Voici donc le nouveau chapitre, espérant qu'il vous plaise.

Bonne lecture et à vos remarques !


3.

I used to bite my tongue and hold my breath.*

Merlin resta figé, seul au milieu du terrain d'entraînement, sa rencontre avec Arthur ne cessant de se rejouer dans son esprit. Il s'était à moitié attendu à passer le reste de sa journée et sa nuit, enfermé dans les cachots, quand il avait quitté les appartements de Gaius dans le but évident de confronter Arthur. La course effectuée pour son mentor n'avait été qu'un prétexte pour pouvoir se promener librement et Merlin n'avait pas réfléchi plus loin, prêt et presque impatient de revivre sa rencontre avec Arthur.

Seulement rien n'avait préparé le sorcier à cela…

Merlin avait clairement vu le regard d'Arthur l'étudier, analysant si sa présence pouvait se révéler être une menace ou non. Merlin connaissait ce regard, c'était celui qu'il avait vu grandir en Arthur durant son règne et bien avant lors de combats décisifs pour le royaume, le sorcier ne s'était pas attendu à le retrouver sur un Arthur aussi jeune et si peu insouciant.

Le sorcier avait besoin de réponses, seulement Merlin ne se sentait pas prêt à affronter Kilgarrah. De tous, le Grand Dragon était la créature qu'il craignait le plus. Kilgarrah était né de la magie et Merlin l'avait entendu, à de nombreuses reprises, parler du futur, des avenirs avortés et du danger des lois magiques. Merlin ne pouvait pas se rendre vers Kilgarrah parce qu'il ignorait si le dragon avait déjà percé à jour sa véritable identité.

Le sorcier avait des questions qu'il ne pouvait poser à Gaius sans éveiller les soupçons, Merlin avait besoin de se plonger dans l'histoire de cet espace-temps et il ne connaissait qu'un endroit où cela lui était possible : l'antre de Geoffrey de Monmouth.

oOo

Merlin reposa le livre, hébété, avant de frissonner violemment, les mots se formant progressivement dans son esprit. Qu'avait-il fait ? Est-ce lui la cause de tous ses changements ? Avait-il vraiment provoqué cela ?

Enfouissant son visage entre ses mains, Merlin poussa un long soupir, sentant soudainement le poids de son projet peser trop lourd sur ses épaules. Pouvait-il vraiment tout recommencer ? Gaius lui avait certifié qu'il n'échouerait pas mais son mentor avait parfois une trop grande confiance en ses capacités. Merlin était plus réaliste : il n'était qu'un homme.

Comment avait-il pu penser qu'il réussirait à modifier le destin, le temps lui-même sans conséquence ?

Un rire amer quitta ses lèvres, Merlin comprenant enfin pourquoi la magie l'avait blessé quand il avait commencé à incanter. Elle avait compris avant lui que tout cela était trop pour le jeune homme mais aussi pour le monde.

Maintenant, Merlin se retrouvait dans un passé qu'il ne comprenait pas totalement, dans un espace-temps où Arthur semblait moins crétin qu'il ne l'était réellement, en passe de devenir l'ébauche du grand roi qu'il avait été, dans un monde où Morgana la pupille était Morgana Pendragon, la princesse, cadette d'Arthur, née d'une liaison hors mariage d'Uther. Morgana n'était plus la fille cachée mais la fille reconnue et aimée d'Uther. Ce simple fait, décidé par Uther lui-même voilà dix-huit ans changeait la donne quant à l'implication de la jeune femme dans la vie d'Arthur et Merlin.

Merlin s'était fixé pour objectif d'empêcher la sorcière de nuire quoi qu'il en coûte mais la Morgana de son monde avait été rongée par sa solitude, son sentiment d'abandon et de colère. Elle en avait furieusement voulu à Uther de ne pas la reconnaître, mais là…Uther l'avait élevé au rang de princesse. Elle était celle qui pourrait un jour diriger Camelot si un malheur arrivait à Arthur et cela changeait tout.

