Chapitre 3 : En route pour Fortdhiver
- Volanaro... C'est encore loin ?- Ah non ! Ne commence pas !- Mais je n'ai rien dit depuis que nous sommes parti... Et c'était ce matin !
- Soit... Je te l'accorde, tu as été sage jusqu'à maintenant... Alors continue tu veux ?
Le Haut-Elfe poussa sa monture au trot, ayant soudain furieusement envie de faire une halte. Le soleil était haut dans le ciel, il était temps de faire une pause et de se sustenter. Par ailleurs sa jument avait certainement soif. Il chercha du regard un point d'eau dans la toundra.
Depuis le matin de leur départ ils avaient fait du chemin. Quittant la grande forêt d'Épervine, ils se dirigeaient rapidement vers le nord de la province. Ils avaient déjà atteins les plaines de Blancherive, contournant la cité par l'ouest.
À ce rythme ils seraient arrivés dans deux jours, ou plutôt trois, la châtellerie de Fortdhiver étant assez difficile d'accès à cause du blizzard et du terrain glissant et escarpé. Et ce, même pour un cavalier émérite.
Il repéra enfin une petite rivière serpentant dans les steppes et arrêta sa jument. Il mis pied à terre et aida Anja à descendre de cheval. La petite était heureuse de pouvoir enfin se dégourdir les jambes. Elle courut à la rivière, enleva ses bottes et plongea ses pieds dans l'eau froide. Volanaro laissa brouter sa jument grise pommelée puis s'immobilisa. Ce qu'il avait pris pour une pierre était en train de s'extraire de la vase et se dirigeait pinces en avant vers sa protégée.
- Anja ! Éloigne-toi ! L'avertit le Haut-Elfe.
La gamine regarda à sa droite et vit soudain la source de l'inquiétude de son ami. Un Vasard, crabe géant de la taille d'un gros chat, essayait de lui pincer les mollets. Les pinces de ces créatures étaient suffisamment puissantes pour sectionner une cheville ou un poignet net. Anja poussa un cri et bondit en arrière. Volanaro électrocuta le crustacé avec un sort de foudre. Il s'approcha inquiet, de la fillette.
- Il ne t'as pas blessée ?- Non. Heureusement que tu l'as vu avant qu'il ne soit trop tard...- Au moins maintenant nous avons notre repas de midi.
Le Haut-Elfe et la Nordique se regardèrent et pouffèrent de rire. Ils repartirent une heure plus tard le ventre plein et les jambes reposées. Volanaro préférait ne pas voyager de nuit. Les routes étaient davantage dépourvues de gardes au profit des bandits, depuis le début de la rébellion des Sombrages.
Une autre guerre, pensa amèrement l'Altmer. Et tout ça pour quoi ? D'autres vies fauchées inutilement. Des familles détruites. De jeunes hommes et femmes se battant et mourant pour défendre une cause qui leur échappait. Il poussa sa jument au galop, la talonnant avec rage sous les renâclements de la pauvre bête qui ne comprenait pas ce changement soudain d'attitude de la part de son cavalier.
Derrière lui, Anja s'en aperçu.
- Tout va bien ? Tarra n'a pas l'air d'apprécier tes coups de talons...- Hein ? Ah oui... Désolé ma belle... S'excusa l'elfe en lui caressant l'encolure.
L'animal se calma et Volanaro se concentra sur la route. Ils firent une pause pour la nuit alors que le soleil déclinait à l'horizon. Il fit descendre Anja du dos de Tarra, lui enleva la selle et entreprit d'installer le camps pour la nuit, laissant la fillette prendre soin de l'animal fatigué. La jeune fille étrilla la jument et lui donna une pomme pour la récompenser de tout ses efforts.
Anja avait un vrai don avec les animaux. Elle les comprenait mieux que personne et était toujours respectueuse envers eux. Et ils le lui rendaient bien. Volanaro l'appela pour manger.
- Je pense que nous atteindrons Fortdhiver d'ici deux jours. Enfin, si le temps est clément. Annonça l'elfe en mordant dans la chair du vasard.
- Tu ne m'as jamais raconté ton passé Volanaro. Je connais plus ou moins l'histoire de chacun des membres de notre famille mais la tienne demeure un mystère pour moi...- Quoi ? C'est encore trop tôt ?
L'elfe garda le silence un moment. Anja soupira, pensant qu'il ne lui révélerait rien ce soir. Mais l'Altmer ouvrit finalement la bouche pour lui répondre.
