Un petit mot entre nous….
Kikou!
Encore toutes mes excuses…. Ce qui est long à lire l'est aussi à écrire!
Tout d'abord, les remerciements :
Mille millions de Mercis à Okami-Baka qui a sauvé mon plan , que j'avais perdu dans un bug informatique ! merciiii sans toi cet épisode était mal barré, et le suivant aussi !
Méga merci à Lyra 64, Samanga, Swallow no tsubasa et Hikari Aria qui ont été très très présentes pour moi durant cette longue absence !
Un grand merci aussi à Someonee, Shir 17, ma petite Juju, Hana 94 et le fan club belge, la petite Lucchia pour leur soutien…
Et plein d'autres mercis à Alicenathan, Dedday-Power, Miyakuli, Positivecharm416, Roxanesmalfoy, Vampireshinobie, Yaoi-sama, Yukilee, Zyukage…
Je suis sûre que j'oublie plein de monde, pardonnez moi, merci de me lire et de me soutenir, je vous aime !
(Sanashiya est la déesse de la fanfiction !)
Encore toutes mes excuses pour ma lenteur à fournir les suites ! Désolée ! Désolée !
Que les lectrices de « Chut ! c'est un secret » se rassurent: ça prendra le temps qu'il faudra mais je terminerais toutes mes fics!
Pour ce qui est de Mystic Love Song, concernant cet épisode 3 :
Alors que je venais de terminer le brouillon, et que je commençais à tout retaper à l'ordinateur…
J'ai découvert par hasard une chanson magnifique…
Il s'agit de « My lie.f » de Spleen, extrait de l'album « Comme un enfant » (2008).
Lorsque je l'ai écouté, j'ai été touchée au cœur par ses paroles, et j'ai trouvé qu'elles correspondaient de manière saisissante à l'intrigue de cet épisode…
Du coup, au dernier moment, j'ai rajouté quelques paroles de « My lie.f » au début de chaque journée de l'épisode…
Le rating passe en K+ car mon histoire est loin d'être aussi innocente que le jeu… Et je pense qu'elle le sera de moins en moins à mesure des épisodes…
Merci du fond du cœur à vous toutes (et tous ?) pour votre soutien et vos encouragements !
Je vous ai-meuh ! bisous spaciaux !
Cycy
Opening theme: ACCORDING TO YOU (Orianthi)
According to you…
I'm stupid, I'm useless,
I can't do anything right.
According to you…
I'm difficult, hard to please
Forever changing my mind.
I'm a mess in a dress, can't show up on time
Even if it would save my life
According to you, According to you…
But according to him
I'm beautiful, incredible
He can't get me out of his head
According to him
I'm funny , irresistible
Everything he ever wanted
Everything it's opposite, I don't feel like stoppage it,
So baby tell me what I got to loose!
He's inside me for everything I'm not…
According to you!
EPISODE 3 : LA RUMBA DES SECRETS
Semaine 3 –Lundi
…Can you save my life?...
Les parfums entêtants des fleurs de la serre s'épanouissaient avec une fragrance sucrée…
Tout au loin, les chants des oiseaux s'égrenaient comme une douce mélodie dans les volutes ensoleillées du matin…
A nouveau cette sensation de bien-être… De sécurité… Et d'appartenir pleinement à ce monde…
« … Le ciel…
- … La lune… »
Ces voix… Ces deux voix de femmes, bienveillantes, qui résonnaient dans son songe…
Et tout à coup… Un autre décor…
Les eaux paisibles et mystérieuses du lac de la valse viennoise…
Une autre voix… Celle d'un enfant…
« … Je te le promets… »
… Cette voix…
« … Même si cela doit prendre des années… »
… Elle connaissait cette voix… Elle en était sûre…
« … Je te retrouverais, et je te protègerais toujours… »
… C'était la voix de…
« … C … A ! »
… La voix de…
« CELIIIIAAAA ! »
Trop tard, le réveil Kip avait sonné ! Et comme d'habitude, la voix du koala atteignait des aigus insoutenables pour des oreilles humaines !
« Celiiiiaaaa alleeeez on se boooouge, Princesse !
- Kiiiip, marmonna la malheureuse Celia en s'éveillant peu à peu… Pour quoi tu viens polluer mon rêve ? Je crois qu'un garçon était en train de me faire une superbe déclaration…
- Bah, ça se voit que ce n'était qu'un rêve ! » ricana le koala, avant d'esquiver le livre que la jeune fille voulait lui balancer à la tête.
Celia réalisa alors qu'elle s'était endormie dans la serre en lisant les mangas que Kip lui avait offert, comme elle en avait l'habitude à la bibliothèque du lycée…
« Eh bé, c'est du propre ! Commenta le koala. Qu'est-ce que les gens penseraient s'ils voyaient leur Princesse vautrée dans la terre et ronflant bruyamment, un shojo à la main ?
- Je voulais me reposer un peu parmi toutes ces jolies fleurs… Soupira Celia… Je me suis levée très tôt pour m'entraîner à la danse, ce matin…
- Quoi ? Et Tony ne t'a pas prévenue pour le jardin du tango ?
- Le jardin du … ? Oh, encore un nom de danse…
- Toi qui aime les fleurs tu va être gâtée ! Il y a une exposition florale à partir d'aujourd'hui au jardin du tango ! C'est l'évènement mondain de la semaine ! En tant que Princesse du Royaume du tango, tu te dois d'y assister !
- Oh ! J'adore l'Ikebana ! Au lycée, j'aide le jardinier et je fais des compositions pour les clubs ! s'exclama Celia, enthousiaste. Je veux y aller ! »
Et elle s'échappa de la serre à la vitesse grand V, poursuivie par Kip…
« Mais… Princesse ! … Pas dans cette robe froissée et pleine de terre ! Ah, gémit-il, avec ça les gens vont forcément comprendre que tu n'es pas la Princesse Celisty… »
Au même moment , au Japon, Celisty était en cours de sport. Elle s'élança pour le saut en longueur, d'un pas léger et gracieux…
« Ooooh… On dirait une ballerine ! » s'extasièrent ses fans…
Un bond, deux bonds, trois bonds… Et vlan ! Celisty se gamella brutalement dans le bac à sable, sans grande élégance !
« T … Tout va bien ! » s'écria-t-elle d'une voix crétine en se relevant aussitôt, un sourire ultrabrite sur les lèvres, et saluant son public comme Miss France à qui on vient de remettre une couronne…
« … Heu … Elle a changé, non, Celia ? Demanda une élève à Catherine. Je croyais qu'elle était douée au saut en longueur…
- C'est vrai, murmura Catherine, inquiète… Depuis trois semaines j'ai l'impression… Non, rien… S'interrompit-elle.
- Moi je sais ce que c'est ! gloussa une autre fille.
- Ah oui ? Demanda la première.
- Ne le répétez pas, mais hier j'ai vu Leiko et Celia ensemble… Et ils avaient l'air de bien s'entendre… »
Toutes les fans de Leiko furent parcourues d'un frisson :
« Quoiiii ? Leiko et la pauvresse ?
- Chut ! C'est notre présidente, maintenant… »
Catherine ouvrit des yeux ronds, totalement ébahie.
Elle remarqua combien « Celia » tentait de faire bonne figure après sa gamelle, et que ses sourires forcés et charmeurs s'adressaient à quelqu'un en particulier… Leiko, au milieu des autres élèves, posait sur « Celia » un regard brûlant et un sourire… Ambigu… Très ambigu…
« Je ne comprends pas… » murmura Catherine tout bas.
Pas plus tard qu'il y a un mois, Celia lui avait pourtant dit qu'il y avait quelque chose de pas net chez Leiko et qu'elle ne lui faisait absolument confiance !
« … Celia… » murmura Catherine, de plus en plus inquiète…
Au Royaume des fleurs, la vraie Celia fut parcourue d' un frisson, sursautant au milieu des allées du jardin du tango…
« … Catherine… » chuchota-t-elle tout bas, comme une prédiction énigmatique et angoissante…
Elle secoua la tête pour chasser cette idée noire, puis admira le paysage qui l'entourait.
Toute une foule de personnes s'était déplacée pour admirer les fleurs écloses dans le jardin. Les parterres de fleurs arboraient une variété de plantes et de couleurs encore plus extraordinaire que dans la serre du château de la valse. Une majestueuse fontaine s'écoulait en son centre, entourée de charmants buissons taillés en forme d'animaux. Une jolie petite allée pavée menait jusqu'à un salon de thé à la ravissante décoration pastel. Au loin, on pouvait apercevoir la forêt du fox trot, et plus loin encore, sous le ciel bleu, les montagnes du Royaume des fleurs…
Celia eu un rire de petite fille émerveillée, courant d'un parterre à l'autre avec de grands yeux éblouis…
« Oh là là ! Il y a tant de fleurs ! Celles-ci sont très jolies !... Et celles-là aussi !... Et aussi celles-ci !... Qu'est-ce que tu en penses, Kiefer ?
- … »
Celia s'extasia encore trois secondes sur les fleurs avant de vraiment réaliser que le Prince Kiefer venait d'arriver, debout et silencieux à côté d'elle…
« Ah ! Kiefer ! sursauta Celia. Pardonne moi. J'étais complètement partie…
- Dans ton trip, compléta Kiefer d'une voix monocorde et son visage flegmatique.
- Heu … Oui, rougit Celia. Mais bon, ça va, je crois que tu es le seul à m'avoir entendue…
- Moi. Et toute la délégation de l'empire Nezzie, dit-il en désignant les dizaines de personnes qui gravitaient autour de lui.
- Heu… Bonjour ! rit Celia nerveusement, en saluant collectivement les nobles, qui préférèrent passer leur chemin… Hem !... Ah dis donc, il y a du monde ici…
- C'est pour l'apparence …Grinça Kiefer… Ils se moquent éperdument des fleurs…
- Ah bon ? Demanda Celia. Moi j'adore les fleurs ! sourit-elle sincèrement.
- Pourquoi ? S'étonna Kiefer, al surprise traversant son regard d'habitude si imperturbable…
- Pourquoi ?... Eh bien… »
Un souvenir enfui… L'écho du temps…
« … Je te le promets… C…a ! »
« Celia ? Demanda Kiefer en interrompant ses pensées.
- Ah ! Oui… Murmura-t-elle en revenant au présent. Si j'aime les fleurs… C'est parce qu'elles ouvrent les cœurs !
- C'est … Un poème ? S'étonna de plus en plus Kiefer.
- Non ! rit Celia. Je crois que les fleurs ont réellement le pouvoir d'ouvrir les cœurs, dit-elle. Les gens qui les aiment réellement sont touchés par leur beauté et leur fragilité. Comme toi, Kiefer !
- M … Moi ? rougit-il soudainement en se mettant à bégayer.
- Tu es venu pour les fleurs, pas pour la galerie. Sinon tu serais partit depuis longtemps, pas vrai ? Je me souviens aussi que le soir de l'anniversaire de Lord Crown, après l'attentat, tu es arrivé en courant de la serre pour me demander si j'allais bien…
- Aaaah… Rougit encore plus Kiefer, mal à l'aise…
- Tu aimes les fleurs, n'est-ce pas ? Sourit Celia de son air kawaï. Tu sais, il n'y a pas de ma là ça. On m'a même dit que c'est une grande qualité pour gouverner un pays…
- … C'est vrai… Finit par murmurer Kiefer d'un ton doux mais vaincu. J'aime la nature… Même si c'est pour une autre raison que j'étais dans la serre ce soir là… Ajouta-t-il. Je cherchais Vince…
- Il mangeait mon fraisier au buffet ! rit Celia.
- Il est si insouciant… Murmura Kiefer tout bas, un léger sourire, doux et tendre, éclairant son visage…
- Kiefer… Murmura Celia, étonnée à son tour…
- … Tu as raison, Celia, merci pour tout, dit-il en ajustant ses lunettes. Je crois que je vais laisser mon cœur s'ouvrir un peu plus…
- J'en suis contente ! sourit Celia, touchée. Mais dis moi… »
Malheureusement, avant qu'elle ne puisse en savoir d'avantage, des nobles de l'empire Nezzie se postèrent aux côtés de Kiefer…
« Altesse ! Venez donc par ici ! Il y a de superbes orchidées !
- Notre futur empereur saura admirer ces gardénias… »
Celia le regarda disparaître, comme englouti par sa cour…
« Le pauvre, bientôt il n'aura plus une seconde à lui, comme Klaus et Liam… » murmura-t-elle, désolée…
A ce moment là, Kip était enfin parvenu à la rattraper…
« Princesse ! commença-t-il à glapir…
- Ne te fatigues pas, coupa-t-elle. Tout le monde m'a déjà vu courir partout et parler toute seule dans ma robe froissée et pleine de terre…
- Non mais tu le fais exprès ? s'indigna le koala. Tu veux me faire honte ?
- Tu y arrives déjà très bien tout seul, sourit-elle sadiquement…
- Non mais oh ! Je suis un chantre de l'élégance, moi ! J'ai de l'éducation et du bon goût, pas comme…
- Cesar !
- Ah ? Pour une fois, j'allais l'épargner, mais tu as raison, je suis plus beau que Cesar… Aaaah ! »
Avant que Kip n'ait put finir sa phrase, Celia avait plongé avec lui derrière un buisson en forme de lapin.
« Raaaah ! Maintenant je vais paraître aussi négligé que toi, Celia ! gémit le koala.
- Chuuuut ! ordonna-t-elle, la voix brûlante de fureur… Cesar est là-bas !
- Encore ?
- … Avec des tas de filles autour de lui !
- Encore ?
- … Je vais le tuer !
- Encore ?
- Cet… Abruti… Grinça Celia, la voix aigre… Il recommence après la Princesse des Noix ! Quand je pense à ce qu'il m'a dit hier… En plus, il a embrassé Luciano !
- Quoiiii ? s'égosilla Kip si fort qu'elle l'étouffa en lui fourrant dans la bouche du gazon !
- Tais toi !... C'était juste un smack magique !
- MEUH ? s'étouffa Kip d'un air de veau.
- Ne bouge pas de là… Je vais essayer de savoir de quoi il parle avec ces filles… »
Kip hocha les épaules d'un air de dire :
« Tu pouvais pas te le demander avant de faire ta crise ? »
Celia glissa à pas de loup derrière les arbres, devenue une experte de l'espionnage du Cesar-en-train-de-draguer-les-filles. Elle le découvrit en train de faire de la magie, faisant apparaître à tours de bras des fleurs qu'il offrait aux jeunes filles, ravies, qui se pressaient autour de lui avec des gloussements de poules dans une basse cour…
« Prince Cesar ! Prince Cesar !
- S'il vous plait !
- Moi aussi je voudrais une fleur !
- Bien sûr Mademoiselle, sourit-il à une ravissante rousse… Voici un bouquet pour jouer à chat perché…
- Oooh Cesar… Merci infiniment ! » rougit la rouquine…
Celia était toute aussi rouge, mais pour une autre raison.
Son cœur était comme une bombe à retardement…
Maintenant, c'était sûr, Cesar n'était qu'un idiot, et un coureur, qui se moquait éperdument de ce qu'elle …
… De ce qu'elle…
Non, assez !
Elle détourna la tête…
Et alors qu'elle s'éloignait…
Son dos fut parcouru d'un frisson lorsqu'elle entendit sa voix prononcer son nom…
« … Celia ? »
Non, non, non ! Elle ne voulait plus l'entendre, et surtout pas le voir !
Elle hâta le pas à toute vitesse !
« … Mais Celia… Attends ! » l'appelait à présent Cesar, obligé de courir derrière elle dans tout le jardin du tango.
« Lâches moi les baskets, t'es trop bête ! » hurlait Celia sous le regard des visiteurs médusés.
- Mais enfin chérie, c'est toi qui m'as diiiit… »
Vlan ! Celia s'arrêta brusquement, tendit la jambe, et fit un croche pattes à Cesar, qui décolla de terre avant de rouler jusqu'au salon de thé, percutant un étal rempli de gâteaux. Avec une adresse incroyable, il parvint à rattraper cinq gros gâteaux à la fois, jonglant avec dextérité…
« Ooooh ! Bravoooo ! » applaudirent les clients du salon de thé devant cette prouesse.
« Avoues que c'est ce que tu préfère… Grinça Celia à l'adresse de Cesar.
- Lorsqu'on s'est donné en spectacle, il faut savoir saluer son public ! » dit Cesar en posant les gâteaux, avant de prendre la main de Celia.
Il l'entraîna dans une révérence, exactement celle exécutée par les couples de danseurs pour remercier leurs spectateurs. Après avoir fait deux tours sur elle-même, Celia, surprise et rougissante, son cœur battant la chamade, atterrit dans les bras de Cesar, et avant qu'elle ait put protester, il l'avait déjà emmenée à l'écart de tout le monde…
« … Laisse tomber, Cesar !... J'ai tout vu ! rugit Celia en retenant ses larmes. Qu'est-ce que tu faisais avec ces filles ?
- … Figures toi que je leur demandais le chemin qu'elles voulaient prendre, et…
- Le chemin, hein ? Arrête avec tes blagues idiotes ! Je te déteste !
- Mais c'est la vérité… Et c'est toi qui…
- MOI ? hulula Celia. Non mais t'es pas gêné !
- Bon, ça suffit. » déclara Cesar, calmement.
Il s'arrêta brusquement de marcher alors qu'ils étaient arrivés près d'une jolie fontaine, isolée à l'abri des regards. Cesar obligea Celia à s'asseoir sur un banc, puis s'agenouilla doucement devant elle.
« Ecoutes moi… » demanda-t-il tendrement.
Vlan ! Elle lui décocha une gifle à lui décrocher la tête, d'une telle violence qu'il en tomba KO à la renverse !
« Comme ça, la prochaine fois que ut leur demanderas le chemin, tu pourras leur montrer la carte imprimée sur ton front ! » grinça Celia en s'enfuyant.
Resté étalé au sol, les yeux en spirales, Cesar tenta de murmurer quelque chose comme :
« … Le coup… De foudre… »
Celia s'éloigna à toute vitesse de l'endroit où elle avait laissé Cesar…
Elle était furieuse, mais parvint à se maîtriser, remettant de l'ordre dans sa tenue et époussetant la terre qui y était accrochée…
« … Cesar tu n'es qu'un idiot, un idiot, un idiot… » répéta-t-elle tout bas…
Sa colère retomba tout à coup lorsqu'elle aperçut Liam en train d'acheter un gros bouquet de Lys…
« Ouah ! Tant de Lys ! s'exclama Celia, ébahie… Liam, tu as dévalisé le stand ! Tu aimes vraiment les fleurs !
- Oui, rougit-il derrière son bouquet… C'est un peu gênant…
- Oh pardon, blêmit Celia, j'ai été trop curieuse…
- Non, non ! sourit Liam tendrement. En fait… C'est pour ma sœur que j'ai acheté toutes ces fleurs…
- Ta sœur ? Murmura Celia. Oh, j crois que tu m'en avais déjà parlé au marché, et au pique-nique, aussi … Elle s'appelle… Olive ! N'est-ce pas ? »
Le sourire de Liam irradia encore plus son fin visage.
« Oui ! dit-il, ravit que Celia s'en soit souvenue. Ma petite sœur s'appelle Olive. Elle a 16 ans… »
Alors qu'ils marchaient côte à côte, Liam se mit à parler avec enthousiasme de sa précieuse petite sœur …
« … Ma sœur est la seule famille proche qu'il me reste… Elle est adorable… Sa santé a toujours été fragile mais elle est très courageuse… Malheureusement… »
Son visage s'assombrit…
« Il y a quelques mois, des sorciers Eldweens se sont attaqués à elle…
- Oh… Non… Murmura Celia, attristée…
- Heureusement, elle a été sauvée grâce à l'aide de Luciano, notre Prince Knight, et de cela je lui serais éternellement reconnaissant… Mais cette attaque a occasionnée une grave rechute de la santé d'Olive… Elle est actuellement soignée dans les montagnes de l'empire Nezzie… La famille de Kiefer possède la plus importante bibliothèque mondiale de la médecine et l'air pur de l'altitude est très bénéfique pour la guérison d'Olive…
- J'espère qu'Olive sera bientôt en pleine forme ! le soutint de tout cœur Celia.
- Merci. Tu es tellement gentille… Sourit Liam tendrement.
- Ah… heu… Rougit Celia en se cachant derrière les Lys…
- … D'ailleurs, je crois que tu ressembles à Olive à plusieurs égards… Ajouta Liam.
- C'est vrai ? Sourit Celia. Je suis sûre qu'elle doit être gentille, elle aussi !
- Il n'y a pas que ça… Elle est aussi très mignonne…
- Ah ? Demanda Celia, les yeux ronds.
- Elle a de beaux yeux derrière ses lunettes, et un joli sourire, et d'adorables petites couettes… »
Le sourire de Celia se fit plus forcé, se souvenant soudain que Kiefer et Vince avaient dit que Liam était atteint d'un sévère sister complex…
« … Et des cheveux soyeux, et des mains fines et douces… Continua-t-il son énumération.
- Allo, allo ! La Terre appelle Liam ! La Terre appelle Liam ! Contact imminent avec le peuple martien ! déclara Kip en arrivant à la rescousse de Celia…
- Kiiiip ! s'étrangla celle-ci en redoutant la réaction de Liam.
- Ah, ah ! rit pourtant celui-ci, en mode « petite maison dans la prairie ». Bonjour Lord Kip ! Toujours aussi chou…
- Je suis sûre qu'il y a des substances pas nettes dans les Lys de cette planète… Frémit Celia.
- Où étais-tu passée ? Gronda Kip. Je t'ai cherchée partout après avoir recraché toute la pelouse que tu m'as fait avaler !
- Où là là ! Bon courage avec Kip ! rit Liam. Pardon de te laisser, mais j'ai encore des obligations… A bientôt !
- Oui, à plus tard ! sourit la jeune fille.
- Et au fait… Ajouta galamment Liam à son oreille, avant de s'en aller … Tu es aussi très très mignonne, Celia…
- Né ? » s'étonna-t-elle en rougissant de ce compliment martien !
… Mais Kip n'en avait pas finit avec ses récriminations :
« Ça ne répond pas à la question !... Que s'est-il passé entre Cesar et toi ?
- Tu devrais être content, grogna Celia, je lui ai fais un croche-patte et je l'ai giflé !
- Quoi ? Tu l'as… ? s'étrangla le Koala. Mais enfin, Princesse, il … »
Avant que le koala ne puisse ajouter un mot, Celia était déjà loin, venant de repérer une autre silhouette familière parmi les visiteurs…
Le petit Vince était en train de sautiller au milieu d'une allée, brassant l'air avec les bras…
« V … Vince ? S'étonna Celia, une grosse goutte de gêne descendant le long de sa tempe…
- Hyah ! Ouf ! Haaaa !
- D'accord, d'accord… Encore un effet des fleurs de ce pays… Commenta Celia en faisant mine de s'en aller…
- Ah ! s'exclama Vince en l'apercevant enfin. Hé, Celia, yo !
- Apparemment, il n'a que les fonctions primaires pour s'adresser aux filles, soupira Kip…
- Salut Vince, sourit amicalement Celia en revenant sur ses pas… Tu fais ta séance de gym ?
- Mais noooon ! s'offusqua-t-il. J'essaie d'attraper une mouche !
- Aaaah ! roula Kip au sol de rire. Une mouche ! Wa ha ha ha ! Oh ce prétexte bidon !
- La ferme, koala dégénéré ! » jura Vince en shootant dans Kip comme si c'était un ballon, et la mascotte s'envola dans un grand « Aaaah ! » jusqu'à un bosquet…
« Enfin seuls ! sourit Vince en prenant tendrement les mains de Celia. Je disais donc : je veux attraper une mouche pour la donner au piège à mouches de Vénus ! C'est une fleur qui les mange !
- Oh, j'ai reçu un super entraînement pour chasser les insectes ! dit Celia. Si tu veux je peux t'aider !
- Je n'en attends pas moins de ma subalterne ! déclara Vince, un éclat de malice dans l'œil.
- Ta subalterne ? s'écria Celia, outrée. Et puis quoi encore ?
- Très bien dans ce cas, tu es ma petite amie ! La belle plante qui a attrapé mon cœur et l'a dévoré !
- Je vois… » grinça Celia.
Elle arracha ses mains à Vince, prit son élan et saisit une mouche au vol.
« Tiens, Vince, prends cette mouche et va jouer ailleurs car tu n'as rien d'autre à attendre de moi… Dit-elle sèchement en lui tendant l'insecte.
- Mais c'est toujours le premier cadeau que j'aurais reçu de toi, ma belle ! » rit le petit blond en s'enfuyant avec son butin, tout en lançant un goguenard :
« Je ne renoncerais paaaas !
- Pffff ! Ce gamin est vraiment têtu comme une mule ! soupira Celia.
- J'en connais une autre… Gémit Kip en revenant, couvert d'égratignures. Je disais donc, à propos de Cesar…
- Ah, non ! coupa sèchement Celia, en se remettant à marcher vivement, ne me parle plus jamais de cet abrut… »
*BONG !*
Celia butta brutalement sur quelque chose, puis fut brusquement projetée en avant. Elle se voyait déjà en train de se ramasser par terre, quand…
Le choc fut amortit par les bras confortables de Cesar !
« … T … Toi ? s'étrangla Celia, cramoisie de honte et son cœur s'emballant drôlement à cogner la chamade contre le torse du garçon…
- Ha, ha, ha ! rit-il de son mauvais tour. C'est la monnaie de ta pièce ! Tu es un papillon difficile à capturer, petite Celia…
- Q … Quoi ? Tu m'as fait tomber exprès, espèce de…
- Mais je t'ai rattrapé, sourit-il tendrement. Je me suis dit que tu repasserais sûrement par ici si tu voulais visiter le labyrinthe…
- Un labyrinthe ? »
En hochant la tête, Celia aperçut enfin un magnifique labyrinthe formé par des arbustes et des bosquets de fleurs. Il s'étendait sur une grande distance, et les nombreux visiteurs, surtout des jeunes filles, se pressaient pour essayer cette attraction…
Celia réalisa soudain que tout à l'heure déjà, quand Cesar faisait apparaître des fleurs, il se tenait à l'entrée de ce labyrinthe…
« C'est de ça dont je voulais te parler, soupira Kip… Le labyrinthe fait partie d'un jeu de pistes dont TU as eu l'idée, Celia…
- M … Moi ? » Pâlit Celia.
« Non… Pas moi… CELISTY ! »réalisa-t-elle soudain dans sa tête.
« Ah, ah, ah ! rit Kip en tentant de lui rattraper le coup. Ce que notre Princesse est tête en l'air ! Elle a totalement oublié le jeu de piste et ses énigmes à résoudre !
- Ah, ah, ah, ah ! C'est bien elle ! rit Cesar.
- Ah, ah, ah, ah ! Ce que je suis bête ! rit Celia.
- Et l'énigme du labyrinthe ! continua de rire Kip. Elle a totalement oublié qu'elle t'avait demandé de te tenir à l'entrée pour faire apparaître des fleurs et les donner aux visiteurs ! Ah, ah, ah, ah !
- Ah, ah, ah, ah ! La courge ! compléta Celia, les larmes aux yeux.
-… Et que le but du labyrinthe, c'était de prendre la fleur offerte par Cesar et de l'amener à la sortie pour la donner au Prince Klaus qui l'attend là-bas !
- Ah, ah, ah… Quoi ? se récria Celia, les yeux ronds.
- Evidemment, soupira Kip… C'est pas demain la veille qu'on verra ce crétin de Cesar cerné par un harem de fans en pamoison…
- Alors tout à l'heure… Toutes ces filles… Tout ce qu'elles voulaient, c'était que Cesar leur donne une fleur pour l'offrir à Klaus ?
- Eh béééé… T'es plutôt rapide à la détente, toi, soupira Kip. Et oui, le seul but de ce labyrinthe, c'est de combler les fans de Klaus. Elles se précipitent toutes dedans dans l'espoir d'être la première à trouver la sortie et rejoindre leur Klaus adoré chéri d'amour… »
… Gros blanc…
« … Mais alors… Mais alors… » frémit Celia.
Elle revit la violence avec laquelle elle s'était déchaînée sur le pauvre Cesar…
« Kyyyyaaaa ! Cesaaaar ! Je t'ai sauvagement agressé ! Je suis une criminelle ! s'écria Celia en se répandant en mille excuses…
- … Ça ira… Heureusement que j'ai la tête dure ! sourit le Prince, avec une énorme bosse sur le front… Et puis je l'ai un peu mérité…
- Non, c'est faux ! s'affola Celia en battant des bras…
- ça ne me déplaisait pas d'offrir des fleurs à toutes ces filles… Même si tu es la seule pour qui je fais apparaître des roses, Celia… » dit-il en faisant surgir dans des étincelles lumineuses un bouquet de magnifiques roses rouges…
« … Cesar… » murmura Celia, touchée…
Elle se précipita par surprise vers lui… Il eu un mouvement de recul mais elle se réfugia dans les bras du garçon avant qu'il ne puisse lui échapper…
« Ce n'est pas juste ! s'exclama Celia, envahie par les larmes. Tu mes pardonnes toujours tout, même quand je suis méchante avec toi !
- C'est parce que tu es la seule à qui je peux tout pardonner… Dit doucement Cesar en effleurant ses cheveux tout doucement, la main tremblant un peu…
- Tu parles ! C'est surtout qu'il n'y en a pas d'autres à qui tu peux pardonner quelque chose ! ricana Kip, avant de se recevoir un coup de pied arrière de Celia… AIEUH !
- Je ne fais que des caprices… Continua celle-ci, honteuse… Et je suis… Jalouse… Avoua-t-elle d'une toute petite voix, rougissante et frémissante de cette douce confession… Je ne veux pas… Que tu regardes d'autres filles…Alors que je n'ai aucun droit sur toi ! »
Elle s'effraya elle-même de ces paroles… Si un autre visiteur l'entendait… Elle mettait en péril son secret et celui de Celisty…
« HEM ! Ne vas pas t'imaginer des choses ! coupa fermement Celia en s'écartant de Cesar. Tu es mon AMI ! Juste un AMI ! Un ami précieux et… Très patient avec moi… Et…
- Le Roi des ringards !... Chuchota Kip avec les dents qui lui restaient.
- Le Roi des ringards ! » répéta Celia fermement mais à contrecœur, pour que tout le monde l'entende, car elle savait que c'était l'expression favorite de Celisty au sujet de Cesar.
Le prince eu un rire doux et fataliste :
« … Alors j'occupe une place unique dans ton cœur… Dit-il en se penchant pour effleurer doucement de la main les larmes qui perlaient encore aux yeux de Celia…
- Cesar… Frémit celle-ci au contact de sa main, une sensation étrange l'envahissant toute entière…
- Tu es aussi unique pour moi » dit-il d'une voix aussi adorable que pleine de mystères, en plongent intensément son regard dans le sien…
Le reste du jardin du tango sembla disparaître pendant quelques secondes autour d'eux, et Celia fut traversée…
… Par l'éclair d' un doute délicieux… Et effrayant à la fois…
« Et si Cesar… ? »
Elle ne put formuler entièrement sa pensée, interrompue par les fans de Klaus qui s'impatientaient à l'entrée du labyrinthe :
« Prince Cesar ! Revenez par ici ! Il nous faut l'une de vos fleurs magiques à offrir au Prince Klaus !
- Pardon… Le devoir m'appelle… » dit Cesar en faisant un baise main de très grande classe à Celia, avant de lui échapper encore, retournant à son poste, car la sécurité du jardin en dépendait !
Celia le regarda quelques secondes travailler au milieu des jeunes filles, cette fois avec bienveillance… Et même une certaine admiration…
« Bien, soupira Celia en serrant contre elle le bouquet qu'il lui avait offert. J'ai assez fais de bêtises pour aujourd'hui. Je ne vais pas l'embêter d'avantage… Rentrons à la maison…
- Ah non ! s'exclama Kip. Après le scandale que tu as fait, il faut que tu te rachètes une conduite et montre l'exemple ! Tu vas entrer dans ce labyrinthe et donner une fleur magique à Klaus ! Vu le bouquet que t'as refilé Cesar, t'en auras encore un paquet à la sortie !
- Mais heu… Bouda Celia. C'est à moi qu'il les a données, pas à Klaus !
