Disclaimer : Tous droits réservés à Marvel et à Disney en ce qui concerne les personnages et l'univers. L'Edda n'est pas de moi non plus. Les œuvres en tout genre qui peuvent être citées tout au long de ce récit sont la propriété de leurs auteurs respectifs.

Rating : K, on est là pour s'amuser.

Pairing : Thor/Loki.

Note et blabla : Bonsoir ! Une publication en début de soirée, miracle ! Nous voici en route pour un deuxième chapitre de l'Edda Chaotique. Alors le chapitre était, à mon sens, un peu longuet, alors j'ai prit la liberté de le couper en deux même si les deux parties sont inégales. C'est peut-être cruel mais ça me laisse un chapitre tampon pour ne pas stresser à l'idée d'une quelconque publication.

Ce chapitre coupé en deux ou ces chapitres, comme vous voulez, sont donc tiré de Skáldskaparmál, l'Edda de Snorri Sturluson. -écrivain scandinave du Moyen-Âge Ce n'est pas l'Edda Poétique à proprement parlé, il s'agit d'une rédaction postérieure qui a permi de retrouver et comprendre les anciens textes de l'Edda originelle. Il prend la forme d'un dialogue, donc il s'agit de "récits dans le récits", qui permettent une plus grande compréhension de la mythologie nordique. Mais je m'égare.

Encore une fois vous vous douterez que de nombreuses libertés ont été prises, rien que pour faire concorder l'univers des films/comics avec la mythologie source, mais aussi pour rester cohérent dans le cadre de ma fiction.

Sur ce, bonne lecture !


Thor était furieux. Pour changer. Il faisait les cent pas dans la salle de banquet où il avait pris l'habitude de souper avec Sif, les Trois Guerriers et Loki. Même si aujourd'hui, son frère était sa seule compagnie. Tous les asgardiens étaient retranchés dans leurs appartements, fuyant la présence du Dieu de la Malice comme la peste. C'était un comportement certes enfantin, puéril et mesquin, mais qui arrachait toujours un sourire mesquin au brun. Quand ils étaient revenus de Jotunheim victorieux, avec Mjöllnir de surcroît, Loki s'était délecté de leurs mines surprises et envieuses. Il se sentait comme une diva méprisante et méprisée, dont personne, toutefois, ne parvenait à se passer, et il sentait qu'il allait adorer ce rôle.

Puis un détail avait sauté aux yeux de Thor, ce qui n'avait pas tardé à le mettre dans tous ses états. La table pleine de victuailles avaient de nouveau volé, son contenu s'était éparpillé sur le sol, le tout sous la lumière blafarde et neutre du jour asgardien.

Loki, totalement indifférent à ses cris et ses grognements de rage, se contentait de parcourir un livre du regard. Le style était si simpliste qu'il n'avait pas réellement besoin de se pencher sur l'écrit, quant au scénario, il était si superficiel qu'il était sûr qu'en reprenant le livre au milieu, il ne serait pas dépaysé. Chefs d'œuvres, que disaient les midgardiens. Allons bon.

A bout de nerfs, Thor croqua dans une pomme et la mâcha avec une hargne qui avait quelque chose de ridicule. Il était désormais le seul –avec Loki, bien que celui-ci se soit plus imposé qu'autre chose- à avoir accès aux dernières Pommes d'Or, car les Ases le voulaient au sommet de sa force afin qu'il retrouve les autres, ainsi qu'Iduun, bien entendu. Malheureusement, il s'avérait que la quête pour les pommes allait encore devoir être repoussée.

Mjöllnir était fêlé. Non pas une simple petite rayure qui aurait pu partir après que l'objet ait été poli. C'était une fissure profonde qui partait de la droite, jusqu'au centre, scindant le symbole qui s'y trouvait en deux. Le genre de fêlure menaçante qui disait que si un coup de trop partait, le marteau pourrait se briser définitivement. De quoi mettre le fils d'Odin dans tous ces états. De misérables jotüns, en plus de réussir à le lui voler, avaient fêlés son marteau bien aimé. Ou tout du moins, Thor l'avait brisé pendant l'opération de récupération, à force de cogner mâchoires et murs. Mais pour le blond, qu'importait le pourquoi du comment. L'important, c'était que Mjöllnir était fêlé, par la faute des jotüns, puisque c'était eux qui l'avait volé.