- Je ne peux pas encore tout te dire... Mais voici le début de mon histoire. J'ai vu le jour et ai grandi à Alinor, capitale de l'Archipel de l'Automne. Contrairement à beaucoup d'Altmers je ne suis pas fils unique. J'ai un frère aîné qui est la fierté de ma famille. Mais ne parlons pas de lui.Mes parents ont voulu me marier à une jeune Mer de bonne famille : Earana. Elle était belle, cultivée et intelligente. Mais aussi manipulatrice, hautaine, jalouse et profondément mauvaise, toxique. Ne pouvant me résoudre à l'épouser, et au risque d'être renier par les miens, j'ai préféré m'engager dans l'armée du Domaine Aldmeri et partir en guerre contre l'Empire.- Attends... Tu veux parler de la Grande Guerre ? Celle qui c'est déroulée il y a trente ans ?- Celle-là même.
- Quel âge as-tu ?- Deux-cent quinze ans, trois mois et six jours.
-Tu sais que les Altmers ont une espérance de vie maximale de mille ans ? Cependant, rares sont ceux pouvant se targuer d'avoir atteint un âge aussi avancé.- Je le sais. Mais ça fait bizarre... Je n'ai que onze ans !
Cette remarque arracha un sourire à l'elfe.
- Si j'étais un vieux saumon tu ne serais qu'un alevin. Non... un œuf plutôt...- Eh ! Ne te moque pas de moi !
Anja le poussa d'un coup d'épaule en riant. Il sourit et repris sérieusement :
- Je continue ou pas ?- Oui ! Pardon...
Il se racla la gorge et son visage se ferma, ses yeux dorés reflétant la lueur des flammes du feu de camp.
- Comme je le disais avant ton intervention, j'ai combattu l'Empire. J'ai tué des hommes et des femmes qui étaient aussi déterminer que moi à rester en vie. J'ai fais des choses atroces Anja. Pas seulement au combat... Certains sortaient à peine de l'adolescence... Nordiques, Impériaux, Rougegardes, Brétons, tous ont péris au fil de mon épée ou sous mes sortilèges de Destruction.
Il fit jaillir entre ses doigts un sort inoffensif. Le sort de rayonnement. Une boule de lumière blanche et éclatante, pareille à une étoile. Il la fit léviter quelque secondes devant le visage émerveillé d'Anja.
- Tu trouve la magie belle ? Attirante ? Fascinante ?- Oh oui... Répondit la fillette hypnotisée par la beauté du sort.
Volanaro fit revenir la boule de lumière vers lui et referma le poing dessus, la faisant disparaître.
- Crois-moi : elle ne l'est pas. Elle est laide, repoussante, mortelle.
Les yeux bruns d'Anja croisèrent ceux dorés du Haut-Elfe. Elle pût y lire de la colère, de la rage, et une profonde tristesse aussi. L'âme tourmenté d'un homme ayant vécu et participer à des atrocités.
- La magie est comme le feu Anja : elle peut paraître attirante mais elle demeure dangereuse pour ceux qui la manient. Le feu brûle, tue, dévore, tel un dragon féroce et indomptable. La magie est à craindre tout autant. Quand je contemple les flammes, mon âme s'embrase en repensant à l'absurdité de la guerre. Tout n'est que mort, destruction, chaos, haine. Des humains réduits en cendres. Foudroyés ou brûlés vifs.Des gamins livrés à eux-mêmes du jour au lendemain. De jeunes gens violemment arrachés à leur famille. Des frères, des sœurs, des pères, des mères, des fils et des filles... Tant de vies inutilement fauchées, détruites... Des familles endeuillées...Tout cela n'a aucun sens Anja. Aucun. Mon peuple considère les humains comme des enfants qu'il faut éduquer. Mais qui a déclencher les deux dernières guerres ? La Grande Guerre et maintenant l'Insurrection des Sombrages ? Mon peuple ! Soit disant fort et sage ! Slek ! Aussi belliqueux et inconscients que des enfants jouant avec des bâtons de bois ! Je t'assure que si on prononce encore une fois les mots « champ de bataille » devant moi, je ne réponds plus de rien !- Eh bien... que de rancœur ! Se moqua une voix masculine.
Volanaro et Anja se tournèrent vers l'origine de la voix.
Un Altmer sorti de derrière un arbre les mains dans le dos, se tenant droit et fier. Anja blêmi en reconnaissant l'uniforme des Justiciars Thalmor, une robe bleue nuit et noire, bordée de tissus doré. Le nouveau venu les toisa un instant avant que Volanaro ne se lève d'un bond, dégainant son épée daedrique et s'approchant du Thalmor. Celui-ci ne s'en inquiéta pas le moins du monde. Il eut un sourire en coin avant que Volanaro ne s'arrête brusquement en le dévisageant.
L'Altmer face à lui avait les yeux verts olives et sous son capuchon l'on pouvait entre-apercevoir quelques mèches blondes pâles.