- Plus de caprices ! décida Kip en la poussant vers l'entrée du labyrinthe. Et puis je pensais que ça te ferait plaisir de voir Klaus !
- Oui, c'est vrai… Rougit Celia… Mais un cadeau c'est un cadeau, ça ne se redonne… PAAAAS ! »
A peine rentrée dans le labyrinthe, Celia chuta sur une trappe et se gamella par terre…
« Ah ! J'ai bousillées dix roses !
- Je t'avais bien dit que tu aurais besoin de ce gros bouquet, ricana Kip sournoisement… Seules les filles qui ont une fleur magique à la sortie du labyrinthe ont le droit d'approcher Klaus ! »
Le labyrinthe avait été conçu par l'esprit machiavélique de Celisty. Il était parcouru de pièges, de culs de sacs et d'énigmes à résoudre en tout genre… Dans chaque virage et au pied de chaque mur, il y avait des dizaines de fans de Klaus en larmes après que leurs fleurs aient été froissées, coupées, broyées, hachées menues….
« … C'est pas un labyrinthe, c'est un parcours du combattant ! s'écria Celia, outrée, après avoir faillit s'enliser dans une mare de sables mouvants…
- En effet… Dit soudain une voix sombre et rugueuse. Tu es prise à ton propre piège… On dirait que tu as conçu ce labyrinthe dans le but d'être la seule à pouvoir approcher Klaus à la sortie… »
Celia sursauta, son cœur battant la chamade. En se retournant, elle fut comme transpercée par le regard brûlant du ténébreux Luciano…
Après la scène de la veille… Où il avait faillit l'embrasser…
« … Mais où il a finalement embrassé Cesar ! » pensa Celia, verte à ce souvenir…
« Ooooh ! Ça devient intéressant ! gloussa Kip, sadique. Bon, je vous laisse ! minauda-t-il en s'enfuyant par la voie des airs…
- Héééé ! Reviens, lâcheur ! » hulula Celia, mais le koala était déjà loin…
Et Luciano qui continuait de la darder de son regard… Tellement envoûtant…
« Hem ! toussa Celia. Je n'aurais pas pensé … Que tu tenterais aussi le labyrinthe, Luciano… Tu es venu offrir une fleur à Klaus ? »
A ces mots, le brun passa par toutes les couleurs de l'arc en ciel avant de s'exclamer haut et fort :
« MAIS NON ! PAS DU TOUT ! JAMAIS DE LA VIE ! Je… Je suis arrivé ici par hasard…
- … Par hasard ? Répéta Celia, avant de sourire… Ah, je comprends… En fait, tu t'es encore perdu…
- N … NON ! s'écria le ténébreux. Je suivais son altesse Liam, pour le protéger ! Mais il s'est échappé tout à coup pour aller acheter je ne sais quoi et je l'ai perdu de vue ! Je sais qu'après il doit aller au lac de la valse viennoise, mais si je veux le retrouver, il faut je sorte de ce fichu traquenard où j'ai fais l'erreur d'entrer en le recherchant !
- … Et donc, tu es perdu, sourit Celia triomphalement.
- Tu peux parler ! T'as l'air maligne, perdue dans ton propre labyrinthe avec ton gros bouquet pour Klaus en ayant essayé d'éliminer toutes tes rivales !
- A vrai dire, soupira Celia, fatiguée des surprises de Celisty, je reconnais la première que c'était une idée IDIOTE. Aussi, si tu le veux bien, je te propose un marché. Je t'aide à sortir du labyrinthe, et en échange tu me protèges des pièges que mon esprit PERFIDE aura semés sur notre route…
- Comment ça ? S'étonna Luciano. Tu ne te souviens pas où ils sont placés ?
- En ce moment, j'ai la mémoire pleine de courants d'air, oh, oh, oh ! » dit Celia avec un rire forcé et amer…
« Tu parles, pensa-t-elle, je ne suis pas un ange, mais Celisty est vraiment DEMONIAQUE ! »
Luciano accepta l'offre d'un hochement de tête, car elle était raisonnable. Il avait besoin du sens de l'orientation de Celia, et elle, de son adresse au combat. Leur partenariat s'avéra des plus efficaces, Celia s'orientant avec une bonne déduction dans le parcours de fleurs et d'arbres, et Luciano déjouant les pièges redoutables imaginés par Celisty. Enfin, au bout d'une demi heure de chemin et d'épreuves en tout genres, la sortie fut enfin en vue…
« On a réussit ! s'exclama Luciano, souriant pour une fois.
- Merci ! C'est grâce à toi ! » rit Celia en se jetant à son cou…
Ils restèrent figés dans cette position, avant de réaliser l'ambiguïté de la situation…
« HEM ! dirent-ils en s'éloignant brusquement l'un de l'autre, rougissants comme des tomates.
- Heu… Luciano… Murmura Celia, un peu gênée… A propos d'hier… Je suis désolée de t'avoir assommé avec ce coup de poing… Ce n'était pas volontaire…
- C'est déjà oublié… Coupa le brun…Encore plus rouge…
- Et… A propos… De ce qui a faillit se produire… Ajouta Celia, tremblante et le cœur battant nerveusement… C'est… Oublié aussi…
- Merci ! soupira Luciano avec soulagement. Pour tout t'avouer… Je suis heureux de ne pas me souvenir de tout…
- Que Cesar t'a embrassé ? Rit Celia.
- Non, ça… C'était plutôt agréable, finalement… Il n'en a pas l'air, mais il embrasse bien, cet idiot…
- Lucianoooo… Se liquéfia Celia, abasourdie…
- Tu aurais préféré que Cesar t'embrasse ? Demanda le ténébreux avec un sourire espiègle, sachant qu'il avait touché droit au but.
- Hein ?... Lui… Moi ?... Gnaaaah ! » s'affola Celia, en battant l'air des bras…
Luciano glissa vers elle comme un félin et la plaqua contre le tronc d'un arbre avec une fermeté suave et hypnotique…
« Ou bien… Lui demanda-t-il enfin alors qu'elle aurait pu être à sa merci, son visage à quelques centimètres du sien… Est6ce que tu aurais préféré que JE t'embrasse ? »
Celia se raccrocha à ce regard brûlant posé sur elle, mais resta parfaitement calme et maîtresse d'elle-même. Elle avait comprit que Luciano n'accordait pas sa confiance à n'importe qui…
Et que quoi qu'il fasse, il agissait en Prince Knight. Toujours protéger les autres…
« … Il n'y a pas de pièges, dit enfin Celia, la gorge sèche. Je ne sais pas ce que j'aurais préféré… Je… N'avais jamais encore été confrontée… A une telle situation… Je… Ne sais pas trop ce que ça signifie… C'est vrai, il y a un mois, je n'existais pour personne, et tout à coup… Des Princes charmants apparaissent de partout ! »
Luciano la sonda encore du regard pendant quelques secondes, comprenant qu'elle était sincère. Il s'éloigna enfin d'elle, avec un demi sourire presque amusé…
« … Qui aurait cru que tu avais si peu confiance en toi, Celisty ? »
Cette phrase lacéra le cœur de Celia comme des coups de poignards…
« Il est convaincu que je suis elle… » pensa-t-elle, plus triste et désespérée qu'elle ne l'aurait imaginé…
« Si tu ne prends pas les choses en mains, Cesar n'osera jamais faire le premier pas… Dit soudain Luciano…
- Quoi ?... Trembla Celia. Mais… Je ne suis pas sûre… Que… »
Luciano désigna la sortie.
« Viens. On y va…
- O … Oui… » frémit Celia en lui emboîtant le pas.
« Cesar s'en veut horriblement… Reprit Luciano… Même après toutes ces années… La culpabilité le ronge malgré ses sacrifices et je ne veux pas qu'elle finisse par le dévorer…
- Que… Veux-tu dire ? Demanda Celia, glacée d'angoisse à cette terrible confession…
- Tu le sais très bien… Je vois bien que tu as enfin surmonté cette horreur et que tu comprends maintenant que tu n'es pas la seule à avoir souffert de cette tragédie, mais si tu as pardonnée à Cesar et que… Tu ressens quelque chose pour lui… Dis le lui. Fais le vite… Sinon… C'est moi qui reviendrais te parler.
- Mais explique moi… »
Luciano plongea une main dans sa veste et en retira… Un collier. Il était vraiment magnifique, formé de perles bleues, avec en centre un ravissant saphir, sertit en forme de coquillage…
« Lu… ciano ? s'étrangla Celia, pivoine.
- Moi non plus, je ne sais pas très bien où j'en suis en ce moment, et tu es plus dangereuse qu tous les pièges de ce labyrinthe réunis, déclara le garçon en nouant doucement le collier au cou de la jeune fille. J'ai moi aussi fait une erreur autrefois, et je neveux pas la reproduire… Alors… Je vais laisser couler du temps. Jusqu'à ce que pour ça aussi, on soit sûrs de notre chemin… »
Et avant que Celia ait pu répondre quoi que ce soit, Luciano s'était échappé comme une ombre par la sortie du labyrinthe…
Il aperçut à quelques pas de là, Klaus qui crevait d'ennuis à côté d'une montagne de fleurs magiques qu' on lui avait offert, et cerné par ses fans qui ronronnaient autour de lui. La surprise se peignit littéralement sur son visage lorsqu'il vit Luciano surgir en trombe du labyrinthe !
« Luciano… Murmura Klaus, pâle comme s'il avait vu un fantôme… Luciano ! » cria-t-il tout à coup… Un vrai cri du cœur…
Le ténébreux se figea dans sa course, posa sur lui ses yeux de chat durant un long regard mêlé de sentiments contradictoires, avant de s'enfuir comme un voleur…
Celia sortit à son tour du labyrinthe, pâle et un peu tremblante…
« Que s'est-il passé ? questionna Klaus en se précipitant vers elle, au désespoir outré de ses fans…
- C'est une longue histoire… Sourit Celia faiblement. Enfin ! Je suis heureuse d'être sortie de cette épreuve… Murmura-t-elle tristement.
- Tu… Tu m'as apporté vraiment beaucoup de roses… S'étonna Klaus devant son impressionnant bouquet, qu'elle avait protégé au péril de sa vie…
- Ah ! C'est un cadeau de Cesar ! dit-elle, un vrai sourire revenant éclairer son visage… Tu ne m'en voudras pas si je ne te donne qu'une rose ? Ce n'est pas bien de donner à quelqu'un d'autre un cadeau qu'on nous a offert… »
Le visage de Klaus s'assombrit. Il tressaillit en ayant soudain remarqué le saphir brillant au cou de Celia…
« Apparemment… Murmura-t-il tristement en effleurant doucement la pierre… Luciano ne partage pas ton avis…
- Luciano ? Rougit fébrilement Celia. Ah !... Heu… Tiens ! » dit-elle en tendant, la main tremblante, une rose à Klaus.
« Merci ! » sourit-il avec un sourire renversant, avant de se pencher délicatement, et… Embrasser tendrement la joue de Celia !
… Sous les clameurs scandalisées des autres filles présentes :
« Non mais j'y crois pas !
- Klaus !
- Celisty !
- Quel scandale ! »
« Hein ?... Quoi ?... Klaus, voyons ! » s'exclama Celia en réalisant enfin, s'enfuyant à son tour dans un tourbillon de jupons, rouge comme un poivron…
« Puisque c'est ainsi… Je reprends ce qui m'appartient, Luciano… » murmura Klaus, résolu…
« Hé bien , hé bien, hé bien… Commenta Kip, qui n'en perdait pas une miette, depuis l'arbre où il s'était perché… Si j'ai bien compté, les six princes sont officiellement en course pour le cœur de Celia… A moins de les faire danser la chenille, je vois mal comment caser tout ce monde au bal de Saint Lyon ! »
Semaine 3 – Mardi
… Can you save my life ?...
Au Japon, la sonnerie annonçant la fin du cours de français venait de retentir …
Celisty se leva en serrant contre elle ses livres, le regard un peu triste…
« … Celia ? Quelque chose ne vas pas ? Demanda Catherine.
- … C'est… Non, ce n'est rien, soupira Celisty.
- … Tu es sûre ?
- C'est juste… De vieilles histoires… Cette langue… Le français… Me rappelle… La dernière fois que j'ai vu ma mère…
- Ta mère ? s'étonna Catherine. Je croyais que tu étais orpheline ?
- Je dois y aller… » coupa sèchement Celisty en s'esquivant, s'enfuyant à toute allure dans un couloir…
« Mais Celia… Celia, attends ! »
Celisty était déjà arrivée, un peu essoufflée, dans les jardins du lycée…
Les allées fleuries lui rappelaient son royaume, et elle se sentit mieux à mesure qu'elle s'y promenait…
Elle s'arrêta devant un rosier…
« J'espère que ce ringard ne l'embête pas trop… » grinça-t-elle.
« … Lili ? »
Elle sursauta lorsque Leiko l'interpella par ce nom…
« Ah… Pardon… Je ne m'attendais pas à te voir ici… Murmura la jeune fille en posant une main sur son cœur.
- Le temps m'a parut long sans toi… Chuchota le garçon de son ton suave et hypnotique en se rapprochant lentement de la jeune fille…
- Leiko… Pourquoi tu m'appelles Lili ? Demanda Celisty d'un ton fragile et envoûté.
- ça ne te plait pas ? Demanda le garçon en enroulant ses bras autour d'elle…
- Ce n'est pas ça… C'est que… On me surnommait aussi comme ça, quand j'étais petite… Et… Et toutes les personnes qui m'appelaient Lili… Ne sont plus là… Avoua-t-elle, la voix gonflée de larmes…
- Mais moi je suis là pour toi, susurra Leiko en rapprochant dangereusement son visage du sien… Je te l'ai dit Dimanche dernier… Je t'attends depuis longtemps et je te veux à mes côtés…
- Leiko… » murmura Celisty dans un souffle, frôlée par ses lèvres… Avant de le repousser :
« Non ! Je ne veux pas ! Je ne peux pas ! Leiko ! Je ne suis pas la fille que tu crois !
- Oh que si… Affirma-t-il. Tu es exactement « celle » qu'il me faut…
- Non ! Tu te trompes ! Et de plus… Je suis déjà amoureuse de quelqu'un d'autre ! Il n'est pas dans cette école, mais… Je l'aime depuis si longtemps !... Alors, je t'en supplies, ne viens pas encore plus compliquer les choses ! » affirma Celisty en s'enfuyant encore…
Leiko eu un demi sourire cruel…
« Non… Tu ne m'échapperas pas… Le ciel doit sombrer dans les ténèbres pour que la Lune puisse apparaître… Et à ce moment là… »
Il arracha une rose de son arbuste avant de froisser les pétales dans sa main d'un rire acide…
« … Celia ! La rotation !
- Oui ! »
Au studio de danse du Royaume des fleurs, Celia et Tony achevaient leur leçon. Grâce à une inclusion magique sur le saphir offert par Luciano, Celia s'était trouvée revêtue d'une robe bleue échancrée , avec des mitaines de même couleur, et une ligne de sirène…
Alors qu'elle achevait avec perfection sa prestation, des applaudissements chaleureux retentirent dans la salle…
Celia se figea, avant de blêmir en découvrant qui l'observait dans l'ombre…
« K … K … Klaus ? »
Tony soupira en devinant la suite et le lapin s'écarta pour aller faire du rangement, les laissant presque en tête à tête…
Klaus avait dégainé son sourire le plus ensorcelant…
« Bravo, Celia, tu es très douée…
- Quoi ? V … Vraiment ?... S'étonna-t-elle en tombant des nues.
- Je ne mens jamais » affirma Klaus, et à ces mots Tony fut prit d'une violente quinte de toux qu'il étouffa en engouffrant une carotte…
« Hem ! Tu es VRAIMENT douée, répéta Klaus à Celia.
- Merci, Klaus ! répondit celle-ci de son sourire le plus kawaï. Mais je veux l'être autant que Cynthia et toi ! »
Au nom de Cynthia, Klaus s'était assombrit. Son regard se fixa plus ou moins involontairement sur le saphir au cou de Celia…
« … Si tu t'entraînes chaque jour… Tu nous surpasseras tous les deux… Murmura-t-il d'une voix un peu absente et nostalgique. Quelqu'un m'a dit cela, une fois… L'année suivante… Cynthia et… Moi… On était champions du monde.
- Et tu t'entraînes toujours chaque jour ? Demanda Celia.
- Et bien oui, bien sûr ! »
En entendant ces mots, la quinte de toux de Tony fut encore plus violente, au point qu'il faillit s'étouffer avec sa carotte…
« Enfin, c'est plutôt ce que j'aimerais pouvoir dire, corrigea Klaus à contre cœur… Cynthia et moi… Avons eu du mal à accorder nos emplois du temps… Nous sommes… Très occupés tous les deux. »
Cette fois, Celia n'eu même pas besoin de la toux de Tony pour comprendre le bobard… Elle tendit un verre d'eau au lapin au bord de l'évanouissement, avant de retourner auprès de Klaus…
« … Cynthia est une fille adorable, tu sais. Je ne la connais pas beaucoup, mais … Je suis sûre que des Princesses de sa classe, il n'y en a qu'une tous les 4000 ans dans le monde de Hanami.
- Une comme toi… Il n'y en a jamais… Murmura Klaus d'un ton étrange, en l'enlaçant de son regard envoûtant… Cela aurait peut-être été mieux d'avoir quelqu'un comme toi pour partenaire…
- On appelle ça fuir, Klaus… »
Le garçon sursauta à la remarque de Celia, qui avait tellement touché dans le mille que les moustaches de Tony en frisèrent…
« Qu'est-ce que tu fuis, Klaus ? » demanda doucement Celia en posant ses grands yeux sur lui. Et le regard du garçon se fixa à son tour, pour de bon, sur les éclats bleutés du saphir au cou de la jeune fille…
« Ce que… Je fuis… »
Alors que la tension était à son maximum dans la salle, celle-ci retomba en catastrophe quand Lauren et Brenda déboulèrent comme des bolides sur les lieux.
« Kyyyya ! s'écria Lauren, hystérique. Il est iciiii ! Prince Klaus !
- Oh, il est très élégant aujourd'hui, dans son costume Princier blanc à galons… S'extasia Brenda comme dans une revue de mode.
- Il porte tous les jours ce costume, ne put s'empêcher de faire remarquer Tony dans un soupir.
- Quelqu'un t'as causé, le rongeur ? gronda Brenda.
- Désolé, Tony… Je suppose qu'il y a certaines contraintes que je n'arriverais pas à fuir… Soupira Klaus à son tour.
- En tout cas, c'est sympa de vous revoir ! dit Celia aux deux filles avec un bon sourire. Ça faisait un moment depuis le concours…
- Toi, je ne te connais pas ! rétorqua Brenda.
- Prince Klaus ! Vous n'envisagez quand même pas de devenir partenaire avec une fille d'aussi mauvaise réputation ? Geignit Lauren.
- C'est QUOI ce sous entendu ? fulmina Celia.
- S'il doit y avoir meurtre, merci de le faire à l'extérieur, y'a rien de pire qu'une tâche de sang sur le parquet… Commenta Tony.
- C'est bon ! On s'en va ! grogna Lauren. Mais le Prince Klaus vient avec nous !
- Ouais, pas question d'en laisser une miette à cette harpie ! » renchérit Brenda.
« Aaaah ! »
Klaus poussa ce cri aigu, puis se fit littéralement kidnapper par les deux commères, le garçon ayant à peine le temps de lancer un regard impuissant et désespéré à Celia, avant de disparaître derrière une porte qui claque…
« Décidément… Klaus est vraiment victime de son succès ! rit Celia.
- S'il se décidait aussi à choisir ce qu'il veut pour de bon… Marmonna tout bas Tony…
- … Que veux-tu dire ? » s'étonna Celia.
Les oreilles du lapin frémirent, car il avait conscience d'en avoir peut-être trop dit…
« C'est pas mon genre de faire des commérages…Dit Tony d'une voix nouée de non-dits.
- … Mais ?
- … C'est pas ma faute ! Sous ma forme de lapin, je suis tout petit !... Alors des fois… Les gens ne remarquent pas ma présence… Et je vois… Des choses…
- … Et ? Demanda Celia, devinant que Tony détenait sans aucun doute une information aussi explosive que la poudre…
- Non ! Non ! Je ne dirais rien ! jura le lapin blanc, devenu rouge poivron. Mais … Mais ça a un rapport avec ton saphir !
- Tu sais… J'ai bien vu que Klaus le regardait d'une drôle de manière… Murmura Celia, intriguée…
- C'est normal, il n'assume pas… NON ! J'AI RIEN DIIIIT ! » hulula Tony en s'enfuyant… Avant de revenir sur ses pas :
« Ne dis à personne que je t'ai dis que j'ai vu que Klaus a un secret, et que si ça se sait ce sera un drame international ! »
Il claqua la porte à son tour.
Celia secoua la tête, désolée…
« De toute façons… J'ai rien compris à ce que tu m'as dis ! »
La jeune fille, après avoir rassemblé ses affaires, quitta à son tour le studio de danse.
« Finalement… Pensa-t-elle. On dirait un monde tout mignon la praline, mais en fait… Tout le monde a l'air de cacher de tristes secrets… »
Alors qu'elle traversait le parc du Jive, elle rencontra Vince, qui, inévitablement, se précipita droit sur elle :
« Ah, Celia, te voilà ! J'allais partir jouer sur la plage de la Rumba ! Viens avec moi !
- Jou… er ? répéta-t-elle, les yeux ronds.
- Ouais ! On fera des châteaux de sable, et des pâtés, et…
- Prince Vincent ! » interrompit sèchement une voix.
Celia frémit en voyant arriver vers eux un des membres de la cour de l'empire Nezzie, un vieux ministre portant le monocle et souriant tous les 36 du mois…
« Prince Vincent, feula-t-il de sa voix aigre, puis-je savoir pourquoi vous parlez de châteaux de sable alors qu'en ce moment même le Prince Kiefer est en entrevue avec plusieurs pays et a besoin de votre présence à ses côtés ?
- Si Kiefer avait besoin de moi, ça se saurait ! soupira Vince en haussant les épaules… Tu vois, ajouta-t-il pour Celia, c'est pour ça aussi qu'il faut que je crée mon propre royaume… Un endroit où tout le monde serait enfin libre de s'amuser… »
Alors qu'il s'éloignait à contre cœur avec le ministre, Celia fut saisie d'une idée. Elle grimpa soudain sur un banc et leva le poing en s'exclamant sous le regard sidéré des passants :
« Vive le royaume de Vince ! »
La stupeur, puis un éclair de malice éclairèrent le visage du petit blond.
Lui aussi leva haut le poing en scandant :
« Vive le Royaume de Vince !
- Altesse, assez ! se liquéfia le ministre. Allons, venez ! »
Alors qu'il s'éloignait, Celia remarqua que Vince s'était redressé en bombant le torse… Il avait reprit confiance en lui…
« Quelle personne heureuse… » sourit-elle.
« … Heureuse… »
Elle repensa à son rêve de la veille… Ce rêve… Ou ce souvenir…
« … C'était au lac de la valse viennoise… J'en suis sûre… »
Elle décida de retourner sur ses pas et aller au lac… Mais pour cela, elle devait passer par le Jardin du Tango, et alors qu'elle le traversait…
« … Chblong ! »
Elle heurta brusquement quelque chose, et ce quelque chose émit un :
« Aïe !
- Hein ?... Liam ! s'exclama Celia, surprise en le découvrant plié en deux à genoux parmi les fleurs…
- Enchanté… de te revoir… Dit-il de son sourire le plus gentleman alors qu'elle lui avait piétiné le corps…
- Aaaaah ! Pardon ! Liam ! s'affola Celia. Je t'avais pas vu, c'est parce que la pelouse est verte et toi aussi, alors…
- … Vert… Répéta-t-il, achevé…
- Heu, je veux dire, ton costuuuume, s'enfonça Celia… Désolée ! Vraiment !
- Pas grave, continua-t-il de sourire en se relevant péniblement. J'étais juste venu admirer toutes ces magnifiques fleurs et finalement c'est la plus belle qui est venue à ma rencontre ! dit-il en lui prenant les mains.
- Oh, Liam… Bégaya Celia, rouge pivoine.
- Et toi, Celia, que faisais-tu par ici?
- J'allais au lac de la valse viennoise… Mais c'est vrai que les fleurs du jardin du Tango sont jolies ! Elles me donnent… Envie de danser ! rit-elle en esquissant un pas.
- Oh, vraiment ? sourit Liam. Moi aussi ! J'aime aussi danser. Les fleurs et la danse… Je faisais équipe avec ma sœur Olive… Elle dansait comme une fée des fleurs !
- Heu… Ce devait être joli à voir ! se força à sourire Celia, un peu gênée de le voir repartir dans son sister complex…
- Je sais ! s'exclama Liam, traversé par une idée. Tu pourrais me montrer une danse que tu as apprise ?
- Hein ? s'affola Celia, prise de court. C'est que… Je suis un peu timide… Rougit-elle.
- ça ira ! dit Liam doucement en prenant tendrement sa main… Je vais danser avec toi… »
Le cerveau de Celia connu durant quelques secondes un sévère bug informatique.
C'était la première fois…
Que Liam lui parlait avec cette voix là… Et ce regard là…
Et, Martien ou pas, c'était quand même drôlement déstabilisant !
« Bien… C'est d'accord ! » dit-elle en penchant la tête.
Alors, au milieu des parterres de fleurs, ils se mirent à évoluer tout en douceur et légèreté… Liam n'avait pas mentit, l'instant était vraiment féerique… Celia se sentait portée par les pas et riait aux éclats…
« Tu sais, dit Liam, notre spécialité avec Olive, c'est le fox trot !
- Le fox trot ? répéta Celia en recevant cette information.
- Tu veux que je te montre les pas ? Ça se danse sur un rythme musical 4/4. Un pas de base se fait sur 12 temps (3 mesures), correspondant à 8 mouvements que l'on exprime sous la forme de « vite » (1 temps), et de « lent » (2 temps)… Ce qui donne : lent, vite, vite, lent, lent, vite, vite, lent…
- Doucemeeeent ! … J'arrive pas à suiiiivre ! » s'affola Celia…
… C'est donc grâce à Liam qu'elle apprit à danser le fox trot, même si elle n'y était pas particulièrement à l'aise…
« … Merci pour la leçon, Liam, sourit-elle…
- Merci à toi ! C'était amusant de danser avec toi ! C'est comme si je dansais avec Olive !
- Ah… Hem… Toussa Celia. Ça me rend… Très heureuse… D'entendre ça…"
Puis, avec un bon sourire:
« Liam ! Dansons encore ensemble une autre fois !
- D'accord… Et si tu veux un bon conseil, trouve très vite une danse qui sera ta spécialité, Celia… Et tu remporteras toutes les victoires ! »
A peine venait-il de lui donner ce conseil que les parterres de fleurs furent soudain balayés par un vent d'une violence inouïe, une attaque d'une telle puissance que Celia poussa un cri en se sentant emportée…
« Celia ! » s'écria Liam en la rattrapant par une main et la serrant contre lui…
Tout autour d'eux, le jardin était à présent dévasté…
Ils virent au loin se diriger vers eux une silhouette sombre et inquiétante, à la longue chevelure platine et arborant des bandages sur de récentes blessures…
« Le sorcier Eldween de l'autre soir ! frémit Liam.
- Un… Eldween ? répéta Celia, ébahie.
- Je pensais qu'on l'avait vaincu ! »
Deux autres sorciers apparurent à ses côtés. Cette fois, il n'avait pas fait l'erreur de venir seul… Le chef des sorciers eu un ricanement méprisant et cruel en infligeant une nouvelle attaque magique aux deux adolescents…
« Prince Liam ! ordonna-t-il alors que ses tourbillons lacéraient les vêtements et la peau du jeune homme. Soyez raisonnable et livrez moi la Princesse !
- Pas question… Lutta le garçon, dents serrées, en dégainant son arbalète …
- Pauvre idiot ! » répliqua froidement le sorcier, et il n'eu qu'à lever la main pour le désarmer de ses puissants pouvoirs, et balancer violemment le corps du prince contre le tronc noueux d'un arbre…
« LIAM ! » s'écria Celia en le voyant chuter à terre, inconscient…
Le sorcier Eldween avança lentement vers elle, l'aura magique émanant de lui traçant un chemin au milieu des fleurs dévastées…
« … Heureux de te revoir… Petite Princesse… Sourit-il cruellement…
- Vous… Espèce de… Qui êtes vous ?, jura-t-elle, sur ses gardes.
- Tu l'as oublié, mais je peux t'aider à te souvenir… » dit-il en glissant sinueusement jusqu'à elle, avant de lui saisir le poignet brutalement, en le serrant à lui faire mal…
« Maintenant, jubila-t-il, tu es à ma merci… IIII ! »
De son autre main, Celia venait de lui balancer un uppercut dans les dents !
« Dans tes rêves, pauvre cloche ! » rugit-elle en lui plantant successivement un coup dans le ventre, un coup dans les genoux, un autre dans le nez, avant de lui assener un low kick fulgurant qui fit valser le sorcier en vol plané sur deux mètres !
« Non mais tu m'as pris pour la potiche du quartier ? Relèves toi et je te fracasse en freefight ! jura-t-elle en levant le poing.
- Petite peste ! » feula le sorcier, le nez en sang, en redoublant de force dans son attaque magique suivante, épaulé de ses sbires…
« Maintenant… Je vais terminer mon œuvre ! » hurla leur chef en lançant dans sa direction une véritable trombe de feu et d'électricité entremêlées…
Celia, pétrifiée de peur et de surprise, ne put que crier un « NOOOON ! » terrorisé, en cachant ses yeux avec ses mains…
… La seconde d'après, alors même qu'elle pensait qu'elle allait mourir, elle reconnu le contact familier d'un bras passé autour de sa taille, et la sensation bienveillante d'une magie protectrice flottant tout autour d'elle…
« … Cesar… » murmura-t-elle, soulagée, ravie, et le cœur battant à tout rompre , en se raccrochant au garçon.
Il était arrivé juste à temps, formant un bouclier magique tout autour d'eux… En relevant la tête, Celia fut surprise de voir qu'ils étaient quatre en fait, car Luciano était là aussi avec eux, faisant rempart de son corps pour protéger celui de Liam, toujours inanimé…
« … C'est pas vrai… Jura le chef des sorciers Eldween en continuant de leur balancer des sortilèges, contrés par le bouclier… Maudit Prince… Faudra-t-il que je tue jusqu'au dernier les membres de la famille de la mer ? »
Ces quelques mots provoquèrent une cascade d'images saccadées dans l'esprit de Celia… Des images floues, imprécises, mais certainement violentes… Car tout à coup elle se sentait oppressée, tremblante de peur, une peur viscérale, insoutenable… Et une douleur… La perçant au plus profond de sa chair… Ce souvenir… Ce souvenir…
« Celia ! s'exclama Cesar en la rappelant au présent, la serrant plus fort contre lui au milieu des tourbillons de magie…
- Qu'est-ce que j'ai vu… Qu'est-ce que j'ai vu ? Murmura-t-elle, pâle et tremblante, presque sous le choc…
- Le Prince Liam ne se réveille toujours pas ! Il est peut-être grièvement blessé ! » s'écria Luciano, la voix nouée d'angoisse, au milieu des attaques répétées des sorciers Eldween…
Cesar serra les dents dans un douloureux effort pour redoubler l'intensité du bouclier, puis soutenant toujours Celia de son autre bras, lui demanda tout haut, d'un ton sincère et assuré, pour une fois…
« … Princesse ! … Est-ce que tu as confiance en moi ?
- Cesar… Murmura-t-elle, surprise du contexte de cette déclaration.
- Tu crois franchement que c'est le moment pour les roucoulades ? s'offusqua Luciano en lançant des éclairs avec les yeux…
- Tu veux sauver Liam ? » lui rétorqua Cesar du tac au tac.
Luciano détourna la tête avec un « Humph » recalé.
« S'il te plaît, Celia… C'est très important… Est-ce que tu as confiance en moi ? » demanda encore Cesar alors qu'autour d'eux, le bouclier commençait à faiblir…
La jeune fille rougit, puis hocha la tête avec un regard déterminé.
« Bien sûr que j'ai confiance ne toi, pauvre idiot ! dit-elle en s'accrochant plus fermement à lui.