De fait, l'enchantement qui liait le marteau à Thor avait été levé, aussi, n'importe quelle personne pouvait s'en servir. Même Odin ne pouvait le restaurer, car l'enchantement avait été déposé sur le marteau au moment même de sa création. Le problème avait donc plusieurs équations, ce qui avait le don de faire sortir le Dieu de la Foudre de ses gonds.

« Loki, s'impatienta-t-il, au lieu de lire tes romans pour adolescentes, est-ce que tu pourrais me faire le plaisir de trouver une solution ? »

L'interpellé ne prit même pas la peine de lever les yeux vers lui, se contentant de tourner une page et de poursuivre sa lecture aussi enrichissante qu'un combat de chèvres. Thor grogna.

« Loki ! Répéta-t-il.

- Bon sang, Thor, argua enfin le brun, cesse de geindre. Ton marteau est fêlé, il n'y a pas de quoi monter une pièce de Shakespeare !

- Qui est Shakespeare ? S'étonna le blond en haussant un sourcil.

- Abattez-moi, soupira Loki en se pinçant le nez. »

Toutefois, la mine totalement déconfite et perdue de Thor l'amusait plus qu'autre chose, et son incompréhension des références midgardiennes ajoutait une touche subtile à cette mine, ce qui aurait presque pu le rendre attendrissant. Les fines lèvres de Loki se fendirent d'un sourire qui, en d'autres temps, aurait pu avoir quelque chose de tendre.

« Quoiqu'il en soit mon frère, se contenta-t-il de dire, ne perds pas ton sang-froid.

- Tu dis ça comme si nous étions capables de le réparer, le rabroua Thor en recommençant à faire les cent pas, suivi par sa précieuse cape rouge.

- Et ? Il y a bien des gens qui le sont. »

Thor cessa de marcher, et resta planté au milieu de la salle, se reflétant sur le sol luisant de la grande salle. Se tenant le menton –signe d'une intense réflexion, il fit volte-face et se tourna vers Loki, qui lui, tournait une nouvelle page de son livre, comme s'il n'avait rien dit.

« Tu sais très bien qu'à cause de tes fourberies, entonna Thor, Brokk et Eitri n'accepterons jamais de faire quelque chose pour nous. »

Loki pouffa, fournissant là son unique réponse à l'invective de son frère.

Brokk et Eitri étaient deux frères nains, antiques forgerons, et préposés à la fabrication des armes des Ases. Les Asgardiens leur devaient un grand nombre d'objet, comme un anneau d'or enchanté, ou les sangliers qui tiraient le char de Freyr. Et bien sûr, Mjöllnir, forgé bien avant la naissance de Thor.

Malencontreusement, Loki, adolescent, traversant les mauvaises phases de l'âge, avait été plus turbulent que jamais. Aussi, il avait manqué de faire échouer par plusieurs fois le travail des nains, dès lors que les Ases leur demandaient quelque chose. Quand il avait définitivement fait rater la création d'une hache pour Volstagg à cause de ses farces, les Asgardiens avaient décrété qu'il s'agissait là de l'acte de trop, et le prince fut fermement réprimandé. Cependant, il était déjà trop tard : les forgerons avaient mis fin à leur collaboration avec les Ases dans un grand éclat de colère dont les murs d'Odin se souvenaient encore.

Quand les deux nains s'imposèrent dans l'esprit de Loki, celui-ci ne put s'empêcher de rire. Les joues rougies et gonflées, leurs visages bouffis et noyés dans la barbe et la sueur quand ils se rendaient compte que Loki s'était encore joué d'eux, tout cela restait un de ses meilleurs souvenirs d'enfance. L'expression de Thor lui fit cependant comprendre que l'heure n'était pas à la plaisanterie. Le Dieu de la Malice recouvra son sérieux :

« Mais il y a les fils d'Ivaldi, déclara-t-il.

- Encore mieux, argua Thor en roulant des yeux. »

Les fils d'Ivaldi étaient plus ou moins les rivaux de Brokk et Eitri dans le domaine de la métallurgie. Ils s'étaient toujours battus pour obtenir les faveurs des Asgardiens et rivalisaient de créativité. Ils avaient été au service des Ases avant Brokk et Eitri, et avaient repris leurs fonctions quand ces deux derniers avaient « poliment » tiré leur révérence. Le jeune Loki avait commencé à perfectionner ses sorts sur eux, et était revenu en force après le départ de Brokk et Eitri.

