"Je suis là."
PARTIE TROIS
Suggestion de musique pendant la lecture :
Banks - Someone new (remix Yamill)
"L'amour plutôt que la guerre, des fleurs plutôt que des bombes." Marie-Claire Blais.
Lorsque Lexa se glissa dans le couloir désormais plongé dans la pénombre, ses pieds nus firent légèrement craquer le vieux parquet, ce qui provoqua un étirement de ses lèvres en un léger sourire. Elle avait oublié que la latte sur laquelle elle était actuellement appuyée, un peu moins enfoncée que les autres, était de nature bruyante, la trahissant souvent quand elle rejoignait Clarke au beau milieu de la nuit. Voilà des mois qu'elle se promettait d'y mettre un clou pour la faire taire définitivement ; elle se faisait la remarque à chaque fois que Raven et Octavia les accueillaient le lendemain matin, à coups de regards et de sous-entendus plutôt dérangeants.
Elle se décala un peu pour ne pas faire plus de bruit, puis avisa le couloir comme si c'était un véritable parcours du combattant, relevant mentalement tous les endroits qui pourraient se révéler être des potentiels obstacles sonores. Ce n'était un secret pour personne qu'elle allait rejoindre Clarke cette nuit-ci, alors ce repérage, elle le faisait surtout par plaisir de retrouver ce petit chemin nocturne qu'elle avait emprunté au moins une bonne centaine de fois, sans compter les soirs où elles se couchaient en même temps, ou lorsque c'était la jolie blonde qui venait se glisser dans son lit à elle, bien que ce soit plus rare, puisqu'elle partait dormir en général bien plus tôt qu'elle. Quand bien même, Lexa soupçonnait Clarke de jouer à ce petit jeu les nuits où elle la rejoignait, quand elle rentrait dans sa chambre sur la pointe des pieds, toute guillerette et fière de ne pas s'être faite repérée. Aussi, Lexa se sentait beaucoup moins immature de se prêter à cet espèce de rituel. Et puis, elle avait besoin de décompresser, et, pour ça, tous les moyens étaient bons.
Un sourire mutin toujours plaqué sur le visage, la jeune militaire sélectionna minutieusement chacun des endroits où elle poserait le pied, telle une aventurière du dimanche. En sept pas, ça pouvait être réglé. Elle s'apprêta à s'élancer pour faire la dizaine de mètres la séparant de son amante, lorsque son œil de lynx fut irrésistiblement attiré par le pan de mur faisant, et ce depuis toujours, face à sa chambre.
Et étonnamment, ça lui coupa tout son élan.
A priori, cette cloison n'avait rien d'intéressant. La peinture blanc cassé commençait à montrer des signes de fatigue par endroits, mais n'en était pas encore au point de décrépir; les boiseries faisant la jointure avec les planches du sol, quant à elles, étaient légèrement recouvertes d'une fine pellicule de poussière, signe que la dernière personne en charge du ménage l'avait vraisemblablement fait à reculons. En conclusion, ce pauvre mur était d'une banalité terrible, et tirait sa seule originalité du cadre qui y était pendu.
Astucieusement accroché à une vis au niveau du regard, à peu près centré entre les portes d'Octavia et Raven, de façon à ce qu'on ne puisse pas le louper, il présentait l'agrandissement en format A4 horizontal d'une photo haute en couleur, qui jurait avec la pâleur du mur. On y voyait les quatre colocataires se serrant par la taille, riant aux éclats sur une plage ensoleillée, quelques années auparavant. La jeune militaire fixa l'image avec intérêt, quelque peu interdite. Elle adorait ce cliché ; il faisait même parti des rares qu'elle ait emporté avec elle au Nigéria, dans le double fond de son sac de toile. Néanmoins, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir intriguée en le regardant, comme perturbée par quelque chose qui lui échappait.
Fronçant les sourcils, elle fit deux pas de plus en avant et se retrouva le nez à quelques centimètres de la vitre de protection, derrière laquelle se trouvaient son propre visage, rayonnant, entouré de ceux de ses amies. Elles devaient avoir entre 16 et 17ans, et chacune d'elles arborait un sourire grandiose et empli de joie pure et simple, où quelque chose de juvénile semblait encore s'accrocher. Lexa passa deux doigts sur la vitre, se rappelant comme si c'était hier de cette magnifique journée de plage. Elle se revoyait presque entourer de son bras le cou de sa meilleure amie d'un côté, tandis que de l'autre main, elle tenait distraitement la hanche de Clarke, avec qui elle ne sortait pourtant pas encore. A l'époque, la blonde n'était même pas encore avec Finn, même si le jeune homme avait déjà commencé à tourner autour de Raven et elle. Mais ce n'était pas la seule chose qui avait changé depuis ; il était facile de remarquer que la jeune mécano avait encore sa jambe ainsi qu'un appareil dentaire, qu'Octavia arborait une frange douteuse tombant sur ses beaux yeux gris, et qu'elle-même, Lexa, n'avait pas encore le bras tatoué. Elle se fit la réflexion qu'en réalité, cette photo lui faisait presque plus l'effet d'un témoignage du temps passé que d'un souvenir de vacances, que Bellamy avait réussi à capturer de justesse sur son appareil fétiche.
Son esprit tiquait toujours, ses yeux verts émeraude faisant des navettes ininterrompues entre chacune des quatre silhouettes présentes sur l'image, cherchant activement ce quelque chose qui la perturbait tant. Agacée, elle finit par prendre un peu de recul, et ce ne fut qu'en regardant une vue d'ensemble du couloir tout entier qu'elle eut enfin un éclair de lucidité. Lexa était connue pour avoir une mémoire visuelle hors pair; ses amies s'amusaient à dire qu'elle devait forcément avoir une puce informatique greffée quelque part dans la tête, qui enregistrait et répertoriait tout ce qui se passait dans sa vie. Elle était donc capable de retenir n'importe quoi et n'importe quand, avec une facilité déconcertante : cette faculté lui avait fortement servi à l'école, lui évitant de trop travailler pour s'en sortir, et plus tard dans son parcours à l'armée, où elle en devenait carrément redoutable.
Aussi, elle connaissait l'appartement et sa décoration par cœur : de la cuisine ouverte à l'immense salle de bain, des fauteuils dépareillés du salon aux livres de la bibliothèque, des lattes grinçantes semant leurs embûches sournoises dans le couloir du coin nuit à l'ampoule clignotante du placard de l'entrée, rien n'avait de secret pour elle. Puis la tâche était grandement simplifiée par les autres occupantes; bien que l'hispanique soit réputée bordélique, les deux autres compensaient en se montrant méticuleuses et bien organisées. Ainsi, chaque disque, chaque tableau, chaque tabouret des parties communes avait sa place attitrée, ce qui limitait grandement le bazar et évitait des heures de recherches infructueuses. Chacune ayant son espace personnel où elles pouvaient faire à leur guise, elles s'étaient mises d'accord pour maintenir un certain ordre dans les pièces qu'elles partageaient.
Tout ça pour dire que ce cadre joliment suspendu à ce cher et insignifiant pan de mur n'avait tout bonnement rien à faire là, et c'était ça qui était venu titiller son esprit. Elle était persuadée de toujours y avoir vu une peinture en acrylique dans les tons bleus et verts, rappelant les rideaux vintages pendant à la fenêtre en bout de couloir, représentant une étude déstructurée et stylisée de l'Arche, la statue emblématique du centre de Polis devant laquelle la Ford d'Octavia était passée, pas plus tard que le soir même.
-Qu'est-ce que tu fais là, toi ? murmura Lexa, suspicieuse.
La dernière fois qu'elles avaient modifié la décoration, il avait été question de remplacer le poster Star Wars du salon appartenant à Raven par une magnifique toile tendue représentant Manhattan de nuit, rapportée par Octavia à son retour de New York, où elle était partie en voyage avec Lincoln, rien que tous les deux, en amoureux. Ce jour-là, elles avaient d'ailleurs frôlé l'état de crise; seule l'hispanique voyait d'un mauvais œil les buildings de la jeune Blake, contrairement à ses amies face auxquelles elle avait dû plier et remballer ses Stormstroopers. Néanmoins, fidèle à elle-même, elle avait fait sa petite cheftaine, édictant dans un espagnol expéditif la règle de vie comme quoi il était désormais obligatoire de se concerter avant de changer quoi que ce soit dans l'appartement, ce à quoi les autres filles avait fini par céder. C'en était suivi un véritable pugilat, durant lequel des alliances entre elles s'étaient formées pour virer des parties communes ce qui ne leur plaisait pas. Clarke avait dû enlever un nu qu'elle exposait dans l'entrée, Octavia sa collection de 27 dessous de verres à l'effigie de 27 marques de bières différentes d'au-dessus de la télé, et Lexa sa vieille crosse de hockey accrochée le long du bar.
