Coucou ! ça fait longtemps (oui oui, on ne refait pas une équipe qui gagne, je suis perpétuellement en retard :'))! Comment allez-vous, sinon ? ^^
J'ai enfin trouvé le temps de le publier celui-là. Depuis le temps que je l'avais commencé sans réussir à me dégoter un moment pour le finir... M'enfin ! x)
Je vous remercie toujours autant pour ces favoris, follows et reviews qui me font vraiment chaud au cœur. Sachez que je compte répondre à mes reviews en retard tout bientôt (on y croit ! *remonte ses manches*). Pardon de n'avoir pas encore su le faire, promis je vais m'y mettre orz.
Sur ce, j'espère que ce nouveau chapitre vous plaira...? *Totalement pas certaine de son coup /bam/* D'ailleurs, ce chapitre non plus n'a pas encore été béta, donc si vous décelez des fautes, n'hésitez pas à m'en faire part ^^ (J'ai essayé de me relire plusieurs fois mais... voilà quoi x))
Bonne lecture ! Bisous et à bientôt :*
Chapitre III
Touya fut sorti de sa lecture du soir par l'écho des pas faisant grincer le plancher du couloir de l'autre côté de la fine cloison de sa chambre.
Intrigué, il détacha le nez de sa bande dessinée posée sur ses cuisses, délaissant momentanément sa lecture, pour laisser son attention dériver vers la porte.
Une seconde s'écoula, durant laquelle l'adolescent ne cligna qu'une fois des yeux, une expression parfaitement neutre placardée sur la figure, l'oreille tendue et les doigts pincés sur le coin de la page qu'il s'apprêtait à tourner. Le bruit reprit de plus belle, semblant se rapprocher, et le jeune garçon n'eut nullement besoin de voir la tête de son visiteur du soir pour déduire qui faisait dorénavant nerveusement les cent pas sur le pas de sa porte.
Roulant des yeux au ciel, davantage amusé par la situation qu'exaspéré, l'ébauche d'un sourire fleurit à la jonction de ses lèvres. Il se décida à simplement délaisser sa lecture à plus tard ; il avait de toutes les manières d'ores et déjà plus d'une fois lu en long, en large et en travers les tomes de cette saga occidentale. Il en connaissait les moindres rebondissements et dénouements d'arcs, il pouvait bien se passer de les redécouvrir pour ce soir.
Il déposa l'ouvrage en édition colorée sur le bord de sa table basse, non loin de ses livres de classe, sans même prendre la peine d'y insérer son marque page. Ceci fait, il bondit sur ses jambes, s'épousseta d'un geste rapide le bas de son pantalon de pyjama, puis s'avança à pas de loup vers la porte, unique rempart qui le séparait encore de ses invités tardifs. Arrivée devant celle-ci, il pila net, la main posée sur la poignée avec une certaine anticipation sur la manière dont il pourrait surprendre ses invités - il hésitait entre leur sauter dessus sans qu'ils ne s'y attendent ou ouvrir doucement la porte, qui à coup sûr grincerait, et leur ficher la frousse - écoutant avec une attention toute particulière les chuchotements qui lui parvenaient maintenant de manière étouffée.
- Ça sert à rien d'être venus jusqu'ici, je vous répète qu'il dort déjà, clama une voix contrariée de garçon - Natsuo, reconnut immédiatement Touya, son sourire n'allant qu'en s'agrandissant.
- Tu as peut-être raison, enchaîna Fuyumi, sur un ton quelque peu embêté elle aussi. Il est tard, après tout, et Touya put presque voir son hochement pensif du menton ainsi que le plissement de ses lèvres rosées à travers ses mots. Viens Shouto, on ferait peut-être bien de retourner dans nos chambres. Grand frère était très fatigué ces jours-ci, on risque de le réveiller et il y a de fortes chances que s'il découvre la raison de notre présence, il ne l'apprécie pas...
Les sourcils de Touya se froncèrent lorsqu'il entendit la dernière phrase de Fuyumi. Que voulait-elle dire par là ?
