Origine : Gundam Wings

Disclaimer : Les personnages principaux ne sont pas à moi, mais à leurs auteurs respectifs. Quand on voit la vie que je leur fait mener, c'est pas plus mal...

Genre : Angst, shonen-ai

Couples : 3x4 sous-entendu

Remarque : Un chapitre un peu plus court cette fois-ci. Toujours merci à Acratophore, ma bêta, pour ses corrections de conjugaison et de syntaxe. Comme vous avez été sage, si j'en crois les reviews, et qu'en plus je pars vadrouiller tout l'après-midi, je poste le chapitre maintenant au lieu de ce soir. Bonne lecture !

Remarque 2 : FFnet me supprime les p'tites étoiles, alors les bonds dans le temps seront juste indiqués par le texte. Quand au texte en italique, c'est toujours les pensées de Duo.


Chapitre 3 : Prise de conscience

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Lundi matin, quelque part dans le piémont italien

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Duo s'éveille avec l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur. Il a mal partout. Lorsqu'il ouvre les yeux, la première chose qu'il voit, c'est le débardeur vert bouteille de Heero. Ensuite, c'est une patte de chat posée sur la poitrine du japonais. Duo se hérisse en la voyant. Quoi ? L'infiltration dans la base, le vol de l'antidote et enfin toute cette douleur pour rien ?

- Shit !

Heero ouvre les yeux et regarde Duo. Un éclair de tristesse passe dans ses yeux cobalt, puis ils reprennent leur froideur habituelle.

- Je ne comprends pas, ça aurait dû marcher, j'ai senti la même chose qu'à la base... Pourquoi je suis toujours un chat ? Je me suis pourtant pas trompé d'éprouvette. Ou alors c'est parce qu'ils n'ont pas pu tester l'antidote, il était pas au point...

- Duo ?

Le châtain arrête ses réflexions et regarde Heero. Ce dernier s'est levé entre-temps et a finit de boucler son sac.

- Oui, Hee-chan ?

Miaou ?

- On va déjeuner et puis nous rejoindrons les autres.

- D'accord, mais il faudra que tu t'occupes aussi de mes affaires, je peux pas porter mon sac.

Miaou.

Heero ouvre la porte et fait signe à l'américain de le suivre. Ce dernier se lève en grimaçant et ronchonnant contre ses courbatures multiples. Il réussit quand même à grimper sur la table. Heero lui pose un bol de chocolat chaud devant le nez.

- Thanks.

Miaou.

- De rien.

Duo regarde Heero avec surprise.

- Great, si t'arrives à comprendre mes miaulements, on va plus avoir besoin des lettres du scrabble !

Miaou !

Heero soupire fortement, se pince la base du nez puis regarde Duo avec... exaspération ? Duo soutient son regard sans comprendre ce qu'il a pu faire pour énerver le japonais.

- Duo, tu parles.

- Hein ?

- Tu parles depuis ce matin. Tu ne miaules plus.

- Hein ? Mais, comment …?

- Il semblerait que je t'ai vraiment injecté l'antidote, mais une erreur s'est produite, comme pour ta transformation.

- Miaou.

- Hn ?

- Non, rien, je vérifiais si je pouvais toujours miauler.

Heero soupire une fois de plus et finit son café. Il pose son bol dans l'évier et sort de la cuisine. Le temps que Duo finisse son chocolat, il est de retour. Il pose le sac de Duo dans le couloir et fait la vaisselle.

Une fois la planque propre, il prend les deux sacs et sort. Duo le suit jusque dans la voiture. Il s'assied sur le siège passager et attend que Heero vienne prendre place au volant. À sa question sur l'emplacement de la nouvelle planque, il ne reçoit aucune réponse. Il soupire et se couche en rond. Il compte profiter du voyage pour dormir encore un peu. De toute façon, il ne peut pas relayer Heero au volant.