Depuis cette guérilla, toutes avaient été à cheval de cette stupide règle. Aussi, Lexa se sentait puérilement vexée de ne pas avoir été consultée pour ce changement, aussi infime soit-il, même si elle était de l'autre côté du monde quand il avait eu lieu.
Elle fut brusquement sortie de ses pensées en entendant un rire étouffé, suivi de quelques éclats de voix. Elle jeta un regard circulaire autour d'elle : si la porte de Raven était restée hermétique depuis qu'elle y était entrée en rogne, il y avait encore de la lumière sous celle de Clarke. Reyes avait beau être un monceau de bizarreries, elle n'en était pas encore arrivée au stade de parler toute seule, et encore moins enfermée dans le noir complet. Elle en déduisit donc que, contrairement à ce qu'elle pensait, Octavia n'était toujours pas couchée, et qu'elle était restée tenir compagnie à Clarke après l'avoir soignée.
Lexa expira longuement avant de faire marche arrière sur la pointe des pieds et de retourner dans sa chambre. Bien qu'elle ait une envie folle de s'allonger aux côtés de la jolie blonde et de dormir en la serrant contre son cœur, elle préféra laisser encore un peu de temps à Octavia. Certes, Clarke lui avait horriblement manqué et il lui tardait de la retrouver, mais elle avait compris qu'elle n'était pas la seule dans cette situation. Octavia avait également souffert de son absence, alors ne pas couper les deux meilleures amies dans ce rapprochement lui paraissait important. Et puis, par la même occasion, elle avait l'impression de renvoyer l'ascenseur à la jeune Blake, qui avait provoqué tant bien que mal la nécessaire confrontation entre Raven et elle, sans laquelle aucune amélioration ne pourrait avoir lieu.
Pensive, elle s'assit sur son lit, caressant distraitement du bout des doigts le drap désormais froissé. Dans l'espoir de se détendre un peu, elle fit rouler ses épaules engourdies par les heures d'avion, mais tira rapidement la conclusion que seule une bonne douche chaude pouvait y remédier. Bénissant cette idée, elle bondit presque du matelas et se mit à fouiller dans son sac de voyage. Elle sortit de parmi ses treillis kaki de quoi se laver, puis fila à la salle de bain à pas de loup.
Une fois à l'intérieur, elle s'y enferma à double tour, puis alluma la lumière en remontant l'interrupteur qu'elle trouva à tâtons, quelque part sur sa gauche. Un à un, les spots colorés surmontant le miroir au-dessus de l'évier s'allumèrent, illuminant la pièce d'un halo délicieux qui fit soupirer d'aise la jeune femme. Elle avait ressenti la même chose en se garant devant l'immeuble, puis en pénétrant successivement dans l'appartement et dans sa chambre. Elle n'était pas du genre sentimentale et très loin d'être fleur bleue pourtant, un rien la ravissait quand elle redécouvrait sa vie d'avant le Nigéria. Tous ces gestes, toutes ces odeurs, ces jeux d'ombre sur les murs, elle prenait plaisir à les reconnaître et à se les réapproprier, signe que son retour était concret, et qu'elle laissait derrière elle de nombreuses choses auxquelles elle ne voulait plus penser.
Elle se planta devant le lavabo blanc sans même se regarder dans le miroir le surplombant, puis ôta son débardeur. Ouvrant mécaniquement sa trousse de toilette, elle en sortit de quoi recouvrir le pansement qui lui cachait le flan. Un fois que la bande de plastique conçue exprès fut en place, afin de protéger le tissu de l'eau et des vapeurs, elle se déshabilla entièrement et entra dans la douche jouxtant la baignoire, à l'autre bout de la pièce.
Les premières gouttes qui s'échappèrent du pommeau accroché au plafond lui firent l'effet d'un fin filet de pluie fraîche, avant que l'eau ne finisse par se réchauffer et que le débit ne se stabilise. Offrant son visage au jet, elle perdit bientôt la notion du temps, appréciant simplement la sensation du liquide pur et cristallin dégringolant sur elle, la rassérénant et relâchant enfin ses muscles fatigués. Ce fut un bonheur simple et tranquille, sans fioritures, entouré d'une chaleur douce et des senteurs presque oubliées des shampoings et savons qu'elle n'avait pas pu amener avec elle.
Elle eut soudain l'impression de ne plus être partie. De ne jamais avoir quitté sa caserne, et d'avoir passé l'été à Polis avec ses amies, entre fêtes estudiantines, concerts estivaux et semaines à la mer, sans oublier de précieuses virées en moto, rien que sa compagne et elle, aux quatre coins du pays. Cela lui fut si facile à imaginer, si proche du réel, qu'elle eut terriblement envie d'y croire. Elle n'aurait ainsi manqué à aucun de ses devoirs, aurait pu empêcher leur groupe de se disloquer et soutenu Clarke dans l'épreuve terrible qu'elle avait dû traverser sans elle. Tout aurait été tellement plus simple et plus sain, pour elle-même et pour tout son entourage. Elle aurait préféré que cela se passe ainsi, du plus profond d'elle-même. Aussi, elle se laissa bercer par cette illusion, encensant son esprit de ces sensations pour en panser la culpabilité qui l'étreignait. C'était terriblement bon, de ne plus de sentir coupable, de ne plus regretter, même l'espace d'un instant.
Et cela aurait pu durer encore longtemps, si sa main n'était pas passée distraitement sur ses côtes pour les débarrasser de la mousse parfumée au lilas qui s'y trouvait. Le contact désagréable du plastique protégeant sa blessure sous ses doigts fins la ramena brusquement à la réalité. Il ne fallait pas qu'elle se berce dans ce mirage, elle n'en avait pas le droit. Elle devait assumer ses choix, c'était son devoir. Et même avec toute sa volonté, elle ne pouvait effacer ce qui s'était passé là-bas, dans ce pays déchiré, ni ce que son absence avait causé. Les souvenirs l'envahirent d'un coup, sans qu'elle puisse lutter. Des flashs mémoriaux agressifs se mirent à bombarder sa rétine, et elle se retrouva propulsée une trentaine de jours auparavant.
... Des hurlements barbares lui vrillent les oreilles, à peine couverts par des tirs à la mitraillette, qui, rafale par rafale, se rapprochent de plus en plus de leur position. Des ordres fusent dans tous les sens. Elle n'en comprend pas la moitié, panique, mais continue de progresser, suivant son coéquipier sans le perdre de vue...
Elle rouvrit les yeux, momentanément aveuglée, cherchant désespérément à reprendre le contrôle de son corps, qui semblait revivre les événements sans qu'elle ne puisse l'empêcher. Mais elle n'eut aucune emprise et n'eut d'autre choix que de subir.
...Deux soldats tombent à quelques mètres d'elle et ne se relèvent pas. L'un hurle à la mort, tandis que l'autre ne bouge plus, une fleur de sang se dessinant sur sa poitrine. Il est pourtant impensable d'aller les chercher. Ça sent la mort et la boue colle aux vêtements, rendant l'avancée presque impossible. Elle souffre, et c'est presque plus mental que physique. Ils n'avaient pas été préparés à ça. Jamais...
Une douleur sourde vint la faire plier en deux. Elle se vit obligée de s'asseoir dans le fond carrelé de la douche, se retenant de justesse aux parois pour ne pas s'écrouler, à la merci totale de ces films destructeurs défilant dans sa mémoire.
...Soudain, une explosion trop proche les cloue tous au sol. Elle a le temps d'entendre son voisin prier avant que tout ne devienne noir. Elle a bien envie de faire pareil, mais elle ne croit en rien. Quelle entité supérieure pourrait autoriser ce qui était en train de se passer ? Le bruit autour d'elle ne cesse pas. Il continue de bourdonner inlassablement dans sa tête, à la manière d'une moquerie sadique qui ne s'arrête jamais. Elle sent à peine quand on l'empoigne sans ménagement par les lanières de son sac à dos. Elle voudrait lutter, se relever, faire quelque chose, mais elle ne trouve plus la force. Tout ce qu'elle est capable de comprendre, c'est le vrombissement sourd dans ses tympans. C'est la guerre lui crie dessus...
Les images et sensations s'incrustaient d'elles-mêmes, défilant les unes après les autres, et elle n'y pouvait plus rien. Elle n'était plus qu'une marionnette pendue dans un théâtre des horreurs.
...Quand elle reprend à peine connaissance, ses mains sont liées, et la salle qu'elle découvre autour d'elle est sombre, sale et sens le désespoir. Elle referme les paupières aussi sec, pour ne pas être remarquée. Néanmoins, elle a le temps de voir qu'elle n'est pas seule. Beaucoup d'autres militaires sont là. Elle ne voit pas Aiden, mais reconnait Echo, Roan et d'autres de son régiment. Et il y a des inconnus. L'un d'eux pose des questions dans une langue qu'elle comprend mais qui sonne étrangère à son oreille. Quand personne ne lui répond, il pointe un vieux revolver sur l'un d'eux et tire sans ménagement. Elle comprend alors que ce n'est rien d'autre qu'interrogatoire. Ils sont tous perdus...