- Toi ?!- Moi aussi je suis heureux de te revoir mon frère.
Anja observa la scène, sidérée.
- À vrai dire je te croyais mort Volanaro...- Tu aurais bien voulu hein... ?- Aussi surprenant que ça puisse te paraître, ce n'est pas le cas, non.
Le Justiciar regarda avec mépris la jeune Nordique avant de reporter son attention sur son cadet.
- Tu es décidément tombé bien bas... On m'a révéler que tu vivais comme un paria quelque part dans la forêt d'Épervine avec toutes sortes de crapules... mais t'acoquiner avec l'ennemi...- Mesure tes paroles Tauryon, siffla Volanaro, c'est de ma famille dont tu parles.
Le Thalmor ricana.
- Ta famille ? Oh pitié... Tu n'es pas sérieux ? Des assassins, des bandits, des aberrations de la nature et que sais-je encore... Sache que ta véritable famille m'a envoyé dans cette province barbare et glaciale te chercher, mon cher frère.- Tu n'aurais pas dû te donner cette peine alors... Jamais je ne remettrais les pieds dans l'Archipel. Pas de mon vivant du moins. Attends une minute... Si tu es venu ici pour me retrouver, comme tu dis, pourquoi cet uniforme Thalmori ?- À ton avis génie ? Disons que j'ai joints l'utile à l'agréable. Tu l'ignore peut-être, mais j'ai moi aussi choisi de servir notre patrie.- Et pas de la meilleure des façons à ce que je constate...- Oh je t'en pris Volanaro... Tu aurais pût faire la fierté de nos parents toi aussi si tu avait épousé...- Ne prononce pas son nom ! S'énerva Volanaro. Il ne signifie plus rien pour moi...
- Oh... j'ai touché la corde sensible à ce que je vois...
Tauryon sourit de manière cruelle, prenant toujours autant de plaisir à tourmenter son frère cadet. Ce dernier serra les poings fusillant du regard son aîné.
- Que fais-tu si loin de ta tanière ? Renchéri t-il, plissant ses petits yeux verts de serpent.
Avant que Tauryon n'ai pût prononcer un mot de plus, Volanaro l'empoigna par le col de sa robe et le plaqua violement contre un arbre. Mais cela amusa davantage le Justiciar qu'autre chose. Ses traits se durcirent.
- Tu veux vraiment que je t'oblige à me lâcher petit frère ?
Des étincelles jaillirent de ses mains gantées en crépitant. Mais Volanaro ne bougea pas d'un pouce. Le Justiciar sourit de plus belle.
- Je constate que tu as réussi à faire disparaître la cicatrice que je t'ai laissé la dernière fois...- Je me suis amélioré en magie de Guérison. Répliqua Volanaro, soutenant le regard reptilien.
- Vraiment ? Voyons cela...
Il sourit à nouveau et dirigea son index droit sur Anja. Une cuisante douleur à la poitrine la paralysa pendant un moment quand le sort de foudre la frappa. Elle tomba en arrière, incapable de respirer. Chaque tentative lui arrachait un râle et lui brûlait les poumons. C'était comme si elle se noyait. Tout son corps se contracta violemment. Elle convulsait.
- NON ! Cria Volanaro.
Il lâcha précipitamment son frère et se rua auprès de la fillette en proie à de violents soubresauts. Il utilisa toute ses réserves magiques pour lui venir en aide. Tauryon époussetât nonchalamment son uniforme en se délectant du spectacle.
- Tu gaspille ton énergie. Tes pouvoirs de guérison son inutiles face à ces spasmes.- Je ne peux rien faire... Murmura Volanaro, sa voix se brisant dans sa gorge.
- Peut-être qu'elle survivra. Ou peut-être pas. Elle a l'air vraiment chétive, même pour une morveuse de son espèce...- LA FERME !
Tauryon regarda les lunes jumelles se lever. Mieux valait ne pas s'attarder ici plus longtemps. Il tenait trop à la vie pour risquer la fureur de son petit frère. Même s'il aurait donner cher pour voir la morveuse être réduite en charpie. Il lui lança une dernière remarque assassine avant de battre en retraite :
- Nous nous reverrons bientôt petit frère. Je resterais bien, mais j'ai des langues à faire se délier. Tu sais ce que c'est...
Un hurlement de loup retentit au loin.
- Je crois que tes congénères t'attendes. Amuse-toi bien... Oh ! Et tâche de ne pas te faire tuer avant notre prochaine rencontre. Père n'y accorde pas d'importance, mais Mère aimerait te revoir en vie... Et tu sais combien j'aime lui faire plaisir...
Satisfait, il disparu dans un portail magique. Laissant Volanaro face à ses démons.