- Je vais tenter quelque chose… Promets moi de ne pas avoir peur…
- Je n'aurais pas peur ! » affirma-t-elle.
Cesar esquissa un demi sourire, puis tout en continuant à maintenir le bouclier d'une main, et de serrer Celia contre lui de l'autre , ferma les yeux…
Toute une aura éblouissante de magie commença à resplendir en étincelles féeriques tout autour de Celia, envahie par une impression bienveillante, apaisante… Et étrangement familière…
Très vite, l'aura autour d'elle se fit véritablement aveuglante…
« … Cette magie… Murmura-t-elle, complètement abasourdie…
- A présent… Les morceaux brisés se sont retrouvés… » dit Cesar d'un ton étrange.
Sa main glissa en un frôlement jusqu'au milieu du dos de Celia, et elle se sentit envahie par une puissance phénoménale, supérieure, mystérieuse…
Et délicieuse…
Comme si… Tout à coup …
Sa magie, sa chair, ses battements de cœur…
Tout ce qui était elle ne formait plus qu'un avec Cesar…
Elle ferma les yeux à son tour, et tout autour d'eux le bouclier intensifia sa puissance…
Avant de… Renvoyer les attaques des sorciers Eldween !
Les trois sorciers furent balayés comme des fétus de paille, littéralement engloutis par une vague de magie étincelante, d'une puissance ahurissante et insensée…
Elle balaya le paysage sur plusieurs dizaines de mètres, et, encore une fois, les sorciers battirent en retraite, préférant se téléporter par la magie que périr sous cet assaut…
« … Tu regretteras d'avoir réveillé ses pouvoirs ! » jura le sorcier en chef comme une lugubre prédiction, avant de disparaître… Jusqu'à son prochain retour…
La seconde d'après, tout redevint calme et d'un silence presque anormal dans le jardin du tango…
Essoufflée comme si elle venait de courir, échevelée, tremblante encore de peur et d'émotion, Celia manqua de glisser des bras de Cesar, qui la rattrapa alors qu'elle chutait à terre à genoux…
« … C'était quoi… ça ? murmura Celia en peinant à reprendre son souffle… Qu'est-ce qu'on vient de faire… Cesar ?
- On vient de remporter cette bataille par la puissance de notre amour ! déclara-t-il en prenant son sourire le plus crétin et une pose qui ne sert strictement à rien, comme dans une case de shojo, avec vent dans les cheveux et pastilles de lumière … Et par la magie de nos cœurs brisés qui se sont retrouvés, oh mon âme sœur, mon adorée…
- Tu ne dis vraiment que des idioties ! grogna-t-elle en lui collant une tarte…
- Aïe !... Tes mains sont si jolies…
- Pervers ! Idiot ! Sado maso !
-… Liam ! »
Leur chamaillerie fut interrompue par ce cri du Coeur de Luciano, toujours perché au-dessus du Prince du royaume vert, resté inanimé…
« Liam ! … Votre Altesse Liam ! … Je vous en prie, ouvrez les yeux ! implorait le ténébreux, sa voix rauque nouée d'angoisse… Cesar ! Vite ! Fais lui un sort de guérison !
- Ooooh… Mais c'est que tu es mignon quand tu t'inquiètes pour ton Prince… Gloussa celui-ci d'un air facétieux…
- Cesar ! s'écrièrent Luciano et Celia d'une seule voix ulcérée, en lui collant une double tarte…
- Aïe ! Aïe ! Mais vous n'avez vraiment aucun humour !
- Soigne Liam tout de suite ! ordonna Celia, les yeux en furie.
- Pas besoin, regarde… » sourit Cesar.
Il se pencha à l'oreille de Liam, et imita soudain à la perfection une voix de fille :
« Grand frère, grand frère…
- ça alors, s'étonna Luciano, les yeux ronds. Mais c'est la voix de…
- Grand frère, grand frère… C'est moi, Olive… C'est Olive… Je suis venue te dire que je suis tombée amoureuse d'un garçon et que je veux me marier avec lui…
- QUOIIII ? » hurla Liam d'une voix véritablement folle de rage, en se réveillant en un bond, se redressant avec des yeux enflammés de fureur et l'expression du mec qui va commettre un meurtre !
« C'EST QUIIII ? JE VAIS LE TUEEEER ! »
Luciano et Celia en restèrent cloués de stupéfaction, et même un peu de peur.
« Et voilà ! lança Cesar d'un air goguenard en reprenant sa vraie voix… C'était une imitation magique ! Grâce à moi, Liam est plus vivant que jamais !
- Parce que tu comptais peut être lui faire plutôt un smack magique ? grogna Celia en lui plantant encore un coup de poing sur le crâne…
- Mais, heu… » soupira-t-il, la larme à l'œil…
De son côté, Liam s'était calmé aussitôt, en retrouvant sa douceur zen et un peu naïve habituelle…
« Hum ? S'étonna-t-il en retrouvant sa voix douce et tendre. Que s'est-il passé ?... Ah, Celia va bien… Sourit-il. Luciano, tu es là… » dit-il en ébouriffant tendrement les cheveux du brun toujours penché vers lui…
Puis il poussa un cri atterré :
« Aaaah ! Le jardin ! C'est une catastrophe ! Il est totalement dévasté !
- Altesse… » murmura Luciano, gorge nouée…
Cette fois , il n'y tient plus…
Luciano enlaça Liam et le serra étroitement contre lui, ne cessant pas de le gronder tendrement en laissant transparaître ses sentiments :
« Liam ! Pauvre fou ! Ne me fais plus jamais une peur pareille ! J'ai bien cru… T'avoir perdu… Je veux dire… Comment j'aurais pu annoncer ça à ta sœur ? Tu y as pensé, hein, imbécile ?
- Luciano… Sourit Liam tendrement… C'est la première fois… Que tu me tutoies… »
Celia ouvrit des yeux ronds, une information atteignant son cerveau…
« Oh mais alors… Oh mais alors… Répéta-t-elle tout bas…
- Ah, ah ! Puisque Liam va bien , tout va bien ! Au fait, Celia, viens vite avant que Kip ne rapplique pour faire une crise ! » rit Cesar en embarquant la jeune fille littéralement sous le bras, et s'enfuyant avec dans un sprint fulgurant…
Lorsqu'ils furent arrivés à proximité du palais où résidait Celia, ils s'arrêtèrent enfin de courir, essoufflés…
« Mais alors… Mais alors… Reprit Celia, ses mots entrecoupés par sa respiration hachée… Luciano… Lu… Lu… Luciano… Il … Il…
- Il en pince pour Liam… Confirma Cesar.
- Kyyyya ! hulula Celia, ravie, des étoiles de fangirl plein les yeux. Et Liam, il… ?
- Je crois… Même s'il n'en a pas vraiment conscience…
- Mais… Depuis quand… Luciano… ?
- Plusieurs mois déjà…
- Il faut absolument qu'il le lui dise ! trépigna Celia en sautant sur place…
- Sauf que… Luciano n'ose pas se déclarer… Et têtu comme il est, il ne le ferait même pas sous la torture… Soupira Cesar.
- Cesar ! Il faut absolument qu'on les aide ! s'exclama Celia en lui prenant les mains…
- Bien sûr, ma Princesse… » sourit-il.
Puis, un peu laconiquement :
« Puisqu'on en est aux confidences… Je crois que tu auras remarqué que Luciano éprouve également des sentiments à ton égard… Liam aussi, d'ailleurs…
- Qu… Qu… Qu… QUOI ? » se liquéfia Celia, estomaquée.
Les doigts de Cesar jouèrent plus sensuellement avec les siens, dans un doux frôlement…
« Comment pourrait-il en être autrement ? Demanda-t-il avec un triste sourire… C'est impossible de ne pas t'aimer, Celia…
- Cesar… » murmura-t-elle, bouleversée…
Elle sentit ses mains lui échapper … Elle tenta de le retenir mais il s'était esquivé avec un rire de façade et son masque sourire du plus parfait des imbéciles :
« Oh dis donc ! lança-t-il en bondissant en arrière, dégainant une énorme montre à gousset. C'est déjà l'heure de mon cours de musique !
- Cesar… Reste ici ! implora Celia en courant vers lui.
- Ah ! Je vois les gardes du palais qui arrivent… Demande leur de t'escorter jusqu'à ta chambre… A bientôt mon ange ! » lança-t-il en disparaissant dans des volutes magiques…
« IDIOOOOT ! Jura Celia, furieuse et déterminée… Si tu crois que tu m'échapperas toujours comme ça, TU TE TROMPES ! »
Un vent doux et chaud balaya ses cheveux, puis une pluie de pétales de rose s'égrena lentement tout autour d'elle…
Celia tendit la main pour saisir au vol l'un de ces pétales, puis le serra tendrement contre son cœur…
« J'ai confiance en toi, Cesar… Murmura-t-elle doucement. Alors… Fais toi confiance aussi… »
Un peu plus loin, Vince, qui avait assisté à cette scène après avoir réussit à s'échapper de la réunion avec plusieurs pays, ne put contenir sa déception en frappant violemment un caillou. Une douleur intense lui parcouru le pied, il serra les dents pour ne pas crier (et donc, se faire remarquer), et finit par rentrer à la résidence secondaire de l'empire Nezzie au Royaume des fleurs, d'un pas bancal mais rageur…
Kiefer, qui venait de rentrer lui aussi, se trouvait dans la bibliothèque lorsqu'il entendit une porte claquer violemment, et devina qui en était responsable. En allant à sa rencontre, un livre à la main, il découvrit un Vince écumant véritablement de rage, tournoyant dans la gigantesque salle à manger en tirant au lance pierre sur tous les chandeliers en argent… Ils remplaçaient les autres princes dans son esprit…
« Tu as raté la fin de la réunion, fit remarquer Kiefer de son ton calme et monocorde alors que Vince venait de dégommer un précieux vase à plusieurs milliers de « tulipes »…
- Pour ce que ça m'importe ! rugit le petit blond, déchaîné au lance pierre…
- Peut-on connaître la raison de cette bouderie ? Soupira Kiefer. Quelqu'un t'a mangé ton goûter… Ou bien tu as encore la colique ?
- TE FICHES PAS DE MOI ! » hurla Vince en ajoutant un trou au beau milieu d'un tableau, pile à côté du visage de Kiefer…
Puis le blond blêmit en réalisant que s'il avait loupé sa cible, c'est Kiefer qui en aurait subit les conséquences…
« Pose ce lance- pierre » ordonna celui-ci de sa voix calme et nette, en sourcillant à peine.
Pur une fois, Vince obéit sans contester, avant de baisser la tête avec son air de petit chiot battu et abandonné par son maître…
« … C'est Celia… Avoua-t-il enfin, la gorge serrée…
- Je m'en doutais, dit Kiefer en le jaugeant de son regard analytique. Seule une poussée de testostérone ou la perte de tes dents de lait pouvaient justifier ton attitude…
- Ils lui tournent tous autour ! s'écria Vince en se prenant la tête à deux mains. Klaus et ses sourires de faux cul, Luciano qui est pas fichu de trouver tout seul la porte des toilettes, Liam complètement perché dans son pays des merveilles… Et le pire, je vais te dire, le pire c'est qu'elle court derrière cet idiot de Cesar et ses tours de magie à deux balles ! Mais qu'est-ce qu'elle peut lui trouver, à ce décérébré ? Et après, elle ne veut pas de moi en disant que je suis un gamin, alors que de tous, je suis sûrement le seul qui soit sincère !
- Je te l'ai déjà dit, soupira Kiefer. Arrête avant de souffrir encore plus…
- Je ne peux pas ! jura le blond, déterminé, les yeux plein de flammes. Je veux gagner !
- Tu sais… Il y a… D'autres filles… Hasarda Kiefer, pas très doué… Des tas de filles au royaume des fleurs… Pour qui tu représentes… Non, un idéal, faut pas exagérer… Mais… Qui aimeraient bien…
- C'est Celia que je veux ! coupa sèchement Vince, buté. Je la veux, je la veux, je la veux, je l'aurais ! trépigna-t-il en faisant vraiment un caprice, rouge de colère.
- Admettons… Murmura Kiefer. Et après ?... Pourquoi tu la veux ? »
A cette question, Vince se figea littéralement dans ses gestes, surpris…
« … Pourquoi ?
- … Eh bien oui…. Bégaya Kiefer, mal à l'aise… Il y a bien une raison… Pourquoi Celia… Et pas… Quelqu'un d'autre…
- Pourquoi ?... Heu… »
Vince serra les poings, repartant dans son caprice…
« … Parce que je suis AMOUREUX ! … Voilà, c'est sûrement ça !... Si je la veux, c'est parce que je suis amoureux !... Mais toi bien sûr, t'y connais rien ! T'as pas d'expression, pas de cœur, pas de sentiments… Rien ! Kiefer, tu ne me comprendras jamais parce que toi tu sauras jamais ce que c'est, d'être AMOUREUX ! »
Et là-dessus, Vince partit bouder ailleurs en claquant la porte …
« … Oh que si, je le sais… » murmura Kiefer tristement, en refermant son livre…
Semaine 4 – Lundi
… Can you save my life ?...
Il m'arrive quelquefois
D'avoir besoin de toi
Tant besoin d'un regard
De quelqu'un quelque part…
Plus que la nouvelle tentative d'attentat, ce sont toutes les révélations sentimentales qui avaient troublé Celia… Elle n'avait pas de nouvelles de Cesar, et elle en souffrait vraiment … Elle s'enivra dans un tourbillon de danses, s'entraînant sans relâche avec Tony pour oublier toutes ces émotions étranges qui la tourmentaient… De nouveau, elle eu les gardes sur le dos, mais ils finirent par la laisser tranquille, le danger étant passé… Les jours défilèrent à une lenteur désespérante, mais on arriva quand même au Lundi suivant. Ravit que Celia mette autant de cœur à danser, et ayant remarqué ses progrès, Kip agita sous son nez un cadeau emballé avec soin…
« Voici ta récompense pour ce dur travail ! » sourit-il.
En ouvrant doucement le papier de soie, Celia découvrit à l'intérieur le magnifique collier de corail qu'elle avait admiré dans la vitrine quelques jours auparavant.
« Oh ! Kip ! C'est vraiment trop ! rougit-elle.
- Tu l'as amplement mérité par tes efforts… Sourit Tony.
- Et puis tu es la princesse du royaume des fleurs, tout de même ! insista Kip.
- Il est vraiment magnifique… Merci beaucoup, Kip… Sourit Celia tendrement.
- Je suis sûr qu'il t'ira à merveille ! s'exclama le koala. C'est aussi un collier magique ! Fabriqué avec le corail de l'empire de corail !
- Le pays de ton grand-père… Dit Tony.
- … Hein ? » s'étonna Celia, les yeux ronds.
Les moustaches de Tony frisèrent :
« Ah ! Pardon ! Je n'aurais pas dû te parler de ça ! Excuse moi !
- Hein ? … Mais de quoi ? S'étonna encore plus Celia.
- Princesse ! coupa soudain Kip en tirant sur son bras… Regarde un peu qui est là… »
En se retournant, Celia frémit en remarquant Luciano, qui, depuis un moment déjà, l'observait en silence, appuyé sur un mur…
« Oh, Luciano… » murmura Celia en rougissant un peu, avant de courir à sa rencontre…
« Luciano… Je suis contente de te voir ! sourit-elle. Comment va Liam ? J'ai essayé de savoir, mais les gardes du royaume vert refusaient de me donner de ses nouvelles…
- Il s'est parfaitement remit de cette aventure, dit Luciano avec un demi sourire… Il est surtout désolé pour le jardin dévasté…
- Le pauvre… Compatit Celia.
- L'essentiel… C'est que vous soyez sains et saufs tous les deux… Affirma Luciano en la brûlant de son regard…
- Heu… Oui… Rougit Celia.
- Alors… La danse… Tu progresses ? Demanda Luciano, évacuant cette tension en changeant de sujet.
- On dirait… Oh, tiens, puisque tu es là, tu ne voudrais pas t'entraîner avec moi ? Demanda Celia d'un ton amical.
- Je ne travaille pas avec des amateurs, lança sèchement Luciano, bras croisés, en la fusillant du regard. Pourquoi tu ne t'entraînes pas avec Tony ?
- … C'est gentil pour Tony… Fit remarquer Kip.
- Tout baigne, je prends sur moi… Répondit le lapin en croquant nerveusement dans une carotte…
- Allez, pour t'excuser envers Tony, tu vas danser ! rit Celia en prenant d'autorité la main de Luciano.
- B … Bien… » bégaya-t-il, déstabilisé par son audace.
Ils s'élancèrent pour un tour, enchaînant les pas avec rapidité et fluidité…
« Ils sont bons, très bons… Commenta Tony…
- Ah… Le bal de Saint Lyon… Murmura Kip, rêveur…
- Je ne savais pas que tu savais danser le fox trot, dit Luciano à Celia…
- Ah ! C'est Liam qui m'a appris ! » rit celle-ci.
Luciano s'arrêta brusquement de danser, lâchant sèchement ses mains, le regard dur…
« … Lu… Luciano ?... Que se passe-t-il ? S'inquiéta Celia.
- … Faisons une pause, dit-il froidement en l'abandonnant au milieu de la piste…
- Hein ?... Mais on vient à peine de commencer…
- ça va ! coupa sèchement Luciano, la voix aride. Ça ne sert à rien de commencer à danser maintenant, de toute manière !...
- Luciano… S'offusqua Tony…
- Je comprends… » murmura Celia.
Si c'était vrai que Luciano avait des sentiments pour Liam et pour elle, alors c'était difficile pour lui de savoir qu'ils avaient dansé ensemble…
Surtout que…
… Luciano ne pouvait pas danser avec Liam !
« Tu sais Luciano… Ici, ce n'est pas une compétition… Tenta de le rassurer Celia par cette phrase à double sens.
- C'est trop difficile pour toi ! feula-t-il. Tu n'as pas dansé depuis que tu es enfant, comme moi…
- Pause ! dit Celia en levant la main. Je demande un arbitre ! Kip, depuis quand « je » danse ?
- Ah… « Toi » ?... Hem ! … La Princesse du Royaume des fleurs danse depuis l'âge de quatre ans, si je ne m'abuse… Déclara le koala.
- Et toc ! lança Celia.
- Ouais… Sauf que tu as du commencer à prendre des cours avec Tony pour ne plus être la pire danseuse du continent ! grogna Luciano.
- Je ne suis pas là… Je ne suis pas là… Ne m'impliquez pas dans vos histoires… Gémit Tony en passant au jus de carottes…
- Celisty n'est pas la pire danseuse du continent ! s'énerva Celia, les yeux plein de flammes…
- Oh, et vous êtes quoi, alors, votre Altesse ? lança Luciano, goguenard… Tu ferais mieux d'abandonner comme tu l'as toujours fait !
- Non, je n'abandonnerais pas ! s'écria Celia, déterminée. Je veux m'améliorer et je te prouverais qu je peux le faire ! J'irais au bal de Saint Lyon et je danserais comme je l'ai promis à… A une personne qui compte pour moi … Je le ferais pour elle, et après ça… Celui qui s'avise de se moquer de nous, j'en fais du salami ! »
Luciano sembla impressionné par son discours, et surtout, par sa volonté…
« Tu… Tu sembles tellement sûre de parvenir à exaucer ton souhait…
- Je sais pourquoi je danse et pour QUI je danse… Dit la jeune fille s'un ton plus calme et doux… Tu ne te souviens pas, Luciano… Pourquoi tu aimais danser ? »
Il y eu soudain un silence ému, cette question semblant raviver de vieux souvenirs enfouis dans la mémoire et le cœur du jeune homme…
« C'est si loin… Je ne me rappelle pas… Souffla-t-il en détournant la tête…
- Menteur… » murmura Celia, en le perçant jusqu'à l'âme…
Déstabilisé par cette pique, le garçon frémit, la gorge serrée…
« … Il y a quelqu'un … Avec qui je voulais danser et puis… Cette personne a abandonné ce rêve… Alors j'ai continué… Pour elle… Et pour … Un ange qui est au ciel…
- Hahem ! toussa Kip, mal à l'aise. Le Prince Luciano a raison, pourquoi réveiller toutes ces vieilles histoires ? Le passé c'est le passé, ah ah !
- Kip, soupira Tony en secouant la tête…
- Luciano… Murmura Celia, émue, en lui tendant la main… Toi, tu as la force de ne jamais abandonner. Alors je te le demande : danse. Pour cette personne qui a renoncé… Pour cet ange qui veille sur toi là-haut… Et pour nous aussi… »
Luciano la regarda longuement, avec admiration et adoration, avant de prendre sa main.
« … Entendu. Mais je ne te ménagerais pas !
- Je ne demande pas de traitement de faveur ! » rit Celia.
Alors, ils ont recommencés à danser tous les deux… Et leur entraînement fut tout aussi spectaculaire qu'une représentation de championnat !
« Waow ! Bravo ! applaudit Kip, des étoiles plein les yeux.
- Je dois reconnaître que ça pourrait être un duo redoutable ! » dit Tony.
« Mais… Pensa le lapin… Je ne sais pas pourquoi… On dirait qu'il manque quelque chose… Pour que l'alchimie fonctionne vraiment entre eux… »
« Merci pour cet entraînement, Luciano, sourit Celia.
- Pas de quoi… Je suis vraiment impressionné que tu aies pu continuer…
- Tu ne me fais pas peur ! rit la jeune fille.
- Ah… Tu es une adversaire redoutable… » rougit-il.
Sa main dans la sienne était devenue plus tendre… Et presque brûlante…
« Celia… » chuchota-t-il…
Elle frémit. Il avait prononcé son prénom… Avec une voix et un regard…
Tellement redoutables… Délicieusement dangereux…
« … Tu sais… Cette personne pour qui je danse… » dit-il en se penchant lentement vers elle…
Abasourdi, Tony manqua de s'étouffer avec sa carotte.
Le lapin se mit à glapir des « Reureureu ! » de moteur enroué, et Kip lui frappait dans le dos en criant « CRACHE ! MAIS RECRACHE ! »
Cette intervention coupa net l'élan de Luciano, qui se reprit, recula de dix pas et toussa lui aussi :
« Je te souhaite de réaliser ton souhait, Celia ! » dit-il en s'enfuyant, rouge flamme, par la porte…
« Luciano… » murmura Celia, un peu perdue dans ses sentiments, alors qu'en arrière-plan, Tony venait de renvoyer sa carotte en plein dans la tronche de Kip…
Luciano s'était mit à courir… Il courait, il courait, pourchassé par ses peurs, dévoré par ses émotions…
« Qu'est-ce que j'ai fais ? se sermonna-t-il… Qu'est-ce que j'ai faillit faire ? »
Il le savait, pourtant. Ses vieux sentiments étaient remontés à la surface…
Tout simplement…
Mais rien n'était simple…
Il… Avait aussi de nouveaux sentiments…
… Pour Liam…
Lors de l'attaque des sorciers Eldween…
Ce qu'il avait éprouvé en pensant le perdre…
Ça allait au-delà du devoir du knight pour son Prince…
Au-delà de l'amitié… De la fraternité… Et même… De l'amour…
« Je ne dois pas retomber dans ce genre de schéma, se sermonna-t-il. C'est dangereux pour moi… Et encore plus dangereux pour Liam ! »
Il soupira… Heureusement, son prince était si naïf… Il ne se doutait pas des sentiments qui le dévoraient…
« Ça ira. Pour le moment, Liam ne sait rien…
- Qu'est-ce que Liam ne sait pas ? Demanda une douce voix de jeune fille dans son dos.
- Allons donc ! grogna Luciano. Cesar, c'est bon, la plaisanterie a assez duré, tu peux arrêter d'imiter… »
Il se retourna, et son sang fit un triple loops dans ses veines. Il en demeura complètement figé de stupéfaction, la bouche ouverte…
« … OLIVE ? »
Accompagnée de quatre gardes et de deux demoiselles de compagnie, Olive était bien là, assise dans le fauteuil roulant qu'elle ne quittait plus depuis que sa santé avait déclinée…
Tout comme son frère l'avait décrite, Olive avait un joli et tendre sourire, de mignonnes couettes qui lui donnaient des airs de petite fille, et de beaux yeux verts derrière ses lunettes… Il y avait aussi dans son regard une douceur maternelle qu'on retrouvait aussi chez Liam, mais avec une maturité supplémentaire, et surprenante pour son âge… Elle avait déjà plus de sagesse que des femmes de deux fois son âge…
« V … Votre Altesse… Bégaya Luciano, en s'inclinant devant elle… Mais… Quelle surprise !... Quand êtes-vous arrivée ?... Votre frère le sait-il seulement ?... On nous avait dit que votre mal s'était aggravé…
- C'est le cas… Dit-elle avec un triste sourire, posant amicalement une main sur l'épaule de Luciano…
- Pourquoi dans ce cas avoir fait tout ce chemin depuis l'empire Nezzie ? C'est de la folie !
- … Pour la même raison que tu l'aurais fait dans ma situation… Sourit-elle perspicacement…
- Al… Tesse…
- Si tout doit s'achever bientôt… Je ne saurais l'accepter sans avoir été aux côtés de Liam…
- Je vous en prie… Ne dites pas des paroles aussi funestes… Le Prince ne se remettra jamais de votre perte !
- Ce qui me rassure… C'est qu'à présent c'est toi qui es à ses côtés… » sourit Olive tendrement, et Luciano frémit en comprenant qu'elle avait tout deviné des sentiments qui le déchirait…
Un rayon de soleil éclaira le visage fin et pâle de la jeune fille, qui tourna lentement la tête en direction des palais du royaume…
« A ce propos… Si je suis également venue… C'est parce qu'avant qu'il soit trop tard… Je dois moi aussi être franche avec mes sentiments… »
Semaine 4 – Mardi
… Can you save my life ?...
Lorsque j'ai déchanté
Que l'moteur est coupé
Pour songer calmement
Hors de mes ressentiments
Celia avait passé le reste de la journée, puis de la soirée de Lundi à ressasser les évènements de l'entraînement… Dehors, la pluie avait commencé à chuter, d'abord goutte à goutte, puis en véritables trombes d'eau. Allongée dans son lit, Kip ronflant non loin de là, assoupit dans un fauteuil, Celia ne parvenait pas à trouver le sommeil, pourchassée par ses doutes, ses angoisses… Et ses sentiments…
« Non… Je n'ai pas le droit de douter… Que ce soit pour la danse… Ou pour le reste ! »
A deux heures du matin, elle s'était redressée sur son lit, avait enfilé rapidement une tenue – il faudrait plutôt dire un déguisement – la plus discrète possible, la faisant ressembler à une vieille servante emmitouflée dans un châle, et sur la pointe des pieds, se glissa hors de la chambre… Elle parvint à déjouer la vigilance de tous les gardes du palais –comme ce n'était pas bien difficile, il y avait de quoi s'inquiéter pour sa sécurité – et sortit sous la pluie battante. Elle avait une destination en tête : la résidence secondaire de la famille royale de la mer. Mais avec un pressentiment un peu joueur, elle savait au fond de son cœur que quelqu'un l'intercepterait avant…
Dans un éclat de la lune, une cape rouge glissa sur ses épaules qui grelottaient de froid…
« Tu es vraiment incorrigible ! Tu tiens que ça à attraper un rhume ?
- Non, mais… »
Elle eu un rire triomphal en faisant volte –face et enroulant ses bras à la taille de Cesar :
« … Je savais que c'est comme ça que je t'attraperais, toi !
- … Princesse ! … Frémit-il comme une vierge effarouchée qui vient d'être capturée…
- Je savais que même à deux heures du matin, tu serais dans le coin pour m'observer, voyeur !
- Je proteste !... Tu as usé d'une stratégie pour me piéger ! , tenta-t-il de s'esquiver…
- Oh non, mon pote, cette fois, tu ne te débarrasseras pas de moi comme ça ou tu devras te promener dans tout le royaume avec une princesse cramponnée à ton veston de chez Atalante… Et je vais le froisser, lui faire plein de plis, peut-être même le déchirer !
- Noooon… Tout mais pas çaaaa ! implora Cesar, vaincu…
- Alors, reste ! Reste un peu ici pour une fois et écoute ce que j'ai à te dire ! »
A ce moment là, la foudre frappa quelques mètres plus loin et le tonnerre roula dans les nuages. Cesar et Celia auraient dû être à ce stade complètement trempés de pluie, mais dès qu'il l'avait rejoint le garçon avait déployé une protection magique tout autour d'eux…
« Viens, dit-il … Ce sort ne dure pas très longtemps… Mettons nous à l'abri ! »
Ils atterrirent, un peu en catastrophe, dans la loge royale de la salle des fêtes, qui était devenu leur refuge… Peut-être l'appartement de leurs secrets…
Celia entra la première, tenant avec autorité la main de Cesar en criant :
« … ça fait plus d'une semaine !
- … Depuis… La bataille au jardin du tango ? Demanda-t-il, redoutant qu'elle ne lui colle un de ses uppercuts punitifs…
- Oui ! Et depuis, tu ne m'as donné aucune nouvelle ! Je ne t'ai pas vu, je ne t'ai pas entendu, pas un mot, pas un signe, même une seule rose aurait suffit !... Pourquoi tu te caches ? Je sais que tu es là ! S'il m'arrive malheur, je sais que tu seras le premier à me secourir ! Alors pourquoi tu me fuis ? Hein ? Pourquoi, pourquoi, POURQUOI ?
- Je crois… Que je vais faire du thé, répondit-il à côté pour tenter de la calmer, mais c'est l'effet inverse qui se produisit…
- … TU RESTES ICI ! » ordonna Celia en l'asseyant de force sur le canapé, et c'est fou comme une fille aussi menue avait de la force !
« … Pourquoi tu me fais ça ? Demanda-t-elle, la gorge nouée de larmes, et quelques mèches luisantes d'eau… Pourquoi tu me torture comme ça ?... J'ai fais beaucoup d'efforts… Pour rattraper le mal… Qu'elle … Que j'ai pu te faire avant… Mais quoi que je fasse… On dirait que tu m'en veux toujours…
- Quoi ? pâlit Cesar… Non, Celia ! jura-t-il en bondissant du canapé, non, sur ma vie, je le jure, je ne t'ai jamais détesté ! Jamais, jamais ! Jamais !
- Alors… Ne me laisse plus comme ça… » pleura-t-elle en se jetant dans ses bras.
Elle le sentit reculer, et elle s'accrocha à lui plus fort encore… Comme à ce moment là… Dans la bataille… Où leurs magies avaient fondues l'une dans l'autre et que leurs corps s'étaient rejoints…
« Comme des morceaux enfin réunis… Répéta-t-elle.
- Celia… Murmura tout bas Cesar, la gorge nouée, ses mains tremblant lorsqu'il osa enfin les glisser autour de la taille de la jeune fille … Est-ce que tu te souviens… Ce qui est arrivé au Lac de la valse viennoise… Il y a quinze ans ?
- Il y a … Quinze ? répéta-t-elle en secouant la tête, tombant des nues…
- Ces derniers jours… Tu as vu des images, n'est-ce pas ?... Elles étaient floues… Mais… Tu as vu des choses… Qui ressemblaient à des souvenirs ?
- O … Oui… Mais comment sais-tu cela, Cesar ? Blémit-elle.
- Celia… Chuchota-t-il en frôlant ses cheveux… Celia chérie… Je ne veux pas que tu revives ça… Je ne veux pas que tu souffres encore… Je ne le tolèrerais pas…
- Qu'est-ce qui m'arrive, Cesar ?... Toi tu le sais, n'est-ce pas ?... Oui, murmura-t-elle lorsqu'il plongea intensément son regard dans le sien… Oui, tu le sais, dit-elle en effleurant son visage.
- J'en suis presque sûr, dit-il. Il me manque… Un seul élément… Mais si c'est ce que je crois… Alors tu devras bientôt affronter tant d'ennemis et d'épreuves… Tant de cruauté… Je ne veux pas que ça recommence…
- Dis moi tout…
- Non. Non, et tu peux me pulvériser à coups de poings si tu veux, je ne dirais rien si ça doit te mettre encore plus en danger…
- Vraiment… Tu es un IDIOT ! » jura-t-elle en lui flanquant effectivement un coup de poing, et il profita de cette faille pour s'éloigner…
« Ne me dis pas que je suis AUSSI en danger si tu m'approches ? s'écria Celia, ulcérée…
- Tu es SURTOUT en danger si je t'approche ! confirma-t-il.