Elle ré-entendit les coups de feu comme s'ils avaient été tirés là, dans la salle de bain, à quelques mètres d'elle seulement. Par réflexe, elle plaqua ses mains sur ses oreilles, et comprima sa tête, dans l'espoir futile que tout cela finisse par prendre fin.
...Elle a perdu la notion du temps qui passe. Elle sait juste que l'inconnu a déjà tiré six fois parce que personne ne parle. Trois de ses coéquipiers ne rentrerant jamais chez eux. Elle ne se voile pas la face, et sait qu'elle y passera inévitablement. Alors, elle se laisse dériver et se prend à rêver de Polis et de son bel ange blond, qui s'agenouille près d'elle et embrasse ses joues sales, pour lui insuffler du courage et gommer la peur qui lui comprime les poumons. Clarke est là, assise à côté d'elle dans la boue. Elle porte un tablier de peinture, ses cheveux sont retenus par un pinceau et l'une de ses joues et barbouillée de vert et de jaune. Elle a l'air réelle, et lui adresse des regards profonds qui ne dévient pas, de ceux qui disent « sois forte » et « je t'aime » à la fois. Lexa pourrait tout affronter pour son visage, et pourtant, elle ne se sent plus capable de rien. Elle a tant besoin d'elle. Des larmes de frustration coulent sur ses joues malgré elle. Et elle est repérée par l'un des tortionnaires, qui vient l'empoigner par le col. Ça y est, son tour vient, et tout ce qu'elle aimerait, c'est que Clarke l'enlace délicatement et l'emmène loin d'ici...
A bout de souffle, Lexa se redressa difficilement, collant son dos à la vitre derrière elle. Ses pleurs abondants et incontrôlés se mêlaient à l'eau qui continuait de se déverser sur elle. Elle étouffait, cherchant de l'air entre hoquet et tremblements, incapable de dissocier la réalité des souvenirs qui assaillaient encore son esprit ; elle était en pleine crise de panique.
Dans l'espoir que bouger et s'échapper de la cabine gommerait son angoisse mordante, elle se leva précipitamment, peut-être trop. Sa vision se voila elle prit peur, pensant être à nouveau assaillie d'images, et se retint de justesse au levier contrôlant la température de l'eau. Sans trop réfléchir, elle l'actionna à fond du côté bleu, et frissonna violemment lorsque la douche passa en quelques secondes du chaud au froid mordant. Elle appuya ses deux mains contre le mur, l'eau soudainement glacée dégoulinant sur son corps fébrile. Le choc de température eut pour effet de stopper net sa peur et l'empêcha de repartir dans ses délires, l'ancrant dans la réalité de manière brutale mais efficace. Elle resta sans bouger pendant quelques minutes, laissant son cœur ralentir, et lorsqu'elle ne put plus supporter les frémissements, elle se força à s'ébrouer en coupant le jet d'un geste sec, la mâchoire serrée.
Elle s'extirpa du bac à douche en s'enroulant dans une grande serviette, provoquant un nuage de buée lorsqu'elle ouvrit la porte coulissante, puis s'assit sur le bord de la baignoire, pour ne pas tenter le diable en restant debout sur ses jambes. Elle se sécha mécaniquement, l'air complètement ailleurs, tâchant de penser à autre chose qu'à ce qui venait juste de se passer. Bien vite, elle abandonna et s'attaqua plutôt à tresser savamment ses cheveux. C'était une de ses méthodes pour arrêter de trop cogiter. Entremêlant ses longues mèches ensembles, les réunissant et les déliant par intermittence, elle arrivait à se vider la tête. C'était une manière comme une autre pour reprendre le contrôle. Et, bientôt, elle fut de nouveau complètement maîtresse d'elle-même.
Au bout d'un temps, elle laissa ses cheveux arrangés pendre sur son épaule gauche, et se rhabilla de son pyjama, veillant à ce que le pansement ne soit pas visible. Ensuite, elle rangea soigneusement ses affaires sur le coin d'étagère lui étant attitré, planquant au fond de son sac de toilette sa protection en plastique. S'assurant que personne n'irait fouiller dedans en posant sur le dessus des serviettes hygiéniques non utilisées, elle sortit finalement en silence de la salle de bain, encore un peu troublée, même si ce n'était pas la première fois qu'une telle chose lui arrivait.
Elle tenta d'être discrète, mais ne put s'empêcher d'hoqueter de surprise lorsqu'une main qu'elle n'avait pas vu venir se posa sur son avant-bras. Par réflexe, elle retira vivement son membre et s'écarta, agressée par ce touché intempestif. Si les vapeurs s'échappant de derrière elle ne lui avait rappelé qu'elle était chez elle, à la maison, elle aurait certainement mis une droite à la personne qui venait de s'approcher, simplement par instinct de survie. A l'armée, elle était toujours sur ses gardes, et n'hésitait jamais à se défendre. Les mauvaises habitudes avaient la vie dure, surtout après la crise perturbante qu'elle venait de subir.
La personne imprudente qui venait se surgir à l'improviste n'était autre qu'Octavia, qui désormais la dévisageait. Elle était restée plantée au beau milieu du couloir, en retrait, les mains levées en guise de reddition, dans son tee-shirt trop grand où le chat de Chester souriait malicieusement.
-Je t'ai fait peur ? murmura-t-elle, penaude.
Lexa calma tant bien que mal son cœur qui était repartit en hyperventilation, puis se contenta d'hocher négativement la tête en guise de réponse, expirant pour se reprendre.
-Je suis désolée, poursuivit la jeune Blake avec une moue.
-C'est rien, répondit simplement Lexa.
-Ok... Hum… je voulais savoir… tu vas te coucher là tout de suite ?
-Euh… c'était l'idée oui. Pourquoi ?
-Parce-que Blondie s'est écroulée comme une masse et que… je n'ai pas tellement envie d'aller dormir maintenant.
Il y eut un silence, durant lequel les deux jeunes filles se regardèrent. Lexa savait pertinemment ce qu'allait lui demander son amie, elle le voyait venir gros comme une maison. Octavia était connue pour avoir un cycle de sommeil complètement déréglé. Et là, elle allait expressément lui demander de veiller un peu avec elle. Lexa ne savait pas si elle était vraiment opérationnelle pour lui tenir compagnie, étant donné son état. Mais peut-être qu'un peu de temps passé avec elle pouvait lui apaiser l'esprit, de façon à ce qu'elle soit complètement calmée lorsqu'elle rejoindrait enfin Clarke…
-T'as encore des insomnies ? finit-elle par demander platement.
-Ouai, soupira la jeune Blake en haussant les épaules. Et ça ne va pas en s'arrangeant si on peut dire ça comme ça. Les temps sont compliqués. Il faut croire que je réfléchis trop.
-Et tu espérais que, dans ma grande bonté d'âme, j'accepte de te tenir compagnie un petit moment, c'est ça ?
-S'il-te-plait ? fit Octavia avec un sourire, confirmant ce à quoi Lexa s'attendait. Allez Lex', pas longtemps, dès que tu baille un tant soit peu, je te laisse la rejoindre… Elle dort à poing fermé.
-Mais j'aimerai bien l'avoir près de moi, je ne sais pas si tu comprends…
-Je comprends Lex… Je sais que c'est un peu égoïste, mais tu m'as manquée à moi aussi… Puis tu ne seras pas loin en plus, franchement le salon, par rapport à Lagos ou je ne sais où…
La jeune militaire eut une grimace en entendant le nom de la capitale Nigérienne, repensant une fraction de seconde à ce qui s'était passé sous la douche. L'autre brune pinça les lèvres, se rendant compte d'avoir possiblement dit une bêtise. Elle adressa de ce fait une autre œillade désolée à Lexa, qui la balaya d'un revers de la main, avant de quitter le couloir, l'air d'avoir capitulé. Un peu soulagée, Octavia lui emboîta le pas, fermant négligemment derrière elle la porte séparant les chambres du reste de l'appartement.
Les deux amies s'assirent d'un commun accord au bar, Octavia s'activant sans bouger de son tabouret pour enclencher la bouilloire et préparer deux tasses, tandis que Lexa, parfaitement coordonnée, fouillait déjà leur boîte à thé. Elle dégota pour la jeune Blake un tilleul-camomille, tandis qu'elle se réservait un des derniers sachets à la cannelle. Quelques minutes plus tard, chacune d'elles serrait dans leurs mains leurs boissons fumantes, infusées et sucrées selon leur bon vouloir.
-Tu te rends compte qu'on boit du thé en plein mois d'Août comme si c'était tout à fait normal ? finit par dire Octavia, en soufflant sur les volutes de vapeur qui s'échappaient de son mug bleu à l'effigie de Cookie Monster.