- Mais je suis certain d'avoir vu de la lumière sous la porte, protesta le plus jeune, vraisemblablement ennuyé de déjà devoir tourner des talons alors qu'il venait tout juste de débarquer. Ça fait longtemps qu'on a plus dormi ensemble dans la même chambre, je veux dormir avec grand frère Touya ! S'il vous plaît ?
- On reviendra demain, et un peu plus tôt que cette fois-ci. D'accord ? lui intima avec autant de douceur qu'il lui en était donné sa grande sœur.
Ce fut l'instant que choisit Touya pour faire son apparition et ainsi mettre un terme définitif à ce débat qui, il ne le savait que trop bien, ne les mènerait nulle part. D'une torsion du poignet, il fit cliqueter la poignée puis ouvrit suffisamment grand pour apercevoir les bouilles ahuries que lui retournèrent ses trois cadets.
Les gonds eurent fini de grincer, le temps se suspendit, chacun en resta interdit.
Le premier à réagir parmi l'assemblée fut Shouto, qui lui décocha un sourire mille Watts, suivi d'un "Grand frère !" valsant dans les aigus, avant de littéralement lui tacler les jambes et s'y agripper comme un koala à une branche de bambou. Pris au dépourvu, Touya parvint tant bien que mal à regagner son équilibre en se rattrapant in-extrémiste au chambranle, et se permit de laisser échapper le petit rire qu'il contenait depuis tout à l'heure tandis que sa main venait trouver refuge sur le haut de la tête de son plus jeune frère.
Il lui ébouriffa les cheveux. Shouto piaffa en réponse d'un rire cristallin, sa bouille aux joues rondes illuminée d'un sourire découvrant toutes ses dents dont lui seul avait le secret.
L'enfant resserra davantage son étreinte sur la jambe qu'il retenait en otage dans ses bras menus, comme s'il avait peur que la personne à qui elle appartenait ne s'évapore soudain en fumée.
L'aîné se décala comme il put d'un pas sur la gauche, traînant à sa suite le poids mort qui lui pesait sur la jambe - lequel ne semblait par ailleurs pas décidé à la lâcher de sitôt, s'il en croyait l'étincelle fourbe qu'il pouvait lire dans l'éclat luisant à l'intérieur de ses prunelles vaironnes. Ce petit monstre ! - afin de laisser le champ libre aux deux autres qui attendaient toujours à l'entrée, comme statufiés, figés. En effet, ni Fuyumi ni Natsuo n'avaient encore esquissés le moindre geste depuis que Shouto s'était élancé telle une fusée ; à peine un clignement de paupière confus pour la première et la bouche entrouverte pour le second.
Les deux enfants se consultèrent du regard un instant qui s'éternisa plus que nécessaire, les orbes azures du jeune garçon livrant bataille contre les prunelles orageuses de la demoiselle, parfaitement synchronisés dans leurs mouvements. L'un comme l'autre se jaugeait, paré à devancer son opposant dans la lutte pour la place de second de cette course improvisée.
Touya esquissa un rictus moqueur, un poing planté sur la hanche. Il s'apprêtait même à leur demander sur le ton de la rigolade s'ils comptaient se disputer silencieusement sur le pas de sa porte pendant toute la nuit jusqu'à prendre racines, quand, soudain, des cris retentirent.
La magie de l'instant fut instantanément soufflée. Tous les visages se décomposèrent.
Fuyumi se ratatina aussitôt sur elle-même, agrippant les bords de son haut de pyjama dans ses fins doigts de jeune fille. Natsuo, lui, laissa une grimace naître aux coins de sa bouche et serra les poings jusqu'à ce que les jointures de ses doigts blanchissent. Shouto, enfin, lui avait lancé un regard empli d'incompréhension et d'inquiétude, parfaitement inconscient de l'ampleur des événements qui se déroulaient autour de lui.