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Lundi après-midi, quelque part en Haute-Provence

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Heero stoppe la voiture devant un petit mas provençal, enduit d'ocre jaune, avec un toit en tuiles canal variant entre le rouge brique et le rose pâle. Duo se réveille au claquement de la portière conducteur. Heero vient lui ouvrir la porte, avant de sortir les sacs du coffre. Le châtain hume l'air, à la recherche d'une odeur familière. Le vent de sud lui apporte des bouffées de lavande et de sauge, ainsi qu'une odeur de fer chaud. Cette dernière l'intrigue, jusqu'à ce qu'il entende un train siffler. L'odeur de fer provient certainement du frottement des roues sur les rails.

La petite maison étant sous le vent, il ne peut pas sentir si les autres pilotes sont déjà là. Heero s'est approché de la porte et toque sur le battant suivant le code qu'ils ont mis en place pour se reconnaître. Peu de temps après, la porte s'ouvre avec précaution, et un œil turquoise brille une seconde dans l'entrebâillement. Reconnaissant le japonais sur le seuil, Quatre ouvre alors le battant en grand et leur souhaite la bienvenue. Se penchant un peu, il regarde derrière Heero et paraît surpris.

- Duo n'est pas avec toi ?

- Si.

- Je ne le vois pas.

- Mais si, je suis là. Laisse-nous entrer, on t'expliquera, Quat-chan.

Quatre s'efface pour laisser passer Heero et regarde partout pour essayer de voir d'où provient la voix de Duo. Mais comme il ne regarde pas au sol, il ne voit pas passer le chat. Le petit blond attend un moment, puis, ne voyant pas entrer l'américain, il suit Heero dans le salon. Il se poste devant le japonais et le regarde avec un œil mauvais.

- Heero, qu'est-ce que tu as fait de Duo ? Pourquoi ai-je entendu sa voix alors qu'il n'est pas là ? Qu'est-ce qui lui est arrivé ? Où est-il ?

À chaque question, Quatre parle de plus en plus fort, jusqu'à presque hurler la dernière. L'éclat de voix de l'arabe rameute Wufei dans la pièce, bientôt suivi par Trowa qui vient voir ce qui a pu mettre son ange en colère. Devenant le centre de l'attention générale, et ne recevant aucune aide de l'américain qui ri sous cape, Heero se penche, attrape le chat en douceur et le fourre dans les bras d'un Quatre abasourdi.

- Le voilà, Duo.

- Hein ?

- Salut Quat-chan. Ça va ?

De saisissement, Quatre lâche le châtain en sursautant, Trowa lève son seul sourcil visible et si la mâchoire de Wufei avait eu la faculté de se déboiter, elle se serait fracassée sur le sol.

- Et bien, heureusement que les chats retombent toujours sur leurs pattes !

- Duo ? C'est toi ?

- Bin oui, puisqu'on te le dit !

- Mais... Que... Comment...

Le pauvre Quatre ne semble pas savoir comment réagir à la nouvelle, pas plus que les deux autres.

- Asseyez-vous tous. Je vais vous expliquer, mais ça risque de prendre un peu de temps. Hee-chan, tu restes aussi pour compléter si j'oublie des trucs ?

- Hn.

Duo décrivit donc dans le détail tout ce qui s'était passé depuis le début de sa mission, mais en se gardant bien de parler des petites attentions de Heero à son encontre. Lorsqu'il arrive à ce qu'il a entendu dans le laboratoire, Heero le coupe :

- Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé ?

- C'est dur à expliquer avec juste des lettres de scrabble. Et puis comme ça ne concernait pas directement l'antidote, j'ai pensé qu'il serait plus simple de te le dire une fois redevenu humain.

- Hn.

Le châtain continue donc son exposé et termine en racontant son réveil le matin même. Les trois autres pilotes se taisent un moment, avant que Wufei ne demande :

- Et maintenant, on fait quoi ? On peut pas te laisser comme ça, Maxwell.

- C'est évident ! On trouve pourquoi l'antidote n'a pas fonctionné, et on le modifie pour que ça marche !

