TROISIEME PARTIE : ASCENSEUR POUR L'ECHAFFAUD
Un éclair de panique traverse son regard .Mais il relève crânement la tête et fait face. Bill Klein se place face à Bill Kaulitz et le toise de toute sa hauteur, un sourire pervers aux lèvres. Ce dernier amorce un mouvement pour se reculer jusqu'au fond de l'ascenseur mais plus rapide Bill Klein l'en empêche en se décalant ce qui fait que leurs fesses entre en collision.
Bill Klein : Tu devrais faire du sport pour muscler tout cela ; c'est un peu mou.
Bill Kaulitz rougit violement et veut répliquer lorsque la lumière s'éteint plongeant la cabine dans l'obscurité à l'exception d'une minuscule veilleuse défaillante. Il panique, s'acharne sur les boutons, demande de l'aide d'une voix rendue suraigüe par l'angoisse.
Bill Klein : Calmes-toi un peu Bill ! Hormis attendre, il n'y a rien à faire.
Bill : Mais .. Ich.. Je ne VEUX pas rester ici avec vous ! Ici dans cet endroit.. Vous me détestez. Vous avez été odieux avec mon frère et moi- même, envers le groupe, envers qui nous sommes . De quel droit ??... C'e.. C'est ..
Il suffoque, hors d'haleine.
Bill : Vous .. vous
Bill Klein :Oh mais arrête ton cirque veux-tu ? Tu crois quoi ? Que tout le monde sera toujours d'accord avec toi et tes choix ? Que tu es parfait ? Que ce que tu dis c'est parole d'évangile ? Mais redescend un peu sur terre Bill ? Tu crois encore au Père Noël ou quoi ? Grandis un peu ou retournes chialer dans les jupons de ta mère ! Tu es dans la vraie vie là, pas chez les Bisounours !! Le monde du show biz est cruel. C'est pas celui des télétubbies. Tu devrais plutôt me remercier de te faire bouffer la réalité en face au lieu de t'apitoyer sur ton sort !! Il y en a de bien plus malheureux que le tien Bill
Le ton est excédé et colérique.
Bill
rougit mais ne dit mot. Au fond de lui il savait que Bill Klein avait
raison. Mais il ne parvient pas à tout gérer, tout assumer. Mais il
n'a que 15 ans merde! Il est trop sensible et susceptible il le sait.
Pas lâche mais fragile oui. Il doit s'aguerrir. Il baisse la tête,
honteux de sentir les larmes lui monter aux yeux. Là il VRAIMENT
passer pour une tafiole !!
Les mots blessent plus que les coups. Il le découvre à présent. Les coups laissent des marques disgracieuses mais qui s'estompent et disparaissent avec le temps. Or ce qu'a dit Bill Klein le touche profondément. Il se sent nul et se hait de se sentir de la sorte. Il s'en veut mais bien plus qu'il ne lui en veut à lui. Bien malgré lui, il laissa échapper un sanglot et en eut honte. Il n'était vraiment qu'un pauvre idiot. Après la façon dont Bill Klein l'avait traité sur el plateau, il allait encore en prendre pour son grade : plein la tête pour pas un rond qui plus est.
Tel un papillon de nuit masochiste il allait se
brûler de nouveau à la lumière des feux croisés de roquette
qu'étaient les mots de Bill, lui offrant sa tête sur un plateau
d'argent.
Résigné il attendait de recevoir de plein fouet la
première salve lorsqu'il sentit une main douce lui toucher la
joue.
Bill Klein avait tendue sa main pour essuyer les larmes
qui coulaient sur les joues de l'adolescent. Mû par un quelque chose
qu'il ne s'expliquait pas. Tout comme Bill il se surprit à aimer ce
contact. Interdits, ils restèrent ainsi de longues minutes sans mots
dire le temps que la respiration haletante de Bill ne se calme et
que ses sanglots s'apaisent.
Les larmes laissèrent la place à
une lassitude vaincue, un trouble inexpliqué. Il avait besoin. Il
avait besoin de cet homme qui- pourtant il en était persuadé-le
haïssait. Il avait besoin de lui pour s'en sortir et ne pas
sombrer.
Aussi lorsque Bill Klein voulut retirer sa main, Bill le retint, passant sa main douce aux ongles manucurés dessus. Comme la caresse d'une plume d'oie.