Thor, lui, avait affaire à d'autres souvenirs, qui pourtant rejoignaient ceux du brun. Lorsqu'ils étaient enfants et que les fils d'Ivaldi travaillaient encore pour Odin, le Dieu de la Foudre éprouvait de forts sentiments pour Sif. Jaloux de l'attention qu'il lui portait, Loki avait sauvagement coupé la chevelure de la future guerrière, alors blonde comme les blés.

A la demande des Ases, les fils d'Ivaldi avaient créés une nouvelle chevelure pour la jeune fille, faite de nuit, raison pour laquelle la guerrière arborait une élégante chevelure d'ébènes. Ils avaient également réalisés la lance d'Odin et le bateau de Freyja.

Et si les frasques à répétitions de l'enfant Loki les avaient fait partir, laissant le champ libre à Brokk et Eitri, sa version jeune adulte avait tôt fait de se rappeler à leur bon souvenir quand ils étaient revenus. Aussi, leur seconde collaboration avec les Ases s'était très rapidement achevée. Ces deux derniers s'étaient donc retranchés dans des forges lointaines et ne faisaient plus parler d'eux.

Thor avait beau ressasser toutes ces données dans sa tête, il se dit qu'au fond, il n'y avait personne de mieux placé que les créateurs de Mjöllnir pour le réparer. Aussi, il décida d'accepter la décision de son frère puisqu'ils devaient agir dans l'urgence, et qu'aucune autre solution ne semblait prête à faire son apparition.

Parler des deux paires de nains avait fait remonter des souvenirs lointains dans l'esprit de Thor et Loki. Des souvenirs d'enfance, des réminiscences, une époque qui pour Thor semblait pure et dorée, une époque où Loki était toujours à ses côtés, riant avec lui, l'emmenant sans cesse faire les quatre cent coups, mais acceptant d'assumer les conséquences seul. Un Loki qu'il n'avait même plus besoin de regarder, parce qu'il savait qu'il était là, à ses côtés, incessamment, toujours, et qu'il ne le quitterait pas. « Je suis ton frère. Et ton ami. Ne doute jamais de mon amour. »
Mais Loki se souvenait d'une ombre. Il se souvenait de l'adoration d'Odin pour Thor dès leur enfance, il se souvenait avoir été raillé parce qu'il n'avait pas la moitié des capacités physiques de son frère, il se souvenait qu'on le forçait toujours à prendre Thor en exemple, même pour les choses les plus banales. Thor qui avait grandi dans la lumière malgré sa bêtise, et qui avait fini par ne plus le regarder. Thor qui l'avait tout simplement rangé dans son ombre, et qui ne prenait même plus la peine de diriger ses yeux vers lui.


« Je me rappelle que tu étais fou de Sif, à l'époque, ricana Loki en serrant sa selle son cheval. Je n'arrive pas à comprendre comment cette terrienne a pu te faire changer d'avis.

- C'est l'intelligence de Jane qui m'a ébloui, rétorqua Thor, quant à lui déjà à cheval. Et toi, tu étais jaloux de Sif.

- Que de mots, mon frère ! Dit Loki après avoir reniflé de désapprobation. J'étais fourbe, j'ai toujours été fourbe ! »

Sur ces mots, il posa son pied sur l'étrier et se mit agilement en selle, avant de secouer la tête. Les deux chevaux, ainsi que leurs cavaliers, quittèrent les écuries asgardiennes.

« Et tu as toujours été un menteur, déclara Thor d'un ton sceptique.

- Et toi, un idiot, rétorqua sèchement Loki, les yeux dans le vague. Tu étais vraiment amoureux d'elle !

- C'était une amourette d'enfant, pouffa le blond. Mais j'ai toujours été fasciné par les chevelures sombres… »

Loki lui offrit un regard courroucé avant de rabattre son capuchon sur sa tête, se dérobant au regard de son aîné. Ils s'élancèrent immédiatement au galop. L'un capuchonné de rouge, l'autre de vert, les deux frères s'éloignèrent de l'immense palais doré, traversant la gigantesque cité nuageuse à toute allure.


Il leur fallut deux heures de route à toute vitesse pour arriver jusqu'aux forges des fils d'Ivaldi. Les chevaux écumaient, haletant, leurs flancs se soulevant rapidement.