- ça n'a pas de sens ! Tu veilles sur moi !
- Effectivement… Les deux notions sont incompatibles…
- Incompatibles, hein ? » répéta-t-elle avec un sourire agacé.
« Incompatibles ! » jura-t-elle avec un rire nerveux en s'éloignant encore…
« Tiens, tu sais quoi ? Aujourd'hui, à l'entraînement, j'ai fais équipe avec Luciano, et on dansait super bien ensemble !
- Je sais… C'est grâce à ton travail acharné. Tes pas étaient parfaits…
- … Et l'ambiance était tellement… Electrique… Que Luciano a faillit m'embrasser !
- Je sais… J'ai tout vu…
- Tu regardais ? s'étonna-t-elle, les yeux ronds.
- Oui, bien sûr… Dit-il en prenant son sourire le plus crétin. Je te regarde chaque jour en cachette… Des fois, je fais ça avec classe, je prends la pose en haut d'un arbre…
- … Cesar !
- Mais aujourd'hui, j'ai fais la méthode coup d'œil en coin par la vitre tout en draguant des filles pour ne pas passer pour un pervers…
- Idiot ! Tu crois que tu vas encore réussir à m'énerver pour que je te crie combien je te déteste ? Tu n'y arriveras pas cette fois ci ! »
Elle se rapprocha à nouveau de lui, haussant son petit visage vers le sien, et son regard le sonda jusqu'à l'âme :
« Je t'en supplies… Dis moi quelque chose de vrai, pour une fois… » l'implora-t-elle dans un souffle.
Il la regarda avec adoration, respect, peur et passion tout à la fois, et elle devina au plus profond de sa chair et des palpitements de son cœur que c'était la plus pure et magnifique des vérités :
« … Je suis fou de toi… »
Celia fut plus heureuse et réconfortée par ces cinq mots que par la plus longue des déclarations…
Elle tendit doucement les mains dans sa direction :
« S'il te plait… Même si tu crois qu'il ne vaut mieux pas nous rapprocher… Tu veux bien… Au moins me faire danser ? … Juste ça… J'en ai besoin…
- D'accord… » dit-il en hochant la tête.
Il prit doucement ses mains, et commença la leçon…
« … Tu as déjà essayé de danser une rumba ?
- Non…
- C'est une danse latine. Rythme musical 4/4. Un pas de base se fait sur 8 temps correspondant à 12 mouvements. Pose ta main gauche sur mon épaule droite, et ta main droite dans ma main gauche… »
Et le tempo de la pluie égrenait une mélodie tendre et mélancolique…
Les mains de Cesar la guidaient dans la danse avec assurance et sensualité…
Elle posa doucement sa tête sur son épaule, sentit son cœur cogner contre le sien à chacune des mesures de leurs pas…
Se réchauffer à son contact…
Respirer son parfum…
Une danse sublime, hors du temps, irréelle…
…Amoureuse…
« Ne m'abandonne pas… Demanda Celia d'une toute petite voix, fragile et frémissante contre lui…
- Jamais… » chuchota-t-il à son oreille, avant de déposer un léger baiser sur sa chevelure…
8 heures du matin…
Celia s'éveilla lentement dans son lit, au palais, comme si elle n'en avait pas bougé…
Et Kip ronflait toujours à quelques pas de là…
« Est-ce que… Ce n'était qu'un rêve ? » s'interrogea la jeune fille, surprise…
C'est alors qu'une fragrance fleurie interpella ses sens…
Sur un guéridon, non loin d'elle, resplendissait un magnifique bouquet de cent roses…
Elle sourit tendrement en cueillant l'une de ces fleurs et l'embrassant…
Semaine 4 – Mercredi
… Can you save my life ?...
Il m'arrive quelquefois
De ne plus avoir le choix
Pour calmer lentement
La haine et les mauvais sangs
Bien entendu, Celia ne raconta pas à Kip son escapade de la nuit de Mardi… Mais même si elle n'avait toujours pas de réponses aux sentiments qui la tourmentaient, elle avait entrevu une lueur d'espoir dans leur évolution avec Cesar… Peut-être aurait-il été plus raisonnable de laisser cette question de côté jusqu'au bal de Saint Lyon ? Elle s'entraîna durant deux jours pour se de donner bonne conscience, et Tony s'étonna qu'elle connaisse si bien la rumba…
Mais en définitive, non, elle n'arrivait pas à laisser ses émotions de côté. Elle voulait savoir la vérité. Que s'était-il passé il y a quinze ans ? Pourquoi Cesar se détestait à ce point ? Au point de se juger indigne d'elle… Et pourquoi… Pourquoi se serait-elle retrouvé en danger en s'approchant de lui ?
Elle avait besoin de savoir… Mais dans ce pays, tout le monde était doué pour poser des énigmes, pas pour apporter des réponses !
Réussissant à échapper à Kip, Celia se rendit le plus discrètement possible au marché de la samba. Elle espérait y trouver une librairie, et consulter des ouvrages qui lui parleraient de l'histoire récente du monde de Hanami…
… Elle parvint à en trouver, mais malheureusement, leur récit était sans intérêt. La comtesse des Tournesols s'est fait refaire le nez, le marquis des Azalées s'est marié 9 fois (avec des filles de plus en plus jeunes)… On aurait dit un mauvais magazine people !
Alors que Celia ressortait en soupirant de la librairie, elle eu la surprise de voir Luciano sortir de la boutique d'en face, spécialisée… Dans la lingerie féminine !
« Lu… LUCIANO ? s'étrangla Celia, les yeux ronds en rougissant.
- … Hein… ? s'étonna-t-il tout autant… N … NON ! JE NE SUIS PAS UN GROS PERVERS ! hurla-t-il au milieu de la rue sous le regard des passants médusés…
- Oh mais tu es libre… De te perdre dans les boutiques que tu veux… Lança Celia avec un demi sourire goguenard, comme quoi l'humour douteux de Cesar commençait à la contaminer…
- Je ne suis pas perdu ! grogna Luciano. Je suis venu ici exprès ! … NON ! C'est pas ce que je voulais diiiire ! crisa-t-il en réalisant l'énormité qu'il venait de prononcer.
- C'est cela, c'est cela… rit Celai, joueuse…
- Mais… ECOUTES MOI ! »
Il l'entraîna à l'écart loin des oreilles indiscrètes, avant de lui montrer ce qu'il avait acheté. C'était une épaisse et confortable robe de chambre, tout ce qu'il y a de plus ordinaire…
« Son Altesse Olive du Royaume Vert, la jeune sœur du Prince Liam, est arrivée Lundi au Royaume des fleurs, avoua-t-il d'un ton très protocolaire…
- … Olive ?... Se retint de crier Celia. Mais c'est merveilleux ! Liam doit être très heureux !
- Il ne sait rien…
- Quoi ? ne put cette fois se retenir Celia.
- Chuuuut ! dit Luciano. Pour l'instant, cette information doit rester secrète… Le Prince Liam est actuellement en pourparlers avec plusieurs pays au sujet du commerce et de l'industrie… Tout le monde sait son affection pour sa sœur… Certains n'hésiteraient pas à se servir de ce point faible pour manipuler le débat…
- Je comprend, murmura Celia.
- La Princesse Olive a fait un très long voyage depuis l'empire Nezzie. Et certains de ses bagages ont été perdus lors d'une attaque de soldats de l'empire de Basalte, dont elle a heureusement réchappée. C'est pourquoi je suis allé acheter ceci. Sa santé est très fragile, le Prince Liam me tuerait si je laissais sa sœur prendre froid…
- Oui, c'est certain ! » rit Celia en se rappelant comment Liam avait réagit quand Cesar avait imité Olive…
« Et toi, que faisais-tu ici ? Demanda Luciano.
- Je… Cherche des réponses à des questions que je me pose. Après, je comptais aller au Lac de la valse viennoise… Il y a aussi… Quelque chose qui m'intrigue… Là-bas…
- Si tu veux, je t'y emmène…
- Tu ne connais pas le chemin ! rit Celia.
- Bien sûr que si ! »
Finalement… Entre rires et piques bien lancées, ils se rendirent au lac de la valse viennoise. Son ambiance tellement particulière, si mystérieuse, si calme, et si paisible, fit encore son effet, s'étendant tout autour d'eux…
« L'autre jour, Vince m'a fait tomber au beau milieu du lac ! soupira Celia.
- Quel gamin ! grogna Luciano. En tout cas, c'est pas moi qui le suivrais sur sa barque miteuse !
- Pourquoi ? Sourit Celia. Tu ne sais pas nager ?
- Qu'est-ce que tu racontes ? s'offusqua-t-il. Je descend de la plus redoutable lignée de corsaires du monde de Hanami !
- L'un n'empêche pas l'autre… En rajouta Celia …
- J'ai traversé plus de dix fois l'océan !
- Mais pas à la nage…
- RAAAAH ! »
Celia eu un petit rire, avant de frémir. Son regard s'était porté sur l'énigmatique espace vide, sur le rivage, où autrefois se dressait un monument… Dont elle ne savait toujours rien …
« Ne te fais pas souffrir en repensant à cela… Murmura Luciano, ayant suivit son regard, d'une voix plus calme et protectrice…
- … Tout cela… Il y a quinze ans… » murmura Celia d'un air absent, réfléchissant au moyen de réunir les pièces du puzzle…
« Parfois j'ai peur quand je regarde ce lac, avoua Luciano, la gorge nouée. Comme si j'avais le sentiment… Que Cesar et toi… Alliez encore souffrir…
- C'est ce que Cesar m'a aussi dit la nuit d'hier… Murmura Celia.
- Q … Quoi ? se récria Luciano, en commençant à s'imaginer des choses…
- Je ne supportais plus de l'attendre… Alors dans la nuit j'ai fugué pour le rejoindre…
- TU AS … ? s'étrangla Luciano, en s'imaginant des choses pour de bon.
- J'avais pris ma décision… J'ai décidé de faire le premier pas…
- ça ne me regarde pas, ça ne me regarde pas… Paniqua le jeune homme, rouge Tabasco…
- Du calme… J'ai connu un échec cuisant et retentissant. Y'a bien un moment où je me suis dit, « ça y est, il ne peut plus s'enfuir », et là… »
Elle claqua des doigts.
« … Il m'a échappé entre les doigts, le bougre ! Sous prétexte que si on se rapproche tous les deux, je serais en danger, gna gna gna gna… Bouda-t-elle.
- Il n'a pas tort. Imagine que ce qui est arrivé se reproduise encore…
- Et bien ça arrivera ! grogna Celia, qui enrageait de ne pas savoir ce qui était arrivé, justement…
- Cette fois, il ne pourra pas fermer la porte. Il ne pourra même pas te sauver, Celisty… Répliqua Luciano, acide. Ne m'oblige pas à te rappeler ce que nous avons perdu pour ça…
- … Perdu ?... Murmura Celia, le cœur battant, voyant enfin se soulever un coin du mystère…
- Kozue, Calista, et notre ange… Elles sont mortes toutes les trois.
- Ko… Zue… Murmura Celia, soufflée, en répétant ce prénom… Terriblement japonais…
- La Princesse Kozue… Continua Luciano, la voix nouée… Ta mère… Je trouve que tu lui ressembles vraiment, maintenant… »
… C'était donc ça…
Celle à qui Celisty ressemblait était sa mère…
Sa mère, dont il ne fallait absolument pas parler…
La Princesse Kozue…
Un nom japonais… Bien japonais… Voilà pourquoi Celisty était métisse…
Mais alors… Pour que ce soit possible…
Est-ce que Kozue… Elle aussi ? … Elle aussi…
… Venait… De la Terre ?
Voyant Celia complètement bouleversée, chamboulée, et pâle comme un linge, Luciano s'inquiéta :
« Celisty ? Ça va ? Je te l'avais dis, qu'il ne valait mieux pas évoquer le passé… Tu te fais du mal pour rien… Allons, viens, je te raccompagne au palais… »
Celia avait des milliers de questions à lui poser.
Sur Kozue, sur ce qui était arrivé il y a 15 ans…
… Qui était « Calista » ?
… Qui était « notre ange » ?
Mais le problème… C'est qu'elle ne pouvait pas l'interroger sur ce qu'elle était sensé déjà savoir !
Etonnement, Luciano parvint à la ramener au palais…
« Tu es sûre que ça va aller ? Demanda-t-il en la quittant sur le pas de la porte de sa chambre.
- Oui…Ne t'en fais pas… Merci pour tout Luciano ! » s'obligea à sourire Celia, malgré sa pâleur…
Il tendit une main vers elle, frôlant sensuellement ses cheveux.
« Reposes toi bien… » chuchota-t-il en la brûlant du regard…
Puis il s'obligea à s'en aller, se rappelant soudain qu'il devait apporter sa robe de chambre à Olive…
« Liam va m'égorgeeeer ! » cria-t-il en courant.
Une fois seule, Celia sentit son pouls s'accélérer…
Maintenant qu'elle avait le début d'une piste…
Elle devait en savoir plus… Beaucoup plus !
Elle se précipita à travers les couloirs du palais, se perdit vingt fois, mais finit par trouver la porte qu'elle cherchait…
Lorsqu'elle bascula, elle découvrit la bibliothèque royale…
Des milliers et des milliers d'ouvrages, anciens ou récents, s'étalaient le long de gigantesques étagères, impressionnantes, courant tout le long des murs jusqu'au plafond, à en donner le tournis… Il y avait aussi des rayonnages, de vrais paravents de livres, par dizaines et dizaines…
« Tant pis ! déclara Celia, déterminée… Je trouverais ! »
Elle commença à fouiller, fouiner, chercher sans relâche dans les grimoires précieux et poussiéreux, les reliures qui craquent, les gravures anciennes…
Elle s'acharna des heures, au point d'en avoir mal au dos et au cou, et la tête lui tournait d'avoir lu tant de lignes…
Elle réussit enfin à trouver une trace de Kozue… Juste quelques lignes, d'une froideur à glacer le sang, sur la page de ce qui avait dû être une annonce officielle :
« Pour sa trahison et ses crimes envers le Roi Dhalia, le Royaume des Fleurs et ses sujets
En ce jour, la Princesse Kozue est déclarée coupable et condamnée.
La sentence de sa peine sera décidée demain, lors du grand conseil des nations. »
« … Celia ? »
La jeune fille sursauta en se cognant la tête contre une étagère…
« Aïe !... Bonjour, Kiefer, dit-elle au Prince qui venait d'arriver, un livre à la main…
- C'est bien la première fois que je te vois à la bibliothèque ! s'étonna-t-il en la dardant de son regard analytique…
- Ah… Soupira Celia… Je cherchais… Des informations… Sur.. Les évènements d'il y a quinze ans et… La Princesse Kozue ! … Hem ! Je veux dire, ma mère…. »
Le visage d'habitude si imperturbable de Kiefer ne put cette fois dissimuler sa surprise :
« Mais, Celia… S'étonna-t-il. Tu sais bien qu'après… Sa mort… Le roi Dhalia, ton père, a fait détruire tous les documents et renseignements se rapportant à la Princesse Kozue…
- Heu… Oui bien sûr… Quelle idée j'ai eu… Merci Kiefer ! » dit Celia avec un sourire gêné avant de s'esquiver de la bibliothèque…
« Kozue condamnée pour trahison… Et Dhalia qui fait disparaître tout ce qui concerne sa femme après sa mort ? » hurla-t-elle dans sa tête, pâle comme un linge, en s'enfuyant vers sa chambre…
Kiefer en demeura plein d'interrogations…
« C'est étrange… Murmura-t-il enfin. J'avais l'impression que Celisty ne voulait plus jamais entendre parler de cette histoire… »
Cachée jusque là derrière un rayonnage de livres, Isabel se posta à ses côtés…
« … Tu sais, Kiefer, dit-elle avec un regard mystérieux, même les secrets les plus profondément enfouis finissent toujours par réapparaître… »
Semaine 4 – Jeudi
… Can you save my life ?...
Tant besoin d'un endroit
Quand j'en ai marre de moi
Pour pouvoir y sombrer
Ma rage je la sublimerais
Celia avait retourné dans tous les sens les mystères planant sur la Princesse Kozue… Sans parvenir à y trouver de réponse. La mort de Kozue était liée à des évènements ayant eu lieu au lac de la valse viennoise quinze ans plus tôt, et il y avait eu deux autres victimes…
C'est tout ce qu'elle avait comprit jusque là…
Inutile de chercher à interroger Kip… S'il était de mèche avec le roi Dhalia, qui avait totalement effacé le souvenir de sa défunte épouse au royaume des fleurs, elle risquait de se faire découvrir et Celisty aurait aussi des ennuis…
D'ailleurs, aux yeux de tous, elle était Celisty, elle était donc sensé savoir tout ce qui était arrivé… Si elle posait des questions, ce serait donc étrange…
« … En conclusion… La seule qui peut tout m'expliquer est Celisty elle-même… Soupira Celia. Et encore ! Il faudrait que j'arrive à lui parler sans que Kip ou quelqu'un d'autre soit dans les parages… »
Elle savait bien que le koala n'était pas méchant. S'il ne disait rien de cette histoire, c'était certainement pour la protéger. Mais c'était plus fort qu'elle… Elle avait un sentiment étrange… Comme un cri provenant du plus profond de son être… Elle DEVAIT savoir la vérité…
La jeune fille réfléchissait à tout cela alors qu'elle était seule dans sa chambre…
Soudain, il y eu un mouvement dans les branches des arbres au-dehors, et une silhouette glissa avec légèreté sur la terrasse, comme un oiseau qui se pose sur une branche…
« Cesar ! s'exclama Celia en courant à sa rencontre, le cœur battant…
- Mon adorable Princesse… Sourit-il en s'inclinant pour lui décerner un baise main élégant… Pardonne moi… Je ne serais pas loin aujourd'hui, mais si tu ne me vois pas, c'est que je mène aussi l'enquête de mon côté…
- Tu… Es au courant de ça ? demanda-t-elle, même si à la longue, elle ne s'étonnait même plus qu'il soit si bien informé…
- Oui… Je cherche l'élément qui nous manque pour savoir quand le sablier va se remettre en marche… D'ici là, je te le demande, sois très prudente… Ne fais pas trop de bêtises si je ne suis pas là pour les couvrir par les miennes…
- Est-ce que… C'est une bêtise de vouloir savoir ce qui est arrivé à la Princesse Kozue… A ma mère ? Demanda-t-elle d'une toute petite voix, inquiète…
- Non, affirma-t-il en effleurant sa joue. Tu as le droit de savoir…
- Pour l'instant je n'ai trouvé qu'un papier… Qui affirme… Qu'elle était une traîtresse… Et une criminelle… Qui a causé du tort… Au roi Dhalia et tout le pays…
- Ces propos sont calomnieux et détestables, n'en croit pas un mot ! La Princesse Kozue était la plus gentille, honnête et innocente des femmes. Elle n'est absolument pas coupable de ce dont on l'accuse, et encore moins responsable de ce qui est arrivé au lac de la valse viennoise…
- Deux autres personnes… Sont mortes…
- … Une seule… En vérité… »
A ce moment là, la voix de Kip retentit dans le couloir au-dehors :
« … Ah là là ! Je suis vraiment le seul qui bosse dans ce palais ! »
« … Il ne faut pas qu'il me trouve ici, dit Cesar, ou il en fera tout un scandale… Je dois partir mais je te promets, à mon retour… Je t'expliquerais tout de vive voix…
- Quand te reverrais-je ?
- Demain, quoi qu'il arrive… Je te l'ai promis… Je ne t'abandonnerais pas, dit-il en faisant apparaître une rose et une boîte de bonbons, qu'il glissa dans ses mains…
- … Qui es-tu vraiment, Cesar ?... Demanda-t-elle dans un murmure, en posant sur lui ses grands yeux interrogateurs et troublés…
- Celui qu t'adore… » répondit-il avec douceur en s'inclinant en une révérence aérienne, avant de disparaître comme il était apparut, comme un oiseau s'envolant par la fenêtre…
Celia demeura à la fois stupéfaite et étrangement rassurée par cette apparition…
Ainsi, encore une fois, Cesar savait tout des questions qu'elle se posait… Il lui apportait des réponses, et il lui en apporterait encore demain… Mais étrangement… Sa version semblait différente de l'officielle… Et pourtant… C'est en lui que Celia voulait croire… Et puis…
L'une de ses phrases l'avait profondément troublée :
« … Quand le sablier va se remettre en marche… »
Cela ressemblait aux mots qu'elle avait entendus dans son rêve, le matin où Celisty lui avait proposé d'échanger leurs vies…
« … Tout sera terminé lorsque le dernier grain s'échappera du sablier… »
Celia soupira en portant à ses lèvres l'un des bonbons en chocolat :
« … Toi aussi… Sois prudent, Cesar… » murmura-t-elle avec appréhension
Une fois de plus, elle parvint à esquiver Kip et se rendit seule au lac de la valse viennoise…
… Que s'était-il donc passé ici ?
… Pourquoi se sentait-elle irrésistiblement… « Happée » par cet endroit ?
« … Celia ! »
Elle sursauta et fit volte-face à l'appel de on nom…
Klaus marchait dans sa direction, seul lui aussi, et un sourire lumineux sur le visage :
« … Justement, je te cherchais ! dit-il en guise de préambule… Viens avec moi !
- H … Hein ? Où ça ? bégaya Celia, surprise…
- C'est un secret ! » rit-il en prenant sa main tendrement.
… Et c'était difficile de refuser quoi que ce soit à un Prince aussi charmant que Klaus…
Celia se laissa donc guider par lui, à moitié surprise, et à moitié enchantée…
« J'ai entendu parler de ce qui est arrivé au jardin du tango… Expliqua-t-il sur le chemin… Je suis heureux que tu aies réchappée de ce nouvel attentat…
- Ah… Merci… Mais tu sais…
- Alors j'ai fais venir les meilleurs jardiniers magiciens de tout le monde de Hanami… »
En arrivant au jardin du Tango, Celia ne put retenir un « Kyyyyaaaa ! » de stupéfaction et d'émerveillement.
Jamais elle n'avait vu un paysage d'une telle splendeur… Tous les dégâts avaient été réparés, et le jardin, amélioré… Partout où la jeune fille posait son regard, elle découvrait de nouvelles variétés de fleurs, leurs parfums entêtants… De véritables sculptures florales, à faire pâlir de jalousie l'Ikebana… Et des allées ombragées tout à fait ravissantes, agrémentées de plans d'eau où se croisaient des cygnes blancs et noirs…
« C'est… D'une beauté à couper le souffle ! murmura Celia, le rose aux joues, ensorcelé…
- Et il y a mieux ! » dit Klaus…
Il la guida vers une allée. Celle-ci ouvrait sur une large place, sur laquelle étaient exposées des sculptures de glace…
La plus ravissante ce celles-ci représentant une jeune fille parée de fleurs rares et de pierres précieuses représentait…
« Ce… Celisty ? s'étrangla Celia en lisant le panneau où figurait le titre de la statue…
- Elle te plait ? demanda Klaus de son sourire plus blanc et frais que la glace (sur terre, il aurait fait fureur dans une pub pour chewing-gum…) Normalement, il faut du temps pour parvenir à un tel résultat, mais j'ai mis les meilleurs artisans à l'ouvrage pour 800 000 « tulipes »…
- Tu… QUOI ? s'étrangla Celia.
- Tu as le plus beau cœur d'Hanami et tu méritais le plus beau des jardins… Dit-il galamment en prenant ses mains…
- Mais… C'est de la folie !... 800 000 tulipes ? répéta-t-elle en manquant de faire une attaque cardiaque.
- Les chiffres ne comptent pas, te voir heureuse me suffit…
- Maiiiis ! tenta-t-elle vainement encore de protester…
- Pourquoi ? Le jardin ne te plaît pas, ainsi ?
- Si, c'est très joli, mais…
- Je ne pouvais pas le laisser dans cet état. Tu sais que ce jardin est particulier pour nous…
- N … Nous ? n'en finit pas de se liquéfier Celia.
- Tu ne te souviens pas ? On venait tous ici quand on était petits… Un vrai jardin d'enfants ! Il y en avait partout… Et on jouait, et on riait, et on chantait, et on dansait…
- C'est… Si loin… » murmura Celia avec un faible sourire…
La main de Klaus se fit plus tendre encore dans la sienne.
« Viens, Celia… Danse avec moi… Ici… Comme avant tout ça…
- … Tout… ça ? murmura-t-elle, perdue… Heu… D'accord… »
Klaus l'entraîna alors dans une valse au milieu des parterres de fleurs avec son style très technique, lisse et soigné, qu'elle avait déjà remarqué au concours… Un vrai professionnel de la danse…
Celia tourbillonna parmi les fleurs en prenant un peu plus confiance à chaque pas. Elle était heureuse de danser avec Klaus, même si…
Elle avait l'impression…
Qu'il manquait quelque chose…
Tout à coup, un flash luminescent dans son esprit…
… Encore… Un de ces étranges flashbacks…
Est-ce que c'était elle ? Ou est-ce que c'était Celisty ?
En tout cas elle se voyait, petite fille… En train de courir avec d'autres enfants… Tout le monde portait des déguisements…
Comme pour le carnaval, ou un anniversaire…
Si bien qu'elle n'arrivait pas à voir leurs visages…
Ils jouaient à se cacher… Derrière des buissons et des fleurs…
Tout à coup, l'un des enfants appelle les autres :
« Hé ! Regardez, là-bas ! »
Celia se retrouve cachée derrière un buisson, et épie, là-bas, ce que cet enfant a remarqué…
Elle aperçoit Klaus… Un petit Klaus qui ne doit pas avoir plus de quatre ou cinq ans… Elle le reconnaît formellement malgré son âge et son déguisement… Il danse avec une petite fille … Elle porte un très beau masque, donc Celia n'arrive pas à voir de qui il s'agit… Klaus et la petite fille esquissent une danse maladroite mais adorable au milieu des bosquets… Celia les regarde évoluer… Comme deux petits angelots sur un nuage…
… Une main glisse dans la sienne…
« C … A ! »
Cette main…
« … Celia !... »
L'adolescente revint à la réalité, réalisant que dans sa rêverie, elle était littéralement en train d'écrabouiller les pauvres orteils de Klaus…
« Ah ! Pardon ! s'excusa la jeune fille, reculant en tourbillonnant des bras…
- Ce n'est rien, dit-il avec un sourire forcé mais charmeur… C'était tellement amusant de danser avec toi comme lorsqu'on était enfants !
- Oui… On dirait que ce jardin, aussi, est plein de souvenirs… Murmura-t-elle, un peu chamboulée par sa vision…
- Celia… Dit Klaus en la tenant plus étroitement et tendrement contre lui… Depuis un mois j'ai l'impression de te retrouver telle que tu étais avant… Et… Cela change aussi beaucoup de choses, en moi…
- Ah… Bon ? Se liquéfia Celia, trouvant que l'ambiance avait aussi drôlement changée, tout à coup…
- Te souviens-tu de cela ? Demanda-t-il d'une voix à faire fondre les icebergs en frôlant de ses lèvres la joue de la jeune fille…
- KLAAAAUS ! » s'affola-t-elle, tous gyrophares allumés, et plus rouge qu'une fraise tagada, tandis que ses bras battaient l'air et que son cœur cognait à 200 à l'heure…
« Te souviens-tu de cela ? Demanda-t-il en glissant un autre baiser dans son cou, et son contact sembla brûler sa peau diaphane…
- K … Klaus… Suffoqua-t-elle, les sens bouleversés…
- Te souviens-tu de cela ?, chuchota-t-il d'une voix qui aurait donné à une sainte des idées pas très chastes, en rapprochant dangereusement son visage du sien…
- Klaus… STOP ! » s'exclama Celia en se reprenant, et le repoussant par la même occasion, se réfugiant derrière l'une des statues de glace, histoire de refroidir ses ardeurs…
« Mais… Qu'est-ce que tu fais ? S'étonna-t-il à son tour.
- Comment, ce que je fais ? s'égosilla Celia en délimitant une distance de sécurité entre eux… Je te retourne la question ! Mais qu'est-ce que vous avez tous à essayer de m'embrasser ? s'offusqua-t-elle.
- T … Tous ? s'étonna Klaus encore plus…
- Ouais ! Après Vince et Luciano t'es le troisième à essayer !
-… Luciano… Grinça Klaus, la voix aride…
- Et franchement… Je trouve ça plutôt déplacé de ta part, Klaus !
- Déplacé ? s'étrangla-t-il. Et en quoi serais-je plus déplacé que les deux autres ?
- Les deux autres n'ont pas une adorable petite amie qui s' appelle Cynthia, et qui souffre, en ce moment même, à cause de ton comportement !
- C'est la deuxième fois que tu prends sa défense, alors que… Alors que… Tu devrais te sentir honorée de l'intérêt que je te porte !
- Honorée ? Et puis quoi encore ?
- Des tas de filles rêvent de sortir avec moi !
- Et en quoi ça me concerne ?
- Mais regarde un peu autour de toi ! dit-il avec un large mouvement du bras… Tout cela, je l'ai fais pour toi ! Je t'offre ce jardin !
- Les sentiments ne s'achètent pas !
- Non, bien sûr, à côté d'un jardin à 800 000 tulipes, c'est tellement plus désintéressé, le saphir de Luciano… Répliqua-t-il, acide.
- Je ne lui ai jamais demandé de me donner ce saphir, et il n'a rien exigé de moi non plus en retour…
- Oh non ! J'ai encore mieux que le saphir ! ricana-t-il. J'irais chercher une boîte de chocolats et un bouquet de roses… Je suis sûr de passer une nuit avec toi ! »
Vlan ! Celia colla à Klaus une gifle si retentissante qu'il en eu la marque de sa main imprimée sur la joue…
« … Le respect, Klaus… C'est du respect que Cesar me porte, et toi, tu n'en as aucun… Ni pour les autres, ni pour toi-même…
- Celia, murmura-t-il, ébahi…
- Je ne sais pas ce que tu essaies de te prouver, Klaus. Il y a effectivement quelque chose en toi que tu n'assumes pas… Dit-elle en l'analysant du regard… Mais je ne te servirais pas de prétexte pour fuir encore… » dit-elle en lui tournant le dos pour quitter le jardin du tango.
« Alors… C'est non ? » demanda encore Klaus, d'une voix de petit garçon perdu…
Elle se retourna avec un demi sourire.
« Bienvenue dans le monde réel, Klaus. Tu viens officiellement de prendre ton premier râteau !
- En vérité… C'est la deuxième fois que ça m'arrive… Avoua-t-il, gorge nouée.
- Oh,oh !... Et tu ne l'as toujours pas digéré, n'est-ce pas ?... Tu sais quoi ?... Mets les choses au clair dans ta tête… Parle avec cette personne qui t'a envoyé balader… Et surtout, parle avec Cynthia !
- Et après… Ce sera TOUJOURS non ? »
Elle eu un rire fataliste devant son obstination.
« Il est temps que tu saches enfin ce que tu veux, Klaus… Mais ce que tu veux… Cela ne s'exige, pas, cela se mérite ! »
Elle partit en le laissant méditer sur cette phrase…
« … Je dois donc te mériter … » murmura Klaus, vaincu par KO …
Alors qu'elle retournait en direction du château de la valse, Celia se fit saisir au vol par Kip :
« Où étais-tu passée ? Tu ne dois pas négliger tes leçons de danse ou on court à la catastrophe !
- Pardon, Kip… Murmura Celia, plutôt attristée par ce qui venait de se produire… J'y vais tout de suite ! »
Oui, il fallait vraiment qu'elle se reconcentre sur la raison de sa présence dans le monde de Hanami : le bal de Saint Lyon !
Le bal et rien d'autre...
Mais dès qu'elle entra dans la salle d'entraînement du studio de danse, elle vit Kiefer qui se tenait près des fenêtres, semblant l'attendre…
« Oh, Bonjour, Kiefer, sourit Celia en allant à sa rencontre… Tu es venu t'entraîner ?