Quatre allait se lever pour mettre ses paroles à exécution quand Trowa le coupe dans son élan en posant la main sur son bras. Le français regarde Heero et lui demande :

- Les profs n'ont rien dit ?

Duo regardant le japonais à ce moment-là, il croit le voir légèrement rougir à la question du français. Mais c'est si fugitif qu'il se demande s'il n'a pas rêvé.

- Ils ne sont pas au courant.

- Hein ? Mais je l'avais pourtant écrit dans mon rapport !

- J'ai modifié la fin.

- Pourquoi, Hee-chan ?

- …

- Ça me paraît évident, Maxwell.

Wufei a pris la parole face au mutisme du japonais. Il s'attire le regard curieux de Duo, mais aussi de Quatre. Les deux garçons ne semblent pas voir ce qui est pourtant si évident.

- S'ils l'avaient su, ils t'auraient enlevé du service actif et ils auraient trouvé un autre pilote pour ton DeathScythe. En plus, tu leur aurais certainement servi de cobaye. Ils ne seraient pas passés à côté d'une occasion de réussir là où les scientifiques d'OZ ont échoué.

Duo reste abasourdi par les paroles du chinois. C'est vrai que c'est logique et tout à fait dans les façons de leurs mentors, mais il n'y a jusqu'alors pas réfléchi. Prenant toute la mesure de ce à quoi il a échappé, le châtain remercie Heero de l'avoir protégé ainsi, s'attirant un grognement pour seule réponse.

Les cinq pilotes se mettent d'accord pour continuer à maintenir les profs dans l'ignorance de l'état de Duo. Quatre et Heero, qui ont le plus de connaissances en biologie, se mettent donc à disséquer le protocole d'injection pour essayer de comprendre pourquoi le deuxième pilote s'est complétement transformé. Les deux autres retournent à leurs occupations et Duo se couche en boule sur le bureau où le japonais et l'arabe travaillent, prêt à leur apporter des précisions sur sa transformation si besoin. Il n'a pas osé se coucher sur les genoux de Heero, le soldat parfait n'aurait sûrement pas supporté ce geste devant un autre pilote.

Le reste de la journée passe ainsi, les recherches n'étant interrompues que pour le repas du soir, préparé par Trowa. Après le dîner, Quatre reste encore trois heures avec Heero, puis va rejoindre Trowa dans leur chambre, après avoir recommandé au japonais de ne pas y passer la nuit.

Heero n'a pas répondu au petit blond, et Duo n'est pas sûr qu'il l'ait seulement entendu. Lorsqu'il se rapproche du japonais, longtemps après qu'il n'y ait plus un bruit dans la petite maison, il voit que l'horloge du portable indique plus de 2h du matin. Il se glisse entre les bras du brun, de façon à se retrouver entre le visage de celui-ci et l'écran. Étant ainsi sûr d'avoir son attention, il lui dit gentiment :

- Hee-chan, tu devrais aller dormir.

- Je n'ai pas fini.

- C'est pas en t'épuisant que tu trouveras comment me sortir de là. Et puis, en ce moment, les profs nous donnent mission sur mission. Qu'est-ce que tu vas faire si t'es crevé quand la prochaine arrivera ? Tu diras à J : "Désolé, je suis trop fatigué parce que j'ai passé plusieurs nuits à décortiquer une expérience d'OZ qui a mal tourné pour Duo" ? Déjà qu'il m'aime pas, là, tu signerais mon arrêt de mort...

Heero réfléchit quelques secondes et décide que le châtain a raison. Il ne veut pas mettre la puce à l'oreille de leurs mentors en agissant de façon stupide. Après un dernier regard aux documents ouverts sur son écran, il pousse légèrement Duo de façon à refermer le portable sans lui pincer la queue. Puis, il se lève et se rend à son lit, tout en se déshabillant.