-Les Touaregs boivent du thé en permanence, et pourtant ils vivent en plein désert. Y'a pas d'horaires ou de dates pour ça, commenta Lexa en trempant les lèvres dans le sien, qui appartenait vraisemblablement à Clarke, puisque qu'il représentait une copie de la Nuit Etoilée de Van Gogh. Et puis, c'est beaucoup plus sain que le café ou le chocolat au lait.
Octavia hocha longuement la tête, avant de se décider à enfin boire une gorgée. Pourtant, elle s'arrêta vite, fronçant le nez et tirant la langue, puis darda sur Lexa un regard sceptique.
-Qu'est-ce que c'est que ce truc dégoutant ? Quel sachet t'as choisi ?
-Quelque chose qui te fera du bien, O'. Et qui t'apaisera avec un peu de chance… même si j'en doute fortement vu ton état.
La jeune pompier se pencha au-dessus du bar pour aller récupérer le sachet que son amie avait laissé tomber. Elle tâtonna à l'aveuglette sur le plan de travail quelques secondes, puis finit par mettre la main dessus avec un petit cri victorieux. Elle se rassit correctement et lorgna le parfum, avant de presque se décrocher la mâchoire.
-Tilleul-camomille, sérieux Lexa ? Pourquoi ne pas me faire un grog, un massage des pieds et une bouillotte tant que tu y es ?
Elle roula le sachet en papier en une boulette et la lança sur Lexa d'une pichenette. L'ayant vu venir, la jeune fille se pencha, si bien que le mini projectile ne la frôla même pas et alla atterrir sur le tapis, un peu plus loin, au grand dam d'Octavia.
-Pff, toi et tes réflexes de militaire à la con… marmonna la jeune Blake.
-Tais-toi, j'ai l'impression d'entendre Reyes se plaindre.
-Que veux tu, elle déteint sur moi, rigola Octavia en sentant derechef sa tasse, avant de la repousser loin d'elle. A ce propos… Tout à l'heure, je suppose que ça ne s'est pas très bien passé ?
-Tu supposes bien, soupira Lexa. Elle me fatigue.
-Message reçu, sujet sensible, répondit Octavia en changeant de sujet. En tout cas, pas question que je boive ce machin pour grand-mère gâteuse. Il n'y a que Clarke pour apprécier un truc aussi fade !
-Je suis sûre qu'elle aurait adoré ce que tu viens de dire, mais passons. Allez, arrêtes de chouiner deux minutes, c'est bon pour ce que tu as. Dormir moins de cinq heures par nuit c'est carrément mauvais pour ton corps, tu vas finir par te flinguer.
-Cinq heures ? C'est une grande nuit ça, cinq heures.
Lexa posa un peu brusquement sa tasse sur le comptoir, faisant gicler quelques gouttelettes un peu partout autour d'elle, puis se redressa pour faire face à son amie, en plissant les yeux.
-Tu dors moins que ça ?
-Ça m'arrive oui, répondit l'autre en haussant les épaules.
-Je ne vais pas te faire la morale, O', parce que je suis mal placée pour faire des commentaires vu les nuits qu'on passe parfois à l'armée. Néanmoins, j'espère que tu te rends compte que c'est grave de se reposer aussi peu.
-Ouai, je suis au courant.
-Ça fait longtemps que ça dure ?
-Depuis un bon moment, tu le sais. Mais ça s'est accentué depuis l'accident de Jake, dans ces eaux-là, souffla la brunette.
-Un mois que tu ne dors pas ou presque ? murmura Lexa, interdite.
-J'ai tout essayé franchement ! La relaxation, le sport, les documentaires à la con à la télé, la lecture de trucs barbants, l'alcool fort, et mêmes les somnifères. J'ai arrêté les écrans avant d'aller me coucher, j'ai essayé de manger plus sainement et d'aller au lit tôt… Rien n'a fonctionné.
Octavia regarda la mine de Lexa se décomposer avec une pointe d'amusement.
-Hey, ne me regarde pas comme si j'étais un alien, Lex'. Pour l'instant tout à peu près bien, je tiens le coup. J'ai juste des coups de mou de temps en temps, je fais des siestes pour y remédier. Et le maquillage fait des merveilles tu ne trouves pas ? Je suis toujours aussi belle et fraiche que d'habitude.
-La question n'est pas là, tu le sais.
La jeune Blake ignora la pique.
-Mine de rien, ne pas dormir, ça libère plein de temps libre. J'ai eu le temps de terminer toutes mes séries, et j'ai même pu me regarder tous les épisodes de Game Of Thrones sans avoir Reyes dans les pattes pour tout me spoiler. Ça a vraiment un côté pratique.
-Tu devrais peut-être voir un spécialiste, expira Lexa, sérieuse.
-Et tu voudrais que je lui dise quoi, hein ?!
Les yeux verts de la militaire s'arrondirent, tant elle fut surprise par le ton sec et la soudaine animosité de son amie, qui s'était subitement emportée.
-Je me vois mal me pointer chez lui comme une fleur pour lui raconter que je n'arrive pas à dormir parce que ma famille se disloque et que j'ai peur que tout s'écroule d'un coup.
Elle marqua une pause, hésitant à dire la suite de ce qui lui mordait la langue. Mais finalement, elle ne put se retenir plus longtemps et vida son sac sur une Lexa qui resta comme deux ronds de flan.
-Que dès que je ferme les yeux, je vois un encart dans le journal signalant ta disparition sous les bombes de chez pas où, ou Clarke qui se suicide parce que la pression est trop forte autour d'elle, ou Raven et Lincoln qui se tirent et me laissent toute seule. Franchement, y'a des gens qui sont plus dans la galère que moi.
Au fur et à mesure de son monologue, la colère qui l'avait soudainement prise avait éclaté en mille morceaux, laissant poindre une tristesse difficile à dissimuler. Les yeux gris d'Octavia s'étaient légèrement voilés, prenant une teinte orageuse, et sa voix pourtant si assurée usuellement, s'était fendillée, cachant un sanglot avec difficulté. Lexa abandonna sa tasse de thé et alla prendre les mains tremblantes de la jeune pompier dans les siennes, qui les serra en retour, se raccrochant à ce contact.
-J'suis désolée de te soûler avec ça, murmura Octavia. Je suis sûre que ça doit te paraître dérisoire comme angoisses après ce que t'as pu vivre là-bas.
-Tu ne me soûle pas. Si ça fait un mois que tu ressasse ça dans ton coin, il fallait bien que ça sorte… Qu'en a dit Lincoln ?
-Il n'est pas vraiment au courant…
-Tu ne lui en as pas parlé ?
-Il sait que je dors mal, mais que ça s'est aggravé par contre… Non, répondit Octavia dans un souffle, avant de reprendre, devant les sourcils froncés de son amie. Il est assez pris et stressé en ce moment, on ne passe pas trop de temps ensemble. Il a d'autres chats à fouetter avec les gardes de nuit, son boulot avec ses supérieurs chiants... Je ne veux pas l'emmerder avec mes gamineries…
-En tant que cousine de Lincoln Martins, ta phrase n'a aucun sens, j'espère que tu t'en rends compte. Comme si s'inquiéter pour toi était une perte de temps… Et ce ne sont pas des gamineries, Octavia. C'est ta manière d'extérioriser ce qui se passe dans ta tête.
La jeune fille renifla pour seule réponse, faisant la moue.
-Franchement O', Link tient à toi comme à la prunelle de ses yeux ! Si quelque chose ne va pas et que tu as besoin de lui, il faut que tu lui en parles ! Tu sais qu'il sera toujours là pour toi, hein ? Il t'aidera n'importe ce que ça implique.
-Je sais…
-Pourquoi n'avoir rien dit alors ?
- Avec tout ce qui s'est passé, je me suis dit qu'il fallait que je réapprenne à gérer mes problèmes toute seule, parce que me suis rendue compte que je me reposais beaucoup sur vous. Beaucoup trop. Et ne me regarde pas comme ça, je sais que c'est stupide.
- Promets-moi au moins que tu en parleras avec Lincoln. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour lui. Il s'en mordra les doigts s'il apprend qu'il n'arrive pas à te protéger comme il l'entend. Et je suis sûre qu'il t'aidera à trouver une solution.
-Okey, expira Octavia. Je lui en parlerai.
-Il était temps que je rentre pour remettre tes petites idées en place, hum ?
-Il était temps, en effet. Ne nous fait plus peur comme ça. Regarde où ton absence nous mène… droit dans un mur.
La jeune Blake prit de grandes respirations pour reprendre consistance. Puis, surprenant Lexa, elle lâcha ses mains et s'avança pour s'accrocher à son cou. La militaire referma ses bras autour de ses épaules et la serra en retour, la berçant légèrement de droite à gauche. Elles restèrent quelques secondes en silence, profitant toutes les deux, puisant du réconfort dans cette étreinte.