- … Pas spécialement… Marmonna-t-il en la dardant du regard… Je me demandais si tu avais trouvé les informations que tu cherchais hier… »
Elle s'empourpra, peinant à trouver un prétexte crédible…
« … Hier… J'ai eu… Un coup de cafard, je crois… Tu sais, parfois les vieux souvenirs remontent, et… On essaie de comprendre comment on en est arrivé là. Mais aujourd'hui, j'ai décidé de me concentrer sur le présent ! rit-elle d'un ton plus assuré. Je suis venue prendre ma leçon de danse… Bonjour Tony ! dit-elle en voyant arriver le lapin…
- Bonjour, répondit celui-ci gentiment. Kiefer, tu permets que je t'emprunte Celia quelques instants ?
- Vas-y… répondit celui-ci de son ton parfaitement neutre…
- Merci ! » dit Celia en s'éloignant avec Tony.
« Très bien , aujourd'hui on va continuer de travailler la rumba, sur la musique des Danses Polovstiennes… »
Tandis que Celia écoutait les conseils de Tony, s'appliquant pas à pas dans la chorégraphie, Kiefer ne les quittait pas de son regard analytique, en spectateur attentif…
Tony et Celia exécutèrent un très bon travail, aussi la leçon fut menée plus rapidement que d'habitude…
A la fin, Celia, un peu essoufflée, revint dans la direction de Kiefer…
« Alors ? Qu'en as-tu pensé ? Tu crois que je pourrais danser une rumba au bal de saint Lyon ?
- Pourquoi souris-tu quand tu danses ? Coupa-t-il avec cette question aussi inattendue que pertinente…
- Je … Souris ? S'étonna Celia, tombant des nues…
- Oui… Sans même t'en rendre compte… Ton sourire rayonne quand tu danses… Murmura Kiefer en rougissant un peu.
- Eh bien… Murmura Celia, touchée… Je crois que si je souris… C'est parce que je trouve la danse amusante…. Oui, je ne l'aurais pas cru au début, mais je suis heureuse quand je danse… »
Elle secoua la tête.
« … Tu dois vraiment me trouver bizarre, hein , Kiefer ? »
Il eu un petit rire amusé, et tellement étonnant de sa part…
« C'est plutôt ce qu'on dit de moi, d'habitude… Et puis tu sais… Quand je te vois sourire comme ça… ça me rend heureux aussi…
- Kiefer… » rougit Celia.
Le garçon ajusta ses lunettes.
« Tu sais, Celia… »
Il fut interrompu par l'arrivée de l'un de ses ministres.
« Votre altesse Kiefer… Dit-il avant de lui chuchoter quelque chose à l'oreille.
- D'accord… Je m'en occupe… » répondit Kiefer, le visage parfaitement imperturbable.
Puis, s'adressant à Celia :
« Excuse moi…
- Ce n'est rien… Vas-y ! » sourit-elle.
Kiefer quitta donc la salle en compagnie du ministre.
« Ah, soupira Tony, je crois que Kiefer aura des cheveux gris avant l'âge…
- Hein ? Pourquoi ? s'étonna Celia.
- Tu as vu son regard ?... Ma carotte à couper que Vince a encore fait une bêtise…
- « Ma carotte à couper » ? s'étrangla Kip, les yeux ronds …
- C'est une expression…
- Ne tiens pas de tels propos en présence des oreilles innocentes de la Princesse ! » hulula le koala, outré, en poussant Celia vers la sortie.
« … Vraiment, mon pauvre Kip, tu es tellement vieux jeu ! soupira Celia, une fois dehors…
- Une Princesse bien élevée ne doit pas entendre ce genre de phrases avant d'être mariée ! rugit-il.
- Hé,ho… On est en 2011 mon pote, il serait temps de mettre à jour tes données !
- Non mais ooooh ! » s'offusqua-t-il.
Leur chamaillerie fut interrompue par un petit rire léger. Ils se figèrent dans leurs gestes et Kip se cristallisa des pieds à la tête :
« Princesse… Princesse Olive ! » s'exclama-t-il, ébahi, en se retournant.
Celia demeura elle-même surprise en voyant s'approcher d'eux la frêle jeune fille dans son fauteuil roulant… Elle était venue seule, cette fois…
« Olive… La sœur de Liam ! » murmura Celia, avant d'aller à sa rencontre.
« Bonjour… Je suis vraiment… Enchantée… Et très heureuse de vous voir ! » dit Celia en s'inclinant respectueusement à la japonaise.
Olive eu un tendre rire, les yeux brillants derrière ses lunettes.
« Eh bien ! dit-elle … Liam ne m'avait pas mentit dans ses lettres… Tu es vraiment très jolie…
- De… Quoi ? se récria Celia, rouge carmin.
- Et aussi très spontanée, rit Olive… Je suis moi aussi très heureuse de te rencontrer…
- Princesse Olive… Murmura Celia, clouée par sa franchise.
- Tu peux m'appeler Olive !... Et je t'appellerais Celia ! Tu veux bien ? Demanda-t-elle en lui prenant les mains.
- Bien sûr ! » sourit Celia tendrement.
Puis, après un silence.
« … Liam m'a dit que je te ressemblais beaucoup, Olive, mais je crois qu'il était en dessous de la réalité… Tu es bien plus jolie que moi !
- N'importe quoi ! grogna-t-elle derrière ses lunettes. Tu m'as bien regardée, avec mes hublots et mes cheveux aussi verts que des épinards ? Et puis Liam, soupira-t-elle… Il serait temps pour lui de soigner son sister complex !
- Néééé ? se récria Celia, estomaquée par cette réplique !
- Il est grand temps qu'il se trouve une gentille fille comme toi, ou bien un mec viril comme Luciano…
- Tu… Es au courant… De ça ? n'en finit pas de se liquéfier Celia !
- Tu n'as pas idée depuis combien de temps j'observe leurs sentiments grandir en secret… dit-elle avec le petit rire d'une fan girl…
- Olive… » murmura Celia, en touchant son fauteuil…
« Je suis née avec une maladie rare… Soupira Olive. Aucun médecin, ni guérisseur, ni magicien n'est parvenu à lui trouver un remède … Petit à petit mes membres m'abandonnent… Bientôt peut-être je serais paralysée et ne pourrais plus du tout bouger…
- Mais … C'est…
- J'ai accepté ma situation, sourit tristement Olive. Pourtant, à moment donné, je me croyais presque guérie… Je marchais, je dansais… Mais après un attentat des sorciers Eldween… Je ne sais pas si c'est la peur… Mais les muscles de mes jambes n'ont plus jamais voulu obéir et se sont laissés vaincre par la maladie… Et depuis peu… Les médecins de l'empire Nezzie ont constaté… Que le haut de mon corps commence aussi à se laisser gagner petit à petit… Et ensuite… Tout sera terminé…
- Oh, Olive, je suis tellement désolée… Murmura Celia, la voix nouée de larmes et de révolte, en se penchant pour la serrer dans ses bras.
- Ce n'est pas ta faute, sourit tristement Olive en effleurant ses mèches folles d'un geste presque maternel…
- Et tu as fait tout ce voyage depuis l'empire Nezzie alors que…
- Si la fin est proche, je veux être près de Liam. Et surtout, je veux être sûre qu'il y aura toujours quelqu'un pour veiller sur lui quand je ne serais plus là. S'il n'a personne… Il va souffrir à en mourir… » dit-elle, gorge nouée.
« Depuis que je suis arrivée, j'ai entendu beaucoup de choses à ton sujet, Celia, ajouta-t-elle. On dit que les six princes les plus convoités d'Hanami te courent après…
- C'est franchement exagéré et je n'ai rien fait pour provoquer tout ça ! se défendit Celia.
- Je voulais te rencontrer pour savoir qui tu étais…Avoua Olive. Je sais lire dans les cœurs et je vois que le tien est bon… Je sais que tu es une fille bien, Celia…
- Quoi ? En seulement quelques minutes ? se récria Kip.
- Et oui ! rit Olive. Et je ne me trompe jamais !
- Je ne comprends pas tout ce qui se passe autour de moi… Soupira Celia… Mais sache que je n'ai aucune intention de faire du mal à Liam… D'ailleurs, si quelqu'un essayait, il aurait affaire à Luciano !
- Oui ! rit Olive. Tu es dans une drôle de situation… Tu es l'objet des sentiments des Princes et en même temps… Leur rivale !
- Il ne manquait plus que ça… Soupira Celia.
- Et comme il n'y a pas que Liam et Luciano en course … Je crois que je vais bien m'amuser à voir lequel des six finira par remporter ton cœur ! rit Olive.
- Q … Quoi ? se récria Celia, tombant des nues…
- Je dois aussi te prévenir… Tu es mon amie, mais aussi ma rivale… Ajouta Olive.
- H … Hein ? firent Kip et Celia d'une seule voix.
- J'ai moi aussi des sentiments pour l'un des princes… Avoua Olive. Je ne te dirais pas pour le moment lequel des six, sinon ce sera moins rigolo…
- Ri… Golo… Fit Celia, clouée.
- Mais… Bientôt je lui dirais mes sentiments. Même si ce garçon ne m'aime pas en retour, je veux au moins qu'il sache la vérité… Avant qu'il soit trop tard…
- Tu es vraiment une grande Princesse, Olive… » dit Celia en s'inclinant devant elle avec respect.
« Je crois que tu seras la plus grande Princesse du monde de Hanami, Celia ! » Pensa Olive en effleurant les cheveux de sa nouvelle amie…
Semaine 4 – Vendredi
… Can you save my life ?...
Est-ce que tu peux me serrer,
Sur mon chagrin te poser ?
Celia s'était levée du bon pied, remotivée par sa rencontre avec Olive la veille, et la promesse de Cesar de la rejoindre pour tout lui expliquer…
La jeune fille était donc aussi énergique qu'une pile électrique, pressée d'en finir avec ses obligations pour la journée…
« Vite ! Vite ! Kip ! Tony nous attend pour l'entraînement !
- Du calme, marmonna le koala, à moitié endormit, hier, tu te fichais bien d'arriver à l'heure pour ta leçon… »
Alors qu'ils couraient à travers les couloirs du palais, un garde… Une garde, en fait, car il s'agissait d'une femme, salua Celia…
« Bonjour, Princesse !
- Bonjour Myrtille ! Sourit Celia.
- Le moment du grand concours équestre est enfin arrivé… Qui soutenez-vous, Altesse ?
- Qui… Je… Soutiens ? Balbutia Celia, qui n'était pas au courant de cette histoire de course de chevaux…
- Oh, je vous demande pardon… Rougit la garde. C'était très impoli de ma part de demander… En fait, j'ai moi-même faillit participer au derby il y a deux ans… Je me suis bien débrouillée pendant l'entraînement, mais j'ai mangé du thon avarié et j'ai été empoisonnée…
- Décidément, 'faut se méfier du poisson, dans ce pays ! frémit Celia.
- Altesse… S'étonna Myrtille devant son langage peu châtié…
- Hem ! … Je veux dire… Je suis vraiment désolée pour ce qui vous est arrivé…
- Ce n'est pas du tout votre faut, Princesse… Sourit tristement la garde. Je savais bien qu'il se passerait quelque chose avant la compétition…
- Hem ! coupa Kip, mal à l'aise. Veuillez nous excuser, la Princesse est attendue pour sa leçon…
- Mais… Kiiiip ! » s'offusqua Celia, entraînée de force par le koala…
Alors qu'ils marchaient, l'animal magique semblait vraiment nerveux…
« Toi, tu me cache quelque chose… Grogna Celia.
- Mais… Pas du tout ! geignit l'animal.
- Tu sais comment Myrtille a été empoisonnée il y a deux ans, n'est-ce pas ?... Ou plutôt… Pourquoi ?
- Bon… » soupira Kip.
Il jeta des coups d'œil aux alentours pour vérifier que personne ne les écoutait.
« Myrtille avait toutes ses chances de gagner, cette année là… Et ça ne plaisait pas à certaines personnes…
- Pourquoi ?
- Elle n'est pas noble… Même si c'est une garde royale, elle vient du peuple, et en plus, c'est une fille…
- Quoiiii ? hulula Celia, outrée.
- Chuuuut ! coupa Kip. Je sais par rapport à ton monde, on est plutôt en retard du côté des droits de la femme… On les préfère en danseuses que sur un cheval… Tu comprends, les évènements comme le derby sont l'occasion de mettre en valeur la bravoure et la dextérité des Princes…
- Quelle bravoure si c'est un derby truqué ? s'énerva Celia. Et… Je refuse d'être réduite à un rôle de potiche !
- Celisty aussi… C'est pour cela qu'elle se sent à l'étroit, dans ce palais… Mais ses rêves sont grands et elle a le pouvoir de faire évoluer les choses… Ne le répète à personne, mais… Il parait qu'il y a même une femme qui s'est déguisée pour pouvoir tenir à la cour un rôle plus important que si elle avait gardé sa robe !
- Waow ! C'est digne de Lady Oscar, ton histoire ! s'exclama Celia. Très bien, Kip, je ne le répèterais pas… Mais au fait… Qui est cette femme ?
- Dis, oh, chuis pas une balance ! » s'offusqua l'animal, qui avait déjà presque tout dit…
Ils arrivèrent au studio de danse, et Celia répéta encore les pas de la rumba avec Tony. Il lui expliqua aussi en cours accéléré des pas plus techniques, permettant de gagner plus de points…
« Et voilà pour aujourd'hui… Dit Tony. Je tiens aussi à te prévenir qu'à partir de Lundi, il y aura des travaux de peinture, ici… Comme nous n'avons pas cours Dimanche, nous ne pourrons donc pas faire de leçons avant deux semaines !
- Déjà que j'ai l'impression que tes leçons avec Celia sont de plus en plus courtes ! soupira Kip.
- Elles ne le sont pas… Mais Celia progresse tellement vite qu'elle n'a presque pas besoin de mes conseils… D'ailleurs, demain, Samedi, je suppose qu'elle ne pourra pas venir non plus…
- C'est exact, dit Kip.
- Hein ? Pourquoi ? s'exclama Celia.
- Le Derby… Lui rappela Kip. En tant que Princesse du Royaume des fleurs, tu te dois d'y assister, donner le signal de départ de la course, et… Encourager ton favori !
- Mon… QUOI ? se récria la jeune fille. Eh bien, si c'est comme ça, j'encouragerais Myrtille, NA !
- Elle ne participe pas cette année, dit Kip. Je ne sais pas si tu as remarqué tout à l'heure, mais elle est enceinte de huit mois !
- En… Ceinte ? Oh, avec l'armure, j'ai rien vu !... Mais vous êtes cinglé de faire travailler une femme enceinte de huit mois ! Et à un boulot aussi dangereux que garde, en plus !
- C'est elle qui tient à le faire… Soupira Kip. Elle… Elle t'a vu grandir, Celia…
- Ah… Rougit-elle… Enfin bref… Puisqu'il le faut… J'irais au derby…
- Vas-y, dit Tony, enthousiaste. C'est vraiment un spectacle passionnant !
- Et toi… Tu n'as jamais eu envie de participer à la course, Tony ? » demanda Celia.
Les moustaches du lapin frisèrent.
« Ce n'est… Pas ma place… » dit-il tristement.
Et sur ces mots, il quitta la salle en sautillant sur ses petites pattes, les oreilles baissées…
« J'ai encore dit une bêtise ? Demanda Celia d'une petite voix, triste elle aussi…
- Evidemment ! grinça Kip. T'as déjà vu un lapin sur un cheval ?
- Ah… Je n'y avais même pas pensé … Soupira Celia, désolée…
Ils quittèrent à leur tour le studio de danse, et Kip lévita en direction du château de la valse.
« …Le Roi m'a convoqué, sans doute pour me coller encore une demi tonne de choses à faire en prévision du derby… Je te donne quartier libre, Celia ! Mais n'en profite pas pour faire des bêtises !
- Promis ! » jura celle-ci.
Dès que le koala fut loin, elle prit la poudre d'escampette en direction du lac de la valse viennoise…
« Je finirais par avoir la clé de ce mystère ! » se jura-t-elle.
Mais à peine y était-elle arrivée…
Qu'elle découvrit Luciano en train de s'entraîner au maniement de son cimeterre…
« Oulàlà. La dernière fois que je l'ai dérangé quand il maniait son sabre, il m'a reproché de troubler la sérénité de ces lieux… » pensa-t-elle en s'éloignant sur la pointe des pieds…
« Celia, attends ! » l'interpella la voix rauque de Luciano, dans son dos, et il se précipita vers elle…
« … Attends… Dit-il quand il parvint à la rattraper… J'ai besoin de toi…
- De… Moi ? rougit-elle, se figeant sur place de surprise.
- Tu saurais pas le chemin pour aller à la plage de la rumba ? »
Celia le regarda trois secondes dans le plus parfait silence, estomaquée par cette question, avant d'exploser totalement de rire, et ses éclats résonnèrent sur toute l'étendue du lac :
« Oh, oh, oh, oh ! La plage de la Rumba ! Wa ha ha ha ! Le pirate qui trouve pas la plage ! Wa ha ha beu wa ha ha !
- Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle ! grogna Luciano, boudeur.
- Oh,oh,oh ! Je meurs de rire ! Ha, ha, ha ! Je suis enterrée de rire ! Oh, oh ! Je ressuscite, je remeurs, c'est trop drôle, waaaa !
- Bon, si c'est comme ça, je trouverais la plage tout seul ! grogna Luciano en lui tournant le dos.
- Non ! Attends ! Snif… Rit Celia en essuyant ses larmes de rire. Je vais t'y emmener…
- Tu ne ris pas… Grinça-t-il.
- Promis, promis, pffff… » se retint-elle d'exploser encore.
Finalement, avec un immense effort de sa volonté pour ne pas de nouveau partir en fou rire, elle parvint à le guider jusqu'à la plage de la rumba.
« … Voilà… Dit-elle alors qu'ils marchaient au bord de l'eau…
- Merci … Murmura Luciano avec un demi sourire de reconnaissance… Tu sais, c'est tout bête, mais… J'ai besoin de voir l'océan… C'est un peu mes racines… Et… A chaque fois, je le trouve vraiment magnifique…
- Oui, sourit Celia. Les océans sont vraiment jolis dans mon monde aussi…
- Ton monde ? » s'étonna Luciano, les yeux ronds.
Celia se crispa en se reprochant d'avoir oublié qui elle était, mais parvint à rattraper le coup par une habile pirouette :
« Oui ! rit-elle. Le merveilleux monde de Celisty ! Dans ma tête, il ne pleut jamais, les nuages sont roses et je navigue sur un océan de chamallows !
- Honnêtement… ça fait peur, ce qu'il y a dans ta tête, frémit Luciano… Mais c'est amusant, ajouta-t-il avec un sourire.
- Je voudrais bien aller voir ce qu'il y a de l'autre côté de l'océan ! rit Celia en scrutant l'horizon.
- Oh, il y a des tas de royaumes… Sourit Luciano. Le mien a été bâtit sur une ancienne île aux pirates…Celui de Vince, c'était une île de pêcheurs…
- ça ne m'étonne pas ! rit Celia.
- Le royaume Marine, de Cynthia, à côté du mien, était une île aux oiseaux… C'est pour cela que Cynthia s'appelle ainsi… Son prénom désigne le cygne…
- Cela lui va bien ! sourit Celia. Le cygne blanc, gracieux et majestueux !
- Au sud ouest, le royaume de corail… On dit que c'est le paradis des surfeurs ! rit Luciano. Son corail magique était aussi très convoité par les pirates ! »
« Le royaume du grand-père de Celisty… » pensa Celia, songeuse.
« Il y en a plein d'autres, continua Luciano… Ah, bien sûr… Il y a aussi la mystérieuse république de la mer…
- Le royaume de Cesar, murmura Celia.
- … Dont tous les membres de la famille royale sont nés magiciens. Un cas unique sur Hanami. Tout comme leur maîtrise de la magie… Surtout, ils ont toujours été liés à l'histoire de ce monde… Shamanes, druides, enchanteurs, dans l'ombre des puissants… Et aussi… Ils sont les seuls capables de voyager dans n'importe quelle dimension…
- Comment… ça ? s'étrangla Celia.
- La plupart des pays du monde de Hanami possèdent des clés et des passages magiques permettant de rallier d'autres mondes… Mais les plus puissants membres de la famille royale de la mer peuvent en visiter des centaines, par la seule force de leurs pouvoirs… Ils n'ont pas besoin de fabriquer un passage !
- C'est… Incroyable ! s'exclama Celia, soufflée.
- Tu sais pourtant que c'est vrai… S'étonna Luciano.
- Hem ! Je veux dire… Tu crois que… Cesar est capable de faire ça ?
- A vrai dire… C'est le seul de sa famille qui pourrait le faire, maintenant… » s'assombrit Luciano.
« … POURQUOI ? », hurla Celia dans sa tête.
Mais le ténébreux, histoire d'évacuer un sujet apparemment triste, était passé à autre chose.
« … C'est aussi de l'autre côté de l'océan, au royaume des Amandes, qu'aura lieu cette année les championnats du monde de danse…
- Le royaume des Amandes ? La princesse des Noix va bientôt épouser le Prince de ce pays ! s'exclama Celia.
- Justement. Le championnat a été inclus dans les festivités de la noce…
- Melodie m'a invité au mariage ! Je pourrais participer au championnat par la même occasion !
- Tu n'as peur de rien ! Les meilleurs couples de danseurs venus du monde entier seront également présents !
- Et alors ? Même si je perds, je pourrais me consoler avec la pièce montée, les dragées et le chocolat !
- Alors, c'est sûr… Tu vas perdre, soupira Luciano.
- Tu sais, t'as vraiment le don pour encourager les gens, grinça Celia.
- La sélection des championnats du monde est impitoyable, et que tu sois Princesse ne te sauvera pas. Si tu veux y participer, il va falloir t'améliorer ! Tu dois continuer à t'entraîner. Travailler dur, très dur… Et oublier le chocolat !
- Jamais ! rugit Celia. Je vais continuer d'en manger, et tu verras le niveau que j'atteindrais !
- Ouais ! Le niveau 100 ! … 100 Kilos ! »
Celia se figea, ravie.
« Je rêve ou tu viens de faire une vanne, Luciano ?
- Hein ? … Moi ?... Non ! rougit-il en fronçant les sourcils.
- Luciano a le sens de l'humoooour ! gloussa Celia.
- Mais pas du tout ! se défendit-il piteusement . Je suis un mec sérieux, moi !
- Mais si, mais si… Luciano est un rigolooo !
- RAAAAH ! » rugit-il en prenant les jambes à son cou, touché, coulé…
Il se figea dans sa course…
« … Ceci dit… Si je peux y aller avec toi… Murmura-t-il, songeur…
- Aux… Championnats du monde ? rougit Celia.
- Non ! T'auras jamais le niveau ! » lança-t-il avant de disparaître au bout de la plage…
« Moins c'est simple, plus ça se complique », soupira Celia…
Elle secoua la tête.
« Luciano a peut-être raison… Avant de penser aux championnats du monde, je ferais bien déjà d'arriver au bal de Saint-Lyon ! »
Elle quitta à son tour la plage et décida de reprendre son chemin en sens inverse…
C'est ainsi qu'elle passa devant le marché de la samba, où elle n'avait pas fait trois pas que déjà…
« Celiiiiaaaa ! »
Vince se précipita vers elle, se jetant à son cou :
« Coucoooou mon lapin ! hulula-t-il d'un ton kawaï….
- Depuis quand… Je suis ton lapin ? s'étrangla Celia.
- Depuis 10 secondes et 2 dixièmes ! Tu sais quoi ?
- Quoi ?
- Je pensais que tu rembourrais tes soutien –gorges, mais en fait, maintenant que je te tiens contre moi, je constate que non…
- Kyyyya ! hulula Celia en reculant de dix pas, effarée ! Vince ! Comment peux-tu avoir un visage d'ange et être aussi pervers ?
- C'est pas de la perversion, c'est un constat scientifique !
- Et ma main dans tes dents, c'est la force de la gravité ?
- Allons, soit chou, mon lapin…
- Ne m'appelle pas comme ça ! » s'étrangla Celia.
Il prit alors son air de chiot abandonné, avec les grands yeux larmoyants…
« Noooon ! Ne me regarde pas comme çaaaa ! implora Celia en se cachant les yeux.
- Mon lapin… Dire que je t'avais acheté ces adorables biscuits en forme de lapin… Dit-il d'une voix mielleuse en lui promenant les gâteaux sous le nez…
- Je ne peux pas les manger !
- Ils sont en chocolaaaat… Minauda Vince, joueur…
- Je ne peux paaaas… En pleurait presque Celia, car c'était quand même du chocolat noir… Ils ressemblent à Tony ! J'aurais l'impression d'être cannibale !
- Oh ! Quel dommage ! » soupira Vince en engloutissant les gâteaux.
Puis il ajouta, avec un sourire goguenard :
« Ce sont des gâteaux pour la croissance… Et chez les filles, ça leur fait pousser la poitrine !
- Infâme petit diablotin ! Vicelard ! Obsédé ! » hurla Celia sous le regard de la foule, mais Vince s'était déjà enfuit en ricanant :
« … Mais moi je t'aime même avec tes petits seins, mon lapin !
- JE N'AI PAS DES PETITS SEINS ! » hurla Celia si fort que le roi Dhalia lui-même l'entendit au château de la valse, où il s'étouffa en aspirant son thé par le nez…
Alors que Vince courait en direction du jardin du tango en riant de sa blague, il fut intercepté par un messager :
« Votre Altesse Vincent ! On m'a demandé de vous adresser ce courrier ! dit-il en lui remettant une lettre.
- Ah ? Très bien… »
15 minutes plus tard, alors que Kiefer était en train de ranger de nouveaux livres sur son étagère, la porte de sa chambre s'ouvrit violemment :
« Ma tortue ! Il m'arrive un truc de malaaaade ! hurla Vince sur le seuil, essoufflé d'avoir couru.
- Depuis quand je suis « ta » tortue ? Grinça Kiefer, un éclat meurtrier derrière les lunettes.
- Bah, t'as qu'une expression, tu es lent, et ut baves sur les gens… Résuma Vince.
- Dégage de mon sanctuaire ou tu es mort… Répliqua-t-il, glacial.
- Mais attends ! Ecoute un peu mon histoire !... Y'a une fille qui m'a écrit une lettre d'amour !
- Tes blagues sont d'un pathétique, soupira Kiefer devant tant de bêtise.
- Mais non ! Je ne mens pas ! Je te jure que c'est vrai ! Et en plus… Regarde qui me l'a envoyée ! » dit-il en lui donnant la lettre.
Kiefer analysa le contenu comme un véritable scanner. Aucun doute, cette lettre provenait d'une fille. Vince écrivait trop mal et n'avait pas assez de vocabulaire pour en être l'auteur. De plus le papier, très beau et de grande qualité, tout comme l'encre de grande valeur, avaient été choisis avec soin. L'écriture était tout simplement magnifique, presque calligraphiée, quoique un peu tremblante…
Un doux parfum de fleurs…
Du Lys…
Et quand il lu le message…
Son cœur se serra car il comprit que c'était vrai…
« Mon cher Vince,
Comment vas-tu ?
Il y a tellement longtemps que nous ne nous sommes vus…
Je te remercie encore pour tout ce que tu as fais pour me distraire de ma maladie lorsque nous étions au palais de Nezzie…
Tes rires et te farces m'ont beaucoup manqué quand tu es partit pour le royaume des fleurs…
Je suis arrivée en secret Lundi.
Il y a des sentiments dont je veux te parler avant que Liam ne sache ma présence…
Il n'y a qu'à toi que je peux ouvrir mon cœur…
S'il te plait, j'ai besoin de toi…
Dimanche matin, à dix heures, je voudrais te revoir…
Rendez-vous au Parc du Jive.
N'en parle à personne…
Viens, je t'en prie…
Avec toute mon affection…
Olive Goodrich,
Princesse du Royaume Vert »
« Oui… Je reconnais bien le style et l'écriture d'Olive, dit Kiefer. Mais quand même, elle te dit de n'en parler à personne, et la première chose que tu fais, c'est me donner cette lettre !
- Olive me fais confiance, je te fais confiance, t'as un cerveau, pas moi ! résuma Vince.
- Tu me fais… Confiance ? s'étrangla Kiefer, abasourdi par la déclaration.
- Qu'est-ce que je dois faire ? paniqua Vince sans répondre à sa question, battant l'air avec les bras. C'est bien une lettre d'amour, non ? Olive est amoureuse de moi ! Et elle me donne un rencard !
- Heu… Peut-être. On dirait une lettre d'amour…
- AH ! s'exclama Vince, triomphal.
- Mais en même temps… Ce n'est pas formulé clairement… Hésita Kiefer.
- Bien entendu ! Olive est intelligente ! Si elle m'écrivait une lettre d'amour explicite et que Liam tombait dessus, tu pourrais graver ma pierre tombale !
- Tu as peut-être raison… Tiens-tu à la vie ou vas-tu aller à ce rendez-vous ?
- Tu plaisantes ? jubila Vince. Tant pis si c'est du suicide, je vais direct au rencard !
- Qu… Quoi ? s'étrangla Kiefer, blême… Mais je croyais… Que tu étais… Amoureux de Celia…
- L'un n'empêche pas l'autre…
- Qu…. Quoi ? répéta Kiefer, complètement glacé.
- Avec Celia, j'essaie, et je me prends des râteaux… Olive, j'ai même pas essayé qu'elle m'ouvre le jardin…
- …. Vince… Souffla Kiefer, estomaqué, renversé, pulvérisé…
- Ah, ah… T'as compris le jeu de mot ?... Le jardin… Le royaume vert… Liam et les fleurs… Je suis trop fort…
- Vince… Est-ce qu'au moins tu as des sentiments pour Olive ?... Elle est… Très malade et vulnérable, tu sais… Tu ne dois pas jouer à ses dépends si tu n'es pas sérieux…
- Liam est un cas, mais il a raison quand il dit que sa sœur est super mignonne, super gentille et super tout… Je m'en suis rendu compte quand on était tous au palais de Nezzie… Alors si une fille aussi géniale veut bien de moi, je ne la décevrais pas !
- Mais… Tu n'es pas amoureux… Soupira Kiefer en secouant la tête.
- Je peux le devenir !
- Allons donc… Soit prudent. Ne lui fais pas de mal. Et… Ne te fais pas souffrir non plus… Soupira Kiefer en quittant sa chambre.
- Me fais pas rire ! Moi souffrir ? La vie est courte, il faut s'éclater, et il y a tant de poissons dans la mer que je n'ai pas encore pêchés… Ah, tu verras, ma tortue ! dit-il en le rattrapant dans le couloir. Quand toi aussi tu tomberas amoureux, tu ne seras plus jamais malheureux ! »
Kiefer le fusilla du regard avant de s'enfermer brutalement dans la bibliothèque.
« Ben, ma tortue ! Ma tortuuuue ! tambourina Vince derrière la porte. Allez, boude pas ! Je suis sûr qu'un jour toi aussi, une fille qui n'aura pas des goûts très exigeants, t'écrira une magnifique lettre d'amour !
- Casses toi ! J'ai vraiment pitié d'Olive si elle a fait l'erreur de tomber amoureuse d'un gamin écervelé comme toi !
- Bouh ! Si c'est comme ça, je vais aller voir Isabel ! Qui sait ? Peut-être que ta cousine aussi m'aime en secret ?... Ah, je suis un vrai bourreau des cœurs ! » se glossa Vince en partant tout fier et tout heureux…
« … En vérité… J'ai jamais été aussi malheureux ! » chuchota Kiefer en enfonçant sa tête dans un livre pour cacher les larmes que personne ne pouvait deviner…
De son côté, Celia était repartit en direction du Lac de la valse viennoise…
Lorsqu'elle arriva, le temps avait changé et une brume énigmatique, un peu inquiétante, s'étendait sur la paysage… Et le sublimait en même temps.
« C'est presque… angoissant, frémit-elle. Et pourtant… ça le rend encore plus magnifique… »
Au-dessus d'elle, un craquement sourd provint des arbres et elle poussa un cri aigu. La seconde d'après, près d'elle…
… Cesar, ayant bondit de l'arbre, s'écrasa la tête la première dans les herbes qui bordaient le rivage…
« Aïe ! gémit-il… J'ai loupé mon entrée…
- Espèce d'idiot ! rugit Celia en lui flanquant un coup de pied en guise de bienvenue, tu m'as fichue une peur bleue !