Duo sourit, satisfait de son petit discours. Rien de tel que de parler d'un risque d'échec en mission pour envoyer le soldat parfait au plumard ! Il profite de la vision de son camarade en train de se changer et descend du bureau lorsque Heero éteint la lumière. Arrivé au niveau des tables de chevets, entre les deux lits, il s'assied et lève le nez.

- Heero ?

- Hn ?

- Tu veux bien... Enfin... Est-ce que je...

- Quoi ?

La réplique sèche du japonais lui fait rentrer la tête dans les épaules. Baissant les yeux et se dirigeant vers son lit, il murmure :

- Non, rien, laisse tomber.

Il saute sur son matelas et se fait un nid dans l'oreiller avant de s'y rouler en boule. Il soupire d'un air malheureux et ferme les yeux.

Et voilà, je le savais... Heero a repris son masque de glace... J'aurais tellement aimé qu'il accepte que je dorme avec lui... Mais ce n'était même la peine de demander, il m'aurait viré aussi sec...

Pendant que Duo se lamente sur son triste sort, Heero s'interroge sur ce que l'américain avait voulu lui demander. Il s'étonne également qu'il n'essaye pas de grimper sur son lit. Depuis un bon moment déjà, même lorsqu'il était encore humain, Duo essaye de squatter son lit tous les soirs, malgré le fait qu'il l'en chasse toujours. Il en est venu à apprécier ces petites joutes avant de dormir, bien qu'il ne le lui ait jamais dit. Peut-être le châtain est-il peiné car il n'a pas réussit à l'aider...

Les deux premiers pilotes s'endorment rapidement, malgré les tristes pensées qui leur trottent dans la tête.

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Mercredi après-midi, dans une base d'OZ en Catalogne

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Duo monte la garde. Il s'est perché en haut d'une armoire d'où il a une vue dégagée sur l'ensemble du couloir. Pour le moment, tout est calme. Enfin, dans le couloir. Il peut entendre les bruits étouffés d'une bataille à l'extérieur de la base. Son écouteur grésille et Quatre lui fait un résumé de la situation à l'extérieur. Un nouvel escadron de Leo vient d'arriver et les munitions des pilotes diminuent dangereusement. Un autre grésillement, et Heero répond qu'il lui faut encore cinq minutes pour charger le virus et cinq autres pour évacuer.

Fichue mission et fichus mentors... Ils avaient été réveillés à 6h le mardi matin par la sonnerie du portable de Heero, l'informant de l'arrivée d'un message de J. Le japonais s'était levé comme un ressort et avait déjà lu le message avant que Duo n'arrive à ouvrir un œil.

Pendant que Heero partait réveiller les autres, le châtain était monté sur le bureau pour lire le message. J avait ordonné une mission difficile, même avec cinq pilotes en pleine forme. Elle a deux buts : ajouter un programme dans l'ordinateur central d'une des bases principales d'OZ pour avoir un accès externe aux bases de données qu'il contenait et faire croire aux ozzies que les pilotes commençaient à fatiguer. Cette base est fortement pourvue en hommes et MS de toutes sortes. Même avec les cinq gundams, il est totalement impossible de détruire une base pareille avec une attaque frontale. Le plan de J consiste donc à envoyer quatre pilotes pour faire diversion le temps pour le japonais de charger son programme, avant de battre en retraite en simulant une fuite désespérée.

Plus la mission avance et plus Duo doute que leur fuite soit vraiment simulée. L'absence du DeathScythe est un réel handicap, et bien qu'aucun des pilotes n'ait fait le moindre commentaire, l'américain se sent de plus en plus mal de ne pouvoir faire que le guet. Ses amis sont en mauvaise posture, et il ne peut rien pour eux.

Il s'aplatit soudain sur son armoire en entendant des bruits sur sa droite. Tout en jetant un œil, il prévient Heero de l'arrivée d'une dizaine de personnes dans leur direction. La veille, pendant la préparation de la mission, Wufei lui a bricolé une sorte de licol pour maintenir un écouteur et un micro sur sa tête. Ça tire les poils et n'est guère seyant, mais au moins, il peut communiquer avec ses amis. Quelques soldats passent au pas de course devant la porte du local du serveur, sans remarquer qu'elle est entrouverte. Le châtain prévient le japonais qu'il n'y a plus de danger et recommence à faire le guet.