La position inflexible d'Uther sur la magie en était presque rassurant pour le sorcier, ainsi Merlin n'avait pas l'impression d'être sur le point de perdre la tête. Merlin ne savait honnêtement pas comment il aurait réagi si le roi s'était montré moins…obtus concernant la magie. Comment réagirait le roi face aux pouvoirs de sa fille ? Et Arthur ?

oOo

Merlin s'engagea dans une rue du marché de la ville, perdu dans ses pensées, ne prêtant nullement attention à ce qui l'entourait, le sorcier se remémorant encore les paroles qu'il prononcerait au dragon quand il irait le quérir. Hermétique à tout ce qui l'entourait, Merlin n'aperçut pas Arthur, le prince se stoppant brutalement en reconnaissant l'homme qui l'avait défié la veille, avant de froncer les sourcils en constatant à quel point il était invisible pour l'homme du peuple.

Il était évident que ce Merlin semblait plongé dans des réflexions loin d'être réjouissantes au vue de sa mine inquiète mais Arthur devait reconnaître qu'il avait aimé se confronter à cet homme. Merlin lui avait parlé sans détour et tabou et cela l'avait intrigué, il n'y avait que sa sœur pour réellement lui parler sans les convenances et Misha.

Arthur secoua la tête, prêt à se détourner quand Merlin capta enfin sa présence, le jeune homme l'observant avec une sorte de défi et d'autre chose qu'Arthur ne parvenait pas à comprendre. Était-ce de la bienveillance ?

_ Alors, prêt à t'adresser à moi avec convenance ?, demanda le prince avec une arrogance des plus surfaite, il détestait quand les gens jouait trop des convenances.

Merlin secoua la tête, avant de se détourner dans le but évident d'éviter la confrontation, Arthur n'appréciant que moyennement de se faire ignorer.

_ Ne te sauve pas, Merlin, avertit Arthur, forçant le sorcier à se stopper une nouvelle fois, un sourire franc apparaissant enfin sur le visage de Merlin.

_ Je n'me sauve pas, répliqua le sorcier avec effronterie.

_ Dieu soit loué, j'ai cru que tu étais sourd en plus d'être muet et idiot !

_ Écoutez, je vous ai dis que vous étiez un crétin, j'ignorais simplement que vous étiez un crétin royal, répliqua le sorcier avec assurance et amusement.

_ Merlin, souffla Arthur en secouant la tête. Tu n'as pas le droit de me parler ainsi.

_ Et qu'allez-vous faire ? Me faire marcher sur les genoux ?, répliqua le sorcier.

_ Je pourrai effectivement, rit Arthur. D'où viens-tu, Merlin ?

Merlin se figea, interloqué.

_ Ça vous intéresse vraiment ?, s'étonna Merlin.

_ Je n'ai pas pour habitude de poser des questions auxquelles je ne souhaite pas de réponses.

_ Ealdor, murmura le sorcier. Je viens d'Ealdor. Ma mère m'a confié à Gaius.

_ Le royaume de Cenred, un ennemi de mon père, grommela le prince. Gaius est un homme de bien.

_ Je sais, sourit Merlin avec une réelle affection dans le regard.

_ Vas-tu devenir son apprenti ?

_ Eh bien, je ne sais pas vraiment, je dois travailler mais…je… je ne me suis jamais demandé si la médecine pouvait être ma vocation parce que…on a toujours décidé pour moi, souffla le sorcier pour lui-même, Arthur se contentant de l'observer en silence.

_ Il y a quelque chose chez toi, Merlin. Je n'arrive pas vraiment à dire ce que c'est.

Merlin releva brusquement la tête, surpris et touché par les paroles d'Arthur. La première fois qu'Arthur lui avait dit ses mots, Merlin avait été intrigué sans forcément les prendre en considération mais à cet instant, le sorcier avait l'impression de retrouver son ami, celui qui le soutenait sans en avoir conscience.

_ Je pourrai devenir votre serviteur, sourit Merlin, un sourire reprenant vie sur ses lèvres avant de prendre congé, ne remarquant pas l'amas de cordes au sol, se prenant lamentablement les pieds dedans, chutant au sol avec un bruit sourd.

Arthur éclata de rire.

_ Non, tu ne pourrai pas, hoqueta le prince entre deux éclats de rire. Idiot et maladroit comme tu es, je n'y survivrai pas, pouffa le prince avant de s'éloigner.

_ Tête de cuillère, souffla Merlin en se redressant.

Il venait de se ridiculiser devant Arthur, une fois de plus.

TBC...


* Roar, Katy Perry