Loki fut le premier à quitter son cheval et lui caressa distraitement l'encolure en regardant le bâtiment qui leur faisait face d'un air à la fois sceptique et appréciateur, comme s'il était fasciné malgré lui. La plupart des nains se plaisaient à résider dans des galeries souterraines, mais les fils d'Ivaldi avaient pris goût aux bâtiments hors du sol.

La forge ressemblait à une grande maison sur deux étages. L'immense toit qui pointait vers le ciel était d'un noir de jais, tout en finesse et en longueur, et une épaisse fumée noirâtre s'en échappait. Les murs étaient de chaume blanc, percés de fenêtres rondes et finement décorés d'élégants motifs de fonte noire. La porte était parfaitement ronde elle aussi, juste assez haute pour laisser passer des nains, peinte d'un joli vert, et le bouton de porte avait la forme d'une fleur dorée. Pour un peu, on ne pouvait pas savoir que de rudes nains, forgerons de surcroît se cachaient derrière ce travail délicat.

La puissante main de Thor frappa sur la porte de bois, par trois fois, avant que le dieu de la foudre ne recule de deux pas, au niveau de Loki et des deux chevaux.

« Tu crois qu'ils accepterons de commercer avec nous ? Soupira le blond en se tournant vers son frère.

- Aie confiance en mes pouvoirs de persuasion, ricana le brun en abaissant son capuchon, accablé par la chaleur environnante.

- C'est justement ce qui m'inquiète, se contenta de répondre le fils d'Odin. »

Loki lui jeta un regard à la fois amusé et courroucé, ouvrit la bouche, mais la porte qui s'ouvrait en même temps le réduisit au silence. Le regard vert de Loki, ainsi que celui, bleu, de Thor, se dirigèrent vers la rondeur de la porte, derrière laquelle se cachait d'autres rondeurs : celles du visage d'un des deux nains, qui les regardait avec méfiance.


Les deux nains n'avaient pas changé d'un iota. Ils étaient toujours ridiculement petits, avec leurs foisonnantes barbes rousses, leurs joues rouges et leur nez immense et brillant comme une patate douce. Loki, jeune, avait pris l'habitude de les appeler les "mini-Volstagg". Le géant roux le prenait toujours aussi mal mais le Dieu de la Malice voyait presque malgré lui l'air de ressemblance.

Cependant, les nains n'avaient pas tardé à comprendre que les fils d'Odin, eux, avaient bien changés. Ce n'était pas nécessairement physique, car les pommes d'or les maintenaient dans un état stable. Ni même au niveau des cheveux, alors qu'ils étaient considérablement plus longs depuis la dernière fois qu'ils les avaient vus. C'était beaucoup plus subtil que cela. Il y avait une fissure, une cassure, quelque chose d'invisible qui avait séparé les deux frères. Et ils n'étaient pas sûrs qu'une seule de leurs armes, fil magique ou autre sortilège vienne à bout de ce qui s'était emparé de Thor et Loki.

Après qu'ils les aient fait entrer dans leur forge, Thor avait tâché de leur expliquer le plus rapidement du monde la nature de leur problème, en leur présentant Mjöllnir. Les deux nains avaient faillis refuser, d'une même voix, dans un hoquet d'indignation. Ils tachèrent bien entendu de leur rappeler tout ce que Loki leur avait fait endurer quand ils étaient encore au service des Ases. Thor se renfrogna, tandis que son cadet s'amusait follement de la situation. Avant de décider de s'en mêler, comme il savait si bien le faire.

« Allons les garçons, on se défile ? Ricana-t-il de sa voix traînante, les bras croisés, adossé au mur à côté du feu. Incapables de réparer le marteau que vous avez-vous-même créé ? »

Thor soupira et se pinça le nez alors que le visage des nains tournaient soudainement au rouge, ce qui fit rire sourdement Loki.

« Bien sûr que nous le pouvons ! S'indigna un des deux frères. »

Loki continua de ricaner. Thor tourna la tête vers lui, lui demandant du regard de ne pas aller plus loin mais il savait pertinemment que son cadet avait un goût du risque trop prononcé, voire malsain. Raison pour laquelle il continua sur sa lancée alors que le Dieu de la Foudre était persuadé qu'ils auraient pu obtenir des fils d'Ivaldi ce qu'ils voulaient sans en arriver là.