Heero finit de charger le programme et range son portable dans son sac. Il demande à Duo s'il peut sortir, puis ils prennent de concert le chemin d'évacuation convenu. Ils n'ont pas fait trois pas que Quatre les presse de déguerpir au plus vite. Apparemment, les commandants de la base en ont marre de perdre des hommes et ils ont engagé une demi-douzaine de Mobil Dolls dans la bataille.

Quatre est en train de finir son compte-rendu lorsque la communication est brutalement interrompue.

- 04 ? Réponds 04 ! Que se passe-t-il ?

- Ici 05. 04 est à terre et 03 lui porte secours.

- 01 à tous, évacuez en vitesse.

- Mais...

- Y'a pas de mais qui tienne, filez !

Duo a presque crié la dernière phrase et il s'attire un coup d'œil assassin de la part de Heero. Heureusement, le couloir où ils se trouvent est désert, comme les coursives alentour. Wufei confirme l'ordre de repli et coupe la communication. Les deux premiers pilotes se pressent de suivre leur propre itinéraire de repli. Si les gundams n'avaient pas été contraints à la fuite, ils auraient eu un peu plus de cinq minutes avant que l'attention des ozzies ne se reporte sur l'intérieur de la base. Largement de quoi sortir et se fondre dans la nature environnante.

Or là, il leur reste au mieux deux minutes pour quitter les lieux. Heero décide donc de sacrifier la discrétion au profit de la vitesse et, après un signe à Duo, ils prennent les couloirs déserts au pas de course, en direction de la porte de service qu'ils ont empruntée pour rentrer. Ils y parviennent avant que les bruits d'explosions filtrant de l'extérieur ne cessent tout à fait.

Ils sortent de la base et commencent à s'en éloigner. Soudain, Duo ordonne à Heero de se cacher, car il a entendu un MS. En effet, un Leo fait son apparition au coin du bâtiment le plus proche. Les deux adolescents se jettent dans un buisson touffu pour se dissimuler. Fort heureusement, le pilote d'OZ ne les a pas vu et continue sa ronde sans s'occuper d'eux. Ils restent dans leur abri le temps d'être sûr qu'aucun autre MS ne suit le premier, puis ils reprennent leur progression.

L'ouïe fine de Duo lui permettant de repérer leurs ennemis, Heero s'en remet à son ami pour le prévenir. Ils doivent se cacher trois autres fois avant de sortir de la zone délimitée par la clôture de la base. Ils marchent ensuite une petite heure pour arriver à l'endroit où ils ont laissé leur véhicule, une petite voiture un peu cabossée qu'ils ont trouvé dans le garage de leur planque.

Heero prend le volant et reprend le chemin de la Provence. Pendant le trajet, Duo essaye de joindre les autres pilotes, mais l'émetteur à sa disposition n'est pas assez puissant pour cela. Il se débarrasse alors de son harnais et fixe la route qui défile devant lui sans rien dire. Si Heero trouve son mutisme étonnant, voire alarmant, il n'en laisse rien paraître.

Tard dans la nuit, ils parviennent au petit mas provençal. Nulle lumière ne filtre des volets clos, et rien n'indique que les autres soient revenus. Heero a à peine le temps d'ouvrir sa portière que Duo se précipite dehors et saute sur le rebord d'une fenêtre pour tenter d'apercevoir l'intérieur. Il presse le japonais d'ouvrir la porte, et se rue à l'intérieur de la demeure sans suivre les procédures de sécurité. Heero soupire légèrement. Lui aussi est inquiet pour leurs amis, et cela ne lui enlève pourtant pas toute prudence. Il fait donc consciencieusement le tour de la planque avant de suivre le châtain à l'intérieur.