- Aïe, aïe ! Attention ma Princesse, tu vas salir ma cape de chez fashion coffee… Déjà que j'ai déchiré mon costume de chez Birdy et bousillé mes chaussures de chez Alfonso…
- Mais… Qu'est-ce qui t'es arrivé ? » s'inquiéta Celia en constatant les nombreuses lacérations sur ses vêtements… Il avait aussi quelques légères blessures, dont une égratignure saignant sur sa joue…
« Ce n'est rien, dit-il alors qu'elle portait doucement un mouchoir sur la plaie… Un peu de magie et il n'en restera pas une trace… C'est juste que je n'ai pas eu le temps de m'en occuper…
- Où étais-tu passé ? Demanda Celia, la voix nouée, en effleurant sa joue blessée… Tu… Tu as encore affronté des soldats de l'empire de Basalte… Ou un sorcier Eldween… C'est cela ? s'inquiéta-t-elle.
- En vérité, je l'ai bien cherché… Dit-il avec un demi sourire fataliste…. Je suis allé directement au temple des sorciers Eldween, sur les terres de l'empire de Basalte…
- Tu veux te faire tuer ? rugit Celia en lui collant une tarte. Ces types sont des psychopathes ! T'as bien vu ce qu'ils ont fait au Jardin du Tango ! On aurait pu tous mourir !
- Mais je devais savoir… Murmura Cesar tristement en prenant tendrement sa main dans les siennes…
- Cesar… » murmura Celia, radoucie par son geste….
« Le sablier… S'est remit en marche… Ajouta le garçon, d'un ton… Presque angoissé…
- Le sablier ?... Oh… C'est comme dans mon rêve… » murmura Celia, toute aussi inquiète…
« Dis moi tout Cesar, demanda-t-elle en se raccrochant à lui. Dis moi tout ce que j'ignore, je t'en prie…
- … Que veux-tu savoir ?
- Tout ! … Tiens, pour commencer, parle moi du lac ! Pourquoi… Pourquoi je me sens tellement attirée par cet endroit ? … Tu peux me le dire, hein, toi ?
- Eh bien… Aussi loin que je me souvienne… »
Il posa son regard sur les eaux bleutées et féeriques, au-dessus desquelles dansaient des lucioles…
« … Cet endroit a toujours été ton préféré dans le royaume… Le mien aussi… C'est tellement beau…
- Oui… C'est très joli… Mais ça n'explique pas…
- Quand nous étions tout petits, poursuivit Cesar, nous venions ici avec ma sœur…
- … Ta… Sœur… S'étonna Celia…
- Ma sœur aînée, précisa Cesar. Il y avait une grande différence d'âge entre nous… Elle était tellement… Courageuse, et d'une brillante intelligence… Une magicienne sans égale… Elle nous a appris plein de choses… C'est elle aussi qui m'a enseigné mes premiers pas de danse…
- Ce doit être une femme exceptionnelle… Dit Celia, impressionnée…
- C'est vrai… Elle était admirée et très aimée. C'est pour cela, d'ailleurs, que toi et moi portons un prénom qui commence par C … Elle était aussi notre marraine…
- Notre… Marraine ? » répéta Celia en pensant aux fées des contes, et elle n'était pas tombée loin…
« … Oui… Sourit tristement Cesar… Nos destins sont à jamais liés à celui de ma sœur…
- Alors elle doit tout savoir sur les évènements d'il y a quinze ans ! Où est ta sœur, à présent ? Nous devons absolument lui parler !
- Celia… Elle… Ne pourra pas te répondre… Murmura Cesar dans un souffle, gorge nouée…
- Oh, c'est vrai, elle ne doit pas être au royaume des fleurs…
- Non… Elle est… Pour toujours attachée à cet endroit… » murmura Cesar avec un geste de la main désignant le paysage autour d'eux…
Celia se glaça totalement…
« Tu veux dire… Qu'elle est… Qu'elle EST ?
- Elle ne disparaîtra jamais… De bien… Des façons… Elle fera toujours partie de moi… Dit-il en posant une main tremblante sur son cœur…
- Cesar… Souffla Celia, émue, touchée, bouleversée…
- Et… D'une certaine manière… Elle fait aussi partie de toi… Ajouta-t-il en l'enlaçant du regard…
- Puisque nous sommes liées… Répéta Celia, envahie par les larmes… Cesar… Cesar, comment se prénommait ta sœur ?
- Son prénom signifiait : « La plus belle »… Et il lui allait bien, sourit-il. Elle s'appelait Calista… »
… Calista …
Un flash violent, une avalanche tempétueuse d'images et de sons, déferla dans la tête de Celia, révélant en vrac, sans logique, des morceaux du passé qui venaient s'entrechoquer…
…
« Bonjour Princesse ! »
…
« Regarde ! Voici comment tresser une couronne de fleurs ! »
…
« Cesar ! Attention à tes pas ! »
…
« Ecoutez moi les enfants… Restez cachés ici…
- Il y a des méchants dans le palais ?
- Ne vous en faites pas. Je m'en occupe…
…
« Il faut partir… Maintenant… MAINTENANT ! »
…
« Ne le répète à personne, d'accord ? »
…
« Le ciel, la lune… Et le soleil… Tout a un sens… »
..
« Protèges la ! … »
…
« Je te demande pardon, Princesse… Je n'ai pas le choix… »
…
« Adieu ! »
…
« Le sablier… Se remettra en marche… Le jour où vous vous retrouverez… Et les deux mondes… »
…
« CALISTAAAA ! »
..
… Chaos. Effroi. Douleur. Mort.
… Et des larmes, encore…
… Des larmes…
… Celia sentit une main effleurer doucement les larmes qu'elle versait sans plus pouvoir les endiguer, le long de son petit visage…
La tête lui tournait après ce cataclysme d'images…
Elle réalisa peu à peu qu'elle était allongée dans son lit, bien emmitouflée dans ses couvertures, un gant humide sur son front fiévreux pour faire baisser sa température… Une odeur de plantes médicinales flottait autour d'elle, et elle remarqua la tisane posée à portée de main près du lit… Cesar, le regard inquiet, agenouillé à son chevet, appliquait doucement au-dessus de son visage un sort de guérison…
« Ce…Sar… Murmura Celia d' une faible voix, rassurée par sa présence.
- Je te demande pardon, dit-il, la gorge nouée de honte et des larmes qu'il retenait lui-même. Tout est ma faute…
- Que… Dis… Tu ? Chuchota Celia en tendant une main tremblante dans sa direction.
- Je n'aurais pas dû te dire trop de choses à la fois… Tes visions ont été si violentes que tu en as perdu connaissance…
- Ce n'est pas… Ta faute… Murmura Celia…
- Oh, si… Souffla-t-il, en se maudissant… La raison pour laquelle tu as tout oublié… Et que les souvenirs te reviennent de cette façon… C'est parce que Calista a posé un sceau sur ta mémoire…
- Un … Sceau… ? répéta, Celia, abasourdie.
- Je sais qu'elle a fait cela pour te protéger. Pour que l'empire de Basalte ne s'attaque pas à toi et n'utilise pas tes souvenirs… Mais la magie de ma sœur commence à s'estomper et les souvenirs te reviennent petit à petit… Et c'est… Très douloureux…
- C'est… Impossible…
- Chut, ne fais pas d'efforts pour parler… Il faut que tu te reposes, maintenant… Et je ne te reparlerais du passé que quand je serais sûr et certain que la magie de Calista ne fait plus son effet !
- Mais Cesar… Ces souvenirs… ça ne peut pas être les miens… Tenta de lui avouer Celia…
- Bien sûr que si… Ils étaient enfouis en toi, tout simplement…
- Tu ne comprends pas… Je ne suis pas… Pas la fille… Que tu crois… Tenta d'expliquer faiblement Celia, gagnée par la fatigue… Je… suis arrivée… De… C'est impossible… Ce n'est… Pas moi… Qui…
- Ne te tourmente pas… Nous reparlerons de tout ça plus tard… Pour le moment, je veux que tu dormes… Sois tranquille, ma princesse… Et je vais demander à Kip qu'il prenne soin de toi pendant que j'irais chercher des plantes pour faire tomber ta fièvre…
- N … Non ! » s'exclama Celia en parvenant à étendre ses bras, se raccrochant à lui…
« Reste ici… Avec moi… Je t'en prie, Cesar…
- … Ma Princesse…
- … Je t'en prie… Ne m'abandonne pas… Cesar… Cesar… »
Assaillit lui-même par les souvenirs, le garçon effleura tendrement ses cheveux…
« Ça n'aurait jamais dû se passer comme ça… Je n'étais qu'un enfant, mais… J'aurais dû parvenir à te protéger ce jour là… Et surtout… J'aurais dû partir avec toi, Celia…
- Par… Tir… »
Il la serra contre lui avec force et passion, la voix pleine de ferveur et d'adoration :
« Je suis là, maintenant. Je resterais toujours près de toi. Et je ne laisserais plus jamais quelqu'un te faire souffrir… »
Le cœur de Celia fut envahit par une félicité sublime, une chaleur irradiante et d'une joie qui inonda tout son être, la toucha jusqu'à l'âme… Elle se raccrocha plus fort et étroitement à Cesar, avec une force qu'elle ne se soupçonnait pas, nicha son petit visage contre son torse rassurant, respira son parfum… Elle le sentit se laisser enfin gagner par les sentiments, ne plus chercher à fuir et elle le retint plus fort encore dans une étreinte suave… Cette fois… Il ne pouvait plus lui échapper…
Elle osa glisser ses mains sur lui, souligna chacune de ses lignes éthérées depuis son buste jusqu'à sa chevelure… Elle sentit sous ses doigts la chair de Cesar frémir et se contracter de plaisir à ses caresses, et il rougit… Comme une rose…
C'était tellement mignon…
« Je ne te savais pas si timide… Rit Celia, joueuse, à son oreille…
- Je ne le suis pas ! tenta-t-il piètrement de se défendre, véritablement tétanisé sous les attaques de ses frôlements…
- Tu n'oses ni me toucher ni m'embrasser, alors qu'un autre en aurait déjà profité de bien des manières…
- Je crois que… J'aurais l'impression de commettre un sacrilège… » dit-il avec un respect et une innocence qui la fit rire aux éclats.
« Cesar ! … Tu es vraiment… Oh non, y'a pas de mots pour définir ton cas ! n'arrivait-elle plus à s'arrêter de rire… Tu es… Tu es…
- … Un idiot… Soupira-t-il…
- Oh oui !... Un idiot !... Mais un idiot tellement adorable ! » sourit-elle en effleurant sa joue de ses lèvres…
Elle ajouta, plus émue :
« Ton corps t'as trahit… Je sais à présent que tu éprouves vraiment quelque chose pour moi… Mais tu pense toujours que je serais en danger si tu m'approche, n'est-ce pas ?
- Je te l'ai dit, je suis fou de toi… Et c'est parce que je t'aime que je ne veux pas qu'il t'arrive malheur…
- Et pourquoi ça arriverait ?
- Parce que je suis… Je suis… Je suis le soleil…
- C'est quoi encore cette métaphore à deux balles ? feula-t-elle.
- Le soleil protège la vie, mais… Tout ce qui l'approche est réduit en cendres…
- Cesar… Murmura Celia, gorge nouée…
- Toi, tu es la lune… Dit-il tendrement en effleurant ses cheveux. Maîtresse des éléments… Celle que tout le monde veut conquérir, astre brillant le plus parmi les étoiles… Mais dont jamais l'éclat ne doit se ternir…
- Et après ? Les éclipses, ça existe ! bouda-t-elle.
- Pas dans ce monde, sourit-il tristement en s'éloignant d'elle pour s'approcher de la terrasse… Et s'enfuir encore…
- Je suis sûre que si ! » s'obstina Celia en bondissant de son lit avec une nouvelle énergie, le rattrapant en se raccrochant à sa cape…
« … Et je suis même prête à parier !
-… Parier… Quoi ? » s'étonna Cesar , les yeux ronds…
Elle eu un rire mutin en désignant sa boîte de bonbons…
« Je suis prête à parier… Un an de chocolats !
- Tant que ça ? s'étonna-t-il, ébahi.
- Ouais, mon pote ! Je te parie un an de chocolats que tu me donneras un vrai baiser avant la fin du bal de Saint Lyon ! Et pas un smack magique ou un petit accident de bise ratée, non, tu vas m'embrasser avec une telle passion brûlante et un tel délice que tu deviendras fou à l'idée que je puisse embrasser un autre que toi, et tu en viendras à m'implorer à genoux de n'appartenir qu'à toi, de mes lèvres jusqu'à mes orteils !
- … Je tiens le pari. »
Cesar avait prononcé cette phrase avec un tel calme, un tel sérieux, une telle volonté… Inhabituelles, que Celia en fut estomaquée.
« Tu… Acceptes ?
- Oui. Si d'ici le bal de saint Lyon, tu arrives à ce que je t'embrasse et me traîne à tes genoux…
- … Même si ça doit me mettre en danger ?
- Si tu me prouves que les éclipses existent… Alors, je sais que quoi qu'il puisse arriver… Ensemble, nous surmonterons tous les dangers ! dit-il en l'enlaçant d'un regard brûlant.
- Cesar… Murmura Celia.
- D'ici là… Reposes toi bien, mon adorée ! » dit-il avec un clin d'œil malicieux, avant de disparaître par le balcon comme un oiseau…
« … Prépare déjà les chocolats ! rit Celia en se précipitant vers la terrasse, criant dans sa direction… Et je veux du noir, cent pour cent ! »
Maintenant, elle en était sûre…
Pour la danse, comme dans ses sentiments, elle était déterminée à aller jusqu'au bout…
Et elle gagnerait !
Semaine 4 – Samedi
… Can you save my life ?...
J'ai tant besoin d'une voix
Qui me dise ne t'en fais pas
« … Plok ! »
Le poulpe se réveilla en sursaut, Celisty l'ayant brusquement tiré de son sommeil à ce cri perçant…
« Mmmm… Princesse… Qu'y a-t-il ?
- Je vais te dire ce qu'il y a ! Des souris sous le plancher, la chasse d'eau refuse de fonctionner, et je viens de casser l'unique fenêtre de ce foutu grenier ! Comment Celia a-t-elle pu survivre dans un tel taudis ?
- Pour cette jeune humaine, il s'agit de son seul foyer… La tempéra le poulpe magique.
- Mais… Elle ne mérite pas de vivre dans de telles conditions… » murmura Celisty, la gorge nouée…
Plok remarqua qu'elle était de plus en plus nerveuse ces derniers jours…
« Princesse, qu'y a-t-il ? Demanda Plok. Si vous ne supportez plus cet endroit…
- Ce n'est pas ça… Soupira-t-elle en secouant la tête. C'est juste… Qu'il m'est arrivé ici quelque chose que je n'avais pas prévu et… Je me sens un peu perdue…
- Ne vous inquiétez pas… Même si vous vous trompez de chemin en ce monde, vous connaissez toujours celui pour rejoindre le votre…
- C'est vrai… » sourit tristement Celisty.
Au royaume des fleurs, au même instant, Kip était branché sur 200 000 volts :
« Princesse ! Princesse ! Ce jour est enfin venu ! annonça-t-il à Celia en entrant brusquement dans la chambre…
- Que se passe-t-il, Kip ? Demanda-t-elle en riant… Tu es horriblement en forme ce matin…
- Bien sûr que je le suis ! Le derby a lieu aujourd'hui !
- La course de chevaux … Soupira Celia. Je suppose que je dois obligatoirement y aller…
- Bien sûr que tu dois ! rugit Kip. Et dépêche toi de mettre une robe convenable ! Tu donnes le signal de la course !
- Ah là là… Je ne sais vraiment pas quoi mettre…
- Tu veux que j'appelle les Lady koalas à la rescousse ? Menaça Kip.
- Noooon ! » frémit Celia en se dépêchant de s'habiller.
A la résidence secondaire de la famille Rosencrans au Royaume des fleurs , Klaus se préparait aussi pour la compétition. Du moins, son sponsor et toute une armée de larbins s'occupaient d'astiquer son armure et préparer son cheval…
Escortée de son manager et d'une autre cohorte de larbins, Cynthia arriva en calèche, revêtue d'une ravissante robe bleu marine (couleur de son royaume), qui lui seyait à merveille…
« … Klaus… Demanda-t-elle en arrivant, il faut qu'on parle…
- Plus tard ! coupa le manager de Klaus, vous devez faire une séance de photos avant la compétition…
- Mais… Tenta de contester Cynthia…
- J'aurais jamais le temps pour les photos ! coupa Klaus sans lui prêter attention. Je dois participer à la parade avec les autres concurrents…
- Klaus… S'accrochait Cynthia.
- … Et en plus je dois signer des dédicaces avec…
- AVEC MOI ! coupa Cynthia en lui prenant d'autorité le bras. Klaus ! Viens avec moi ! On doit parler !
- Cynthia, voyons… Souffla-t-il entre ses dents…
- Princesse, vous n'avez pas le temps… Tenta de contester l'attaché de presse…
- JE SUIS REINE DE MON PAYS ! le recadra Cynthia en s'efforçant de ne plus faire le lave-linge comme Celia le lui avait conseillé… Laissez nous discuter tous les deux…
- … Mais…
- C'EST UN ORDRE ! DEHORS ! TOUS ! MAINTENANT ! »
C'était la première fois que Cynthia exprimait ainsi son autorité, et tous frémirent… Avant de quitter les lieux, soucieux de garder leur emploi…
Klaus s'apprêtait à leur emboîter le pas, mais la jeune fille le retint d'un ordre impératif :
« TOI ! … TU RESTES LA !
- … Cynthia, ce n'est pas le moment…
- Oh, que si ! affirma-t-elle. C'est le moment… »
Il se gratta la tête avec un soupir agacé.
« Bon. Je t'écoute…
- Le jardin du Tango. 800 000 tulipes… Résuma-t-elle.
- Tu sais bien que je dois entretenir de bonnes relations avec le Roi Dhalia.
- Et avec sa fille aussi ?
- Cynthia…
- Au moins, pour une fois, tu as bon goût. Celia a plus de classe que tes godiches habituelles…
- ça n'a rien à voir…
- Oui… Elle tu l'aime vraiment, hein ?... Bien sûr que tu l'aime… Tu m'avais pourtant prévenue… Ah, quelle idiote je suis ! s'exclama-t-elle, envahie par les larmes.
- Je… Je suis désolé… Murmura Klaus en voulant la prendre dans ses bras…
- Non… Non je t'en prie, pas de la pitié, l'implora-t-elle en reculant.
- Ecoute moi… Celia m'a collé une gifle et un NON cuisants. Et en plus… Elle porte le saphir de Luciano, ajouta-t-il, sans pouvoir cacher son amertume…
- Le… Saphir… »
Tout à coup, Cynthia fut traversée par un doute…
Un doute énorme, incroyable, qu'elle ne voulait même pas imaginer…
« Klaus… Ce saphir… Est-ce qu'en vérité… ?
- Attends, Cynthia, ce n'est pas…
- Est-ce que pendant tout ce temps… Je t'ai servit de prétexte ? … J'étais… Celle qui sauvait les apparences ?
- Cynthia ! » s'exclama Klaus en la retenant dans ses bras, devinant que cette fois, il ne pourrait plus fuir la vérité…
« Cynthia, écoute moi !... On oublie tout ! On oublie Luciano… On oublie Celia… Même ce foutu derby, on l'oublie !... On s'en va d'ici !... On reste ensemble, toi et moi ! Tu m'aimes, n'est-ce pas ?
- … Et toi ? Questionna-t-elle, fondant en larmes…
- Sans toi je n'ai plus rien !... On est une équipe !
- … Equipe… Répéta-t-elle, glacée…
- On est les champions du monde et… On va parfaitement bien ensemble !... Tu es … Ma partenaire de danse et… Je veux que tu sois ma partenaire de vie…
- … Ta partenaire…
- Cynthia… Je t'en prie… Demanda Klaus en s'agenouillant devant elle…
- Oh non, pas ça… Pleurait-elle…
- … Cynthia, Reine du Royaume Marine, acceptez-vous de devenir également Reine de la République de Lamar ?
- Je t'aime, Klaus… » suffoqua-t-elle en se penchant pour lui donner un long baiser…
Un baiser amer, désespéré, déchirant…
Un baiser d'adieu…
« … Je t'aime… Mais je refuse de te servir de prétexte toute notre vie… Je mérite plus de respect… Et tu mérites de vivre dans la vérité…
- Alors…
- C'est fini, Klaus, fini… »
Elle lui échappa des mains… Déjà loin… Si loin de lui…
Elle s'arrêta à la porte.
« … Je resterais ton amie. Tu peux me faire confiance, je ne dirais rien de ce que je sais… Mais assume ton choix, Klaus… Et si ce choix est Celia, alors je t'en prie, ne la fais jamais souffrir comme moi… »
Elle disparu comme une illusion…
« … Ne la fais jamais souffrir… » répéta-t-il, effondré….
Ailleurs, un autre concurrent se préparait avec enthousiasme pour participer à la course… C'était Vince…
« Je vais tous les massacreeeer ! rugissait-il devant un miroir, le plumet de son casque fièrement dressé…
- Tu vas plutôt te faire enterrer… Soupira Kiefer, sur le seuil de la porte… Remarque, tu ne nous coûteras pas cher pour le cercueil, une boîte à chaussures suffira…
- Très droooole… Grinça Vince. Mais je me moque de tes perfidies ! Tu es jaloux car tu n'as pas le courage de participer à la course, toi !
- Ce genre de concours de testostérone où il s'agit de faire pipi le plus loin me laisse indifférent… Par ailleurs, ton prétendu courage repose entièrement sur celui de ton cheval, et je ne supporte pas de voir ces pauvres bêtes se faire fouetter par leurs cavaliers…
- T'es trop sensible, ma tortue ! Tu aurais fais sans aucun doute une parfaite Princesse, mais je ne te vois pas aller bien loin en tant qu'empereur ! ricana Vince.
- Tu es vraiment désolant… Soupira Kiefer en secouant la tête.
- En parlant de Princesse, tu crois que Celia et Olive seront là ? Il faut que je me montre à la hauteur des espérances de mes bien – aimées !
- … Va chercher une échelle… » répondit Kiefer de son ton monocorde en le taclant sèchement.
Luciano aussi était en train d'enfiler son armure lorsque Olive, justement, accompagnée de ses gardes, vint à sa rencontre dans son fauteuil roulant…
« Votre Altesse… Dit Luciano en s'appliquant dans sa révérence…
- Luciano… On m'a rapporté que les discussions commerciales avec nos alliés s'étaient terminées aujourd'hui. Je me suis dit que c'était le bon moment pour moi de révéler ma présence à Liam…
- Vous avez raison… Et il sera tellement heureux de vous voir !
- Mais… Liam est introuvable ! »
Luciano s'était figé dans ses gestes, se glaçant des pieds à la tête…
« Altesse… Que… Dites-vous ? Demanda-t-il, gorge nouée…
- Il n'est nulle part au palais… Je l'ai fais rechercher par mes gardes, et… Personne ne l'a vu non plus… Quel que soit l'endroit au royaume des fleurs… Personne ne sait où il est, s'inquiéta Olive…
- Qui l'a vu en dernier ? s'exclama Luciano en s'armant de son cimeterre.
- Personne depuis les représentants des autres pays, hier soir…
- Je l'ai vu ce matin après son réveil…
- Alors, tu es le dernier à l'avoir vu, Luciano… »
Un frémissement angoissé parcouru la crinière du ténébreux, mais il ne voulait rien en laisser paraître à Olive…
« Ne vous inquiétez pas, Altesse, lui dit-il gentiment. Je vais trouver votre frère et vous le ramener très vite !
- Je sais… Sourit-elle avec confiance… Tu es celui qui le connaît le mieux, Luciano ! », dit-elle d'un ton plein de sous-entendus…
Le garçon rougit de l'allusion, surtout provenant de la part d'une jeune fille semblant si innocente comme Olive, puis la salua encore avant de se précipiter à la recherche de Liam.
Luciano était si inquiet, et en même temps si troublé par la remarque d'Olive qu'il ne réalisa même pas qu'il était partit avec seulement la moitié de son armure sur le dos…
Du coup, il ne pouvait pas faire un pas sans émettre toute une série de bruits de casseroles, et les gens les regardaient passer avec des yeux ronds…
Pendant ce temps, Celia, accompagnée de Kip, était déjà arrivée à l' »arène du cha-cha-cha », où allait avoir lieu la compétition. C'était une arène médiévale en arc de cercle, avec de hauts gradins rouges et blancs et un petit château fort au milieu. La foule impatiente se pressait dans les travées, chantait, chahutait et agitait des drapeaux aux couleurs des royaumes des différents concurrents, flottant sous le ciel d'azur. Il régnait une ambiance fébrile, électrique, comme celles que l'on ressent dans les stades avant les grandes compétitions. Marchands à la sauvette et musiciens parcouraient les gradins…
Celia, quand à elle, aurait une tribune royale et centrale pour elle toute seule, le roi Dahlia étant absent. Elle se sentit immédiatement mal à l'aise, car dès qu'elle fit son apparition, dans une adorable robe blanche qui lui donnait des allures d'ange, ses cheveux sceints d'une ravissante tiare, tous les yeux avaient convergés vers elle.
« Regardez, voilà la Princesse !
- Elle est vraiment resplendissante aujourd'hui !
- Elle a changé de coiffure, non ? »
C'est vrai, depuis un mois qu'elle était ici, les cheveux de Celia avaient un peu poussés et encadraient son visage de manière plus féminine…
« … Vous pensez qu'elle les aura un jour aussi longs que sa mère ?
- C'est vrai ! Kozue avait une si belle chevelure ! »
Cet indice éveilla l'attention de Celia parmi tous les commentaires qu'elle avait entendu sur son passage, mais une personne avait vite rattrapé celle qui avait été trop bavarde…
« Chut ! Vous savez bien qu'il est interdit de parler de la défunte Princesse ! »
Celia était assise au centre de la tribune royale, avec juste deux gardes sur les côtés et un Kip survolté, et… Elle se sentait vraiment terrorisée face à la foule de milliers de personnes qui avait les yeux braqués sur elle. Une autre tribune était réservée aux autres familles royales, et elle fut soulagée de voir arriver Kiefer, accompagné d'Isabel…
« Kiefer ! Isabel ! Ouhou ! Venez par ici ! » s'agita Celia toute seule dans sa tribune, sous le regard effaré de tout le monde…
« Princesse, voyoooons ! se liquéfia Kip.
- Bonjour Celia… On dirait que tu es en forme, aujourd'hui… Commenta Kiefer de son ton monocorde.
- Salut Kiefer ! rit-elle. Bonjour Isabel !
- Heu… Bonjour… Répliqua la petite, une goutte de gêne descendant sa tempe.
- Kiefer ! Tu participes à la course ? Demanda Celia.
- Non, ces jeux hormonaux m'indiffèrent… Mais Vince est persuadé qu'il va gagner, alors Isabel et moi, on est venus le voir perdre…
- Oh… Est-ce que vous pourriez me rendre un grand service ? Les implora Celia, les yeux suppliants. Restez ici pour regarder la course avec moi !
- Avec… Toi ? Rougit Kiefer.
- Oui ! Je t'en prie ! Toi aussi, Isabel, implora Celia en se jetant au cou de la gamine, je t'en supplies, ne m'abandonne pas toute seule face à cette foule, c'est vraiment terrifiaaaant !
- Trop la honte… Murmura Isabel d'un ton presque aussi monocorde que celui de Kiefer… Bon, c'est d'accord…
- Merciiii ! s'écria Celia, bras en l'air comme pour faire la ola !
- … Si tu me laisses m'asseoir sur ton trône … Ajouta Isabel…
- Non mais quel est ce chantage odieux… » commença à s'énerver Kip…
Quand Celia le cassa totalement en répondant, enthousiaste :
« … D'accord ! »
La seconde d'après, la foule ouvrait des yeux ronds en voyant Isabel, la fille bâtarde d'une femme de chambre, assise sur le trône royal du royaume des fleurs, Kip et Kiefer qui, assis de chacun de ses côtés, avaient les mâchoires qui touchaient le sol de surprise, et Celia, debout, qui sautillait en disant :
« Youpi ! Chuis trop contente ! Bon ! Je vais acheter des glaces ! »
Elle couru jusqu'au gradin des gens du peuple, paya le vendeur de glaces qui passait à ce moment là, rafla quatre cornets et revint toute joyeuse à la tribune royale…
« Celia… Grinça Kip… Tu sais que tu aurais pu avoir toutes les glaces du royaume sans dépenser un sou ? Tu es la Princesse, j'te rappelle !
- Mais ça n'aurait pas été juste pour le vendeur… N'est-ce pas, Kiefer ?
- Tout à fait… Dit-il avec un demi sourire amusé…
- J'ai faim… Grogna Isabel.
- Oh, pardon, voilà ! » s'excusa Celia en se penchant pour… Lui servir la glace !
« CELIIIIAAAA ! » hulula Kip, au bord de la crise de nerfs !
A ce moment là, une sonnerie de trompette annonça l'arrivée des concurrents. Ceux-ci entrèrent par la porte centrale du château fort, puis, du haut de leurs montures, se mirent à défiler durant un tour de piste de présentation, accueillis par les ovations de leurs fans… En arrivant devant la tribune royale, tous les concurrents saluaient Celia et ses amis… Certains Princes s'arrêtèrent même pour ajouter quelques mots flatteurs…
Ainsi le Prince Reno (le partenaire de danse de Brenda), s'était lancé dans un compliment poétique :
« ô Princesse ! Que mon cœur s'emplisse d'allégresse et que mon pas de course se presse soutenu par votre regard plein de tendresse…
- … Poils aux fe… ! » tenta d'ajouter Isabel, bâillonnée de justesse par Kiefer et Kip.
Puis un petit casque à panache bien connu fendit la foule dans leur direction…
« Coucoooou ! Mon lapiiiin ! s'agita Kip du haut de son cheval.
- Coucou Vince ! rit Celia.
- Je gagnerais cette course et tu me verras enfin comme un homme digne de toi ! lança le garçon, sûr de lui.
- Comme il s'y croit, il n'a même plus les pieds qui touchent les étriers, grinça Isabel.
- … Il va perdre… » soupira Kiefer en se tapant le front.
Mais Celia était plus optimiste :
« Allez ! Il a ses chances !... Cette atmosphère est si extraordinaire !... Je suis impatiente de voir sa course !
- Moi aussi ! dit Kip, bras en l'air et souriant… Oh, dit-il soudain de son ton de fan énamouré, voilà Klaus ! »
La seconde d'après, toutes les tribunes vrillaient des cris aigus et perçants de jeunes filles en folie, et crépitaient des mille flashs des photographes !
« Klaus !... Klaus !... Klaussss ! »
Aucun doute, à l'applaudimètre, il était largement le chéri de ces dames !
« Klaus ! hurlaient Lauren et Brenda depuis leur tribune. Je t'aiiiime ! t'es le plus beeeeau ! »
En effet, il aurait été difficile de ne pas remarquer sa magnifique armure étincelant sous le soleil, soulignant son charisme irradiant…
Mais son visage, lui, avait du mal à dissimuler toute la déception, l'humiliation et la tristesse qu'il venait d'essuyer en privé…
« Oh mon Dieu ! Que se passe-t-il ? Se liquéfia Kip. Le Prince Klaus est largement favori, mais…
- Il a une tête de déterré, commenta Isabel, cinglante.
- Hum… Voilà qui est inhabituel… » murmura Kiefer en ajustant ses lunettes…
Celia crispa ses mains nerveusement… Peut-être que tout était lié… A ce qu'elle avait dit à Klaus au Jardin du Tango…
Peut-être qu'elle avait été trop dure avec lui…
Et elle culpabilisa énormément…
Ainsi, lorsqu'il arriva à sa hauteur, c'est elle qui le salua avec humilité :
« B … Bonjour Klaus ! bégaya-t-elle en s'inclinant à la japonaise…
- Oh, Celia… » répliqua-t-il, presque glacial…
Kip et Kiefer se sentirent aussitôt presque aussi mal à l'aise que Celia, mais Isabel avait depuis son trône un petit sourire presque amusé…
« Est-ce que tout va bien, Klaus ?, s'inquiéta Celia, gorge nouée…
- Pourquoi ça n'irait pas ? Questionna-t-il sèchement, et cette fois on pouvait deviner le blizzard soufflant sur la banquise…
- C'est que… Balbutia Celia, presque paniquée… Tu m'as l'air… Un peu…
- Il y a quelque chose… Qui… M'ennuie… Soupira-t-il.