- Encore ?! vociféra Touya, sentant son sang ne faire qu'un tour dans ses veines, les ongles de ses doigts lui rentrèrent dans la main quand il serra le poing. Mais c'est pas possible, ça n'en finira jamais ?!
Son expression s'assombrit.
Trop.
C'était trop. Il aurait voulu pouvoir se boucher les oreilles, ne plus les entendre se balancer tour à tour des reproches, ne plus assister à tout ça ; juste se recroqueviller sur lui-même, les yeux clos, et prier pour que capharnaüm cesse enfin, pour que demain soit un jour nouveau.
Guidé par l'adrénaline, il pressa tout le monde à entrer d'un vif mouvement du menton - ordre muet que les deux cadets de la fratrie encore plantés comme des piquets devant lui ne se firent pas prier d'exécuter la seconde suivante - avant de planter les pieds fermement sur le plancher, prendre une profonde inspiration et claquer rageusement la porte - plus violemment qu'il ne l'avait voulu, certes, de manière bien trop égarée, il était vrai, mais qui eut au moins l'effet escompté. Immédiatement, les cris provenant du bout du couloir se turent. La maisonnée se tarit à nouveau dans un silence de plomb, comblé uniquement par les quatre souffles des enfants et le cliquetis de l'horloge murale trônant juste au-dessus de leurs têtes.
Ses genoux flageolèrent, la tension dans ses membres se muait peu à peu en faibles tremblements. Son dos vint s'appuyer la surface boiseuse de sa porte, Touya déglutit, une boule de nerfs coincée dans la gorge. Son estomac se tordait ; il aurait préféré ne pas avoir entendu les mots que ses parents venaient de s'échanger. Pourtant, ceux-ci se répercutaient dans son crâne comme le son d'une cloche.
"Enji, c'est encore un enfant !" s'était écrié sa mère, sur un ton qui sonna presque suppliant.
"Il aura bientôt quinze ans, Rei ! Ce n'est plus un enfant !" lui avait rétorqué Enji, d'une voix grondante, cinglante.
"Il n'aura seulement que bientôt quinze ans ! C'est là toute la différence et tu te refuses à essayer de le comprendre !"
A l'entente de cette phrase, Touya avait senti son cœur enfler presque douloureusement dans sa poitrine. Sa mère, qui lui avait juré de toujours être son alliée, prête à affronter le monde entier s'il le fallait, si cela lui garantissait sécurité, le défendait en ce moment corps et âme, plaidait sa cause. Et Touya, une boule d'émotions lui grossissant dans l'estomac, fut secoué d'un immense élan d'affection à son égard.
"A son âge, je savais déjà mieux contrôler mes flammes que lui."
"Mais il n'est pas toi ! C'est ton fils, pas une marionnette ! Arrête d'essayer de projeter tes ambitions sur lui parce que ses flammes sont plus destructrices que les tiennes ! Il a peur, tu peux le comprendre ça ?"
""Peur" ? Oh je t'en prie Rei, c'est des caprices. Tu le gâtes trop, voilà pourquoi il agit de cette manière. Il doit s'endurcir, le temps file."
"Enji, quoi qu'il se passe dans cette salle d'entrainement, même si tu refuses de faire entrer qui que ce soit, si je vois Touya revenir avec encore plus de blessures qu'avant je-"
"Tu quoi ?! Vas-y, finis ta phrase."
Mais Touya s'était refusé à en entendre plus. A présent, plus aucun sons ne lui parvenait. La tempête avait laissé place à une impression de vide dans son cœur, que même la présence de ses trois cadets dans la pièce, debout à à peine une demi-dizaine de pas de lui, ne parvenait pas à combler.
Shouto avait lâché sa jambe sans que l'adolescent ne s'en aperçoive, il le scrutait avec inquiétude, ses petits doigts triturant nerveusement son haut de pyjama, pas certain de vouloir comprendre pourquoi son grand frère avait subitement fait preuve d'autant de rage et de violence. Touya échangea un regard avec lui, Natsuo et Fuyumi, et crut un instant que l'univers entier lui retombait sur les épaules quand il s'aperçut qu'ils s'étaient tous les trois reculés de quelques pas, la tête rentrée dans leurs épaules, une étincelle d'appréhension dansant de le fond de leurs yeux.