Il trouve Duo dans la pièce principale. Le pauvre chat lève vers lui ses grands yeux améthystes et lui dit d'une voix un peu tremblante qu'il n'y a personne. Heero se penche, prend doucement Duo et l'emmène dans leur chambre. Une fois devant le bureau, il pose le châtain dessus, avant de sortir son portable de son sac et de l'allumer. Duo le regarde faire sans comprendre, jusqu'à ce que le brun ouvre un canal de communication longue distance sécurisée avec Trowa.

Après quelques secondes, le visage fatigué de leur ami apparaît sur l'écran. Heero entame la conversation :

- On est à l'abri et vous ?

- Nous aussi.

- Des dégâts ?

- Sally est en train d'opérer Quatre, Wufei a une épaule démise et nos gundams sont en réparation pendant au moins trois semaines.

- Opérer Quatre ? Il a quoi ? C'est grave ?

Duo se décompose un peu plus à chacune de ses questions. Trowa baisse la tête, se dissimulant derrière sa mèche, et répond d'une voix un peu tremblante :

- Il a quelques côtes cassées, dont une qui a apparemment perforé un poumon.

- Va te reposer. Je m'occupe du rapport.

Heero coupe la communication sur ces mots, avant de se tourner vers Duo. Ce dernier regarde fixement l'écran sans le voir depuis qu'il a appris l'état de l'arabe. Le japonais tend la main vers lui, hésite quelques secondes, puis lui caresse l'échine tout doucement. Le châtain semble s'animer de nouveau et coule un air malheureux vers le brun.

Heero le prend précautionneusement afin de le poser sur ses genoux. Puis, il commence à taper son rapport tout en caressant le chat de temps à autres. L'américain ne sait plus quoi penser de cette attitude. Heero agit-il ainsi pour le rassurer ?

Las de se poser des questions, il s'installe un peu mieux, se serrant le plus qu'il peut contre le ventre musclé du brun. Il aurait voulu pouvoir l'étreindre et pleurer sur son épaule, mais les chats ne sont pas conçus pour pleurer et puis Boys don't cry, n'est-ce-pas ?

Et pendant que le soldat parfait tape un rapport clair, net et précis, quoique différant légèrement de la réalité, Duo prend une décision. Il ne peut pas laisser la situation ainsi, persuadé d'être la cause de la défaite et surtout des blessures de ses deux amis.

On est déjà pas nombreux, alors si en plus je ne peux pas piloter le DeathScythe, autant rendre mon tablier de suite ! Il faut que j'en informe les profs. Et connaissant ces vieilles branches, je suis sûr qu'ils ont un pilote en rab' planqué quelque part, prêt à prendre la relève. Mais comme Wufei me l'a si bien dit, pas question de leur donner l'occasion de me prendre comme cobaye. Je dois donc disparaître sans laisser de traces.

Bien loin de se douter des pensées du châtain, Heero invente la fin de la mission. Selon la version qu'auront leurs mentors, donc la version officielle, Duo est revenu sur ses pas avec son gundam pour aider le premier pilote à s'échapper plus vite. Cela explique pourquoi il n'est pas avec les trois autres à la base. Cela ne semblera pas si étonnant, connaissant la propension de l'américain à interpréter les ordres à son idée.

Lorsque Heero met un point final au rapport, il s'aperçoit que Duo ne ronronne pas, comme il le faisait dans leur planque précédente dans la même situation. Il se dit qu'il est peut être trop inquiet de l'état de santé de leurs amis pour réussir à se détendre. Il envoie le rapport à J et grattouille Duo derrière l'oreille pour attirer son attention. Lorsque le regard améthyste croise le sien, il lui demande :

- Tu as faim ?

- Pas vraiment. Mais va manger sans moi, je me préparerais un petit quelque chose plus tard.

- Et tu feras comment ?

Heero n'a pas demandé cela ironiquement, mais Duo le prend assez mal. Il détourne la tête avant de descendre des genoux du japonais.