- A propos… De la course ? Demanda Celia en se trouvant une issue…
- Oh, non, je me fiche totalement de la place à laquelle je termine ! » la tacla-t-il sèchement en passant son chemin, l'air encore plus déprimé…
« C'est ce qui s'appelle se prendre un vent ! ricana Isabel sur son trône.
- Juste retour des choses… Jeudi, je lui ai mis un râteau… Avoua Celia.
- KEWOIIII ? hulula Kip. Mais t'es malade ou quoi? Tu as osé envoyer balader le Prince le plus parfait du monde de Hanami ?... Sans vouloir vous offenser, Prince Kiefer…
- J'ai l'habitude… Dit-il en haussant les épaules…
- Klaus est loin d'être aussi parfait qu'il en a l'air… Lança Isabel, bien informée…
- … C'est vrai… Murmura Celia, tristement…
- Vous êtes de vraies chipies toutes les deux ! hurla Kip. Celia, de toutes tes bêtises, celle-là est vraiment la pire ! Klaus va perdre la course et se sera à cause de toi ! Si ça se sait, tu n'auras plus que des ennemis sur tout le conti… MMMM ! »
Kip ne termina jamais sa phrase, Isabel l'ayant pratiquement étouffé en lui enfonçant son cornet de glace dans la gorge :
« Silence, l'hystérique ! ordonna-t-elle d'un ton impérial.
- Ooooh… Elle fait ça bien… S'extasia Celia, des étoiles plein les yeux…
- C'est une dictatrice dans l'âme… » soupira Kiefer…
Puis, avec une légère interrogation derrière ses lunettes :
« Tu as réellement… Repoussé le Prince Klaus ?
- Il a oublié qu'il a une petite copine, je n'ai fais que le lui rappeler !, se défendit Celia… Et puis… Il y a aussi autre chose… Ajouta-t-elle, d'un ton plus triste mais radoucit…
- Autre… Chose ? Demanda Kiefer, intrigué…
- Plutôt… Quelqu'un d'autre ! rit Isabel malicieusement.
- Ah ! … Mais, mais, mais… J'vois pas de quoi tu parles ! rougit Celia en battant l'air des bras…
- Moi… Je vois très bien ! » s'exclama Kip en recrachant son cornet de surprise, lévitant de travers dans les airs en leur montrant une direction…
Celia se figea à son tour, abasourdie…
« Mais… C'est… Pas vrai ? »
Cesar venait d'arriver à son tour du haut de son cheval, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne passait pas inaperçu ! Les tribunes en frémirent même devant son accoutrement, l'armure du garçon ressemblant à…
« Un déguisement de carnaval ! hulula Kip, outré. Alors là, c'est le pompon ! J'ai jamais vu une armure aussi RIDICUUUULE !
- Non, murmura Celia, émue, en voyant flotter dans le vent la cape de Cesar, couverte de plumes et ressemblant à des ailes déployées… On dirait… Un ange !
- Avant ou après l'apocalypse ? S'indigna Kip.
- Tu vois un ange, toi ? Demanda Isabel… Moi j'aurais plutôt dit… Un empereur ! dit-elle ne louchant sur l'insigne en forme de faucon.
- L'empereur des imbéciles ! s'énerva Kip.
- Ah bon, un empereur ? Moi j'aurais plutôt dit un magicien… Commenta Kiefer en désignant la lance en forme de sceptre…
- Mais il est né magicien, je vous rappelle ! » s'étrangla Kip au point de presque rendre l'âme.
Cesar était enfin arrivé à la hauteur de Celia et des autres…
« Ma Princesse ! sourit-il en arrivant, descendant de son cheval pour s'approcher…
- Cesar ! s'exclama-t-elle joyeusement en se rapprochant aussi du bord de la tribune pour lui parler plus près… On était justement en train de s'interroger sur ton armure…
- Ouais ! Faute de pouvoir gagner, tu as décidé de marquer les esprits par ton mauvais goût ? Grinça Kip.
- C'est vous qui n'en avez aucun, très cher… S'insurgea Cesar, dans son trip. Ceci est l'expression même de la mode amoureuse, chaque centimètre de cette armure est un cri du cœur ! Il s'exclame « Oh chérie, vois-tu combien je suis courageux ? »
- Je vois surtout combien tu es grotesque, grinça Kip et si j'ai envie de crier, c'est devant tant de stupidité ! … Et puis tu as tué combien de pauvres oiseaux pour te promener avec cette mocheté emplumée sur le dos ?
- Ah, ah ! rit Cesar. En vérité, ce sont des plumes synthétiques ! Je ne ferais jamais de mal à des animaux ! « dit-il en faisant jouer sa cape…
Et-, dans un joli sortilège… Une centaine de colombes s'envolèrent doucement dans les airs…
« Ooooh ! Joliiii ! applaudirent les gens dans les tribunes.
- Encore un tour de magie ringard, soupira Kip.
- ça alors ! s'étonna Kiefer avec un regard de petit garçon… Mais comment les as-tu fais apparaître ? »
Cesar eu un rire léger…
« … L'étincelle de la magie naît partout où il y a de l'amour ! » dit-il avec un clin d'œil pour Celia.
« … Ah ouais ? Ricana Isabel. Vas-y ! Fais encore apparaître un animal, maintenant que tu n'en as plus dans les poches !
- Mais très certainement… »
Il se tourna vers Kiefer.
« … Je sais que tu aime beaucoup les animaux, toi aussi…
- … Ah… Oui… Rougit-il.
- C'est un livre que je vois à côté de toi ?
- Heu… Oui ? » s'interrogea le prince.
Cesar eu un sourire malicieux , esquissant à peine un geste de la main, de loin, dans même toucher l'objet.
« Peux-tu ouvrir ton livre, maintenant ? »
Kiefer obéit, intrigué… Lorsque la couverture bascula, les pages se mirent à défiler à toute vitesse, et tout à coup surgit dans un léger bruissement d'ailes toute une variété de magnifiques papillons de toutes les couleurs…
« Wow ! » s'exclama Isabel, désarçonnée.
Lorsque le dernier insecte disparu, un marque page en forme de papillon apparut à son tour.
« Cette fois, c'est un cadeau pour Kiefer ! sourit Cesar.
- … M … M … Merci… » bégaya celui-ci, rougissant…
Celia eu un rire tendre en frôlant de la main la cape de plumes…
« Moi je la trouve très bien, ton armure… Reste comme tu es…
- Merci, ma Princesse… » dit-il en faisant apparaître une barrette en forme de plume, qu'il accrocha dans les cheveux de la jeune fille… Il profita de ce mouvement pour lui chuchoter quelques mots à l'oreille…
« … Surtout, même si tu vois quelque chose d'inhabituel, reste ici en sécurité dans la tribune et ne t'inquiète pas pour moi…
- … Cesar… Murmura Celia, le cœur serré, en devinant un nouveau danger…
- … Tout se passera bien, mon ange… »
Kip, qui s'imaginait quelque flirt honteux tenté sous son nez, prit le livre de Kiefer pour en cogner le crâne de Cesar :
« Allez ouste, maintenant, le beau parleur ! Arrête de draguer, la course va commencer !
- Toutes mes excuses, Lord Slip… Lança Cesar malicieusement avant de rejoindre son cheval…
- C'est Kiiiip !
- J'ai pas bien compris… Murmura Isabel… Quand Cesar a offert un marque page à Kiefer, c'était pour le draguer ? » demanda-t-elle alors que son cousin rougissait comme une jeune fille en fleur, et cette question acheva le pauvre Kip…
« Au fait, demanda Celia, comment est donné le signal du départ ?
- Tu as déjà oublié ? gronda Kip. C'est toi qui donnes le coup d'envois ! Et n'oublie pas d'encourager ton concurrent favori !
- Mais… C'est injuste pour les autres participants !
- Raaaah ! s'énerva Kip. Laisse tomber ! Contentes toi de respecter le protocole comme je vais te l'expliquer !
- D'accord ! »
Une minute plus tard, Celia se tenait debout sur un promontoire au sommet de la tribune royale. Elle s'appliqua à dire mot pour mot le texte qu'elle venait d'entendre de Kip…
« Au nom du Roi Tulipe Ier et de tous nos ancêtres
Qui ont porté l'armure pour défendre le monde de Hanami
Moi, Celisty Orea Cherryblossom, Princesse du Royaume des Fleurs,
Déclare en ce jour , le grand derby annuel, ouvert ! »
Et conformément aux coutumes, elle fit tomber une tulipe (la fleur, pas la monnaie !) sur le sol de l'arène…
Les tribunes furent parcourues d'une ovation d'applaudissements.
Tous les concurrents étaient à présent sur la ligne de départ. Quasiment tous les royaumes du continent étaient représentés, il y avait donc des dizaines de Princes prêts à en découdre, soutenus férocement par leurs fans dans les gradins…
Un arbitre s'avança sur la piste, sur le point de lancer le starter…
Chacun retint sa respiration…
« … Messieurs… A vos marques… Prêts… »
« BANG ! »
Le coup de starter claqua dans le vent, déchirant le silence, et tandis que le public était déchaîné dans les tribunes, les concurrents lancèrent leurs montures à bride abattue…
« Vince est en tête ! s'exclama Isabel en bondissant de son siège.
- … Vince… Souffla Kiefer, n'en croyant pas ses lunettes…
- Ouais ! Allez, Vince ! s'écria Celia, enthousiaste…
- Klaus est juste derrière ! se réjouit Kip, bras en l'air pour faire la ola…
- Ouais ! Allez, Klaus ! s'écria aussi Celia.
- Tu ne peux pas encourager deux candidats ! grinça Kip.
- Je suis la Princesse, j'encourage tout le monde si je veux ! bouda Celia en tirant la langue… Et d'ailleurs, j'encourage aussi… Où est Cesar ? se coupa-t-elle brusquement dans sa phrase…
- Hein ? … Je ne le vois pas… Murmura Isabel…
- Ah, ah ! jubila Kip. Ce crétin doit être bon dernier!
- Non, même pas, dit Kiefer en prenant des jumelles… Il n'est vraiment… Nulle part !
- Aaaah ! Il s'est dégonflé ! » ricana Kip.
Cesar se mordit les lèvres en repensant à ce que Cesar lui avait dit avant de disparaître…
Même si elle remarquait quelque chose d'inhabituel, elle devait rester dans la tribune…
Pendant ce temps, les autres concurrents entamaient leur second tour de piste, la compétition en comprenant trois…
« C'est incroyable ! … S'exclama Isabel… Vince est toujours devant Klaus !
- … Ouais… C'est même trop beau pour être vrai… » s'inquiéta Kiefer…
Une silhouette féline glissa dans leur dos…
« Luciano ! » manqua de s'exclamer Celia, mais il lui fit signe de se taire, car apparemment il n'avait pas envie de se faire remarquer… Tandis que les trois autres leur tournaient le dos en encourageant Vince et Klaus, le ténébreux l'entraîna à l'écart.
« … Luciano, que fais-tu là ? demanda Celia tout bas.
- Je suis à la recherche de Liam…
- Et moi de Cesar ! Je ne sais pas ce qu'il se passe… Il était là il y a un instant, et il a disparut juste avant le début de la course !
- Hé bien… Hem ! Il fait aussi la course… A sa manière !
- Comment ça ? »
Il lui fit signe de se retourner, et de regarder à l'extérieur de l'arène… Dehors, elle vit Cesar, fonçant à une allure folle du haut de sa monture, vif comme l'éclair, et en train de repousser des soldats de l'empire de Basalte juchés eux même sur des chevaux, dans un déferlement de pouvoirs d'une violence insensée…
« … Il est seul contre tous, il va encore être blessé ! » s'affola Celia en voulant le rejoindre, mais Luciano la retint fermement par le bras…
« … Je suis désolé… Mais il m'a demandé de m'assurer que tu ne tenterais pas d'aller là-bas…
- Mais…
- Cesar est assez fort pour tous les vaincre. Il est le seul à avoir les pouvoirs suffisamment puissants pour cela. Même moi, je ne lui serais d'aucune utilité… Et il ne faut surtout pas affoler la foule… »
Pourtant, un cri ne tarda pas à parcourir les tribunes, mais pour un autre sujet…
« Oh, c'est horrible !
- Il y a eu un accident ! »
Isabel se leva debout sur son trône, effarée :
« Vince ! Il est tombé de cheval !
- Youhou ! Klaus comble la distance ! se réjouit Kip.
- Mais Vince risque de se faire piétiner par les autres ! » s'écria Celia, angoissée …
Luciano allait réagir, quand il fut prit de vitesse… Par Kiefer !
Les deux garçons s'étaient élancés à la même seconde pour secourir Vince !
Le petit blond ouvrit des yeux ronds lorsqu'il se retrouva soulevé dans les bras de Kiefer, tandis que Luciano, avec sa rapidité féline, guida tout ce beau monde hors de danger, de l'autre côté de l'arène…
« Ouf ! soupira Isabel, soulagée en retombant dans son fauteuil…
- Ouaiiiis ! Pendant ce temps, Klaus a passé la ligne d'arrivée ! Il a gagné la course ! You hou ! » chanta Kip en dansant la tektonik…
« … Bravo, les garçons… » sourit Celia, rassurée…
Puis elle jeta un coup d'œil en arrière, et son sang se glaça…
Dehors, Cesar venait d'être désarçonné… Echoué à terre, les plumes de sa cape déchirée virevoltaient autour de lui comme une pluie divine…
« Je dois rester dans la tribune… Je dois rester dans la tribune… » en pleura presque Celia, déchirée par sa promesse…
« Mais je t'en supplies… Cesar… Cesar… Ne perds pas ! », l'implora-t-elle mentalement.
C'était sans compter sur l'inépuisable réserve de surprises que réservait ce garçon… Il ramassa son sceptre, appuya sur l'insigne en forme de faucon, et tout à coup la puissance de sa magie sembla se démultiplier, boostée par l'aura qui émanait de ce sceptre… Il exécuta un sortilège de puissance supérieure, fondit sur ses adversaires comme un oiseau de proie, et les balaya comme une vague, en parvenant à les mettre en fuite…
Il retomba dans un tourbillon de plumes, comme un oiseau blessé aux ailes brisées…
Celia n'y tint plus et s'apprêtait à courir vers lui… Elle se heurta à une barrière magique, et au loin Cesar lui lança un sourire désolé… Et trois mots, qu'elle ne pouvait entendre, mais qu'elle devina à la manière dont il les prononça :
« Je vais bien… »
Celia secoua la tête, prête à lui hurler qu'il n'était qu'un idiot. Il se drapa des plis de sa cape déchirée, pointa le sceptre en l'air, puis disparu dans un curieux sortilège de téléportation…
« … Il est blessé… J'en suis sûre… » se retint de pleurer Celia.
Kip la tira de ses tristes pensées.
« Tu as vu, Celia ? Klaus a gagné !
- Oui… » se força-t-elle à sourire.
Klaus, un sourire à nouveau rutilant sur les lèvres, était en train d'accomplir un tour d'honneur, le drapeau aux couleurs de son pays sur les épaules, et acclamé par la foule…
« Noooon ! gémit Vince, écoeuré, à l'autre bout du stade… J'allais gagner ! J'allais prouver à Celia ce que je vaux !
- Qu'est-ce que tu aurais prouvé si tu étais mort piétiné par les chevaux ? le gronda Kiefer en ébouriffant ses cheveux d'un geste protecteur…
- Mais c'est pas juuuuste ! pleurait Vince comme une fontaine.
- Ah … Les ultrasons… Soupira Luciano.
- Et j'ai mal à la cheviiiille ! couinait Vince.
- ça… C'est plus inquiétant… S'assombrit Kiefer.
- Je crois qu'il est bon pour une entorse, commenta Luciano, qui s'était blessé plus d'une fois… Tu vas devoir le surveiller…
- C'est n'importe quoiiii ! C'est moi le Prince Kniiiight ! chouinait Vince.
- Là, là, calme toi, soupira Kiefer en le faisant souffler dans un mouchoir…
- Au fait… Est-ce que l'un de vous aurait vu Liam, aujourd'hui ? Demanda Luciano.
- Bien sûr ! répondit Kiefer. Avec Isabel, on l'a croisé il y a une heure, au jardin du Tango !
- C'est vrai ?... Merci du renseignement ! » s'exclama Luciano en repartant au quart de tour dans cette direction…
Il ne jeta même pas un regard à Klaus , alors que celui-ci montait sur le podium pour recevoir un prix…
Klaus, lui, avait remarqué Luciano, mais préféra l'ignorer que s'infliger la douleur amère des souvenirs…
Il remarqua aussi le regard triste de Celia, dans les tribunes, et pensa qu'il s'était sûrement montré trop dur avec elle…
Finalement… C'est lui qui revint vers elle…
« … Oh, Klaus… Murmura-t-elle lorsqu'il arriva. Toutes mes félicitations pour ta victoire…
- Merci.
- Et pour tout à l'heure…
- Tu peux prendre le prix, coupa-t-il en lui tendant la ceinture en argent qu'il venait de recevoir.
- Qu … Quoi ? balbutia Celia, ébahie…
- La vérité… C'est que Cynthia et moi nous sommes disputés… Nous ne sommes plus partenaires… Ni même ensemble… Nous avons rompus.
- QUOIIII ? s'égosilla Kip, estomaqué, et Isabel esquissa un demi sourire ironique…
- Oh, Klaus, pardon, s'excusa Celia, je n'avais rien compris… J'aurais dû me rendre compte que tu…
- Je n'ai personne d'autre à qui offrir cet accessoire, coupa-t-il encore. Je serais un peu plus heureux si tu acceptais ce cadeau… Sauf si tu estimes… Que je ne mérite pas cet honneur de ta part…
- Non,Klaus… Cette fois, j'accepte… Je l'accepte avec joie, Merci ! sourit-elle tendrement en recevant la ceinture.
- Tu pourrais faire mieux que ça ! grogna Kip.
- Co… Comment ? » frémit Celia.
Tout autour d'elle, dans les gradins, la foule s'était mise à scander :
« Un baiser !
- Un baiser !
- Un baiser de la Princesse ! »
Celia était complètement liquéfiée de peur et de timidité, rouge comme un poivron…
« Mais… Mais… Mais !
- C'est la tradition ! coupa Kip.
- Dans ce genre de situation… Je ne regrette pas de ne pas être une Princesse ! rit Isabel.
- Un baiser, un baiser ! » hurlait la foule.
Finalement, Klaus poussa un soupir agacé.
Il se pencha soudainement vers Celia, l'attira vers lui dans un geste expert, et déposa un délicat baiser sur sa joue cramoisie de honte…
« … Tu me donneras le reste plus tard ! sourit-il d'un ton aussi délicieux qu'ambigu…
- … Klaus ! … S'étrangla Celia, paniquée, en s'échappant de ses bras…
- Hoooou ! » hurlaient comme des loups pervers les gens dans les tribunes.
Klaus remonta sur son cheval et partit se plier à la traditionnelle séance des photographes…
« Prince Klaus ! Moi aussi je veux un bisou ! » hurla Kip en se lançant à sa poursuite.
« C'est assez… S'énerva Celia en essuyant les larmes qui perlaient à ses yeux. La course est terminée, je n'ai plus rien à faire ici… Je dois retrouver Cesar ! dit-elle en décidant de partir…
- Attends … La retint Isabel un instant… Je voulais te parler…
- Me … Parler ? Murmura Celia.
-Dans la foret du Fox Trot, il y a un vieux moulin… Viens demain, à l'heure que tu voudras… Je te parlerais de la Princesse Kozue…
- De… Kozue ? »
Mais Isabel était déjà partie, comme un petit oiseau :
« … Désolée, là je dois voir Vince et Kiefer ! … Mais demain, promis, j'apporterais toutes les réponses aux questions que tu te poses ! »
Pendant ce temps, Luciano était arrivé au jardin du Tango…
Il découvrit Liam, le plus heureux des garçons, tout simplement en train de s'occuper de fleurs, faire des dessins et prendre des notes…
« Votre Altesse ! s'écria Luciano en se précipitant vers lui.
- Eh bien qui a-t-il ? » souria celui-ci, et son insouciance cingla auprès du ténébreux comme une gifle !
« Ce qu'il y a ? rugit Luciano. Tout le monde s'inquiète pour vous ! On vous a fait chercher dans tout le royaume sans vous trouver ! Savez-vous que le derby avait lieu aujourd'hui ?
- Oh… Tu sais très bien que ce genre de compétition n'est pas ma tasse de thé… Je me suis promené dans la foret et j'ai finalement atterrit ici…
- Sauf que des soldats de l'empire de Basalte ont réussis à approcher de l'arène ! Cesar a nettoyé le secteur là-bas, mais que se serait-il passé s'ils étaient tombés ici sur vous, tout seul, au jardin du tango, comme la dernière fois ?
- Ce n'est pas moi leur cible… Sourit tristement Liam.
- Altesse…
- Ils cherchent une jeune fille avec des pouvoirs… Comme Olive, n'est-ce pas ?
- Altesse… Murmura le brun… A ce propos… Je dois vous dire…
- … J'ai peur, Luciano… »
Il s'était figé à cet aveu de Liam…
« … Ce monde si parfait serait-il une illusion ?... Un rêve voué à disparaître ?... Je ne veux pas… Voir ce que les Eldweens en feront…
- ça n'arrivera pas, Altesse… Lui promit Luciano. Rien, jamais, ne viendra briser l'harmonie et la beauté d'Hanami… Même pas les Eldweens !
- Luciano… »
Liam s'était réfugié dans ses bras, posant son fin visage sur son épaule…
« … Tu me rassures tellement, Luciano…
- … Liam… »
Le brun n'y tint plus… Ses bras se refermèrent sur Liam, l'enlaçant avec force et tendresse… Son pouls s'accéléra… Et son visage… S'approcha lentement, lentement du sien…
« Tu n'entends pas quelque chose ? » le coupa Liam dans son élan, tournant la tête après avoir remarqué un bruit…
« … Altesse… » se liquéfia Luciano, qu'il avait planté sans ménagements…
Liam n'avait même pas comprit ce qu'il avait en tête, en fait…
« Si… Dit-il en s'approchant d'un bosquet. J'entends des pleurs… Là-bas !
- Allons-y ! » soupira Luciano en dégainant son cimeterre et escortant Liam…
Qu'elle ne fut pas leur surprise en découvrant , cachée derrière un arbre…
« … Cynthia ? » s'exclama Luciano, figé de stupeur…
La pauvre jeune fille était totalement perdue dans ses larmes, les cheveux défaits et l'air le plus misérable du monde.
« … Lucianoooo ! pleura-t-elle en se jetant à son cou.
- Ma pauvre Cynthia, s'apitoya Liam alors que Luciano était totalement cristallisé des pieds à la tête, mais que s'est-il passé ?
- … C'est… Klaus ! » renifla Cynthia entre deux sanglots.
Luciano se raidit, la haine battant dans ses veines comme du magma en fusion…
« … Klaus ? feula-t-il comme un animal.
- C'est fini… On a rompu… Il ne m'a jamais aiméééé… Pleurait Cynthia. Je suis… Je suis… Je suis tellement malheureuse !... J'ai tellement mal… C'est horrible !... C'est horrible comme j'ai mal ! »
Liam secoua la tête, compatissant…
« … Ma pauvre amie… Je suis tellement désolé… Ce garçon…
- Je vais le tuer… Déclara Luciano froidement.
- Luciano… Non, calme toi avant de foncer tête baissée… Tenta de le tempérer Liam…
- Je vais le tuer. Le tuer, le tuer…Répéta-t-il, fulminant comme un volcan.
- Tout de même… Luciano…
- Cynthia est comme ma sœur. »
Au mot « sœur », Dark Liam réapparut , un large sourire sadique sur le visage :
« … Vas-y, Luciano ! … MASSACRES LE ! » déclara le Prince du royaume vert d'un air de psychopathe, sous les regards effarés de Cynthia et Luciano !
De son côté, Celia était partie à la recherche de Cesar… Le cœur battant, la gorge nouée d'angoisse, persuadée qu'il était grièvement blessé, elle courut d'un endroit à l'autre où elle pensait le trouver…
« Cesar ! … Cesar ! » appelait-elle sans cesse…
Son corps se glaça entièrement lorsqu'elle finit par le découvrir, échoué dans ses plumes comme un oiseau tombé du nid, courbé au bord du Lac de la valse viennoise, la main sur sa poitrine blessée, un sort de guérison luisant faiblement…
« Cesar ! » hurla Celia en se précipitant vers lui.
« … Ma Princesse… » murmura-t-il, honteux de se montrer à elle sous cette triste apparence…
« Laisse moi t'aider… Je t'en prie ! dit-elle en l'aidant à s'asseoir.
- … Si tu le fais… Tu risques de souffrir…
- Parce que tu crois que je m'amuse, là ? » hurla-t-elle en prenant sa main d'autorité.
« Je t'en supplies… Dis moi comment te soigner…
- Mon sort de guérison… A besoin d'énergie… Mais…
- Je te donne la mienne !
- … Pas question… C'est trop dangereux…
- Je m'en fous ! Cesar, laisse moi t'aider ! Même si tu ne le veux pas, je trouverais toute seule le moyen de le faire ! jura-t-elle. »
Il secoua la tête.
« Bien… Je crois… Que je ne gagnerais pas cette fois…
- ça, c'est sûr ! s'exclama-t-elle en posant sa main sur son torse.
- Fais le vide dans ton esprit… Et pense uniquement… A cette magie de guérison… Qui coule dans tes veines… Comme les flots d'un fleuve… »
Celia obéit, et ferma les yeux…
Guérir Cesar… Vite le guérir…
… Tout à coup…
Une douleur atroce… Innommable… Déchirante…
Comme si elle venait de se faire transpercer brutalement par un coup de lame…
Elle revivait exactement l'instant où Cesar avait été blessé…
« Cesar ! gémit-elle en se raccrochant à lui.
- … Pardon… Murmura-t-il… C'est le sort…
- ça ira ! Je tiendrais bon ! »
Après la douleur, le froid… Un froid intense… Celui qui figeait en ce moment Cesar… Et puis le sang… Le sang qu'il perdait en quantité…
« … Concentre toi… Mon amour… »
… La plaie… La plaie qui doit être refermée…
Une lueur intense émana de Celia, l'enveloppa toute entière dans un cocon avec Cesar. Les fluides de magie bleutée réparèrent progressivement sa chair meurtrie, apaisèrent toute douleur…
A nouveau cette sensation…
De ne plus former qu'un seul être avec lui…
De n'exister qu'ensemble… N'appartenir que l'un à l'autre…
Fondus en une seule entité…
Et dans une pluie magique si apaisante… Et protectrice…
Le sort se dissipa lentement…
Lorsque Celia rouvrit les yeux, elle tenait Cesar fermement contre elle, et la blessure du garçon était totalement guérie. Il osa glisser une main dans le dos de Celia, et appuyer doucement son front contre le sien…
« Tu as réussis… Mon ange…
- Pourquoi tu as encore fuis ? Pleura-t-elle en lui collant un coup à l'épaule, d'une force négligeable… Pourquoi tu m'as encore tenue loin de toi ?
- Parce que je ne voulais pas ceci… Dit-il en effleurant doucement les larmes de la jeune fille… Te voir souffrir et pleurer… Est la pire des choses pour moi…
- Mais loin de toi je souffrirais et je pleurerais encore plus ! » s'exclama-t-elle en enfouissant son visage contre son torse…
« … J'en ai assez ! Je ne veux plus que tu sois blessé à cause de moi !... Je ne veux plus que tu te battes contre ces foutus Eldween ! … Quels que soient les évènements qui ont eu lieu il y a quinze ans… Rien ne justifie que tu puisses mourir aussi bêtement !
- … Mourir… » murmura Cesar, la gorge nouée…
Les eaux du lac se teintaient des reflets du soleil…
« Je suis ton Prince Knight, sourit-il en effleurant le petit visage de Celia avec ferveur… Mon seul vœu est de te protéger et de te voir heureuse…
- Tu es… Mon Prince Knight ? répéta Celia. Je croyais que c'était une coutume entre garçons… » rougit-elle.
Il éclata de rire.
« Entre filles, aussi, ça se fait…
- Si c'était le cas, ça expliquerait tes goûts vestimentaires ! rit aussi Celia.
- J'ai tout simplement reprit le devoir de Prince Knight qu'occupait un membre de ma famille… Cela se fait, aussi…
- Mais alors…. »
Celia vit soudain une image tout à fait réaliste de Celisty, en train d'hurler au dévoué Cesar :
« T'es que le Roi des ringaaaards ! »
… Elle ne devait même pas savoir qu'il était son Knight…
« Il arrive que le nom du Knight soit tenu secret, dit Cesar comme s'il avait lu dans ses pensées… (Ce qui était peut-être le cas, après tout… ) Et pour moi… C'était même une obligation…
- Pour… Quoi ? » murmura Celia, se sentant soudain assaillie par une grande fatigue. Elle retomba contre Cesar, échouant dans ses bras, à moitié inconsciente…
« C'est le contrecoup du sort de guérison, lui dit-il, désolé… Tu as puisé en toi l'énergie pour me guérir et celle qui me manquait… Maintenant c'est toi qui en manques, et tu as besoin de dormir…
- J'en ai marre de dormir… Maugréa-t-elle, sentant sa conscience décliner… Cesar… Je veux…
- ça va aller… Je vais te ramener au palais sinon Kip va mettre une prime sur ma tête…
- … Non… Cesar… Restons ici… Encore un peu… Tous les deux… »
La jeune fille s'endormit sur ces derniers mots, lovée totalement entre les bras du garçon. Cesar était un gentleman, aussi se contenta-t-il d'effleurer tristement l'une de ses mèches folles pour la replacer sur le petit visage de Celia…
« … Je t'ai cherché tellement longtemps… Murmura-t-il, triste et ému. Tellement, tellement longtemps… Pardonne moi… Je n'osais même pas espérer… Que ce soit toi qui reviendrais… »
Semaine 4 – Dimanche
… Can you save my life ?...
Est-ce que tu peux m'embrasser?
J'ai tant besoin d'un baiser…
Klaus était seul au studio de danse, désert car les travaux commençaient le lendemain…
Seul au milieu de la piste, seul avec son reflet, projeté à l'infini dans les miroirs…
« … Triste vainqueur… » murmura-t-il, amer, en donnant un coup de poing dans l'un de ses visages…
La porte de la salle s'ouvrit brutalement.
Klaus fit volte face, cloué de surprise, et n'eu même pas le temps de réagir que Luciano avait foncé dans se direction à une vitesse folle, le saisissant par le col avant de le plaquer brutalement contre l'un des miroirs, qui se brisa en éclats…
« Je t'avais demandé de ne jamais la faire souffrir ! » rugit Luciano en guise de Bonjour.
Klaus ne répondit rien, comme résigné, se contentant de poser ses yeux tristes sur lui, comme s'il attendait sagement la raclée qu'il méritait…
« … Tu es vraiment un lâche ! » jura Luciano en le rejetant vers le centre de la salle, relâchant sa prise…
Klaus se releva en époussetant son costume, le regard las…
« … Tu n'as toujours pas l'intention de me casser la figure ?
- C'est pas l'envie qui m'en manque… Si je ne l'ai pas fait avant, c'est parce que Cynthia est… Mon amie… Et qu'elle était follement amoureuse de toi… Je ne voulais pas qu'elle soit triste… Mais toi… Décidément… On ne peut pas te faire confiance !
- … Pour ton information, c'est Cynthia qui m'a largué. Avec un peu plus de délicatesse que toi, cependant… » fit remarquer Klaus, acide…
Un frisson parcouru la crinière de Luciano, qui serra les poings en détournant le regard, ne trouvant pas de réplique à cette vérité…
Klaus continua, sa voix se nouant dans sa gorge :
« … Le saphir que tu as offert à Celia… C'est bien celui que j'avais fais tailler en forme de coquillage, l'emblème de ton pays ?
- Oui… Murmura Luciano, qui ne pouvait pas nier…
- Ce saphir était incrusté dans l'épée que je t'avais offerte…
- Il y a bien longtemps que cette épée s'est brisée au combat, gronda Luciano, et je n'avais plus aucune raison de garder cette pierre !