-Le temps où tu étais toute seule est passé, O'. Tu ne l'es plus maintenant... Ne l'oublie jamais.
-J'ai cru l'être à nouveau, marmotta la jeune fille d'une voix tremblante, trahissant les quelques larmes qui lui avait finalement échappé. Et Bellamy a sa vie maintenant... il a suffisamment sacrifié pour moi.
-Et bien c'est fini tout ça. Je vais essayer de faire tout ce qui est dans mon possible pour que tout aille mieux, je te promets.
Elle sentit Octavia hocher la tête, puis, après une dernière pression de remerciement, la relâcher tout doucement pour se redresser et se rasseoir. La Blake s'ébroua un peu, embarrassée d'avoir montré une part de sa faiblesse. Cherchant à se changer les idées, elle tendit le bras et récupéra sa tasse, où le thé avait à peine tiédit. Elle en but plusieurs gorgées, avant de remarquer les yeux rieurs de Lexa, qui se planquait derrière son propre mug.
-Quoi ?
-Il est bon ce petit thé de mamie, finalement, ricana-t-elle.
-Oh, et si tu la fermais un peu pour voir, Woods ?
Elles se fixèrent un instant, s'affrontant du regard, avant de craquer et de rire de bon cœur. Elles finirent leur tasse respective et quittèrent les tabourets du bar pour se caler plus confortablement dans le canapé gris qui faisait face à leur petite télévision, les pieds posés négligemment sur la table basse ou sur les fauteuils avoisinants. Elles continuèrent de discuter beaucoup plus légèrement, sans prêter attention à l'horloge qui tournait. Cela faisait du bien à chacune d'elles de parler sans se prendre la tête, sans avoir à peser leurs mots. C'est fou ce qui pouvait se passer en deux mois tout ce qui n'avait jusque-là pas d'importance en prenait soudain. Tout les sujets même banals y passèrent. Elles partirent loin, jusqu'à parler des nouvelles tenues contre le feu orange pétard de la caserne d'Octavia, des dernières frasques de Jasper à la fête de mi-juillet, et finirent par critiquer la bande-annonce du dernier film de Tim Burton, qui allait sortir au mois d'Octobre.
-J'aime beaucoup Eva Green, j'espère qu'elle va faire un malheur dans ce rôle.
-Il faudra qu'on y amène Clarke, rit Octavia en tapotant son tee-shirt à l'effigie du chat volant, vedette des deux volets des aventures d'Alice. C'est la seule personne sur Terre qui aime autant Wonderland que moi.
-Miss Peregrine et les enfants particuliers n'aura pas lieu dans le même univers, j'espère que t'es au courant ? Il manquerait plus que vous soyez déçues du voyage.
-Evidemment que je le sais, espèce de truffe ! Et impossible d'être déçue, parce qu'un Burton est un Burton. D'aussi loin que je me souvienne, je les ai tous adoré, et elle aussi. Je me rappelle encore quand Jake nous a amené voir Charlie et la Chocolaterie pour l'anniversaire de Blondie. On avait sauté partout dans le cinéma tellement on était excitées et on a bouffé du pop-corn et des smarties toute la séance. Un vrai régal.
La jeune militaire sourit, imaginant des minis Clarke et Octavia courant dans le multiplexe de Polis, suivies par un Jake chargé de friandises. Octavia laissa passer un moment, puis reprit, la voix empreinte de nostalgie.
-Ça me fait bizarre de me dire qu'on ne le reverra plus jamais.
Lexa fit la grimace.
-A moi aussi. Et rappelles-toi que j'ai appris sa mort i peine quelques heures… Je crois que je ne réalise pas encore complètement.
Elle se massa doucement les tempes, essayant vainement de chasser son trouble.
-Il va vraiment me manquer, poursuivit-elle. Il était un peu la figure paternelle qu'on n'a pas eue, toi et moi.
-C'est exactement ça, fit la jeune Blake en serrant un peu plus contre sa poitrine le coussin qu'elle tenait entre ses bras. Il était l'image même que je me faisais d'un père. Aimant, gentil, lunatique, artiste. J'ai longtemps été jalouse de Clarkie… Et elle lui ressemble tellement en plus, c'est dingue.
-Je ne l'ai pas autant connu que toi, mais je suis d'accord avec ce que tu dis. Ces deux là, c'étaient des copiés collés. Parfois j'avais l'impression de voir l'un en regardant l'autre... Et puis, les mêmes lubies, les mêmes idéaux, les mêmes mimiques.
-Et les mêmes yeux, compléta Octavia. C'est vrai que sur ce point, il vivra toujours à travers elle.
Elle marqua une pause et se redressa.
-Il a tellement fait pour nous soutenir, avec Bellamy. Il a été là quand ma mère a commencé à déconner, il nous a aidé financièrement et nous a souvent accueillis sous son toit, il nous a même permis d'habiter ici malgré nos faibles revenus… J'ai l'impression de lui devoir beaucoup.
-Je vois ce que tu veux dire, répondit Lexa. Je crois que ça faisait partie intégrante de lui de venir en aide aux gens qui l'entouraient.
-Pourtant il n'avait aucunes raisons de faire ça. Il n'était pas du tout obligé, il ne nous devait rien… Enfin, on n'était pas de la famille ni rien…
-O', tu sais que tu es la sœur que Clarke n'a jamais eue. Je suis sûre que Jake le voyait de cet œil là également. Il disait toujours qu'il n'avait pas besoin d'avoir d'autres enfants qu'elle puisqu'il vous avait Bell et toi.
-Quand je pense que je ne lui ai jamais dit merci, ça me tue.
-Je comprends le sentiment… Moi, je n'ai jamais eu l'occasion de le remercier pour avoir été si ouvert d'esprit quant à notre couple avec Clarke. Il m'a acceptée de suite. Ça n'avait pas d'importance pour lui que je sois une fille. Il voulait juste le bonheur de Clarke, et ça, ça valait tout l'or du monde. Pas comme Abby…
-Il y a toujours eu un fossé entre Jake et Abby, de toute manière, s'exclama Octavia en se tassant de nouveau sans le dossier du canapé. Elle a toujours été beaucoup plus réservée que lui. Plus bridée et étroite, aussi. Ça vient de l'éducation ça : elle a grandi dans une famille de bourges très coincés, ça laisse des séquelles. Jake était beaucoup plus bohème. C'est comme ça.
Elle eut un vague sourire, ce qui amena Lexa à hausser les sourcils, la questionnant silencieusement à propos de ce à quoi elle était en train de penser.
-Je me rappelle juste de la crise qu'Abby a faite quand Clarke a décidé du haut de ses douze ans qu'elle préférait venir avec moi au collège de banlieue plutôt que d'aller au privé du centre-ville que sa mère lui avait choisi. Ou quand elle a décidé d'abandonner médecine au boit de quelques mois seulement pour faire art. Ou quand elle a annoncé qu'elle était bi en plein milieu d'un repas, entre le plat et le dessert. Elle était carrément hors d'elle à chaque fois. Blondie doit avoir un talent caché pour faire chier sa mère. Elle lui en a fait voir de toutes les couleurs.
- Ça n'excuse rien. Elle a été horrible et a eu des mots très durs à notre sujet. Je n'arrive pas à digérer. Comment tu peux traiter ta propre fille d'erreur de la nature et dire haut et fort que Finn valait mieux que moi, alors qu'il lui tapait ouvertement dessus ?
-Je ne lui cherchais aucunes excuses, t'inquiètes, rassura Octavia. J'ai été aussi choquée que vous par son comportement. Mais rappelle-toi que les parents Griff' n'étaient pas réellement au courant de ce qui se passait avec cet abruti de Collins. Sinon, ils auraient agi bien avant que ça n'empire…
-Peu importe. J'en veux à Abby quand même, de ne pas avoir su nous comprendre sa fille et d'avoir rejeté notre couple en bloc au lieu d'y avoir réfléchi. Autour de nous, c'est la seule personne à avoir mal réagi, si on omet les crétins d'homophobes à la fac… Après, je sais que ça doit surement être quelqu'un de bien, sans ses idéaux à la noix, mais j'ai du mal. Je considère qu'être en froid avec son enfant unique seulement à cause de son orientation sexuelle et de ses choix, ça n'a pas lieu d'être au 21ème siècle.
Lexa fit une pause, satisfaite d'avoir su mettre des mots sur le fond de sa pensée. Octavia quant à elle, hocha la tête, ne sachant pas trop quoi redire, vu qu'elle partageait entièrement ce point de vue. Elle se pencha en avant et attrapa dans un des tiroirs de la table basse un sachet d'M&M's qu'elle savait déjà entamé. Elle en mangea deux avant d'en envoyer un à son amie, qui le fit tourner entre des doigts avant de se décider à le manger tout rond.
-Peut-être que l'accident et la perte de Jake les aura rapprochées ? esquissa Lexa.