Natsuo rompit le silence en s'avançant à nouveau vers lui.
- Désolé frérot, minauda-t-il d'une voix basse, la mine défaite. On voulait éviter que tu l'entendes aussi alors on a hésité à venir mais... enfin, tu comprends ? Ça a commencé quand ils étaient encore en bas et... ça nous touche tous. On a besoin de se serrer les coudes.
Touya demeura les bras ballants, acquiesçant mollement pour toute réponse, peu certain de savoir comment il devait prendre leur dernière réaction, ni même comment interpréter cet air effrayé qu'ils lui avaient tous lancé.
Il détestait entendre ses parents se quereller, d'autant plus lorsqu'il s'avérait être l'objet principal de leur discorde.
Il inspira longuement ; le sang lui pulsait encore furieusement dans les tempes.
Ah... Encore une fois, pensa-t-il.
Encore une fois, Touya étouffait.
Dans cette ambiance à couteaux tirés, il vivait ses journées avec la sensation de garder constamment la tête sous l'eau, en apnée, de manquer d'air partout où il allait, à la limite de suffoquer.
Mais ce qui l'insupportait par-dessus tout, c'était d'avoir l'impression d'être un parfait outsider, un étranger dans une demeure qui pourtant lui appartenait. Il avait grand mal à supporter l'effroi qui s'esquissait parfois sur les visages de ses frères et sœur, lorsqu'il laissait malgré lui exploser l'énervement qui ne cessait de s'accumuler en lui goutte à goutte, durant ces soirs où les hurlements remplaçaient les éclats de rires, où le tonnerre d'une dispute grondait, faisait trembler les murs froids et ternes de cette bâtisse.
Lors de ces rares fois, Touya s'identifiait à un canon de verre, prêt à imploser avec l'impact que ses émotions généraient sur ses nerfs mis à vif par les entraînements et l'environnement stressant dans lequel il évoluait du soir au matin. Peu importe le résultat escompté, lors de la mise à feu de la mèche, au final, tous en pâtissaient.
Il redescendit sur terre quand la moue préoccupée de Shouto apparut dans son champ de vision - depuis quand Touya avait baissé la tête ? Il n'aurait su le dire - son jeune frère lui tira deux fois sur le pantalon de pyjama, espérant capter son attention, avant de lui demander presque timidement :
- Dis, grand frère, on peut dormir dans ta chambre cette nuit ?
Touya l'observa quelques instants, la gorge nouée, puis finit par opiner et les sommer d'amener leurs futons et leurs oreillers. Il n'avait pas la force de leur refuser, pas la force d'être seul dans cette chambre froide une nuit entière après cet incident non plus. Et les mines ravies qu'ils lui offrirent suffirent à faire naître un rayon de soleil dans un amas de nuages sombres, un maigre éclairci dans son ciel devenu depuis longtemps si gris.
Ce soir là, Touya ne sut dire pendant combien de temps ils se lancèrent des oreillers pour se changer les idées, dans l'espoir d'étouffer de nouveaux cris, ni même à partir de quand exactement ils se décidèrent à se plonger dans les draps, des larmes perlant aux coins des yeux après avoir tant ri, ni encore moins combien de fois il se tourna et retourna à la recherche d'une position confortable dans l'étreinte de ses couvertures, ou à partir de quand, exactement, le sommeil l'emporta finalement au pays des songes.
Ce qu'il ne put oublier, en revanche, ce fut que pendant que ses frères et sœur dormaient à poings fermés à ses côtés, la respiration lente et paisible, les trois cramponnés à lui comme à une bouée de sauvetage, à mille lieux de ses tourments, deux phrases, en particulier, se répercutaient inlassablement en écho entre ses deux oreilles :
"Maman ? Est-ce que tu penses que je suis dangereux ?"
"Parfois... j'en viens à me le demander."
