New Vogue Children
Chapitre 3
Révélations
Son téléphone portable sonnait, il regarda l'afficher C'était le numéro du laboratoire. Il se dépêcha à répondre, Yuu aurait sûrement quelque chose à lui annoncer qui ferait avancer l'enquête.
Hai ?
C'est Jasmine You.
Je sais. Alors ?
Je dois dire que je suis perplexe. J'ai analysé toutes les morsures, je les ai comparées à toutes les races de singes pas possibles, mais aucune ne correspond. En fait, sur chaque corps, l'ADN est différent et c'est de même avec la façon dont les dents sont ordonnées… C'est comme s'il y avait eut une évolution depuis le début… Ça, disons, travaille plus proprement, la bête est plus sélective. Elle cherche les meilleures parties à dévorer, on dirait.
Donc, ça aurait une certaine forme d'intelligence…
Vraisemblablement… Sauf que j'ai pas trop compris l'agissement du dernier… À peu près tout est en place, sur le corps de la femme… Mais il manque les intestins…
Oui, ça, on savait déjà, non ? remarqua-t-il en remontant ses lunettes sur l'arrête de son nez.
Oui, sauf que c'est pas comme s'ils avaient été bouffés, ils ont été arrachés… Bien sûr, l'abdomen a été déchiqueté par des dents, mais c'est tout. Rien d'autre n'a été touché, contrairement aux autres victimes… Je veux bien croire que la bête travaille de plus en plus proprement, mais pourquoi les tripes ?
Je vois…
Il y a autre chose aussi…
Oui ?
Avec l'évolution de la dentition… On peut voir que ça s'éloigne du primate pour peu à peu… s'humaniser…
… Ça serait donc l'évolution de l'homme en accéléré ?
Je sais pas, Juka… Faudra faire appel à des archéologues… Mais, pour être honnête, moi, ça commence à me ficher les j'tons…
Tout ça commence à prendre une tournure vraiment bizarre…
Et en plus, c'est en train de te rendre malade… Tu passes trop de temps inutile là-dessus, tu devrais peut-être laisser ça au fédéral…
Ha ! Ça, non ! C'est mon affaire !
Je sais que ça te tiens à cœur et aussi parce que t'as une dent contre Mana, mais ça commence à devenir un peu trop gros. Ta femme est sur le point d'accoucher, tu devrais être auprès d'elle.
Arrête de te prendre pour ma mère, Yuu !
Enfin, je t'ai exposé mon point de vue, c'est tout…
Un bip se fit entendre sur la ligne.
Je dois te laisser, j'ai une personne en attente. Bye, Yuu.
Il ne lui laissa pas le temps de répondre, il appuya sur le bouton de changement de ligne.
Hai ?
Juka, on a un problème. Faut que tu viennes au plus vite !
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Je… je peux pas t'le dire… pas au téléphone… Faut que tu viennes voir par toi-même…
… Okais, j'arrive. Vous êtes où ?
La voix qui laissait paraître la stupéfaction et le choque de Kazuno lui débita rapidement l'endroit de la ville où ils se trouvaient. L'inspecteur ne prit pas la peine de fermer les dossiers sur lesquels il travaillait ni les lampes avant de sortir de son bureau en enfilant sa veste.
Presque au centre de la rue, on avait posé les fameux rubans jaunes interdisant l'accès au personnel non autorisé. Il se gara à proximité. Il repéra rapidement Kazuno qui regardait avec un air horrifié de l'autre côté du ruban, quelque chose qu'il ne voyait pas bien à cause de l'agglutinement de policiers, infirmiers, photographes judiciaires et autres qu'il y avait tout autour.
Qu'est-ce qui s'est… commença-t-il en voyant ce qui donnait cette expression-là à son collègue.
Passé ?
Bon Dieu ! Tu vas tout de même pas me dire que c'est Tooru, quand même !
J'voudrais bien plaisanter… mais c'est bel et bien lui… Je l'ai vu…
Mais merde ! Il a plus de visage ! et plus de cuisse non plus !
