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19:19. Cette nuit, il y avait beaucoup de vent. On pouvait même croire que la cabane vacillait au rythme des vagues de vent qui soufflaient. Et chaque planche de bois grinçait et faisait d'horribles bruits. Et ça, Eleven ne pouvait le supporter. Elle avait horriblement peur que la cabane cède sous le poids de la tempête. Et de s'envoler, au passage, l'emportant loin d'Hawkins, loin du chef, loin de Mike, loin de ses amis... Tout à coup, elle ne se sentait vraiment pas bien. Elle fixait l'horloge depuis une bonne heure. Les minutes ne passaient pas. Le temps semblait même s'être arrêté.
Comment était-ce possible ?
Elle avait peut-être 17 ans maintenant, mais ses anciennes peurs avaient toujours autant de pouvoir sur elle. Et à 17 ans, toujours et encore, elle ne pouvait rester seule sans être prise de sueurs froides à l'idée de retourner dans ce laboratoire. Et ce, même si elle savait que selon toute logique, c'était impossible. Hooper ne serait pas là cette nuit. Ni celle-ci, ni la suivante. Il était en séminaire obligatoire pour tout le week-end. Elle lui avait promis qu'elle ne resterait pas toute seule, mais finalement, on dirait bien qu'elle allait effectivement passer ce week-end dans une solitude absolue.
19:20. Les minutes passaient beaucoup trop lentement. Elle avait lu quelque part, que si on réussissait à ralentir sa respiration, le temps faisait de même. Il pouvait même s'arrêter, si l'on faisait bien attention. Pourtant, elle ne faisait rien du tout et son souffle était même saccadé. Elle ne comprenait rien du tout.
19:21. Mais pourquoi cette soirée était aussi longue ? Elle repensait à toutes ces heures qui filaient comme des minutes quand elle était auprès de Mike. Parfois, le temps pouvait s'accélérait et d'autres fois, il ne bougeait pas du tout ? Elle s'approcha de la bibliothèque pour en savoir un peu plus. Grâce à Max, Eleven avait beaucoup apprit sur la littérature, la science, l'histoire ou encore les maths et maintenant, elle avait une collection de livres plutôt impressionnante. Elle et son amie passaient la plupart de leur temps à se les échanger.
19:40. La cabane ne ressemblait plus à rien, maintenant. Une chose entraînant une autre, tout le sol était couvert d'ouvrages différents, ouverts les uns sur les autres. Une recherche sur une autre qui répondait elle-même à une autre recherche. C'était le labyrinthe des découvertes. Eleven était enseveli sous le savoir. Sous la découverte. Mais le vent continua de souffler. Et la peur demeurait.
20:00. La jeune fille avait fait une grosse pile de romans et s'amusait à en faire sauter de pile en pile, comme un parcours d'obstacles à l'aide de sa pensée. Ce n'était pas amusant, mais au moins elle s'entraînait. La lecture l'avait ennuyé bien plus qu'elle ne l'avait imaginé. Elle n'avait pas réussi à se concentrer sur les lignes et sur le sens de ces dernières. Le bruit du vent ne faisait qu'augmenter et maintenant, il y avait de drôles de bruits. Elle n'avait jamais entendu ça auparavant. Elle se pencha sur les textes parlant des nuages. Peut-être trouverait-elle quelque chose.
20:05. Elle avait trouvé. C'était un orage. Ou plutôt la fin du monde. Elle l'interprétait ainsi. Dehors, il semblait y avoir un tas d'explosion et de bruits sourds retentissait. Elle allait mourir. Dans cette cabane. Toute seule. Sans même d'Eggos à se mettre sous la dent. Sans rien du tout pour la réconforter. Mais où était Mike ? Il avait promis de passer la soirée avec elle et maintenant, elle était en larmes, en boule, dans un coin de la cabane à prier pour rester en vie. Était-ce vraiment la soirée qu'elle avait imaginée ?
20:10. Elle avait trouvé ce disque, le même que Jim lui avait fait écouté les premiers jours dans cette cabane. Elle écoutait d'une oreille distraite la musique, en espérant pouvoir reporter toute son attention sur celle-ci, pour pouvoir ne plus penser à l'orage. Qui avait peur des orages ? Si le chef était là, lui aussi, il serait tout tremblant. Cette idée lui plaisait. Tout le monde avait peur des orages. Même si là, maintenant, elle pleurait toujours. Elle commença même à se boucher les oreilles. Au diable cette musique de malheur, l'orage était plus fort.
Puis, retentit un nouveau bruit. On toquait à la porte. Et si c'était papa ? Et s'il venait la récupérer ? « Hey, t'es là ? ». Elle reconnut avec un grand soulagement la voix de Mike. Elle ouvrit tous les loquets à distance et attendit que le jeune homme passe la porte, qui se refermait aussitôt par la force du vent. Après plusieurs essais, son héros parvint à rentrer. Il était enfin avec elle. Elfe lui sauta alors dessus, ne pouvait cacher sa joie, tout en continuant de pleurer. Car oui, l'orage était encore bien présent.
« Désolé, El… Je suis en retard. Ma mère ne voulait pas me laisser partir… » Commença le jeune Wheeler avant de remarquer les joues mouillées de celle qu'il tenait contre elle. « Hé, tout va bien ? Tu as pleuré ? »
Ils restèrent un moment ainsi, près de l'entrée et enlacés. L'adolescent se détacha, et la regarda droit dans les yeux. « Ca va mieux ?» Tenta-t-il, d'une voix rassurante, mais qui contenait en réalité une bonne dose d'inquiétude.
« Je voulais juste être avec toi ce soir. Et il y a ce stupide orage…
- Mais je suis là, maintenant. Aller, viens. On va regarder un film. Ce que tu veux. J'ai rapporté des Eggos. »
La petite brune se sentit aussitôt mieux. De tout de façon, il pouvait se passer n'importe quoi, Mike arrivait toujours à rendre n'importe quelle situation meilleure. Elle rougit légèrement et partit le rejoindre dans le canapé, pour se réchauffer auprès de lui.
