- Mais les quelques Stealifes qui restaient après le combat avec tes parents n'ont pas resisté à ta propre colère... D'après ce qu'on a pu reconstituer, tu étais le seul survivant, et tu as à toi tout seul tué au moins quatre Stealifes. Les Dickens, vos voisins à Okanslig, ont rapidement prévenu les autorités magiques suédoises, et tu as été placé sous ma garde.
- Mais professeur, commença Harry d'une petite voix après un moment de silence, pourquoi avez vous dit que vous vous en vouliez ?
- Parce que j'aurais du être présent cette nuit là, et défendre tes parents, comme ils s'étaient battus pour la RAS de nombreuses fois dans le passé. J'aurais aussi du prévoir que la nuit dernière serait trop...forte en émotions pour toi, et que cela pouvait avoir des répercussions sur toi. Ce sont les médicomages qui me l'avaient dit...
Il marqua une courte pause, puis reprit :
- Enfin, vu qu'il est vital que tu sois au courant, le Choixpeau t'as envoyé à Serpentard hier, et tu t'es évanoui dans la Grande Salle. Je t'ai emmené à l'infirmerie, ou Mrs Leto a pris soin de toi jusqu'à ce matin.
Un long silence s'installa dans la pièce, ponctué par la seule pluie qui venait de tomber sur Poudlard.
- Professeur... commença Harry. Il doit y avoir un problème... Je n'ai jamais habité à Okanslig, et mes parents ont vécu bien après... Tout ceci est du à...je ne sais quoi, mais il s'agit d'une erreur... Je suis à Gryffondor, en fin de 6ème année, et je suis à Poudlard depuis ma première année. Je suis né le 31 juillet 1980, et j'ai habité chez mon oncle et ma tante, des moldus, depuis l'âge d'un an, sur votre propre ordre. Mes parents ont été assassinés par Lord Voldemort, le plus grand mage noir de tous les temps lorsque j'avais un an. D'ailleurs, il est ici, il s'appelle Tom Marvolo Riddle...
- Voyons Harry, le coupa Dumbledore, tu divagues. Ce doit être le choc d'hier qui...
- NON ! s'écria Harry. Vous vous trompez, ce que vous dites n'a jamais existé ! Sirius Black était mon parrain, et une prophétie a été faite, disant que je suis le seul à pouvoir vaincre Voldemort, et que c'est pour cela qu'il a essayé de me tuer... Il a crée des Horcruxes pour braver la mort... Et...
- Harry, coupa Dumbledore d'un air beaucoup plus sérieux. Je ne sais pas ou tu as entendu parler d'Horcruxes, mais saches que je t'interdis d'en parler à qui que ce soit.
- Mais professeur c'est vous qui...
- Nous reparlerons de tout ceci lundi soir Harry. Viens dans mon bureau après les cours. Pour l'instant, j'ai à faire. Mais je te le redis : pas un mot sur les Horcruxes.
Et sur ces mots, Dumbledore sortit, laissant Harry furieux contre ce jeune Dumbledore qui ne le comprenait pas, seul dans son lit d'infirmerie.