En… en fait non… C'est seulement les joues qu'il lui manque…
T'as fait ta déposition de témoin ?
Ouais… C'est Yuki qui l'a… Mais attends… T'as pas tout vu…
Il le conduisit de l'autre côté de la voiture, à l'intérieur du périmètre, où il y avait des traces de griffures sur les portes. Là gisait un corps nu d'un blancheur incroyable, de la taille d'un enfant de six ou sept ans. Un trou de balle dans la tête, trois autres dans son dos.
Et merde… lâcha le blond en se passant une main dans les cheveux.
Celle-ci semblait vigoureuse, elle ne cessait de bouger dans ses bras. Elle l'avait même mordue. Mais il l'avait réprimandée et elle n'avait plus cherché à recommencer. Docile, avait-il pensé. Son visage affichait comme une constante grimace, peu importe l'émotion qu'elle essayait de faire paraître, un peu comme l'air renfrogné des vampires dans certaines émissions télévisées. Elle n'était donc pas très belle, mais, au moins, se dit-il, elle n'avait plus aucun poil autre que ses longs cheveux blancs et lisses tombant dans son dos. Elle n'était pas très grande, de dos, on aurait presque pu croire à une gamine d'environ six ans si elle n'était pas tant recourbée vers l'avant, un peu à la façon des gorilles. Hora termina de la vêtir de l'usuel uniforme de vinyle noir et moulant que Kaya leur avait dessiné quand celui-ci arriva dans le laboratoire, un peu après que le scientifique l'y ait appelé.
Alors ? lui lança-t-il, comme il ne daignait pas se tourner face à lui.
Mais lorsque qu'il le fit, il ne put réprimer un hoquet mi-admiratif, mi-dégoûté.
Il est vraiment laid… soupira-t-il.
Oui, mais sa peau ! Tu as vu sa peau ! Blanche ! Comme ses cheveux ! Et elle n'a plus aucun poil ! Pas même des sourcils !
Elle ?
Oui ! C'est une femelle ! fit Hora avec enthousiasme.
La pauvre ! T'as vu la sale gueule qu'elle a ?
Oui, oui ! Je sais ! Mais sa peau, ses cheveux, ça te convient ?
Il s'approcha d'elle en la scrutant et plus il était près, plus elle gigotait et grognait, dévoilant ses petites dents étroites et aiguisées dans la fente qui lui faisait office de bouche. Il tendit une main pour voir quelle texture avait sa peau. Soyeuse. Elle s'effaroucha, tomba des bras de Hora et s'en prit à Kaya, essayant de l'attaquer quelque peu précairement, comme si elle ne voyait pas clair. Il ne mit à lui crier dessus, la taper. Elle, elle essayait de le mordre, elle réussit à lui griffer une joue. Le scientifique s'était dépêché de préparer une seringue de tranquillisant et s'était alors jeté sur la petite pour lui administrer la dose. Elle retomba dans ses bras. Il releva la tête vers son compagnon, habillé en blanc, aujourd'hui. Le sang coulant de la fine entaille sur sa joue allait s'écraser un peu plus bas sur son corsage. Les bras croisés sur sa fausse poitrine, il avait l'air sérieusement furieux.
Non seulement elle est affreuse, mais en plus elle m'attaque ? !
C'était un test, enfin… J'avais pas prévu cette réaction…
Tu prévois jamais rien, de toute façon ! Tes tests te mènent à rien ! Rien ! Jusqu'à maintenant, les New vogue children n'ont rien fait de mieux que de tuer une poignée de gens insignifiants ! En plus, Hora, leur enquête avance ! Encore quelques faux pas et ils vont nous trouver !
Une poignée de gens insignifiants ? Tu n'as donc fait aucun lien entre les victimes ?
Un lien ? Il y avait un lien entre ceux qui ont été tués ? Mais comment tu voulais que je sache ! Tu ne m'as pratiquement rien dit de ton… plan !