-Je ne crois pas non… répondit l'autre jeune fille en gobant un bonbon orange.
-Pourtant Clarke est repartie vivre chez Abigail, si j'ai bien compris ce que m'a crié Raven tout à l'heure, non ?
-En effet, mais ce n'est pas pour se retrouver entre mère et fille, ça, j'en suis persuadée...
-Alors pourquoi elle s'est exilée là-bas ?
-Elle t'expliquera surement beaucoup mieux que moi, Lex', j'te rappelle que ça faisait un mois qu'elle m'évitait…
-J'ai du mal à suivre son raisonnement… fit la militaire, pensive, tandis qu'Octavia se penchait vers elle, comme pour lui faire une confidence.
-Tu veux que je te dise ce que j'en pense ? Bah c'est simple : Clarke a vécu plus longtemps dans cet appartement que dans la villa de ses parents, qu'elle n'aimait pas particulièrement, si je ne me trompe pas.
-Oui, et quel est le rapport ?
-Bah elle est repartie là-bas pour premièrement fuir les souvenirs d'enfance qui se trouvaient ici, et deuxièmement, nous fuir nous parce qu'elle ne voulait pas de notre aide. Entre vivre dans les fantômes de son passé et côtoyer sa mère, elle a choisi ce qui lui semblait le plus simple. De toute façon, Abby travaille tout le temps. Elle n'a pas dû la croiser beaucoup.
-Théorie pertinente, Sherlock, fit Lexa. Et au fait… comment va-t-elle ?
-Qui, Abby ? Hum… Je n'ai pas de nouvelles d'elle…
-Ah bon ?
-J'ai pas tellement eu envie d'en prendre en fait…
-Pourquoi ?
-Ben… comment dire…
-Parce que c'est elle qui a tué mon père, voilà pourquoi.
Les deux brunes eurent un sursaut de frayeur, et se retournèrent pour apercevoir Clarke dans l'encadrement de la porte, qu'Octavia avait mal fermée. La blonde les fixa un instant de ses orbes bleutés fatigués, resserrant autour d'elle le gilet long qu'elle avait manifestement enfilé à l'envers, étant donné qu'on devinait l'étiquette dans le haut de son dos. Ses cheveux étaient noués en un chignon négligé dévoilant sa nuque, et elle gardait ses mains accrochées au vêtement, les empêchant ainsi de trembloter. Elle était plus pâle qu'à l'ordinaire, ce qui faisait ressortir assez durement la tuméfaction qui avait fini de se colorer et qui ornait désormais sa pommette. Elle faisait peine à voir et avait l'air de chanceler sur ses jambes, seulement recouvertes de chaussettes montantes dépareillées, l'une était rouge et l'autre bleue. Elle était la personnification de la gueule de bois maladive. Lexa se redressa, esquissant un mouvement pour la rejoindre, mais Clarke ne la vit pas faire et n'y fit pas attention.
-Faites comme si j'étais pas là, murmura-t-elle en se glissant dans le salon.
Gauchement, elle traversa la pièce et s'avança vers une étagère proche du bar, où se trouvait une pharmacie secondaire, venant compléter celle qui se trouvait à la salle de bain. Sans trop se soucier des deux paires d'yeux qui la fixaient sans ciller, elle fouilla en silence, finissant par extirper de leur boite jaune deux aspirines. Elle contourna le bar en se retenant à lui d'une main, puis rempli un verre d'eau et laissa tomber les deux cachets dedans. Puis, se sentant observée, elle leva les yeux, et tenta de se justifier devant les airs étonnés de ses deux colocataires.
-Je sais que tu m'as dit d'attendre demain pour en prendre, O'. Mais je crois que si je fais rien, ma tête va exploser.
Elle regarda son verre d'un air absent jusqu'à ce que l'effervescence cesse, puis bu le tout d'un trait, fronçant le nez au goût désagréable qui lui imprégnait désormais la bouche.
-Tu es là depuis longtemps ? demanda Octavia d'un ton doux.
-Depuis Miss Peregrine, répondit la blonde, s'appuyant contre le plan de travail. J'ai vraiment envie de voir ce film. Et je suis désolée, je ne voulais pas vous espionner ou quoi que se soit d'autre. Je me suis réveillée à cause de la migraine, j'avais vraiment besoin de prendre un truc pour la soulager.
-Pas grave, répondirent à l'unisson les deux brunes, la regardant passer une main lasse sur son front.
- J'crois que j'ai eu un vertige dans le couloir. Me suis appuyée au mur en attendant que ça s'arrête de tourner. Donc j'ai entendu ce que vous disiez. J'ai essayé de ne pas écouter, mais vu le sujet sur la fin...
-Tu devrais t'asseoir, fit Lexa en se levant, inquiète.
Clarke secoua la tête et la regarda dans les yeux.
-Pas besoin, je vais retourner me coucher de toute façon. Mais avant…
Elle fit quelques pas en avant, et s'arrêta à la hauteur des deux jeunes filles, toujours assises sur le vieux sofa. Prenant une grande inspiration, elle prit la parole d'une voix un peu plus assuré :
-Ma mère a tué mon père.
Elle déglutit avant de reprendre, la phrase ayant comme écorché sa gorge en lui échappant.
-Peu importe les circonstances, c'est ce qui passé. Ça fait un mois que je m'habitue à me le dire, encore et encore. Je commence à m'y faire maintenant, soupira-t-elle avant de se tourner vers sa meilleure amie. Par contre… je suis vraiment désolée d'avoir été si égoïste O'. Je sais qu'on en déjà a parlé tout à l'heure et que tu ne m'en veux pas, mais ce que tu as dis y'a cinq minutes… ça m'a fait prendre conscience de mon égocentrisme. J'aurais dû penser que toi aussi tu souffrirais de son départ. J'ai été aveuglée par ma propre peine. Je n'ai pas fait attention à toi, je m'en veux terriblement…
La pompier volontaire se figea, tandis que Clarke perdait encore des couleurs, dans la mesure du possible étant donné sa pâleur déjà équivoque. Sans prévenir, elle se mit à serrer de plus en plus fort le verre qu'elle n'avait pas lâché, ses jointures blanchissant à vue d'œil. Elle ferma les yeux fortement, l'air de chercher quoi dire de plus pour se faire pardonner.
-Je ne pensais pas que ça te toucherait autant, bafouilla-t-elle. Si j'avais su, jamais je ne t'aurais laissé derrière. J'ai réagis n'importe comment, j'ai tellement mal fait les choses, j'ai…
Elle fut coupée par un froissement de tissus, signe que quelqu'un se levait, puis par des mains se superposant aux siennes, délicatement. Elles forcèrent avec une certaine autorité ses doigts à se détacher du verre qu'elle était sur le point de complètement broyer, évitant ainsi la catastrophe qui n'allait pas tarder à avoir lieu. L'une des deux mains se détacha d'elle, pour poser le récipient vide en sécurité sur la table basse, puis revint trouver son homologue.
-Clarke, regarde-moi, fit Octavia.
La blonde s'exécuta et rouvrit lentement les paupières, découvrant sans surprise Lexa juste devant elle, qu'elle avait reconnu au simple empressement avec lequel elle s'était levée du canapé. Octavia, elle, était assise sur l'accoudoir où elle s'appuyait quelques secondes auparavant.
-Je te l'ai déjà dit, continua la jeune Blake en se levant de son perchoir. Tu n'as rien à te reprocher par rapport à tout ça. Ce qui est fait est fait, et je ne t'en veux pas le moins du monde. Il faut qu'on aille toutes de l'avant ou on ne s'en sortira jamais.
Clarke opina, restant muette, se raccrochant aux mains de Lexa, qui ne l'avait pas lâchée. Leur propriétaire, elle, hochait la tête lentement, approuvant ce que venait de dire leur amie commune, tandis que celle-ci s'approchait d'elles deux.
-Ensemble, on peut et on va y arriver. Sans oublier l'indispensable reine des têtes de mule Raven Reyes.
L'appellation moqueuse eut le mérite de tirer un très léger un sourire à la blonde. Octavia parut satisfaite, alors, après un regard entendu à Lexa, signe qu'elle les laissait, elle se pencha sur Clarke et embrassa sa joue avec bienveillance, avant de s'éloigner. Elle leur souhaita une bonne nuit, puis s'éclipsa, laissant le couple en tête à tête, debout en plein milieu de la pièce. Elles restèrent en silence quelques secondes, jusqu'à entendre la porte de la chambre d'Octavia se refermer.
-C'était pitoyable, fit Clarke, le regard fixé sur le couloir qu'avait emprunté la jeune fille.
-Absolument pas, murmura la brune tout en l'attirant à elle par son gilet.