« Je parie ma tête que vous en êtes incapables, les défia Loki. »

Les deux nains s'entre-regardèrent tandis que Thor soupirait profondément et que Loki ricanait encore et toujours dans sa barbe inexistante. Le bruit du feu dans la forge devint bientôt le seul bruit environnant. Dans les ombres dansantes provoquées par les flammes, s'imposa une image, la même pour les quatre personnes présentes dans la pièce. La tête de Loki, blafarde, les yeux vides, la ligne de son cou dégoulinante de sang, trônant au-dessus du feu pour l'éternité. Cette vision fit sourire Loki tandis que Thor frissonnait violemment, surtout au vu des températures de la forge. Le visage des deux nains resta inexpressif mais leur réaction fut clairement parlante.

« Très bien. »


Le secret, c'était de ne jamais arrêter le soufflet. Jamais, à aucun moment. Un instant sans la chaleur constante du soufflet et Mjöllnir ne serait plus qu'un mauvais souvenir. C'était ainsi qu'ils avaient réussis à le forger, bien avant la naissance du premier et unique fils d'Odin. Les forgerons n'avaient laissé le feu vaciller qu'un seul instant, mais c'était à cause de cette négligence que le manche du marteau était plus court que la normale. Il était évident que cela ne devait pas se reproduire.

« Tu as entendu ? N'arrête pas le soufflet ! »

Difficile de dire auquel des deux frères appartenaient cette voix. Ils se ressemblaient tellement que même quelqu'un comme Loki peinait parfois à faire la différence entre eux. Et bon sang, ils étaient proches. Comme une seule personne, accompagnée de son ombre et de son reflet. Mais non. Ils étaient tous les deux des entités à part entière. Pas d'ombres, pas de reflet, mais les deux parties d'une même personne, furieusement complémentaires. Ils n'avaient pas besoin de se parler, ni même de se regarder pour accomplir une tâche ensemble.

Parce qu'ils étaient frères. Ce que Thor et Loki n'avaient jamais été. Ils avaient tenté de forger ce lien, mais ils n'avaient pas pu, ils étaient trop loin l'un de l'autre, trop différents. Ce n'était pas deux personnes qui se fondaient en une autre, mais uniquement une personne, et son ombre.

La poitrine de Loki se comprima tandis qu'affluaient tous les souvenirs possibles et imaginables. Il les voyait danser dans les flammes gigantesques de la forge, ces gigantesques flammes serpentines qui léchaient les murs, si jaunes, si brûlantes qu'elles en devenaient blanches, diffusant une chaleur presque insupportable dans toute la pièce. Les nains étaient torses nus, ruisselants de sueur, l'un ne cessant de souffler le feu tandis que l'autre frappait le marteau chauffé à blanc.

Cette chaleur n'avait pas tardé à incommoder Thor, qui avait déclaré qu'il attendrait à l'extérieur, laissant Loki seul avec ses démons. Ce dernier ne tarda pas à se souvenir qu'il était dans une impasse. Il avait parié sa tête, et il savait que quoi qu'il advienne, les deux nains viendraient la réclamer. Seulement s'ils réussiraient à réparer Mjöllnir, cela étant. Loki regarda autour de lui. L'intérieur de la forge était aménagé avec énormément de goût, en particulier pour des nains, il l'avait remarqué même à l'extérieur. Et même s'il n'aimait pas les nains, cette décoration le poussait à ne pas être trop mauvais. Des lattes de bois étaient collées au mur, donnant un air chaleureux à l'intérieur. C'était rudement beau, tout simplement.

Et c'était quelque chose que le Dieu de la Malice ne pouvait nier, malgré le profond mépris qu'il éprouvait envers cette espèce. Certes, il ne dépréciait pas les nains autant que les humains et les asgardiens, mais tout de même.

En fait, la seule chose dans le monde que Loki ne dépréciait pas, c'était lui-même. Ou plutôt, il était l'être vivant qu'il méprisait le moins. Car il y avait, malgré tout ce qu'il pouvait dire, et avancer, sous ses couches de fierté et d'égocentrisme qui lui donnait des airs de mégalomaniaque ou de pervers narcissique, un dégoût profond de sa propre personne. Ce dégoût l'habitait, et se plaisait à venir le tourmenter, parfois, souvent. C'était une partie qu'il se plaisait à faire taire mais qui restait insidieusement tapie dans un coin de son esprit.