Mais tu regardes la télé ! Première victime : une femme divorcée parce que son mari a découvert son adultère. Deuxième victime : une gamine qui venait d'aller se faire sauter par un garçon quelconque dans un love hotel miteux. Troisième victime : un vieillard qui a été retrouvé par sa femme ! Quatrième victime : un salary man sexuellement frustré qui se tapait sa secrétaire. Cinquième victime : un jeune homme nouvellement marié qui avait du passer sur toutes les filles du lycée lorsqu'il y était. Et finalement, il y a cette fille de joie… Et la prochaine victime sera un agent de police s'apprêtant à se marier.
T'es malade ! Tu vas t'en prendre à la police ? !
Tu vois donc aucun lien ?
Mais Hora ! Ils vont nous chopper !
Je te promets que non. Ils ne peuvent aucunement nous retrouver avec la nouvelle génération de NVC.
Toutefois, l'inquiétude régnait toujours dans son regard.
Hora… dit-il doucement. Tu peux pas t'en prendre comme ça à la police…
Voyant qu'il n'était pas convaincu, le plus grand, après avoir humidifié un chiffon doux, s'avança vers lui, alla lui nettoyer doucement le sang qui commençait lentement à coaguler sur son visage, puis l'embrassa.
Moi, je ne peux pas, c'est vrai. Mais Cyanure, elle, le peut.
Mais…
Sh… Tu as compris le lien ?
… Hora…
Hein ?
Non…
Ils sont tous hétéros… Ils ne peuvent pas nous comprendre, ils sont tous bêtes et méchants. Tu as vu tout le mal qu'ils font à notre monde ? Tu as vu, Kaya ? Nous ne pourrons jamais avoir notre jardin parfait avec eux dans les parages. Ils ne pourront jamais nous comprendre. Il faut rayer ces homophobes de la Terre… Ou alors, ils devront se faire à l'idée que nous sommes aussi, voire plus important qu'eux ! Quand nos enfants auront épuré le monde, on nous adorera… Kaya, tu seras ma Reine dans leur décadence ! Tu te rends compte ? ! Nous n'aurons plus à nous cacher ! Nous vivrons dans le plus beaux des châteaux dans le plus beaux des mondes ! Tu aurais toutes les roses, tous les vêtements et même aussi tous les amis que tu veux ! Le Perfect Garden, Kaya !
Celui-ci eut un pâle sourire en baissant les yeux, rêveur. Un jardin parfait… Une nouvelle génération d'humain… Une alternation de générations… Un nouveau règne… Et il deviendrait la Reine de leur univers alors que les humains normaux seront à ses pieds… La Reine de la Décadence Humaine…
Je comprends, maintenant… murmura-t-il, en acceptant que les bras ouverts de Hora se referment dur lui. Mais pourquoi ne rien avoir voulu me dire avant… ?
C'était pas le moment… J'avais peur de t'effrayer… Là, je ne savais pas quoi faire d'autre… Et il fallait que tu saches, un jour, de toute façon. Mais j'ai vraiment eu peur que tu t'énerves trop…
Ç'aurait pu avoir l'effet contraire…
C'est ce que je dis… Ça fait un moment que tu n'as plus eu de crise… Je ne voudrais pas que ça te reprenne de si tôt, je tiens à toi, je ne veux pas que tu retombes dans le comma…
Je sais… Mais, tu sais… au fond… Même si je dis que je te déteste et que j'en ai marre de toi… Ne le crois pas… J'ignore ce que je ferais sans toi…
Mais je n'ai jamais douté de toi ! C'est normal de se fâcher. Et on ne contrôle pas tout ce qu'on dit, quand on est fâché… Ne t'en fais pas, je veillerai toujours sur toi. Toujours. Sur toi et sur nos enfants. Tu vois, je vais lui enseigner à elle, Cyanure, quel type de gens elle doit attaquer et ce qu'elle doit rapporter, que tu puisses cuisiner avec ça. Tout ira bien, je t'en fais la promesse.
Il posa un baiser sur le sommet de sa tête faussement blonde platine, le serrant un peu plus contre lui.
Tu devrais aller nettoyer ton haut avant que ça ne sèche trop...