Clarke n'émit pas de résistance et se laissa aller contre sa compagne. Etant plus petite que la jolie brune, elle se pelotonna dans ses bras, sa tête posée contre le cou parfumé de Lexa. Cette dernière passa sa main dans les boucles blondes échappées du chignon, partant du haut de son crâne jusqu'à sa nuque découverte, dans de longues allers-venues apaisantes. Ses doigts distraits finirent par atterrir sur l'étiquette qui pendait dans le vide, au col du gilet bleu.
-Je crois que tu l'as mis à l'envers, lui fit-elle remarquer, dissimulant un sourire en l'embrassant sur la tempe, à la limite entre sa peau et ses mèches folles.
-Ah zut… J'avais même pas fait gaffe…
-T'as aussi dépareillé tes chaussettes.
-C'est l'alcool… répondit la blonde en grimaçant. Il a une trop mauvaise influence sur moi. Je me mets à faire n'importe quoi.
-Ou alors tu es juste la fille la plus tête en l'air que j'ai jamais vu de toute ma vie.
Clarke eut finalement un sourire, oubliant un instant le fiasco qu'était cette soirée, et elle s'écarta légèrement de Lexa pour la dévisager, l'œil un brin rieur.
-C'est pas pour ça que tu m'aimes, au fond ?
Lexa posa sur elle un regard empli de tendresse.
-Si, c'est exactement pour ça que je t'aime, Miss Griffin.
Le sourire de Clarke se figea quelques secondes, avant de lentement s'illuminer. Ses joues reprirent subitement des couleurs tandis qu'elle rougissait de bonheur. Son visage perdit alors un peu de son air fatigué. Ses cernes semblèrent moins marqués, et sa lèvre fendue parut moins enflée. Même l'hématome perdit en importance. Clarke tout entière semblait avoir un nouveau souffle, comme revigorée à ses simples paroles.
Lexa fut subjuguée. Plus elle regardait Clarke, plus elle avait l'impression de tomber amoureuse d'elle une deuxième fois. Elle la redécouvrait, elle qui lui semblait si différente de celle qu'elle avait laissé, il y avait déjà deux longs mois. Quittant une jeune fille enjouée, bohème, artiste, elle en avait retrouvé une dévastée et mal en point. Néanmoins, il suffisait que voir combien les mots qu'elle lui adressait avaient un pouvoir sur elle ; c'était signe qu'elle n'attendait que son retour pour panser ses blessures. En ce point, Lexa aussi avait besoin d'elle, pour se ressourcer après les horreurs qu'elle avait vécu et, au fond de son cœur, cette réciprocité et le fait qu'elle ait autant besoin d'elle qu'inversement, rendait ses sentiments encore plus forts.
Elle la regarda encore quelques instants, éblouie, avant de finalement se perdre dans le bleu de ses yeux. Ils pétillaient de malice, de chaleur, d'amour. Rien à voir avec le regard battu et désespéré qu'elle lui avait jeté lorsqu'elle avait dévalé les escaliers de la villa de Harper. Et elle en était complètement dingue, de ces prunelles océanes qui la fixaient avec intensité, mais aussi de ce sourire adorable surmonté d'un grain de beauté qui n'appartenait plus qu'à elle, de cette jeune fille qu'elle serrait contre elle et qui la serrait en retour.
Elle se pencha alors un peu, rapprochant son visage du sien, de façon à ce que leurs nez ne se frôlent et que leurs souffles, plus rapides qu'à l'accoutumée, ne se mêlent l'un à l'autre. Elle n'alla pas plus loin, se délectant simplement de cette proximité retrouvée, fixant ces iris qui la tenait en haleine, ceux-là même qui l'avait poursuivie jusqu'au Nigéria, refusant de l'abandonner.
Ce fut Clarke qui initia finalement le baiser, leur premier depuis plus de deux mois. N'en tenant plus, elle se mit sur la pointe des pieds, lentement, et, une fois à la hauteur de sa compagne, pressa ses lèvres sur les siennes avec douceur. Chacune redécouvrit alors avec envie cette sensation délicate et charnelle, que leurs mémoires respectives avaient farouchement conservée. La jeune artiste ne put s'empêcher de fermer les yeux sous la sensation de plénitude qui la prit soudain, tandis que des millions de papillons venaient éclore dans son ventre. Il ne lui fallut que quelques fractions de secondes pour se perdre aveuglement dans leur étreinte, à l'instant même où les lèvres de la brune s'éveillèrent tout contre sa bouche, se mouvant en adéquation avec elle. Ce fut un échange naturel, sans arrières pensées, tout en affection et en tendresse. Des retrouvailles en bon et due forme, des baisers s'enchaînant les uns aux autres, disant « Tu m'as manquée » et « Tu es mienne » à la fois.
Lexa, sans rompre le contact, vint délicatement prendre le visage de la blonde en coupe entre ses mains fines, caressant à la fois sa peau et les mèches dorée atterrissant souplement sur ses joues. De cette manière, elle la rapprochait encore plus d'elle, la rendant encore plus réelle. Délicatement, elle mordilla la lèvre inférieure de Clarke, quémandant un baiser un peu plus poussé, incapable de se retenir. Elle sentit les mains de sa compagne se poser sur ses hanches avec plus d'instance, tandis qu'elle accédait à sa demande, entrouvrant légèrement la bouche. Lexa ne se fit pas prier, et leurs langues se rencontrèrent alors à nouveau dans un ballet coordonné, plein de délicatesse et de bonheur de se retrouver et de se goûter à nouveau.
Quand elles furent toutes deux à bout de souffle, Lexa se redressa légèrement, pour observer Clarke dans un espèce d'état second, toujours appuyée contre elle, les yeux demeurés clos, un sourire heureux fendant son visage, qui avait terminé de reprendre des couleurs. Elle apposa son front tout contre le sien, la laissant respirer un instant, puis l'embrassa à nouveau chastement, frottant leurs nez pour un petit baiser d'esquimau au passage. Elle fit ensuite glisser ses bras autour de ses épaules et l'attirer contre elle. La blonde ne se le fit pas répéter et elle se cala sous le menton de sa petite amie, laissant ses bras se refermer naturellement dans son dos, puis se croiser sur ses reins, pour ne plus en bouger. Elle se contentait de la retenir dans son étreinte, qu'elle ne lui échappe pas une nouvelle fois.
-Tu m'as tellement manquée, murmura-t-elle en apposant ses lèvres sur la peau tendre de la jeune fille, juste au-dessus de la clavicule.
-J'ai pensé à toi tous les jours, si tu savais, répondit la brune dans ses cheveux. Je ne rêvais que d'une chose, rentrer et te serrer dans mes bras pour ne plus jamais te lâcher.
-Je t'ai attendu chaque seconde depuis que ton avion a décollé, Lex. J'peux pas vivre sans toi, j'peux plus.
Clarke laissa quelques secondes passer, puis conclu dans un murmure :
-Je t'aime tellement.
-Je t'aime aussi, Princesse, répondit Lexa, touchée. Plus que ma propre vie.
Elle s'écarta un peu d'elle, puis pointa la poitrine de la jeune artiste de son index. Elle finit par y déposer sa main, juste au-dessus du creux de ses seins, pile à l'emplacement de son cœur, qu'elle sentit vivement battre à travers sa peau. Elle détacha l'une des mains de Clarke et vint la poser sur son propre cœur.
-Je suis là, comme toi tu es là. Et personne n'empêchera ça, d'accord ?
Elles écoutèrent leurs pulsations respectives une poignée de secondes, avant que Clarke ne reprenne sa position initiale. Lexa la sentit se serrer de nouveau contre elle, signe qu'elle voulait reprendre l'étreinte là où elle s'était arrêtée. La jolie brune rit et la repoussa légèrement, cherchant son regard. La blonde en parut étonnée, et arqua un sourcil.
-J'aimerai vraiment aller m'allonger et dormir avec toi, avoua la brune. T'avoir contre moi, t'entendre respirer, te sentir à mes côtés quand je me réveillerai. Je sais que ça peut paraitre stupide mais…
Clarke vint poser deux doigts sur sa bouche, la coupant dans son explication. Elle la couva d'un regard affectueux, puis l'embrassa à la commissure des lèvres. Sans un mot, elle se dégagea de ses bras et lia sa main à la sienne, avant de l'entraîner derrière elle, éteignant la lampe du salon en passant. Elles traversèrent le couloir en silence, passant devant chez Lexa sans s'arrêter. Les lattes de parquet furent étonnamment sages, les laissant entrer dans la chambre de l'artiste sans grincer ; elles n'étaient de toute manière plus d'humeur à jouer.
Les deux jeunes filles refermèrent derrière elles, allumant un chevet pour s'y retrouver. Lexa pu alors constater le désordre apparent qui peuplait la pièce. Des étagères avaient été vidées de leurs objets, qui traînaient désormais par terre, au milieu d'habits et de livres froissés. Elle remarqua même dans un coin un grand nombre de toiles peintes déchirés, mêlées à des cadres vitrés. Ébahie, elle crut reconnaître la fameuse peinture de l'Arche, qui précédemment ornait le couloir et qui lui avait valu bien des questionnements. Elle interrogea du regard Clarke, mais celle-ci l'évita soigneusement en baissant les yeux.