- T'as qu'à m'ouvrir une boîte de thon. Je la mangerais quand j'aurai faim.

Sur ces mots acerbes, il saute sur son lit et s'enfouit sous la couette pour couper court à la conversation. Heero reste quelques secondes sur son siège, à regarder silencieusement la petite bosse sous la couette trahissant la position de son ami, puis il se lève en soupirant doucement et part dans la cuisine.

Lorsqu'il revient, une petite demi-heure plus tard, Duo n'a pas bougé. Avisant l'heure tardive, il décide d'aller se coucher. Une fois dans son lit, et après avoir éteint la lumière, il tente un "bonne nuit". Seul le silence lui répond. Il pense alors que Duo s'est déjà endormi. Il soupire et s'enroule dans sa couette. Quelques minutes plus tard, il dort à son tour.

Seulement, Duo ne dort pas. Il attend encore une petite heure avant de sortir de son lit. Il grimpe sur le bureau et s'assied devant l'ordinateur. Il n'est pas éteint et l'écran n'est pas fermé. Le portable sort de veille sans demander de mot de passe lorsque Duo pose la patte sur le touchpad. Heureusement, car le soldat parfait en change tellement souvent que le châtain ne parvient jamais à s'en souvenir.

Il ouvre un nouveau document et tape une rapide lettre d'adieux en essayant de faire le moins de bruit possible. Il enregistre le document, mais le laisse ouvert pour que Heero le voie dès le lendemain. Il relit le texte, plus pour se conforter dans sa résolution que pour vérifier les fautes d'orthographes. Il inspire profondément et se détourne de l'ordi.

La lumière bleuâtre diffusée par l'écran lui permet de voir que Heero a changé de position. Le japonais dort maintenant sur le dos et sa couette a glissé, dévoilant le haut de son torse. Duo sent sa décision de partir sans se retourner s'effriter à mesure que les secondes passent. Finalement, il décide de dire au revoir à Heero avant de s'éclipser.

Grâce à ses capacités de chat, il parvient à grimper à côté de l'oreiller du japonais sans faire plus de bruit qu'une plume tombant sur un édredon. Il admire les méplats du visage de son camarade soulignés par la lumière blafarde, avant de frotter son crâne contre la mâchoire offerte, en une dernière caresse de chat. Heero soupire, se tourne sur le côté et marmonne :

- Yamete, kimi ga kusuguru (1).

Duo s'est tendu au soupir, prêt à filer illico si le soldat parfait fait mine de se réveiller mais Heero semble être retombé dans un sommeil profond. Le châtain se détend et après un dernier regard pour celui qui fait battre son cœur et qu'il ne reverra plus, il descend du lit et sort de la pièce. Il passe par la cuisine, pour manger un morceau avant de partir et monte sur la table. Plutôt que lui laisser le thon dans la boîte où il aurait pu se blesser, Heero le lui a mis dans un bol. À côté, il a mis un fond de lait dans un second bol. Devant tant de délicatesse de la part de son iceberg, la résolution de Duo faiblit à nouveau, avant que le souvenir du visage fatigué de Trowa ne la rétablisse.

Il finit les deux bols, peu sûr de pouvoir trouver de quoi se restaurer avant un moment, puis il saute sur le rebord de la fenêtre. La fermeture à guillotine lui permet de sortir et de refermer derrière lui. Il respire un grand coup et s'éloigne de la petite maison d'une démarche assurée. L'obscurité ne tarde pas à l'engloutir.

To Be Continued


(1) Arrête, tu chatouilles. Enfin, je crois... J'ai pas vraiment trouvé de traduction exacte pour cette phrase, alors c'est construit de bric et de broc avec des mots trouvés dans des dictionnaires de traduction. Si vous avez une meilleure phrase, n'hésitez pas à me le dire, je la changerais.

Notes de l'auteur :

Et voilà, on a dépassé la moitié de l'histoire. Alors, vous aimez toujours ? Dans tous les cas, la suite arrive mercredi soir.