- … On ne donne pas un cadeau qu'on vous a offert…
- Oh, arrêtes ! Hier t'as bien refilé la ceinture que tu as gagnée à Celia, d'après ce qu'on m'a dit ! Sans parler du jardin du tango, toutes mes félicitations, tu deviendrais presque romantique avec le temps !
- Il fallait bien que quelqu'un répare ton petit coin préféré pour flirter avec Liam ! »
Luciano dégaina son cimeterre, le regard brûlant de fureur, presque meurtrier :
« Ne t'avise jamais de dire du mal du Prince Liam !
- Est-ce que tu l'aimes ?
- ça ne te regarde pas !
- Tout le monde sait qu'il est fou de sa sœur… Tu n'as rien à espérer de lui. Tu n'as aucun avenir avec lui…
- Je n'attends rien de lui. Il ne m'a jamais fait espérer quoi que ce soit… Et je n'ai pas eu d'avenir non plus… Avec toi… »
Ces deux derniers mots…
Cet aveu déchirant…
Venu du fond du cœur…
Ce secret tabou qui les liaient à jamais…
« … Je t'ai aimé, Klaus… Tout ce que je t'ai donné… Personne ne l'a eu avant toi… Mais mes sentiments comme ce que j'étais… Tu as tout piétiné !
- C'est toi qui m'as quitté ! se défendit-il, blessé… Je n'ai aimé qu'une seule personne avant toi, et personne aussi fort que toi ! J'étais prêt à tout pour toi !
- Mais pas à dire la vérité aux yeux de tous et t'afficher avec moi au grand jour… »
Klaus frémit, détournant la tête.
« J'ai toujours aimé les filles, et je les aime toujours. Tu as été… Et restera… L'unique exception…
- C'est ça, continue de te mentir et de fuir… Ricana Luciano. Toujours sauver les apparences… Le grand Prince Klaus, le parfait Prince Klaus… Adulé de toutes les filles… Et cette pauvre Cynthia aurait été la parfaite épouse qui t'aurait donné les parfaits enfants, ta parfaite famille à qui tu aurais mentit toute ta vie…
- J'aimais Cynthia. Pas comme elle le méritait, c'est exact. Mais j'étais sincère. Et je l'étais aussi avec toi…
- Et qui sera ton prochain alibi. Celia ?
- Ce n'est pas un alibi. Je l'ai enfin retrouvée telle que je l'ai toujours aimée… Et ce sentiment existait bien avant notre histoire, tu le sais…
- Oui… Je suis celui qui sait trop de choses… » ricana Luciano.
Son regard se fit plus dur.
« Ne touche pas à Celia. Ne lui fais pas ce que tu nous as fait, à Cynthia et à moi… Si jamais tu t'avises de la faire souffrir… Cette fois, je le jure, je te tue…
- Ooooh… Gloussa Klaus. Serait-ce de la jalousie à mon égard ?
- Ne rêve pas ! Pas pour toi !
- Ainsi tu éprouverais aussi des sentiments à l'égard de Celia ? Et après tu oses me dire que c'est moi qui fuis et qui suis un menteur ? Que devient ton amour pour Liam dans tout ça ?
- ça… N'a rien à voir ! jura Luciano, rouge carmin. Ce sont deux histoires différentes et… Je finirais par prendre une décision, contrairement à toi qui n'en a jamais pris aucune !
- Donc… Si au final, tu choisis Celia, nous devenons rivaux ! résuma Klaus… C'est intéressant… Dit-il avec un petit sourire.
- Si ton but c'est uniquement de te venger de moi, ne t'attaque pas à Celia !
- Je te l'ai dit, tu es mon unique exception… Quelque soit la haine que tu éprouve pour moi… Je t'aime toujours… »
Luciano rougit comme une pivoine en reculant de dix pas, ne s'attendant pas à un tel retournement de situation…
« … Qu'est-ce… Qu'est-ce que tu me chantes là ? s'étrangla-t-il.
- … Il n'y a que deux alternatives possibles… Ou bien je parviens à te reconquérir aux dépends de Liam, ou bien tu devras renoncer à Celia, car c'est elle que je chérirais… Dans les deux cas je gagne, Luciano…
- Toujours aussi prétentieux ! grinça le ténébreux. Je te signale je ne suis pas ton seul rival pour le cœur de Celia…
- … Mais tu es le seul qui soit à ma hauteur ! »
Le compliment acheva Luciano plus efficacement qu'un duel à l'épée…
« Tais toi ! rougit-il furieusement. Ça ne marche plus, ces salades !
- Vraiment ? »
Klaus se précipita vers lui avec sa vitesse et sa légèreté de danseur. Il s'empara du visage de Luciano et planta un baiser sur ses lèvres ouvertes de stupeur, avec un demi sourire triomphal :
« Ose dire que tu n'éprouves rien… »
Luciano sentit son cœur s'emballer, et ses jambes se dérober sous lui…
Il lutta, se débattit, en vain…
Les lèvres de Klaus…
Sa manière bien à lui de l'embrasser…
Suave… Brûlante… Délicieuse…
Ce sentiment de n'appartenir qu'à lui…
Luciano eu une réaction épidermique, parvint à se reprendre et repoussa Klaus avec violence en hurlant :
« DEGAGES ! »
Puis il se rua par la porte comme un étalon furieux…
« … J'en étais sûr… » murmura Klaus avec un triste demi sourire…
Luciano courait… Il courait et courait encore, voulant tout oublier de la scène qui venait de se produire…
… Non, ce n'était pas possible…
Comment avait-il pu être aussi idiot pour retomber dans les bras de Klaus ?
« … ça ne signifie rien du tout !... Rien du tout ! » se répéta-t-il tout le long du chemin, cherchant à se convaincre…
Il échoua à la résidence secondaire de la famille Goodrich….
Essoufflé, perdu…
… Triste à mourir…
« … Luciano ? »
Liam venait d'apparaître, comme par enchantement…
L'inquiétude assombrissait l'innocence de son fin visage et ses beaux yeux verts se fixèrent sur Luciano avec une douce tendresse… C'était le matin et Liam portait une fine chemise, entr'ouverte sur sa peau diaphane…
« … Votre… Altesse… Rougit Luciano en s'obligeant à regarder ailleurs, complètement bouleversé…
- Que se passe-t-il ? Demanda Liam en allant vers lui… Tu sembles… Comme sous le choc… S'inquiéta-t-il en effleurant les mèches noires du brun…
- … J'ai voulu parler à Klaus… A propos de Cynthia… Avoua Luciano, désolé, comme si c'était un crime…
- … Et ça s'est mal passé ?
- Très mal… Il a été… Il a … Dépassé les bornes… Bégaya Luciano… Alors… J'ai préféré partir… »
Liam s'avança encore et le serra tendrement dans ses bras, comme s'il venait de faire un cauchemar :
« … Ce n'est rien… Oublie ça… Tu n'as rien à te reprocher, Luciano… » murmura Liam de sa voix apaisante en effleurant ses cheveux…
Luciano se sentit fondre, et son cœur s'emballer plus vite, plus fort…
Le parfum délicat et entêtant de Liam, sa peau encore humide de la douche contre la sienne, son corps fin et léger lové dans ses bras…
Il mourrait d'envie de le serrer plus fort contre lui, de l'embrasser jusqu'à en perdre le souffle et la raison, et de mourir dans ses caresses…
Mais d'abord… Il devait lui parler…
« Liam… Chuchota Luciano, gorge nouée… Il y a longtemps que je veux te dire quelque chose… »
… Sa déclaration fut cassée nette lorsque…
Kiefer débarqua au milieu, comme un cheveu sur la soupe !
« … Oups ! Pardon ! rougit celui-ci… Qui tenait un yaoï à la main !
- Oh ! Bonjour Kiefer ! s'exclama Liam avec un sourire kawaï en allant à sa rencontre, plantant sur place un Luciano déconfit… Que nous vaut l'honneur de ta visite ?
- Eh bien… Comment dire ? » marmonna Kiefer, un peu gêné…
Il toussa avant de trouver les mots :
« Voilà. Hier, Vince s'est blessé à la cheville, au derby…
- Oh ! Le pauvre ! s'apitoya Liam, en bonne âme charitable…
- Et donc… Vince ne peut plus courir… Et… Il risque d'avoir du mal à se défendre…
- Je vois ! Tu veux que je te prête Luciano ? »
Kiefer rougit furieusement de l'innocence avec laquelle Liam avait prononcé cette phrase, et le pauvre Luciano en tomba à la renverse…
« Non, non ! Ce n'est pas ça ! s'exclama Kiefer… Ce que je veux dire… C'est que ce serait bien… Si tu n'étais pas trop dur avec Vince…
- Comment ça ? S'étonna Liam, les yeux ronds.
- Eh bien… Si tu pouvais éviter de l'étriper, ou de l'égorger, ça m'arrangerait bien… »
Liam eu un rire tendre :
« Ah, ah ! Comme tu es drôle, Kiefer ! Mais pourquoi aurais-je envie de maltraiter ce pauvre Vince ? »
En arrière plan, Luciano tentait de faire signe à Kiefer :
« Il ne sait rien ! »
Le futur empereur de Nezzie ajusta ses lunettes :
« Ooooh… Pour rien… Je plaisantais, ah, ah ! »
Mais c'est alors que Lauren et Brenda déboulèrent par la porte restée grande ouverte.
« Votre Altesse Liam !
- Votre Altesse Liam ! » s'exclamaient les deux commères en chœur.
Luciano et Kiefer sentirent venir le drame, mais trop tard, les deux filles s'étaient déjà jetées sur le Prince du Royaume vert :
« Votre Altesse Liam !
- Quelle grande nouvelle !
- Ce doit être un soulagement pour vous !
- Pourquoi nous l'avoir caché ? »
Le garçon eu un sourire vraiment forcé…
« … Mais… De quoi me parlez-vous ?
- Du petit ami de votre jeune sœur Olive !
- Vous devez être heureux qu'un autre garçon prenne enfin soin d'elle ! »
Liam s'était littéralement cristallisé des pieds à la tête…
« … Olive… Petit ami… Un autre garçon…
- Ouiiii… S'extasia Brenda, des étoiles plein les yeux, ils vont si bien ensemble !
- … Ensemble…
- On vient de les croiser au Parc du Jive… Dit Lauren… La Princesse Olive avec le Prince Vince ! »
Silence de mort.
« Oh-oh… Murmura Luciano…
- Liam… Souviens toi… Pas de meurtre… » demanda Kiefer.
Silence encore plus mortel.
« … Bien sûr, bien sûr, pas de meurtre… Chuchota Liam… Pas de meurtre… Je me contenterais juste… DE LE RACCOURCIR UN PETIT PEU ! » jura-t-il en mode Dark Liam, fonçant droit devant, incandescent de fureur, armé d'un sécateur dont il faisait claquer les lames aiguisées avec un rire de psychopathe névrosé…
« … Quand il est dans cet état… Même moi je ne suis pas sûr de pouvoir l'arrêter ! frémit Luciano.
- Tu as raison, ce serait du suicide… Commenta Kiefer de son ton calme et monocorde. Bon eh bien, puisque nous sommes là, pourquoi ne pas prendre le thé en attendant son retour ?... Et, espérons le… Peut-être celui de Vince… »
De son côté, Celia s'était réveillée totalement remise de ses aventures de la veille…
Il semble que Cesar avait, encore une fois, usé de sortilèges de guérison durant son sommeil…
« Il est incorrigible !... Se dit-elle. A quoi ça sert que je lui donne mon énergie si c'est pour qu'il me la rende juste après ? »
… C'était bien un Prince Knight…
… Mais il y avait encore tellement de questions auxquelles elle n'avait pas trouvé de réponses…
Elle se souvint de ce que lui avait dit Isabel…
« Elle m'a demandé de la rejoindre aux vieux moulin qui se trouverait dans la foret du fox trot… Et elle m'a promit de me parler de la Princesse Kozue… »
Elle n'hésita pas : elle devait savoir !
Elle parvint encore une fois à esquiver Kip et déjouer l'attention des gardes, et prit immédiatement le chemin de la foret…
La foret du Fox Trot, au-delà du Lac de la valse viennoise, était certainement le lieu le plus féerique de tout le royaume des fleurs. C'était exactement la forêt des contes telle qu'on l'imagine, dense, mystérieuse, avec des arbres et des fleurs aux formes étranges et aux parfums enivrants, des petits animaux mignons et malicieux, des lucioles qui virevoltaient en laissant une aura dorée derrière elles…
Celia se sentait de plus en plus intimidée à chaque pas, comme si elle avait ouvert le cadenas d'un autre monde lui-même caché dans l'autre monde, telle des poupées russes… Une perspective infinie et secrète… L'émotion que l'on ressent en touchant du doigt les lieux sacrés…
Le vieux moulin apparut de nulle part, jusque là caché par la végétation. Il ressemblait à ces tourelles élégantes des châteaux de style renaissance, bien que le temps ne l'avait pas épargné… Il se dressait fièrement, des pierres éparses autour de lui et envahit par le lierre…
La petite silhouette virevoltante d'Isabel apparut sur le seuil :
« … Tu es venue ?... Je suis si contente ! dit-elle en se précipitant à sa rencontre.
- Isabel… Où sommes-nous ? Murmura Celia, un peu impressionnée.
- Dans mon royaume ! » rit l'adolescente en lui prenant la main.
« … Viens ! Tu vas tout comprendre ! »
Elle l'entraîna vers l'intérieur de l'édifice. Un escalier en colimaçon, aux marches usées, tournoyait vers un étage…
Celia grimpa les marches quatre à quatre en suivant Isabel, avant de découvrir…
Le plus magnifique des ateliers d'artiste…
Partout des tableaux, des sculptures et des livres… Tous plus magnifiques les uns que les autres… Et puis cette ambiance… Si féminine… Avec des rideaux de voiles colorés, des jardinières, des coussins s'improvisant canapés…
« … La princesse Kozue avait une âme d'artiste, raconta Isabel… Elle venait se réfugier ici pour écrire, peindre… Et rêver…
- Tu… Tu as connu la Princesse Kozue ? Demanda Celia, osant à peine s'approcher d'une magnifique toile…
- Non… Elle est décédée trois ans avant ma naissance… Mais j'ai lu tout ce qui existe à son sujet ! »
Celia se figea de stupeur :
« Mais je croyais… Que tout avait été détruit sur ordre du Roi Dahlia ! »
Isabel eu un sourire malicieux.
« … Pas tout … Il y a beaucoup d'ouvrages et d'objets qui ont en fait terminés oubliés dans les caves, les greniers… Et moi je les récupère chaque fois que j'en trouve un… J'aime l'art, les secrets et les vieux objets… Et l'histoire de la Princesse Kozue est tellement passionnante !
- J'en suis sûre… Tout le monde parle d'elle comme d'une personne exceptionnelle…
- Tu veux la voir ?
- La… Voir ? » répéta Celia, les yeux ronds…
Isabel eu un petit rire et se dirigea vers un chevalet, qui était recouvert d'un drap…
Elle le fit glisser doucement, et le magnifique portrait de la Princesse Kozue en robe de mariée japonaise apparut…
Celia retint son souffle… Chamboulée jusqu'à l'âme…
La Princesse Kozue…
La voir la remua jusqu'au plus profond de son cœur…
Une émotion rare, intense, unique…
Une émotion de chair et de sang…
Elle s'approcha doucement du tableau…
La Princesse Kozue…
Elle ressemblait tellement à Celisty…
Et à elle, aussi…
Et en même temps…
Elle était tellement, tellement belle…
Une beauté métissée…
Avec de jolis yeux verts, comme ceux de Celisty…
Et une longue, lisse, dense et noire chevelure… Qui était typiquement celle d'une japonaise…
Sa robe de mariée était l'indice le plus évident…
« … Kozue…. Etait japonaise… Murmura Celia. Elle venait…
- … De la Terre, compléta Isabel. Elle est née dans l'autre monde, bien qu'elle soit une Princesse légitime du monde d'Hanami…
- Comment… Est-ce possible ? s'interrogea Celia.
- Le père de la Princesse Kozue était lui-même le frère de l'actuelle Impératrice du Pays de Corail… »
Celia vit soudain s'emboîter des pièces du puzzle… L'impératrice du pays de Corail… Cette femme, elle l'avait croisé au Dîner de Lord Crown, c'était elle qui voulait tirer les joues de Vince… Et la réflexion de la vendeuse sur l'empire de Corail… Et quand elle avait appris… Que c'était le pays du grand-père de Celisty…
« Oh ! J'y pense ! dit Isabel. Il y a un autre tableau qui fait directement référence à la vie de la Princesse Kozue dans l'autre monde, avant qu'elle ne retourne sur Hanami !
- Qu'elle… Ne retourne…
- Oui… Pour cela elle a voyagé entre les dimensions… »
… Celia frémit.
Isabel couru chercher cet autre tableau, plus grand que le premier…
« Oh, dit la petite en faisant glisser le voile qui le couvrait, c'est vrai qu' « elle » y est aussi représentée… Elles sont si belles toutes les deux !
- … Les deux ? »
Celia ouvrit de grands yeux sur la toile, et son cœur se serra avec émotion…
Sur celle-ci, la Princesse Kozue était accompagnée d'une autre jeune femme…
Une jeune femme… D'une beauté irréelle, sublime, à couper le souffle…
Celia la reconnu immédiatement, ce ne pouvait être qu' « elle »…
De longs, très longs cheveux, irisés de rose, déployés en cascade jusqu'en bas de son dos…
Un regard plein de douceur et de sagesse, bienveillant et protecteur…
Un sourire heureux. Le sourire du bonheur et de la confiance en l'avenir.
Un corps fin et léger, drapé d'une ample robe blanche, irisée de rubans pastels…
Une rose dans les cheveux…
Calista…
« … Calista… Murmura Celia, émue de « rencontrer » la sœur aînée de Cesar.
- Oui, la Princesse Calista du Royaume de la Mer, dit Isabel. La Princesse Kozue et elle avaient le même âge… Elles étaient très amies. »
Sur le tableau, les deux jeunes femmes, Kozue revêtue de noir et Calista de blanc, ressemblaient au symbole du ying et du yang. Côte à côte comme par un effet de miroir, elles soutenaient ensemble une cage à oiseaux de style asiatique, au curieux détail près que les oiseaux, deux petits rossignols, l'un d'or et l'autre d'argent, se trouvaient perchés sur la cage, et non à l'intérieur !
Sur le socle imposant de la cage était gravé une inscription en japonais ancien… Celia parvint quand même à identifier le symbole…
« Mikazuki, dit-elle… Cela peut signifier « nouvelle lune » ou « croissant de lune »…
- En effet, dit Isabel… C'est le symbole de la famille de la Princesse Kozue sur terre, dans l'autre monde… D'après ce que j'ai compris, cette famille posséderait un temple…
- Un temple… Mikazuki… » murmura Celia…
Ce nom lui disait quelque chose… Elle était sûre de l'avoir déjà entendu…
Celia n'était pas du tout pratiquante… C'est tout juste si elle allait au temple Shinto, près de son lycée pour les vœux de la nouvelle année… Mais ce temple là appartenait à une famille qui s'appelait Ikegumi…
… Alors… Mikazuki…
… Tout à coup Celia frémit, se souvenant enfin… Deux ans auparavant, à l'occasion d'un grand marathon auquel avait participé son école… Elle se souvenait avoir couru dans des quartiers qu'elle ne connaissait pas, et l'un des passages importants de la course se situait…
« … Devant le temple Mikazuki ! s'exclama-t-elle, en revoyant le tracé du parcours… Mon Dieu ! s'exclama-t-elle, en revoyant le tracé du parcours… Mon Dieu ! Je sais où c'est ! Ce temple existe encore… Et… Et il doit y avoir encore de la famille de la Princesse Kozue… Là-bas !
-… Là-bas ? s'étonna Isabel… Tu veux dire… Sur terre ?
- Merci beaucoup pour ces renseignements ! s'exclama Celia en lui prenant les mains avec enthousiasme… Grâce à toi… Je sais maintenant ce que je dois faire ! » sourit Celia en se précipitant à toute allure dans les escaliers, puis hors du moulin…
« Mais… Murmura Isabel, abasourdie… Attends… J'avais encore d'autres choses à te diiiire ! » l'appela-t-elle en vain… Celia était déjà loin…
La jeune fille, portée par la joie, les souvenirs, un espoir démesuré, le besoin de savoir, courrait à toute vitesse… Elle était déjà dans le palais, puis dans la chambre…
« … Vite, vite… Jura-t-elle en jetant quelques affaires dans un sac… Allez, dis moi où est-ce que tu cache une clé pour ouvrir un passage ? » demanda-t-elle en fouillant dans les accessoires magiques de Celisty, sans en trouver…
Elle décida de demander à Kip de l'aider et repartit en trombe dans le couloir à sa recherche, quand soudain…
« BONG ! »
Celia heurta violemment quelqu'un… Et ce quelqu'un…
… ETAIT CELISTY !
Sous le choc, elles chutèrent toutes les deux par terre, à genoux…
« C'est ce qui s'appelle une rencontre percutante ! » commenta le poulpe Plok, qui accompagnait Celisty…
« Princesse ! s'écria Celia, renversée de joie et de stupeur.
- Chuuuut ! souffla celle-ci en lui plaquant une main sur les lèvres, si on nous voit toutes les deux c'est la catastrophe interdimensionelle…
- Je suis… Si contente de te voir ! » sourit Celia en se jetant à son cou.
Celisty rougit comme une tomate confite…
« Ah… Heu… Moi aussi… Bégaya-t-elle, toute intimidée, en tapotant le dos de Celia…
- Mais quand es-tu arrivée ?
- A l'instant… Je… J'avais besoin de voir mon monde et de savoir où tu en étais…
- Tu es revenue pile au bon moment ! Celisty ! Il faut absolument que je retourne au japon !
- Qu… Quoi ? s'étrangla-t-elle.
- Juste une semaine ou deux ! … Et je reviendrais très vite, fais moi confiance ! Je t'expliquerais tout au retour ! S'il te plaît, Celisty !
- Mais… La danse ?
- Ne t'en fais pas pour ça… Le studio de danse est en travaux à partir de demain, pour au moins 15 jours… Tu n'auras pas à prendre de leçon…
- Dans ce cas… Murmura Celisty… D'accord ! Reprenons nos places pendant ce temps là…
- Vite ! Il faut que je reparte au Japon… Comment je fais ?
- Quoi ? Tu veux y retourner de suite ?
- Le passage que nous avons emprunté est encore ouvert pour quelques minutes, dit Plok…
- Où est-il ? demanda Celia.
- A la bibliothèque…
- Merci ! » s'exclama-t-elle en se relevant en un bond.
Celisty le fit aussi, la retenant par la main :
« … Attends !... Je ne sais rien de ce qui s'est passé ici pendant mon absence !
- ça ira ! Contente toi d'être gentille et polie avec tout le monde ! » rit Celia en lui embrassant tendrement la joue.
Celisty se statufia littéralement sur place, rouge carmin sous ce geste, tandis que Celia courrait à toute allure vers la bibliothèque…
Lorsqu'elle arriva, elle découvrit le passage…
Un impressionnant vortex aux reflets bleutés, tournoyant comme un cyclone, s'ouvrait dans des vents étranges, au beau milieu d'un rayonnage de livres…
« … C'est… Impressionnant… » murmura Celia, soudain moins enthousiaste, avançant tout doucement une main vers l'ouverture béante…
…
De son côté, Celisty fut saisie d'un doute au milieu du couloir :
« … On ne devrait pas la laisser y aller seule…
- Ah ! Princesse Celisty ! » dit Plok en voyant quelqu'un arriver dans son dos…
La seconde d'après, une main glissait à la taille de la jeune fille :
« Je suis déçu… Je pensais que tu porterais la ceinture en argent… »
Tous les feux de signalisation de Celisty s'affolèrent au contact de cette main et de la voix de son propriétaire :
« K … K … K … Klaus ! … S'affola-t-elle, brassant l'air des bras. P … P … Prince Klaus ?... Mais que faites-vous ?
- Ne m'en veut pas… Je saurais attendre la moitié que tu me dois… Sourit-il d'une voix à faire fondre le chocolat, son visage à quelques centimètres de celui de Celisty, rouge flamme…
- KE … WAAAAH ? hulula-t-elle.
- Prince Klaus, vous êtes presque indécent… Gronda Plok.
- Oh, pardon, Sir Plok, je ne vous avais pas remarqué… Dit-il en s'écartant de la jeune fille…
- Cela faisait longtemps ! » rit une autre voix, interrompant la scène…
Cesar venait d'arriver à son tour, mine de rien…
Mais alerté par les cris de Celisty…
« Argh ! Il ne manquait plus que ça… Ne put s'empêcher de dire celle-ci… Le Roi des ringards…
- Ah, ah ! rit Cesar… Ce surnom exquis !... Bonjour, Celisty… Ajouta-t-il avec un sourire entendu… Cela faisait longtemps, aussi…
- Qu'est-ce que tu racontes ? Soupira Klaus. Tu as fait ton intéressant devant elle pas plus tard qu'hier au derby… »
Cesar prit son sourire le plus imbécile de crétin absolu :
« … Je devais être dans un autre monde… »
Celisty frémit, complètement glacée de surprise…
« C'est pas vrai… Pensa-t-elle. Comment cet abruti… ? »
…
A la même seconde, Celia était devant le vortex, le cœur battant…
« Allez, se dit-elle… Du courage ! »
Elle ferma les yeux, avançant une main vers le tourbillon…
Celui-ci réagit bizarrement… Aspirant son bras comme un prédateur, et refusant de laisser passer le reste de son corps… La jeune fille poussa un cri, se retrouvant prisonnière, à l'entrée du passage, et malmenée par ses remous violents…
…
« Cesar ! s'exclama soudain Celisty, en serrant les poings nerveusement… J'ai un service à te demander !
- Vraiment ? Sourit-il.
- J'ai oublié un livre à la bibliothèque ! … Un livre très précieux ! Ajouta-t-elle, gorge nouée, peinant à cacher son angoisse… Il est… Très important pour moi !... Je l'aime beaucoup ! »
Cesar retrouva en une seconde tout son sérieux, comprenant immédiatement.
« … J'y vais… » dit-il, la voix résolue, effleurant dans un geste rassurant une mèche folle de Celisty, avant de se précipiter à son tour dans le couloir…
-… Fais bien attention à lui ! » lui cria au loin Celisty…
Si Plok avait du mal à dissimuler son inquiétude, Klaus, lui, n'avait strictement rien comprit à la scène…
« … Mais… Tu ne lui as même pas dit le titre du livre… Soupira-t-il en se grattant la tête…
- Il le reconnaîtra de suite… » murmura Celisty, avec un sourire fataliste…
…
Les assauts du vortex se firent de plus en plus violents… A présent, il acceptait de laisser passer Celia, mais petit à petit, et la jeune fille était totalement terrifiée, épouvantée, se débattant en vain dans les flux magiques du tourbillon, ne parvenant n'y à y entrer, ni à en sortir… La peur paralysait ses membres…
Et pire encore…
Elle n'arrivait même plus à crier…
Elle n'avait plus de voix tellement elle avait peur…
Et cette sensation horriblement familière… La terrifiait encore plus…
Elle pleurait, suffoquait, se débattait comme une noyée…
… Dans l'eau…
Mais elle n'arrivait pas à crier, elle n'arrivait pas à crier…
« … CELIA ! »
Cesar venait d'arriver, se précipitant tête baissée dans la bibliothèque. Seul le visage transi de peur et une petite main de la jeune fille dépassaient encore du vortex…
Elle tendit cette main, dans un geste désespéré, dans sa direction, convaincue qu'elle le voyait pour la dernière fois…
« Ce…ar… Ce… ar… » murmura-t-elle, glacée d'épouvante, secouée de sanglots…
… Et puis soudain la voix lui revint, et elle poussa un cri du plus profond de son cœur :
« … CESAR ! »
… Alors…
… Le temps comme au ralenti…
… Il avait déjà couru vers elle, dès qu'il l'avait vue…
… Il avait tendu la main pour saisir la sienne… Pour la retenir…
… Mais finalement, comme Celia disparaissait déjà dans le tourbillon…
… Cesar plongea tout entier dans le vortex, et Celia l'entraîna avec elle…
… Il la serra contre lui avec force et protection, tandis que les tourbillons magiques tournoyaient autour d'eux pour les entraîner toujours plus loin…
« Pour…quoi ? » parvint à murmurer Celia en se raccrochant au garçon, alors que tout autour d'eux, plus rien n'avait de sens, tout n'était plus que des vagues sans fin et des particules de lumière…
« … Parce que je te l'ai promis… Répondit Cesar doucement… Même si ça devait prendre des années… »
Les souvenirs défilèrent en Celia…
… Ce jour là…
… Il y a si longtemps…
« … Je te retrouverais… »
… Au bord du Lac de la Valse viennoise…
« … et je te protègerais … »
… Le petit garçon qui lui avait fait cette promesse…
« … Toujours… »
… Elle le savait, à présent…
« … C'était toi… Cesar… Murmura-t-elle dans un souffle ému.
- Et c'était toi… C'est bien toi, ici, dans mes bras… Répondit-il en la serrant plus fort contre lui… Ma Princesse, mon ange… Ma Celena… »
… Celena…
Une avalanche de sons et d'images déferlèrent dans la mémoire de la jeune fille lorsqu'il prononça ce prénom…
… Celena…
Un manège de chevaux de bois…
Le rire des enfants…
Cette musique lointaine… Et mystique…
… Celena…
« Celena… La lune… »
… Celena…
« C'est… C'est mon vrai nom, murmura Celia, d'une toute petite voix… C'est ainsi qu'on m' appelait… Avant… J'étais Celena… Non… Je… JE SUIS CELENA … »
Alors, tout resplendit dans une lumière éblouissante, et ensemble, avec Cesar, étroitement enlacés, ils disparurent dans le passage s'ouvrant du côté de la Terre…
Ending theme : VANITY (Yuki Kajura / Emily Bindiger)
enter the scenery of love
lovers are in pain
they blame and pick on each other
you play melodies of love
forgotten phrases
tender and sweet
come a little bit closer
don't stay in the shadows my boy
(la la la la la la la)
the melody's fading...
now or never, love will go
I'll be there by your side
share your fears in the silent redemption
touch my lips, hold me tight
live in vanity for a while
DANS LE PROCHAIN EPISODE:
Kip (crise) : Aaaah ! C'est pas possible ! Aaaah ! Celia est repartie sans me prévenir ! Aaaah ! Et avec cet abruti de Cesar ! Mais qu'est-ce qu'il va se passer ?
Plok : Je ne voudrais pas trop t'inquiéter mais laisser deux adolescents sans surveillance dans un monde étranger a un petit parfum d'aventure qui éveille les sens…
Kip : Comment t'as pu laisser faire ça ? Ma petite Celia si pure va être dévoyée par ce pervers sous prétexte d'en savoir plus sur la Princesse Kozue !
Plok : Moi, je voulais pas me faire savater par Celisty. En plus, j'existe même pas dans le jeu video…
Kip : Parce que tu crois que Celisty est mieux lotie ? Tous les Princes lui courent après parce qu'ils croient qu'elle est Celia !
Plok : Ou le contraire… Ceci dit ça devient ambigu entre certains Princes aussi… Qui Luciano choisira-t-il ?... Et Klaus ?
Kip : Tous des gros pervers ! A part le Prince Liam ! Lui il défend l'innocence de sa sœur !
Plok : Je me demande, comme Kiefer, si Vince en sortira vivant…
Kip : D'ailleurs, Olive, on est même pas sûrs qu'elle aime Vince…
Plok : Il y a tellement de triangles amoureux dans cette histoire…
Kip : Bon alors… De quoi on est sûrs !
Plok : Ben… Y'en a quand même deux qui se sont enfuis ensemble, là…
Kip : Aaaaah ! Ma petite Celiaaaa ! Aaaaah ! Toute seule avec Cesaaaar !
Plok : Au fait, Kip… Tu m'aimes ?
Kip (rougit et s'enfuit) : Mais… Mais… Mais… C'EST QUOI CETTE QUESTION ?
Celisty : … Tout ça, et bien plus, c'est dans le prochain épisode de Mystic Love Song !
Celia : J'avance vers notre rêve !