-Je t'expliquerais. Ça et ce qui s'est passé le jour de l'accident.
-Tu n'es pas obligée.
-Demain.
Lexa n'insista pas, consciente que Clarke s'ouvrirait à elle quand elle serait prête. La gardant à l'œil tandis qu'elle partait aérer en ouvrant la fenêtre et réassortir ses chaussettes, la jeune militaire s'étendit sous l'unique drap qui recouvrait le lit. Elle soupira d'aise en sentant le matelas épouser son dos, comme dans son souvenir. Elle s'étira gracieusement, et finit par se rendre compte qu'elle était allongée sur son propre coussin, celui-là même qui manquait dans sa propre chambre.
-Qu'est-ce qu'il y a ? fit Clarke qui s'approchait en ôtant son gilet, remarquant le sourire sur les lèvres de Lexa.
-Oh rien. J'ai juste retrouvé un vieil ami à moi, répondit-elle en tapotant le coussin.
-Ne te moque pas… Il avait ton odeur…
-Comme le tee-shirt que tu portais ce soir ?
-Non, lui, je le mets souvent. Il me fait penser à toi.
-Tu es adorable.
La jeune artiste rougit, puis se décida enfin à grimper sur le lit. Mais au lieu de d'enjamber sa compagne pour s'étendre sur sa moitié de matelas réglementaire, elle fit en sorte de s'allonger sur elle, le plus naturellement du monde. Lexa la regarda faire en souriant, l'accueillant lorsqu'elle vint se lover sur elle. Elle vint nouer ses mains à plat dans son dos, sous son tee-shirt, tandis que Clarke venait embrasser chastement ses lèvres. Elle finit par poser sa joue contre son épaule dénudée et passa ses bras de part et d'autre d'elle, laissant ses doigts atterrir sous ses omoplates. Lexa fut rassurée qu'elle n'ai pas touché son pansement sans faire exprès, repoussant à plus tard l'explication qu'elle lui devait.
Une fois Clarke installée, elles laissèrent le silence et le mouvement de leurs respirations respectives les bercer. C'était une vieille habitude qu'elles avaient, qui s'était instaurée dès les premiers temps de leur relation. Le besoin qu'elles avaient d'être en phase, de se sentir liées et complices, passait beaucoup par le tactile. Aussi, elles finissaient souvent dans une position semblable pour faire une pause, que se soit en rentrant d'une longue journée, pour regarder un film vautrées dans le canapé, ou juste après avoir fait l'amour. Elles aimaient la sensation de peau contre peau, cette unité que formaient leurs deux corps, sous la forme d'une étreinte calme et tranquillisante. Elles ne s'endormaient généralement pas ainsi pour ne pas se gêner durant la nuit, mais s'accordaient régulièrement des moments de somnolence à deux, en communion. C'était un de leurs petits rituels, de ceux qui cimentait leur couple et en faisait jalouser beaucoup.
Au bout d'une quinzaine de minutes, Clarke commença à bailler et estima qu'elle atteignait ses limites de lutte face à la fatigue. Doucement, elle se redressa et se laissa basculer sur le côté, entre le mur et Lexa. Cette dernière, ressentant déjà le manque, s'empressa de se rapprocher et elles s'enlacèrent, ne tardant pas à trouver une position confortable. Elles n'eurent pas besoin de beaucoup parler ; tout dans leur posture indiquait qu'elles se sentaient bien, soulagées, apaisées. Clarke s'endormit la première, véritablement épuisée par cette soirée qui avait fini de la plus inattendue et belle des façons : dans les bras de sa compagne. Lexa eut à peine le temps de lui chuchoter qu'elle l'aimait et d'embrasser son front qu'elle était déjà loin. La brune se sentie privilégiée d'entendre sa respiration ralentir progressivement, et, la sachant assoupie et à l'abris, elle se permit de la regarder dormir avec tendresse, jusqu'à ce que le sommeil ne vienne la cueillir à son tour, une trentaine de minutes plus tard.
Lorsqu'elle s'éveilla de nouveau, le soleil filtrait à travers les vieux volets, signe que le matin était déjà là. Complètement détendue, elle voulut se retourner pour se trouver une autre position confortable et se rendormir aussitôt, tant le sommeil qu'elle quittait à peine avait été réparateur. Cependant, elle se rendit vite compte que bouger n'allait pas être une mince affaire, étant donné qu'un poids s'appuyait sur elle. Elle ouvrit à peine les yeux, découvrant le visage serein de sa petite amie à quelques centimètres du sien. Elles avaient bougé pendant la nuit, entremêlant leurs jambes inconsciemment. Un sourire lui échappa, et elle se dégagea précautionneusement. Elle pivota sur le ventre, passant un bras sous son oreiller et l'autre sur le ventre de Clarke, gardant leurs visages proches. Elle vint embrasser la joue intacte de la jolie blonde, puis resserra sa prise autour d'elle avant de refermer les yeux, bien décidée à se reposer encore, jusqu'à ce que Clarke n'émerge à son tour.
Elle était sur le point de sombrer à nouveau lorsqu'un bruit perçant retentit dans la chambre. Elle sursauta en reconnaissant une sonnerie de téléphone. Un peu sonnée, elle se leva, cherchant dans la semi-pénombre la provenance de ce tintamarre. En quelques secondes, elle dégotta le smartphone de Clarke, abandonné dans son sac au milieu de ses papiers d'identité et de pastels colorés en vrac. Se dépêchant, elle appuya un peu au hasard sur l'écran, ce qui par chance coupa l'alarme ; elle se sentit vraiment soulagée de ne plus rien entendre d'autre qu'un silence d'or.
Expirant, Lexa regarda en direction du lit, mais Clarke n'avait pas bougé d'un centimètre et dormait toujours, visiblement trop éreintée pour être sensible à quoi que ce soit. Elle la rejoignit donc, se positionnant à demi-assise ; la petite frayeur du téléphone lui avait coupé l'envie de dormir à nouveau. Clarke ne à se rapprocher d'elle sans pour autant se réveiller, son dos venant épouser le flan de Lexa. La jolie brune la laissa faire avec amusement, contente de l'avoir si proche d'elle. Distraite, elle se mit à caresser ses cheveux couleur des blés, avisant le téléphone, désormais silencieux, qu'elle avait encore dans une main. Elle le fit tourner plusieurs fois entre son pouce et son index, puis finit par céder à la tentation de l'ouvrir.
Elle n'en avait pas honte. Les deux jeunes filles s'étaient toujours fait confiance, et ce même du temps où elles étaient de simples amies cela n'avait donc pas changé lorsqu'elles avaient craqué et s'étaient mises en couple. Elles ne se cachaient délibérément rien, et assumaient chacune leur décision. Aussi, fouiller dans le téléphone de l'autre n'était pas chose courante, mais ce n'était pas non plus déplacé. Et comme Lexa n'avait plus sommeil, elle se disait qu'elle pourrait peut-être en profiter pour en découvrir un peu plus sur la période noire qu'avait connu sa compagne durant son absence.
Elle déverrouilla l'interface du premier coup, se rappelant parfaitement du modèle à tracer et se trouvant chanceuse que Clarke n'ai rien changé. La page d'accueil lui sembla vide, dépouillée de la plupart de ses applis, presque plus de réseaux sociaux et pas de jeux. Elle jeta un œil dans la galerie photo, mais les dernières dataient d'il y a un moment déjà. Elle s'attendrit un instant à découvrant un dossier à son prénom, contenant de nombreux selfies et clichés les représentant en train de rire, se bagarrer et s'embrasser. La boite de réception était saturée d'appels manqués et de messages sans réponses. Elle allait abandonner ses recherches lorsque le téléphone vibra, annonçant l'arrivée d'un message. Il lui sembla hors de question de l'ouvrir, mais l'onglet se déploya sous ses yeux, et elle ne put faire autrement que lire.
Message reçu à 8h38, de : 06********
Bonjour Clarke, je t'envoie ce message pour excuser mon comportement de la dernière fois, je sais que j'ai mal réagis. Je t'en prie, on ne faisait rien de mal. Laisse-moi une autre chance. Tu ne le regretteras pas, je te le promets.
Si ce soir tu es libre, viens me retrouver au même endroit que la dernière fois.
Je t'embrasse,
Niylah
Bon vendredi les amis !
J'ai une semaine de retard certes, mais que voulez vous, les cours passent avant tout !
Voici donc la partie 3, revue à la hausse avec 400 mots de plus que la première version. J'espère qui vous apprécierez ces petits moments de fluff, parce que dans la partie 4 (qui arrivera vers la fin des vacances de Printemps), ça va être électrique !
N'oubliez pas de laisser une petite review, bien à vous,
No'.