Loki soupira, décidant de chasser ces pensées qui tournoyaient dans son esprit comme une abeille foncièrement agaçante. Puis il sourit. Décidément, le dieu de la malice adorait les figures de style. Elles lui donnaient toujours ses meilleures idées. Les yeux verts regardèrent à droite, puis à gauche, et après qu'il se fut assuré que Thor ne le dérangerait pas, il se métamorphosa en abeille.

Sous sa forme d'insecte, il battit des ailes jusqu'à les faire vibrer, et, de là, s'en alla jusqu'aux nains. Ceux-ci l'avaient certainement remarqué mais avaient décidés de faire fi de sa présence. Le soufflet était le plus important. Raison pour laquelle Loki se tourna de prime abord vers celui qui actionnait le soufflet. Des gouttes de sueur aussi grosses que lui ruisselaient sur son visage bouffi et tellement rouge que Loki crut qu'il allait exploser. Bien que sous sa forme d'insecte, il ne put s'empêcher de ricaner, avant de filer vers lui à toute vitesse, et le piquer entre les deux yeux.

Le nain hurla de douleur. Il tomba sur les genoux, sans cependant s'arrêter de souffler, tandis que son frère criait à son tour pour l'empêcher de se laisser aller. Le feu manqua de peu de vaciller mais le nain tint bon. Le fracas ne tarda pas à alerter Thor, qui entra à grands bruits dans la forge. Les nains lui hurlèrent quelques mots à propos d'une abeille que le fils d'Odin ne tarda pas à prendre en chasse, fermement décidé à l'écraser comme un moustique. Loki bourdonna furieusement, décida de jouer le tout pour le tout et de recouvrer son apparence humaine avant de finir écrasé comme l'insecte qu'il était devenu.

Le visage de Thor se décomposa en une seule seconde quand il reconnut son frère, vêtu de noir et de vert, lever les mains pour montrer qu'il était désarmé. Le silence retomba soudainement, et le bruit du soufflet devint la seule chose audible. Même si Thor n'entendait plus rien tant il se sentait désarmé.

Une colère sourde le foudroya. Il serra les dents et brandit le poing, sans pouvoir se résoudre à exécuter, cependant, le moindre mouvement. Le visage de Loki se fendit de cet immense sourire à la fois enfantin et arrogant, qu'il faisait quand il voyait devant lui quelqu'un de désemparé. Ou que des mortels s'inclinaient devant lui. Ce fut le sourire de trop.

La main de Thor se referma sur le col de Loki, et il le plaqua contre le sol.

« Tu as tenté de me trahir ! »

Thor écumait. S'il avait eu son marteau dans les mains, aucun doute que le visage de Loki n'aurait pas fait long feu. C'était terriblement évident. Mais face à ce cri de rage, une rage mal contenue et désespérée, son frère ricana, d'un air mauvais et sournois.

« Ne me dis pas que tu es surpris… Déclara-t-il, sans cesser de sourire. »

Ce ricanement ne fit qu'accroître la colère du Dieu de la Foudre. De nouveau, il brandit un poing au-dessus du visage du Dieu de la Malice, complètement résigné. Loki ne parvenait pas à faire disparaître ce sourire méphistophélique de son visage. Cependant, au bout de quelques battements de cœur à lui faire éclater la poitrine, Thor tenta de se détendre et d'économiser ses forces, les poumons en feu. Il soupira, et se releva avant de remettre son frère droit sur ses pieds.

« Qu'importe, soupira-t-il, tu as échoué.

- Mais j'ai un plan B, rétorqua immédiatement le brun. »

Thor n'eut même pas le temps de hausser un sourcil. Un coup de genou dans le ventre et un uppercut glacé plus tard, il tombait au sol, lourdement sonné, et Loki envoyait une décharge magique vers les deux nains qui s'écroulèrent incontinent en hurlant. La seconde suivante, le dieu brun courait dans les galeries, tel un rat dans un navire.

Le dieu de la malice s'engouffra à l'extérieur au moment où il entendit Thor pousser un cri de rage. Ce cri lui arracha de nouveau un sourire, mais il tâcha de ne pas perdre son temps. Car cette fois, si Thor l'attrapait, il ne donnait réellement pas cher de sa peau, et ce sous n'importe quelle forme. Le fils de Laufey se transforma en faucon et fila dans les airs à toute vitesse.


Et voilà pour la première partie de ce chapitre ! Comme d'habitude chers lecteurs, je vous invite à réagir dans le petit carré blanc, juste en-dessous de ces lignes, déjà tout prêt pour vous. Merci et bon week-end !